Création en cours et philosophie communicante

hier sur le mur d'une crèche à Paris 5e, photo Alina Reyes
hier sur le mur d'une crèche à Paris 5e, photo Alina Reyes

hier sur le mur d’une crèche à Paris 5e, photo Alina Reyes

 

Mon cours est une véritable création en cours, une pensée en action, en train de se déployer et destinée à continuer à se déployer en spirale et en fractales tout au long de l’année. J’y travaille avec un enthousiasme aussi grand que pour une création littéraire, que pour ma thèse par exemple. C’est ainsi que doit se concevoir un cours.

Voici un passage de la thèse d’Alexandre Georgandas intitulée Philosophie et communication (Université de Cergy-Pontoise, 2016) :

« Sur la question de l’actualité de la pratique philosophique et de la façon d’intervenir dans la caverne, il y a un élément intéressant au niveau méthodologique sur lequel je voudrais insister : il serait malvenu, quand on connaît l’histoire, de vouloir imposer à un système quelconque sa propre remise en question. De venir, à la manière de Socrate, perturber le confort de ceux qui séjournent dans la caverne. Il s’avère préférable de remettre en question un système qui se reconnaît déjà comme fragilisé. C’est-à-dire qu’il faut que la demande émane du système pour ne pas passer pour une simple provocation de la part du philosophe praticien, ce côté provocateur étant un des principaux travers reproché à Socrate de son vivant. Et aujourd’hui on peut dire que la situation s’y prête plutôt bien, puisque nous vivons dans une société où le système crie ou crisse, où la caverne tremble et se fissure par endroits. Le système reconnaissant ses failles, l’interrogation, la remise en question de ses propres présupposés, en suivant une méthode d’obédience ou d’origine socratique peut, dans ce cas, se révéler féconde.
Même si chacun de nous vit dans la caverne des présupposés qui lui ont été inculqués, cela n’empêche pas de pouvoir réfléchir. »

Je veux que mes élèves sachent ce qu’est réfléchir.

Voir aussi : ma traduction d’extraits de l’allégorie de la Caverne de Platon

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Platon, La République, livre 7, allégorie de la caverne (ma (libre) traduction) (actualisée)

 

david_-_the_death_of_socratesDavid, La mort de Socrate

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– Imagine des hommes qui habiteraient sous terre, dans une sorte de caverne avec une entrée grand ouverte sur la lumière, une vaste entrée sur toute la largeur. Ils vivraient dans cette grotte depuis l’enfance enchaînés par les jambes et le cou, fixés, ne voyant que ce qui serait devant eux, étant sous leur joug dans l’incapacité de tourner la tête, alors que la seule lumière qui leur parviendrait serait celle tombant d’un feu lointain, derrière eux. Entre le feu et les enchaînés, imagine une route, plus haut, longée d’un mur semblable aux panneaux dans lesquels les faiseurs d’illusions font tomber les hommes en y montrant leurs tours.

– Je vois.

– Bien. Imagine le long de ce mur des gens portant des objets de toutes sortes, qui en dépassent : statues d’hommes et d’animaux en pierre, en bois ou de toutes matières. Et comme au naturel, certains de ces montreurs parlent, d’autres se taisent.

– Absurde simulacre, insensés prisonniers !

– Nos pareils, dis-je. Car d’abord, crois-tu que des uns et des autres ils aient vu autre chose que les ombres qui tombent du feu droit contre leur fond secret ?

– Allons, comment verraient-ils autre chose, s’ils vivent dans un monde où l’on est forcé d’avoir la tête raide ?

– Et quant aux objets qu’on leur montre, n’en est-il pas de même ?

– Si, bien sûr.

– Si donc ils se parlaient les uns aux autres, ne penses-tu pas que, croyant nommer les étants, ils nommeraient en fait ce qu’ils voient ?

– Nécessairement.

– Et s’il y avait aussi dans la prison un son répercuté par la paroi en face d’eux ? Quand l’un de ceux qui se présentent parlerait, à ton avis, croiraient-ils entendre une autre voix que celle de l’ombre qui passe ?

– Non, par Zeus.

– C’est exactement ça, dis-je. Ces gens n’appelleraient vérité que des ombres de choses fabriquées.

– Il ne peut pas en être autrement.

– Considère alors, dis-je, ce qu’il en sera si on les libère de leurs chaînes et si on les guérit de leur folie, si leur nature est soumise à une expérience telle que celle-ci : qu’on détache l’un d’eux, qu’on le force à se redresser, tourner le cou, marcher et lever les yeux vers la lumière – en faisant tout cela il souffrira et, dans la vitesse et l’éblouissement, il ne pourra pas contempler ces choses dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu qu’il dira, si on lui déclare qu’il ne voyait que des choses vaines mais qu’il est maintenant plus proche de ce qui est, et que tourné vers des étants plus réels, il voit plus juste ? Si, en l’interrogeant, on l’oblige à dire ce qu’est chaque chose qui passe, ne crois-tu pas qu’il sera embarrassé et qu’il croira plus vrai ce qu’il voyait avant que ce qu’on lui montre maintenant ?

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(…) [Socrate envisage maintenant que l’un d’eux est libéré de leur aveuglement]

– Or donc, au souvenir de sa première résidence, de la philosophie qui y avait cours et de ses compagnons de chaînes d’alors, ne penses-tu pas qu’il jugera heureux le changement et qu’il aura pitié d’eux ?

– Et combien !

– Et s’ils s’honoraient et se louangeaient les uns les autres, s’ils accordaient des privilèges à l’observateur le plus pointu des choses qui passent, à celui qui se souviendrait le mieux de quelle ombre passe habituellement devant ou derrière ou en compagnie, et serait ainsi le mieux à même de deviner laquelle allait arriver, les envierait-il, jalouserait-il ceux qui parmi ces gens-là sont honorés et puissants ? Ne préférera-t-il pas plutôt, de toute son âme, comme le dit Achille dans Homère, se retrouver cultivateur au service d’un autrui déshérité, et supporter n’importe quoi plutôt que de vivre et de penser comme les morts ?

– Oui, je suis de ton avis, il assumera toute condition plutôt que de vivre ainsi.

(…)

– Et s’il lui fallait de nouveau lutter ardemment avec ceux qui sont toujours enchaînés pour dire ce qu’il en est des ombres (…) ? S’il entreprenait de les délivrer et de les élever, alors qu’ils auraient le pouvoir de le tenir entre leurs mains et de le condamner à mort, ne l’élimineraient-ils pas ?

– Si, assurément.

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Mes traductions, par langues et par auteurs

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Platon, Ménon 85c

Καὶ νῦν μέν γε αὐτῷ ὥσπερ ὄναρ ἄρτι ἀνακεκίνηνται αἱ δόξαι αὗται·
Et maintenant oui, à la façon d’un rêve, ces vues viennent comme une armée de se lever en lui.

(ma traduction, du grec, tenant compte de l’idée de soulèvement, d’excitation, de mise en branle, de préparation au combat, contenue dans le verbe)

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