Running, croquer la vie

J’avais projeté de faire un running de 4 km, j’ai fait 4,5 km, et si je n’étais pas arrivée devant ma porte j’aurais pu continuer un bon moment. Je suis rentrée fraîche et joyeuse, contente de mes progrès de débutante, dus à mon entraînement diversifié mais aussi aux enseignements de coachs en ligne et aux conseils de ma montre Polar Ignite qui me renseigne sur mon état de forme – ce qui n’est pas du luxe, surtout avec le traitement fatigant que je dois prendre pendant 20 mois encore ; mais justement le sport contrebalance bien tous ses mauvais effets secondaires.
Je sais donc maintenant que je suis tout à fait capable de faire une course de 5 km, même s’il est bien sûr hors de question pour moi d’approcher des podiums ; peu importe, c’est avec moi-même que je fais la compétition. Et je crois bien que je pourrai bientôt faire même un 10 km, si je continue ainsi. Je sais que je pourrai améliorer aussi mes temps, et mes capacités physiologiques qui, à en croire ma montre cardio (et les médecins) sont excellentes pour mon âge, peut-être aussi, me dis-je, grâce au temps que j’ai passé en montagne à arpenter les pentes, jadis.

Lisant hier un article sur les bienfaits de la pomme, j’ai pensé : Eve avait raison. Et les intellectuels, qui ont prétendu dans un livre qu’elle avait fermé la porte du paradis terrestre aux humains, ont menti : au contraire, elle l’a ouverte.

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Running

aujourd’hui sur les quais de Seine, photo Alina Reyes

Je recommence à courir dehors. C’est le bon moment, avec la lumière qui augmente, dans l’air et dans le cœur. J’ai fait mon repérage aujourd’hui pour ma prochaine sortie, que je veux de 4 km. Mon but étant d’arriver dans quelques semaines à 5 km, et de pouvoir participer bientôt à une course de cette longueur.

Quand je me suis remise à courir, en août 2020, à soixante-quatre ans, alors que je n’avais pas couru depuis le lycée (mais je venais de faire un trekking de 100 km, sac au dos, dans le causse Méjean, en Lozère, et c’est ce qui m’avait donné envie de me mettre à courir), les premières fois je tenais 200 ou 300 mètres, puis ce fut le double, et à raison de trois ou quatre fois par mois, à l’automne j’en étais à plus de 1500 mètres. L’hiver suivant je n’ai presque pas couru et quand je m’y suis remise, au printemps dernier, je faisais 2,5 km, et toujours avec un entraînement peu intense, sans doute moins d’une fois par semaine en moyenne (mais en faisant d’autres sports à côté), je suis arrivée à près de 3,5 km cet automne. Cet hiver j’ai couru essentiellement en salle, sur tapis, de temps en temps, et maintenant je me sens tout à fait prête à faire 4 km, voire 5 – mais je vais quand même y aller progressivement. Je suis petite, donc les distances sont d’autant plus longues pour moi, et puis à mon âge, quand on n’a pas couru avant, on progresse lentement, mais on progresse. J’arriverai peut-être à 10 km, qui sait ? En tout cas c’est tant de joie ! Je continue à pratiquer d’autres entraînements, cardio et renforcement musculaire via différentes techniques, et puis le yoga toujours (c’est par le yoga que je suis revenue au sport), qui me garde souple et zen ; je commence aussi à faire de temps en temps cinq minutes de cohérence cardiaque (voir sur Youtube), le mieux est d’en faire trois fois par jour, si on arrive à en prendre l’habitude c’est excellent aussi pour le système nerveux autonome. Bref, c’est la grande forme.

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Au bonheur du crochet

J’ai fini mon châle-boléro, dans l’esprit de mes peintures et d’après un tuto d’une youtubeuse, qui s’inspirait elle-même de la série Outlander (que du coup je regarde). En fait je suis partie d’un rectangle, comme elle l’indique, et pour le reste j’ai tout changé : les fils (très fins, travaillés par trois), la couleur, les points, la forme.

C’était donc mon premier ouvrage depuis très longtemps, et maintenant je vais en faire un autre, et d’autres. Je suis assez contente de celui-ci, il est bien spécial et tout le monde l’aime bien à la maison.

Internet est génial pour le partage. Sur Instagram je me suis abonnée aussi à quelques jeunes femmes de çà et là dans le monde qui font des belles créations au crochet, et sur Youtube également à un homme adepte de ce même art. Que du bonheur !

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Molière et le Panthéon

Bruno Roger-Petit, journaliste sportif que Macron a récompensé de sa flagornerie en faisant de lui son « conseiller mémoire », refuse de faire entrer Molière au Panthéon. C’est donc ce proche de Valeurs Actuelles, qui se fit remarquer il y a un peu plus d’un an en invitant Marion Maréchal-Le Pen à déjeuner, qui est censé décider de ce que doit être la mémoire de la France, en marionnette commode de Macron. Les derniers mois de la macronie sont aussi pénibles que ses premiers temps et que toute sa durée.

Qu’est-ce que le français ?, ai-je demandé le mois dernier à la classe de seconde que je rencontrais pour la première fois. La langue de Molière, me fut-il répondu. Ce n’est pas qu’un cliché, c’est une vérité profonde. Parce que la langue de Molière n’est pas seulement une langue, c’est une langue vivante, le contraire d’une langue de bois, le contraire d’une langue managériale, le contraire d’une novlangue, le contraire d’une langue faussaire, d’une langue ersatz de la vie, le contraire d’une langue politicienne, le contraire d’une langue de bourgeois gentilshommes, le contraire d’une langue de manipulateurs, le contraire d’une langue « littérature » déconnectée du réel, de la vie, du geste, de l’action.

Le Panthéon est le Commandeur, la figure de pierre, de mort, que Molière a toute sa vie affrontée et vaincue, en l’inscrivant jusque dans son nom d’artiste : la meulière est une pierre qui sert à construire mais aussi à moudre, à réduire, comme les moulins de la même origine linguistique que combattait Don Quichotte. La macronie veut faire passer Molière à la trappe comme Dom Juan à la fin de la pièce, mais dans la pièce ce n’est qu’une machinerie de théâtre, en vérité, et en vérité, Molière est toujours vivant, toujours joué, toujours aimé. Au Panthéon, s’il y entre, les pierres trembleront.

Quelqu’un d’autre que Macron fera entrer Molière au Panthéon, et ce sera plus honorable pour le génial Molière.

Mes notes sur Molière sont ici.

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Éden

work in progress

Après avoir fait, telle Candide, le tour d’un certain monde somme toute assez risible, j’ai le bonheur de cultiver les mille essences de mon jardin dans une paix joyeuse. En ce moment c’est le sport, toujours avec le même enthousiasme, et le crochet, que je pratique comme j’ai pratiqué la peinture, dans l’expérimentation des couleurs et de la texture, avec des points en reliefs et des fils très fins crochetés par trois de couleurs différentes, en faisant varier l’une ou l’autre des couleurs et contemplant l’effet. Cela après m’être refait la main en crochetant un assortiment de disques démaquillants et de lavettes multicolores, remplaçant avantageusement cotons jetables et éponges. J’ai l’intention, une fois que j’aurai terminé cet ouvrage en cours, un boléro, d’expérimenter d’autres matières. Les travaux manuels et les exercices physiques donnent une paix et une joie sans pareilles. Et si tout le monde parvenait à rester dans la paix et la joie, le monde se porterait mieux. On ne parle ni des trains qui arrivent à l’heure ni des gens qui vont bien, mais ce sont eux qui maintiennent la vie bien active et bien pesée. Il y a une paresse morale à se laisser aller à la morosité ou au mal. Dans le monde naturel tout est à son ouvrage, à sa fonction, et nous en faisons partie, de ce beau monde.

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Des VIP chez les pauvres (encore le racisme de classe)

Juliette Binoche, qui n’est pourtant pas la VIP la plus antipathique, déclarant, à propos du film Ouistreham, « il faut être disponible à la différence de l’autre », ou, avec Emmanuel Carrère, « ne pas voir ces gens, c’est ne pas les respecter », fait, avec le même Carrère et trop souvent, Florence Aubenas, du racisme de classe comme M. Jourdain de la prose. « Ces gens », c’est-à-dire les pauvres, sont donc, à leurs yeux, différents du reste de l’humanité. Binoche ne devrait pas s’enfoncer, et enfoncer le film et ses comparses qui le signent, en ajoutant qu’elle sait ce que c’est que de faire le ménage puisque, dans son enfance, sa mère donnait cinquante centimes aux enfants pour qu’ils participent de temps en temps aux tâches, en mettant Vivaldi à fond.

Le racisme de classe est partout répandu, et si commun qu’il passe souvent inaperçu. Tout le monde n’est pas aussi grossièrement raciste envers les pauvres que Macron insultant obsessionnellement (racismes et sexismes sont presque toujours obsessionnels) ceux « qui ne sont rien », « les alcooliques », « les feignants », « les illettrées », ceux qui coûtent « un pognon de dingue », ceux qui n’ont qu’à « traverser la rue », ceux qu’il a « très envie d’emmerder », etc. (Et qu’Emmanuel Carrère, grand soutien de Macron, soit le réalisateur de ce film, est significatif).Le racisme de classe sournois s’invite souvent au cinéma, parfois de façon tout à fait visible, souvent sans qu’on le remarque, comme dans le film Illusions perdues où seule la bourgeoise est belle et « classe », comme s’il n’y avait pas de filles du peuple élégantes et splendides et comme s’il n’y avait pas de bourgeoises épaisses et vulgaires.

Le classisme passe souvent inaperçu, comme tous les racismes (y compris le sexisme, qui est un racisme de genre) jusqu’à ce qu’on les débusque. Ils passent inaperçus parce qu’ils sont la pensée dominante, en vérité une non-pensée, une vision toute faite et rancie du monde. Je le rappelle dans Une chasse spirituelle, jadis les bourgeois parisiens allaient le dimanche, en guise de promenade, voir comme au zoo les pauvres et les pauvresses gardées enfermées à la Pitié-Salpêtrière, de même que Charcot y mit en scène les prétendus « hystériques », femmes et hommes du peuple, devant des parterres de messieurs en redingote. Pour la bonne cause, bien sûr, en pensant certainement que « ne pas voir ces gens, c’est ne pas les respecter ».

Aujourd’hui les transports sont plus rapides, on peut bien se déplacer, pour le spectacle, jusqu’à Ouistreham, et en faire un spectacle. Histoire d’entretenir son statut de VIP, et de pouvoir continuer à faire entretenir sa maison par « ces gens », avec leur « différence » qui les assigne à nettoyer votre merde. Oui, c’est ça, votre fascisme, que vous ne voyez pas, pauvres prosateurs. Vous voyez, nous aussi, qui ne sommes rien, nous vous regardons, et nous vous voyons.

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« Journal d’une prof » (pdf)

« C’était bien parti pour mal finir, et cela finit mal, comme on le verra à la lecture de ce journal de prof. Cela finit à l’Académie où l’on me morigéna et me menaça, cela finit dans le bureau du proviseur où l’on m’enjoignit aussi de me taire, cela finit au commissariat de police avec une plainte déposée contre moi, cela finit à l’hôpital avec un cancer récidivant, cela finit avec un départ de l’Éducation nationale en forme de non-retour. Mais cela finit aussi avec un merveilleux souvenir au cœur, celui de mes élèves bien-aimés et du travail que nous accomplîmes ensemble. »

« Puisse ce témoignage à vif contribuer à trouver des voies pour améliorer l’enseignement en France, et avec lui, le sort des élèves et des enseignant·e·s. »

Ma rentrée littéraire : voici ce Journal, précédé d’une introduction :
Journal d’une prof

Bonne lecture !

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le vivant autonome

Fatiguée par la troisième dose de vaccin, j’ai passé la journée immobile à regarder des vidéos sur le running. Ce matin encore ma montre, qui capte l’état de mon corps pendant mon sommeil, me dit de ne pas m’entraîner, que j’ai besoin de repos. Je suis très contente de cette Polar Ignite 2, mon cadeau de Noël, ma première montre cardio, qui me révèle des choses sur le fonctionnement de mon corps que j’ignorais. C’est extraordinaire à quel point la vie se fait sans nous, en nous. Que nous ayons seulement quelques notions de biologie ou que nous la connaissions très bien, nous n’en sommes pas moins inconscients, à chaque instant, de tout le fantastique univers qui, en nous, nous tient en vie, fonctionne par lui-même. En révélant par exemple la variabilité cardiaque, une notion que je ne connaissais pas, ma montre me renseigne sur mon propre état, sans pour autant que je puisse consciemment le réguler, seulement l’aider par exemple en me mettant au repos quand les indices baissent. Tout ce que nous pouvons faire pour interagir avec ce corps autonome, indépendant de notre conscience – en agissant par l’exercice, l’alimentation, les soins… constitue un échange d’amour, dans lequel l’Autre, qui est en nous-même, est reconnu comme partenaire précieux et ne peut être forcé, au risque de tout détruire. Je continue à m’émerveiller de ce que j’appelais l’autre jour cette terra incognita. « Je suis plus près de vous que votre veine jugulaire », dit Dieu dans le Coran (50,16). La prière est un exercice, spécialement la prière islamique, et l’exercice peut être prière, oui, l’exercice est prière, au fond.

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Macron, la REM, la merde

« Jupiter » a « très envie de les emmerder », une grosse envie de chier, donc, sur une partie de ses concitoyens, qu’il déclare d’ailleurs déchus de leur citoyenneté. La vérité sur eux-mêmes sort de la bouche des adultes restés au stade anal, centrés sur leur impérieux ego et la puissance de leur caca. Poupée, anale nationale est au pouvoir sous le masque de Macron, comme elle le fut sous celui de Trump, comme elle l’est sous le masque de Zemmour et de bien d’autres, dans la lignée du père Le Pen et de ses petites phrases en forme de grosses merdes. Le racisme de Macron est une racisme de classe, dirigé contre le peuple, les gens humbles, « ceux qui ne sont rien », qu’il n’a cessé, depuis cinq ans, d’insulter, de stigmatiser, de violenter symboliquement et à l’occasion de mutiler physiquement. Son quinquennat restera comme une des choses les plus lamentables qui soient arrivées à la France.

On peut déplorer le mouvement antivax, et je le déplore grandement. Mais de quel esprit tordu faut-il être pourvu pour songer un instant à vouloir « emmerder » des gens pour les soumettre ? Le management par le harcèlement n’est pas de la politique mais une perversion indécrottable, c’est le cas de le dire, comme Macron le prouve en réitérant son mépris quelques jours après un mea culpa public. Sado et maso, un anneau sur chacune de ses mains. Soit il ne maîtrise pas du tout sa parole, soit sa sortie est volontaire, et d’un sadisme – et d’une bêtise – encore plus graves.

Le problème sanitaire n’est pas seulement celui du covid, c’est aussi celui de la santé mentale déplorable de trop de réputés premiers de cordée. Mauvaise santé qui a pour corollaire et reflet le complotisme de réputés derniers de cordée, rendus paranos à force de ne pouvoir faire confiance aux cinglés qui gouvernent. Après le petit Macron, le petit Attal reprend pour sa com le verbe emmerder de son maître. Voilà où nous en sommes : la REM est donc le nom en verlan de la merde ? Triste spectacle en tout cas que celui des lécheurs de chaussures de luxe merdeuses s’affairant à répandre leur salive pour entretenir un brillant bien dégoûtant.

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Journal des jours

Le jour se lève,
la nuit fut belle.
Dans la cour, lumière des fenêtres.
Les chambres, les cuisines, s’allument.
Mon corps est chaud du petit déjeuner.
Mon cœur bat, mes yeux regardent : musique, danse.
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J’ai trouvé par hasard un cours d’aérobic sur Youtube. Cette gym dansante, effrénée, en musique, m’a mise en joie. Avec le temps, mon yoga quotidien s’est déplacé dans la journée : au début, c’était tous les matins au lever ; puis ce fut tous les matins vers midi ; et maintenant c’est le soir un peu avant de me coucher. À midi, il m’arrive encore de faire une séance de yoga, plus sportive que le soir. Mais maintenant, à cette heure, c’est plus souvent des séances d’autres exercices de fitness, renforcement musculaire ou cardio training selon différentes techniques. J’aime varier, m’entraîner de temps en temps avec des bandes élastiques et de petits haltères, ou bien à la barre avec une danseuse (toujours en ligne), ou encore désormais avec l’aérobic donc, et je veux me remettre un peu à la danse orientale aussi. Tous ces jours-ci je ne vais pas à la salle de sport, à cause du covid que nous avons eu à la maison, mais si mon dernier test reste négatif je serai vaccinée (troisième dose) avant la fin de la semaine et je pourrai y retourner, travailler au tapis de course, au rameur et à d’autres machines. Je pourrai aussi retourner courir dehors, quelques jours après. Dimanche, deuxième jour de la nouvelle année, j’ai fait un bon tour à vélo, notamment sur les pavés des quais de Seine, en portant mon vélo dans pas mal d’escaliers, près de onze kilomètres dans la douceur des températures, c’était génial.

Le sport rend heureux, l’activité manuelle aussi. Je continue à fabriquer avec mes fils colorés et mon crochet des petites choses utilitaires, pour offrir et pour moi, disques démaquillants et lavettes pour la vaisselle, tout cela remplaçant avantageusement les cotons et éponges qu’on achète et jette, et qui polluent. Je commencerai à faire des vêtements quand je me serai procuré des fils adaptés, rien ne presse. La vie est pleine et pleinement heureuse. La liberté aussi.

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Bonne année, que votre vie continue dans la beauté !

En ce premier jour de 2022, j’ai fait ce matin une bonne heure de yoga Iyengar, pour travailler la technique en détail, et cet après-midi, partie marcher, j’ai eu soudain envie de courir, et j’ai couru un moment, comme j’étais, en jeans, baskets de ville et manteau.

Ce soir, commençant à regarder sur le site d’Arte la série Escale fatale, j’y ai entendu cités ces mots de Rûmî, dont je ne me souvenais pas : « Ne t’inquiète pas si ta vie est sens dessus dessous, car qui te dit que le sens auquel tu étais habitué est meilleur que celui des temps à venir ? »

Moi j’aime le monde d’aujourd’hui, malgré tous ses problèmes et tous ses drames, parce que c’est le monde dans lequel je vis.

Laissons les marchands d’espoir ou de désespoir à leur commerce, et cueillons le jour.

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Journal du jour : encore Covid, et puis crochet, écriture et ADN

Le test pcr confirme que je n’ai pas le covid, bien que je vive et dorme jour et nuit dans la même pièce, le même lit, que quelqu’un qui l’a, bien que nous soyons deux sur quatre à l’avoir à la maison, et bien que je n’aie pas encore reçu la troisième dose de vaccin. Je devais la recevoir hier, presque sept mois après la deuxième, mais j’attends maintenant de n’être plus « cas contact », de refaire un test dans les premiers jours de janvier pour m’assurer que je ne l’ai toujours pas ; en attendant, pas de vaccin donc, et pas de salle de sport, au cas où je serais en incubation et risquerais de contaminer d’autres.

Heureusement j’ai reçu mon fil, et je peux m’amuser à faire du crochet. Comme je n’en ai pas fait depuis mes vingt ans, je m’y remets doucement en réalisant des disques démaquillants lavables, tout colorés, pour remplacer les cotons du commerce, qui ne sont pas recyclables. Très agréables à utiliser : le fil très fin, que je travaille en double ou en triple, fait un micromassage sur la peau du visage très bienvenu, je trouve. Je vais en faire aussi pour qui en voudra autour de moi, puis je passerai à un autre ouvrage, auquel il faut que je réfléchisse encore. En fait j’aimerais faire un manteau, je l’ai en tête, mais avant je pense m’entraîner encore et chercher des idées en faisant d’autres choses plus petites.

Faire du crochet est très très satisfaisant. Cela ressemble à écrire. Ce n’est pas pour rien qu’on parle du fil de l’écriture. Je n’aime pas coudre, je n’aime pas beaucoup tricoter bien que je sache le faire, mais j’aime vraiment beaucoup faire du crochet. Physiquement, c’est très agréable de tirer les points les uns des autres, ce caractère de chaîne est quelque chose qui nous constitue, en fait, comme l’ADN, et ADN c’est aussi une écriture, dans l’écriture alphabétique les lettres aussi s’accrochent pour former quelque chose. C’est aussi comme quand on parle d’accrochage d’une exposition, le côté révélation, démaquillage, et prise de place dans le cosmos, cette chaîne de causes et d’effets, de création.

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Covid, cœur, fil

La possibilité de réveillon chez des amies tombe à l’eau, le Covid s’étant réinvité à la maison (la première fois, c’était au tout début de la pandémie, avant les tests, mais la médecin avait reconnu tous les symptômes). O est positif, moi négative au test antigénique mais je vais aller faire un pcr pour vérifier. Nous n’avons pas encore reçu notre troisième dose, elle était prévue pour ces jours-ci. En tout cas grâce à la vaccination symptômes légers pour lui (un peu de toux, fatigue, courbatures), pour moi juste un petit picotement à la gorge qui ne vient donc peut-être pas de ce virus. Idem pour les deux gars qui habitent aussi ici.

J’ai refait mon test de VO2 max avec ma montre, n’ayant pas bien entré les données la première fois (je l’explique ). Le résultat est encore meilleur, « excellent », il serait excellent même pour une femme de 45 ans et « bon » pour une femme de 30 ans. Excellente disposition pour moi qui en ai 65 donc, mais la disposition ne suffit pas à obtenir d’excellents résultats, notamment à la course où je dois travailler encore beaucoup pour progresser, d’autres facteurs entrant en jeu. C’est bien, ça me plaît.

J’ai envie de créer des vêtements. Je suis allée hier acheter du fil à cet effet, mais la boutique était fermée, j’en ai donc commandé en ligne. J’ai hâte de m’y mettre. Si jamais il s’avère qu’en fait je suis positive au Covid, j’aurai de quoi employer mon temps en attendant de pouvoir retourner à la salle de sport ou courir. Pour ce qui est d’écrire et de traduire, je suis en vacances, ou peut-être en grève. Aucun problème. Il y a tant d’autres choses à faire.

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Ma nuit techno avec montre cardio, dodow et liseuse (actualisé)

Comme j’aime bien faire des expériences avec mon corps, pour Noël j’ai eu une montre cardio (Polar Ignite 2) et un Dodow (un truc qui envoie de la lumière au plafond pour y régler sa respiration et s’endormir). Et comme j’étais fatiguée hier soir, avant même d’avoir fini de regarder mon épisode de la très belle série animée Arcane, je suis allée me coucher, un peu impatiente aussi de tester mon Dodow. Résultat : je me suis endormie presque instantanément, comme souvent quand je suis fatiguée. Deuxième résultat : je me suis réveillée environ deux heures après, alerte comme en plein jour. Je n’avais plus envie du Dodow alors je me suis levée, recouchée, amusée un moment à consulter ma fréquence cardiaque sur ma montre – constatant qu’au mieux du repos elle était à 56. Puis j’ai pris ma bonne vieille liseuse, toujours à portée de main, et j’ai continué à lire la grande Almudena Grandes. À trois heures passées je me suis rendormie, et je me suis levée tard ce matin. C’était une bonne nuit. C’est bon de dormir la nuit, et c’est bon aussi de ne pas dormir, quand on n’a pas à aller travailler le lendemain. Et j’ai bien mérité de me reposer.

Ce matin j’ai calculé ma VO2 max, « quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut utiliser par unité de temps », avec ma montre. Pour une femme de 60 à 65 ans (j’en aurai 66 en février prochain), le résultat est « très bon » – il serait faible pour une femme de vingt ans, moyen pour une de 45 28-12-21 : En fait il y avait une erreur de calcul pour ma VO2 max, due au fait que je n’avais pas corrigé la fréquence cardiaque maximum, fcm, indiquée automatiquement par ma montre, d’après mon âge, à 155 ; ma fcm étant très supérieure (sur le tapis de course, je monte sans forcer entre 160 et 170, ma fcm doit donc être d’au moins 180), après correction le résultat de ma VO2 max est « élite » (excellent) ; mon résultat serait « excellent » pour une femme de 45 ans, « très bon » pour une femme de 40, « bon » pour une femme de 30 ans, « moyen » pour une femme de 20 ans ; en fait il est peut-être encore meilleur, mon estimation de fréquence cardiaque maximum à 180 étant peut-être un peu au-dessous de ma fcm réelle, et mon indication de ma fréquence cardiaque au repos étant de 60, alors que je l’ai constatée plusieurs fois, y compris ce matin, meilleure : à 56 ou 55. Beau résultat pour mon cœur donc, même si le très bon cœur ne suffit pas à faire la très bonne performance – pour cela, il faut travailler encore, et j’en ai bien l’intention.

Même si tout cela n’est qu’indicatif, me voilà donc rajeunie. Pour la fcm je ferai aussi le test en courant, le test bien terre à terre.

J’ai hésité longtemps à prendre une montre cardio, j’évite de consommer inutilement des gadgets, mais je dois dire que cela m’aide et me rassure dans mon entraînement, surtout en me remettant au sport à mon âge, après une longue période d’inactivité et de maladie, avec opérations chirurgicales. Si mon témoignage peut encourager d’autres personnes à se remettre au sport, aux joies qu’il donne et au bien-être qu’il procure, tant mieux. De temps en temps j’ai des fatigues et des insomnies, conséquences, en plus de l’ostéoporose (que le sport combat), de mon hormonothérapie anti-cancer. Ces jours-là, ou ces lendemains-là, je ne fais pas de grands efforts, je ne brusque pas mon corps. Je m’adapte. Je suis heureuse.

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Une lecture du Coran par Alina Reyes, en PDF

Je parlais la dernière fois de la beauté intérieure du corps. Le Coran est à mes yeux le livre de la beauté intérieure de l’esprit. L’une et l’autre beauté, beautés cosmiques, formant la même terra incognita. J’ai juste abordé ses rivages, et ce que j’en ai vu, tel Dévor en son voyage, est déjà fabuleux.

Ce livre fait partie de mon ouvrage Une Chasse spirituelle, dans lequel, à mes lectures de littérature profane, j’ai ajouté mes lectures de textes sacrés (Bible, Coran). J’ai déjà publié dans ma petite bibliothèque gratuite ma traduction de larges passages de la Bible hébraïque, et j’aurais aimé faire l’équivalent pour le Coran, mais ayant moins étudié l’arabe, je n’en ai traduit que quelques versets. Ici il s’agit donc d’une exégèse personnelle du Noble Livre. Une lecture aussi libre que possible, c’est exactement ce dont le Coran a besoin  – comme tous les autres textes religieux ou spirituels, mais la question est particulièrement sensible en ce moment pour le livre des musulmans : de regards libres. Comme je l’ai fait pour la Bible (à voir aussi dans Une Chasse spirituelle), ma lecture est libre mais non pas profane. Parce que j’estime qu’un texte de spiritualité ne peut être lu du même point de vue « humain, trop humain » qu’un roman ou un essai sans y perdre dangereusement son sens, ses sens – comme cela se produit constamment, tant de la part des contempteurs bornés de ce livre que de ceux qui s’en réclament, trop souvent par tradition, sans réelle réflexion, ou pour le pire. Rimbaud disait qu’il fallait se faire voyant. Je dirais qu’il faut aussi savoir se faire croyant, ce qui ne signifie ni devenir crédule ni remplacer la raison par la croyance, ni même croire quoi que ce soit, mais connaître, et pour cela adopter le point de vue de ce qui est plus grand que soi, pour pouvoir envisager les choses de la foi.

Le Coran est sans doute le livre le plus fascinant que j’aie jamais lu. La lecture que j’en ai faite, ou le début de lecture que j’en ai faite, n’est qu’une esquisse de ce qui pourrait y être découvert. Peut-être la reprendrai-je plus tard pour aller plus avant, ou peut-être d’autres poursuivront-ils dans cette voie particulière. Bien entendu la lecture du Coran a déjà inspiré d’immenses penseurs, notamment parmi les soufis, qu’il faut toujours lire. Humblement parmi eux, j’ai pour seul mérite ma sincérité, mon enthousiasme, mon étrangeté culturelle, et, toujours, ma liberté. Que le commencement de travail que j’ai fourni ici soit un commencement pour d’autres, que ce livre dont nous n’avons pas de lecture plus avancée que n’est avancé dans la vie un nouveau-né, puisse revenir à la lumière et à la paix, tel est mon simple vœu d’amoureuse des textes et de la vie.

Voici donc Ma lecture du Coran

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À la recherche de la beauté intérieure du corps

Les nuits où je ne m’endors pas tout de suite, je profite pleinement de ce temps de repos pour jouir, dans une infinie douceur, de la joie d’habiter mon corps. Je me mets à son écoute, couchée sur le dos, les jambes ouvertes en papillon selon la posture de yoga, en commençant par prendre mon pouls, à l’aide du réveil qui envoie une projection lumineuse de l’heure au plafond. Au repos complet, entre 56 et 64 battements par minute à mon poignet, tout va bien. Au-dessus de 64, j’ai un peu trop chaud, ou bien mon corps est encore occupé à quelque travail un peu prenant. À partir de 70, je commence à avoir de la fièvre, suite à quelque virus de l’hiver dont je me débarrasse en dormant, en croquant du gingembre et en avalant du miel. Parfois aussi je compte le nombre de mes respirations à la minute, je sens la circulation du sang et de l’air en moi. Je pense à l’intérieur de mon corps, je le ressens vivre, dans toute sa fantastique physiologie.

Plus encore que la forme extérieure de notre corps, son aspect intérieur est particulier à chacun de nous. Sa beauté intérieure est faite de la beauté de ses organes, qui malheureusement peut être dégradée, voire extrêmement dégradée. Un foie, des poumons en pleine santé sont souples, pleins, irrigués, brillants, magnifiques. C’est le propre d’organes jeunes, mais la beauté ne se trouve pas seulement dans la jeunesse. Qu’on songe aux couleurs des feuilles mortes, aux ruines antiques, au poli des pierres usées par les éléments au cours du temps. Mais un foie dégradé par les mauvais traitements n’est plus qu’une espèce d’éponge distendue, laide, terne et informe, des poumons abîmés par la fumée ne sont plus qu’une horrible masse noirâtre.

Je ne me lasse pas d’écouter ou de lire des conseils et des témoignages sur le corps et le sport. Me réjouit par exemple le fait d’entendre que notre foie aime la chaleur. Lui qui a la lourde charge de traiter non seulement tous les déchets que nous avalons mais aussi tous les toxiques que nous respirons ou dont nous nous imprégnons par la peau, via les cosmétiques. Quand nous lui donnons trop de travail – ce qui va sans doute être le cas pendant ces fêtes – nous pouvons l’aider en lui appliquant une source de chaleur pendant une vingtaine de minutes, et en lui servant le matin à jeun un jus de citron ou d’autre agrume dilué dans de l’eau tiède (moi, je le mets dans un thé vert). Couchée dans la paix de la nuit, sur le dos, sur le ventre ou sur l’un ou l’autre côté, je sens mon foie comme un bel animal calme et vaillant, qui comme tous les autres organes et éléments de mon corps mérite le respect et m’inspire un sentiment d’admiration et de tendresse. Tous ces éléments vivants ensemble, nous sommes les partenaires d’un seul et même corps qui nous donne la vie, instant après instant. Il y a là une très ancienne et nouvelle terra incognita à explorer, corps et esprit unis.

Rendez-vous pour une nouvelle note dans la nuit du 24 au 25 décembre.

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« Anéantir » le dernier Houellebecq (actualisé)

J’ai eu accès au dernier Voldemort de l’industrie éditoriale, le livre dont il est interdit de parler jusqu’à sa parution officielle – quel buzz, quel suspense ! Et comme personne ne m’a notifié cette interdiction, à moi, voilà ce que j’en dis. Ça commence avec un ministre des finances qui ne fait pas l’amour et qui se fait couper la tête. Un Houellebecq, quoi.
Pour le reste, c’est-à-dire les quelques centaines de pages de bavage et bavardage autour du néant, que les nécrophages s’en repaissent eux-mêmes à la date qui leur sera permise, moi ça ne m’intéresse pas, je n’en lirai pas plus. Comme dit Parménide, ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas.

P.S. Un autre livre, déjà à l’étal des librairies, porte un titre proche de l’Anéantir de Houellebecq : Le traître et le néant ; c’est une enquête sur Macron. C’est drôle que Houellebecq prétende dénoncer l’anéantissement, lui qui ne cesse de répandre dans le monde ses écrits nihilistes. En même temps, comme dirait l’autre, ça a sa logique : celle du serpent qui, dans sa haine de soi, se mord la queue.

P.P.S. Je me suis débarrassée du livre, mais je me souviens d’y avoir lu ces mots : « le romantisme, on l’oublie souvent, est né en Allemagne ». Qui ça, on ? Qui oublie que le romantisme est né en Allemagne ? Quelqu’un qui ignore tout de la littérature, sans doute. L’auteur lui-même, avant de l’apprendre ? C’est possible. Ou vraisemblablement après tout, beaucoup de ses lecteurs. Et j’en reviens à mon combat pour l’apprentissage de la littérature. Qui doit permettre de comprendre ce qu’elle est, d’où elle vient, et surtout, ce qu’elle dit. Je ne pense pas que les lecteurs de Houellebecq sachent toute la portée nihiliste de ses textes.

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Des cadeaux vraiment singuliers ? Joyeuses fêtes !

Je vous fais des cadeaux, et vous propose des cadeaux à faire :

Pour qui aime la littérature ou s’intéresse à la méditation et au yoga, vous pouvez offrir mes livres papier, imprimés à la demande, et livrés aussitôt, ici et ici.

Je peux aussi proposer mes peintures, pour lesquelles on peut me contacter via ma page sur Artmajeur ou sur Instagram. Si vous commandez une peinture, en prime je vous enverrai gracieusement l’un de mes livres papier publiés chez l’un ou l’autre de mes éditeurs, au choix parmi ceux dont je dispose, signé !

Et ici c’est tous les jours Noël puisque je vous offre gracieusement des ebooks, ici et ici

Joyeuses fêtes à vous !

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Nature et culture physiques

J’adore les vêtements portés par les personnages de la série brésilienne 3 %, que je regarde depuis quelques semaines – je commence la quatrième saison. Spécialement les vêtements au crochet des filles. Du coup, j’ai très envie de me remettre au crochet. Je savais en faire quand j’avais vingt ans, ma grand-mère m’avait appris, mais je n’en ai pas fait depuis. Je crois que je vais me procurer le nécessaire. J’ai très envie aussi de continuer à travailler mon corps, à le sculpter et l’assouplir au mieux, à la maison, à la salle de sport, en extérieur… et me vient à l’esprit l’expression « culture physique ». Mon père, à l’époque, faisait de la culture physique, après avoir fait aussi de la lutte gréco-romaine, de l’haltérophilie et de la gymnastique artistique (barres parallèles…), entre autres sports et activités (chant, musique, militantisme, et il lisait aussi, tout cela en plus de son travail d’ouvrier du bâtiment). Est-ce qu’en vieillissant je me mets à ressembler à mon père quand il était jeune ? Ou à moi-même quand j’étais jeune. Les voies du corps et de l’esprit… Mon père est mort après avoir perdu la mémoire de tout ce qui n’était pas sa jeunesse, mais passé quatre-vingts ans il avait toujours un beau corps. Peut-être qu’ainsi il m’a légué le meilleur de lui. J’espère garder ma tête, et pas seulement mon corps, mais c’est beau de garder son corps alors que la tendance paresseuse ordinaire est de le laisser s’abîmer. J’ai donc envie de garder un beau corps, et de l’habiller avec des vêtements uniques, faits de mes mains, au crochet. Voilà de la culture, de la culture physique, belle et bonne à vivre. Et je lis, et je traduis, et j’écris, et parfois je peins, et j’ai fait de la musique, et je fais tellement tout, et je peux tellement tout faire, c’est à la fois une merveilleuse exaltation et, comme si tout se réunissait en moi, une magnifique paix.

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Les ateliers d’artistes du 59 Rivoli en 22 images

Squat à l’origine, le 59 rue de Rivoli est aujourd’hui occupé par un collectif d’artistes, avec ateliers et expositions, une galerie un peu sauvage comme aux Frigos. Les artistes changent, les œuvres aussi, voici quelques-unes de celles que j’y ai vues aujourd’hui.
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aujourd’hui à Paris 1er, photos Alina Reyes

Éducation nationale : banalité du mépris

Malgré la fatigue et le mal de gorge contracté pendant ces deux heures enfermée dans une salle minuscule avec trente élèves, je suis allée à la salle de sport évacuer la bêtise du monde, qu’il faut toujours de nouveau évacuer. Là au moins, à la salle, la sagesse sanitaire est de rigueur, il y a du savon aux lavabos, et partout, du gel hydroalcoolique et de quoi désinfecter les éléments des machines qu’on touche, avant de s’en servir et après s’en être servi, et un espace suffisant entre les personnes, surtout aux heures où j’y vais. Je suis rentrée deux heures après en pleine forme, et cette nuit j’ai dormi comme un bébé.

Outre le mépris manifesté par l’institution – le rectorat refusant de répondre à ma question « quel sera mon salaire ? », le lycée n’ayant en rien préparé mon arrivée (alors que les élèves étaient sans prof depuis la Toussaint), l’absence de mesures sanitaires dans l’établissement (entassement des gens, ni savon ni gel au lavabo) malgré des cas de Covid évidemment, mépris des profs et des élèves reflété en cercle vicieux dans le manque de respect des élèves envers leurs camarades et envers leurs enseignants, outre la banalité du mépris dans cette institution donc, ce qui m’avait replongée dans le cauchemar pédagogique fut le rappel que me donna une prof de français dans la salle des profs : en seconde, l’essentiel est de leur faire apprendre la structure des phrases (là, elle me rappela un tas d’appellations grammaticales) « pour qu’ils puissent comprendre le sens d’un texte ». Depuis quand les humains doivent-ils être capables de déconstruire un texte pour le comprendre ? La grammaire, la linguistique sont des sciences précieuses pour étudier le fonctionnement des langues, mais ce que je n’ai que trop constaté, c’est que la déconstruction, dans les apprentissages de la littérature, a pris le pas sur la compréhension. Ce que la pédagogie méprise, c’est la recherche des sens profonds du texte. Je l’ai maintes fois constaté et je me suis âprement battue contre cet aveuglement, comme en témoigne mon journal de prof, que je mettrai en ligne prochainement.

N’étant pas sûre que les siècles précédents aient été beaucoup plus intelligents, je ne parlerai pas de perte de sens, mais du manque de sens, contre lequel l’humain – c’est ce qui fait son humanité – doit toujours se battre, et du chemin vers toujours plus et mieux de sens que l’humain – c’est ce qui fait son bonheur et sa liberté – doit toujours de nouveau accomplir. Un chemin qui passe par le refus du mépris, de soi et d’autrui : on n’avance pas ni ne fait avancer personne en se laissant piétiner. Les bonnes intentions sont pavées de cadavres et autres phrases démembrées. Je ne marche pas à l’intention, mais à l’acte. Je ne retournerai pas au lycée. La non-acceptation du système du mépris est un acte de résistance civile, une façon de renverser les tables garnies de pigeons et autres vivants à sacrifier.

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