Aujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière

De même que je travaille dans plusieurs bibliothèques, je vais et lis dans plusieurs jardins, dont celui de l’Allée haute, très paisible et très beau en automne, à la Pitié-Salpêtrière.

lci-pitie-salpetriereTous ces jours derniers (voir mes notes précédentes), les médias sont toujours là, attendant l’annonce de la mort de Jacques Chirac, caméras dehors, journalistes patientant des journées entières assis sur des bancs ou dans leurs voitures.m6-pitie-salpetriere On croirait les entendre croasser.

J’ai failli me faire écraser par une ambulance qui sortait tranquillement de l’hôpital, pas du tout pressée, alors que j’étais en train de traverser de façon tout à fait régulière sur un passage piétons, de l’autre côté du boulevard. En arrivant à moi soudain elle a accéléré, foncé sur moi. Le temps s’est décomposé, j’ai vu le visage largement souriant du chauffeur tandis que je bondissais sur le côté, juste à temps pour en réchapper. Il a poursuivi son chemin sans ralentir, tandis que deux personnes qui avaient assisté à la scène depuis le trottoir restaient médusées. J’ai vu que la rue où elle s’engageait était bloquée par un camion-poubelle, je l’ai rattrapée, j’ai frappé à la vitre, que cet ambulancier fou a quand même daigné baisser, et j’ai demandé explications et excuses. Tout ce qu’il a trouvé à dire c’est qu’il n’avait pas fait exprès. Décidément la mort rôde par là. N’est-ce pas romanesque ? Tant que nous ne nous laissons pas attraper ;-) Je suis entrée et j’ai passé un bel et bon moment à lire sous les arbres.

marrons

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jardin-salpetriereJ’ai aussi photographié une autre oeuvre de l’exposition en cours. Celle-ci est de Marissa Lopez
marissa-lopezphotos Alina Reyes

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Exposition des œuvres de patients et d’artistes à la Pitié-Salpêtrière

Comme chaque année en cette saison (voir les œuvres de l’année dernière), les services psychiatriques de la Pitié-Salpêtrière s’associent à une exposition dans le jardin de l’Allée haute.

Œuvre de JEANSAYA :

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Œuvre d’Yvonne Orsini :

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Œuvre d’Emma :

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Deux œuvres collectives de patients de l’hôpital de jour de la psychiatrie adultes du professeur Jouvent :expo-hdj-psychiatrie

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Œuvre de Bertille Chéreau :

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Œuvre de Bernard La Rocca :

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Œuvre de Véronique Desmasures :

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Œuvre de Marie Martine Expilly :

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Œuvre de Stefan Yordanov :

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Œuvre d’Ayda-Su Neroglu :

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Œuvre de Marinette Delanné :

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Œuvre de Valérie Delamotte :

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photos Alina Reyes

Je n’ai pas tout photographié, si vous aimez l’art singulier et passez par là, allez voir, c’est jusqu’au 2 octobre !

Avec une pensée pour Jacques Chirac qui se trouve en ce moment dans cet hôpital, et une colère contre Christine Boutin qui a été infecte encore une fois.

Madame Terre sur un lieu de « Manon Lescaut » et chez l’abbé Prévost

Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur.
Albert Camus, Noces
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mme terre à la forceprise de terre à la force mise de terre à la force trous des chaînes à la force mme terre à l'église salpêtrière

Cette septième action poélitique de Madame Terre a été réalisée en deux temps, par moi puis par O. Je suis d’abord allée à la Pitié-Salpêtrière, à l’Hôpital où dans le roman Manon Lescaut est enfermée un temps, à l’époque où on y enfermait les pauvres, les fous et les délinquants. J’ai photographié Madame Terre devant la cour du bâtiment de La Force, où étaient internées les femmes, soumises à un régime souvent atroce – on a enlevé des murs aujourd’hui les anneaux de fer où étaient accrochées les enchaînées. Lieu sinistre s’il en est. Ensuite je l’ai posée au centre de cette église si particulière, panoptique, construite de façon à pouvoir surveiller depuis le centre les chapelles où étaient répartis par catégories les prisonnières et prisonniers de l’hôpital, pour les messes obligatoires.

en approchant de chez prévost

foret chantilly en approchant chez prevostprès de chez prévostoù est mort l'abbe prevostmme terre où est mort prevostprieuré abbé prévostprieuré prévostpuits prévost
maison prévostmaison abbe prevostmme terre devant le portail prevostprise de terre chez l'abbe prevostmise de terre abbe prevostmme terre sur le mur maison prevostmme terre sur le mur maison abbe prevostlavoir prevostchez prevost
Puis O s’est rendu, faisant près de 100 km à vélo en ce dimanche d’arrivée du Tour de France à Paris, passant par champs et par forêts, parfois en dehors des sentiers, sur trois lieux successifs : celui où est mort (à Courteuil),  puis où est enterré (au prieuré de Saint-Nicolas d’Acy), et enfin où a vécu (montant sur le mur de la maison, à Vineuil-Saint-Firmin ! ) l’abbé Prévost, auteur du roman dont voici un passage, situé au moment où le chevalier des Grieux s’apprête à faire évader Manon :

« Nous retournâmes le matin à l’Hôpital. J’avais avec moi, pour Manon, du linge, des bas, etc., et par-dessus mon juste-au-corps, un surtout qui ne laissait voir rien de trop enflé dans mes poches. Nous ne fûmes qu’un moment dans sa chambre. M. de T… lui laissa une de ses deux vestes ; je lui donnai mon juste-au-corps, le surtout me suffisant pour sortir. Il ne se trouva rien de manque à son ajustement, excepté la culotte que j’avais malheureusement oubliée. L’oubli de cette pièce nécessaire nous eût, sans doute, apprêtés à rire si l’embarras où il nous mettait eût été moins sérieux. J’étais au désespoir qu’une bagatelle de cette nature fût capable de nous arrêter. Cependant, je pris mon parti, qui fut de sortir moi-même sans culotte. Je laissai la mienne à Manon. Mon surtout était long, et je me mis, à l’aide de quelques épingles, en état de passer décemment la porte. »

« L’esprit grec, plus affamé de vérité que de profit » Lawrence Durrell, l’un des auteurs au programme

sans abri pitie salpetriereun microvillage de personnes sans abri le long de l’entrée fermée de la Pitié-SalpêtrièreC215 pitie salpetriereune fresque de C215 dans l’autre entrée de l’hôpital
photos Alina Reyes

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Toujours préparant l’agrégation de Lettres modernes, dont les épreuves commencent dans huit jours maintenant. Elles dureront toute la semaine : lundi 7 mars, 7 heures de composition française sur l’une des huit œuvres françaises au programme ; mardi, 5 heures d’étude grammaticale (ancien français et français postérieur à 1500) ; mercredi, 7 heures de composition française sur l’une questions de littérature comparée, avec six autres œuvres au programme ; jeudi, 4 heures de version de grec ancien ; vendredi, 4 heures de version d’anglais. Ceci pour les épreuves d’admissibilité – les admissibles devront ensuite, pour être admis (ou non) passer les épreuves orales, au moins aussi redoutables, avec des temps de préparation de 6 heures pour des exposés de 40 mn.

Il est clair que je m’y suis prise beaucoup trop tard, n’y ayant songé qu’au moment de la clôture des inscriptions, en octobre dernier, et alors que mes études universitaires datent de trente ans. Mais je ferai de mon mieux. J’essaie de combler mes oublis et lacunes en cherchant à saisir la substantifique moelle des œuvres, leur sens profond. Comme je n’ai pu suivre aucune préparation, ni à la fac ni par correspondance (car elles sont payantes), ni acheter de livres (presque tous empruntés à la bibliothèque), je trouve en ligne quelques choses gratuites, des vidéos de conférences et des articles d’universitaires. Vive Internet et ses généreux contributeurs ! Si j’échoue, je serai quand même contente d’avoir préparé ce concours. Et si jamais, miracle, je réussis, je serai heureuse d’enseigner.

J’ai pris l’initiative d’interrompre au moins jusqu’au concours un traitement qui me fatiguait énormément et m’a empêchée de travailler correctement toutes ces dernières semaines, finissant par m’assommer de migraines persistantes malgré les antidouleurs. Depuis deux jours, tout va mieux. Je suis passée hier à la Pitié-Salpêtrière. J’ai dû faire le tour, à cause du plan Vigipirate. Le long de l’entrée principale, fermée donc, s’est installé un microvillage de tentes. Ses habitants jouaient aux cartes dans le froid sur une table bricolée. J’étais venue pour prendre un rendez-vous, mais c’était samedi et les bureaux étaient fermés, j’ai marché dans les couloirs souterrains sombres et déserts. En repartant j’ai photographié la fresque à l’entrée de l’hôpital. C215 n’est pas mon street artiste préféré mais il a un grand succès auprès des institutions. Il a décliné plusieurs fois ce thème de la femme qui souffle dans sa main dont sortent des oiseaux, c’est pas mal, non ?

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Temps radieux

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tout à l’heure à la Pitié-Salpêtrière, photo Alina Reyes

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Aujourd’hui mon rendez-vous pour la séance de radiothérapie était à 13h15. Je dis ce matin à O « je ne sais pas encore si je mangerai avant, ou après ». « Mieux vaut après, me répond-il, sinon j’ai peur que ça fasse un effet micro-ondes dans ton estomac. » J’ai bien ri.

Dans les jardins de l’Allée haute, les gens pique-niquaient. La vie est belle.

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