En lisant « Le Sceau des saints », de Michel Chodkiewicz (6)

photo prise hier par O depuis les marches du Sacré-Coeur

 

Poursuivons notre lecture avec des passages du sixième chapitre (Les quatre piliers) de ce livre (éd tel gallimard) sous-titré Prophétie et sainteté dans la doctrine d’Ibn Arabî.

« Le fath – un mot que nous avons traduit précédemment par « illumination » mais qui signifie proprement « ouverture » – « déchire » le temps et l’espace. Rapport immédiat et instantané de l’homme avec Dieu, il annule le « où » et le « quand » (…) cependant, la sainteté, parce qu’elle est une assomption de la nature humaine intégrale, doit paradoxalement se manifester dans les formes et les conditions inhérentes à celle-ci. Le saint est, en un sens, « fils de personne » : il a avec Dieu une relation sans intermédiaire (…) Il est affranchi des six directions qui déterminent la perception de l’homme ordinaire. Son « lieu » est le « non-lieu » (…) mais il occupe cependant une place strictement déterminée dans un théâtre cosmique dont la hiérarchie des saints est le principe ordonnateur. La typologie devient ici topologie.». (p.95)

Ici je songe aussitôt à ce que Jésus disait de lui-même : le Fils de l’homme (et non d’un  homme) n’a pas de lieu où reposer sa tête. Apprenons les uns des autres. Et Voyage consacre une grande place aux « sans feu ni lieu », qui, pourtant, ailleurs et autrement, ont lieu.

« Nous n’avons pas affaire ici, par conséquent, à une construction théorique mais (…) à l’expression d’une certitude fondée sur la vision directe et l’expérience intime. » (p.99)

Ce point est capital. La vérité ne vient pas en répétant des doctrines et des dogmes, mais en la vivant. Ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, c’est Dieu qui fait l’homme. L’homme qui croit pouvoir choisir son Dieu est dans l’hérésie. La vérité ne se répète pas, elle se révèle. Elle ne s’impose pas à la lettre, elle se donne à comprendre dans l’Esprit.

Ibn Arabî dit que Dieu a préservé vivants, corporellement, trois de Ses Envoyés : Idris (généralement considéré comme correspondant à Énoch), Élie et Jésus – auquel il ajoute Khadir. Ils habitent la terre ou les sept cieux, lesquels font partie de ce monde. Ces Envoyés constituent les piliers de la foi, de la sainteté, de la prophétie, de la mission, de la religion pure. « Celui d’entre eux qui est le Pôle ne mourra jamais, c’est-à-dire qu’il sera préservé de la perte de conscience [qui frappera tous les êtres lorsque sonnera la trompette de l’ange au jour du Jugement, Cor. 39 : 68] » (p.101).  « Lorsqu’un Pôle est intronisé au degré de la qutbiyya, tous les êtres – animaux ou végétaux…- font le pacte avec lui à l’exception des hommes et des djinns, réserve faite d’un petit nombre d’entre eux. » (p.104)

« Le Pôle et les deux Imâms (…) sont aussi appelés « les « montagnes » (al-jibâl) en raison de la parole d’Allâh (Cor. 78 : 6) : « N’avons-nous pas fait de la terre un berceau et des montagnes des piliers (awtâdan) ? » Car c’est par les montagnes qu’il a stabilisé le mouvement de la terre. Or l’autorité (hukm) de ceux dont nous parlons sur le monde est analogue à celle des montagnes sur la terre. » (p.106)

Ibn Arabî le répète de différentes façons à plusieurs reprises, dans le domaine spirituel il n’y a pas de différence entre homme et femme : « Les hommes et les femmes ont leur part de tous les degrés, y compris celui de la fonction de Pôle (hattâ fî l-qutbiyya) ». (p.107)

 

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