Balzac Honoré de Madame Terre

O, toujours à vélo avec, tel Atlas, Madame Terre sur le dos, est passé par la maison de Balzac à Passy, en arrivant par la ruelle de derrière, celle par où l’auteur fuyait ses créanciers quand ils arrivaient à la porte de devant

ruelle-par-ou-balzac-fuyait-ses-creanciers-min
mme-terre-maison-balzac-min

mme-terre-jardin-balzac-min

mme-terre-entree-balzac-min
prise-de-terre-chez-balzac-min

mise-de-terre-chez-balzac-min

madame-terre-jardin-balzac-min*

J’aime spécialement la veine fantastique de Balzac. Voici le début d’une adaptation de sa Peau de chagrin - début au Palais Royal, comme dans Le Neveu de Rameau. Pour connaître la suite, vous pouvez vous abonner à l’INA (3 euros par mois, le premier gratuit), ou mieux encore lire ou relire gratuitement le texte en ligne.

Madame Terre chez Orson Welles à Orvilliers

« La poésie ? Elle n’est pas où on la croit. Elle existe en dehors des mots, du style, etc. »
André Breton, entretien avec Roger Vitrac dans Le Journal du peuple, 7 avril 1923, « André Breton n’écrira plus »

*

en-allant-chez-o-welles

O a parcouru encore beaucoup  de chemin à vélo avec Madame Terre dans le dos, allant cette fois à 60 km à l’ouest de Paris, à Orvilliers où Orson Welles a vécu longtemps. Aujourd’hui sa maison est en ruine et le parc magnifique a été cédé à un promoteur immobilier qui y a construit un moche lotissement. Ne faudrait-il pas plutôt rendre publics les lieux de beauté ou d’histoire, en faire des maisons (d’activités) et des parcs publics, au service de tous ?mme-terre-abribus-welles Pour cette 27ème action poélitique de Madame Terre, après l’avoir photographiée en train d’habiter une sorte d’abribus au milieu de nulle part -puisque c’est sa mission de rendre vie à ce qui l’a perdue – il lui a fait faire le tour de la belle maison du génie. en-allant-a-orvilliers

maison-orson-welles

mme-terre-maison-welles

mme-terre-lierre-welles

mme-terre-portail-welles

mme-terre-chemin-welles

mme-terre-arriere-maison-welles

mme-terre-maison-o-welles

prise-de-terre-chez-orson-welles

mise-de-terre-chez-orson-welles

mme-terre-derriere-maison-welles

arriere-maison-welles

lotissements-terrain-orson-welles

maison-orson-welles-orvilliers

orvilliers Après une halte au village d’Orvilliers,  avec son plan d’eau qui joue des reflets presque comme dans un film d’Orson Welles, Madame Terre a tenu à se faire photographier, sur le chemin du retour, devant le musée d’Art naïf de Vicq -fermé, et qui espère réouvrir . Elle ne dépare pas, non ?mme-terre-musee-art-naif*

Un petit film montrant la maison d’Orson Welles, sur sa voix disant le début de la parabole de la Loi dans Le Procès de Kafka :

et un rappel : « c’était quoi Orson Welles ? »

*

Madame Terre au Mur des Fédérés chante Le temps des cerises

« Je vous remercie Madame, mais votre dieu est vraiment trop du côté des Versaillais »
Louise Michel

tour-eiffel

Aujourd’hui O a accompli la 26ème action poélitique de Madame Terre aux deux endroits du Mur des Fédérés  – au square Samuel-de-Champlain le long du Père-Lachaise où il a été reconstruit avec les pierres d’origine et au lieu de la tuerie à l’intérieur du cimetière. Sur le retour, il s’est arrêté sur le parvis de la gare d’Austerlitz pour faire une photo avec le tout nouveau monument en hommage aux Brigades internationales (que nous avons vu l’autre jour). Suit une vidéo sur la Commune, emmenée par un très bon guide.

*mme-terre-au-mur-des-federes

mme-terre-federes

mme-terre-tendre-federes

prise-de-terre-au-mur-des-federes

mise-de-terre-au-mur-des-federes

federe

tetes-federes

mains-federe

visage-federe

mme-terre-commune

mme-terre-morts-commune

mme-terre-pere-lachaise-commune

mme-terre-fleurs-pere-lachaise *mme-terre-brigades-internationales*

*

Le site des Amies et Amis de la Commune

Et ici même, en descendant dans cette page, d’autres notes sur la Commune, chansons, textes, photos, débats et autres vidéos

*

Madame Terre repeuple un village abandonné

Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
Passer, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
De vagues et d’étoiles ;

Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux,
Que l’autre abîme touche,
Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux
Ne voyaient pas la bouche :

— Poëte, tu fais bien ! poëte au triste front,
Tu rêves près des ondes,
Et tu tires des mers bien des choses qui sont
Sous les vagues profondes !

La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur,
Tout destin montre et nomme ;
Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ;
Le navire, c’est l’homme. —

Victor Hugo, Les Contemplations (Autrefois)

*

en-allant-a-goussainville-4

en-allant-a-goussainville-5

en-allant-a-goussainville-7

en-allant-a-goussainville-9

en-allant-a-goussainville-10

Pour la 25ème action poélitique de Madame Terre, O décidé de l’emmener, toujours à vélo, de Paris au village abandonné de Goussainville. En repartant, il l’a photographiée sous le cèdre de Roissy. Il raconte tout cela lui-même un peu plus loin dans la note.

goussainville

goussainville-2

goussainville-4

goussainville-5

goussainville-6

goussainville-7

goussainville-8

goussainville-10

goussainville-11

goussainville-12

goussainville-13

goussainville-14

goussainville-17

goussainville-19

goussainville-21

goussainville-22

goussainville-23

goussainville-24

goussainville-25

goussainville-26

goussainville-27

goussainville-28

goussainville-29

prise-de-terre-a-goussainville

mise-de-terre-a-goussainville

goussainville-30

goussainville-31

Récit par O :

La première âme que j’ai vue en pénétrant dans le village abandonné fut un chat noir. Il traversait la route sereinement sans se soucier de la circulation ; il avait raison. Ici point de voitures, point de passants, point de vivants ou alors des allures qui lèvent le nez sur des ruines qui s’affaissent. Ici même les morts semblent plus morts encore, abandonnés dans le cimetière jouxtant l’église encore debout parce que classée monument historique.

Mais c’est tout le village qui est monument historique ; un village aux allures de décor de cinéma figé à l’année 1974 lorsque Roissy en France devint Roissy Charles de Gaule.

Je croise un des rares passants et lui demande si l’église est ouverte. Il me répond qu’elle n’ouvre que pour les enterrements. Décidément la mort compte pour beaucoup dans le vieux pays.

Voyant que je m’intéresse au village, il se met à me parler à son tour. Il a passé toute sa jeunesse ici, et ça lui serre le cœur de voir son village dans cet état. Oui, sa famille comme bien d’autres est partie … ailleurs … « Surtout à cause du Concorde … c’était devenu impossible … les autres avions, on finissait par s’habituer, mais le Concorde … un supersonique vous pensez … »

Oui je pense … je songe même … 400 avions par jour, même sans Concorde, il y a de quoi en avoir par dessus la tête, devenir sourd ou fou.

Nicolas n’est rien de tout ça. Tel un Mohican du Val d’Oise, il est le dernier à tenir boutique dans le village. Livres anciens et d’occasion … vous savez ces trucs en papier, découpés en pages, écrits en tout petit et que l’on ne cesse de tourner. J’en feuillette un (comme je croquerais dans une madeleine) et regarde distraitement par la fenêtre munie d’une vitre en verre (ce qui est un exploit dans ce village).

Un shooting photo se prépare dans la rue. Deux anorexiques sur fond de ruines … ça donne envie d’acheter des fringues ou de se faire vomir, c’est selon …

N’ayant que trop assisté, à Paris, au remplacement de librairies par un de ces fripiers de luxe, je me demande bien pourquoi ces derniers ne s’intéressent pas aux murs de celle-ci … ? Puisqu’ils font profession de capturer l’opportunité de l’instant … puisque le décor semble les inspirer dans sa tristesse inouïe que la pluie qui s’est mise à tomber rend encore plus triste …

Triste à mourir comme le regard sans flammes que me lancent les deux squelettes qui se recoiffent et peuplent comme elles peuvent la rue de Goussainville vieux village.

Oui O, mais Madame Terre, elle, quoique taille fine, est dodue comme il faut pour réhabiter en bonne vivante même les pays morts !

goussainville-33

en-partant-de-goussainville

roissy-2

roissy-3

roissy-4La librairie Goussainlivres a un site internet, à visiter !

*

Madame Terre chez Zola à Paris et à Médan

Les joueurs appelaient cette salle-là l’hôpital. On y avait entreposé un billard hors d’usage et le matériel déglingué. (…) il jouait là, tout seul. Je lui ai dit : « Monsieur Numance, vous n’avez pas froid ? » (…) Il avait même reprisé le billard (…) Il me dit : « C’est simplement plus difficile, mais on y arrive. »
Jean Giono, Les âmes fortes
*

zola-rue-de-bruxelles

zola-21-bis-rue-de-bruxelles

mme-terre-chez-zola-a-parisAprès être allé chez Zola à Paris, au 21 bis rue de Bruxelles dans la maison et le jardin où se trouvent aujourd’hui l’AGESSA (caisse de cotisation des auteurs), et où il est mort (voir plus loin dans la note), O est allé à vélo jusqu’à Médan accomplir la 24ème action poélitique de Madame Terre chez Zola, qui travaillait du printemps à l’automne en haut de la tour carrée, derrière la baie vitrée qu’on voit sur la photo.

jardin-zola-medan

mme-terre-fondation-zola

mme-terre-maison-zola

mme-terre-chez-zola-medan

prise-de-terre-chez-zola

mise-de-terre-chez-zolaPuis il a fait un tour au château de Médan où ont vécu les poètes Ronsard, Du Bellay, Maeterlinck, et que Cézanne a peint :

chateau-medan-cezanne

chateau-medan-motard

mme-terre-porte-chateau-medan

mme-terre-chateau-medan

mme-terre-fleurs-chateau-medan

oiseau-chateau-medan*

Voici une vidéo où l’on aperçoit notamment le billard de Zola. Je publierai bientôt une note où il sera question, par la bande, du billard de Giono.

Zola fut insulté par La Croix et l’extrême-droite à sa mort- vraisemblablement un assassinat – (au lendemain d’une nouvelle Manif pour tous qui s’acharne et de la canonisation d’un « martyr » de la Révolution française, l’Histoire a de la suite dans les idées) mais rappelons l’hommage que lui rendit Anatole France :

« Devant rappeler la lutte entreprise par Zola pour la justice et la vérité, m’est-il possible de garder le silence sur ces hommes acharnés à la ruine d’un innocent et qui, se sentant perdus s’il était sauvé, l’accablaient avec l’audace désespérée de la peur ?
Comment les écarter de votre vue, alors que je dois vous montrer Zola se dressant, faible et désarmé devant eux ?
Puis-je taire leurs mensonges ? Ce serait taire sa droiture héroïque.
Puis-je taire leurs crimes ? Ce serait taire sa vertu.
Puis-je taire les outrages et les calomnies dont ils l’ont poursuivi ? Ce serait taire sa récompense et ses honneurs.
Puis-je taire leur honte ? Ce serait taire sa gloire.
Non, je parlerai.
Envions-le : il a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense et un grand acte.
Envions-le, sa destinée et son cœur lui firent le sort le plus grand.
Il fut un moment de la conscience humaine. »

*

Voir aussi mes notes sur Zola photographe et un passage de La Fortune des Rougon-Macquart.

Madame Terre chez Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise et à Paris

L’image poétique est sous le signe d’un être nouveau.
Cet être nouveau, c’est l’homme heureux.

Gaston Bachelard, La Poétique de l’espace
*

loise-en-allant-a-auvers Toujours à vélo depuis Paris, O est allé à Auvers-sur-Oise rencontrer de nouveau Vincent Van Gogh. Il a photographié des lieux que Vincent a peints : l’église, les champs… sa tombe, l’auberge où il a vécu…mme-terre-eglise-auvers-sur-oise

mme-terre-auvers-sur-oise

mme-terre-tombe-vincent

mme-terre-tombes-vincent-et-theo et ce qu’on voit depuis leur tombe :cimetiere-auvers-sur-oise

mme-terre-panneau-champ

mme-terre-champ-auvers

champ-auvers-sur-oise

mme-terre-auberge-ravoux *

Puis il a poussé jusqu’à Valmondois où il voulait voir la tombe de Bescherelle. Dans le même cimetière sont enterrés un couple de l’antique télé : Pierre Sabbagh et Catherine Langeais. Dans la même ville il a photographié la maison d’Honoré Daumier, qui sert de lieu d’exposition pour des artistes.cimetiere-de-valmondois

mme-terre-bescherelle-valmondois

maison-daumier-valmondois*

mme-terre-paris-retour-dauversIl faisait nuit quand il est revenu à Paris.  Aujourd’hui il est allé rue Lepic finir de réaliser cette 23ème action poélitique de Madame Terre à l’extérieur et à l’intérieur de l’immeuble où les deux frères vécurent deux ans.mme-terre-rue-lepic-chez-van-gogh

prise-de-terre-rue-lepic-van-gogh

mise-de-terre-rue-lepic-van-gogh

mme-terre-rue-lepic-van-gogh

mme-terre-rue-lepic

mme-terre-rue-lepic-vincent-et-theo

van-gogh-rue-lepicDe sa chambre, Vincent a peint cette vue de Paris (où l’on reconnaît l’immeuble de la photo, vu du troisième étage) :

zicht_op_parijs_vanuit_vincents_kamer_in_de_rue_lepic*rue-lepic-van-gogh-sortie*

Nous étions allés à Auvers-sur-Oise une première fois ensemble à une autre saison : voir mes photos, dont une de la chambre de Vincent

On peut explorer aussi mes autres notes sur Van Gogh, avec notamment plusieurs vidéos d’animation sur lui ou sa peinture, dont celle-ci :

*

Madame Terre chez Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville

L’archive, (…) toutes ces choses dites (…) telles qui brillent très fort comme des étoiles proches nous viennent en fait de très loin, tandis que d’autres toutes contemporaines sont déjà d’une extrême pâleur.
Michel Foucault, L’archéologie du savoir
*

lavoir-jardin-ermenonville

chateau-ermenonville

ermenonville

plan-deau-ermenonville

kiosque-ermenonville

mme-terre-kiosque-ermenonville

mme-terre-kiosque-chez-rousseau

mme-terre-piliers-du-kiosque-ermenonville

mme-terre-rousseau

mme-terre-jj-rousseau

prise-de-fougere-ermenonville-rousseau

mise-de-fougere-ermenonville-rousseau

mme-terre-foret-rousseau-ermenonville

Par ce beau samedi automnal, O a fait plus de 110 kilomètres à vélo pour accomplir la 22ème action poélitique de Madame Terre. Le lieu de la dernière habitation de Jean-Jacques Rousseau est aujourd’hui touristique et en partie payant, reste gratuite la beauté du paysage, qui importait tant au poète philosophe dont la vision éclaire si justement notre présent.

*

Brèves vidéos sur FranceTvÉducation :

Rousseau et la question de l’origine

Repensée dans un sens métaphorique et en rejetant l’idée chrétienne du péché originel

Rousseau n’est pas un sujet, il est un citoyen

« Si le sujet vit sous la dépendance de son maître, le citoyen est celui qui affirme sa liberté, et, partant de là, sa souveraineté. Telle est pour Charles Porset la rupture qu’introduit Rousseau. »

La pensée politique de Rousseau : le Contrat social

Gérard Mairet : « La force et la grandeur de Rousseau est d’avoir pensé la loi comme pensée, c’est-à-dire nécessitant un sujet : « quand le peuple pense, c’est la loi qu’il pense. » »

 

*

Je voulais mettre en lien mon article sur Nuit Debout paru (gratuitement) dans Libé, mais je ne peux y accéder faute d’être abonnée. C’est certainement le cas aussi de nombre d’entre vous, mais il se trouve aussi ici, et tous mes articles sur Nuit Debout .

*

Madame Terre chez Pierre et Marie Curie à Sceaux + une nouvelle inédite

pierre et marie curie à vélo

Pour la vingt-et-unième action poélitique de Madame Terre, O est allé, toujours à vélo mais cette fois avec Syd, l’un de nos fils, à Sceaux voir la maison où Pierre et Marie Curie ont vécu ensemble, puis celle où elle a vécu avec leurs filles après la mort accidentelle de Pierre (« au pied du château », voir ici). J’ai bien sûr une grande admiration pour Marie Curie, mais aussi pour Pierre, un homme droit, juste et bon. Après les photos de l’action, une petite nouvelle sur eux, qui fait partie d’un livre en cours d’écriture et que je vous offre en primeur pour la rentrée littéraire.

*

mme terre chez pierre curie

mme terre pierre curie

mme terre jardin pierre curie

prise de terre chez pierre curie

mise de terre chez pierre curie

château de sceaux en allant chez marie curie

chateau sceaux

chateau sceaux syd

eau chateau sceaux

mme terre marie curie

mme terre maison marie curie

mme terre radium

prise de terre chez marie curie

mise de terre chez marie curie

syd et o mme terre marie curie*

Marie Curie se coltine la pechblende. Au mépris du danger, par tonnes elle transporte, trie, épure la « pierre à malheur », jusqu’à lui arracher son cœur, pour l’amour de la science et le bienfait de l’humanité.

« Premier principe, écrit-elle : ne se laisser abattre ni par les êtres, ni par les événements. » Et aussi : « Ma tête flambe, tant elle est embrasée de projets. Je ne sais plus que devenir ! Ta Mania sera, jusqu’à son dernier jour, une allumette au-dessus d’autres allumettes. »

C’est moi, Marya Sklodowska Curie. Mania pour ma famille polonaise, Mé pour mes enfants, Marie pour tout le monde. Corps à corps je me confronte au monde, jour après jour je fais sortir de lui sa lumière cachée.

Et la nuit, Pierre et moi faisons sortir l’un de l’autre la vie, la joie d’amour. « Il faut faire de la vie un rêve et faire du rêve une réalité », dit Pierre.

Le jour baisse. Nous savons, Pierre et moi, sans avoir besoin de nous le dire, que nous allons partir. Quitter cet étrange village de gloires. Nous avons un peu pitié des autres, ceux qui vont rester. Où iraient-ils ? Il paraît qu’il y a un autre couple, mais tous les autres ont été enterrés seuls. Seuls. Et il n’y a presque pas de femmes.

Tous ces grands hommes. Sans doute leur conversation est-elle très intéressante. Échanger avec eux pourrait être passionnant pendant très, très longtemps. Mais de radioactivité, nous ne pourrions parler qu’avec celui qui fut mon amant après la mort de Pierre, et son ancien élève. Paul. Il est là aussi. Sans sa femme ni les autres avec lesquelles il s’échappait d’elle. Mais il ne me dit plus rien, depuis longtemps. Je désire Pierre, mon amour, mon amour. Lui seul, Pierre.

D’histoire, nous pourrions parler avec tous les autres. Toutes ces gloires de l’histoire de France. C’est ce que nous avons pensé, Pierre et moi, en nous retrouvant là. Du moins c’est une pensée qui nous est venue. Ou qui nous a traversés. Quelques instants. Ici dans la tombe, dans l’enceinte du Panthéon, nous sommes un peu comme dans un atome, dans l’infiniment petit. Les lois sont autres que dehors, où règne la physique classique. Sommes-nous toujours morts, ou encore vivants ? Pierre et moi, nous allons sortir de l’indétermination, je le sais.

Un petit temps donc, nous avons envisagé la possibilité de rester là avec eux à parler d’histoire. Et en même temps nous avons compris qu’ils n’étaient que de pauvres ombres, errant, une fois les portes fermées, le silence installé, la nuit tombée, dans le labyrinthe voûté du cénotaphe. De pauvres ombres grises. Seuls Pierre et moi émettons un doux rayonnement. Le radium accumulé dans nos corps au cours de notre vie de travail, sans doute. Mais nous les scientifiques, nous les rationalistes, nous les positivistes, je sais que nous partageons une autre impression : si nous rayonnons, c’est d’amour.

Pierre et moi marchons main dans la main entre les épais murs de pierre, saluant courtoisement nos illustres colocataires, sortis comme nous de leurs tombeaux pour la promenade du soir. Les lueurs vertes des petits panneaux fléchant la sortie à intervalles plus ou moins réguliers permettent de discerner un peu les autres, mais rarement de les reconnaître – à supposer que nous les connaissions, car la gloire des hommes n’est pas si universelle ni immortelle que ça. Personne ne se dirige vers la sortie, ils ont certainement compris depuis longtemps que c’était inutile. Ou bien, ils n’en ont même pas envie. Peut-être ne savent-ils plus ce que désirer veut dire. Nous, l’amour nous fait brûler de désir.

Tous ces hommes qui, pour beaucoup, ont connu les honneurs de leur vivant et se retrouvent à errer dans l’éternité sans amour, sans femme, sans enfants, sans peuple, sans vie. Tous se retournent sur nous. Sur nos corps qui contrairement aux leurs, rayonnent. Leur corps à eux semble être un amoncellement de poussière que le moindre souffle disperserait. Nous ralentissons un peu chaque fois que nous croisons l’un d’eux, de peur que cela ne se produise. Que le déplacement d’air occasionné par notre passage ne les fasse disparaître. Peut-être à jamais ? Ou bien se reconstitueraient-ils, leurs poussières retrouveraient-elles la mémoire des formes de leurs corps, et s’assembleraient-elles à nouveau pour leur faire reprendre leur morne et terrible errance ? L’irréversibilité règne-t-elle ici, ou la réversibilité y a-t-elle ses droits ? La question éveille notre curiosité scientifique, mais pas suffisamment pour nous détourner de notre ardent désir de partir.

Pierre et moi continuons à arpenter les corridors voûtés, en suivant les flèches luisantes qui indiquent la sortie. Nous gravissons maintenant un large escalier, nous quittons le sous-sol. Rien d’autre que nous ne bouge. Nous traversons une vaste salle. Nos pas ne produisent aucun son sur les dalles qui composent des motifs circulaires et rayonnants, comme si nous étions en train de nous déplacer dans l’espace interstellaire. Nous distinguons la porte mais avant même de l’atteindre nous passons à travers le mur, propulsés par un immensément jouissif effet de tunnel. Nous voici maintenant dans l’air frais d’une délicieuse nuit de printemps.

Toujours nous tenant par la main, nous nous sommes mis à courir, presque. La surprenante facilité avec laquelle tout s’était passé n’était-elle pas suspecte ? Ne risquait-on pas de nous saisir par l’épaule et de nous ramener manu militari dans notre illustre prison ? Tant que nous étions enterrés au cimetière de Sceaux, nous nous étions contentés du bonheur de reposer paisiblement l’un près de l’autre, enfin réunis. Mais ce transfert au Panthéon avait changé la donne, à la façon d’une opération en laboratoire. Une énergie nouvelle nous tenait debout et exigeait que nous suivions le chemin qu’elle nous indiquait, et qui nous était encore inconnu.

Ils continuent à marcher dans les rues de leur ancien quartier. Le vent se lève, des pétales de cerisier se mettent à voleter dans l’ombre. Elle revoit la neige de son pays, celle des jours de folle joie, des courses à traîneaux en bande de jeunes filles et jeunes hommes allant danser – et elle dansait jusqu’au matin – et celle des jours de folle tristesse où elle devait gagner sa vie, institutrice privée dans une lointaine campagne, séparée de ses proches pendant d’interminables mois. Ce premier garçon qu’elle aima et qui l’aima, le fils aîné de la famille où elle était placée, il lui fallut des années pour admettre qu’il n’irait pas contre la volonté de ses parents, qu’il n’épouserait pas une jeune femme qui, toute savante qu’elle soit, n’était quand même qu’une domestique. Séparation sur séparation. Marie enfant séparée de sa mère morte trop tôt, Marie jeune fille séparée de sa famille, Marie jeune femme séparée de son premier amour, et pour finir Marie jusqu’à la fin de ses jours séparée de son grand amour, Pierre, mort trop tôt. Elle a tant souffert, Marie.

Tout en marchant, Marie fait un geste de la main, comme pour refermer une porte sur le mauvais du passé. Définitivement. Marie trie sa vie comme elle a trié la pechblende, afin de n’en garder que le cœur vivant. Que tombent dans le néant les peines et les humiliations endurées en France comme en Pologne ! La voici réunie à Pierre, son bien-aimé, son très-aimé – rien d’autre que cela ne doit survivre. Rien d’autre que son amour pour Pierre et leurs enfants, et pour leurs rares proches qui ne trahirent jamais.

Leurs pas les mènent aux lieux où ils vécurent et travaillèrent, toujours passant à travers les murs, qui ne sont plus des murs pour eux. Au lieu où fut leur premier laboratoire, le hangar de l’École de Physique et de Chimie où ils revenaient parfois le soir, après la journée de travail, pour contempler, ensemble dans l’ombre, la lueur féerique des extraits radioactifs qu’ils avaient arrachés à la pierre de malheur. Alors, se souvenant de l’amour physique, ils se retournent, se font face, se cherchent maintenant dans les yeux l’un de l’autre.

Pierre est toujours ce beau jeune homme mince, fort, doux, dont les traits reflètent la pureté d’âme. La mort l’a cueilli dans la fleur de l’âge, mais elle, Marie, comment lui apparaît-elle ? Jeune, comme il l’a connue ? ou comme elle était au moment de sa mort, avec son corps de sportive toujours, mais le visage vieilli par les années et l’anémie causée par le radium, la chevelure blanchie ? Qu’importe, car il la regarde avec le même amour et elle sent ce qu’elle n’avait pas senti depuis une éternité : son sexe dressé contre son ventre, contre sa chair qui brûle de désir pour lui. Les cris de bête sauvage qu’elle s’est retenue de pousser pour expulser sa douleur après la mort de Pierre, c’est maintenant, pendant l’amour, qu’elle les laisse jaillir de son corps.

© Alina Reyes

Madame Terre chez Maurice Ravel au Belvédère, à Montfort-l’Amaury

- « Écoute ! Écoute ! – C’est moi, Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les lozanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame chatelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bati fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.
Aloysius Bertrand, Ondine (extrait, dans l’orthographe du poète) in Gaspard de la nuit
*

en allant chez Ravel

mme terre allant chez ravel

mme terre au portail de ravel

mme terre au belvedere ravel

mme terre ravel

mme terre fenetre ravel

mme terre maison ravel

mme terre montfort l'amaury ravel

chez ravel

prise de terre chez ravel

mise de terre chez ravel

belvedere maison ravel

en revenant de chez ravel

de retour de chez ravel

champs en revenant de chez ravel

O a fait cette fois 110 kilomètres à vélo pour aller accomplir la vingtième action poélitique de Madame Terre chez Ravel, à sa maison Le Belvédère à Montfort-l’Amaury. Sur le chemin du retour il a photographié une inscription qu’il trouvait belle dans un square proche, à l’emplacement d’un ancien cimetière déplacé où cette tombe a été gardée ; et les champs paisibles.

Je me rappelle être allée écouter un jeune pianiste, Jean-Paul Gasparian, interpréter à merveille le Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand. En voici l’interprétation de Pogoleritch. Enchantement et paradis !

 

 

*

Madame Terre chez Patrick Modiano et le Pr Labrousse à Jouy-en-Josas et rue de Vaugirard à Paris

 Bauen, wohnen, denken (bâtir, habiter, penser) ont des racines communes
Habiter poétiquement le monde, éd LAM, 2010
*

D’habitude j’écris les petits textes de présentation pour accompagner les photos prises par O lors de ses périples et actions poélitiques avec Madame Terre. Pour cette dix-neuvième de la série, il a écrit aussi quelques lignes – à lire après les images.

mme terre chez modiano et pr labrousse à jouy

mme terre modiano jouy

mme terre plaque modiano

mme terre modiano jacobs

mme terre modiano jacobs jouy

jacobs jouy

prise de glycine modiano jacobs

mise de glycine modiano jacobs

mme terre jacobs vaugirardet rue de Vaugirard à Parisjacobs vaugirard

Fiction ou Réalité ?

Il y a une maison à Jouy-en-Josas ; une maison construite sur le versant sud de la vallée de la Bièvre, légèrement en hauteur, dans une rue tranquille, presque provinciale. Rien ne la distingue des autres maisons, si ce n’est l’énorme massif de glycine qui déborde de la grille.

Mais en s’approchant, et en soulevant les longues lianes de glycines, on découvre une plaque sur laquelle on peut lire que le 38 rue du docteur Kurzenne fut la maison d’enfance de l’écrivain Patrick Modiano [ici présent] en 1952 et la résidence du professeur Labrousse, personnage de la BD SOS Météores d’Edgar P. Jacobs paru en 1958.

A priori rien de commun entre l’écrivain de Rue des boutiques obscures et le directeur de la météorologie nationale dans SOS Météores. Modiano est grand, imberbe et balbutiant de timidité ; Labrousse est plutôt petit, porte une barbe digne de la troisième république et ne se départ jamais d’une ferme politesse en toutes circonstances. l’un est un écrivain, l’autre est un scientifique. La seule chose qui les relie semble être la fiction. L’un en fait profession tandis que le second y est né.

La fiction et une autre adresse. En effet l’auteur et le professeur ont partagé la même adresse rue Vaugirard à Paris.

Alors je me demande est-ce l’écrivain qui finit par se confondre avec ses personnages de fiction ou bien est-ce le scientifique qui est plus vrai que nature ?

O

labrousse modiano