« J’ai couru et j’ai regardé les solutions pour le sauver » Mamoudou Gassama

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Son geste rappelle celui d’Arnaud Beltrame, celui de Lassana Bathily. Dévouement spontané, don de soi plus fort que soi, réactivité, puissance mentale décuplée, puissance de vie l’emportant immédiatement sur la mort.

Comment le comprendre ? L’héroïsme fleurit dans le danger. Dieu merci, nous sommes assez peu exposés au risque de mort imminente dans nos sociétés. En fait il est partout, mais par un miracle d’équilibre qu’il faut constamment soutenir par le politique au sens noble du terme, par le civisme, la conscience du bien commun, il est largement neutralisé dans la vie quotidienne. Pourtant la plupart d’entre nous ont connu des moments de danger, qu’ils viennent des hommes ou qu’ils viennent de la nature. Un tremblement de terre, une tempête en mer, un passage périlleux en montagne – notre impuissance et notre fragilité éclatent au grand jour. Il doit en être de même dans des situations de guerre et de terrorisme, où la proximité de la mort se double d’une désespérance face aux forces du mal qui se sont emparées des agresseurs, nos frères. Pourtant les actes d’héroïsme sublime, comme celui de Mamoudou Gassama et de tant d’autres résistants aux forces de mort, en temps de paix comme en temps de guerre, nous rappellent que nous ne sommes pas totalement impuissants face au risque de mort. À condition de lui faire face, justement, et de le traverser comme s’il n’existait pas, en ne voyant que la nécessité de sauver.

De sauver ou plus modestement, d’aider. Avoir à aider, ou à se défendre, voilà des situations que nous sommes tous appelés à connaître, que nous connaissons tous. Un jour, alors que j’étais enceinte de quatre ou cinq mois, j’ai escaladé une grille et je suis montée sur un toit pour sauver un chat ; une autre fois, j’ai pris un taureau par les cornes pour le délivrer d’un filet dans lequel il s’était empêtré… Ce genre d’actes est sans mesure commune avec le geste de risquer sa vie pour sauver une vie humaine, mais ils nous renseignent déjà sur l’état d’esprit dans lequel nous pouvons être face à une urgence. Le geste d’aider spontanément autrui, fût-il un animal, se réalise dans un oubli de tout le reste, comme celui de trouver une parade en cas de danger. J’étais dans le même état d’esprit la nuit où j’ai affronté des voyous qui me suivaient en leur faisant une aimable conversation, le jour où j’ai bataillé avec un voleur jusqu’à lui reprendre ce qu’il m’avait volé, le jour où je me suis interposée face à un drogué surexcité qui très agressivement menaçait tout le monde (et il est parti). Ce sont des moments où le corps et l’esprit, en état d’éveil maximum, sont absolument accordés dans l’action. L’action est alors une réaction ; et il arrive malheureusement qu’elle ne se produise pas, si nous sommes trop endormis.

Il nous faut donc, pour lutter contre les forces morbides, qu’elles soient physiques, intellectuelles ou morales, demeurer en éveil, vivre en éveil. Les migrant·e·s savent ce qu’il en est. Ce sont des gens du déplacement, du risque. Si les humains ne se déplaçaient plus, si une partie des humains n’accomplissaient pas ce devoir de se déplacer, ce qu’ils font depuis la nuit des temps, l’humanité mourrait. Les déplacements des riches ne comptent pas, car quoi qu’ils fassent, les riches vivent dans le confort – pour ainsi dire ils ne vivent quasiment pas, ils dorment. L’argent tue l’humanité, la précarité la sauve.

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