Through the looking-glass (dix-huit autoportraits)

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J’ai fait ces dix-huit autoportraits au cours des dix dernières années. Plusieurs quand j’étais ermite à la montagne, ou dans des hôtels. Avec des miroirs, des vitres, des ombres, une affiche ancienne donnée par une libraire. Ils ne sont pas donnés dans l’ordre chronologique, mais au hasard de l’ordre dans lequel ils se sont présentés.

© Alina Reyes

*

Je suis un arbre tout en bourgeons qui avance à longs pas dans le temps, les étoiles. Après ma thèse, le grand roman qui germe en moi s’écrira, se déploiera. Je touche tout l’univers avec mes branches, mes doigts, mes racines ; ma sève crie de joie avec les pierres.

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Illumination d’une Illumination

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Selon Verlaine, Rimbaud aurait souhaité intituler son recueil Illuminations dans son sens anglais : enluminures. Nous nous sommes déjà penchés assez longuement sur ce recueil, la part qu’y a pu prendre Germain Nouveau, et nous en avons déchiffré quelques textes (sans caractère définitif bien entendu), ici. Aujourd’hui, dans le cadre de ma thèse en couleurs, j’ai enluminé, avec notamment nos initiales, un fac-similé du poème traditionnellement édité en fin du recueil (quoiqu’il soit incertain que telle fut la volonté de Rimbaud), Génie - son chef-d’œuvre selon Yves Bonnefoy (il me semble me souvenir que Pierre Brunel le rappelle dans un entretien avec Pierre Kerroc’h sur la vie et l’œuvre du poète)

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genie

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Il est l’affection et le présent puisqu’il a fait la maison ouverte à l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l’affection et l’avenir, la force et l’amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extase.
Il est l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l’éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l’épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie…
Et nous nous le rappelons et il voyage… Et si l’Adoration s’en va, sonne, sa Promesse, sonne : « Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C’est cette époque-ci qui a sombré ! »
Il ne s’en ira pas, il ne redescendra pas d’un ciel, il n’accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c’est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l’action.
Ô fécondité de l’esprit et immensité de l’univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l’abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l’orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.

Arthur Rimbaud, « Génie »

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Montagnes et chat perché

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chat perchéAu quatrième étage, un chat se repose, se déplace, bouge, s’étire sur la barre de trois centimètres de large

chat quatrieme etage*

Vers le quartier chinois, j’ai pris des journaux chinois gratuits dans la rue, j’y ai découpé une montagne en noir et blanc avec ses écritures, j’ai souligné ses traits et je l’ai coloriée pour l’insérer dans le classeur de ma thèse en couleurs

montagneavec ses deux tout petits personnages tout en bas

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Mes ateliers d’écriture en lycée

coccinelle

cailloux*

Dès le début de l’année, j’ai instauré des ateliers d’écriture avec mes deux classes, presque chaque semaine pendant les heures en modules. Mon but était non de leur apprendre à écrire, mais de libérer leur parole, leur pensée, leur esprit – comme un échauffement pour leur intelligence. Je me suis inspirée, pour mettre au point ces ateliers, d’une expérience que j’ai vécue il y a quelques années aux Compagnons de la nuit, une association qui reçoit des personnes sans abri le soir pour leur permettre d’échanger autour de jeux de société, simples conversations ou diverses activités dont, régulièrement, des ateliers d’écriture. J’ai retenu de cette expérience la puissante expression qu’elle libérait parmi les participant.e.s, individuellement et collectivement (contrairement à d’autres ateliers d’écriture, plus classiques, auquel j’assistai ailleurs). Et je l’ai adaptée à mes classes en demi-groupes en m’attachant prioritairement à créer un climat d’humanité propice à la réussite de cet exercice difficile mais très fructueux.

Je demande aux élèves de disposer la classe en U, un U presque fermé par ma table, afin que nous formions un cercle ouvert. J’écris le sujet, souvent très simple et toujours très ouvert, au tableau. Le cours durant une cinquantaine de minutes est partagé en deux temps : celui de l’écriture, puis pendant les vingt dernières minutes, celui de la lecture à haute voix de chaque texte par chaque auteur.

La première fois, les élèves ont protesté vivement contre ce que je leur demandais de faire : jamais, disaient-ils, ils n’arriveraient à écrire un texte en si peu de temps ; et surtout, ils ne voudraient pas lire ce qu’ils auraient écrit devant les autres. Les protestations ont duré dix minutes, durant lesquelles j’ai attendu calmement leur acceptation, en les encourageant sans reproches ; puis ils se sont mis au travail, le silence s’est fait et tout s’est parfaitement déroulé. Par la suite, ils ont beaucoup goûté ces ateliers, m’en réclamant les semaines où nous n’en faisions pas. Ces ateliers anéantissent les hontes et libèrent la parole tant à l’oral qu’à l’écrit. La nécessaire rapidité d’exécution est un atout pour la libération de cette parole, qui surgit à la fois dans l’urgence et dans la discipline consenties, appréciées.

La réussite de ces ateliers repose sur la disposition humaine que l’enseignant.e doit installer. Il lui faut être dans un état de grande paix. Écrivaine, je n’ignore pas le phénomène dit d’angoisse de la page blanche. Je respecte donc ce temps nécessaire pour parvenir à se lancer dans le travail. Les cinq ou dix premières minutes, les élèves manifestent leur inquiétude par des questions, des bavardages, toutes sortes d’évitements. Je circule parmi eux, au milieu du U, donnant réponses aux questions et encouragements. Puis je retourne à ma table, devant laquelle je reste debout, à la fois présente et discrète, et ils se jettent à l’eau : presque toujours dans un immense calme, ils écrivent pendant le temps qu’il leur reste, une vingtaine de minutes, jusqu’au moment où je signale que le moment est venu de passer à l’étape de la lecture. Tant pis si le texte n’est pas achevé : la règle est que chacun lise ce qu’il a pu faire, que tous écoutent, et que tous (y compris l’enseignant.e) applaudissent discrètement à la fin de chaque lecture, pour remercier l’auteur.e de sa lecture (non pour applaudir le texte lui-même – la règle précise que nous ne sommes pas là pour juger).

Ainsi même ceux et celles qui redoutaient le plus l’épreuve de la lecture publique en viennent à apprécier vivement ce moment. Même sans savoir écrire « correctement », même avec des passés simples épouvantables (car même s’ils le connaissent mal le passé simple les séduit) les uns et les autres parviennent à émouvoir, ou à faire rire, ou à impressionner, à faire réfléchir, à surprendre… Le principe est très gratifiant pour chaque auteur.e mais aussi pour l’ensemble du groupe, qui apprécie de s’écouter dans la réciprocité. Quand je demande qui veut commencer, plusieurs mains se lèvent, et parmi les plus enthousiastes on peut compter nombre d’élèves parmi les moins « forts » en français. Ensuite on lit généralement les uns à la suite des autres, sans perdre de temps, dans un sens ou dans l’autre du cercle. Je n’ai quasiment rien à dire, ils connaissent le principe et l’appliquent tout seuls. Écrits dans ces conditions, les textes sont souvent puissants, malgré les maladresses ; et c’est ce qui donne un sentiment de profonde satisfaction à leurs auteur.e.s. Spontanément les élèves transposent dans de petites fictions ou de brèves réflexions les grandes questions éternelles de la littérature, violence, mort, amour… et débrident leur imagination et leur pensée. Tout en libérant leur esprit, cet exercice leur permet de comprendre l’essence profonde de la littérature, un bien commun à toute l’humanité dont ils font eux aussi, le temps d’un atelier, un bien commun, qui les rapproche les uns des autres et développe empathie, tolérance, respect.

corneille*

Les sujets peuvent appeler soit à la fiction, soit à la réflexion. Une fois, l’atelier s’est déroulé entièrement à l’oral. Les élèves ont été appelés à réfléchir une dizaine de minutes à une petite histoire (fiction inspirée ou non d’une histoire vraie) qu’ils pourraient raconter, puis à se lever tour à tour et à la raconter à l’assemblée (avec la classe de Première technologique, cette séance a été particulièrement intense, beaucoup d’élèves ayant raconté, sous forme de fiction, des moments très durs inspirés de malheurs vécus – cela ne leur avait pas été demandé, ils ont voulu le faire et ont même tenu à rester après la fin de l’heure, un vendredi à 17h30, afin que tous aient le temps de s’exprimer, dans un moment de grande communion). Une autre fois, après visionnage de calligraphies et de peintures associant lettres et dessin, il a été demandé de réaliser un travail liant écriture et dessin, afin de prendre conscience de l’importance de la « belle écriture », et qu’écrire doit être un acte appliqué.

Fréquemment revient la question : est-ce qu’on peut dire tout ce qu’on veut ? La réponse est oui, nous sommes là pour la littérature, il n’y a donc pas de censure, la seule interdiction est de ne pas essayer de faire vraiment de la littérature, de ne pas essayer de faire « au mieux », quels que soient le registre et la forme adoptés. La séance ne comprend aucun cours, aucune critique, aucune correction. Les textes me sont donnés à la fin, et l’ensemble est commenté lors d’un cours normal la semaine suivante, de façon cette fois détachée, quand je les leur rends (fautes corrigées) après y avoir relevé des points communs ou singuliers et mis en évidence telle ou telle question qu’ils soulèvent : nous en discutons en classe pendant une dizaine ou une quinzaine de minutes, avant de passer au cours normal, à l’étude et à l’analyse de textes au programme, etc.

Les sujets proposés sont toujours en lien avec le reste du travail fait en classe, avec les textes étudiés en classe, ou avec la « citation du jour » (je débute souvent mes cours par une citation soigneusement choisie, sur laquelle nous rebondirons au cours de nos réflexions sur les textes, tout au long du trimestre ou de l’année). Sujets donnés :

« Un loup sans forêt. Racontez. » (La semaine précédente, avait été donnée en classe la citation suivante, de la poétesse tzigane Papuzsa : « Le talent sans instruction est comme un loup sans forêt »).

« … par une petite porte dans ma chambre que je n’avais jamais vue, je découvris… »

« 1) Chacun de nous est marqué par le mode de pensée dans lequel il a été élevé. 2) Malgré cela, nous pouvons réfléchir par nous-mêmes. Donnez des exemples pour les deux cas. »

« Une rencontre particulière. Racontez. »

« Le rêve peut être une façon : 1) de fuir la réalité ; 2) d’enrichir la réalité intérieure. Donnez des exemples argumentés pour les deux cas. » (Les élèves ont pris conscience avec cette question de ce que pouvait bien vouloir dire « réalité intérieure »).

« La littérature sert : 1) à faire découvrir des réalités qu’on ne connaissait pas ; 2) à faire réfléchir. Donnez des exemples pour les deux cas. »

« Racontez un moment particulier » (Ce sujet a été donné pour un atelier réalisé entièrement à l’oral, sans passage préalable par l’écriture).

« La Brindille [nom de la rivière au bord de laquelle l’enfant a été violée et assassinée dans le conte de Maupassant étudié parallèlement, La petite Roque] a tout vu. Écrivez le flux de ses pensées, son désir de justice après le meurtre. »

« Écrivez en langage sms un dialogue de séduction inappropriée comme dans le Tartuffe de Molière » (travail donné à faire deux par deux, après lecture à voix haute, par les élèves du demi-groupe qui se relaient, de la scène correspondante dans Molière).

« Écrivez le monologue du Pauvre après sa rencontre avec Dom Juan » (scène précédemment étudiée en cours).

coccinellel’autre jour au Jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes
*

- Thèmes développés par les élèves de Seconde en réponse au sujet « Un loup sans forêt. Racontez » :

Un enfant sans parents ; un loup en ville (ou en cage, ou sur un parking, ou au zoo) ; un loup dont la forêt a brûlé ; un loup dans une décharge, y trouvant un bébé ; une créature blessée dans la forêt la nuit ; un loup face à une star ; un loup face à un engin métallique ; un loup face à l’océan ; un humain sans racines ; un loup domestiqué ; Paris sans tour Eiffel ; un loup errant ; un être à la rue ; un loup qui s’enfuit pour retrouver sa liberté ; un loup humain ; un loup trouvant sa louve après un incendie ; un loup errant et mourant dans la ville après que sa forêt a été rasée ; un loup et des voitures ; un être vivant sans vie ; un loup suicidé ; un loup sur les routes en Amérique du Sud ; un loup qui finit noyé ; un loup solitaire à la recherche d’une forêt dans la neige ; un homme sans maison ; un loup blanc qui semble un intrus parmi les loups sombres ; un loup impossible sans forêt ; un loup sans Chaperon rouge ; un loup étranger dans un nouveau pays.

- Thèmes développés par les élèves de Seconde en réponse au sujet « … par une petite porte dans ma chambre que je n’avais jamais vue, je découvris… » :

Un mur ; un tunnel ; un enfant-loup ; des proches décédés ; l’espace, en apesanteur ; des dizaines de kilos de cocaïne ; une bibliothèque et des objets précieux ; un jardin d’Éden et une porte qui apparaît et disparaît ; un monde presque parfait, infini ; une fontaine à vœux ; un bébé licorne inquiétant ; un endroit de terreur, un bunker nazi ; un monde magique ; une caverne d’Ali Baba ; un paradis souterrain ; des parents morts et des enfants pas encore nés, le passé et le futur ; une mère en sang et une petite fille sage ; l’enfance et le passé revenus ; le meurtre d’une enfant ; un homme avec un couteau plein de sang ; un stade de foot ; des pièces pleines de nourritures, de vêtements, d’argent ; un monde d’animaux ; un petit garçon ; une sœur jumelle ; une succession d’escaliers et de portes ; l’absence comme seul habitant ; une petite fée morte ; une boucherie humaine ; un cycle infini de chute ; une obscurité infinie ; une chambre inversée, plafond en bas.

- Thèmes développés par les élèves de Première ST2S en réponse au sujet « 1) Chacun de nous est marqué par le mode de pensée dans lequel il a été élevé. 2) Malgré cela, nous pouvons réfléchir par nous-mêmes. Donnez des exemples pour les deux cas » :

Beaucoup de réflexions sur l’inégalité des droits entre les hommes et les femmes qui règne dans la plupart des modes de pensée ; des exemples intéressants sur les différences culturelles et religieuses, les règles de vie, les façons de manger, de se vêtir, les différences linguistiques etc. ; des réflexions sur les différences de modes de pensée au sein d’une même culture générale entre les classes sociales ; des réflexions sur les différences de modes de pensée induits par les régimes politiques, comme par exemple l’antisémitisme par le nazisme ; des réflexions sur les différences de modes de pensée dans les questions sociétales, par exemple à propos des relations amoureuses, du cannabis, de la technologie ; des réflexions sur les différences de modes de pensée induits par l’Histoire, d’un siècle à l’autre ou d’une génération à l’autre ; des réflexions sur les différences de modes de pensée selon les familles, leur histoire personnelle ; enfin des réflexions sur le fait que nous pouvons apprendre à penser par nous-mêmes en grandissant, par des rencontres et par notre propre expérience et notre propre conscience, qui n’appartient qu’à nous.

*

Ma thèse en chiffres, ossature de mon corps amoureux

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these en couleurs 2*

Ma thèse compte à cette heure près de 500 000 signes – sans compter l’important volume des annexes, environ 100 000 signes, en majeure partie de mes propres travaux. Elle devrait en compter, une fois terminée, quelques dizaines de milliers de plus. C’est assez peu pour une thèse de littérature, cela parce que l’expression en est très concentrée, de façon poétique. Voici son plan dans l’état actuel, sans les titres des chapitres et sous-chapitres mais avec leurs chiffres, dont l’ordonnancement a quelque chose à dire sur le processus de la pensée – comme ses couleurs.

TITRE
Sous-titre

Dédicace
Remerciements

Présentation

Introduction
1.
2.
3.

Premier mouvement
I.
1.
2.
3.

II.
1.
2.
3.
4.

III.
1.
2.
2.1.
2.2.
2.3.
2.4.
3.
3.1.
3.2.
3.2.1.
3.2.2.
3.2.3.
3.2.4.
4.

IV.
1.
2.
2.1.
2.2.
3.

Deuxième mouvement

I.
1.
2.
3.
4.
4.1.
4.2.

II.
1.
2.
3.
4.
5.

Troisième mouvement
I.
II.
III.
IV.
V.

Conclusion

Annexes

Index

Sommaire

*

Le troisième mouvement est en cours d’écriture (l’un des chapitres quasi fini, d’autres commencés – car l’écriture ne se fait pas de façon nécessairement linéaire, chapitre après chapitre), la fin du deuxième est à arranger. Bien entendu l’ensemble reste à revoir (mon directeur de thèse n’a encore rien lu) et susceptible d’évoluer. Edgar Poe dit quelque part que rien n’est plus beau que la self-cognizance (si je me souviens bien, tel est son néologisme – je viendrai corriger ou préciser si je retrouve la référence exacte) de sa propre pensée. J’ai aimé voir son processus à l’œuvre d’abord dans ses parties manuscrites, l’écriture au stylo, avec ses numérotations de pages que la pensée obligeait à faire dériver. Par exemple, entre les pages manuscrites 4 et 5, j’ai dû introduire, ma pensée partant en arborescence depuis un détail de la page 4, les pages 4a, 4b, etc., jusqu’à arriver à la fin de l’alphabet et devoir continuer avec un deuxième alphabet. L’insertion d’images dans le classeur de la thèse manuscrite, de dessins et autres collages, a contribué puissamment à ouvrir également l’espace de la pensée, même si dans leur grande majorité ces images ne sont pas mentionnées dans le texte de la thèse, de même que les actions poélitiques de Madame Terre, réalisées avec O. Nous ne voyons pas ce qui est à l’intérieur de notre corps, mais c’est ce qui le fait vivre. La chair dépasse la chair, le plan en chiffres est l’ossature où pousse, comme dit Rimbaud, notre nouveau corps amoureux.

*

Roses, lotus, graines de lotus, autres fleurs, et un dessinateur

journal,

trois roses,Après être passée par la roseraie,

je suis allée

fleurs

dessinateur

voir les lotus, en fleurs, en boutons et en graines

Dans le creux se tenait un jeune homme asiatique, en train de dessiner, très bien, le champ de lotus

lotus

graines de lotus

lotus bouton

De retour à la maison, je me suis photographiée dans le miroir, puis j’ai demandé au jeune homme présent de me photographier pour changer ma photo de profil sur ce site : de portrait de fleurs en portrait de soi, c’est une action en forme de haïku, une action poélitique

journal,hier au jardin des Plantes et à Paris, photos Alina Reyes

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Essence et thèse

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Hier, aujourd’hui, dès cinq heures le matin et pour de longues rapides heures écrivant ma thèse, dans l’effervescence et la joie. Ma méthode : commencer par les gestes, le dessin, les actions poélitiques, porte ses fruits. Le moteur est lancé, le véhicule a fait le plein d’essence, le pays défile – voyage exaltant. Ce que je veux, je l’est (non, ce n’est pas une coquille. Quoique…)

*

Madame Terre à Villers-Cotterêts. En hommage à la langue française, et à ses débuts

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Après une partie du trajet en transilien depuis Paris, O a parcouru 108 km à VTT par champs et forêts pour aller à Villers-Cotterêts, voir la maison où Alexandre Dumas est né, et le château où François 1er a signé, en 1539, l’ordonnance faisant de la langue française la langue officielle du pays, le libérant ainsi de l’emprise du latin et de ses clercs. Après les images faites en cours de chemin et sur place, notamment au château en ruine qui devrait être bientôt rénové, la vidéo d’une émission désuète mais bien faite, avec Claude Hagège retraçant l’histoire des débuts de la langue française.

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mme terre va a villers cotterets 5et voici la maison natale d’Alexandre Dumasmme terre va a villers cotterets 6

De château en château… Il y a un an, le 14 juillet 2016, Madame Terre était au château d’Alexandre Dumas : c’était sa première sortie, la première action poélitique dans la catégorie Madame Terre. Elle est alors encore flambant neuve (depuis, elle a pris quelques gadins dans le sac à dos avec les intrépidités du cycliste), et la note s’accompagne des vidéos de Le comte de Monte Cristo, série télévisée de 1979, adaptation la plus fidèle du roman : ici

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mme terre va a villers cotterets 10L’immense château, aujourd’hui en ruine, demain sans doute rénové, où ont été signées les ordonnances de Villers-Cotterêts, dont celle sur la langue française (voir lien plus haut et vidéo plus bas)mme terre va a villers cotterets 11

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mme terre va a villers cotterets 23Alexandre Dumas toujours en bonne place où il est né

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Madame Terre au moulin bibliothèque d’Aragon et Triolet, une merveille

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L’eau y coule dedans comme dehors. Très beau lieu dans une très belle nature, site désormais ouvert aux visiteurs et aux artistes, cet ancien moulin de Saint-Arnoult en Yvelines fut leur maison de campagne, de repos et de travail,  avec les 30 000 livres de leur bibliothèque, toujours là et disponible pour les chercheurs. La présence d’Elsa Triolet et de Louis Aragon y est maintenue vivante, tant par les souvenirs et objets d’art qui furent leurs que par ceux qui témoignent de la continuité de la création jusqu’à nos jours.

Hier après-midi, faisant fi de la canicule, O s’y est rendu, toujours à VTT et par les chemins buissonniers depuis Paris, pour y présenter Madame Terre – qui y a été très bien comprise et reçue, merci – et accomplir le rite que les lecteurs de ce blog connaissent bien depuis l’année dernière. Avant de donner les photos qu’il a prises en chemin et sur place, voici deux vidéos – la première sur un mode poétique, la seconde reportage pour la télévision – présentant la maison : un enchantement. Puis, après les photos, nous écoutons et voyons les deux auteurs parler de littérature, notamment Triolet sur Tchekhov et Aragon sur Stendhal. Enfin, musique ! Aragon qui aimait qu’on change ses poèmes en chanson adore certainement cette interprétation de « Gazel du fond de la nuit » par Gnawa Diffusion, rejoignant le Ghazal, l’art raffiné de la poésie courtoise arabe – et le texte du poème.

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mme terre vers triolet aragon 2une ferme en chemin

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mme terre vers triolet aragon 5un vestige du chemin de Compostelle

mme terre vers triolet aragon 6le chemin se poursuit par les sentiers en forêt du noble chevalier errant

mme terre vers triolet aragon 7puis c’est l’arrivée à destination

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Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleurs au fond de la nuit

J’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon cœur de se taire au fond de la nuit

Je ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans image au fond de la nuit

Dépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amour au fond de la nuit

Mon secret frémissant qu’aveuglement je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma bouche au fond de la nuit

Long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je tremble au fond de la nuit

Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouges doucement dans le lit quand j’arrive au fond de la nuit

Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passe au fond de la nuit

Ou c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeil au fond de la nuit

Comme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croire au fond de la nuit

J’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le double au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmure au fond de la nuit

Je vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose au fond de la nuit

Va dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signature au fond de la nuit !

 

Louis Aragon (in Le Fou d’Elsa, 1963)

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à voir aussi : une précédente note comprenant la vidéo du film d’Agnès Varda sur Aragon et Triolet

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