Images du soir, espoir :)

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Je ne fais pas des dizaines et des dizaines de kilomètres à vélo comme O pour accomplir les actions poélitiques de Madame Terre – notre forme de street art ou land art – mais je me promène toujours à pied dans mes quartiers, où les rues offrent des scènes intéressantes et où les murs constamment fleurissent et refleurissent !

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Madame Terre chez Samuel Beckett à Ussy-sur-Marne

Comme le bricolage sur le plan technique, la réflexion mythique peut atteindre, sur le plan intellectuel, des résultats brillants et imprévus. Réciproquement, on a souvent noté le caractère mythopoétique du bricolage : que ce soit sur le plan de l’art, dit « brut » ou « naïf » ; dans l’architecture fantastique de la villa du Facteur Cheval, dans celle des décors de Georges Méliès (…) La pensée mythique n’est pas seulement la prisonnière d’événements et d’expériences qu’elle dispose et redispose inlassablement pour leur découvrir un sens ; elle est aussi libératrice, par la protestation qu’elle élève contre le non-sens, avec lequel la science s’était d’abord résignée à transiger.
Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage
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le long du canal vers chez beckett

cheval beckett

cheval et bateau beckett

canal beckett

mme terre vaches beckett

mme terre hayden beckett

mme terre rue samuel beckett

mme terre plaque beckett

mme terre maison beckett

maison beckett

prise de terre chez beckett

mise de terre chez beckett

mme terre fenetre beckett

cafe ussy beckett

paysage beckett

canal retour beckett*

Ce samedi 30 juillet O est allé, toujours à vélo (quelque 130 km aller-retour cette fois !) accomplir notre dixième action poélitique de Madame Terre à la petite maison que s’est fait construire et où vivait Samuel Beckett à Ussy-sur-Marne, rencontrant au passage trace de son ami le peintre Henri Hayden. Une maison isolée dans une belle nature, où Beckett faisait aussi du vélo : « Je prends ma bicyclette et grimpe les côtes en me refusant à mettre pied à terre », écrivait-il en 1957 à son amie Ethna MacCarthy.

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à propos d’aimer & cie

tag tag 2 tag 3 tag 4hier à Paris 5e

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Conjuguer aimer, pardonner, faire des enfants, créer, avec il faut, comme si cela dépendait de nous, c’est vouloir donner des ordres à Dieu, ce qui est très mauvais. Ce n’est pas notre moi qui aime, qui pardonne, qui fait des enfants, qui crée, c’est Dieu à travers nous. C’est-à-dire cela se fait par soi-même. Sinon, c’est que ce n’est pas bon, pas vrai, faussé. Apprendre l’abandon, voilà la source du « cela se fait par soi-même », c’est elle qu’il faut retrouver, et là on peut dire il faut car le chemin est l’ascèse spirituelle, et chacun peut le suivre volontairement.

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« Illuminations » de Rimbaud-Nouveau, une œuvre absolument moderne

« Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux », s’exclament les poètes dans « Matinée d’ivresse », le poème des Illuminations où ils mentionnent leur « méthode ». Les enfants, ce sont eux, rieurs comme on l’est à leur âge (Nouveau en particulier l’était fort) et s’adonnant à ce jeu excitant ici appelé « poison » ( comme le stupéfiant dont Baudelaire disait : « sous l’empire du poison, mon homme se fait bientôt centre de l’univers »), en lequel ils ont « foi », qu’ils ont inventé pour écrire une « œuvre inouïe » puisque écrite à deux, par un « corps merveilleux », surnaturel, « promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés », corps et âme créés par eux en donnant « notre vie tout entière tous les jours » (formule christique mais sans l’idée de sacrifice, dont nous avons vu qu’elle était évacuée dans « Génie ») afin de peindre ces tableaux (« chevalet féérique ! ») d’une nouvelle révélation, où, nous l’avons vu, la vérité souvent se voile en se disant dans l’inversion : « nous si digne de ces tortures ! » (Rimbaud étant de ceux, disait-il ailleurs, qui chantent sous la torture) « Voici le temps des Assassins ».

Assassins qui sont en fait « deux enfants fidèles », avec leurs « quatre yeux étonnés », comme il est dit dans les « Phrases », ou bien des « ouvriers », et aussi, dans le poème éponyme, « des orphelins fiancés ». Deux poètes qui tantôt semblent écrire en se répondant, chacun ajoutant son coup de pinceau au tableau, une phrase après l’autre (alternance parfois indiquée par des tirets ? en tout cas on a tort de les enlever à l’impression, entre les derniers mots de « Génie »), ou bien quelques phrases de l’un alternant avec quelques phrases de l’autre, voire un poème ou parfois un récit de rêve après l’autre, se coulant dans la même écriture, le même être, mais chacun avec son existence, ses souvenirs, ses émois, ses blessures : « Que j’aie réalisé tous vos souvenirs », dit « Phrases » où on lit aussi « en une maison musicale pour notre claire sympathie ».

« Jeunesse I » livre des éléments sur leur façon d’œuvrer. La « demeure » y est occupée par la « descente du ciel et la visite des souvenirs et la séance des rythmes », et on peut se demander s’il n’y avait pas une forme ritualisée de ces séances, un démarrage peut-être vaguement comparable aux séances de spiritisme pratiquées par Hugo – alors « les calculs de côté » ne seraient pas à entendre comme les calculs mis à l’écart, mais les calculs obliques pour déclencher l’inspiration. Quoiqu’il en soit, viennent ensuite les visions, animaux et personnages se présentent à l’un et à l’autre qui en font des phrases poétiques. Et si « le monde de l’esprit » est associé à une « descente du ciel » dans la première phrase du poème, ce que la dernière phrase appelle « l’œuvre dévorante »  « qui se rassemble », maintenant « remonte ». « Dans les masses », trouve-t-on écrit dans les éditions imprimées. Or sur le manuscrit on lit « dans les mosses ». Ce n’est pas du français ? Dans le même texte, « desperadoes » non plus : c’est un mot espagnol employé à l’anglaise, avec le pluriel de cette langue. « Mosses » en anglais signifie marécages, ou mousses. Ni Freud ni Breton n’ont encore parlé, mais Rimbaud et Nouveau par leur « étude » en acte savent que si l’inspiration vient de « l’inévitable descente du ciel », l’œuvre, elle, « dévorante », remonte avec « bruit » (les phrases qui sortent) des profondeurs terriennes, humides, primitives de l’être.

« Matinée d’ivresse » est souvent commenté comme l’évocation d’une séance de haschich, Hortense dans « H » est vue comme la masturbation ou la prostitution… Comme diraient les auteurs des Illuminations, « la musique savante manque à notre désir ». Ni Rimbaud ni Nouveau ne s’en tenaient à des évocations aussi plates et ignorantes, pour ne pas dire misérables. Ne nous laissons pas aveugler par le caractère « scandaleux » des poètes, ne laissons pas le trivial de notre regard plomber et occulter leur œuvre, puissamment subversive et ressuscitante. Car si « cela commençait par toute la rustrerie, voilà que cela finit par des anges de flamme et de glace » (« Matinée d’ivresse »).

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