L’œil en éveil. L’oreille, la corde vocale, le corps entier aussi (note actualisée)

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Samedi après-midi : j’actualise la note avec quelques images du jardin des Plantes enneigé aujourd’hui

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J’ai dit, en regardant par la fenêtre : « bon, on attend la neige », et quelques secondes après la neige s’est mise à tomber. Rien de magique, c’est juste que la couleur de l’air m’avait prévenue. Nous avons si souvent le nez sur nos smartphones ou nos écrans que nous ne regardons pas beaucoup vers le haut. Ni vers ailleurs. Parfois des gens s’arrêtent un instant, surpris, quand ils me voient prendre une photo. Surpris parce qu’ils se demandent ce que je peux bien être en train de photographier. Eux n’avaient rien vu. Ils me le disent, parfois. Et parfois en profitent pour entamer une petite conversation.

Notre rapport au monde a bien changé avec la technologie, nous le savons tous mais n’y faisons pas toujours attention. Je pense aussi à la musique. Avant les enregistrements, il n’y avait que le concert comme moyen d’entendre la musique savante. On l’écoutait une fois, et puis c’était fini, ou il fallait attendre un autre concert pour la réentendre. D’un autre côté, la musique populaire était sans doute plus vivante, dans la mesure où les gens chantaient beaucoup dans leur vie quotidienne.

Exercer ses sens et son corps, voilà le secret de la joie et de la pensée fraîche. Je me suis procuré de petits haltères et de temps en temps je fais un peu de musculation et de barre au sol pour changer du yoga quotidien. Je marche pas mal et je cours un peu, quoique moins par ces temps gris. La médecin à l’hôpital (visite de routine) m’a demandé si j’avais une bonne alimentation et sans attendre ma réponse a dit : « Oui, et je vois que vous faites de l’exercice ». Je referais bien de la danse, je referais bien du chant choral, on verra ça quand la pandémie sera finie. Je traduis, je peins, je lis, j’écris. Je cantille le Om chaque matin après l’exercice, en tenant la note le plus longtemps possible. Je vais bientôt faire tatouer mon sein reconstruit, avec un tatouage d’art jusqu’à l’épaule. Il faut sans cesse rendre à la vie les couleurs qu’essaient d’effacer les voleurs. Le blanc est l’une des plus belles.
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Hier (le store) et aujourd’hui (la neige) à Paris, photos Alina Reyes

Marcher dans les airs, Capitole et #MeToo : journal intime et chronique publique

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Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Refait cette nuit ce rêve très ancien et récurrent où je marche en lévitation à plusieurs mètres au-dessus du sol, m’élevant à volonté au-dessus de la ville et du paysage, goûtant la caresse des feuillages bruissants. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort et malgré ma joie je veillais à ne pas me laisser emporter, à tenir fermement ancrée dans les airs comme sur terre.

Je continue à actualiser la note sur l’affaire du Capitole, en espérant une destitution de Trump, qui est d’autant plus dangereux qu’il est loin d’être seul. Très soutenu par une large partie de la population et par des groupes d’extrême-droite violents – suprémacistes, néonazis, etc. – dont le but déclaré est de déclencher une guerre civile. Ceux qui, ici en France, pleurnichent parce que les réseaux sociaux ont enfin pris leurs responsabilités en fermant les comptes de Trump sont très inquiétants eux aussi. C’est avec ce genre de faiblesse face aux forces de mort, de complaisance avec les semeurs de mensonge, et de déni des libertés et responsabilités individuelles (en l’occurrence celle de ces réseaux sociaux privés) qu’on laisse monter et s’installer les fascismes.

« «Toujours nier» : c’est la réponse de Donald Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les accusations de harcèlement sexuel. » Nécessaire tribune de l’historienne Laure Murat dans Libé aujourd’hui : La sinistre exception culturelle du #MeToo à la française (en accès libre). Elle note que « Si les cas de pédocriminalité ne sont pas les seuls du #MeToo à la française, loin s’en faut, ils ont été, et de loin, les plus médiatisés, les seuls à vraiment retenir l’attention et à être pris au sérieux » et que « Ces affaires, portées par la presse, écœurent le public mais n’ébranlent pas les institutions. Comme si l’essai n’était jamais transformé, ni l’événement suivi d’une réforme de fond ». La marque d’une vieillesse délétère du pays, qui n’a élu un président jeune que parce qu’il était porté par des vieux, étant lui-même vieux dans sa tête depuis son enfance, et resté à la fois immature et vieux, parfait représentant de la caste intellectuelle qui se tient au pouvoir et empêche les réformes de fond des mentalités et la libération des vieilles dominations.

"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4

Pour mieux voir mes derniers collages, peintures etc., et leurs détails voir mon compte Instagram

Du racisme et de l’obscurantisme linguistiques

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ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Un jour, l’auteur catholique et occitan Bernard Manciet, à qui je venais d’être présentée alors que je me trouvais là avec mon bébé, m’agressa verbalement avec beaucoup de grossièreté en apprenant le prénom de ce dernier, qui ne sonnait pas suffisamment français, ni sans doute suffisamment chrétien, à son oreille. Puis il s’esquiva aussitôt, comme font ces gens qui veulent dominer sans prendre de risque – comme font aussi les hypocrites. Je n’eus pas le temps de le rembarrer ni de lui dire que ce prénom à consonance anglaise venait du grec, du nom Dionysos (un dieu qui, il est vrai, n’est pas en odeur de sainteté chez les cathos, mais fait de beaux hommes et de belles femmes de théâtre). Marie-Joseph, Jean-Romain, Marc, Anne et Claire, tels étaient les prénoms corrects de ses enfants à lui. Et son racisme linguistique était de la même trempe que celui de Zemmour reprochant à Hapsatou Sy son prénom. Un racisme de religion, mais aussi de sexe et de caste – auquel bien sûr il faut ajouter un racisme fondé sur la couleur de peau pour Hapsatou Sy – car ce bourgeois avait comme ceux de sa classe un sentiment de supériorité qui trouvait particulièrement à s’exprimer dans le mépris de la femme, et qui plus est de la femme du peuple.

Le racisme linguistique est très répandu sous ces formes évidentes de dévalorisation de différentes expressions linguistiques. Le dénigrement de certains prénoms, mais aussi de certaines langues à l’intérieur de la langue, sont une arme capitale de la domination bourgeoise, qui ne veut et ne peut reconnaître que ce qui appartient à sa propre norme. Il ne s’agit pas seulement de noms, de vocabulaire. Les plus ringards n’acceptent pas la langue des rappeurs, par exemple. « On ne comprend rien à ce qu’ils disent », me dit un jour l’un d’eux. Les mêmes qui ne comprennent rien non plus à ce que Rimbaud ou d’autres poètes disent trouvent pourtant admirable la langue de Rimbaud et de tout autre poète passé dans la culture bourgeoise, récupéré, intégré à cette culture sans qu’il soit besoin d’y comprendre quelque chose. Les bourgeois les plus futés, eux, font en sorte de récupérer ceux qui parlent une autre langue que la leur, toujours afin de la dominer mais d’une autre façon que par le mépris direct.

Le racisme linguistique est à l’œuvre aussi dans le jugement porté non seulement sur les tournures de phrases mais aussi sur les tournures de textes entiers. Le meilleur exemple qu’on puisse en donner est sans doute celui du Coran, auquel tant d’intellectuels reprochent sa construction qu’ils jugent, parce qu’ils n’y comprennent rien, anarchique, désordonnée, donc dangereuse. BHL aussi bien que Salman Rushdie rêvent de le démolir, de le réécrire à leur façon, selon les classifications et le bon ordre bourgeois, dûment chapitré, par lesquels ils règnent. Les mêmes qui admireront les rêveries de « livre de sable » de Borges, auteur convenable, détesteront un livre de sable s’il s’en présente un ; comme admirant un Rimbaud mort, ils détesteront un Rimbaud vivant s’il s’en présente un.

Leur volonté normative est politique mais aussi religieuse dans le sens où elle s’oppose à toute réelle spiritualité comme à tout réel travail de la raison. Plutôt que d’essayer de comprendre le sens des langues étranges, comme la science essaie de comprendre toute étrangeté, soit paresse intellectuelle, soit peur d’un autre pouvoir que le leur, soit les deux à la fois, ils s’en tiennent au dénigrement ou à la récupération. Ils se sentent investis du pouvoir de dire ce qui est la norme, de rejeter ce qui est hors normes, ou de le faire entrer dans leur norme comme on jette une couverture sur un corps, pour ne pas avoir à l’étudier, ne pas avoir à en être instruits, ne pas avoir à en changer. Ce faisant, tout en prétendant œuvrer pour les lumières, ils œuvrent contre elles, contre leur avancée, dans un obscurantisme aussi inconscient que sot.

Journal du jour

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"Piano", technique mixte sur papier A4

« Piano », technique mixte sur papier A4


"Human Being", technique mixte sur papier A4

« Human Being », technique mixte sur papier A4

J’avais demandé pour Noël un CD du Sacre du Printemps, j’ai eu un coffret collector de 38 enregistrements de l’œuvre par autant de chefs et d’orchestres différents sur plus de soixante ans. Bel exercice d’écoute pour quelqu’un qui comme moi pratique la traduction. Magnifique à écouter tout en peignant, ce que je fais depuis Noël donc, et qui n’est peut-être pas sans influence sur mon inspiration. Le coffret est sorti en 2012 pour le centième anniversaire du Sacre (1913) et il est devenu une rareté : O a fait plus de quarante kilomètres à vélo dans le froid et la pluie pour aller le chercher là où il l’avait repéré en ligne. Voilà un cadeau !

M’étant un peu blessée au yoga (petite chute sur le coccyx) puis en courant et en marchant (syndrome du piriforme), j’ai fait des exercices à la maison pour guérir tout ça et j’ai évité de sortir pendant quelques jours. C’était aujourd’hui ma première promenade de l’année, je l’ai faite avec O, nous sommes allés voir les canards au jardin des Plantes, c’était de circonstance, par ce froid du même nom. J’adore les canards. Et tous les oiseaux. Et tous les animaux. Toutes les plantes, toutes les pierres, tout.

Comme je ne pouvais pas rester assise trop longtemps avec ma petite blessure, j’ai moins traduit ces jours derniers, mais ça va mieux et je m’y suis remise. Je m’amuse et je me désole tout à la fois de constater le sexisme de la plupart des traducteurs qui m’ont précédée. Quand Homère dit que Pénélope est sage, intelligente, eux traduisent « chaste » (même si l’adjectif grec n’a pas du tout ce sens ; du reste quand Homère l’applique à un homme, ils ne traduisent jamais par chaste mais bien par son sens réel). Quand Homère dit qu’Hélène « à la longue robe » va se coucher auprès de Ménélas la nuit venue, eux traduisent « aux longs voiles », la fantasmant sans doute comme une espèce de Salomé se livrant à une danse suggestive devant Hérode. Quand Hélène évoque son impudence passée, avec le mot grec qui signifie à la lettre « regard de chien », ils lui font dire « ma face de chienne », ce qui est comme si on faisait dire à un philosophe cynique qui parlerait de son cynisme « chien que je suis » parce que cynique, à la lettre, signifie « de chien ». Quand Homère dit qu’Hélène est semblable à Artémis aux flèches d’or, ils traduisent « à la quenouille d’or » – là aussi en dépit du fait que ce n’est pas du tout le sens du mot grec – d’ailleurs que ferait Artémis, déesse de la chasse, d’une quenouille ? Bref, contrairement à Homère, ils ramènent sans cesse les femmes du texte à la condition domestique et inférieure qu’ils ont intériorisée. Ne serait-ce que pour ça, ma traduction ne devrait pas être inutile.

"Human History", technique mixte sur papier 24x32 cm

« Human History », technique mixte sur papier 24×32 cm

La mort aboie, l’humanité passe

"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

J’ai fêté le passage à l’année 2020 avec beaucoup de monde dans un vieux cimetière à Édimbourg. On ne parlait pas encore de pandémie mais ce lieu était en quelque sorte prémonitoire. Thomas de Quincey, qui y repose, songerait peut-être que le coronavirus a réveillé les humains de l’opium de l’existence moderne dans laquelle ils sont plongés et qui leur donne un sentiment de toute-puissance, presque d’immortalité. Non nous ne sommes pas tout-puissants, oui des forces nous dépassent, toutes microscopiques qu’elles puissent être. Oui l’humain a pourtant sa grandeur, notamment grâce à la science qui permet de réagir et de sauver souvent. Et non il n’aime pas être réveillé, et perdant un opium il en cherche un autre, qu’on l’appelle complotisme ou tout autre délire occultiste lui permettant de fuir le réel.

Cette fois nous avons célébré le passage à 2021 en amoureux, O et moi, à la maison, avec du champagne et en regardant le très excellent film Parasite, de Bong Joon Ho, que nous n’avions pas encore vu, parabole sur l’état du monde actuel. D’autres dangers nous guettent, l’art nous en prévient mais nous ne sommes pas obligés d’y sombrer. Et l’art, la littérature, comme la science, peuvent nous fournir aussi des contrepoisons et des vaccins.

Voici les dernières petites peintures que j’ai réalisées ces derniers jours, entre le 29 décembre et le 1er janvier.

"Dragon", technique mixte sur papier A4

« Dragon », technique mixte sur papier A4


"Underground River", technique mixte sur papier A4

« Underground River », technique mixte sur papier A4


"Bouquet final", technique mixte sur bois 48x33 cm. J'ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu'un avait jetée dehors et que j'ai récupérée

« Bouquet final », technique mixte sur bois 48×33 cm. J’ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu’un avait jetée dehors et que j’ai récupérée


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"Painting", technique mixte sur papier A4

« Painting », technique mixte sur papier A4


"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

« Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow », technique mixte sur papier A4. D’après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j’ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

Bon passage à la nouvelle année ! avec les merveilleux Écossais

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Une poète, un styliste, des musiciens, des techniciens… Et beaucoup d’esprit. Avec des drones, on peut faire tout autre chose que de la police. Je rends grâce aux Écossais pour leur fantastique intelligence de la vie. Que ces merveilleuses images vous annoncent, malgré toutes les difficultés que nous traversons, une année pleine d’enchantements !

L’année dernière, j’ai eu la chance de fêter Hogmanay sur place, pour la deuxième fois : mes photos d’Edimbourg sont ici.

Lignes et points. Temps et supports pour méditer

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"Avenue", technique mixte sur carton entoilé 55x38 cm

« Avenue », technique mixte sur carton entoilé 55×38 cm

Sans méditation suffisamment profonde, nous sommes ballottés par la vie comme des jouets dans la tempête. Par manque de réflexion, nos actes nous entraînent sur des voies néfastes, produisent des effets néfastes. Les fins d’année, comme toutes les fins, sont propices à des méditations spéciales. On a l’habitude de considérer l’année écoulée, et de se projeter dans celle qui vient avec de bonnes résolutions, etc. Mais il est intéressant aussi de profiter des moments de congés que nous offrent un ou quelques jours fériés pour méditer sur le temps présent, sur l’éternel présent, d’ici, de maintenant et de tout le temps. Des très nombreuses formes et techniques de méditation que nous pouvons pratiquer, apprendre ou inventer – j’ai souvent ici parlé du yoga, notamment – le dessin, la peinture, le coloriage sont parmi les plus agréables et les plus efficaces pour « se vider la tête » des pensées parasites, y jouir de la paix et y laisser naître des pensées fraîches. Peinture et dessin sont des formes premières de l’écriture et sont bénéfiques au mieux lorsque lecture ou contemplation s’assortissent d’une pratique personnelle, si humble soit-elle.

J’ai écrit il y a quelques mois ceci, fruit d’une méditation qui me donne encore à méditer :

"Intérieur fourré", technique mixte sur papier A4

« Intérieur fourré », technique mixte sur papier A4

« Les hommes préhistoriques traçaient-ils dans les grottes des lignes superposées parce qu’ils avaient remarqué, ou senti, le phénomène de la superposition des phénomènes ? Quelque chose se passe dans tel espace, et se repasse, de façon décalée mais très comparable, dans tel autre espace, pour un même être situé dans les deux espaces. Si ce quelque chose est chargé de morbidité et si les deux espaces se rencontrent et se renforcent mutuellement, alors le risque mortel devient plus grand. Nos ancêtres préhistoriques, comme nous avaient besoin d’apprendre à réchapper des risques mortels, et la superposition des traits pouvait être, consciemment ou non, une expression conjuratoire du risque, parce qu’elle était d’abord le signe d’une connaissance. »

"Harmonic Attractor", technique mixte sur papier A4

« Harmonic Attractor », technique mixte sur papier A4

(Mes dernières repeintures d’anciens dessins)

Poème du jour

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Qu’importe le flacon dit le poète mais
Ce n’est pas l’ivresse c’est la dive bouteille
Qui m’a assassinée, amours illusoires et
Rêveries d’une enfant à tête sans pareille.

Et j’ai lu tous les livres dit un autre mais
Ce n’est pas le verbe c’est la bêtise humaine
Qui m’a assassinée, fausse intelligence et
Navrante inélégance des ombres malsaines.

Ô saisons, ô châteaux, caravanes, passez !
Ni la magique étude, ni votre passage
Ne m’ont assassinée, mais bien les vents mauvais,
Émanations des mares à équarrissages.

Calme orpheline, moi, j’ai cent fois traversé
L’Achéron et je sais par cœur toutes ses rives,
Entre lesquelles, vive, vainqueure, je vais,
Déshabillée du temps où sans cesse j’arrive.

Plus de gueules de bois ! Le sang tout pétillant,
Je bondis sur mes rimes. Les voici, fatales
Logiques de la vie qui voyage en mouillant
À tous les ports de joie sur ses mers aurorales,

Qui trace son chemin en cherchant constamment
À atteindre le bout de sa vibrante ligne
Pour revenir ensuite, attirée par l’aimant
De tout nouveau début, sa demande de signe

En réponse d’amour à l’éternel appel.
Qu’entendent à cela les âmes malsonnantes ?
Qu’importe, elles y vont, comme tous les mortels.
Où finissent nos peines, où nos joies éclatantes.

Beau solstice d’hiver, je salue le printemps
Que tu portes prégnant comme femmes et lunes.
L’antique poésie qui sait compter les temps
Avec ses balançoires, ses lyres, ses runes,

Je l’entends dans ton sein, loin d’aujourd’hui, tout près,
Rythmant de pas, de mots, l’aventure commune
De notre humanité, le fruit de ton retrait.
Eau-de-vie interdite, sans doute en suis-je une.

Noël, sacre du printemps : originalité dans la création (avec Haruki Murakami)

"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

"Life Is a Gift", technique mixte sur bois (fond et cadre d'un vieux miroir brisé) 38x48 cm

« Life Is a Gift », technique mixte sur bois (fond et cadre d’un vieux miroir brisé) 38×48 cm


Pourquoi faisons-nous des cadeaux aux enfants, et les présentons-nous comme venus du ciel ? Parce qu’eux-mêmes, en naissant, sont des cadeaux venus du ciel. La vie est un cadeau qui nous vient du ciel à chaque naissance, les nôtres, celles des autres ; et les cadeaux que nous faisons et recevons à l’âge adulte rafraîchissent en nous l’enfance. Noël est la fête de l’origine, de la joie que donne la survenue de l’original – ai-je songé cette nuit en lisant ces mots d’Haruki Murakami dans son livre Profession romancier, alors que j’ai demandé pour Noël un CD du Sacre du printemps, que j’ai tant et tant écouté dans ma jeunesse et que j’ai follement envie de réécouter :

"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

« Chant du monde », technique mixte sur papier A4


"How many People in the Universe ?", technique mixte sur papier 42x30 cm

« How many People in the Universe ? », technique mixte sur papier 42×30 cm


« Les Beatles. J’avais quinze ans lorsqu’ils sont apparus. Je crois que la première chanson d’eux que j’ai écoutée à la radio était Please Please Me, et j’en ai eu la chair de poule. Pourquoi ? Parce qu’il y avait là des sonorités que je n’avais jamais entendues. Tout simplement, j’ai trouvé cela génial. J’ai du mal à expliquer ce qu’il y avait là de si incroyable, mais c’était époustouflant. Environ un an plus tôt, j’avais ressenti une impression presque analogue en écoutant pour la première fois Surfin’ USA, des Beach Boys, à la radio. « Ah, ça, c’est extraordinaire ! » « Complètement différent ! »
En y repensant aujourd’hui, je comprends que mon émotion était due à l’originalité exceptionnelle des Beatles et des Beach Boys. Ils émettaient des sons que personne n’avait produits jusqu’alors, ils faisaient de la musique comme personne jusque-là. Qui plus est, d’une qualité sans pareille. Et ils avaient quelque chose de tout à fait spécial. C’était tellement clair qu’un adolescent de quatorze ou quinze ans pouvait le saisir immédiatement, même en écoutant ces chansons sur un pauvre transistor. En somme, l’affaire était toute simple.
Mais où résidait l’originalité de leur musique ? En quoi étaient-ils différents des autres musiciens ? Il me paraît extrêmement difficile de donner une réponse logique et argumentée à ces questions. Pour le jeune homme que j’étais, c’était une tâche impossible, et aujourd’hui encore, alors que je suis écrivain de métier, j’ai beaucoup de mal à le faire. Pour pouvoir fournir ce genre d’explication, il faudrait avoir les compétences d’un expert, mais, même avec cet éclairage théorique, le résultat ne serait peut-être pas très concluant. En fait, tout va bien plus vite quand on écoute leur musique. Écoutez-la, et vous comprendrez.
(…)
On pourrait dire la même chose du Sacre du printemps, de Stravinsky. Quand cette œuvre a été donnée à Paris en 1913, le public a été sourd à sa nouveauté et s’est livré alors à un chahut monumental, resté célèbre. Cette partition qui allait contre toutes les conventions avait stupéfié l’assistance. Mais, au fil des représentations, les réactions hostiles se sont calmées, et de nos jours Le Sacre du printemps est devenu extrêmement populaire. (…) Quand le public d’aujourd’hui écoute Le Sacre du printemps, il n’y a ni tumulte ni stupeur, les auditeurs étant néanmoins capables de ressentir la fraîcheur intemporelle et la puissance de cette œuvre. Cette émotion est en somme une référence mentale des plus précieuse. Un repère essentiel auquel ceux qui aiment la musique se raccrochent, et qui, pour une part, sert de base à leurs jugements de valeur. Pour aller à l’extrême, disons que, entre ceux qui ont entendu Le Sacre du printempset ceux qui ne l’ont pas entendu s’est instaurée une certaine différence dans la profondeur de leur compréhension musicale.
(…)
Pour qu’un créateur puisse être qualifié d’« original », il doit, à mon avis, satisfaire à ces conditions fondamentales :
1) Il faut qu’il possède un style qui lui soit propre (sonorités, manière d’écrire, formes, couleurs), clairement différent des autres, et qui doit être perceptible immédiatement.
2) Il faut qu’il ait la faculté de retrouver de la nouveauté. De se développer avec le temps. De ne pas stagner. Il doit posséder en lui-même une force de renouvellement spontanée.
3) Il faut que ce style personnel devienne un standard avec le temps, qu’il soit intériorisé dans l’esprit du public, qu’il soit érigé pour partie en norme. Qu’il devienne une source d’inspiration pour les créateurs suivants. »

*
Joyeux Noël !

Travailler comme au monastère

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Voici mes dernières repeintures, et en fin de note mes derniers « haïkus dans la rue ».

"To Meditate", acrylique sur toile 24x30 cm

« To Meditate », acrylique sur toile 24×30 cm


"Sirens", acrylique sur toile 30x30 cm

« Sirens », acrylique sur toile 30×30 cm

C’est une bonne chose que d’être en retraite, on peut travailler beaucoup plus. Je veux dire, le travail salarié a ses bonheurs, et ses côtés intéressants comme tout travail, mais souvent on y perd beaucoup de temps, soit à accomplir des tâches qui ne font pas partie de notre métier (des tâches administratives par exemple), soit à ne rien faire entre deux temps de travail. Une fois débarrassé de ces inconvénients, on peut vraiment user de son temps dans un plein éveil, une pleine joie. Pendant notre « vie active », travailler est un gagne-pain pour nous et nos enfants, si nous en avons. Une fois en retraite (j’aime le caractère spirituel de ce mot), travailler devient un luxe que nous pouvons nous offrir et offrir aux autres : nous voici bénévoles, d’une façon ou d’une autre. Travailler ne coûte rien, ou presque rien, mais rapporte beaucoup de joie, la joie d’être en train de le faire, de créer, de se donner, et la joie du travail accompli. Si notre travail consiste à créer des œuvres, nous pouvons avoir besoin de matériaux et de matériel plus ou moins cher, mais il est toujours possible de faire à l’économie – par exemple, j’ai longtemps peint sur des morceaux de bois trouvés dans la rue, et maintenant, plutôt que d’acheter sans cesse de nouvelles toiles, je repeins fréquemment mes anciennes œuvres, qui étaient loin d’être des chefs-d’œuvre ; j’apprends ainsi à améliorer mon travail.

Pour l’écriture, le confinement ne m’aide pas. Difficile de me concentrer à la maison, où je ne peux pas m’isoler. J’allais travailler dans les bibliothèques, je n’y vais plus depuis le début de l’année car même dans les moments où certaines étaient de nouveau ouvertes je préférais éviter d’y passer des heures sans pouvoir enlever le masque, et dans des conditions sanitaires malgré tout incertaines. Mais j’arrive à traduire, et c’est ce que je fais depuis que je me suis lancée dans la magnifique aventure de la traduction de l’Odyssée. (Ma traduction des trois premiers chants se trouve ici, et – la suite se poursuit en privé mais je compte bien, inch’Allah, donner un jour à lire tout le splendide poème, qu’il faut retraduire régulièrement car la langue et la perspective changent avec le temps et les traducteurs et traductrices).

Ma maison est mon monastère, où je fais retraite chaque jour. Dans l’islam, on dit que la mosquée est partout dans l’univers, que n’importe quel endroit peut faire office de mosquée. Je trouve cela magnifique. Et je me dis que c’est la même chose pour le monastère (du reste, la vie idéale dans l’islam correspond à une vie de monastère, réglée, joyeuse et paisible) : tout lieu peut nous être monastère, quand nous désirons faire retraite, nous retirer du monde sans pour autant nous retirer de la vie.

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Flaque dans l’allée
L’enfant y jette son pied
Tout le ciel y bouge

haikus dans la rue 14-min
Le vent léger bruisse,
la pluie glisse sur les plumes,
boucle les cheveux

haikus dans la rue 15-min
Poires, noix, raisins,
surabondantes corbeilles,
piques des châtaignes

haikus dans la rue 16-min
Flèches des antennes
twistant sur les toits avec
une feuille rousse

Noël, Covid, grammaire et agilité de l’esprit

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un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes


Noël en tout petit comité cette année, et sans déplacement. Nous attendrons que le virus ait débarrassé le plancher pour reprendre voyages et réunions. Shopping cadeaux hors des centres commerciaux, juste dans des petits commerces (à soutenir !), et aux moments où il y a peu de monde. Personnellement je suis déterminée à me faire vacciner dès que ce sera possible, mais je ferai d’abord un test sérologique pour savoir si le Covid, que j’ai eu avec de légers symptômes en mars dernier, ne m’a pas laissé des anticorps, donc une vaccination naturelle. Cela dit, je comprendrais très bien que des jeunes n’aient pas envie de se faire vacciner pour une maladie qui les rend si peu malades. Jusque là, je ne me suis jamais fait vacciner contre la grippe parce qu’elle n’était pas risquée non plus pour moi. À chacun d’évaluer ses risques et bénéfices.

À propos de Covid, j’ai eu l’amusement de constater aujourd’hui qu’un commentaire que j’avais laissé sur un article de 20 minutes où l’on s’interrogeait sur le genre de ce mot (masculin, comme selon l’usage ? féminin, comme selon l’académie ?) avait été censuré. Pourquoi ? Parce que j’y répondais, à quelqu’un qui croyait que, ce mot étant un acronyme, il n’était pas un nom, exactement ceci : « acronyme ou pas, un nom est un nom ». Haha ! Cet outrageante vérité a été censurée ! Les modérateurs ont dû croire que je me trompais. Cela me rappelle le jour où plusieurs de mes élèves, indignés par ce qu’ils croyaient être une erreur de ma part, m’ont demandé si j’étais bien sûre que le verbe du premier groupe à la première personne du passé simple avait une terminaison en -ai et non pas en -a, comme ils le croyaient fermement (« je mangea »). J’ai fini par laisser un autre commentaire précisant que le nyme d’acronyme signifiait nom, et que si ce mot, Covid, n’était pas un nom, on ne s’interrogerait pas sur son genre. Je ris, mais la faiblesse en grammaire est aussi symptomatique de la baisse de l’intelligence générale que la faiblesse en mathématiques.

Sans doute apprend-on trop, depuis toujours, la grammaire comme un ensemble de règles, au lieu de partir de la compréhension du fonctionnement de la langue. Je ne suis pas grammairienne mais je peux, en réfléchissant, distinguer les éléments de la langue. Qui ne comprend pas bien comment fonctionne sa langue ne sait pas non plus s’en servir pour penser, ou s’en sert de travers et pense mal, sans le savoir. Mais les mathématiciens peuvent repérer plus facilement les opérations de calcul fausses que les lecteurs ne peuvent repérer les opérations de langue et de pensée fausses, voilà une cause de la confusion mentale des humains. Nous manquons d’agilité dans la langue comme, bien souvent, dans le corps, les membres. Les rappeurs sont agiles, il serait bon que les autres producteurs de discours, livres, etc., le soient aussi, au lieu d’engluer toujours davantage la langue dans des carcans de bois, de ferraille rouillée, ou de confortables pantoufles. La presse publie la liste des lectures de Barack Obama. Exclusivement des auteurs anglophones et de préférence américains. Quelle cage étroite. Emblématique de la misère du dominant (ici, la langue dominante), qui ne voit pas plus loin que le bout de son monde, son « ça m’suffit », ici « UncleSam suffit »). Libérer les esprits, c’est leur donner à s’exercer dans d’autres langues, qu’elles soient traduites ou non. En France nous avons encore cette ouverture, pourvu qu’elle dure !

Vivre bien. Quelques réflexions autour de la création, du sport, de la cuisine, etc.

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"Village", acrylique sur bois 56x48 cm

« Village », acrylique sur bois 56×48 cm

Toujours toute au bonheur de traduire chaque jour l’Odyssée, de peindre quand il me plaît, de me sentir plus souple, solide et musclée que jamais grâce au yoga quotidien et de temps en temps à la course – quand je m’y suis mise, vers la fin de l’été, je ne pouvais courir que quelques dizaines de mètres d’affilée, puis ce fut quelques centaines de mètres et maintenant je me rapproche des 2000 mètres assez tranquillement. C’est évidemment très modeste mais peu importe, l’important est de sentir qu’on est capable de solidité, d’endurance et de joies physiques et mentales. Je me disais que je devrais peut-être faire un test cardiaque pour ne rien risquer en me mettant à courir à cet âge, mais j’ai lu un très bon truc tout simple : si l’on peut monter quatre étages, ou 60 marches, en une minute, sans courir, c’est que le cœur est bon. J’ai fait le test sans me presser, sans m’essouffler, il m’a fallu 38 secondes – donc je peux y aller, continuer à courir sans crainte. Tout cela je le fais malgré des moments de grande fatigue et d’autres problèmes physiques dus à mon traitement anticancer mais je ne le fais pas contre les problèmes, je le fais parce que j’aime le faire, c’est tout.

« Créer c’est résister », répète-t-on. En réalité cela ne signifie pas grand-chose, et puis résister doit-il être le moteur de la vie ? Résister est nécessaire dans les situations d’agression, mais il faut aussi savoir se détacher des situations d’agression, et vivre, tout simplement, malgré l’agression. Ne pas se déterminer par rapport aux agressions. Que la création, le fait de créer, ne soient pas déterminés par un phénomène de réaction comme la résistance. Sinon elle reste une création de niveau inférieur. C’est cela qui rend le militantisme souvent si triste. Mieux vaut une création-agression-gratuite, par exemple. Dans l’opération de la « Marianne qui pleure », dont j’ai parlé hier, il aurait mieux valu ne pas accompagner l’acte d’un texte – un de ces textes qui ne sont en rien des actes. Je ne nie pas l’intérêt ni la nécessité d’une création comme résistance, je refuse de la réduire à cette fonction. Si je cours, ce n’est pas pour opposer une résistance à l’air. Et pourtant je cours. De la même façon je veux pouvoir dire Et pourtant je crée.

Quand nous réalisons une recette de cuisine de façon personnelle, nous créons. Pas pour résister, pour le plaisir de cuisiner et pour nous régaler et régaler les gens qui en mangeront. Pour vivre, vivre bien. Résister est souvent nécessaire mais ce n’est pas vivre bien. Faire en sorte d’être bien dans notre corps et dans notre tête, c’est vivre bien. Agir gratuitement c’est vivre bien. Agir n’est pas nécessairement créer, créer n’est pas agir quand la création n’est qu’une idée de création, une croyance de création comme en ont tant d’intellectuels qui s’imaginent créer alors qu’ils ne font que manier les outils qu’on leur a appris à manier. Action et création se rejoignent quand elles restent à distance des contingences. Je ne suis pas une yogini pour rien.

« Marianne pleure » : une magnifique action, en images (note actualisée)

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Aujourd'hui à Paris 13e (Nationale), photos Alina Reyes

Aujourd’hui à Paris 13e (Nationale), photos Alina Reyes

Très admirative de la magnifique action des artistes qui sont allés, de nuit, peindre des larmes de sang sur la Marianne de Shepard Fairey (Obey). Je suis allée voir ça aujourd’hui, j’en ai parlé un peu sur place avec un jeune inconnu qui contemplait aussi la fresque ainsi repeinte – et nous étions d’accord que c’était bien mieux ainsi. Shepard Fairey est un artiste que je vois un peu comme Jeff Koons, dans le sens où ils se sont engagés dans les combines du marché avec un cynisme plus ou moins marqué (plus pour Jeff Koons) et qui essaient tout de même de garder, dans cette position de vendus, une capacité de subversion cachée. Le bouquet de tulipes ou d’anus offert à Paris en prétendu hommage aux victimes des attentats terroristes est un foutage de gueule que les politiciens, bornés comme ils le sont, n’ont pas compris, puisqu’ils ont accepté le « cadeau ». Il y a peut-être de cela aussi dans cette Marianne de Fairey (dont Macron orne son bureau, comme je l’ai déjà dénoncé). Je surinterprète peut-être, mais il ne me semble pas impossible que l’ex-graffiteur ait consciemment, plus ou moins, conçu cette fresque comme une critique, une sorte de dénonciation de ce que Marianne est en train de devenir. En tout cas, à la voir, moi, j’ai toujours eu le sentiment qu’avec son graphisme trop propre, trop figé, et son style années 30, elle rappelait le temps de la montée des fascismes en Europe. Et donc j’apprécie d’autant plus l’action de ces artistes anonymes, relayée par Hiya. Ils ont fait une vidéo de leur action, la voici (avec le texte entier (plus ou moins heureux mais l’important là c’est l’action) du manifeste à lire sous la vidéo ou sur le site de Hiya).

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16-12-20 J’ajoute à cette note d’hier que l’hypothèse de la subversion cachée par ces artistes américains avec leurs « cadeaux » post-attentats terroristes en France, et en particulier pour Jeff Koons avec ses tulipes en forme d’anus, peut être étayée par cet indice : depuis notamment les caricatures de Charlie Hebdo, la France est considérée dans le monde entier comme un pays islamophobe et liberticide. Encore dernièrement des articles un peu partout, aux États-Unis, en Europe… ont dénoncé cette situation que seuls beaucoup de Français ne veulent pas voir.