Bonne année !

Nous nous souhaitons bonne année pour l’année qui vient, c’est bien, mais n’oublions pas de nous dire aussi, intimement, bonne année pour l’année passée : de nous rappeler tout ce que nous estimons digne d’être retenu dans le temps vécu.

fevrier,,-minAprès la crue de la Seine en janvier, à Paris la péniche en béton de Le Corbusier a coulé

fevrier,-minNeige en février à Paris, ici en face de la Grande mosquée

fevrier,,,-minFévrier à Édimbourg, l’université la nuit

mars,-minMars à Edimbourg, encore plus magnifique sous la neigemars-min

mars,,,-minMars, après un cours au Collège de France

mars,,-minMars, sous-sol du château de la Roche-Guyon, où j’ai participé à une journée d’étude

avril,,-minAvril sur l’île Saint-Louis à Paris, j’étais en heureuse compagnie

avril,-minToujours en avril à Paris, manifs et cerisiers en fleur

avril-min

mai-minAvril-mai : à la fac de Tolbiac occupée et taguée, où j’ai animé un atelier d’écriture

mai,-minMai, la façade du McDo face au Jardin des plantes, après la manif où Benalla s’illustra

mai-minMai à l’université de Cergy-Pontoise, où je suis allée remettre ma thèse

juin-minJuin à Paris, je colle des post-it un peu partout

juillet-minJuillet, vue de ma chambre d’hôpital à la Pitié-Salpêtrière

juillet,-minJuillet, lotus au Jardin des plantes

octobre-minOctobre, travaillant à la bibliothèque des chercheurs du Muséum

octobre,-minOctobre, au Mont-Saint-Michel

octobre-minOctobre, à Saint-Malo

novembre-minNovembre, à la Pitié-Salpêtrière, où je continue les soins après une deuxième opération en septembre

novembre,-minNovembre, au bord de la Loire, où nous sommes allés notamment à Chambord et dans la maison de Léonard de Vinci

novembre,,-minFin novembre, place d’Italie où tous les travaux vont être promptement terminés avant la manif des Gilets jaunes

décembre-minDécembre, mes quatre fils réunis dans les Pyrénées et un Noël en famille, de 4 à 62 ans

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2018, photos Alina Reyes

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Bonne année !

Mes phrases à travers siècles

lilithEn ces jours symboliques de passage du temps, quelques phrases de mes livres et autres écrits comme autant de projecteurs sur ce qui est passé, ce qui se passe, ce qui se passera.

Dans mon roman Lilith (éd Robert Laffont, 1999, anticipation située dans Lone, une ville-monde, et dont la narratrice est paléontologue, directrice du Muséum d’histoire naturelle, livre préfigurant entre autres l’effondrement d’un ordre inique du monde, la crise dévastatrice du réchauffement climatique et la vague #MeToo) :

 » – Il y a toujours eu des dominants et des dominés, vous savez, disait une mère de bonne famille interrogée à la sortie de l’école. Ils seront pareils une fois adultes, c’est normal !
– Et ton gosse, pétasse, c’est un dominant, évidemment ! hurla le chauffeur. Si tu te fais braquer dans la rue par un camé, ça sera qui, le dominant ?  Ces conneries me tuent, conclut-il en me regardant dans le rétro. Ils sont en train de tuer Lone. Ils ont peur de la fin, alors ils la précipitent… Moi je vais me casser. Je tiens pas à être là quand ça va péter. »

« À travers Lone de grands primates policés par millions se croisent et se désirent, enfermant leur désir derrière des murs et des vêtements, l’évacuant dans l’art, la folie ou la mort – mais bien plus nombreux sont les fous et les morts, mêmes vivants. Car le singe nommé homme est un génie, et un dégénéré. »

« Ce millénaire sera celui du temps du rêve, où l’esprit humain et le monde ne feront plus qu’un même et vaste espace mental, peuplé de rêves et de visions…
– Ou bien celui du temps de la guerre…, dit Leïla. »

« Dans la bagarre je lui arrachai sa barbe, qui était fausse. Je ne m’en rendis pas compte sur le coup mais j’en ris beaucoup, après. Quand tout fut fini, son visage enfin immobile, son postiche arraché et son chapeau tombé, je reconnus T. T., Thomas Tuvu, un ami de Rudolf, et le plus célèbre présentateur du journal télévisé. »

« Les premières émeutes naissent spontanément dans les quartiers est de la ville. Sauvagement réprimées, elles font deux morts et plusieurs blessés parmi les manifestants. »

« Depuis des années beaucoup s’attendaient à une révolution violente. Mais la violence s’est infiltrée si profondément au cœur des corps qu’elle ne sait plus en sortir et les mange de l’intérieur.
La ville restait sans maire, la préparation de nouvelles élections se trouvant sans cesse retardée par des problèmes administratifs aussi complexes qu’incompréhensibles. Depuis longtemps l’administration n’était plus qu’une énorme ogresse impotente, une grosse machine aux rouages rouillés et dangereux. (…)
Cependant les balayeurs continuaient à balayer, les éboueurs à ramasser les ordures, les flics à faire leurs rondes, les écoles à encadrer les enfants, les médias à médiatiser, les spéculateurs à spéculer, les hôpitaux à se cogner la douleur de la ville, les morgues à encaisser les morts et les incinérateurs à les faire cramer.
Lone était un paquebot géant affairé à sombrer très lentement dans l’insondable océan et bien sûr quelques-uns, trop lucides ou paniqués, sautaient par-dessus bord avant la fin, mais la plupart fermaient les yeux sur le naufrage et continuaient à nettoyer les ponts et à entretenir les salons et les cabines, comme si cela devait suffire à maintenir le bateau sur l’eau. Fluctuat et mergitur.« 

« À cause de la chaleur les plus faibles, vieux, jeunes enfants et malades commencent à mourir. Des bouches de métro et d’égout on voit sortir des larves humaines par centaines, souvent mortes, mais parfois encore horriblement vivantes. Microbes et  virus se propagent à toute allure, semant la mort avec une gloutonnerie sauvage. »

« José erre dans l’hôpital, en quête d’un médecin ou d’une sage-femme, elle est seule dans le couloir avec sa douleur. Des allées et venues se produisent autour d’elle, mais personne ne semble la voir ni l’entendre. »

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titre-minCes thèmes, ainsi que ceux du racisme, du sexisme, de l’immigration, de la domination politique et religieuse, sont mis en scène dans beaucoup de mes livres, notamment dans Poupée, anale nationale, dans Moha m’aime, dans Corps de femme et dans Politique de l’amour, tout particulièrement dans Forêt profonde, également dans Souviens-toi de vivre… Je ne vais pas tous les citer, voici simplement quelques phrases de ma thèse Écrire (2018, en ligne sur ce site) :

« L’homme est un être qui trace : qui suit à la trace, et qui trace ce faisant des lignes, de ses doigts sur toutes sortes de parois comme de tout son corps dans l’espace où il se déplace (j’aime spécialement l’emploi intransitif du verbe tracer pour exprimer le fait de marcher à vive allure, ou, en botanique, l’action de ce qui est traçant : des racines notamment). »

« L’art, la littérature, ne sont pas des reproductions de l’être mais des mécanismes à réveiller la conscience de l’être. Mécanismes comparables à l’allégorie de la Caverne de Platon, faite pour réveiller la conscience des hommes face au mur de représentations humaines qui ne sont pas plus des êtres humains que la pipe ou la pomme peintes par Magritte ne sont une pipe ou une pomme. »

« L’écriture pourrait être considérée comme une lecture de notre sang, une traduction, une interprétation de la langue portée par l’écriture qui constitue notre sang. »

« À ce stade de notre histoire, il nous faut toujours continuer à chercher la lumière, et dans cette quête le sang que nous devons faire couler, dans un cadre bien pensé, n’est pas d’hémoglobine mais d’esprit : ce qu’il nous faut tuer, c’est ce qui a rassis en nous au cours des millénaires, ce qui continue à œuvrer mécaniquement, ayant perdu son sens. »

« Notre cheminement tient du ruban de Möbius, sauf que nous ne tournons pas sans fin dans la nuit ni ne finissons consumés par le feu, comme le dit en en palindrome latin Guy Debord : le ruban sur lequel nous évoluons a bien davantage de dimensions que celui de Möbius. Si bien que nous ne repassons jamais exactement aux mêmes points, les courbures de l’espace-temps changeant continuellement le paysage. Ce qui semble fermé s’ouvre, et de même que nos ancêtres gravèrent des signes sur les coquilles ou à l’intérieur de ces autres coquilles que sont les grottes, un poussin de signes a grandi dans notre thèse, et voici que, frappant en sa conclusion, il la fend et en sort (…) »

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Mes 13 femmes de l’année et de l’avenir

Elles sont ce que je peux souhaiter de meilleur pour l’humanité qui vient. Mes femmes de l’année et de l’avenir sont d’abord deux jeunes filles de 16 et 14 ans, scientifiques et artistes, polyglottes, sportives et lectrices, fortes psychiquement et physiquement, d’un grand courage, sachant vivre dans différents pays et différentes conditions, en ville et dans la nature, à la dure, en route vers leur liberté accomplie. Les voyant, je vois sortir de moi, de nous, un peuple de justes.

Et de ma tête, et de mes mains, sortent des personnages qui s’écrivent, des figures qui s’esquissent et se dessinent. Voici celles de cette année 2018 qui s’achève  :

joconde roulée-min

h-min-1

t-min

la pensée-min

J'ai fait ce collage ce soir et je l'intitule Autoportrait en fête

obliques-min

h-min

evolution-min

figure-min

h,-min

t,-min

parfum-min

rando-min

 dessins et collages Alina Reyes

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Vallée de Barèges

Dans la série « Habiter poétiquement : des lieux en photos », voici celles que j’ai faites ces jours derniers dans la vallée de Barèges. Par un Noël sans neige mais doux et radieux (alors que plus bas, Lourdes est restée sous une chape nuageuse de plomb), ce fut l’occasion de faire de magnifiques balades en famille – il va falloir s’y habituer, et les stations devraient s’y faire, au lieu d’investir dans de dévastateurs et coûteux équipements pour maintenir les domaines skiables : il n’y a pas que le ski dans la vie, et la montagne fait toujours un bien fou.

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barèges 2-minFace à la grange, les crêtes à isards et les couloirs d’avalanche

barèges 1-min*

barèges 2-min-1Du plateau du Lienz, la vallée de la Glère, un départ pour l’ascension du pic du Néouvielle

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barèges 1-min-1La Piquette. Tout change tout le temps à la montagne, tout en ayant l’air immobile. Selon les lumières, les heures, les saisons… et aussi selon la perspective. Le même massif, vu d’un autre côté le lendemain :

barèges 12-minLe triangle pierreux à gauche de la photo est celui de la photo précédente, mais cette fois la perspective ne cache pas la crête saupoudrée de neige qui le surmonte à l’arrière.

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barèges 4-minLe gave qui a dévasté la vallée en 2013 coule maintenant dans son lit élargi.

barèges 5-minUn tag dans un recoin en haut du village de Barèges

barèges 6-min

barèges 3-min-1Apparaît au-dessus des toits le splendide massif de l’Ardiden

barèges 8-min

barèges 9-minEncore la Piquette, à l’arrière-plan, et devant à gauche la forêt de la Laquette

barèges 10-minDe nouveau l’Ardiden

barèges 11-min

bois et os ; et lux perpetua luceat eis

barèges 13-min

barèges 14-minLe pic de l’Ayré avec sa forêt (« ma » forêt)

barèges 15-minMontagnes à estives et pics altiers, les Pyrénées encaissées et sauvages

barèges 16-minDerrière la crête, le pic du Midi avec son observatoire et son antenne

barèges 17-minLe village de Sers ; à l’arrière-plan celui de Betpouey. La route et le gave descendent vers Luz

barèges 18-minLa lumière dessine

barèges 19-minLe ciel et la montagne s’épousent

barèges 20-minRetour de balade, à Barèges la nuit tombe

barèges 3-minet à la grange, c’est toujours Noël

ces 25, 26 et 27 décembre 2018, photos Alina Reyes

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Le temps de lire, de penser, de rêver, de marcher, d’aimer

sapin de livresC’est tout le temps que je souhaite en cette fin d’année à celles et ceux qui peuvent prendre quelques jours.

J’ai reçu cette image de sapin de livres dans un mail de la Sorbonne, je vous la partage. Si vous êtes loin des librairies et des bibliothèques (et même si vous êtes près), n’oubliez pas qu’ici à cette adresse vous avez de nombreuses lectures disponibles, que ce soit le blog lui-même, notamment avec ses notes de lecture, son Journal de mon corps et âme…, ou les livres mis gracieusement en ligne, ainsi que ma thèse, qui comporte une partie théorique et une partie fictionnelle. Sur le site se trouvent aussi une petite quinzaine de mes livres numérisés, téléchargeables à tout petit prix. Et le grand livre Voyage en papier, édition et couverture maison, un beau cadeau.

Bonnes lectures !

* Vous pouvez aussi voir mon compte twitter, actif surtout en « réponses », et refusant les followers anonymes