Archives de catégorie : Journal de mon corps et âme

Bras nus

Rentrée en marchant bras nus, à embrasser le printemps !

D’abord, devant la Salpêtrière, tout un groupe de sans-abris, comme toujours l’après-midi. Ils avaient allumé un feu, comme souvent. Un feu pour répondre au soleil ? Je m’en suis approchée. L’un a voulu que je le photographie à côté. Nous avons parlé et plaisanté, les gars étaient joyeux, je suis partie, ils m’ont dit Ciao bella.

J’ai passé l’entrée, l’herbe était d’un vert ! Je me suis avancée vers la chapelle, j’ai passé le porche, je suis allée à l’Adoration, le coeur rempli de joie joyeuse et bienheureuse. Oh oui, je sais qui et ce qui me rend heureuse.

Les simples, les bons coeurs,

ceux qui ne font pas exprès de faire le mal. En sortant je me suis dit que je retournerais bientôt à la mosquée, j’y serais aussi bien et je le ferai plus souvent si j’ai encore à éviter les paroles orientées. Je veux entendre les paroles normales, dites pour tout le monde, ou pas de paroles du tout.

Je peux trouver Dieu n’importe où du moment qu’il s’y trouve, c’est-à-dire du moment que s’y trouve le simple vrai.

On emploie souvent mal le mot réconciliation. Il n’est pas possible de réconcilier ce qui n’a jamais été concilié, ce qui n’est pas conciliable. Le mensonge avec la vérité, le mal avec le bon. Mon corps et âme rejette absolument et irrémédiablement le mensonge et le mal, comme des virus qu’ils sont. Je n’y peux rien, ainsi est-il.

Ainsi est la grâce, et nous marchons en elle, mes Pèlerins et moi. Croyez-vous qu’ils n’existent pas encore ? C’est que vous vivez trop prisonniers du temps. Nous, nous sommes éternellement vivants et bienheureux. Qui nous aime, nous suive !

 

photos Alina Reyes

Jean-Pierre Brisset par Michel Foucault, Sept propos sur le septième ange

Douanier Rousseau, Les Flamants roses

 

En préparant mon travail sur Saint-Louis de la Salpêtrière (nous y reviendrons),  je suis tombée sur les Sept propos sur le septième ange de Michel Foucault. J’étais partie à la bibliothèque chercher Histoire de la folie à l’âge classique, j’en ai ramené aussi Naissance de la clinique. Mais ce que j’ai d’abord lu cette nuit, ce sont donc les Sept propos…

André Breton dans son Anthologie de l’humour noir dit de Brisset : « Nous assistons ici, non plus à un retour de l’individu mais, en sa personne, à un retour de toute l’espèce vers l’enfance. (Il se passe quelque chose d’équivalent dans le cas du douanier Rousseau). »

Cependant Brisset est bien plus vertigineux que Rousseau. Son désir de retrouver l’enfance de la langue s’apparente à une physique-métaphysique, une métaphysique-physique. Lisant Foucault, j’ai songé, bien au-delà de « l’humour noir » vu par Breton, aux trous noirs des physiciens, attirant la lumière, et aussi à ce qu’ils appellent trous de vers, par où s’effectuerait le passage d’une dimension à une autre. Comme dans ce Journal toutes les « Catégories » peuvent entrelacer leurs doigts, et les mots-clefs féconder l’être dans leur nuée.

En sortant de la bibliothèque, je suis passée par la rue Teilhard de Chardin, où j’ai fait les photos qui dialoguent avec le texte de la note précédente. « Coextensif à leur dehors, il y a un dedans des choses », dit Teilhard.  À l’évolution correspond une involution créatrice, c’est aussi ce qu’a pressenti dans la langue Brisset, qui aspirant sa lumière et la retournant comme un gant, ouvre par ce voyage un trou de ver dans les dimensions de l’être.

Citons Foucault : « Chercher l’origine des langues pour Brisset, ce n’est pas leur trouver un principe de formation dans l’histoire, un jeu d’éléments révélables qui assurent leur construction, un réseau d’universelle communication entre elles. C’est plutôt ouvrir chacune sur une multiplicité sans limite ; définir une unité stable dans une prolifération d’énoncés ; retourner l’organisation du système vers l’extériorité des choses dites. »

Foucault montre que Brisset part d’un bruit de fond originel de la langue, d’où seraient nés les mots, formes condensées dont il est possible de libérer de nouveau le foisonnement du sens. Je pense à l’épisode de Babel, traduit et commenté dans Voyage, et inauguré ainsi : « Tout le pays était babil unique », avant la dispersion par Dieu des hommes et des langues dans le monde, libérant la vie.

Citons Brisset, cité par Foucault : « Voici les salauds pris ; ils sont dans la sale eau pris, dans la salle aux prix. » L’homme naît dans le marais, comme on y assiste aussi dans Voyage. Citons Foucault, à propos de Brisset : « Le mot n’existe que de faire corps avec une scène dans laquelle il surgit comme cri, murmure, commandement, récit ; et son unité, il la doit d’une part au fait que, de scène en scène, malgré la diversité du décor, ds acteurs et des péripéties, c’est le même bruit qui court, le même geste sonore qui se détache de la mêlée, et flotte un instant au-dessus de l’épisode, comme son enseigne audible ; d’autre part, au fait que ces scènes forment une histoire, et s’enchaînent de façon sensée selon les nécessités d’existence des grenouilles ancestrales. »

Il s’agit de « retransformer les mots en théâtre ; replacer les sons dans ces gorges coassantes ; les mêler à nouveau à tous ces lambeaux de chair arrachés et dévorés ; les ériger comme un rêve terrible, et contraindre une fois encore les hommes à l’agenouillement : « Tous les mots étaient dans la bouche, ils ont dû y être mis sous une forme sensible, avant de prendre une forme spirituelle. Nous savons que l’ancêtre ne pensait pas d’abord à offrir un manger, mais une chose à adorer, un saint objet, une pieuse relique qui était son sexe le tourmentant. »

Et maintenant sortons du livre, voyons ce qu’il vient de nous dire : l’idolâtrie première, d’où viennent les paroles mauvaises. Rappelons-nous que ce qui peut rendre l’homme impur, ce n’est pas ce qui entre en lui, mais ce qui peut sortir de sa bouche, ainsi que le dit le Christ. La saloperie que décline Brisset. Qu’il faut laver et racheter dans l’eau baptismale d’une langue originelle retrouvée, et non seulement retrouvée mais réinventée, redéployée, pour Sa gloire et le salut du monde.

 

Jean-Pierre Brisset

Michel Foucault

Voyage

 

Journal


aujourd’hui à Paris, par un temps printanier (photo Alina Reyes)

 

Après quelques années de chemin sur Internet, à travers plusieurs blogs ou sites et notamment sur À mains nues, qui a aujourd’hui achevé son parcours, je vous propose de nous retrouver ici, où sont regroupés l’accès à mes livres numériques et ce nouveau Journal.

Un vrai journal, mais aussi intemporel qu’actuel.

Nous y traiterons de Littérature, Théologie, Philosophie, Arts… Nous y verrons la vie des Rues, Paysages, Lieux d’histoire(s)… y lirons des Portraits, des Chroniques, le Journal de mon corps et âme…

L’aventure continue !

À très bientôt.