Musique des anges

Les anges de Patrice Contamine de Latour et Érik Satie

LES ANGES    (à notre ami Charles Levadé)

Vêtus de blancs, dans l’azur clair,
Laissant déployer leurs longs voiles,
Les anges planent dans l’éther,
Lys flottants parmi les étoiles.

Les luths frissonnent sous leurs doigts,
Luths à la divine harmonie.
Comme un encens montent leurs voix,
Calmes, sous la voûte infinie.

En bas, gronde le flot amer ;
La nuit partout étend ses voiles,
Les anges planent dans l’éther,
Lys flottants parmi les étoiles.

José-Maria Patricio Contamine de Latour

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Madame Terre chez Érik Satie et autres notes sur lui

et tous les Anges d’ici, à ce jour

et toutes les Chansons

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Madame Terre chez Érik Satie à Arcueil

La mélodie enfante, et à vrai dire ne cesse d’enfanter la poésie.
Nietzsche, La Naissance de la tragédie

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arrivant chez satie maison de satie au bout de la rue jardin avant chez satie façade avant chez satie mme terre devant chez satie mme terre immeuble satie mme terre satie est un ange prise de terre chez satie mise de terre chez satie maison satie plaque mur satie aqueduc au bout de la rue satie aqueduc arcueil satie

Comment admettre que, comme tant d’autres artistes mondialement aimés et célébrés, Érik Satie ait vécu et soit mort dans la misère ? Qu’est-ce qu’une société qui piétine tant de ses membres les plus doux, les plus inventifs, les plus généreux de leur personne et de leur art ? Après avoir habité un réduit encore trop cher pour lui à Montmartre, rue Cortot, c’est là, à Arcueil, qu’il passa les dernières années de sa vie, en compagnie de cette misère qu’il nommait « la petite fille aux grands yeux verts ». O a photographié l’arrivée chez lui, la maison avec la plaque « Satie est un ange (bien déguisé), un ange à Arcueil se cachant » – Jean Cocteau, l’action poélitique de Madame Terre, et l’aqueduc (qui, dit-il, rappelle les notes de musique) transportant l’eau pour Paris, au bout de la rue du musicien.

erik satie lettre à cocteau 1917dessin d’Érik Satie dans une lettre à Cocteau

premiere gymnopedie

« Je suis triste », comme dit Cendrars à la fin de La Prose du Transsibérien. La musique d’Érik Satie fait du bien, même quand elle est « lente et douloureuse » comme la première Gymnopédie. Celle-ci a été enregistrée par J., étudiant comme Satie à la Schola Cantorum, à la maison, rapidement apprise pour l’occasion, après l’attentat de novembre. Nous venons de subir un nouvel attentat, et malheureusement ce qui se passe dans le monde et dans notre pays, les violences de toutes sortes, le mépris des innocents ou des pauvres, peine aussi. Merci à tous ceux qui malgré tout continuent à faire quelque chose de positif, de vivant, que cela soit directement utile ou « gratuit » – car perdre le gratuit dans ce monde intéressé serait perdre notre humanité.

Arthur Rimbaud, « L’Éternité » / « Eternity »

J’avais appelé mon vélo d’adolescente Arthur, en hommage à Rimbaud et au roi Arthur, et je parcourais l’espace entre océan et fleuve, arbres et sables, ciel et terres, en le chevauchant… L’imagination faisant l’espace et le temps sans limites… Comme encore aujourd’hui où je retourne à l’Université en étudiante, à vélo… Si peu suffit à vivre dans l’éternel !

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Éternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Âme sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Éternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

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Translated by Francis Golffing :

I have recovered it.
What? Eternity.
It is the sea
Matched with the sun.

My sentinel soul,
Let us murmur the vow
Of the night so void
And of the fiery day.

Of human sanctions,
Of common transports,
You free yourself:
You soar according…

From your ardor alone,
Embers of satin,
Duty exhales,
Without anyone saying at last.

Never a hope;
No genesis.
Skill with patience…
Anguish is certain.

I have recovered it.
What? Eternity.
It is the sea
Matched with the sun.

–Arthur Rimbaud (May 1872)
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