« Le Champ et son connaisseur ». Méditation

"Méditation", acrylique sur toile 30x30 cm, ma dernière repeinture (cf notes précédentes), avec humble hommage à Rembrandt et à son "Philosophe en méditation"

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Hier à Paris 5e, à la mosquée et tout près, photos Alina Reyes

Hier à Paris 5e, à la mosquée et tout près, photos Alina Reyes

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Dans notre lecture de la Bhagavad-Gita, nous arrivons aujourd’hui au Chant XIII, « Le Champ et son connaisseur ». Voici un passage du discours de Krishna, le « Seigneur Bienheureux », continuant à livrer son enseignement à Arjuna :

« Surtout, faire preuve envers moi
D’une inflexible dévotion,
D’un amour de la solitude,
Rejeter les choses mondaines,

Chercher à connaître le Soi,
Comprendre la fin du savoir,
Voici ce qu’est la connaissance ;
Tout le reste n’est qu’ignorance.

Apprends l’essence du savoir
Qui mène à l’immortalité :
C’est la Réalité suprême,
Qui est et n’est pas à la fois.

Partout sont ses pieds et ses mains,
Partout ses yeux, têtes, oreilles
Partout ses bouches ; elle habite
Ce monde, et contient toutes choses.

Elle ne possède aucun sens
Mais brille à travers eux ; soutient
Tout, bien qu’elle en soit détachée ;
Goûte aux gunas, mais les transcende ;

Extérieure, et pourtant en nous,
Immobile, toujours mouvante,
Subtile au point d’être impensable,
Lointaine, et cependant si proche,

Indivisible, mais semblant
Divisée en milliers de corps,
C’est ce qui nourrit tous les êtres,
Ce qui les broie, ce qui les crée.

C’est la lumière des lumières
Par-delà toutes les ténèbres ;
Le savoir, son objet, sa fin ;
Elle est sise au cœur de tout être.

Tel est, en quelques mots, le Champ,
Le savoir, l’objet du savoir ;
L’ascète qui comprend cela
Est prêt à partager mon être.

(…)

Comme l’espace, si subtil
Qu’il est partout sans se corrompre,
Le Soi n’est jamais corrompu
Par le fait de s’être incarné. »

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Remonter à la première note de la série de lectures pour trouver les références de cette édition de la Baghavad-Gita

 

"Méditation", acrylique sur toile 30x30 cm, ma dernière repeinture (cf notes précédentes), avec humble hommage à Rembrandt et à son "Philosophe en méditation"

« Méditation », acrylique sur toile 30×30 cm, ma dernière repeinture (cf notes précédentes), avec humble hommage à Rembrandt et à son « Philosophe en méditation »

« La vision cosmique »

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Nous continuons notre lecture par passages de la Bhagavad-Gita. Aujourd’hui un passage du début du Chant XI, « La vision cosmique ».

« LE SEIGNEUR BIENHEUREUX DIT :

Admire, Arjuna, par milliers,
Par millions, mes formes divines :
Tous les êtres – ces corps, ces formes,
Ces couleurs, ces aspects sans nombre.

Vois : les dieux solaires, les dieux
Du feu, du ciel, du vent, de l’aube,
Des merveilles qu’aucun mortel
N’a jamais vues. Vois, Arjuna !

L’univers entier, tous les êtres
Animés ou inanimés
Rassemblés ici – vois ! -, unis
Au sein de mon corps infini.

Mais puisque tes yeux de mortel
Ne te permettent de me voir,
Je t’offre le regard d’un dieu :
Vois l’étendue de mon pouvoir !

Après avoir ainsi parlé,
Krishna, le Seigneur du Yoga,
Lui montra sa forme sans fin,
Transcendante et majestueuse ;

Ses yeux et bouches innombrables,
Tous ses visages merveilleux,
Ses ornements éblouissants
Et ses armes de feu brandies.

Couronné de flammes, drapé
Dans la lumière et les parfums,
Le Dieu infini apparut,
Paré de toutes les merveilles.

Si mille soleils se levaient
Et resplendissaient dans l’azur,
Leur éclat aurait la féroce
Splendeur de ce tout-puissant Soi.

Arjuna vit tout l’univers,
Avec ses milliards de milliards
D’êtres vivants ne faisant qu’un
Avec le corps du Dieu des dieux.
 »

*

Références de l’édition en première note au mot-clé Bhagavad-Gita

 

caverne-min« Caverne », ma nouvelle repeinture (cf notes précédentes), acrylique sur toile 30×30 cm

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Adam et Ève ou Yogini et Yogi, triptyque, voyage et Bhagavad-Gita

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adam et eve 4-minAcrylique sur toile 30×30 cm. Ce sont d’anciennes peintures que j’ai repeintes avec des points, comme d’autres ces jours derniers)

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Lorsque j’ai commencé à faire du hatha yoga seule à la maison, il y a un peu plus d’un mois (après avoir suivi des cours de kundalini yoga dans l’année), j’en faisais 20 à 40 minutes par jour. Puis je suis allée jusqu’à 50 minutes, et maintenant c’est une heure, tous les matins au lever. Dans la journée je regarde des vidéos de cours divers, pour améliorer mes enchaînements et mes postures et aussi mieux me renseigner sur le yoga et les façons dont il est pratiqué et utilisé (pas toujours très bien) aujourd’hui.

« À l’aube, les choses émergent
Des fonds du non-manifesté ;
Le soir, les choses se résorbent
Au sein du non-manifesté. »

Dans l’un de ces cours, j’ai entendu : « le yoga est un voyage ». L’après-midi je marche une heure ou plus, je distribue mon livre Voyage çà et là dans la ville, et Voyage voyage aussi ailleurs que dans Paris, grâce à O qui le distribue ailleurs où ses trajets dans le pays le portent. Si ce livre était une peinture je la reprendrais comme je reprends en ce moment d’anciennes peintures mais il existe ainsi pour l’instant, caillou à ajouter sur le cairn, et qui sait, un jour peut-être, quand il aura été entièrement distribué, je le réécrirai.

Avec leurs postures et leurs corps déformables, mes Adam et Ève ne sont-ils pas une yogini et un yogi ? La dernière peinture est celle du milieu, où ils ne sont plus incarnés ni divisés comme l’est l’humain entre masculin et féminin. Où l’être est un :

« Si ton yoga est assidu
Et ton esprit uniquement
Ancré en moi, tu atteindras
L’Être suprême que je suis.

Médite sur l’Inconcevable,
Sur le Poète primordial
Et bon, plus petit qu’un atome,
Aussi radieux que le soleil. »

Bhagavad-Gita, Chant VIII « La liberté absolue » (références dans la première note sur la Bhagavad-Gita)

 

adam et eve 1-min*

Yoga, grâce et bonheur

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 peinture 2-min

Avoir vécu toutes les vies, toutes les métamorphoses, toutes les morts et les résurrections, avoir fait toutes les guerres, tous les amours, toutes les retraites, avoir connu tous les enfantements, avoir étudié et pratiqué toutes les langues, toutes les littératures, toutes les religions, tous les arts du corps et de l’esprit… et recueillir le nectar de tout cela dans le creuset du yoga.

Le mot yoga vient du sanskrit, d’une racine signifiant « atteler, unir » et « reposer, arrêter ». Dans la plupart des langues indo-européennes il a gardé son sens de joug (mot dérivé de la même racine), attelage qui permet de faire avancer la charrue, et toutes les jointures grâce auxquelles se déploie et s’unifie l’être.

Le yoga se pratique sur un tapis (symbole d’un espace purifié) et comprend des postures, des prosternations, des récitations, des méditations : qui vient de l’islam y est chez soi. Le yoga n’annule rien, il réunit tout dans le repos de l’esprit et l’exercice du corps. Il est une joie quotidienne faite à l’esprit, au mental, au corps, mais aussi au monde – ces derniers temps, il arrive souvent que des hommes m’adressent aimablement la parole dans la rue, où je suis en quelque sorte un yoga ambulant.

« Une flamme à l’abri du vent
Et qui ne vacille jamais » :
Tel est cet homme de yoga
Dont l’esprit se fond dans le Soi. »

Quand son esprit s’est apaisé
À travers la méditation,
Il voit le Soi par le soi et
Repose, comblé, dans le Soi. »

Bhagavad-Gita, Chant VI, « Le Yoga de la méditation »

« Le troisième millénaire sera spirituel et le yoga en sera le véhicule principal. » Swami Satyananda Saraswati

 

peinture 1-minMes deux dernières peintures : acrylique sur toile 20×20 cm

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Nouvelles du monde morbide et de la vie gagnante

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Hier, passant devant le musée de Cluny au retour du magasin de sport, je me suis rappelé que j’avais envie de pisser et j’y suis donc entrée (gratuitement avec mon Pass éducation) rien que pour ça – puisque je boycotte leur attraction phare, la salle où ils ont confiné les tapisseries de la Dame à la licorne tout en obligeant les visiteurs à passer d’abord devant une mauvaise phrase de Haenel/Sollers à mes basques et avec faute d’orthographe. Les toilettes se trouvant au niveau du Frigidarium des anciens bains romains, je suis ensuite allée m’y asseoir un moment, le temps d’écrire un peu dans mon journal intime.

Je ne raconterai pas dans ce journal extime les mêmes choses, seulement que je continue à marcher en moyenne 4 km par jour, et que je fais toujours du yoga, et davantage : plutôt que 20 à 40 mn, 40 à 50 minutes chaque matin au lever. Je ne perds plus de poids car je gagne en musculature mais je m’affine, le tour de hanches et le tour de taille continuent à diminuer sur le centimètre de couture, je (re)gagne assez rapidement en souplesse et très rapidement en équilibre.

 

Hier auFrigidarium du musée de Cluny et place de la Sorbonne, photos Alina Reyes

Hier auFrigidarium du musée de Cluny et place de la Sorbonne, photos Alina Reyes

 

Pour ce qui est du monde mondain, je lis toujours les nouvelles mais je perds l’envie de les commenter, tout ça est si médiocre. Deux points tout de même :

1) Marlène Schiappa déclare être attirée sexuellement par les personnes intelligentes. Contrairement à ses partenaires, donc. Aucun macroniste ni aucun partenaire d’aucun macroniste n’est attiré par l’intelligence, et si certains croient l’être, c’est qu’ils sont trop stupides pour savoir ce qu’est l’intelligence.

2) La police française est la plus mutilante et la plus tueuse d’Europe. Terrorisme d’État. En France on peut être assassiné pour avoir voulu danser en écoutant de la musique, que ce soit au Bataclan, sur un quai de Loire à Nantes ou ailleurs dans les régions de l’esprit.

Heureusement, comme dit l’autre, je ne suis pas du monde. Et je ne veux surtout pas en être. Qui veut savoir ce que signifie « A mon seul désir », qu’il me lise.

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Kitano citant Miyazaki, Lovecraft citant Poe… Quelques remarques sur l’espace et le vide

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L’image cultissime de Mon voisin Totoro (1988), de Hayao Miyazaki n’est-elle pas longuement citée dans le beau film contemplatif – et non violent – de Takeshi Kitano, A Scene at the Sea (1991), visible en ce moment sur Arte ?

A Scene at the Sea kitano

 

La joie de voir citée dans une bonne œuvre une autre bonne œuvre multiplie la joie de l’œuvre. Ainsi de la citation, explicite celle-ci, des Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe dans Les montagnes hallucinées de Lovecraft, que je viens de lire. Le narrateur de Lovecraft évoque à plusieurs reprises l’unique roman de Poe, dont Les montagnes hallucinées constituent ainsi une sorte de prolongation. Loin d’élucider le mystère du texte originel, le texte citeur en devient l’un des multiples bras, l’une des voies possibles dans le labyrinthe des sens, des significations possibles. Il en va de même avec les deux images des deux films, où une jeune fille attendant sous un parapluie fait face à la mort dans deux histoires différentes.

Et la correspondance va plus loin que la citation directement identifiable ou revendiquée. Le labyrinthe souterrain de Lovecraft ne fait-il pas écho au maelström de Poe, non seulement dans sa nouvelle Une descente dans le maelström, mais dans toute l’œuvre de Poe, investigation dans les profondeurs de l’être ? Et l’image de Kitano citant Miyazaki n’éclaire-t-elle pas toute l’œuvre de Kitano d’un désir d’innocence, ne donne-t-elle pas de sa violence habituelle une clé dramatique ?

Dans les deux cas, nous sommes transportés au-delà des mots. Les deux protagonistes de A Scene at the Sea sont sourds et muets. Et Les montagnes hallucinées se terminent sur l’onomatopée répétitive du texte de Poe : « Tekeli-li ! » Cette absence des mots, c’est l’espace entre une œuvre et une autre, entre un être et un autre, entre un monde et un autre. Contempler ou donner à voir cet effacement, c’est comme Leonard de Vinci se pencher au-dessus de la caverne, c’est comme le yogi trouver le vide – et en tirer une force prodigieuse. Franchissement de la mort, ou comme dit Poe, vengeance sur la poussière.

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La voie érotique du Tantra, par Ajit Mookerjee et Madhu Khanna

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« Lorsque vous vous asseyez en lotus, le pied gauche repose sur la cuisse droite, et le pied droit repose sur la cuisse gauche. Lorsque nous croisons les jambes de cette manière, nous avons bien une jambe droite et une jambe gauche, mais elles font maintenant un. » Shunryu Suzuki, Esprit zen esprit neuf

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Deux nouvelles petites toiles (10x10cm) réalisées après les 4 de la note précédente

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Dans la continuité de la note précédente, voici un passage de La voie du Tantra, par Ajit Mookerjee et Madhu Khanna, sur l’unification de l’esprit et du corps, du féminin et du masculin, par le rituel tantrique et yogique.

« Le tantra asana est un moyen de transcender la condition humaine ; grâce à lui, l’énergie sexuelle physique de l’homme et de la femme peut être transformée en un maximum de puissance par l’intégration totale des forces polaires opposées. À travers les pratiques méditatives programmées des asanas sexo-yogiques, Kundalini, l’énergie psychique latente du corps humain, est éveillée et conduite du muladhara chakra au centre cervical, sahasrara, où elle s’unit à la conscience cosmique. Les tantrikas croient en effet qu’en manipulant l’énergie inhérente à la sexualité physique, il est possible de trouver le moyen de s’élever jusqu’au plan spirituel, où se réalise la pure joie (ananda) dans l’union transcendantale. Il s’agit d’expérimenter et de savourer la puissance de la sexualité en vue d’un retour pleinement conscient à l’état primordial d’unité.

(…) Si la sexualité est spiritualisée, revivifiée, sublimée et considérée comme une modalité acceptable dans le domaine des pratiques rituelles, cela est dû, jusqu’à un certain point, aux recherche pratiques des tantrikas. L’attitude sexuelle d’un tantrika pratiquant est inconditionnelle : la sexualité n’est considérée ni dans un contexte moral, ascétique ou inhibiteur, ni sous l’angle de l’indulgence et du laisser-aller. L’asana rituel est dépourvu d’émotions et de pulsions sentimentales. Il est soutenu par la possibilité technique d’utiliser la sexualité comme un moyen de réalisation. La sexualité n’est ni immorale ni morale, elle est amorale. Le tantrika se distingue des puritains en ce qu’il considère le mépris des facteurs psycho-physiologiques qui sont à la racine de nos instincts comme une cause du maintien dans l’esclavage.La libération procède d’un changement de perspective, et l’aube de la réalisation ne peut poindre que si le corps physique est transcendé par l’usage qu’on en fait dans la quête de la transformation. Le corps est un simple instrument, un yantra, et aucun code moral, aucune éthique sociale ne peuvent le maintenir prisonnier. Il est considéré comme divin en soi, comme une énergie vitale capable d’agir formidablement sur la condition mentale, qui réagit à son tour sur le plan spirituel.

(…) Tous les phénomènes sexuels de la nature sont conçus en vue de produire un résultat, le mélange des codes génétiques de deux individus de la même espèce. L’irradiation et la fulguration de la sexualité humaine dont nous faisons l’expérience, étreinte, caresses, baisers, érection, pénétration, copulation, orgasme, tout cela produit un seul dessein : la mise en scène d’un drame cellulaire, l’odyssée du sperme à travers les tunnels et les portes de l’appareil génital féminin, sa quête de l’œuf primordial et enfin l’union d’un spermatozoïde avec l’ovule.

Ce qui est dit du désir d’union au niveau biologique est applicable à l’ensemble du système cosmique. La totalité du drame universel se répète dans le corps humain. Selon le tantra, l’individuel et l’universel sont construits sur le même plan.. La joie intense dérivée de la gratification sexuelle ne varie que par le degré, selon qu’elle est dissipée dans la forme physique ou bien subtilement activée dans un dessein spirituel. (…) Ainsi le rituel de l’union demeure-t-il une expérience ressentie, de nature dionysiaque plutôt qu’apollinienne ou analytique. »

Vient ensuite la description détaillée du rituel, préparation des corps, de l’environnement, purification, contrôle de la respiration et des émissions séminales masculines et féminines, culte des corps, récitation de mantras au cours desquels les pratiquants sont divinisés, attouchements, coït (soit l’homme sur la femme, soit la femme sur l’homme). « Le nom de Bhagamalini est porteur d’une suggestion érotique, à cause du jeu de mots sur bhaga, qui signifie à la fois organe féminin et puissance divine, aussi est-il souvent cité au cours du rituel. »

Il y a une profonde cohérence dans mon travail intellectuel et spirituel, depuis le tout début. Et je continue dans ma voie. Ainsi que le dit Shunryu Suzuki : « Au Japon, nous avons l’expression shoshin, qui signifie « esprit de débutant ». Le but de la pratique est de garder toujours notre esprit de débutant. »

 

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Acrylique sur toile 20×20 cm, réalisée hier

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L’unicité et la variété, par Shunryu Suzuki

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"Écritures secrètes". Quatre petites toiles (10x10cm chacune) que j'ai repeintes ces jours-ci

« Écritures secrètes ». Quatre petites toiles (10x10cm chacune) que j’ai repeintes ces jours-ci

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« L’unicité est excellente, mais la variété aussi est merveille. Les gens ignorent la variété et donnent la primauté à l’existence unique et absolue, mais c’est une conception partiale. Cette conception creuse une brèche entre la variété et l’unicité. Or l’unicité et la variété sont une même chose ; aussi devrait-on apprécier l’unicité dans chaque existence phénoménale. Voilà pourquoi nous insistons sur la vie quotidienne plutôt que sur un état d’esprit particulier. Trouvons la réalité en chaque moment et en chaque phénomène. »

Shunryu Suzuki, Esprit zen esprit neuf

 

parole du jour 1-minLotus ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

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Manifestants et Bhagavad-Gita

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Après avoir commencé ma distribution quotidienne de mon livre Voyage dans la ville (le livre et moi sommes les pèlerins qu’il annonce) et emprunté à la bibliothèque Buffon un livre sur le yoga et aussi la Bhagavad-Gita en traduction dans un petit livre préfacé intitulé Bhagavad-Gita, L’essence du Yoga, j’ai croisé par hasard, boulevard de l’Hôpital, quelques dizaines de Gilets jaunes en manifestation pacifique, encadrés d’autant de policiers à moto, en camions et à pied, lourdement armés – le pouvoir en place a peur.

 

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J’ai remonté le boulevard jusqu’à la place d’Italie pour aller rendre dans une autre bibliothèque Le manuscrit trouvé à Saragosse, dont il me reste une autre édition empruntée à la maison, dont je parlerai d’ici la fin de l’été en même temps que des Sept piliers de la sagesse, incha’Allah.

Avenue des Gobelins, j’ai fait cette photo d’une installation du mouvement Extinction Rebellion :

27-7-19 2-min

Je suis remontée sur le boulevard Blanqui, puis je suis redescendue m’asseoir au square René Le Gall, où j’ai commencé à lire les livres que je venais d’emprunter.

Voici un passage de la Bhagavad-Gita, traduit par Aurélien Clause et Claire Mallet de la traduction anglaise de Stephen Mitchell :

« Dans les trois Mondes, Arjuna,
Il n’est rien que je doive atteindre,
Il n’est rien que je doive faire ;
Pourtant, j’entreprends et j’agis.

Car si je devais m’abstenir
De mon infatigable action,
Les hommes suivraient mon exemple
Et n’agiraient plus, Arjuna.

Ces mondes iraient à la ruine
Si je cessais d’agir ; les êtres
Seraient broyés par le chaos ;
L’humanité serait détruite.

Le sot s’accroche à ses actions,
Soucieux d’en recueillir les fruits ;
Le sage agit sans s’attacher,
Pour le bien-être universel. »

Chant III, « Le yoga de l’action »

27-7-19 3-minHier à Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

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Yoga de la dame à la licorne, trésor pour le monde

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dame a la licorne,-min*

Quarante minutes de yoga chaque jour au lever, et les muscles, les articulations, la colonne vertébrale s’assouplissent et se renforcent. Ajoutez à cela au moins une heure de marche quotidienne à la fois vive et attentive et vous êtes parfaitement bien et vivants dans votre corps et dans votre esprit. Ce ne sont évidemment pas les seules façons de demeurer dans le bien-être, mais le bien-être requiert le corps et l’esprit. J’ai passé une très grande partie de ma vie en contemplation, je continue. Et je sais qu’il n’y a pas de contemplation spirituelle sans contemplation physique. Pas d’esprit sans corps, pas de pensée sans usage des sens. La qualité de la pensée, sa profondeur, sont en rapport direct avec la qualité de l’usage que nous faisons de nos sens.

Les tapisseries des cinq sens de la Dame à la licorne constituent en quelque sorte cinq asanas, cinq postures de yoga. L’ensemble constitue un kriya, comme on dit au kundalini yoga. Quant à la sixième, j’ai finalement trouvé une autre interprétation à son geste avec les bijoux. On dit généralement qu’elle va s’en parer, ou bien au contraire qu’elle est en train de s’en dépouiller. Selon ce que je comprends maintenant, elle pourrait, après avoir savamment usé de ses cinq sens, être en train d’accoucher de ces pierreries. De faire naître d’elle un trésor.

Sa servante, part d’elle-même au service du monde et sage-femme en même temps, le recueille. Le monde ouvrira le coffre au trésor quand il y sera prêt.

 

dame a la licorne detail*

Kundalini yoga et batiks d’Akiko Iwasaki

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Akiko Iwasaki, "Notion d'inexistence du temps"  (avec mon reflet en train de le photographier)

Akiko Iwasaki, « Notion d’inexistence du temps » (avec mon reflet en train de le photographier)

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Comme coussin de yoga, j’ai pris mon livre Voyage, épais avec ses mille pages, et je l’ai enveloppé d’un chèche, retenu autour du livre par un lacet de chaussure. J’aime bien savoir que je médite et pratique des exercices assise sur mon travail, sur toutes ces pages entièrement dédiées à la spiritualité, entourées d’un foulard de nomade du désert. Au jour où, pour les chrétiens, le Christ a été crucifié, au jour et à l’heure où les musulmans, à la mosquée toute proche, se rassemblent pour la grande prière, je pratique avec d’autres femmes et hommes, dans une salle de danse, le kundalini yoga, qui exerce l’esprit à travers le corps et donne paix, joie et vision de la vérité.

Les catholiques m’ont très maltraitée, par sexisme, puritanisme, autoritarisme et imbécilité. Après avoir voulu les aider, je les ai quittés, les voyant décidément irrécupérables. Les musulmans m’ont laissée tranquille, du fait qu’ils n’ont quasiment pas de clergé. La spiritualité islamique me convient parfaitement, et la grande prière où nous étions tous et toutes réunies dans le jardin intérieur de la Grande mosquée constituait un moment absolument splendide. Malheureusement le recteur a décidé de mettre les femmes à part en leur assignant une salle à l’entresol ; ne pouvant accepter ça, j’ai cessé d’aller prier à la mosquée. Au même moment, donc, dans notre salle de danse toute proche, guidée par la professeure, nous récitons le mantra Ong Namo Guru Dev Namo, c’est-à-dire : « Je m’incline face à la l’énergie première et créatrice, je m’incline face à la sagesse subtile et divine » ou : « Je m’incline devant la subtile sagesse divine, le divin enseignant intérieur ». Nous enchaînons les postures et les exercices, les chants, les récitations, les souffles, les méditations (tête voilée parfois), et pour finir nous récitons le mantra Sat Nâm, qui signifie « Je vois, je suis (être), la vérité », puis nous nous inclinons comme dans la prière islamique et nous nous redressons avec le sourire.

Akiko Iwasaki, une artiste qui organise des stages de batik, exposait les siens jusqu’à hier dans un couloir du même bâtiment. Leurs titres à eux seuls constituent des poèmes, et, associés à leur dessin, un beau support de méditation, de rêverie, de réflexion :

"Examen de la double fente, Mécanique quantique"

« Examen de la double fente, Mécanique quantique »

"La gravité"

« La gravité »

"Le jardin du temple au pavillon d'argent"

« Le jardin du temple au pavillon d’argent »

"Printemps"

« Printemps »

"Sukhumvit soi"

« Sukhumvit soi »

"Sutra du cœur"

« Sutra du cœur »

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Kundalini yoga

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photo Alina Reyes

photo Alina Reyes

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C’est un corps encore un peu courbaturé, et déjà un peu aminci, qui écrit cette note, au surlendemain d’un premier cours de kundalini yoga. Un corps rassasié, après avoir eu si faim d’exercice, durant les trois mois où il en a été privé, suite aux opérations chirurgicales (seule la marche m’était permise).

Le kundalini yoga est un exercice complet du corps et de l’esprit, conjuguant postures tenues longtemps et savamment enchaînées, concentration mentale (yeux fermés tout au long de la séance, guidée par la parole de la professeure), écoute de la musique légère diffusée, chant de mantras, temps de méditation, techniques de souffle, techniques de contractions, pratique répétée de la « respiration du feu ». Pratiques qui semblent ne demander, lorsqu’on les accomplit, que très peu d’efforts, voire aucun effort, et qui s’avèrent pourtant solliciter profondément le corps – en témoignent les moments où durant la séance le sang se met à chauffer sans raison apparente, puis l’état presque second dans lequel on en sort, et, du moins pour moi après un long temps sans exercice, les courbatures du lendemain, des cuisses aux épaules en passant par les abdos.

Diagramma-chakra-kundaliniLe travail ne s’exerce pas seulement sur les muscles et les articulations, mais aussi sur les organes, la circulation du sang, l’oxygénation, notamment du cerveau. Dès le premier cours, il est clair qu’il s’agit d’une pratique puissante (d’ailleurs dangereuse pour les personnes qui ont ou ont eu des problèmes psychiatriques). Une pratique spirituelle autant que physique. Kundalini, du mot sanskrit kundala qui signifie « entouré en spirale », désigne « une puissante énergie spirituelle lovée dans la base de la colonne vertébrale », une « énergie cosmique » (article détaillé : wikipédia). Très ancien, le kundalini yoga a été aussi appelé rāja yoga, yoga royal.

J’ai pratiqué au fil des années différentes formes de gym et de danse ; celles et ceux qui sont dans ce cas et savent donc contrôler les postures pour ne pas se faire mal peuvent s’initier au yoga sur Internet, s’il n’y a pas de cours assez bon marché à proximité ; mais je recommanderais au moins quelques cours en salle pour bien se pénétrer de l’esprit du kundalini. Il n’est pas indispensable d’être particulièrement souple, la souplesse s’acquiert avec la pratique. Personnellement j’ai  perdu un peu de souplesse avec les traumatismes chirurgicaux, mais il m’en restait assez pour pouvoir réaliser toutes les postures. J’espère retrouver toute ma souplesse originelle (par exemple, je réussis encore, à très peu près, l’exercice consistant à, couchée sur le dos, lancer les jambes derrière la tête jusqu’à toucher le sol des pieds, mais je ne peux plus du tout, comme je m’amusais à le faire avant, (mais cela ne nous a pas été demandé) ramener de là mes genoux au sol de chaque côté de ma tête pour l’encadrer), j’espère même l’améliorer. En tout cas j’ai été si satisfaite que j’ai changé mon cours hebdomadaire d’une heure pour un cours d’une heure et demie. Notre corps aussi veut être savant, apprenant.

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Zen et zazen, pratique

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toit paris 13

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chaise rue 13eHier en marchant à Paris 13e, photos Alina Reyes

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Ce matin, à l’aube, j’ai fait zazen – je vais dire comment. Mais je pratique le Zen depuis que j’ai lu, il y a très longtemps (et relu, il n’y a pas longtemps) Siddharta de Hermann Hesse, superbe et classique porte d’entrée au bouddhisme pour les Occidentaux. Adolescente, je me suis intéressée à toutes les spiritualités, j’ai essayé de pénétrer, à ma façon, toutes celles auxquelles j’avais accès à travers des textes. En lisant le témoignage de Taïkan Jyoji dont j’ai donné un passage dans la note précédente, je me dis que toutes les épreuves qu’il est allé chercher dans un monastère au Japon pour parvenir à l’illumination, je les ai pour ma part vécues naturellement, dans la vraie vie telle qu’elle est pour une fille du peuple, mère très tôt et rapidement mère célibataire, sans qualification ni travail autre que des successions de jobs temporaires et mal payés, connaissant des années de grande pauvreté et même de faim, puis malgré tout trouvant le moyen de faire des études, à l’âge où les autres les terminent, de trouver de nouveaux jobs, etc. Pour traverser tout cela, la précarité et l’insécurité permanentes, puis plus tard une célébrité soudaine (et pas du tout aimée) sans se perdre en chemin, sans perdre sa joie ni son esprit d’enfance, pour traverser tout cela et bien d’autres choses et se sentir toujours fraîche à soixante-deux ans, toujours prête à découvrir, apprendre et inventer encore, le Zen profondément vécu, sans signe extérieur, le calme profond malgré les agitations de surface, m’a beaucoup soutenue.

Le Zen n’est pas une religion, c’est une pratique. Une pratique au moins autant physique que spirituelle. En fait, le corps et l’esprit y sont complètement unis. Un esprit vivant dans un corps vivant, un esprit aiguisé dans un corps aiguisé. Je ne peux pas dire que j’ai approché le zazen, la « méditation » (le terme est impropre) zen en novice : mes longues années de mysticisme sauvage, puis dans le cadre du christianisme, puis dans celui de l’islam (avec notamment la prière islamique, très physique aussi), mes années de pratique de la contemplation, qui fait partie de mon existence quotidienne, qui est mon existence quotidienne, mes temps d’érémitisme, me facilitent évidemment l’opération qui consiste à faire le vide, comme on dit faute de mieux – faire la paix et la lumière. Mais ce n’est pas une raison pour se dispenser d’expérimenter des méthodes, et j’ai donc expérimenté zazen pour la première fois. Pour me préparer, en plus de continuer à lire le livre dont j’ai parlé, j’ai visionné plusieurs vidéos de maîtres zen, tant pour l’esprit que pour l’exercice physique de zazen. Hier soir j’ai testé, les fesses posées sur un coussin comme indiqué, la position en lotus ; et j’ai constaté que je n’arrivais plus à la faire : là où ma cheville a été brisée, il y a quelques années à la montagne, ça tire trop. Peut-être, si je persévère, et en me mettant aussi bientôt au yoga, parviendrai-je à réassouplir l’articulation. Pour le moment, je me mets donc en demi-lotus – ce que le maître zen dans la vidéo ci-dessous appelle la façon asymétrique (mais les débutants qui n’arrivent pas à faire non plus le demi-lotus peuvent simplement croiser les jambes de leur mieux, ou même, pour les plus raides, s’asseoir sur une chaise). Ensuite il faut se tenir bien droit, c’est essentiel, avec les mains posées l’une sur l’autre, les pouces joints formant une ouverture ovale – les vidéos ci-dessous expliquent tout cela dans le détail. Puis pratiquer la respiration abdominale. Respirer avec le ventre, comme le font les chanteurs. J’ai appris cela dans l’enfance, de mon père qui était chanteur de bel canto amateur, et ensuite, adulte, en chantant dans divers chœurs : quand on doit tenir une note très longue, il faut l’expirer tout aussi longuement. Le maître zen recommande ici de tenir au moins 8 secondes. Hier soir, j’ai été tout de suite à 25 secondes, temps vérifié sur le réveil électronique. Ce matin, sans forcer, tout doucement, j’ai commencé à 18 secondes, puis le temps a augmenté de lui-même à chaque expiration, pour se stabiliser à 25 ou 27 secondes. Je n’ai pas cherché à faire plus, par un effort, car la respiration doit rester naturelle. Mais compter mentalement les secondes est un très bon moyen d’empêcher les pensées importunes ou l’endormissement. J’ai fait cela environ un quart d’heure, puis je suis restée un bon moment à savourer la paix et la lumière avant de me relever.

Deux heures plus tard, à l’hôpital où je me trouvais pour une petite intervention d’une petite heure avant une nouvelle opération demain, la médecin m’a dit « ça se passe très bien, vous ne bougez pas du tout, c’est parfait ». J’ai alors remarqué que sans y penser, naturellement, je pratiquais une respiration calme et profonde. Et j’étais profondément calme.

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