Exposition Sylvia Plath/Edgar Poe à l’école des Gobelins, et « Une apparition »

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Le sourire des glacières m’annihile.
Si bleus courants dans les veines de mon aimée !
J’entends son grand cœur ronronner.

De ses lèvres, esperluettes et signes de pour cent
Sortent comme baisers.
C’est lundi dans son esprit : morale

Passe à la laverie et se présente.
Que dois-je faire de ces contradictions ?
Je porte blanches manchettes, je salue.

Est-ce l’amour alors, ce tissu rouge
Émis de l’aiguille d’acier qui file, si aveuglément ?
Il fera petites robes et manteaux,

Il couvrira une dynastie.
Comme son corps ouvre et ferme -
Une montre suisse, empierrée aux charnières !

O cœur, quelle désorganisation !
Les étoiles clignotent telles des chiffres terribles.
ABC, disent ses paupières.

Sylvia Plath, Une apparition (dans ma traduction)

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Khoo Jade, "Le Corbeau"

Khoo Jade, « Le Corbeau »

Holmes Louis, "Le Colosse"

Holmes Louis, « Le Colosse »

Almaida Emilie, "Edge"

Almaida Emilie, « Edge »

Barocca Sophie, "Opium"

Barocca Sophie, « Opium »

Leroux Agathe, "Coquelicots en juillet"

Leroux Agathe, « Coquelicots en juillet »

Prioul Ornélie, "Cornus"

Prioul Ornélie, « Cornus »

De Bernouis Grégoire, "Le scarabée d'or"

De Bernouis Grégoire, « Le scarabée d’or »

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Cazals Magaux, "La lettre volée"

Cazals Magaux, « La lettre volée »

Rey Mauzaize Léa, "Le chat noir"

Rey Mauzaize Léa, « Le chat noir »

Colombié Maïlis, "Les années"

Colombié Maïlis, « Les années »

Rey Mauzaize Léa, "Le chat noir"

Rey Mauzaize Léa, « Le chat noir »

Manesse Catherine, "Alone"

Manesse Catherine, « Alone »

Jouniot Maxime, "Le corbeau"

Jouniot Maxime, « Le corbeau »

Brocal Juliette, "The night dances"

Brocal Juliette, « The night dances »

Ce sont les œuvres des étudiants de l’école, je ne les ai pas toutes photographiées, pour en voir davantage aller sur place

Et mes traductions de Poe

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Edgar Poe, « Une descente dans le maëlstrom » (ma traduction de passages et de la fin)

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Le bateau paraissait suspendu comme par magie au milieu de la pente, sur la face interne d’un entonnoir de vaste circonférence et d’une prodigieuse profondeur, dont les parois parfaitement lisses ressemblaient à s’y méprendre à de l’ébène, à part la stupéfiante vitesse à laquelle elles tournaient, et le rayonnement scintillant, terrifiant, qu’elles projetaient, tandis que les rayons de la pleine lune, par cette faille circulaire au milieu des nuages que j’ai déjà décrite, ruisselaient en un flux de gloire dorée le long de ses murs noirs, et bien en-deçà dans les replis reculés de l’abîme.

(…)

Les rayons de la lune semblaient chercher le tréfonds de l’énorme gouffre. Mais je ne pouvais encore rien distinguer clairement, du fait d’un épais brouillard qui enveloppait tout, et au-dessus duquel était suspendu un magnifique arc-en-ciel, tel ce pont étroit, vacillant, qui selon les musulmans est le seul passage entre le Temps et l’Éternité. Ce brouillard, ou cette vapeur, était probablement causé par le choc des grands murs de l’entonnoir, lorsqu’ils se rencontraient et se fracassaient tous au fond – mais le hurlement qui, de cette brume, montait aux Cieux, je n’ose tenter de le décrire.

Notre premier glissement dans l’abîme lui-même, depuis la ceinture d’écume au-dessus, nous avait emportés très bas dans la pente. Mais ensuite notre descente se passa à une toute autre allure. Nous tournions et tournions, emportés dans un mouvement sans aucune uniformité, avec des balancements et des à-coups vertigineux, qui nous envoyaient parfois à quelques centaines de yards seulement, et d’autres fois nous faisaient accomplir tout le tour de la spirale. Notre progression vers le bas, à chaque cycle, était lente mais tout à fait perceptible.

(…)

Un fait alarmant vint renforcer sérieusement ces observations, et me rendit vivement soucieux d’en tirer des conclusions : à savoir qu’à chaque révolution, nous dépassions quelque chose comme un baril, ou bien une vergue ou un mât de navire, et que la plupart de ces choses qui avaient été à notre niveau la première fois que j’avais ouvert les yeux sur les merveilles du tourbillon, se trouvaient maintenant loin au-dessus de nous et semblaient n’avoir que très peu bougé de leur position d’origine.

Que faire ? Je n’hésitai pas plus longtemps. Je décidai de m’attacher solidement au tonneau d’eau sur lequel je me tenais à présent, de le détacher de la cage et de me jeter avec à l’eau. J’attirai l’attention de mon frère en lui faisant des signes, lui montrant les barils flottants qui arrivaient près de nous, et fis tout ce que je pouvais pour lui faire comprendre ce que je faisais. Je pensai qu’il avait fini par saisir mon but. Mais que ce fut le cas ou non, il secoua la tête désespérément et refusa de quitter sa place près du boulon à anneau. Impossible de le rejoindre. Et l’urgence n’admettait aucun délai. Alors, dans une lutte amère, je l’abandonnai à son sort, m’attachai au tonneau avec les cordages qui l’avaient retenu à la cage, et me précipitai avec lui dans la mer, sans un autre instant d’hésitation.

Le résultat fut exactement celui que j’avais espéré. Comme c’est moi qui vous raconte maintenant cette histoire, vous pouvez constater que j’en ai réchappé. Et comme vous savez déjà par quel moyen j’en ai réchappé, et devez donc anticiper tout ce qu’il me reste à dire, je conclurai rapidement mon récit. Une heure ou à peu près avait dû passer depuis que j’avais quitté le smack quand celui-ci, ayant descendu une grande distance au-dessous de moi, fit, à la suite et très vite, trois ou quatre tours sur lui-même, et emportant avec lui mon frère bien-aimé, plongea tête la première, d’un coup et à jamais, dans le chaos d’écume au-dessous.

Le baril auquel j’étais attaché surnageait quasiment à mi-distance entre le fond du gouffre et l’endroit où j’avais sauté par-dessus bord, quand un grand changement se produisit dans la nature du tourbillon. La pente des parois du vaste entonnoir devint de moins en moins raide. Les girations du vortex se firent de moins en moins violentes. Petit à petit l’écume et l’arc-en-ciel disparurent, et le fond du gouffre parut lentement remonter. Le ciel était clair, les vents étaient tombés, la pleine lune se couchait rayonnante à l’ouest, quand je me retrouvai à la surface de l’océan, directement en vue des côtes de Lofoden et au-dessus de l’endroit où le Moskstraumen s’était produit.

C’était l’heure de l’accalmie, mais par suite de l’ouragan des vagues hautes comme des montagnes soulevaient encore la mer. Je fus porté violemment dans le canal du Ström et en quelques minutes projeté sur la côte, dans les pêcheries. Un bateau me recueillit, fatigué, épuisé, et maintenant que le danger était passé, laissé sans voix par le souvenir de cette horreur. Ceux qui me tirèrent à bord étaient de vieux camarades, mes compagnons de tous les jours, mais ils ne me reconnaissaient pas plus qu’ils n’auraient reconnu un voyageur venu du monde des esprits. Mes cheveux, qui la veille étaient d’un noir de corbeau, étaient aussi blancs que vous les voyez maintenant. Ils dirent aussi que mon visage avait complètement changé d’expression. Je leur racontai mon histoire, ils ne voulurent pas y croire. Maintenant c’est à vous que je la dis, sans espérer vraiment que vous lui accorderez plus de crédit que les joyeux pêcheurs de Lofoden.

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Jean Ricardou, « L’Histoire dans l’Histoire » (et la chute de la maison Usher)

bureau alina reyessur mon bureau, à l’instant, photo Alina Reyes

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L’esthétique de Poe détermine un absolutisme : celui du dénouement. C’est au final qu’est entièrement subordonné le plan de l’œuvre, et cet édifice lui-même exerce à son tour une coercition absolue sur le « porte-plume ». En quelque point du texte qu’il opère, et quelque intention que lui propose à tout instant le mot à mot, le porte-plume travaille dans un parfait état de soumission aux préalables du récit.

Tel principe a produit maints chefs-d’œuvre chez Poe, et chez quelques autres. (…) [Mais] puisque l’histoire, dans ses linéaments essentiels, est connue avant que la plume n’attaque le papier, n’est-il pas tentant d’injecter en un quelconque point de son cours certain passage qui en offrirait une sorte de résumé ? C’est par elle-même que l’histoire serait contestée. Tel enrichissement narratif remonte à très loin et Edgar Poe, nous l’étudierons plus bas, l’a lui-même utilisé. Mais nul en tout cas, semble-t-il, ne l’a mieux évoqué qu’André Gide. On connaît le passage du Journal de 1893 :

J’aime assez qu’en une œuvre d’art, on retrouve ainsi transposé, à l’échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre. Rien ne l’éclaire et n’établit plus sûrement les proportions de l’ensemble. Ainsi, dans tels tableaux de Memling ou de Quentin Metsys, un petit miroir convexe et sombre reflète, à son tour, l’intérieur de la scène où se joue la scène peinte. Ainsi, dans le tableau des Ménines de Velasquez (mais un peu différemment). Enfin, en littérature, dans Hamlet, la scène de la comédie ; et ailleurs dans bien d’autres pièces. Dans Whilhelm Meister, les scènes de marionnettes ou de fête au château. Dans La chute de la Maison Usher, la lecture que l’on fait à Roderick, etc.

Notant ensuite l’analogie de cette enclave avec l’inclusion, en héraldique, d’un blason dans un autre, on se souvient que Gide propose de la nommer une « mise en abyme » (…)

[Ricardou dit ensuite que le premier phénomène à la fin de la nouvelle de Poe se trouve dans] le passage d’un sens figuré à un sens propre. Avec la conjointe mort de lady Madeline et de Roderick s’éteint la famille des Usher : c’est, au sens figuré, la Chute de la Maison Usher (…) il est possible d’imaginer le proche écroulement de la demeure, la Chute de la Maison Usher, au sens propre cette fois.

Le second phénomène relève de la mise en abyme. Si le narrateur s’enfuit précipitamment du manoir, c’est qu’il connaît déjà la fin de l’histoire (…) [du fait d’une histoire dans l’histoire, qu’il a lue à Roderick]

C’est par le microscopique dévoilement du récit global, donc, que la mise en abyme conteste l’ordonnance préalable de l’histoire. Prophétie, elle perturbe l’avenir en le découvrant avant terme, par anticipation.

Jean Ricardou, L’Histoire dans l’Histoire, Le Seuil, 1967

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Ma traduction de La chute de la maison Usher est ici en pdf gratuit. Pour d’autres éléments autour de ce texte, cliquer sur le mot-clé éponyme.

La chute de la maison Usher de Debussy mise en film par Latosch

Une curiosité, ce court-métrage de 2010 sur des extraits d’un opéra inachevé de Debussy d’après la nouvelle de Poe et du Concert champêtre de Poulenc. Peu de moyens mais de l’intelligence pour résumer l’histoire, et un bon accompagnement pour aborder ces deux pièces de musique.

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Pour voir d’autres éléments, notamment le film de Corman et ma traduction du texte en pdf, cliquer sur le mot clé « La chute de la maison Usher » (en attendant la suite)
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Le cycle Edgar Allan Poe de Roger Corman

J’ai rassemblé et introduit les huit films de ce cycle curieux dans l’histoire du cinéma – sur lequel on peut lire aussi un dossier de critikat.com : La chute de la maison Usher ; Le Masque de la Mort rouge ; La Chambre des tortures ; Enterré vivant ; L’Empire de la terreur ; Le Corbeau ; The Haunted Palace (La Malédiction d’Arckham) ; The Tomb of Ligeia.
Bon visionnage !

Voici le premier – je ne l’ai trouvé qu’en anglais mais il se comprend aisément – Fall of the house of Usher, La Chute de la Maison Usher (1960). Il s’agit d’une sorte d’exégèse du texte de Poe (dont ma traduction peut être lue ici) : le visiteur est l’amoureux de Lady Madeline, très présente alors qu’on ne la voit quasiment pas dans la nouvelle. La situation fermée et incestueuse y est rapportée à la malédiction chrétienne du péché originel, à la conception d’un lien entre la terre et le sang (la « race », la lignée), à ces dérèglements morbides de l’esprit qui conduisent à la mystification et à la falsification de la vie et de la mort.

https://vimeo.com/105801011

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J’ai respecté l’ordre chronologique des films, sauf pour celui-ci qu’il me semble important de présenter tôt. Voici, en 7 vidéos, Le Masque de la Mort rouge (1964), ici en français. Un châtelain sadique, fidèle du diable et tortionnaire comme son prédécesseur un moine inquisiteur, qui a promis à ses hôtes soumis au mal de les sauver ; des noces avec le diable ; une jeune fille pure, un jeune homme valeureux, un enfant ; des masques, un singe… et bien sûr la Mort rouge, devant laquelle « chacun devra montrer son visage à nu ».

http://dai.ly/x9iut0

http://dai.ly/x9iuyx

http://dai.ly/x9j7tl

http://dai.ly/x9j7yd

http://dai.ly/x9j82f

http://dai.ly/x9jbug

http://dai.ly/x9jc00

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La Chambre des tortures, ici en 4 vidéos et en français, date de 1961. Plusieurs des thèmes présents dans Le Masque de la mort rouge s’y trouvent déjà. En voici le résumé : « Francis Barnard, un anglais, vient au château des Medina pour découvrir les raisons de la mort de sa soeur, l’ex-madame Nicholas Medina. Elle vivait là en compagnie de son époux et de la soeur de celui-ci, Catherine. Doutant de la version des faits de Nicholas, Francis va découvrir les véritables raisons de la mort de sa soeur, raisons qui ne sont pas indépendantes de l’atmosphère du château, qui abrite notamment une salle de tortures utilisée jadis par Sebastien Medina, père des habitants actuels et inquisiteur réputé. »

http://dai.ly/x9npoi

http://dai.ly/x9nq6g

http://dai.ly/x9nqig

http://dai.ly/x9nqx0

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Enterré vivant, ici en 6 vidéos et en français date de 1962. Thèmes de la mystification, de la manipulation…

http://dai.ly/x9jjr9

http://dai.ly/x9jjux

http://dai.ly/x9jjzl

http://dai.ly/x9jk3c

http://dai.ly/x9jk8m

http://dai.ly/x9jkal

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L’empire de la terreur (1962 également), ici en 2 vidéos et en français, comprend trois histoires, Morella, La vérité sur le cas de M. Valdemar, et à 22’20 », une excellente et drolatique adaptation du Chat Noir

http://dai.ly/xqybok

http://dai.ly/xqyc9g

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Le Corbeau (1963), ici en français en 5 vidéos. Le démarrage est peut-être un peu lent, mais ensuite on s’amuse avec cette histoire à rebondissements inventée à partir du poème de Poe, et à la fin son exquis duel de magiciens. Avec de nouveau Peter Lorre et Hazel Court et toujours Vincent Price. Et toujours le château maudit et comme dans La Chute de la maison Usher le pont par où s’en sortir, notamment par un « jamais plus » plein d’humour et libérateur.

http://dai.ly/x9k83z

http://dai.ly/x9k88l

http://dai.ly/x9kdu3

http://dai.ly/x9ke57

http://dai.ly/x9kee6

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The Haunted Palace (La Malédiction d’Arckham,1963) s’inspire du poème The Haunted Palace (dans La Chute de la maison Usher) et d’une nouvelle de Lovecraft. J’ai trouvé le film en anglais seulement mais sans doute pourrait-il se comprendre même sans paroles. Argument : un gentleman vient avec sa femme prendre possession d’un manoir dont il a hérité, et qui est resté inhabité depuis que aïeul, dont il est le portrait craché, a été brûlé vif par les villageois, cent dix ans plus tôt, pour sorcellerie. Ce mauvais avait promis de revenir se venger, et les villageois ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée de son descendant. L’ancêtre réussira-t-il à retenir son arrière petit-fils, voire à en prendre possession, à le transformer en une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde ? Il est question du Necronomicon, il y a comme dans d’autres histoires de la série une habitation spirituellement contaminante, un docteur et d’étranges maladies, des déchaînements d’éléments, une exhumation, du feu. Le désir de violer une vivante y est associé au désir nécrophile. Plans, couleurs, mouvements, musique prégnante… le film est beau. Mais sa tonalité est plus dure que dans les adaptations seulement inspirées de Poe – cela serait dû, selon des critiques, à la misanthropie de Lovecraft, principal inspirateur de ce film. Et malgré son caractère spectaculaire, le sens en est moins profond et moins ouvert. Oui décidément il y manque ce qui rend heureux après avoir lu Poe, son humanité, sa bonté envers le lecteur.

http://dai.ly/x1x42u7

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Et voici pour finir The Tomb of Ligeia (1964). La seule version en ligne que j’ai trouvée de ce film est celle-ci, en deux vidéos en anglais sous-titrées en grec. Ce n’est pas l’idéal, mais mieux que rien pour les curieux. Une morte, une vivante, et entre les deux un homme que la lumière aveugle. Une chasse, un beau décor du passé religieux, un barjot nécrophile, un gynophobe tueur, une abstinence forcée, un médecin et de l’hypnose encore, et encore un chat noir (ou une chatte ?) en guise de fil rouge, si je puis dire. Une obsession morbide. Tous les thèmes y sont, et il est bon que cela s’arrête en faisant éclater la stupidité de tout cela, qui existe. On peut toujours retourner aux textes de Poe, excellents. Pour ma part c’est ce que je ferai, Edgar Allan étant l’un des auteurs que j’étudie dans ma thèse.

http://dai.ly/xv5xm2

http://dai.ly/xv5zso

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Ce que j’ai fait avec cinq de mes proches

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Homère : il m’a donné sa tête à manger (en rêve), et je l’ai mangée. Elle était pleine de fils multicolores, c’était un peu comme manger des spaghetti, mais avec un goût d’ambroisie.

Rimbaud : il est venu chez moi (en rêve), je lui ai donné un lit pour la nuit. Je suis aussi allée sur sa tombe à Charleville-Mézières (en réalité), où il m’a effleuré l’épaule.

Kafka : je l’ai regardé à travers une porte (en rêve).

Poe : j’ai traduit plusieurs de ses nouvelles, quand j’avais dans les vingt-sept ans – mais je n’ai pas gardé les traductions, elles ont disparu dans l’un de mes déménagements.

Lautréamont : j’ai passé quelques jours à Tarbes avec lui, notamment dans le parc. Je suis aussi aller chercher sa tombe au cimetière de Montmartre. C’était une belle journée d’automne, j’ai longtemps marché dans les allées, avec un corbeau qui marchait à côté de moi et à qui je parlais. Il n’y avait personne. Je n’ai pas trouvé sa tombe alors je suis allée me renseigner au bureau du cimetière. Les personnes qui étaient là ne savaient pas qui il était, j’ai expliqué que c’était un grand poète à l’existence mystérieuse. J’ai donné son nom d’état-civil, Ducasse. Nous avons cherché ensemble dans les registres de 1870, remplis de noms écrits à la plume. Finalement il s’est avéré que ses ossements avaient été déplacés deux fois, et qu’on ne sait pas aujourd’hui où ils se trouvent. Avoir vécu cela, seule dans le cimetière avec le corbeau, puis plongée avec un employé dans l’encre du grand registre des morts, était aussi beau que de le lire.