« La Lionne blanche », par Henning Mankell

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Milena Jesenska écrivait peu avant la Deuxième Guerre mondiale, en pleins ravages de l’antisémitisme, que les juifs en Europe n’étaient pas seulement les personnes de confession juive, mais aussi les Noirs, les Tsiganes, les pauvres, les femmes, les étrangers… Toutes catégories de personnes considérées comme ontologiquement inférieures. Je ne me rappelle plus de sa phrase exacte, peut-être écrivait-elle en fait que les Noirs n’étaient pas seulement les personnes qui avaient la peau sombre, mais les juifs, les femmes, les étrangers etc. Milena Jesenska n’était ni juive ni noire ni étrangère mais femme et résistante, et elle allait payer cela elle aussi, et mourir quelque temps plus tard au camp de Ravensbrück.

J’ai pensé à elle en terminant La Lionne blanche, le roman d’Henning Mankell mettant en scène son fameux inspecteur Wallander, en Suède, mais dont l’enjeu se noue en Afrique du Sud en 1992. Un groupe de Boers effrayés par la perspective de la fin de l’apartheid projette un attentat visant à empêcher la victoire de Mandela. Le roman est excellent, je le conseille et n’en dirai guère plus afin de ne pas en déflorer l’intrigue. Je dévoilerai seulement ce nœud central comme symbole de la situation : un Blanc des services secrets, œuvrant pour la perpétuation de l’ordre établi, tout en aimant secrètement une Noire, avec laquelle il a eu une fille. Cet homme s’imagine être aimé de cette femme, qu’il considère inconsciemment comme étant à son service, et de leur fille. Or la femme ne l’aime pas, ne peut pas l’aimer, et rapporte tout ce qu’elle peut savoir de ses activités à un groupe de résistants noirs afin de servir la cause des opprimés. Quant à sa fille, elle le hait. L’aveuglement du Blanc lui sera fatal.

Ainsi en est-il de la situation d’apartheid. Et de toute situation politique comparable, que le « Noir » soit un homme à la peau sombre ou bien un Palestinien, ou bien une femme dans la majorité des sociétés – et particulièrement dans les milieux religieux-, ou bien un pauvre ou un étranger dans les sociétés riches. Le cas de figure inventé par Mankell vaut pour tous ces cas, à l’échelle des peuples comme à celle des individus. L’oppression, même inconsciente ou cachée, ne peut que provoquer la lutte contre l’oppresseur, et grever l’avenir de la haine suscitée dans la génération suivante.

Henning Mankell, qui était en 2010 dans la flottille qui tenta de franchir le blocus de Gaza – opération, on s’en souvient, brutalement réprimée et qui fit neuf morts parmi les militants pacifiques – écrivit que l’intervention israélienne fut « hors la loi, du début à la fin ». Ainsi en est-il aussi de l’occupation, de la colonisation, de toute autre oppression, comme l’espionnage des citoyens. Il faudrait être moralement très pervers pour rappeler dans ces cas la parole évangélique selon laquelle le sabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, et qu’il faut donc fuir l’ « insupportable » légalisme. Ou très aveugle. Je suis venu pour accomplir la loi, a dit au contraire Jésus. Comme tout prophète digne de ce nom. Mankell, à sa façon, fait son travail d’écrivain, qui est d’être aussi prophète, diseur de vérité – comme, parmi la multitude des faux prophètes, tout écrivain digne de ce nom. La vérité vainc, et nul homme ne peut déterminer son heure.

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Les fantastiques roses de la roseraie du Jardin des Plantes. Et un début d’index

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Environ 300 noms dans l’index des noms de personnes présents dans ma thèse. Les voici, dans l’ordre où je les ai relevés dans le texte (après les photos des roses). Il me reste à les classer par ordre alphabétique, éventuellement à les compléter (j’ai pu en oublier). Reste aussi à faire un index des personnages, et un autre des thèmes. Ces index sont au moins aussi importants que la bibliographie, car ils participent à multiplier les possibilités de lecture de la thèse.

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roses 21Ces jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Breton, André

Crevel, René

Kafka, Franz

Platon

Husserl, Edmund

Jakobson, Roman

Mallarmé, Stéphane

Lévi-Strauss, Claude

Rimbaud, Arthur

Poe, Edgar

Luminet, Jean-Pierre

Démocrite

Rûmî

Cortazar, Julio

Van Gogh, Vincent

Descola, Philippe

Héraclite

Bouvier, Nicolas

Foucault, Michel

Chomsky, Noam

Grothendieck, Alexandre

Humboldt, Wilhem von

Benjamin, Walter

Chatwin, Bruce

Ferry, Jean-Marc

Nietzsche, Friedrich

Hugo, Victor

Berger, John

Hegel, Georg Wilhelm Friedrich

Carroll, Lewis

Rousseau, Jean-Jacques

Flaubert, Gustave

Baudelaire, Charles

Molière

Camus, Albert

Sophocle

Torga, Miguel

Proust, Marcel

Magritte, René

Tardi, Jacques

Dostoïevski, Fiodor

Macaigne, Vincent

Vermeer, Johannes

Ésope

La Fontaine, Jean de

Perrault, Charles

Nerval, Gérard de

Giraudoux, Jean

Freud, Sigmund

Marie de France

Dürer, Albrecht

Picasso, Pablo

Warhol, Andy

Ronsard, Pierre de

Michaux, Henri

Xinjiang, Gao

Einstein, Albert

Artaud, Antonin

Bachelard, Gaston

Valéry, Paul-André

Dhainaut, Pierre-Edmond

Hölderlin, Friedrich

Woolf, Virginia

Stefánsson, Jón Kalman

Borges, Jorge Luis

Finkel, Irving

Lorblanchet, Michel

Coelho, Paulo

Rûmî, Djalâl-od-Dîn

Jasniewiecz, Gérard

Païni, Lotus de

Curie, Marie

Bonnefoy, Yves

Simon, Claude

Michel-Ange

Kubrick, Stanley

Lichtenberg, Hans Georg

Harrison, Jim

Claudel, Paul

Ginzburg, Carlo

Homère

Shirow, Masamune

Durand, Gilbert

Benveniste, Émile

Vernant, Jean-Pierre

Palissy, Bernard

Gomez, Sergio

Parménide

Shakespeare, William

Plutarque

Pascal, Blaise

Wilde, Oscar

Leopardi, Giacomo

Garcia Lorca, Federico

Ellis, Bret Easton

Hyverneaud, Georges

Tomasi di Lampedusa, Giuseppe

Rilke, Rainer Maria

Basile de Césarée

Reyes, Alina

Lynch, David

Clottes, Jean

Cendrars, Blaise

Mankell, Henning

Rigaut, Jacques

Térence

Traoré, Oumou

Thérèse d’Avila

Galien, Claude

Sextus Empiricus

Simon, Claude

Socrate

Hadot, Pierre

Huxley, Aldous

Toral, Cristobal

Matisse, Isabella

Struth, Thomas

Faulkner, William

Brueghel l’Ancien

Didi-Huberman, Georges

Annaud, Jean-Jacques

Giono, Jean

Chrétien de Troyes

Vitray-Meyerovitch, Eva de

Pernoud, Régine

Bingen, Hildegarde de

Christine de Pizan

Tolkien, John Ronald Reuel

Corneille, Pierre

Kubrick, Stanley

Cervantes, Miguel de

Brunel, Pierre

Ovide

Horace

Montaigne, Michel de

Angelus Silesius

Leroi-Gourhan, Émile

Patrikios, Titos

Zénon d’Élée

Barthes, Roland

Dumézil, René

Grégoire de Naziance

Jouffroy, Alain

Ramuz, Charles-Ferdinand

Char, René

Eco, Umberto

Latour, Georges de

Claudel, Camille

Paris, Reine-Marie

Rodin, Auguste

Curie, Pierre

Beauvoir, Simone de

Sartre, Jean-Paul

Lamblin, Bianca

Onfray, Michel

Sand, Shlomo

Copernic, Nicolas

Luther, Martin

Calvin, Jean

Lacan, Jacques

Debord, Guy

Heidegger, Martin

Chouraqui, André

Mohammed (Prophète)

Resnais, Alain

Modiano, Patrick

Gombrowicz, Witold

Robin, Armand

Joyce, James

Beckett, Samuel

Brüder, Dora

Lampe, Friedo

Calderón, Pedro

Pauli, Wolfgang

Boudenot, Jean-Claude

Gamou, Georges

Franck, James

Jung, Carl Gustav

Schrödinger, Erwin

Charcot, Jean-Martin

Pinel, Philippe

Cabrol, Christian

Marie de Médicis

Guérin, Raymond

Boffrand, Germain

Kafka, Ottla

Agamben, Giorgio

Améry, Jean-Claude

Barth, Karl

Furet, François

Diogène

Alexandre le Grand

Vitez, Antoine

Diderot, Denis

Zweig, Stefan

Roth, Joseph

Greuze, Jean-Baptiste

Muray, Philippe

Aristophane

Ellis, Bret Easton

Houellebecq, Michel

Khadra, Yasmina

Sorokine, Vladimir

Laferrière, Dany

Ôé, Kenzaburo

Échenoz, Jean

Byatt, A.S.

Keaton, Buster

Riefenstahl, Leni

Sade, D.A.F.

Laclos, Pierre Choderlos de

Echenoz, Jean

Ravel, Maurice

Renard, Jules

Allen, Woody

Weinstein, Harvey

Vélasquez, Diego

Chamberlayne, William

Auster, Paul

Kerouac, Jack

Paul de Tarse

Ricardou, Jean

Breuil, Eddie

Nouveau, Germain

Cézanne, Paul

Durrell, Lawrence

Soupault, Philippe

Verlaine, Paul

Leconte de Lisle, Charles

Bonnet, Marguerite

Brod, Max

Calasso, Roberto

Schwob, Marcel

Stevenson, Robert Louis

Quincey, Thomas de

Dostoïevski, Fiodor

Dupront, Alphonse

Alphandéry, Paul

Munier, Roger

Banksy

Dumas, Alexandre

Jarry, Alfred

Daudet, Alphonse

Satie, Erik

Prévost, Antoine François, abbé

Baker, Joséphine

Léger, Fernand

Khrouchtchev, Nikita

Gagarine, Youri

Foujita, Tsuguharu

Christophe

Miller, Henry

Nin, Anaïs

Saint-Pierre, Bernardin de

Jacobs, Edgar P.

Curie, Pierre

Zola, Émile

Welles, Orson

Balzac, Honoré de

Viardot, Pauline

Tourgueniev, Ivan

Bizet, Georges

Blum, Léon

Blériot, Louis

Gambetta, Léon

Vian, Boris

David, Jacques-Louis

Astier de la Vigerie, Emmanuel d’

Debussy, Claude

Aragon, Louis

Triolet, Elsa

François 1er

Thalès

Épictète

Renart, Jean

Blake, William

Thoreau, William

Whitman, Walt

Henley, William Ernest

Plath, Sylvia

Ritsos, Iannis

Ramos Rosa, Antonio

Corso, Gregory

Orwell, George

Calvino, Italo

Koons, Jeff

Dôgen, Eihei

Hagège, Claude

Darwich, Mahmoud

Franck, Anne

Alexandrian, Sarane

Maurel, Jean

Chirico, Giorgio

Douanier Rousseau

Mosko

Suacha

Mann, Thomas

Reverdy, Paul

Hamsun, Knut

Nerval, Gérard de

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Lire des polars

Contrairement à l’homme, la vérité ne vieillit ni ne meurt, c’est pourquoi elle a tout son temps. Elle peut apparaître et disparaître à tout moment, mais ses conséquences sont sans cesse à l’œuvre.

Le mensonge n’est jamais vivant, n’accède jamais à la vie. Même à la mort, à laquelle il appartient, il finit par être enlevé, pour sombrer dans le néant.

Je continue à lire des polars (en ce moment Michael Connelly), en parallèle à l’étude des Présocratiques. Un excellent exercice. Comme le dit Héraclite : de ce qui ne sombre jamais, comment se cacher ? Si piétinée soit-elle, la vérité sourit, sereine, et vous regarde.

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Anaximandre et Connelly, même combat

athènes

Michel Houellebecq imagine dans son prochain roman l’élection d’un Président de la République française nommé Mohammed Ben Abbes, et ça met les journalistes en émoi. Il appelle cela « faire peur ». Haha. Comme nos braves concitoyens sont peureux, et comme nos élites sont elles aussi peureuses et hystériques. Souvenons-nous aussi de l’effroi des Américains quand François Mitterrand fit entrer des ministres communistes dans son gouvernement. Dans mon roman Forêt profonde, après la fonte des glaces qui paralyse Paris, la narratrice voit depuis Notre-Dame se construire des minarets autour du Sacré-Cœur. Ma foi, pourquoi pas ? Si nous me suivons, nous retournerons à l’esprit grec, source commune au monde islamo-chrétien, dans laquelle les « mythes » ou les concepts « religieux » sont de libres éléments de langage pour soutenir la pensée, révéler la lumière, la joie, la paix, la beauté.

La veille de l’anesthésie générale, l’infirmière a voulu me donner un léger somnifère pour la nuit. Je l’ai refusé, étant accoutumée indifféremment à bien dormir ou à ne pas dormir. Je n’avais pas la moindre angoisse, et donc il m’était égal de savoir que je dormirais peu, là à l’hôpital avec une voisine de chambre et des infirmières qui viendraient la soigner plusieurs fois dans la nuit puis nous réveiller le matin. Mais une fois de retour à la maison j’ai lu sur internet qu’un bon sommeil, donc un bon repos, dans les jours qui précèdent une anesthésie générale, permet un meilleur réveil.

danse,

Le matin suivant l’opération, ravie à la perspective de ma sortie, j’étais toute en joie et très réveillée bien qu’une bonne partie de la nuit se soit passée en soins de contrôle, j’ai écrit quelques poèmes. O et moi sommes rentrés à pied, une vingtaine de minutes de marche sous la pluie fraîche, c’était parfait. Mais une fois à la maison, j’ai senti la léthargie s’emparer de nouveau de mon cerveau. Il n’est pas rare que l’anesthésiant continue à se faire sentir pendant quelque temps avant d’être complètement évacué par le corps. Pour me réveiller, je me suis mise à lire des polars – de Gunnar Staalesen L’écriture sur le mur, de Henning Mankell, Meurtriers sans visage, Les Chiens de Riga, La Lionne blanche, de Michael Connelly, Les neuf dragons. Et ça a marché à merveille, mon cerveau s’est débarrassé des substances qui revenaient le hanter. Je continue sur ma lancée à alterner les lectures de philosophes grecs présocratiques et d’auteurs de polars. Qu’ont-ils en commun ? Ils renvoient la corruption à sa place. La corruption et la peur sont les deux faces d’une même médaille, de ce même genre de médaille que les pouvoirs épinglent sur la poitrine des citoyens qu’il veulent conserver soumis au monde tel qu’il est, peureux et corrompu. Je ne suis pas de ce monde qui a peur, je ne suis pas de ceux qui lui sont soumis.

voilée assouan,

J’ai rêvé que tu montais au ciel avec les enfants, dit-il. Ce n’était pas une métaphore, c’était un pouvoir, et tu avais aussi d’autres pouvoirs, ajoute-t-il. Moi j’ai rêvé de bateaux et de chevaux, entre autres. J’ai vu notamment des bateaux d’un rouge extraordinairement vivant le long de l’embouchure d’un fleuve qui était à la fois la Gironde et le Bosphore. Je vais et je viens aussi bien depuis mon état de corps vivant ici-bas que depuis après la mort du corps, et ce n’est que joie et lumière.

photos O, Athènes 2007 et Assouan 2008