Il y a toujours des bidonvilles en France

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Voilà ce qu’on voit de l’autoroute, sur des dizaines et des dizaines de mètres, au nord de Paris. Après plus de vingt ans, tout reste à faire, titrait Médecins du monde en 2014. En 2017, rien n’a changé.

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Comment se fait-il que la riche Europe, et notamment la France (car dans certains autres pays, les choses se passent mieux) laissent perdurer cet état de fait indigne ?

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Cessons de chasser les Roms de leurs bidonvilles si c’est pour les jeter à la rue, il faut bien qu’ils habitent quelque part ; mais cessons aussi de supporter que des enfants, que des gens, vivent dans ces conditions à nos côtés.

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C’est une question de volonté politique.

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Les Espagnols ont intégré des centaines de milliers de Roms. Il y en a quelques milliers en France, il est tout à fait possible de faire quelque chose,

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si l’on veut bien considérer qu’un être humain est un être humain, et que les pouvoirs politiques sont délégués pour tous les êtres humains.

bidonville autoroute nord paris 7Gennevilliers, août 2017, photos Alina Reyes

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Roms en France : 25 ans de déni d’humanité

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La France, une honte avec ses évacuations inhumaines de campements de Roms. Le Conseil de l’Europe condamne, cela continue, encore et encore.
La SNCF a déporté 76 000 juifs dans des wagons de marchandises à travers le pays et vers les camps de 1942 jusqu’à 1944.
Hier matin elle s’est humblement contentée de faire expulser des centaines de Roms de leurs pauvres cabanes, de les jeter avec enfants à la rue, pour envoyer aussitôt les bulldozers raser la place, censée lui appartenir.
Beaucoup, craignant la violence qu’est une évacuation, avaient quitté le camp avant, pour la rue ou d’autres bidonvilles. D’autres seront logés pour 15 jours dans des hôtels en banlieue puis se retrouveront aussi à la rue. Leurs enfants déscolarisés, leurs affaires perdues. Vingt-cinq ans que cette politique dure, et ne fait que s’aggraver. Jacques Debot, lui-même Rom, dénonce cette situation et aussi le rôle des associations qui depuis tout ce temps n’ont jamais dépassé le stade de l’accompagnement, de la perpétuation des faits : à lire sur son blog, « Les Roms et la fumée des cierges ».
J’ai été bénévole dans une association et j’ai vu le calcul de la hiérarchie, la nécessité d’avoir des pauvres pour la perpétuation de l’organisation (en l’occurrence il s’agissait d’assurer la bonne com de l’église catholique). Le problème leur permet d’exister. Certes ce qu’elles font est « mieux que rien », et surtout les bénévoles sont dévoués – tandis que les cadres souvent font tourner la machine, et bien payés pour cela. C’est un système mental et politique. La transposition de la charité dans la laïcité, pour faire perdurer l’iniquité.
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Délation et mensonge, persécution d’enfants, de Roms et de musulmans : le visage hideux d’une certaine France aujourd’hui

Des dizaines d’enfants, dont certains âgés de moins de dix ans, dénoncés par leur école et emportés par la police pour être interrogés. Un enfant de six ans, fils d’une convertie à l’islam, contraint de jouer le rôle de Kouachi abattant un policier. Les mensonges et les dénégations des adultes autour de ces affaires quand elles sont dévoilées. Le numéro 2 de l’UMP accusant faussement des dizaines d’enfants d’être en retard chaque matin à l’école à cause de la mosquée à laquelle leurs parents les emmèneraient. Un prêtre médiatique accusant sur une grande radio les classes populaires et les immigrés de se reproduire comme des lapins. Cinq enfants, dont deux bébés, enlevés brutalement à leur mère au motif que leur père est soupçonné de vouloir faire le djihad – alors qu’il cherche à s’installer dans son pays d’origine, la Tunisie, avec sa famille. À ces persécutions des musulmans, il faut ajouter celles faites aux Roms, obstinément chassés de leurs bidonvilles et jetés à la rue avec leurs enfants. Affaires emblématiques du maire refusant le permis d’inhumer un bébé rom au cimetière de sa commune, ou encore de l’ancien résistant rom de 89 ans, rescapé des camps de la Seconde guerre mondiale, violenté gratuitement par la police (affaire classée sans suite), de l’absence de représentation des Tziganes lors de la commémoration de la libération d’Auschwitz… Ce n’est pas l’histoire qui repasse les plats, c’est une partie des hommes qui s’obstine dans l’indignité. Et l’indignité commence avec l’indignité du discours. Le racisme et l’islamophobie, serinés à longueur de médias par des Zemmour, Charlie, Houellebecq, Finkielkraut et bien d’autres, ne sont pas des opinions, qui mériteraient respect et liberté d’expression. Ce sont des appels à la persécution, et elle ne manque pas de s’ensuivre, en premier lieu de la part des pouvoirs publics.

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« Pour ne pas périr, Tzigane… »

« Darius », sauvagement lynché, désormais handicapé, après un mois à l’hôpital devrait se retrouver à la rue. Ses agresseurs n’ont pas été arrêtés – qui le dédommagera, qui rendra justice ?

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Chante tzigane, chante. Chante pour rendre hommage à l’existence.

Que soit portée à chaque oreille, ta présence.

 

Les cheminées des monstres, régurgitant leurs fumées brûlent yeux et gorges.

Hurle, si tu le peux, de l’horreur de cette nuit.

 

Le secret de vie de chaque monstre se cache dans le ventre d’un poisson rouge,

Baignant dans les eaux dont tu ignores le chemin.

 

La tête de chaque monstre trône sur les cuisses d’une fille,

Telle une bûche sur lingot d’argent.

 

Dans leur soif de saccage, les monstres ont pillé

Soie et rubis des joues et lèvres de ces Vénus.

 

Pour désir de liberté, danse, tzigane, et sur ce rythme,

Envoie un message pour recevoir une réponse.

 

Il faut un signal à la conscience du monde pour croire à ton existence:

Frotte donc un fer sur la pierre, pour déclencher le feu.

 

Les âges noirs reculés, oppriment ton corps,

Sors, ne sois pas une trace sur un fossile.

 

Pour ne pas périr, tzigane, il faut briser la chape du silence,

C’est dire que pour rendre hommage à l’existence, il faut que tu chantes.

 

Simine Behbahan, poétesse iranienne (j’ignore le nom du traducteur) et combattante morte aujourd’hui

Du côté des enfants

On invente un nouveau barème pour noter les dictées, afin que les notes soient moins calamiteuses. Il faudrait surtout enseigner correctement la langue, les mathématiques, l’histoire et la géographie aux élèves. C’est-à-dire, en prenant le temps, au lieu de zapper constamment dans l’apprentissage, de fuir en avant et dans tous les sens alors que les bases ne sont pas acquises, et de faire ainsi souffrir les enfants. Cela me rappelle que lorsque j’avais douze ans, j’ai été embauchée pour donner des cours d’orthographe à un enfant de primaire en grande difficulté. Il fit plus de cinquante fautes à la première dictée que je lui donnai. Au bout de quelques semaines, il n’en faisait presque plus. Il n’y a pas de fatalité, il faut seulement prendre les choses à bras-le-corps. Ensuite je ne suis pas une puriste, la langue supporte quelques écarts d’orthographe, jadis cette dernière n’était même pas fixée. C’était le temps de la jeunesse du français, c’est ainsi qu’il a pu évoluer, et même s’il a atteint un certain âge il doit rester souple.

Un sociologue préconise de placer en institution les enfants roms contraints de mendier. Prudence avec ce genre de solution ! Ne renouvelons pas les fautes commises au détriment d’autres pauvres en d’autres circonstances et en d’autres endroits dans le monde, l’enlèvement des enfants d’indigènes ou de personnes en difficulté et leur placement en institutions, catholiques ou autres, « pour leur bien ». Sauf exception, le bien des enfants est de rester avec leurs parents. L’amour vaut davantage que le confort. Les problèmes de délinquance et de criminalité doivent être traités par la police, les problèmes de misère doivent être traités par les pouvoirs politiques. Chasser les populations d’un quartier à un autre, d’un pays à un autre, ou retirer les enfants à leur famille, n’est pas traiter les problèmes mais les fuir et les laisser s’amplifier, au risque de les voir déborder.

Les députés votent pour que les animaux soient reconnus comme « des êtres vivants doués de sensibilité », et non plus seulement comme des « biens meubles ». Il était temps. Puisque le progrès existe, on peut espérer qu’un semblable statut sera bientôt reconnu aux enfants.

Droit de vivre

En ce matin d’hiver, à l’aube, des dizaines de policiers ont procédé à l’évacuation d’un bidonville où vivaient six cents Roms, à Bonneuil-sur-Marne, et dont les enfants étaient scolarisés dans les villes avoisinantes. Où iront-ils ?

En ce matin, la justice française a rejeté la demande de titre de séjour de la famille Dibrani, dont les enfants, qui étaient en voie d’intégration, sont désormais déscolarisés, dans un pays qui leur est étranger. Leonarda parle de mourir.

En ce matin où les commentaires vont bon train sur le fait que le père Dibrani n’avait qu’à travailler, la presse titre sur l’échec de François Hollande face à l’augmentation du chômage. Savent-ils, ces gens, ce que c’est que de rechercher désespérément un travail introuvable ? Ce n’était peut-être pas le cas de cet homme, mais c’est le cas de bien d’autres, de plus en plus. Il n’y a pas de travail pour tout le monde, mais tout le monde a le droit de vivre.

En ce matin la presse parle aussi du fils du ministre Jean-Yves Le Drian, qui s’est vu attribuer, lui, à vingt-neuf ans, de hautes fonctions, bien au-dessus de ses qualifications, vraisemblablement du fait d’un échange de bons procédés entre le ministre et l’employeur.

Vestes jetées, vestes endossées, vestes tournées

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photo extraite de l’exposition « Regards sur les ghettos », en ce moment au  Mémorial de la Shoah

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Messieurs Hollande et Valls ou la politique du chacun pour soi. De femme en femme, le président de la République fuit. Il s’occupe de lui. Son ministre de l’Intérieur, lui, occupe le devant de la scène. L’ordre qu’il fait régner n’est pas celui de la res publica, au service de tous, mais celui de ses propres penchants. Voir des basanés dans sa ville le dépite. Quant aux Roms, dans leur misère, ils le hérissent. Des enfants déshérités comme ceux des ghettos juifs au siècle dernier sont chassés de leurs camps et mis à la rue par ses services de police. Il n’en veut pas. Mais « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël », il endosse la veste de ministre de la protection des juifs. Un jour il leur déclare qu’ils peuvent être fiers de porter la kippa, un autre jour il déclare digne d’intérêt l’idée d’interdire le foulard islamique à l’université. Quand des chrétiens, deux ans plus tôt, manifestaient contre un spectacle anti-chrétiens, Golgotha Picnic, lui manifestait pour défendre ce spectacle grossier. Quand des musulmans poseront une demande pour manifester suite aux caricatures ordurières que Charlie Hebdo multiplie contre eux, fait rarissime, il interdit la manifestation. Enfin il livre son combat personnel contre un humoriste antisémite à qui il aurait suffi de faire payer ses amendes, n’hésitant pas, pour satisfaire sa rage personnelle, à se substituer à la Justice et à compromettre la démocratie. Triste spectacle, aussi triste que celui de Dieudonné, aussi triste que celui de ceux qui s’empressent de filer dans le sens du vent, tel Nicolas Bedos dont on peut se rappeler son sketch de 2010, à écouter ici (à partir d’1mn 50).

Du juste combat

La Femen russe qui, quoique ne parlant pas français, vient de recevoir son passeport français et sert de modèle à la dernière Marianne sur nos timbres, a déclaré sur Itélé qu’elle accepterait des fonds de n’importe qui, même du diable. C’est bien ce qu’elle fait, comme tous ceux qui prostituent leur âme, c’est pourquoi elle le dit. Le diable, voilà ce qui habite ceux qui soutiennent ces femmes qu’ils réduisent à l’état de femelles souillées et souilleuses en prétendant œuvrer à la libération des femmes : le menteur est un autre nom du diable.

Les Femen, qui agressent chrétiens et musulmans en souillant églises et mosquées – mais jamais les synagogues – sont protégées et promues par les pouvoirs publics français et les médias, tout comme Charlie Hebdo dont les cibles sont les mêmes. J’ai déjà parlé assez longuement de l’enfer où est tombé ce magazine, cent fois plus ordurier que les spectacles de Dieudonné. Le pire est sans doute son traitement des Roms. Mais qui se soucie des Roms ? Certes pas Manuel Valls, qui ne les voit pas comme appartenant à la commune humanité.

Ce qu’on appelle racisme ou antisémitisme dans ce pays n’est bien souvent que la manifestation d’une solidarité ou d’une adversité de classe. Les dominants n’aiment pas leurs victimes, qui leur renvoient à la figure leur iniquité. Pour supporter leur iniquité, il leur faut considérer leurs victimes comme des sous-hommes – phénomène similaire à celui du sexisme. Les victimes n’aiment pas les abuseurs, et elles aussi pour supporter leur condition cèdent souvent à la facilité de les essentialiser, de les rejeter pour ce qu’ils sont alors que ce qu’il faut, c’est combattre ce qu’ils font. Le combattre et le refuser, en refusant premièrement de collaborer à leur mauvais système. Car tout ce qui est mauvais finit au néant, rien n’est plus sûr.

Les hommes ne doivent pas combattre entre eux, les uns contre les autres, mais combattre contre le mal, d’abord en le rejetant de leur vie. Et pour cela, apprendre tous les jours à le voir, à l’identifier clairement, sans se tromper. Ainsi le combat sera-t-il véritablement efficace. Le combat ayant ses racines dans la vérité est le seul combat promis à la victoire. D’autres combats peuvent emporter des victoires éphémères, comme celles que nous voyons tous les jours s’étaler dans les journaux, mais ce sont de fausses victoires. D’une part parce qu’elles seront balayées par l’Histoire, d’autre part parce qu’elles n’apportent nulle paix aux hommes qui les remportent. Alors que le juste, même apparemment vaincu par le monde, est bienheureux.

Leonarda

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le café Esméralda, derrière Notre-Dame de Paris

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« Dans son roman Notre-Dame de Paris, le célèbre écrivain français Victor Hugo décrit le personnage d’une bohémienne belle, gentille, honnête et courageuse. Elle a 16 ans et elle s’appelle Esméralda. Par le biais de la peinture qu’il fait de son personnage, Hugo exprime sa sympathie aux Roms, connus à l’époque sous le nom de bohémiens ou de gitans, reflétant toute la grandeur d’âme de l’écrivain. Mais tout récemment une jeune Rom à peine âgée de 15 ans, Leonarda Dibrani a été interpellée par la police française devant ses camarades de classe, et expulsée vers le Kosovo. Sa famille a également été expulsée. (…) Loin de moi l’idée de dire si la politique d’immigration française est bonne ou pas, mais j’espère que le Gouvernement français ne fera pas porter la responsabilité des problèmes intérieurs qui surgissent sur la tête des immigrés ; après tout, dans le passé, les immigrés ont apporté de grandes contributions au développement social et économique de la France, et ce sera encore le cas dans l’avenir. Au contraire, le Gouvernement français devrait prendre conscience de la montée des forces d’extrême-droite, et ne pas laisser la xénophobie et le populisme interférer dans la revitalisation et le développement du pays. » L’article de Ren Yakiu, L’affaire Leonarda, reflet des difficultés de la société française d’aujourd’hui, est à lire en entier dans Le Quotidien du Peuple.

 

« Les Roms sont à l’affiche aujourd’hui, après tant d’autres dans le passé : les polaks, les ritals, les bicots, tout nom méprisant affecté à l’étranger comme si les Français étaient profondément xénophobes. (…) Ces situations ne sont pas nouvelles, mais elles s’aggravent. Voici plus d’un demi-siècle, Ouest-France, sous la plume de son fondateur Paul Hutin-Desgrées, écrivait : « Peuples riches et peuples libres, prenez garde aux peuples asservis et aux peuples pauvres : ils envient légitimement vos biens et ils envient légitimement votre liberté ; ils les maudiraient si le partage commandé par la justice ne se faisait pas. C’est la guerre qui est le produit fatal de l’injustice. » L’éditorial de François Régis Hutin, Immigration : accueil, justice, cohérence, est à lire en entier dans Ouest-France.

 

« L’histoire des Dibrani représente l’histoire de milliers d’immigrants qui voient en Europe la possibilité d’une vie meilleure, et qui parfois, tragiquement, se termine avec la mort de centaines d’hommes et de femmes, qui ne parviennent pas à atteindre leur but. (…) La déportation massive d’immigrants ou leur confinement dans des centres de détention avant leur entrée sur le continent européen, montre que la politique de l’Union Européenne dans ce domaine est consolidée, sans compréhension de la globalité du processus migratoire. Comme le confirme Martin Schultz, président du Parlement européen, en déclarant que : « (…) L’Europe a besoin d’un système d’immigration légal. Les États doivent admettre que nous sommes un continent d’immigration ». L’article de Pablo Jofre, France : guerre aux Roms, est à lire en entier (en espagnol) sur Radio Uchile.

 

Précédents points de vue sur l’affaire :

La réflexion et le très humain portrait de la famille Dibrani par Miguel Mora : « Les Dibrani, apatrides d’Europe »

La vive protestation du leader hindou Rajah Zed contre la déportation de Leonarda et les conditions faites aux Roms 

La réaction du cardinal André Vingt-Trois : « Qu’ils mangent de la brioche »

L’inquiétude de  Manuel Garcia Rondon, secrétaire général de l’Union Romani, et sa gratitude envers les lycéens français.

 

« Les manifestations des jeunes étudiants à Paris pour Leonarda Dibrani ont été une bouffée d’air frais et un appel à nos consciences », par Manuel Garcia Rondon

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photo Gonzalo Fuentes/Reuters

 

Traduction d’un texte de Manuel Garcia Rondon, secrétaire général de l’Union Romani, paru sur le site de l’organisation ce 21 octobre 2013.

 

J’imagine la scène. On dirait le scénario d’un de ces films sur la Seconde Guerre mondiale, où l’on voyait comment la SS mettait en œuvre la persécution de tous ceux qui étaient différents, sa mission étant de les faire disparaître de la face de la terre. On savait qui était l’ennemi. C’est pourquoi il fallait l’éviter pour rester vivant.

Le problème actuel est que dans une Europe globalisée, dans l’Europe de la Protection Sociale et des Droits Civiques, il se produit des choses qui font dresser les cheveux sur la tête, et génèrent un état d’insécurité chez tous ceux qui sont à la recherche d’une nouvelle vie, pour eux-mêmes et pour leur famille. Et qui dans bien des cas, quand ils essaient de s’adapter aux normes de la société qui les accueille, se retrouvent maltraités, vilipendés, traités comme s’ils étaient la peste, celle qui envahit jadis l’Europe médiévale.

Si nous nous plongeons dans les commentaires en ligne, certains d’entre eux font peur. Que reste-t-il de l’esprit citoyen ? Dans ce cas français, comment peut-on trouver une justification dans les faits commis par un parent ? Ces faits n’étaient rien d’autre que celui d’être en situation irrégulière dans le pays. Il est vrai que les règles doivent être respectées, mais cette famille était en train de faire de grands efforts pour s’intégrer dans la société française et elle se conformait aux exigences (scolarisation, résidence fixe…) pour régulariser sa situation. Mais cela n’a pas suffit, et par trois fois, selon les autorités, la régularisation leur a été refusée.

Leonarda Dibrani, adolescente de quinze ans, rom d’origine kosovare, née en Italie, participait à une activité scolaire de son collège, comme le reste de ses camarades. Elle était inscrite dans ce collège depuis quatre ans et son dossier scolaire était très bon, de même que celui de sa sœur, inscrite dans le même établissement – ce qui prouve que cette famille se trouvait dans un processus d’inclusion et de normalisation sociale correspondant aux normes établies par la société du pays d’accueil.

Que se passe-t-il ? Comment certains citoyens d’un pays qui a pour valeurs l’égalité, la fraternité et la légalité, peuvent-ils en venir à cette extrémité, à la plus absolue absence de solidarité ? Nous les Roms, sommes-nous la cause de leurs problèmes ? Qu’ils se révoltent contre les vraies causes de leur situation. Ortega y Gasset disait déjà dans son essai La révolte des masses, publié en 1929, comment les gouvernants peuvent créer un problème pour détourner l’attention des citoyens et la porter où cela les arrange, en la déviant des vrais problèmes qui les touchent.

Nous les Roms nous ne pouvons pas être les boucs émissaires de tout ce qui se passe en Europe. Selon les différents traités et accords qui régissent la cohésion territoriale, l’équité est constamment transgressée.

Il faut assumer la nouvelle réalité européenne. Bruxelles et Strasbourg ne réagissent pas avec la célérité que cette situation requiert. Des valeurs, des droits se perdent… alors que commence à briller par son absence l’État-Providence, et que tout ce qui a été accompli depuis les XIXème et XXème siècles se dilue comme un sucre dans l’eau.

Il est clair que les marchés dirigent la politique, et l’Europe, comme on le voit, n’est pas prête pour l’élargissement des états membres. Car cela n’a pas signifié une croissance, un potentiel dans l’ordre économique et politique, mais a plutôt généré un haut degré d’absence de solidarité et l’idée, chez une partie des citoyens européens, que leur manque de ressources vient des compensations économiques perçues par les pays de fraîche adhésion, favorisant la lutte pour les ressources économiques et les territoires.

Certains partis politiques et leurs dirigeants se servent de ces faits dans un but électoral évident. Le bulletin de vote est plus important que la citoyenneté et la défense des droits de l’homme. Et cela, comme je l’ai déjà dit, en détournant l’attention de l’électeur vers l’ennemi à battre, à savoir les immigrés, cause de tous ses malheurs, comme le manque d’emploi, la baisse des salaires, la réduction du pouvoir d’achat, le manque de révision des accords salariaux, la privatisation de la santé publique, le manque de ressources dans le budget appliqué à l’éducation…

Dans ce contexte se produit une montée des partis d’extrême-droite, avec leur discours défendant la pureté des compatriotes et attaquant les étrangers, lesquels sont la cause de leurs malheurs et s’approprient ce qui leur appartient – ce discours qui se propage dans les classes laborieuses et principalement dans les classes moyennes en décadence et récemment appauvries, qui sont celles qui souffrent le plus de la crise économique. Les données fournies par différentes études et enquêtes d’opinion révèlent qu’elles sont devenues une pépinière de voix pour ces partis fascistes et xénophobes.

Je viens d’entendre une autre nouvelle, alarmante. Si les élections avaient lieu aujourd’hui en France, Le Pen pourrait les gagner. Sans compter qu’en Suède, société modèle, le SD, parti d’extrême-droite, lors des dernières élections a remporté vingt sièges. En Hollande, Belgique, Danemark, Italie, Autriche, Hongrie, Roumanie, Suisse, Grèce, au Royaume-Uni et dans d’autres pays, l’extrême-droite est en hausse, accédant à la législature et à des positions importantes dans un certain nombre de pays.

Le scénario des années 30 du siècle dernier, après la Grande Dépression, se répète.

Comme l’a dit le psychologue Burston : « Dans les périodes où les gens se sentent menacés et perdent confiance, ils sont plus réceptifs aux distorsions, aux demi-vérités et aux mensonges. » Il a signalé aussi que dans ces moments les gens sont plus réceptifs à la propagande, la majorité « simplement ne réfléchissent pas aux allégations de leurs dirigeants, ou aux conséquences qui semblent en résulter. Adolf Hitler le savait pertinemment ». L’extrême-droite monte dans de telles circonstances parce qu’elle offre des réponses simplistes à des problèmes extrêmement complexes, et parce qu’elle a mis au point des stratégies rhétoriques efficaces pour inciter les gens à voter contre leurs propres intérêts à long terme.

Cependant je suis soulagé de lire que, quoique neuf ans après, la Cour de Strasbourg a condamné la France pour des expulsions de Roms menées en 2004, comme il ne pouvait en être autrement ; à partir des instances gouvernementales et de l’union des démocrates européens, nous avons donc à réussir à éradiquer cette plaie. Les manifestations des jeunes étudiants à Paris nous ont donné une leçon de citoyenneté et de solidarité. Nous devons en prendre bonne note, et nous réveiller de la léthargie dans laquelle nous nous trouvons. Consolider l’Europe fut difficile, mais actuellement, cela devient de plus en plus difficile à maintenir. L’attitude de ces jeunes a été une bouffée d’air frais et un appel à nos consciences.

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Précédents points de vue sur l’affaire :

Le très humain portrait de la famille Dibrani par Miguel Mora : « Les Dibrani, apatrides d’Europe »

La vive protestation du leader hindou Rajah Zed contre la déportation de Leonarda et les conditions faites aux Roms 

La réaction du cardinal André Vingt-Trois : « Qu’ils mangent de la brioche »

La honte de l’Europe et la raison de Leonarda

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photo Christophe Agostinis/DL

 

Dans l’affaire Leonarda, la presse étrangère pointe avec insistance l’influence du Front National. The Guardian écrivait il y a deux jours : Valls a durci sa rhétorique contre l’immigration illégale et les camps roms de fortune en même temps que le Front National, parti d’extrême-droite, a fait un bond en popularité, avant les élections municipales et européennes de l’année prochaine.

The Australian écrivait hier : Une telle rhétorique a été vue comme faisant partie d’un effort pour garder le Front National à distance, en vue des élections municipales l’année prochaine. Cela n’a pas marché : le parti d’extrême-droite a secoué récemment la classe politique avec sa victoire dans une élection partielle locale. Dans le même temps, l’ambitieux M. Valls a été accusé d’essayer de copier l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui a bâti sa réputation et assis son pouvoir sur un maintien de l’ordre agressif.

Dans un article intitulé Le traitement de l’adolescente kosovar Leonarda Dibrani en France comparé à la rafle des Juifs sous l’occupation nazie, The National écrit hier : L’affaire Leonarda a conduit beaucoup d’observateurs modérés de la politique française à se demander si c’est ainsi qu’un gouvernement socialiste pouvait agir, ce à quoi on pourrait s’attendre de la part d’une administration dans laquelle l’actif FN a son mot à dire.

Rien ne sert d’afficher un menton martial si c’est pour se laisser mener par le bout du nez par le Front National. Ce n’est pas ce que j’appelle le courage en politique. Avec une telle attitude, le désastre est déjà là, et ce n’est qu’un début.

Qui est-ce qui nous vole le plus ? Les Roms ou les banques ? Les Roms ou la NSA ? Etc. Ce que nous ne supportons pas, c’est l’indignité à laquelle est réduit ce peuple persécuté depuis des siècles, et l’incapacité à laquelle nous nous réduisons face à ce drame. Que leur culture et leur façon d’être soient à bien des égards différents des nôtres ne peut en aucune manière justifier leur misère et leur exclusion. Dans quel autre continent riche voit-on une minorité réduite à une telle misère ? La condition des Noirs dans les townships sud-africains était meilleure – elle suscita pourtant une réprobation mondiale et un boycott qui participèrent à la mise en œuvre d’un changement de politique. Aux États-Unis, au Canada, en Australie, les minorités ethniques malgré les difficultés sont loin d’être plongées dans une si horrible condition.

Mais pour que cela change, il faut que notre regard change. M. Valls ne ferait pas une telle politique si elle n’était demandée par une grande majorité de Français, si elle n’était suscitée par la hantise de la montée du Front National, qui achève de signer notre honte. Sortons de la honte, demandons une autre politique. Les renvoyer « chez eux » alors qu’ils sont apatrides, que leur terrain c’est l’Europe, est un non-sens. Doublé par celui de notre inconséquence : avons-nous fait l’Europe, oui ou non ? Il faut assumer ce qui a été fait. Retourner aux nations, ce serait retourner dans l’Europe des guerres, nous plonger dans des difficultés bien plus grandes et bien plus dramatiques que celle de mettre en œuvre une politique d’intégration des Roms – politique qui a déjà été faite en Espagne, où les Roms sont pourtant beaucoup plus nombreux qu’en France. Pour cela il faut de la bonne volonté et de la patience, de la compréhension. Il faut par exemple que la presse cesse de nous présenter M. Dibrani comme une espèce de monstre indigne de rester dans notre pays. M. Dibrani fait ce qu’il peut avec ce qu’il est, et le plus important c’est que ses enfants étaient en train de s’adapter à la vie dans ce pays qu’ils considèrent comme le leur. Ce qui prouve que nous avons du bon, beaucoup de bon. C’est notre bon, et non notre mauvais, que nous avons à cultiver. Y compris en changeant les lois et les règlements quand c’est nécessaire. Pays vieillissant, n’avons-nous pas besoin de jeunes ? « Je veux rentrer chez moi », affirme Leonarda. « Avec ma famille ». Rien ni personne ne peut empêcher qu’elle ait parfaitement raison.

Aux États-Unis, le leader hindou Rajan Zed s’exprime avec force sur l’affaire Leonarda et la condition des Roms

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photo Thomas Samson/AFP

 

traduction d’un article trouvé dans Roma Network, et dans lequel Rajan Zed réclame le retour de la famille Dibrani, la démission de M. Valls et l’arrêt immédiat de la politique de discrimination envers les Roms, tout en appelant les responsables religieux à  prendre plus ouvertement la défense de ces démunis

 

Les Hindous veulent que la France accueille le retour de toute la famille de la jeune Rom Leonarda Dibrani, dont la déportation il y a quelques jours au Kosovo a déclenché des protestations dans toute la France.

Le distingué homme d’État hindou Rajan Zed, dans une déclaration au Nevada (États-Unis) aujourd’hui, a dit qu’il serait inhumain de séparer Leonarda de ses parents et de ses cinq frères et sœurs, juste pour complaire aux éléments xénophobes de France.

Zed, qui est le président de la Société universelle de l’hindouisme, a soutenu qu’il était irresponsable de la part de la France de les déporter au Kosovo, où ils devraient affronter une extrême pauvreté. En outre, les Roms seraient une minorité vulnérable au Kosovo, un pays qui manque d’infrastructures pour protéger leurs droits de l’homme.

Le ministre de l’Intérieur français Manuel Valls, lui-même fils d’immigrants espagnols né à Barcelone, qui aurait récemment déclaré que les Roms étaient incompatibles avec le mode de vie français, devrait démissionner. François Hollande, président du gouvernement socialiste, devrait arrêter de poursuivre la politique xénophobe du précédent gouvernement conservateur de Nicolas Sarkozy sur la question des Roms, a insisté Rajan Zed.

Zed a souligné que le démantèlement de camps de Roms sans relogement adéquat, et les expulsions forcées de Roms hors de France, devraient prendre fin immédiatement. Plus de dix mille Roms auraient été expulsés de leurs campements en France au cours des six premiers mois de l’année. Récemment à Roubaix, au nord de la France, aurait été démantelé un camp rom où vivaient deux cents personnes, sans offre substantielle d’hébergement alternatif.

Rajan Zed a ajouté que la maltraitance des Roms en France avait tout simplement des relents de xénophobie et de racisme contre la communauté sans-voix qui existe en Europe depuis le neuvième siècle de notre ère et compte environ quinze millions de membres. Au lieu de déchaîner la répression, la France et l’Europe doivent travailler à l’inclusion sociale et à la réhabilitation des communautés roms. Le plus troublant, c’est que même les élites religieuses de France ne se sont pas exprimées ouvertement contre cette répression injuste des pauvres roms, alors que les religions nous demandent clairement d’aider les démunis, note Zed.

Les Roms, communauté la plus persécutée et discriminée en Europe, auraient à subir des conditions d’apartheid en Europe. Les Roms auraient à affronter régulièrement l’exclusion sociale, le racisme, une éducation inférieure, l’hostilité, le chômage, les ravages de la maladie, des logements inadéquats, une plus faible espérance de vie, les troubles, la vie désespérément marginale, les stéréotypes, la méfiance, la violation des droits, la discrimination, la marginalisation, les conditions de vie déplorables, les préjugés, les violations des droits de l’homme, etc, a déclaré Zed.