Au Jardin des Plantes. Quelques réflexions à partir de Kafka et de Stephen Hawking

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J’ai fait un tour, puis je me suis assise sur un banc au soleil, face à la pelouse autorisée, avec la bibliothèque où j’allais ensuite travailler à l’arrière-plan, et encore derrière, la mosquée. J’ai commencé à relire L’Amérique de Kafka. Le jeu des reflets dans le texte m’a encore fait penser à la beauté polysémique du mot réflexion. J’ai pensé à Stephen Hawking. Comme les médias ont insisté encore, à sa mort, sur le fait qu’il était gravement handicapé. J’ai lu quelque part que cet homme représentait une victoire de l’esprit sur le corps. Quel manque de réflexion. Comme si l’un et l’autre étaient séparables. La vision d’une dualité entre l’esprit et le corps est symptomatique de la mentalité religieuse, qu’elle vienne d’athées ou de croyants. De même la croyance dans une séparation entre l’athéisme et la foi. Ces choses ont tout à voir, comme dans un miroir. C’est pourquoi Stephen Hawking, qui se disait athée, n’hésitait pas à conclure son livre Une belle histoire du temps sur une évocation de « la pensée de Dieu » (cf note précédente).

Et donc les médias ont encore une fois exposé le sensationnel handicap de ce savant. Comme pour conjurer la peur de l’homme moderne de se trouver réduit à l’infirmité, de se voir devenu infirme sans le soutien de la technologie, de ne pas savoir faire de la technologie son alliée, de la voir esclavagiser l’humain décorporé, trimballant, esprit supérieur qu’il se croit, un corps fardeau, un corps idiot, un corps marqué par le péché qu’il lui faut torturer, torturant ainsi également l’esprit et tout le vivant. Stephen Hawking cherchait à trouver le trait d’union entre les lois de l’infiniment petit et celles de l’infiniment grand. Stephen Hawking savait que « la pensée de Dieu » est celle que l’homme cherche dans le miroir, la réflexion. Plutôt qu’un flambeau, Franz Kafka au début de L’Amérique place dans la main de la statue de la liberté une épée. « On eût dit que le bras qui brandissait l’épée s’était levé à l’instant même, et l’air libre soufflait autour de ce grand corps. » (trad. Alexandre Vialatte)

 

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jardin des plantes 8mercredi après-midi au Jardin des Plantes à Paris, photos Alina Reyes

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Stephen Hawking, étoile parlante, vers l’infini et au-delà

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L’Univers de Stephen Hawking est comme cette tarte, en davantage de dimensions. Un univers sans frontières. Je lisais hier soir un compte-rendu d’une interview donnée par lui dans Star Talk : « On peut considérer le temps ordinaire et réel comme commençant au pôle Sud, qui est un point lisse de l’espace-temps où les lois normales de la physique tiennent. Il n’y a rien au sud du pôle Sud, donc il n’y avait rien autour avant le Big Bang ». Apprenant ce matin sa mort en cette journée de Pi (π), j’ouvre son livre Une belle histoire du temps, posé sur mon bureau, dans lequel il rappelle que depuis la théorie de la relativité générale (Einstein, 1915), « L’espace et le temps sont devenus des entités dynamiques : quand un corps se déplace, ou quand une force agit sur lui, cela influe sur la courbure de l’espace et du temps – et, en retour, la structure de l’espace-temps influe sur la façon dont les corps se déplacent et dont les forces agissent. L’espace et le temps affectent, et sont affectés par, tout ce qui se passe dans l’Univers. »

Sa recherche d’une théorie unificatrice des constantes fondamentales de la relativité générale avec celles de la mécanique quantique est ainsi résumée dans les toutes dernières phrases de son livre :

« Néanmoins, si nous parvenons vraiment à découvrir une théorie unificatrice, elle devrait avec le temps être compréhensible par tout le monde dans ses grands principes, pas seulement par une poignée de scientifiques. Philosophes, scientifiques et personnes ordinaires, tous seront capables de prendre part à la discussion sur le pourquoi de notre existence et de notre Univers. Et si nous trouvions un jour la réponse, ce serait le triomphe de la raison humaine – qui nous permettrait alors de connaître la pensée de Dieu. »

Rappelons-nous qu’il disait que cet univers serait peu de choses s’il ne s’y trouvait les personnes que nous aimons, et qu’il espérait laisser un souvenir comme père et grand-père.

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