Multiplication des pains, façon « inconnus »

multiplication des pains 1-min,

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Après avoir l’autre jour recommencé à multiplier les Post It dans la ville, j’ai commencé aujourd’hui à y multiplier mes livres. Tout cela dans un mouvement général de multiplication des « pains », en ligne aussi : mes articles parus ces jours derniers sur de multiples sites, où les textes peuvent rencontrer des lecteurs de multiples horizons : Agoravox ; Bellaciao ; Médiapart ; Lundi matin ; aujourd’hui Paris Luttes Info… Ce n’est pas fini, et pour ce qui est des distributions de pains dans la ville, ce n’est qu’un début, j’ai d’autres idées.

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multiplication des pains 1-min

Mon premier pain de livre distribué. Je me suis assise sur un des rares bancs libres au jardin des Plantes, j’y ai déposé ce livre composé de deux nouvelles, j’ai fait la photo, j’ai attendu un peu. Une famille de quatre musulmanes est arrivée, les fillettes sont allées jouer, les deux femmes, dont l’une voilée, se sont assises. Au bout de quelques instants, je me suis levée, je suis partie, laissant le livre. L’une des femmes m’a appelée : – Madame, c’est à vous, ce livre ? – Non, ai-je dit. – Ah très bien, alors je vais le lire, a-t-elle dit toute contente en le prenant.

J’ai poursuivi mon chemin, ravie de ce premier coup.

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Derrière cette fenêtre ouverte par ce temps printanier, des personnes travaillaient dans un bureau. J’ai déposé sur le rebord cette nouvelle bien plus chaude que le climat et la météo, et j’ai continué mon chemin, quelqu’un s’en emparera bien.

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multiplication des pains 3-min

Je suis entrée derrière un restaurant où se trouvaient des poubelles et aussi des vélos des employés. Tout près, à côté des fleurs, j’ai déposé ce petit roman.

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Puis je suis retournée au jardin travailler à merveille, assise dans l’herbe, bras nus.

À suivre !

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Discours à l’oiseau

jardin 5-min

Le rouge-gorge est un oiseau solitaire, mais il ne répugne pas à approcher les êtres humains. Alors je me suis mise à lui parler, sachant qu’il m’écouterait et qu’ensuite, peut-être, par les voies mystérieuses de la Langue, il leur rapporterait ma parole.

(…)

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« Petit oiseau, lui dis-je, sais-tu ce que je vois ?

(…)

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Défait de ses colonies, ce pays s’est auto-colonisé selon le même esprit de profit par l’exploitation de ses forces vives, empêchées dans le même temps d’accéder aux pouvoirs économique, politique, médiatique. Systématiquement désespérées en même temps qu’exploitées et tour à tour fustigées ou flattées.

Même démasquée, l’imposture perdure, rien ne semble pouvoir l’empêcher de régner. Voilà trente ans que les nouveaux philosophes ont accédé à la parole par une stratégie de maîtrise des médias, au détriment de l’élaboration d’une pensée réelle. Le système, étendu au monde politique, artistique, intellectuel, est désormais général et verrouillé. D’autant qu’il s’est allié aux détestables vices de notre nation, le règne de l’administration et le sens aigu des hiérarchies sociales. Rigidité de ce pays pour moitié peuplé de secrétaires toujours prêts à faire barrage, à tout propos. Cette culture des « privilèges ». Cette terre que de tous bords on n’en finit pas de vouloir s’approprier et cadenasser.

Cessons de fantasmer sur les dangers de la Machine, la Machine n’est dangereuse qu’en servante du Système et c’est lui qu’il faut combattre, c’est de lui qu’il nous faut nous débarrasser et débarrasser ce vieux pays que nous aimons pourtant, ce vieux pays auquel nous pourrions faire tant de bien s’il renonçait à se préserver en nous fermant sa porte au nez. Si nous renoncions à venir manger à ses pieds les miettes qu’il nous jette comme aux moineaux. S’il renonçait à ne nous faire fantasmer à l’exposition de ses appas que pour mieux se dérober.

Ne vous battez pas entre vous. Jeunes du monde entier, soyez solidaires contre vos vieux ogres, remettez-les à leur place qui devrait être noble et qu’ils ont souillée comme le reste, et ce faisant, prenez aussi la vôtre. Dans votre monde, un monde qui attend que vous lui rendiez l’éternité, c’est-à-dire la possibilité d’être transmis. »

De temps en temps, l’oiseau pépiait pour me répondre, puis il inclinait un peu la tête en fixant sur moi son œil vif, comme pour m’encourager à poursuivre. Je continuais, et peu à peu c’était le chevreuil aussi, la pierre et le hêtre qui parlaient à travers moi, peu à peu ce n’était plus moi mais la voix de toutes les voix qui parlait à travers moi.

jardin 3-min

« Il y a un point, tu le sais mieux que personne toi l’oiseau, où la précarité et la pérennité se rejoignent. Apprendre à vivre précaire, c’est apprendre à vivre. Dieu dans le désert distribue jour après jour la manne, il suffit de le savoir pour qu’il en soit ainsi.

Mais le vivre demande une foi, c’est-à-dire une force, dont l’homo consommator est devenu incapable. Seuls les habitants des pays pauvres, les migrants, les aventuriers peuvent encore porter en eux cette force. C’est en te regardant vivre, oiseau, que je veux dire à l’homme : Sois l’aventurier de ta vie !

Ne crains pas de perdre tes biens du jour au lendemain.

Ne te laisse pas posséder par ce que tu possèdes ou désires posséder.

Je te parle de ce que j’ai connu, de ce que je connais.

Cela suppose non pas que tu renonces à te battre, mais que tu combattes chaque jour contre toi-même.

Cela suppose que tu renonces à trop attendre de la société, qui est alors ton pire ennemi.

Ne demande pas davantage de subventions, d’allocations, de lois pour te protéger. Ce qu’il faut ce n’est pas demander, c’est prendre. Ce qu’il faut prendre ce ne sont pas des garanties, ce sont des libertés.

Comme le bonheur est une somme de moments heureux qu’il ne tient qu’à toi de saisir et de vivre, la liberté est une somme de libertés, y compris de petites libertés prises ici et là avec telle coutume, telle bienséance, telle loi, telle bien-pensance, tel discours, telle vision.

Ne t’imagine pas que pour être libre il te suffit d’être libre dans ta tête. Ne t’imagine pas non plus que pour être libre il te suffit de satisfaire tes désirs. Ta liberté d’esprit est limitée par l’exercice que tu en fais : si tu ne l’appliques pas dans les actes concrets de ta vie, elle devient une machine infernale et mortifère. Ta liberté d’action est limitée par la pensée que tu en as : agir sans connaissance de cause n’est pas le fait d’un homme libre mais d’un enfant encore dépendant.

Choisis toi-même les bornes que tu dois poster ou franchir sur le chemin de ta liberté. La liberté est un chemin à faire à chaque instant, l’homme libre est toujours en marche.

Combats chaque restriction de ta liberté que la société t’impose ou tente de t’imposer (le plus souvent, elle n’y parvient qu’avec ton consentement). Essaie par tous les moyens d’identifier et de contourner les obligations et les mots d’ordre. Toutes les règles auxquelles le monde moderne t’oblige à te soumettre, notamment les horaires et les formalités administratives, compense-les par une prise de libertés supplémentaires, ailleurs. Si tu ne peux franchir une frontière sans passeport, rien ne t’oblige à voyager en suivant les guides.

Sache entendre l’autre parole que porte une parole.

Ne perds pas ton énergie à chercher à gagner autre chose que ta liberté, car gagner sa liberté c’est gagner tout le reste, y compris de quoi nourrir son corps, son âme et son esprit. Gagner chaque jour sa liberté, c’est aussi gagner l’accès à l’amour vrai et à la connaissance supérieure. Gagner sa liberté, c’est vivre vivant.

Je te parle d’une vie que j’ai menée, que je mène. D’un combat que je pratique. Et qui est la nature de l’être.

L’amour et la connaissance, n’est-ce pas ce que tu peux te souhaiter de mieux ? N’est-ce pas le seul devenir perpétuel que tu puisses t’offrir ? N’est-ce pas ce que tu peux offrir de mieux aux autres, ton meilleur être ? N’est-ce pas le seul mieux-être, et la meilleure arme contre les forces négatives, le mal engendré par la haine et l’ignorance ?

Quels que soient ton origine sociale et culturelle, ta nationalité, ta couleur de peau, ton sexe, ta date de naissance, ne les tiens jamais pour acquis.

N’essaie pas d’entrer dans un moule mais n’essaie pas non plus de dominer ta vie. Considère-la comme une monture, cheval ou moto, serre-la convenablement entre tes cuisses et conduis-la, mais en respectant sa façon de se mouvoir. Ne t’imagine surtout pas que tu peux mépriser son fonctionnement pour n’en faire qu’à ta tête ; ni qu’il suffit d’avoir le cul sur la selle pour qu’elle t’emmène quelque part.

Apprends à lire les livres (lire vraiment), à déchiffrer le monde, à entendre la langue des oiseaux, des arbres, de la mer. Ne perds pas ton temps à essayer de te connaître toi-même si tu n’as pas d’abord appris à parler avec tout ce qui parle, c’est-à-dire tout. L’introspection, la philosophie, la psychanalyse, les religions ne font que t’enfermer davantage entre les murs de ta prison si tu ne t’en es pas d’abord échappé.

Quel que soit le processus dans lequel tu t’engages, ne le fais pas en espérant ta liberté, fais-le en homme déjà libre. Même les périodes de servitude, volontaire ou non, même les moments de grande souffrance ou de grande jouissance, et ni la gloire ni l’humiliation, ne doivent pouvoir entamer ta liberté.

Ta liberté doit savoir et admettre qu’elle ne peut être que relative : elle n’en sera que plus farouche et solide. Personne ne naît libre, mais il est possible de mourir infiniment plus libre qu’à sa naissance. Regarde ce qu’il en est : la plupart n’ont fait au cours de leur vie qu’épaissir les murs de la prison autour d’eux. Et il en sera de même pour toi, si tu ne combats pas chaque jour.

Apprends à voir de tes propres yeux. Kafka dit qu’il faut se laver les mains le matin en se levant avant de se toucher les yeux. Pourquoi ? Pour la même raison qui fait écrire à Nietzsche qu’il faut savoir ressortir propre même d’une situation malpropre. L’homme est appelé à mettre la main à toutes sortes de pâtes au cours de sa vie et souvent il le fait de nuit, c’est-à-dire les yeux fermés, sans avoir conscience de ses actes sur le moment. Il s’agit de ne pas laisser les mains souillées contaminer le regard, de ne pas porter la boue à ses yeux, ni même la pâte à gâteau, il s’agit de préserver la possibilité de voir l’invisible, la vérité qui ne se montrent qu’aux pupilles pures et saines.

La précarité isole, fragilise, déshabille, déshonore aux yeux de la société. Elle est porteuse de grandes angoisses, jusqu’au moment où l’on s’est assez combattu soi-même pour l’accepter pleinement. Alors elle, la condition primitive de l’homme, devient tout simplement le mode idéal d’existence, le seul mode d’existence et de vie possibles, la seule révolution permanente. Alors soudain elle pourvoie à tous tes besoins sans effort, de même que la température du corps se régule elle-même et permet de s’adapter aux aléas des saisons.

Être précaire c’est être nu : un cauchemar, un vice, une honte, une peur, une transgression, un rêve, une joie ? Si c’est une joie, tu verras que bientôt tes yeux se déshabillent aussi : tombée la croûte de peinture, le chef-d’œuvre t’apparaît, et tu entres dedans.

Hier au jardin, photos Alina Reyes

Hier au jardin, photos Alina Reyes

 

Je suis Blanche et je suis Noire, je suis Femme et je suis Homme, je suis Vieille et je suis Enfant, je suis Putain et je suis Vierge, je suis Eau et Feu, Jour et Nuit

vierge noire, femme-enfant, soleil-lune, mâle-femme, œuf-ancêtre,

vieux chamane accroupi je dessine dans le sable du désert australien, jeune prêtresse virevoltante je joue avec les noirs taureaux de Crète, rocker torse nu debout sur une immense scène je chante à la face d’une foule innombrable, femme fatale couchée sous le ciel je manipule les joyaux de mes clients et j’allaite les âmes,

je suis de tous les temps, de tous les sexes, de tous les pays, de toutes les fêtes, de toutes les tragédies, de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes les langues, de toutes les religions, de toutes les folies,

je suis la sagesse même,

les animaux s’étirent dans mon corps,

je suis libre !

C’est à toi de te lever, te lever du livre

Pars bouge-toi

Aime un homme ou une femme fais-lui des enfants sauvages restez unis tout le temps de votre aventure soyez heureux

Dédaigne les écoles et les frontières, respecte les écoles et les frontières que tu auras toi-même créées et fixées

Sois sans modèle

Aime sans mesure

Souffre sans peur

Jouis sans le vouloir

Trouve un maître spirituel, dépasse-le, dépasse-toi toi-même

Lance-toi dans l’expérience des limites puis bondis dans l’illimité

Sois de partout

Dépasse l’imagination

Dépasse-la en actes et en être

Sois courageux

Refuse ta lâcheté

Aie du cœur à l’ouvrage, à l’honneur et à l’amour

Accepte ton royaume.

Le royaume c’est le réel, parce que le réel c’est le spirituel.

Espérance, vieux fardeau de l’humanité désespérée. N’espère pas. C’est là, tout de suite, qu’il faut vivre et agir.

Rends grâce à l’inutile.

Que ta vie soit poétique, chaque jour, chaque nuit, à chaque instant. Qu’il en soit ainsi, et nulle instance n’aura de pouvoir sur toi.

Cherche en toi le sens du mot « poétique ».

Ne cherche pas le bonheur dans une vie rêvée.

Ne le cherche pas dans l’art ni dans la littérature. Ne le cherche pas dans la religion. Ne cherche pas le bonheur, aime et vis.

Ne crois pas en l’infini. Ne crois en rien. Ce à quoi tu veux croire est en réalité l’implantation du néant en toi.

Retourne-toi, fais face à ce qui te poursuit, combats loyalement.

Fracasse le miroir. Quand tu sauras que le royaume ceint d’un miroir n’est pas encore le royaume.

Être puissant n’est pas régner sur soi ni sur autrui. Qui veut régner est appelé araignée, comme a dit le poète. As-tu envie d’une existence d’araignée ? La puissance est dans la foi.

La foi c’est juste adhérer à la vie, à la ruche de sens de la vie. Être relié aux circuits qu’ils empruntent par et depuis toutes les dimensions. La foi, c’est être au centre des sens l’absolu de la justesse. Souviens-toi : il ne s’agit pas d’avoir la foi, il s’agit de l’être. Sois la foi.

Sois souple, écoute la Langue, réponds, ajuste-toi, navigue.

Sois souple vraiment, car voici l’aube des déchirures et des passages entre les dimensions, voici le nouveau monde et les nouvelles vies à inventer.

Sois doux, sois douce.

Que le chant te porte. »

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Extrait de mon roman Forêt profonde, éd. Le Rocher, 2007

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À toutes et tous les mutilés de la macronie

la liberté,
Autoportrait dans mon bureau, ce 14 février 2019

Autoportrait dans mon bureau, ce 14 février 2019

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J’ai perdu un sein au combat, ce qui n’est rien, par rapport à perdre un œil ou une main, comme il est arrivé à tant de nos concitoyens sous les coups de la police macronienne. « Les dictatures ne sont pas seulement dangereuses, elles sont aussi vulnérables, car le déploiement brutal de la violence suscite un peu partout l’hostilité », écrit Ernst Jünger dans son Traité du rebelle ou Le recours aux forêts, notant « l’hypertrophie de la police » dans de tels régimes, auxquels « il faut désormais mettre tout citoyen sous surveillance ».

« Le recours aux forêts – ce n’est pas une idylle qui se cache sous ce mot. Le lecteur doit bien plutôt se préparer à une marche hasardeuse, qui ne mène pas seulement hors des sentiers battus, mais au-delà des frontières de la méditation. » Et cette petite note, écrite après avoir écouté en boucle « Bella ciao » par Manu Chao et commencé à lire ce livre, avance comme l’indiquent ces premières phrases de Jünger. La perte de mon sein m’a un peu attristée mais ne m’a pas traumatisée. En passant devant la glace, j’ai saisi mon appareil et j’ai photographié la dissymétrie entre mon sein naturel et mon sein en reconstruction – avec un « expandeur » qui sera remplacé au printemps par une prothèse en silicone à l’effet plus naturel, sans ce bombé un peu aplati d’aujourd’hui qui lui donne l’air de déborder d’un corset, alors que son rond camarade pèse gracieusement.

Non, la perte de mon sein ne me pèse pas. My burden is light, comme je le chantais avec Handel et le chœur. Rien ne me pèse, sinon d’avoir pris un peu de poids à cause du traitement. Je suis passée de la taille 36 au 38, ce n’est pas énorme, mais tout de même j’aimerais retrouver mon ancienne sveltesse. Il m’importe d’être légère. Cela reviendra, je pense, au cours du chemin. Après des années et des décennies de lutte littéraire pour la vérité, mon corps a pris sur lui le cancer du monde extérieur qui m’était opposé comme celui des manifestants blessés a pris la violence du monde extérieur. Et c’est par cette violence que, comme le dit Ernest Jünger, le monde des violents finit par tomber. La macronie tombera. Ainsi que ce qui l’a faite et ce dont elle est porteuse.

 

la liberté,

 

Nous n’avons pas désiré être mutilés. Mais c’est librement que nous sommes allés au combat. C’est pourquoi nous pouvons estimer être désormais augmentés d’une « mutilation qualifiante », selon les mots de Claude Sterckx dans son livre sur La mythologie du monde celte. Voici ce qu’il écrit :

« Un thème important des mythologies indo-européennes – et celtes – est celui qui lie les pouvoirs majeurs surnaturels et spécifiques d’un dieu à la perte consentie de ce qui en permet naturellement l’exercice.

Ce peut être un organe physique : Fortune (la Fortune), autrement dit le destin tracé d’avance pour chacun, est aveugle ; le Scandinave Odin obtient la voyance omnisciente en s’arrachant un œil ; son collègue Tyr obtient le patronage de la bonne foi en sacrifiant sa main droite – celle qui prête serment – dans un parjure ; le dieu impulseur (celui qui met le monde en mouvement) de l’Inde, Savitr, n’a plus de mains ; dans toutes les mythologies, la déesse-mère paie sa fécondité de cette « mutilation » paradoxale qu’est sa virginité perpétuelle…

Ici, l’amputation du bras de Nuadha le qualifie à la fois comme guerrier – la main qui tient le glaive – et comme roi, car la mission essentielle du souverain est de redistribuer justement entre ses sujets tout ce que sa dignité met sous son contrôle. »

Nous sommes les reines, les souverains : nous avons pour mission de « redistribuer justement ».

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Street Art et Postit à la Butte aux Cailles

postit 17,

J’ai bien souvent photographié le Street Art à la Butte aux Cailles. Comme chaque fois que j’y retourne, des œuvres ont disparu, d’autres sont apparues. Mais cette fois j’en ai photographié quelques-unes avec mes PostIt. Une fois, je me suis retournée, et j’ai vu une passante s’arrêter pour lire celui-ci, le premier du jour :

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Puis j’ai continué, au gré du trajet :

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postit 18,

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Je songe déjà à passer à d’autres formes de Street Art, mais rien ne presse, pour l’instant je PostIte.

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postit 19,

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postit 20

Repérez-vous le PostIt ?

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postit 21Dans une ruelle pavée tranquille

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postit 22Librairie de la Commune. Rimbaud en fut de cœur, il en est !

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postit 23,aujourd’hui à la Butte aux Cailles, PostIt et photos Alina Reyes

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J’ai constaté en chemin que certains PostIt d’avant-hier, ailleurs dans l’arrondissement, sont encore là, comme celui-ci :

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PostIt aux cinq coins du monde (et nouvelles de ma nouvelle affectation de prof)

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postit 12à l’hôpital

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postit 13à la gare

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postit 14au jardin

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postit 15à la mosquée

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postit 16à la bibliothèque universitaire

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jardin des plantesaujourd’hui à Paris : Pitié-Salpêtrière, Jardin des Plantes, Grande mosquée, Sorbonne nouvelle : PostIt et photos Alina Reyes

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J’ai reçu ma nouvelle affectation pour la rentrée prochaine. Presque aussi loin de chez moi que cette année. Deux bus et un RER à prendre, en comptant les temps d’attente entre chaque moyen de transport cela fera au moins 1h40, soit près de trois heures et demi par jour de transports particulièrement fatigants (plus fatigants qu’un simple voyage en train par exemple) – sans compter les jours, toujours nombreux, où il y a des problèmes ou des grèves sur les lignes, et où le temps de transport peut augmenter de plusieurs dizaines de minutes.

Cette année j’avais le double privilège, au sein de mon groupe de jeunes collègues à l’Espé, d’être à la fois la plus âgée et de loin celle qui avait été nommée le plus loin de son domicile – l’une de nous était seulement à dix minutes à pied de chez elle ; en tout cas personne n’avait comme moi quatre heures de transports par jour pour se rendre dans son lycée ou dans son collège. Résultat, à la moitié de l’année, j’ai été épuisée et j’ai dû me mettre en arrêt de travail jusqu’à la fin de l’année scolaire. Et voici qu’ils recommencent à me nommer aussi loin que possible de chez moi. L’Éducation nationale est une machine stupide.

J’aime enseigner. Je n’ai pas encore décidé si je donne ma démission, ou non.

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Pour le principe des PostIt, voir la note d’hier (vous pouvez participer)

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Première série de PostIt, mon premier Street Art

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J’inaugure une nouvelle forme de Street Art : PostIt. Le principe est simplissime : quelques mots sur des post-it appliqués çà et là dans la ville. De courtes citations, le nom de l’auteur, sa qualité (écrivain, peintre, etc.), ses dates de naissance et éventuellement de mort pour se rafraîchir la mémoire… et donc le microtexte bien choisi dans un contexte si possible bien choisi aussi, pour surprendre, réveiller, donner à penser.

Qui veut en faire aussi peut les partager dans tous lieux publics et en photo sur les réseaux sociaux avec les hashtags #PostIt #StreetArt. À suivre !

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postit 11aujourd’hui et ce soir à Paris 8e, 13e et 5e, PostIt et photos Alina Reyes

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Through the looking-glass (dix-huit autoportraits)

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J’ai fait ces dix-huit autoportraits au cours des dix dernières années. Plusieurs quand j’étais ermite à la montagne, ou dans des hôtels. Avec des miroirs, des vitres, des ombres, une affiche ancienne donnée par une libraire. Ils ne sont pas donnés dans l’ordre chronologique, mais au hasard de l’ordre dans lequel ils se sont présentés.

© Alina Reyes

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Je suis un arbre tout en bourgeons qui avance à longs pas dans le temps, les étoiles. Après ma thèse, le grand roman qui germe en moi s’écrira, se déploiera. Je touche tout l’univers avec mes branches, mes doigts, mes racines ; ma sève crie de joie avec les pierres.

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Illumination d’une Illumination

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Selon Verlaine, Rimbaud aurait souhaité intituler son recueil Illuminations dans son sens anglais : enluminures. Nous nous sommes déjà penchés assez longuement sur ce recueil, la part qu’y a pu prendre Germain Nouveau, et nous en avons déchiffré quelques textes (sans caractère définitif bien entendu), ici. Aujourd’hui, dans le cadre de ma thèse en couleurs, j’ai enluminé, avec notamment nos initiales, un fac-similé du poème traditionnellement édité en fin du recueil (quoiqu’il soit incertain que telle fut la volonté de Rimbaud), Génie - son chef-d’œuvre selon Yves Bonnefoy (il me semble me souvenir que Pierre Brunel le rappelle dans un entretien avec Pierre Kerroc’h sur la vie et l’œuvre du poète)

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genie

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Il est l’affection et le présent puisqu’il a fait la maison ouverte à l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l’affection et l’avenir, la force et l’amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extase.
Il est l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l’éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l’épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, — lui qui nous aime pour sa vie infinie…
Et nous nous le rappelons et il voyage… Et si l’Adoration s’en va, sonne, sa Promesse, sonne : « Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C’est cette époque-ci qui a sombré ! »
Il ne s’en ira pas, il ne redescendra pas d’un ciel, il n’accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce pêché : car c’est fait, lui étant, et étant aimé.
Ô ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l’action.
Ô fécondité de l’esprit et immensité de l’univers !
Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !
Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relevés à sa suite.
Son jour ! l’abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.
Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.
Ô Lui et nous ! l’orgueil plus bienveillant que les charités perdues.
Ô monde ! — et le chant clair des malheurs nouveaux !
Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.

Arthur Rimbaud, « Génie »

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Montagnes et chat perché

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chat perchéAu quatrième étage, un chat se repose, se déplace, bouge, s’étire sur la barre de trois centimètres de large

chat quatrieme etage*

Vers le quartier chinois, j’ai pris des journaux chinois gratuits dans la rue, j’y ai découpé une montagne en noir et blanc avec ses écritures, j’ai souligné ses traits et je l’ai coloriée pour l’insérer dans le classeur de ma thèse en couleurs

montagneavec ses deux tout petits personnages tout en bas

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Mes ateliers d’écriture en lycée

coccinelle

cailloux*

Dès le début de l’année, j’ai instauré des ateliers d’écriture avec mes deux classes, presque chaque semaine pendant les heures en modules. Mon but était non de leur apprendre à écrire, mais de libérer leur parole, leur pensée, leur esprit – comme un échauffement pour leur intelligence. Je me suis inspirée, pour mettre au point ces ateliers, d’une expérience que j’ai vécue il y a quelques années aux Compagnons de la nuit, une association qui reçoit des personnes sans abri le soir pour leur permettre d’échanger autour de jeux de société, simples conversations ou diverses activités dont, régulièrement, des ateliers d’écriture. J’ai retenu de cette expérience la puissante expression qu’elle libérait parmi les participant.e.s, individuellement et collectivement (contrairement à d’autres ateliers d’écriture, plus classiques, auquel j’assistai ailleurs). Et je l’ai adaptée à mes classes en demi-groupes en m’attachant prioritairement à créer un climat d’humanité propice à la réussite de cet exercice difficile mais très fructueux.

Je demande aux élèves de disposer la classe en U, un U presque fermé par ma table, afin que nous formions un cercle ouvert. J’écris le sujet, souvent très simple et toujours très ouvert, au tableau. Le cours durant une cinquantaine de minutes est partagé en deux temps : celui de l’écriture, puis pendant les vingt dernières minutes, celui de la lecture à haute voix de chaque texte par chaque auteur.

La première fois, les élèves ont protesté vivement contre ce que je leur demandais de faire : jamais, disaient-ils, ils n’arriveraient à écrire un texte en si peu de temps ; et surtout, ils ne voudraient pas lire ce qu’ils auraient écrit devant les autres. Les protestations ont duré dix minutes, durant lesquelles j’ai attendu calmement leur acceptation, en les encourageant sans reproches ; puis ils se sont mis au travail, le silence s’est fait et tout s’est parfaitement déroulé. Par la suite, ils ont beaucoup goûté ces ateliers, m’en réclamant les semaines où nous n’en faisions pas. Ces ateliers anéantissent les hontes et libèrent la parole tant à l’oral qu’à l’écrit. La nécessaire rapidité d’exécution est un atout pour la libération de cette parole, qui surgit à la fois dans l’urgence et dans la discipline consenties, appréciées.

La réussite de ces ateliers repose sur la disposition humaine que l’enseignant.e doit installer. Il lui faut être dans un état de grande paix. Écrivaine, je n’ignore pas le phénomène dit d’angoisse de la page blanche. Je respecte donc ce temps nécessaire pour parvenir à se lancer dans le travail. Les cinq ou dix premières minutes, les élèves manifestent leur inquiétude par des questions, des bavardages, toutes sortes d’évitements. Je circule parmi eux, au milieu du U, donnant réponses aux questions et encouragements. Puis je retourne à ma table, devant laquelle je reste debout, à la fois présente et discrète, et ils se jettent à l’eau : presque toujours dans un immense calme, ils écrivent pendant le temps qu’il leur reste, une vingtaine de minutes, jusqu’au moment où je signale que le moment est venu de passer à l’étape de la lecture. Tant pis si le texte n’est pas achevé : la règle est que chacun lise ce qu’il a pu faire, que tous écoutent, et que tous (y compris l’enseignant.e) applaudissent discrètement à la fin de chaque lecture, pour remercier l’auteur.e de sa lecture (non pour applaudir le texte lui-même – la règle précise que nous ne sommes pas là pour juger).

Ainsi même ceux et celles qui redoutaient le plus l’épreuve de la lecture publique en viennent à apprécier vivement ce moment. Même sans savoir écrire « correctement », même avec des passés simples épouvantables (car même s’ils le connaissent mal le passé simple les séduit) les uns et les autres parviennent à émouvoir, ou à faire rire, ou à impressionner, à faire réfléchir, à surprendre… Le principe est très gratifiant pour chaque auteur.e mais aussi pour l’ensemble du groupe, qui apprécie de s’écouter dans la réciprocité. Quand je demande qui veut commencer, plusieurs mains se lèvent, et parmi les plus enthousiastes on peut compter nombre d’élèves parmi les moins « forts » en français. Ensuite on lit généralement les uns à la suite des autres, sans perdre de temps, dans un sens ou dans l’autre du cercle. Je n’ai quasiment rien à dire, ils connaissent le principe et l’appliquent tout seuls. Écrits dans ces conditions, les textes sont souvent puissants, malgré les maladresses ; et c’est ce qui donne un sentiment de profonde satisfaction à leurs auteur.e.s. Spontanément les élèves transposent dans de petites fictions ou de brèves réflexions les grandes questions éternelles de la littérature, violence, mort, amour… et débrident leur imagination et leur pensée. Tout en libérant leur esprit, cet exercice leur permet de comprendre l’essence profonde de la littérature, un bien commun à toute l’humanité dont ils font eux aussi, le temps d’un atelier, un bien commun, qui les rapproche les uns des autres et développe empathie, tolérance, respect.

corneille*

Les sujets peuvent appeler soit à la fiction, soit à la réflexion. Une fois, l’atelier s’est déroulé entièrement à l’oral. Les élèves ont été appelés à réfléchir une dizaine de minutes à une petite histoire (fiction inspirée ou non d’une histoire vraie) qu’ils pourraient raconter, puis à se lever tour à tour et à la raconter à l’assemblée (avec la classe de Première technologique, cette séance a été particulièrement intense, beaucoup d’élèves ayant raconté, sous forme de fiction, des moments très durs inspirés de malheurs vécus – cela ne leur avait pas été demandé, ils ont voulu le faire et ont même tenu à rester après la fin de l’heure, un vendredi à 17h30, afin que tous aient le temps de s’exprimer, dans un moment de grande communion). Une autre fois, après visionnage de calligraphies et de peintures associant lettres et dessin, il a été demandé de réaliser un travail liant écriture et dessin, afin de prendre conscience de l’importance de la « belle écriture », et qu’écrire doit être un acte appliqué.

Fréquemment revient la question : est-ce qu’on peut dire tout ce qu’on veut ? La réponse est oui, nous sommes là pour la littérature, il n’y a donc pas de censure, la seule interdiction est de ne pas essayer de faire vraiment de la littérature, de ne pas essayer de faire « au mieux », quels que soient le registre et la forme adoptés. La séance ne comprend aucun cours, aucune critique, aucune correction. Les textes me sont donnés à la fin, et l’ensemble est commenté lors d’un cours normal la semaine suivante, de façon cette fois détachée, quand je les leur rends (fautes corrigées) après y avoir relevé des points communs ou singuliers et mis en évidence telle ou telle question qu’ils soulèvent : nous en discutons en classe pendant une dizaine ou une quinzaine de minutes, avant de passer au cours normal, à l’étude et à l’analyse de textes au programme, etc.

Les sujets proposés sont toujours en lien avec le reste du travail fait en classe, avec les textes étudiés en classe, ou avec la « citation du jour » (je débute souvent mes cours par une citation soigneusement choisie, sur laquelle nous rebondirons au cours de nos réflexions sur les textes, tout au long du trimestre ou de l’année). Sujets donnés :

« Un loup sans forêt. Racontez. » (La semaine précédente, avait été donnée en classe la citation suivante, de la poétesse tzigane Papuzsa : « Le talent sans instruction est comme un loup sans forêt »).

« … par une petite porte dans ma chambre que je n’avais jamais vue, je découvris… »

« 1) Chacun de nous est marqué par le mode de pensée dans lequel il a été élevé. 2) Malgré cela, nous pouvons réfléchir par nous-mêmes. Donnez des exemples pour les deux cas. »

« Une rencontre particulière. Racontez. »

« Le rêve peut être une façon : 1) de fuir la réalité ; 2) d’enrichir la réalité intérieure. Donnez des exemples argumentés pour les deux cas. » (Les élèves ont pris conscience avec cette question de ce que pouvait bien vouloir dire « réalité intérieure »).

« La littérature sert : 1) à faire découvrir des réalités qu’on ne connaissait pas ; 2) à faire réfléchir. Donnez des exemples pour les deux cas. »

« Racontez un moment particulier » (Ce sujet a été donné pour un atelier réalisé entièrement à l’oral, sans passage préalable par l’écriture).

« La Brindille [nom de la rivière au bord de laquelle l’enfant a été violée et assassinée dans le conte de Maupassant étudié parallèlement, La petite Roque] a tout vu. Écrivez le flux de ses pensées, son désir de justice après le meurtre. »

« Écrivez en langage sms un dialogue de séduction inappropriée comme dans le Tartuffe de Molière » (travail donné à faire deux par deux, après lecture à voix haute, par les élèves du demi-groupe qui se relaient, de la scène correspondante dans Molière).

« Écrivez le monologue du Pauvre après sa rencontre avec Dom Juan » (scène précédemment étudiée en cours).

coccinellel’autre jour au Jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes
*

- Thèmes développés par les élèves de Seconde en réponse au sujet « Un loup sans forêt. Racontez » :

Un enfant sans parents ; un loup en ville (ou en cage, ou sur un parking, ou au zoo) ; un loup dont la forêt a brûlé ; un loup dans une décharge, y trouvant un bébé ; une créature blessée dans la forêt la nuit ; un loup face à une star ; un loup face à un engin métallique ; un loup face à l’océan ; un humain sans racines ; un loup domestiqué ; Paris sans tour Eiffel ; un loup errant ; un être à la rue ; un loup qui s’enfuit pour retrouver sa liberté ; un loup humain ; un loup trouvant sa louve après un incendie ; un loup errant et mourant dans la ville après que sa forêt a été rasée ; un loup et des voitures ; un être vivant sans vie ; un loup suicidé ; un loup sur les routes en Amérique du Sud ; un loup qui finit noyé ; un loup solitaire à la recherche d’une forêt dans la neige ; un homme sans maison ; un loup blanc qui semble un intrus parmi les loups sombres ; un loup impossible sans forêt ; un loup sans Chaperon rouge ; un loup étranger dans un nouveau pays.

- Thèmes développés par les élèves de Seconde en réponse au sujet « … par une petite porte dans ma chambre que je n’avais jamais vue, je découvris… » :

Un mur ; un tunnel ; un enfant-loup ; des proches décédés ; l’espace, en apesanteur ; des dizaines de kilos de cocaïne ; une bibliothèque et des objets précieux ; un jardin d’Éden et une porte qui apparaît et disparaît ; un monde presque parfait, infini ; une fontaine à vœux ; un bébé licorne inquiétant ; un endroit de terreur, un bunker nazi ; un monde magique ; une caverne d’Ali Baba ; un paradis souterrain ; des parents morts et des enfants pas encore nés, le passé et le futur ; une mère en sang et une petite fille sage ; l’enfance et le passé revenus ; le meurtre d’une enfant ; un homme avec un couteau plein de sang ; un stade de foot ; des pièces pleines de nourritures, de vêtements, d’argent ; un monde d’animaux ; un petit garçon ; une sœur jumelle ; une succession d’escaliers et de portes ; l’absence comme seul habitant ; une petite fée morte ; une boucherie humaine ; un cycle infini de chute ; une obscurité infinie ; une chambre inversée, plafond en bas.

- Thèmes développés par les élèves de Première ST2S en réponse au sujet « 1) Chacun de nous est marqué par le mode de pensée dans lequel il a été élevé. 2) Malgré cela, nous pouvons réfléchir par nous-mêmes. Donnez des exemples pour les deux cas » :

Beaucoup de réflexions sur l’inégalité des droits entre les hommes et les femmes qui règne dans la plupart des modes de pensée ; des exemples intéressants sur les différences culturelles et religieuses, les règles de vie, les façons de manger, de se vêtir, les différences linguistiques etc. ; des réflexions sur les différences de modes de pensée au sein d’une même culture générale entre les classes sociales ; des réflexions sur les différences de modes de pensée induits par les régimes politiques, comme par exemple l’antisémitisme par le nazisme ; des réflexions sur les différences de modes de pensée dans les questions sociétales, par exemple à propos des relations amoureuses, du cannabis, de la technologie ; des réflexions sur les différences de modes de pensée induits par l’Histoire, d’un siècle à l’autre ou d’une génération à l’autre ; des réflexions sur les différences de modes de pensée selon les familles, leur histoire personnelle ; enfin des réflexions sur le fait que nous pouvons apprendre à penser par nous-mêmes en grandissant, par des rencontres et par notre propre expérience et notre propre conscience, qui n’appartient qu’à nous.

*

Ma thèse en chiffres, ossature de mon corps amoureux

these en couleurs 5

these en couleurs 2*

Ma thèse compte à cette heure près de 500 000 signes – sans compter l’important volume des annexes, environ 100 000 signes, en majeure partie de mes propres travaux. Elle devrait en compter, une fois terminée, quelques dizaines de milliers de plus. C’est assez peu pour une thèse de littérature, cela parce que l’expression en est très concentrée, de façon poétique. Voici son plan dans l’état actuel, sans les titres des chapitres et sous-chapitres mais avec leurs chiffres, dont l’ordonnancement a quelque chose à dire sur le processus de la pensée – comme ses couleurs.

TITRE
Sous-titre

Dédicace
Remerciements

Présentation

Introduction
1.
2.
3.

Premier mouvement
I.
1.
2.
3.

II.
1.
2.
3.
4.

III.
1.
2.
2.1.
2.2.
2.3.
2.4.
3.
3.1.
3.2.
3.2.1.
3.2.2.
3.2.3.
3.2.4.
4.

IV.
1.
2.
2.1.
2.2.
3.

Deuxième mouvement

I.
1.
2.
3.
4.
4.1.
4.2.

II.
1.
2.
3.
4.
5.

Troisième mouvement
I.
II.
III.
IV.
V.

Conclusion

Annexes

Index

Sommaire

*

Le troisième mouvement est en cours d’écriture (l’un des chapitres quasi fini, d’autres commencés – car l’écriture ne se fait pas de façon nécessairement linéaire, chapitre après chapitre), la fin du deuxième est à arranger. Bien entendu l’ensemble reste à revoir (mon directeur de thèse n’a encore rien lu) et susceptible d’évoluer. Edgar Poe dit quelque part que rien n’est plus beau que la self-cognizance (si je me souviens bien, tel est son néologisme – je viendrai corriger ou préciser si je retrouve la référence exacte) de sa propre pensée. J’ai aimé voir son processus à l’œuvre d’abord dans ses parties manuscrites, l’écriture au stylo, avec ses numérotations de pages que la pensée obligeait à faire dériver. Par exemple, entre les pages manuscrites 4 et 5, j’ai dû introduire, ma pensée partant en arborescence depuis un détail de la page 4, les pages 4a, 4b, etc., jusqu’à arriver à la fin de l’alphabet et devoir continuer avec un deuxième alphabet. L’insertion d’images dans le classeur de la thèse manuscrite, de dessins et autres collages, a contribué puissamment à ouvrir également l’espace de la pensée, même si dans leur grande majorité ces images ne sont pas mentionnées dans le texte de la thèse, de même que les actions poélitiques de Madame Terre, réalisées avec O. Nous ne voyons pas ce qui est à l’intérieur de notre corps, mais c’est ce qui le fait vivre. La chair dépasse la chair, le plan en chiffres est l’ossature où pousse, comme dit Rimbaud, notre nouveau corps amoureux.

*

Roses, lotus, graines de lotus, autres fleurs, et un dessinateur

journal,

trois roses,Après être passée par la roseraie,

je suis allée

fleurs

dessinateur

voir les lotus, en fleurs, en boutons et en graines

Dans le creux se tenait un jeune homme asiatique, en train de dessiner, très bien, le champ de lotus

lotus

graines de lotus

lotus bouton

De retour à la maison, je me suis photographiée dans le miroir, puis j’ai demandé au jeune homme présent de me photographier pour changer ma photo de profil sur ce site : de portrait de fleurs en portrait de soi, c’est une action en forme de haïku, une action poélitique

journal,hier au jardin des Plantes et à Paris, photos Alina Reyes

*