Haïkus de l’amour en été

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Les martinets crient.
Tissu de soie dans mes mains
et petits ciseaux

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Les martinets crient.
Couchés tous deux sur le toit
nous faisons l’amour

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Les martinets crient.
La soie roule sur ma peau
caressée au fond

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succulenteCette succulente a fait sa première floraison cet hiver à la maison en se couvrant de fleurs jaunes comme des boutons d’or. Puis elles sont toutes tombées. Accrochée pour l’été dehors à la fenêtre, elle vient de produire une fleur d’une autre couleur : orangé vif (plus vif que sur l’image) aux nuances merveilleusement subtiles

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En lisant le Kalevala : la création du monde par Ilmatar, la Femme-Air

320px-Ilmatar

Avant le début du monde, Ilmatar, la  « Femme-Air » ou « Fille de l’Air », plane sur les eaux, enceinte des vagues et du vent, enceinte depuis 700 ans de Väinämöinen, le « Ménestrel », dieu des chants et de la poésie. Un oiseau, aigle ou canard selon les versions originelles, orales, de l’épopée finnoise, pond ses œufs sur son genou dépassant de l’onde. Elle les renverse et commence à créer le monde. Extrait de la première rune (chant) :

 

R.W. Ekman, "Ilmatar", 1860, huile sur toile, 79 x 111,5 cm

R.W. Ekman, « Ilmatar », 1860, huile sur toile, 79 x 111,5 cm

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« L’oiseau se met à couver ses œufs. Il couve un jour, il couve deux jours, il couve presque trois jours. Alors, la mère de l’onde, Ilmatar, sentit une chaleur ardente dans sa peau ; il lui sembla que son genou était en feu, que tous ses nerfs se liquéfiaient.

Et elle replia vivement son genou, elle secoua tous ses membres ; et les œufs roulèrent dans l’abîme, en se brisant à travers les flots.

Cependant, ils ne se perdirent point dans la vase, ils ne se mêlèrent point avec l’eau. Leurs débris se changèrent en belles et excellentes choses.

« De la partie inférieure des œufs se forma la terre, mère de tous les êtres ; de leur partie supérieure, le ciel sublime ; de leurs parties jaunes, le ciel radieux ; de leur partie blanche, la lune éclatante ; leurs débris tachetés devinrent les étoiles ; leurs débris noirs les nuages de l’air. »

Et les temps marchèrent en avant, et les années se succédèrent, car le soleil et la lune avaient commencé à briller.

Mais la mère de l’onde, Ilmatar, continua encore à errer sur la vaste mer, sur les flots vêtus de brouillards. Au-dessous d’elle, la plaine humide, au-dessus d’elle le ciel clair.

Et la neuvième année, le dixième été, elle leva la tête hors de l’eau et se mit à répandre autour d’elle ses créations.

Partout où elle étend la main, elle fait surgir des promontoires ; partout où touchent ses pieds, elle creuse des trous aux poissons ; partout où elle plonge, elle rend les gouffres plus profonds. Quand elle effleure du flanc la terre, elle y aplanit les rivages ; quand elle la heurte du pied, elle y fait naître des filets fatals aux saumons ; quand elle la frappe du front, elle y perce des golfes.

Puis elle prend son élan et s’avance jusqu’en pleine mer. Là, elle crée des rochers, elle enfante des écueils, pour le naufrage des navires, pour la mort des marins.

Déjà les îles émergent des flots, les piliers de l’air se dressent sur leur base, la terre, née d’une parole, déploie sa masse solide, les veines aux mille couleurs sillonnent les pierres et émaillent les rochers. Et Väinämöinen n’est point encore né, le runoïa éternel n’est point encore paru. »

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Kalevala, épopée de 22795 vers répartis en cinquante chants, composée par Elias Lönnrot au milieu du XIXe siècle à partir de poèmes de la mythologie finnoise ; traduction de L. Léouzon Le Duc (Lönnrot ayant opté pour aigle puis pour canard, j’ai seulement changé le mot en « oiseau », et l’appellation « fille d’Ilma » (de l’Air) en son nom en finnois, au sens moins restreint : « Ilmatar ». Je lis ce splendide poème (grâce à l’une de mes splendides petites-filles éduquées en Finlande, qui en connaissent des passages par cœur) dans la version que j’ai téléchargée sur gallica.fr.

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Dans la pièce obscure,
lumière de la tablette :
le Kalevala

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Les pages jaunies
glissent sur l’écran tactile :
le vieux livre vit

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Calme nuit d’été
La ville chuchote à peine
tandis que je lis

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Journal du jour. Olivia Caramello. Ma thèse donnée à l’UCP

carreau de cergy

RER en grève
Dans la cité au printemps
attendre sous terre

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Escaliers roulants
Mon cœur bat dans la mesure
de celui du monde

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Assise, mon sac
à dos sur les genoux, lourd
d’une belle thèse

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rer

rer,

ucp

l’UCP, où j’ai choisi de faire ma thèse, que je viens de donner : une université verte, paisible et moderne, ouverte

ucp 2

ucp 3aujourd’hui dans le RER et à Cergy, photos Alina Reyes

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C’est la deuxième fois en deux ou trois ans que j’écoute cet entretien avec Olivia Caramello, jeune mathématicienne brillante qui travaille à partir des topoi d’Alexandre Grothendieck. Ce que j’ai tenté dans ma thèse correspond à ce qu’elle explique faire et vouloir faire, notamment : « Moi je crois qu’il faut, en mathématiques, essayer d’aller vers la symétrie en ajoutant des imaginaires ».

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Haïkus du merle et de la pluie

écritures

Vent et giboulée

Dans les branches nues encore

mille gouttes brillent

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Dans la nuit la pluie

tapote à la vitre. On sent

que le lit s’envole

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Les yeux clos j’écoute

le merle qui chante à l’aube

parmi les bourgeons

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paonune œuvre de street art ces jours-ci à Paris 5e

L’image des écritures placée en vignette de la note est un détail d’une œuvre de Mathieu Pernot, artiste en résidence au Collège de France

photos Alina Reyes

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Au château de La Roche-Guyon, en photos et haikus

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J’y ai passé cette journée de samedi pour participer à une journée d’étude sur « L’Homo Americanus ». J’en reparlerai dans une prochaine note, où je donnerai aussi le texte de ma communication sur Edgar Poe. Pour l’instant voici les photos de ce très beau lieu, et les haikus qu’il m’a inspirés.

chateau la roche guyon 1À l’arrivée, à huit heures et quelques minutes du matin, après une bonne heure de route en voiture depuis Paris avec l’un des historiens organisateurs de la journée.

chateau la roche guyon 2La maquette du château, adossé à la falaise et surmonté de sa forteresse

chateau la roche guyon 3Vue du grand salon où nous allions parler

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chateau la roche guyon 5Après le déjeuner dans la salle à manger attenante, je suis allée me promener dehors et dans le château

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chateau la roche guyon 8J’ai vu ça dans une cave humide

chateau la roche guyon 9Là ce sont les casemates installées pour les soldats allemands, quand Rommell l’a réquisitionné, en février 1944, avec ses troupes

chateau la roche guyon 10Une cour intérieure, la « Cour aux Chiens »

chateau la roche guyon 12La terrasse Sud. C’est là que j’ai jeté dans mon carnet, rapidement, ces trois haikus :

Rien que la lumière
Sur l’herbe reverdissante
Chaleur sur la peau

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Rien que les oiseaux,
la rivière au mois de mars.
Un papillon jaune.

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La brise se lève
Le bateau file sur l’eau verte
Nuées couleur perle.

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chateau la roche guyon 14Le potager, bio, au bord de la Seine

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chateau la roche guyon 16Le village, vu de la terrasse

photos Alina Reyes

en savoir plus : le site du château

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À propos des haikus

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haiku cazals ligou 3

haiku cazals ligou 2

haiku cazals ligou 4

haiku cazals ligou 5

Roland Barthes écrit dans L’empire des signes : « Ne décrivant ni ne définissant, le haiku (j’appelle ainsi finalement tout trait discontinu, tout événement de la vie japonaise, tel qu’il s’offre à ma lecture), le haiku s’amincit jusqu’à la pure et seule désignation. C’est cela, c’est ainsi, dit le haiku, c’est tel. » (1970)

Exposition à la bibliothèque Buffon, à Paris 5e de photographies de Pierre Ligou accompagnées de haikus de Thierry Cazals. J’ai photographié parmi eux mes préférés. D’habitude je donne ici mes propres haikus, à mesure que je les écris (ici). Contrairement à Thierry Cazals, j’essaie pour ma part de respecter la composition en 5/7/5 syllabes (mores en japonais) et l’obligation du mot de saison, le kigo, qui donne une indication sur la saison à laquelle le haiku est écrit. Mais il m’arrive aussi de prendre des libertés, du moment que je me suis d’abord exercée à la règle.

Et je me prends à rêver que ce journal en ligne a quelque chose du haiku, dans son mélange d’immédiateté et de contemplation, de légèreté et de profondeur, de discontinu et de suite. C’est en tout cas une œuvre littéraire et en cela, un bonheur à vivre.

« Lac de montagne
L’eau est si pure
Qu’on ne la voit pas. »

Thierry Cazals

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Deux Grimm, trois haïkus

antoine bonnet détail

J’ai photographié ces dessins d’illustration de contes de Grimm cet après-midi à l’école de l’image des Gobelins, où ils sont exposés avec beaucoup d’autres jusqu’au 18 janvier. J’ai écrit les trois haïkus hier midi à la fac.

Antoine Bonnet, Rose d'épine. Acrylique, encre de Chine et crayon de couleur, 40x60

Antoine Bonnet, Rose d’épine. Acrylique, encre de Chine et crayon de couleur, 40×60

 

Arbres nus, des pies
sautillent avec des brindilles.
Les voitures roulent.

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Flux des véhicules
Haut dans l’arbre nu un nid
entre quatre voies

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Voix entrecroisées
dedans, la baie vitrée lie
les yeux et les pies

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Mathilde Laillet, Le jeune Géant. Graphite A3

Mathilde Laillet, Le jeune Géant. Graphite A3

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Haïkus des marronniers

corbillard

corbillard

C’est la saison des morts-vivants, des croque-mort de l’édition, du couronnement des cornaqués. Le haïku est le poème des saisons. En voici donc trois nouveaux, dédiés aux courtisan.e.s, au traîtres, aux aplati.e.s, aux faussaires, aux plagiaires, aux mous et aux molles de la plume qui confortent le monde auquel ils et elles sont soumis.e.s.

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Scribes soumis.e.s

Les prix littéraires tombent

sur leurs feuilles mortes

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Têtes de gondole

Couronnées de chrysanthèmes

Odeurs de pourri

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Traces de limaces

Sur la place bétonnée

Le vent les efface

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