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Marelle, de Julio Cortazar

roseAprès cinq heures de travail sans interruption dans la bibliothèque, près des baies vitrées derrière lesquelles les branchages des arbres se balançaient, feuilles mouillées, je suis allée faire un tour à la roseraie du Jardin des Plantes et j’ai photographié cette rose, pour accompagner cette fin de phrase de Cortazar :

… entendre le grondement des marées en appuyant son oreille contre la paume d’une petite main que l’amour ou une tasse de thé ont rendue un peu humide.

(traduit de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon)

*

« L’Agonisant » (d’amour sensuel), de Germain Nouveau

Continuant à lire ou relire Nouveau et Rimbaud pour essayer de comprendre qui a écrit les Illuminations (bientôt d’autres notes sur la question), je trouve ce poème de Nouveau qui sans être de ses meilleurs (ni de ses moins bons) a toute sa chaude place dans le mot clé « L’amour en livres » et la catégorie « Sexualité » de ce site. Goûtez vous-même !

*

Ce doit être bon de mourir,
D’expirer, oui, de rendre l’âme,
De voir enfin les cieux s’ouvrir ;
Oui, bon de rejeter sa flamme
Hors d’un corps las qui va pourrir,
Oui, ce doit être bon, Madame,
Ce doit être bon de mourir !

Bon, comme de faire l’amour,
L’amour avec vous, ma Mignonne,
Oui, la nuit, au lever du jour,
Avec ton âme qui rayonne,
Ton corps royal comme une cour ;
Ce doit être bon, ma Mignonne,
Oui, comme de faire l’amour ;

Bon, comme alors que bat mon cœur,
Pareil au tambour qui défile,
Un tambour qui revient vainqueur,
D’arracher le voile inutile
Que retenait ton doigt moqueur,
De t’emporter comme une ville
Sous le feu roulant de mon cœur ;

De faire s’étendre ton corps,
Dont le soupirail s’entre-bâille,
Dans de délicieux efforts,
Ainsi qu’une rose défaille
Et va se fondre en parfums forts,
Et doux, comme un beau feu de paille ;
De faire s’étendre ton corps ;

De faire ton âme jouir,
Ton âme aussi belle à connaître,
Que tout ton corps à découvrir ;
De regarder par la fenêtre
De tes yeux ton amour fleurir,
Fleurir dans le fond de ton être
De faire ton âme jouir ;

D’être à deux une seule fleur,
Fleur hermaphrodite, homme et femme,
De sentir le pistil en pleur,
Sous l’étamine toute en flamme,
Oui d’être à deux comme une fleur,
Une grande fleur qui se pâme,
Qui se pâme dans la chaleur.

Oui, bon, comme de voir tes yeux
Humides des pleurs de l’ivresse,
Quand le double jeu sérieux
Des langues que la bouche presse,

Fait se révulser jusqu’aux cieux,
Dans l’appétit de la caresse,
Les deux prunelles de tes yeux ;

De jouir des mots que ta voix
Me lance, comme des flammèches,
Qui, me brûlant comme tes doigts,
M’entrent au cœur comme des flèches,
Tandis que tu mêles ta voix
Dans mon oreille que tu lèches,
À ton souffle chaud que je bois ;

Comme de mordre tes cheveux,
Ta toison brune qui ruisselle,
Où s’étalent tes flancs nerveux,
Et d’empoigner les poils de celle
La plus secrète que je veux,
Avec les poils de ton aisselle,
Mordiller comme tes cheveux ;

D’étreindre délicatement
Tes flancs nus comme pour des luttes,
D’entendre ton gémissement
Rieur comme ce chant des flûtes,
Auquel un léger grincement
Des dents se mêle par minutes,
D’étreindre délicatement,

De presser ta croupe en fureur
Sous le désir qui la cravache
Comme une jument d’empereur,
Tes seins où ma tête se cache
Dans la délicieuse horreur
Des cris que je… que je t’arrache
Du fond de ta gorge en fureur ;

Ce doit être bon de mourir,
Puisque faire ce que l’on nomme
L’amour, impérieux plaisir
De la femme mêlée à l’homme,
C’est doux à l’instant de jouir,
C’est bon, dis-tu, c’est bon… oui… comme,
Comme si l’on allait mourir ?

Germain Nouveau, L’Agonisant

Lancelot du Lac

guenievre et lancelotGuenièvre embrasse Lancelot

*

« – Donnez-lui donc un baiser, devant moi, en premier gage d’amour vrai.

– Un baiser ? Je n’en vois ni le lieu ni le temps. Ce n’est pas que je ne le désire autant que lui. Mais ces dames sont tout près d’ici, elles s’étonnent que nous soyons restés si longtemps et ne manqueraient pas de nous voir. Cependant, s’il le veut, je lui donnerai ce baiser avec joie. »

Le chevalier est tellement joyeux et stupéfait qu’il ne peut répondre que :

« – Dame, grand merci.

– Ah ! dame, dit Galehaut, ne doutez pas qu’il ne le veuille, c’est son désir le plus grand. Et sachez que nul ne s’en apercevra, car nous nous promènerons tous les trois, comme si nous devisions.

– Pourquoi me ferais-je prier ? dit la reine. Je le veux plus que vous et plus que lui. »

Alors ils s’éloignent tous les trois et font semblant de converser. La reine voit que le chevalier n’ose en faire plus. Elle le prend par le menton et, devant Galehaut, l’embrasse très longuement.

Lancelot du Lac, trad. François Mosès

*