Running, croquer la vie

J’avais projeté de faire un running de 4 km, j’ai fait 4,5 km, et si je n’étais pas arrivée devant ma porte j’aurais pu continuer un bon moment. Je suis rentrée fraîche et joyeuse, contente de mes progrès de débutante, dus à mon entraînement diversifié mais aussi aux enseignements de coachs en ligne et aux conseils de ma montre Polar Ignite qui me renseigne sur mon état de forme – ce qui n’est pas du luxe, surtout avec le traitement fatigant que je dois prendre pendant 20 mois encore ; mais justement le sport contrebalance bien tous ses mauvais effets secondaires.
Je sais donc maintenant que je suis tout à fait capable de faire une course de 5 km, même s’il est bien sûr hors de question pour moi d’approcher des podiums ; peu importe, c’est avec moi-même que je fais la compétition. Et je crois bien que je pourrai bientôt faire même un 10 km, si je continue ainsi. Je sais que je pourrai améliorer aussi mes temps, et mes capacités physiologiques qui, à en croire ma montre cardio (et les médecins) sont excellentes pour mon âge, peut-être aussi, me dis-je, grâce au temps que j’ai passé en montagne à arpenter les pentes, jadis.

Lisant hier un article sur les bienfaits de la pomme, j’ai pensé : Eve avait raison. Et les intellectuels, qui ont prétendu dans un livre qu’elle avait fermé la porte du paradis terrestre aux humains, ont menti : au contraire, elle l’a ouverte.

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Running

aujourd’hui sur les quais de Seine, photo Alina Reyes

Je recommence à courir dehors. C’est le bon moment, avec la lumière qui augmente, dans l’air et dans le cœur. J’ai fait mon repérage aujourd’hui pour ma prochaine sortie, que je veux de 4 km. Mon but étant d’arriver dans quelques semaines à 5 km, et de pouvoir participer bientôt à une course de cette longueur.

Quand je me suis remise à courir, en août 2020, à soixante-quatre ans, alors que je n’avais pas couru depuis le lycée (mais je venais de faire un trekking de 100 km, sac au dos, dans le causse Méjean, en Lozère, et c’est ce qui m’avait donné envie de me mettre à courir), les premières fois je tenais 200 ou 300 mètres, puis ce fut le double, et à raison de trois ou quatre fois par mois, à l’automne j’en étais à plus de 1500 mètres. L’hiver suivant je n’ai presque pas couru et quand je m’y suis remise, au printemps dernier, je faisais 2,5 km, et toujours avec un entraînement peu intense, sans doute moins d’une fois par semaine en moyenne (mais en faisant d’autres sports à côté), je suis arrivée à près de 3,5 km cet automne. Cet hiver j’ai couru essentiellement en salle, sur tapis, de temps en temps, et maintenant je me sens tout à fait prête à faire 4 km, voire 5 – mais je vais quand même y aller progressivement. Je suis petite, donc les distances sont d’autant plus longues pour moi, et puis à mon âge, quand on n’a pas couru avant, on progresse lentement, mais on progresse. J’arriverai peut-être à 10 km, qui sait ? En tout cas c’est tant de joie ! Je continue à pratiquer d’autres entraînements, cardio et renforcement musculaire via différentes techniques, et puis le yoga toujours (c’est par le yoga que je suis revenue au sport), qui me garde souple et zen ; je commence aussi à faire de temps en temps cinq minutes de cohérence cardiaque (voir sur Youtube), le mieux est d’en faire trois fois par jour, si on arrive à en prendre l’habitude c’est excellent aussi pour le système nerveux autonome. Bref, c’est la grande forme.

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Au bonheur du crochet

J’ai fini mon châle-boléro, dans l’esprit de mes peintures et d’après un tuto d’une youtubeuse, qui s’inspirait elle-même de la série Outlander (que du coup je regarde). En fait je suis partie d’un rectangle, comme elle l’indique, et pour le reste j’ai tout changé : les fils (très fins, travaillés par trois), la couleur, les points, la forme.

C’était donc mon premier ouvrage depuis très longtemps, et maintenant je vais en faire un autre, et d’autres. Je suis assez contente de celui-ci, il est bien spécial et tout le monde l’aime bien à la maison.

Internet est génial pour le partage. Sur Instagram je me suis abonnée aussi à quelques jeunes femmes de çà et là dans le monde qui font des belles créations au crochet, et sur Youtube également à un homme adepte de ce même art. Que du bonheur !

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Éden

work in progress

Après avoir fait, telle Candide, le tour d’un certain monde somme toute assez risible, j’ai le bonheur de cultiver les mille essences de mon jardin dans une paix joyeuse. En ce moment c’est le sport, toujours avec le même enthousiasme, et le crochet, que je pratique comme j’ai pratiqué la peinture, dans l’expérimentation des couleurs et de la texture, avec des points en reliefs et des fils très fins crochetés par trois de couleurs différentes, en faisant varier l’une ou l’autre des couleurs et contemplant l’effet. Cela après m’être refait la main en crochetant un assortiment de disques démaquillants et de lavettes multicolores, remplaçant avantageusement cotons jetables et éponges. J’ai l’intention, une fois que j’aurai terminé cet ouvrage en cours, un boléro, d’expérimenter d’autres matières. Les travaux manuels et les exercices physiques donnent une paix et une joie sans pareilles. Et si tout le monde parvenait à rester dans la paix et la joie, le monde se porterait mieux. On ne parle ni des trains qui arrivent à l’heure ni des gens qui vont bien, mais ce sont eux qui maintiennent la vie bien active et bien pesée. Il y a une paresse morale à se laisser aller à la morosité ou au mal. Dans le monde naturel tout est à son ouvrage, à sa fonction, et nous en faisons partie, de ce beau monde.

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le vivant autonome

Fatiguée par la troisième dose de vaccin, j’ai passé la journée immobile à regarder des vidéos sur le running. Ce matin encore ma montre, qui capte l’état de mon corps pendant mon sommeil, me dit de ne pas m’entraîner, que j’ai besoin de repos. Je suis très contente de cette Polar Ignite 2, mon cadeau de Noël, ma première montre cardio, qui me révèle des choses sur le fonctionnement de mon corps que j’ignorais. C’est extraordinaire à quel point la vie se fait sans nous, en nous. Que nous ayons seulement quelques notions de biologie ou que nous la connaissions très bien, nous n’en sommes pas moins inconscients, à chaque instant, de tout le fantastique univers qui, en nous, nous tient en vie, fonctionne par lui-même. En révélant par exemple la variabilité cardiaque, une notion que je ne connaissais pas, ma montre me renseigne sur mon propre état, sans pour autant que je puisse consciemment le réguler, seulement l’aider par exemple en me mettant au repos quand les indices baissent. Tout ce que nous pouvons faire pour interagir avec ce corps autonome, indépendant de notre conscience – en agissant par l’exercice, l’alimentation, les soins… constitue un échange d’amour, dans lequel l’Autre, qui est en nous-même, est reconnu comme partenaire précieux et ne peut être forcé, au risque de tout détruire. Je continue à m’émerveiller de ce que j’appelais l’autre jour cette terra incognita. « Je suis plus près de vous que votre veine jugulaire », dit Dieu dans le Coran (50,16). La prière est un exercice, spécialement la prière islamique, et l’exercice peut être prière, oui, l’exercice est prière, au fond.

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Journal des jours

Le jour se lève,
la nuit fut belle.
Dans la cour, lumière des fenêtres.
Les chambres, les cuisines, s’allument.
Mon corps est chaud du petit déjeuner.
Mon cœur bat, mes yeux regardent : musique, danse.
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J’ai trouvé par hasard un cours d’aérobic sur Youtube. Cette gym dansante, effrénée, en musique, m’a mise en joie. Avec le temps, mon yoga quotidien s’est déplacé dans la journée : au début, c’était tous les matins au lever ; puis ce fut tous les matins vers midi ; et maintenant c’est le soir un peu avant de me coucher. À midi, il m’arrive encore de faire une séance de yoga, plus sportive que le soir. Mais maintenant, à cette heure, c’est plus souvent des séances d’autres exercices de fitness, renforcement musculaire ou cardio training selon différentes techniques. J’aime varier, m’entraîner de temps en temps avec des bandes élastiques et de petits haltères, ou bien à la barre avec une danseuse (toujours en ligne), ou encore désormais avec l’aérobic donc, et je veux me remettre un peu à la danse orientale aussi. Tous ces jours-ci je ne vais pas à la salle de sport, à cause du covid que nous avons eu à la maison, mais si mon dernier test reste négatif je serai vaccinée (troisième dose) avant la fin de la semaine et je pourrai y retourner, travailler au tapis de course, au rameur et à d’autres machines. Je pourrai aussi retourner courir dehors, quelques jours après. Dimanche, deuxième jour de la nouvelle année, j’ai fait un bon tour à vélo, notamment sur les pavés des quais de Seine, en portant mon vélo dans pas mal d’escaliers, près de onze kilomètres dans la douceur des températures, c’était génial.

Le sport rend heureux, l’activité manuelle aussi. Je continue à fabriquer avec mes fils colorés et mon crochet des petites choses utilitaires, pour offrir et pour moi, disques démaquillants et lavettes pour la vaisselle, tout cela remplaçant avantageusement les cotons et éponges qu’on achète et jette, et qui polluent. Je commencerai à faire des vêtements quand je me serai procuré des fils adaptés, rien ne presse. La vie est pleine et pleinement heureuse. La liberté aussi.

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Bonne année, que votre vie continue dans la beauté !

En ce premier jour de 2022, j’ai fait ce matin une bonne heure de yoga Iyengar, pour travailler la technique en détail, et cet après-midi, partie marcher, j’ai eu soudain envie de courir, et j’ai couru un moment, comme j’étais, en jeans, baskets de ville et manteau.

Ce soir, commençant à regarder sur le site d’Arte la série Escale fatale, j’y ai entendu cités ces mots de Rûmî, dont je ne me souvenais pas : « Ne t’inquiète pas si ta vie est sens dessus dessous, car qui te dit que le sens auquel tu étais habitué est meilleur que celui des temps à venir ? »

Moi j’aime le monde d’aujourd’hui, malgré tous ses problèmes et tous ses drames, parce que c’est le monde dans lequel je vis.

Laissons les marchands d’espoir ou de désespoir à leur commerce, et cueillons le jour.

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Journal du jour : encore Covid, et puis crochet, écriture et ADN

Le test pcr confirme que je n’ai pas le covid, bien que je vive et dorme jour et nuit dans la même pièce, le même lit, que quelqu’un qui l’a, bien que nous soyons deux sur quatre à l’avoir à la maison, et bien que je n’aie pas encore reçu la troisième dose de vaccin. Je devais la recevoir hier, presque sept mois après la deuxième, mais j’attends maintenant de n’être plus « cas contact », de refaire un test dans les premiers jours de janvier pour m’assurer que je ne l’ai toujours pas ; en attendant, pas de vaccin donc, et pas de salle de sport, au cas où je serais en incubation et risquerais de contaminer d’autres.

Heureusement j’ai reçu mon fil, et je peux m’amuser à faire du crochet. Comme je n’en ai pas fait depuis mes vingt ans, je m’y remets doucement en réalisant des disques démaquillants lavables, tout colorés, pour remplacer les cotons du commerce, qui ne sont pas recyclables. Très agréables à utiliser : le fil très fin, que je travaille en double ou en triple, fait un micromassage sur la peau du visage très bienvenu, je trouve. Je vais en faire aussi pour qui en voudra autour de moi, puis je passerai à un autre ouvrage, auquel il faut que je réfléchisse encore. En fait j’aimerais faire un manteau, je l’ai en tête, mais avant je pense m’entraîner encore et chercher des idées en faisant d’autres choses plus petites.

Faire du crochet est très très satisfaisant. Cela ressemble à écrire. Ce n’est pas pour rien qu’on parle du fil de l’écriture. Je n’aime pas coudre, je n’aime pas beaucoup tricoter bien que je sache le faire, mais j’aime vraiment beaucoup faire du crochet. Physiquement, c’est très agréable de tirer les points les uns des autres, ce caractère de chaîne est quelque chose qui nous constitue, en fait, comme l’ADN, et ADN c’est aussi une écriture, dans l’écriture alphabétique les lettres aussi s’accrochent pour former quelque chose. C’est aussi comme quand on parle d’accrochage d’une exposition, le côté révélation, démaquillage, et prise de place dans le cosmos, cette chaîne de causes et d’effets, de création.

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Covid, cœur, fil

La possibilité de réveillon chez des amies tombe à l’eau, le Covid s’étant réinvité à la maison (la première fois, c’était au tout début de la pandémie, avant les tests, mais la médecin avait reconnu tous les symptômes). O est positif, moi négative au test antigénique mais je vais aller faire un pcr pour vérifier. Nous n’avons pas encore reçu notre troisième dose, elle était prévue pour ces jours-ci. En tout cas grâce à la vaccination symptômes légers pour lui (un peu de toux, fatigue, courbatures), pour moi juste un petit picotement à la gorge qui ne vient donc peut-être pas de ce virus. Idem pour les deux gars qui habitent aussi ici.

J’ai refait mon test de VO2 max avec ma montre, n’ayant pas bien entré les données la première fois (je l’explique ). Le résultat est encore meilleur, « excellent », il serait excellent même pour une femme de 45 ans et « bon » pour une femme de 30 ans. Excellente disposition pour moi qui en ai 65 donc, mais la disposition ne suffit pas à obtenir d’excellents résultats, notamment à la course où je dois travailler encore beaucoup pour progresser, d’autres facteurs entrant en jeu. C’est bien, ça me plaît.

J’ai envie de créer des vêtements. Je suis allée hier acheter du fil à cet effet, mais la boutique était fermée, j’en ai donc commandé en ligne. J’ai hâte de m’y mettre. Si jamais il s’avère qu’en fait je suis positive au Covid, j’aurai de quoi employer mon temps en attendant de pouvoir retourner à la salle de sport ou courir. Pour ce qui est d’écrire et de traduire, je suis en vacances, ou peut-être en grève. Aucun problème. Il y a tant d’autres choses à faire.

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Ma nuit techno avec montre cardio, dodow et liseuse (actualisé)

Comme j’aime bien faire des expériences avec mon corps, pour Noël j’ai eu une montre cardio (Polar Ignite 2) et un Dodow (un truc qui envoie de la lumière au plafond pour y régler sa respiration et s’endormir). Et comme j’étais fatiguée hier soir, avant même d’avoir fini de regarder mon épisode de la très belle série animée Arcane, je suis allée me coucher, un peu impatiente aussi de tester mon Dodow. Résultat : je me suis endormie presque instantanément, comme souvent quand je suis fatiguée. Deuxième résultat : je me suis réveillée environ deux heures après, alerte comme en plein jour. Je n’avais plus envie du Dodow alors je me suis levée, recouchée, amusée un moment à consulter ma fréquence cardiaque sur ma montre – constatant qu’au mieux du repos elle était à 56. Puis j’ai pris ma bonne vieille liseuse, toujours à portée de main, et j’ai continué à lire la grande Almudena Grandes. À trois heures passées je me suis rendormie, et je me suis levée tard ce matin. C’était une bonne nuit. C’est bon de dormir la nuit, et c’est bon aussi de ne pas dormir, quand on n’a pas à aller travailler le lendemain. Et j’ai bien mérité de me reposer.

Ce matin j’ai calculé ma VO2 max, « quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut utiliser par unité de temps », avec ma montre. Pour une femme de 60 à 65 ans (j’en aurai 66 en février prochain), le résultat est « très bon » – il serait faible pour une femme de vingt ans, moyen pour une de 45 28-12-21 : En fait il y avait une erreur de calcul pour ma VO2 max, due au fait que je n’avais pas corrigé la fréquence cardiaque maximum, fcm, indiquée automatiquement par ma montre, d’après mon âge, à 155 ; ma fcm étant très supérieure (sur le tapis de course, je monte sans forcer entre 160 et 170, ma fcm doit donc être d’au moins 180), après correction le résultat de ma VO2 max est « élite » (excellent) ; mon résultat serait « excellent » pour une femme de 45 ans, « très bon » pour une femme de 40, « bon » pour une femme de 30 ans, « moyen » pour une femme de 20 ans ; en fait il est peut-être encore meilleur, mon estimation de fréquence cardiaque maximum à 180 étant peut-être un peu au-dessous de ma fcm réelle, et mon indication de ma fréquence cardiaque au repos étant de 60, alors que je l’ai constatée plusieurs fois, y compris ce matin, meilleure : à 56 ou 55. Beau résultat pour mon cœur donc, même si le très bon cœur ne suffit pas à faire la très bonne performance – pour cela, il faut travailler encore, et j’en ai bien l’intention.

Même si tout cela n’est qu’indicatif, me voilà donc rajeunie. Pour la fcm je ferai aussi le test en courant, le test bien terre à terre.

J’ai hésité longtemps à prendre une montre cardio, j’évite de consommer inutilement des gadgets, mais je dois dire que cela m’aide et me rassure dans mon entraînement, surtout en me remettant au sport à mon âge, après une longue période d’inactivité et de maladie, avec opérations chirurgicales. Si mon témoignage peut encourager d’autres personnes à se remettre au sport, aux joies qu’il donne et au bien-être qu’il procure, tant mieux. De temps en temps j’ai des fatigues et des insomnies, conséquences, en plus de l’ostéoporose (que le sport combat), de mon hormonothérapie anti-cancer. Ces jours-là, ou ces lendemains-là, je ne fais pas de grands efforts, je ne brusque pas mon corps. Je m’adapte. Je suis heureuse.

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À la recherche de la beauté intérieure du corps

Les nuits où je ne m’endors pas tout de suite, je profite pleinement de ce temps de repos pour jouir, dans une infinie douceur, de la joie d’habiter mon corps. Je me mets à son écoute, couchée sur le dos, les jambes ouvertes en papillon selon la posture de yoga, en commençant par prendre mon pouls, à l’aide du réveil qui envoie une projection lumineuse de l’heure au plafond. Au repos complet, entre 56 et 64 battements par minute à mon poignet, tout va bien. Au-dessus de 64, j’ai un peu trop chaud, ou bien mon corps est encore occupé à quelque travail un peu prenant. À partir de 70, je commence à avoir de la fièvre, suite à quelque virus de l’hiver dont je me débarrasse en dormant, en croquant du gingembre et en avalant du miel. Parfois aussi je compte le nombre de mes respirations à la minute, je sens la circulation du sang et de l’air en moi. Je pense à l’intérieur de mon corps, je le ressens vivre, dans toute sa fantastique physiologie.

Plus encore que la forme extérieure de notre corps, son aspect intérieur est particulier à chacun de nous. Sa beauté intérieure est faite de la beauté de ses organes, qui malheureusement peut être dégradée, voire extrêmement dégradée. Un foie, des poumons en pleine santé sont souples, pleins, irrigués, brillants, magnifiques. C’est le propre d’organes jeunes, mais la beauté ne se trouve pas seulement dans la jeunesse. Qu’on songe aux couleurs des feuilles mortes, aux ruines antiques, au poli des pierres usées par les éléments au cours du temps. Mais un foie dégradé par les mauvais traitements n’est plus qu’une espèce d’éponge distendue, laide, terne et informe, des poumons abîmés par la fumée ne sont plus qu’une horrible masse noirâtre.

Je ne me lasse pas d’écouter ou de lire des conseils et des témoignages sur le corps et le sport. Me réjouit par exemple le fait d’entendre que notre foie aime la chaleur. Lui qui a la lourde charge de traiter non seulement tous les déchets que nous avalons mais aussi tous les toxiques que nous respirons ou dont nous nous imprégnons par la peau, via les cosmétiques. Quand nous lui donnons trop de travail – ce qui va sans doute être le cas pendant ces fêtes – nous pouvons l’aider en lui appliquant une source de chaleur pendant une vingtaine de minutes, et en lui servant le matin à jeun un jus de citron ou d’autre agrume dilué dans de l’eau tiède (moi, je le mets dans un thé vert). Couchée dans la paix de la nuit, sur le dos, sur le ventre ou sur l’un ou l’autre côté, je sens mon foie comme un bel animal calme et vaillant, qui comme tous les autres organes et éléments de mon corps mérite le respect et m’inspire un sentiment d’admiration et de tendresse. Tous ces éléments vivants ensemble, nous sommes les partenaires d’un seul et même corps qui nous donne la vie, instant après instant. Il y a là une très ancienne et nouvelle terra incognita à explorer, corps et esprit unis.

Rendez-vous pour une nouvelle note dans la nuit du 24 au 25 décembre.

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« Anéantir » le dernier Houellebecq (actualisé)

J’ai eu accès au dernier Voldemort de l’industrie éditoriale, le livre dont il est interdit de parler jusqu’à sa parution officielle – quel buzz, quel suspense ! Et comme personne ne m’a notifié cette interdiction, à moi, voilà ce que j’en dis. Ça commence avec un ministre des finances qui ne fait pas l’amour et qui se fait couper la tête. Un Houellebecq, quoi.
Pour le reste, c’est-à-dire les quelques centaines de pages de bavage et bavardage autour du néant, que les nécrophages s’en repaissent eux-mêmes à la date qui leur sera permise, moi ça ne m’intéresse pas, je n’en lirai pas plus. Comme dit Parménide, ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas.

P.S. Un autre livre, déjà à l’étal des librairies, porte un titre proche de l’Anéantir de Houellebecq : Le traître et le néant ; c’est une enquête sur Macron. C’est drôle que Houellebecq prétende dénoncer l’anéantissement, lui qui ne cesse de répandre dans le monde ses écrits nihilistes. En même temps, comme dirait l’autre, ça a sa logique : celle du serpent qui, dans sa haine de soi, se mord la queue.

P.P.S. Je me suis débarrassée du livre, mais je me souviens d’y avoir lu ces mots : « le romantisme, on l’oublie souvent, est né en Allemagne ». Qui ça, on ? Qui oublie que le romantisme est né en Allemagne ? Quelqu’un qui ignore tout de la littérature, sans doute. L’auteur lui-même, avant de l’apprendre ? C’est possible. Ou vraisemblablement après tout, beaucoup de ses lecteurs. Et j’en reviens à mon combat pour l’apprentissage de la littérature. Qui doit permettre de comprendre ce qu’elle est, d’où elle vient, et surtout, ce qu’elle dit. Je ne pense pas que les lecteurs de Houellebecq sachent toute la portée nihiliste de ses textes.

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Des cadeaux vraiment singuliers ? Joyeuses fêtes !

Je vous fais des cadeaux, et vous propose des cadeaux à faire :

Pour qui aime la littérature ou s’intéresse à la méditation et au yoga, vous pouvez offrir mes livres papier, imprimés à la demande, et livrés aussitôt, ici et ici.

Je peux aussi proposer mes peintures, pour lesquelles on peut me contacter via ma page sur Artmajeur ou sur Instagram. Si vous commandez une peinture, en prime je vous enverrai gracieusement l’un de mes livres papier publiés chez l’un ou l’autre de mes éditeurs, au choix parmi ceux dont je dispose, signé !

Et ici c’est tous les jours Noël puisque je vous offre gracieusement des ebooks, ici et ici

Joyeuses fêtes à vous !

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Nature et culture physiques

J’adore les vêtements portés par les personnages de la série brésilienne 3 %, que je regarde depuis quelques semaines – je commence la quatrième saison. Spécialement les vêtements au crochet des filles. Du coup, j’ai très envie de me remettre au crochet. Je savais en faire quand j’avais vingt ans, ma grand-mère m’avait appris, mais je n’en ai pas fait depuis. Je crois que je vais me procurer le nécessaire. J’ai très envie aussi de continuer à travailler mon corps, à le sculpter et l’assouplir au mieux, à la maison, à la salle de sport, en extérieur… et me vient à l’esprit l’expression « culture physique ». Mon père, à l’époque, faisait de la culture physique, après avoir fait aussi de la lutte gréco-romaine, de l’haltérophilie et de la gymnastique artistique (barres parallèles…), entre autres sports et activités (chant, musique, militantisme, et il lisait aussi, tout cela en plus de son travail d’ouvrier du bâtiment). Est-ce qu’en vieillissant je me mets à ressembler à mon père quand il était jeune ? Ou à moi-même quand j’étais jeune. Les voies du corps et de l’esprit… Mon père est mort après avoir perdu la mémoire de tout ce qui n’était pas sa jeunesse, mais passé quatre-vingts ans il avait toujours un beau corps. Peut-être qu’ainsi il m’a légué le meilleur de lui. J’espère garder ma tête, et pas seulement mon corps, mais c’est beau de garder son corps alors que la tendance paresseuse ordinaire est de le laisser s’abîmer. J’ai donc envie de garder un beau corps, et de l’habiller avec des vêtements uniques, faits de mes mains, au crochet. Voilà de la culture, de la culture physique, belle et bonne à vivre. Et je lis, et je traduis, et j’écris, et parfois je peins, et j’ai fait de la musique, et je fais tellement tout, et je peux tellement tout faire, c’est à la fois une merveilleuse exaltation et, comme si tout se réunissait en moi, une magnifique paix.

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Les ateliers d’artistes du 59 Rivoli en 22 images

Squat à l’origine, le 59 rue de Rivoli est aujourd’hui occupé par un collectif d’artistes, avec ateliers et expositions, une galerie un peu sauvage comme aux Frigos. Les artistes changent, les œuvres aussi, voici quelques-unes de celles que j’y ai vues aujourd’hui.
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aujourd’hui à Paris 1er, photos Alina Reyes

Éducation nationale : banalité du mépris

Malgré la fatigue et le mal de gorge contracté pendant ces deux heures enfermée dans une salle minuscule avec trente élèves, je suis allée à la salle de sport évacuer la bêtise du monde, qu’il faut toujours de nouveau évacuer. Là au moins, à la salle, la sagesse sanitaire est de rigueur, il y a du savon aux lavabos, et partout, du gel hydroalcoolique et de quoi désinfecter les éléments des machines qu’on touche, avant de s’en servir et après s’en être servi, et un espace suffisant entre les personnes, surtout aux heures où j’y vais. Je suis rentrée deux heures après en pleine forme, et cette nuit j’ai dormi comme un bébé.

Outre le mépris manifesté par l’institution – le rectorat refusant de répondre à ma question « quel sera mon salaire ? », le lycée n’ayant en rien préparé mon arrivée (alors que les élèves étaient sans prof depuis la Toussaint), l’absence de mesures sanitaires dans l’établissement (entassement des gens, ni savon ni gel au lavabo) malgré des cas de Covid évidemment, mépris des profs et des élèves reflété en cercle vicieux dans le manque de respect des élèves envers leurs camarades et envers leurs enseignants, outre la banalité du mépris dans cette institution donc, ce qui m’avait replongée dans le cauchemar pédagogique fut le rappel que me donna une prof de français dans la salle des profs : en seconde, l’essentiel est de leur faire apprendre la structure des phrases (là, elle me rappela un tas d’appellations grammaticales) « pour qu’ils puissent comprendre le sens d’un texte ». Depuis quand les humains doivent-ils être capables de déconstruire un texte pour le comprendre ? La grammaire, la linguistique sont des sciences précieuses pour étudier le fonctionnement des langues, mais ce que je n’ai que trop constaté, c’est que la déconstruction, dans les apprentissages de la littérature, a pris le pas sur la compréhension. Ce que la pédagogie méprise, c’est la recherche des sens profonds du texte. Je l’ai maintes fois constaté et je me suis âprement battue contre cet aveuglement, comme en témoigne mon journal de prof, que je mettrai en ligne prochainement.

N’étant pas sûre que les siècles précédents aient été beaucoup plus intelligents, je ne parlerai pas de perte de sens, mais du manque de sens, contre lequel l’humain – c’est ce qui fait son humanité – doit toujours se battre, et du chemin vers toujours plus et mieux de sens que l’humain – c’est ce qui fait son bonheur et sa liberté – doit toujours de nouveau accomplir. Un chemin qui passe par le refus du mépris, de soi et d’autrui : on n’avance pas ni ne fait avancer personne en se laissant piétiner. Les bonnes intentions sont pavées de cadavres et autres phrases démembrées. Je ne marche pas à l’intention, mais à l’acte. Je ne retournerai pas au lycée. La non-acceptation du système du mépris est un acte de résistance civile, une façon de renverser les tables garnies de pigeons et autres vivants à sacrifier.

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Cinq poèmes de Stephen Crane (dans ma traduction)

Je vis un homme poursuivre l’horizon ;
En rond, en rond, ils accéléraient.
Cela me troubla ;
J’accostai l’homme.
« C’est futile », dis-je,
« Tu ne pourras jamais… »

« Tu mens », cria-t-il,
Et il poursuivit, courant.

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Au Paradis,
Quelques petits brins d’herbe
Se tenaient devant Dieu.
« Qu’avez-vous fait ? »
Alors tous les petits brins, sauf un,
Se mirent à raconter, empressés,
Les mérites de leur vie.
Celui-là restait un peu en arrière,
Honteux.
À ce moment, Dieu dit :
« Et toi, qu’as-tu fait ? »
Le petit brin répondit : « Oh Seigneur,
La mémoire m’est amère
Car si j’ai fait de bonnes actions,
Je ne sais rien d’elles. »
Alors Dieu dans toute Sa splendeur
Se leva de son trône. 
« Oh, le meilleur des petits brins d’herbe », dit-Il.

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Dans le désert
Je vis une créature, nue, bestiale,
Qui, accroupie par terre,
Tenait son cœur dans ses mains,
Et en mangeait.
Je dis « Est-ce bon, l’ami ? »
« C’est amer, amer », répondit-il ;

« Mais j’aime ça,
Parce que c’est amer,
Et parce que c’est mon cœur. »

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Un homme dit à l’univers :
« Monsieur, j’existe ! »
« N’importe, répondit l’univers,
Le fait n’a pas créé en moi
Un sentiment d’obligation. »

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Un jour vint un homme
Qui dit :
« Rangez-moi tous les hommes du monde en rangs. »
Et sur-le-champ
Il y eut une clameur terrible parmi les gens
Contre le fait d’être rangés en rangs.
Il y eut une bruyante querelle, universelle.
Elle dura des siècles ;
Et le sang fut versé
Par ceux qui ne voulaient pas se tenir en rangs
Et par ceux qui aspiraient à se tenir en rangs.
Finalement l’homme mourut, en pleurant.
Et ceux qui restèrent dans la bagarre sanglante
Ne connurent pas la grande simplicité.

Stephen Crane, traduit par Alina Reyes

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J’ai trouvé ces poèmes de Stephen Crane sur le site Poetry Foundation
Je traduirai peut-être d’autres textes de cet auteur oublié auquel Paul Auster vient de consacrer un livre, Burning Boy

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Retour sur mon nouveau premier jour de cours

Hier j’ai vu quelque chose que je n’avais jamais vu. Une élève qui, sans être « première de la classe », veut travailler tranquillement, a pris l’habitude de s’asseoir juste face au prof pour pouvoir l’entendre, mais avec des boules Quiès dans les oreilles pour amortir le bruit de la classe.

Pendant la première heure, après leur avoir exposé ce qu’étaient selon moi le cours de français et la littérature, je leur ai demandé, plutôt que l’habituelle fiche de présentation, d’écrire un texte personnel sur le ou les textes qui les ont marqués. Après m’avoir posé beaucoup de questions intéressées, ils se sont mis au travail dans un calme parfait jusqu’à la fin de l’heure.

Après la pause, durant laquelle j’ai aéré, nous sommes passés à un travail à l’oral, et là ils se sont lâchés. Cela commence par des paroles échangées assez discrètement, et très vite le volume monte, ils parlent d’autant plus fort que le bruit ambiant augmente et qu’il faut parler plus fort pour se faire entendre. Toutes les cinq minutes il faut les rappeler au calme. Les quelques-unes et quelques-uns qui voudraient travailler tranquillement souffrent visiblement sans rien dire. Malgré leurs bavardages, les bavards participent, répondent aux questions posées ; ils ne sont pas mal intentionnés, c’est seulement que leur façon d’être est ainsi, expansive et sans contrôle. J’ai demandé à l’un des bavards de venir au tableau gérer les réponses de ses camarades, il s’en est acquitté avec plaisir et sérieux, nullement dérangé par la cacophonie. Ce sont surtout des garçons qui font régner leur sans-gêne, dans un schéma patriarcal trop connu – au point qu’on en viendrait à regretter la mixité des classes. À la fin du cours ils me disent au revoir poliment, me souhaitent bon week-end, ils n’ont aucune mauvaise intention, ni vraiment le sentiment de mal se comporter. L’un de mes fils qui était lycéen il y a dix ans me dit que les lycéens d’aujourd’hui sont formés à se mettre en avant sur des réseaux comme TikTok. Je pense aussi que c’est l’ensemble de la société qui pousse à l’individualisme – et le macronisme n’a fait qu’aggraver beaucoup cette tendance.

Il y a une trentaine d’années, alors que j’avais juste une licence et aucune expérience de l’enseignement, j’ai fait, plusieurs mois durant, des remplacements de prof, dans un collège puis dans un lycée professionnel. Je n’ai alors rencontré aucun problème de discipline. Bien sûr les élèves sont toujours portés au bavardage, mais c’était alors assez simple à gérer. Jamais je n’aurais eu un tel volume sonore en classe, même au lycée professionnel, où les élèves n’étaient certes pas des adorateurs de l’école. Le problème ne vient pas seulement des élèves et de leur culture (réseaux sociaux, émissions de télé débiles sur les écrans familiaux…), il vient aussi d’en haut, des pouvoirs publics, de l’État, qui considère l’Éducation nationale et ses profs, de même que l’Hôpital public et ses soignants, comme ses larbins, aux ordres de ses directives aberrantes ; les enseignants sont les larbins de l’État, de la société, des parents. Comment susciteraient-ils le respect des élèves, sauf à se comporter en flics, reproduisant ainsi le système vicieux de l’État qui ne sait maintenir l’ordre qu’à coups de matraques et de LBD ? Ou bien par l’emprise psychologique, avec des méthodes de néo-gourous ? C’est ce à quoi je me refuse, et c’est pourquoi je m’en vais. Si j’avais encore toutes mes forces je tenterais quelque chose, comme je l’ai fait avec bonheur il y a quatre ans dans mon précédent lycée, mais hier en rentrant j’ai juste eu la force de me coucher jusqu’au soir, avec une migraine. Or j’ai besoin de toute ma tête, pour tout ce que j’ai encore à faire, à créer.

Je dois ajouter que la situation de ce cours d’hier était aggravée par l’étroitesse de la salle où nous étions entassés, si petite qu’elle ne me permettait pas de circuler entre les trente élèves. En pleine pandémie, pas sûr que nos masques suffisaient à nous protéger. Très vite l’air était saturé, ma gorge devenait douloureuse. Aérer ne suffisait pas à assainir l’air, et supporter l’air froid quand on est immobile n’est pas non plus la meilleure solution pour ne pas tomber malade. Dans les toilettes, il y a bien un panneau détaillant la façon dont il faut se savonner les mains, entre les doigts, dans les ongles, etc., précisant que si on ne dispose pas de savon il faut utiliser un gel hydroalcoolique, mais il n’y a ni savon ni gel, et on en ressort avec ses microbes à distribuer sur tout ce qu’on touche, et qui est déjà contaminé par d’autres mains qui n’ont pas pu non plus se laver. Voilà comment ça se passe, dans l’un des bons lycées de Paris.

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Re-prof et plof

J’ai essayé, ça a raté. J’avais envie de recommencer à enseigner, le rectorat m’a donné un remplacement de prof de français dans un lycée du centre de Paris, un bon lycée bien classé. J’ai donné un premier cours de deux heures cet après-midi à une classe de seconde. Une classe sympathique, mais trop indisciplinée à l’oral pour mes forces d’aujourd’hui. Une élève m’a affirmé après le cours que c’était toujours ainsi, « une horreur », sauf avec la prof principale, avec qui ça va mieux – mais il est vrai que certaines matières prêtent moins à l’indiscipline que celles où l’oral est important, les langues, le français, la philo.
Ces enfants, deux classes de seconde et une classe de première, sont sans professeur depuis la Toussaint. Deux remplaçants successifs se sont mis en congé maladie au bout de deux jours maximum, et ne sont jamais revenus. Et voilà que je vais faire la même chose. Je ne vais pas les laisser tomber avant les vacances de Noël s’il n’y a toujours personne d’autre pour assurer le remplacement de leur prof partie en retraite, mais je ne terminerai pas l’année scolaire, travailler à temps plein dans ces conditions est au-dessus de mes forces – le prévoyant, j’avais demandé un mi-temps, mais j’ai accepté ce remplacement pour rendre service, parce que le rectorat était aux abois (en dix minutes, ils m’ont appelée trois fois, envoyé un texto et un mail pour me demander de venir d’urgence, alors que je me reposais hors de Paris). Le problème est général, l’Éducation nationale arrive de moins en moins à attirer ou garder les enseignants. Un phénomène comparable à ce qui se passe dans l’Hôpital public. Ce n’est pas seulement que les salaires ne sont pas attractifs, c’est surtout que les conditions de travail sont déplorables. La proviseure de mon lycée en plein Paris était débordée, elle n’a pas eu le temps de préparer mon arrivée, il a fallu que je me débrouille à me renseigner ici et là pour savoir ce qui avait été fait avec les élèves par leur prof d’origine, que je me lance dans ce remplacement au pied levé, avec notamment une classe qui va passer le bac de français cette année et à qui il manque déjà cinq semaines de cours. Je ne pouvais même pas m’appuyer sur les cours que j’ai donnés dans un autre lycée il y a quatre ans, depuis évidemment tout a encore changé, programmes, pédagogies, exercices demandés en classe et à l’examen… Une collègue qui a de la bouteille m’a dit tout à l’heure, les élèves n’y comprennent rien, mais même nous on n’y comprend rien. Il faut faire avec, chacune et chacun bricole dans son coin pour essayer de suivre ce train fou. Eh bien, si bref doive être mon retour dans cette institution, il est instructif.
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Bourgogne, suite : Beaune en 17 images


Un mur en hommage au tournage de La Grande vadrouille

la basilique et son cloître


partout de belles portes et de belles rues pavées

à l’abbaye de Maizières, transformée en hôtel, on jouit de ce bâtiment fabuleux, de sa piscine, de sa salle voûtée où est servi le petit déjeuner


…et d’une belle vue sur les toits, sur lesquels évoluent un écureuil et des oiseaux, au petit matin en faisant son yoga (par exemple)
dans les hospices de Beaune, à l’Hôtel Dieu, « le musée présente les anciennes salles des malades et leur fonctionnement avec leur évolution depuis 1452 jusqu’au XXe siècle. L’Hôtel-Dieu témoigne aussi du riche mécénat des ses fondateurs: Nicolas Rolin et Guigone de Salins, à travers des œuvres exceptionnelles telles que le retable du Jugement Dernier attribué à Rogier Van der Weyden »



à Beaune, du 6 au 8 décembre, photos Alina Reyes
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Misérables et bienheureux

La campagne de Macron, c’était des salles pleines de public coaché par téléphone pour faire le show ; et ça annonçait bien le faux de son quinquennat-spectacle. Si Zemmour était élu, ce qui n’arrivera pas, son entrée en campagne par un clip pillard augurerait une présidence semblable à celle de tant de dictateurs pilleurs de leur pays.

Que sont les virilistes enflés comme des allumettes consumées, les immigrés ou fils d’immigrés anti-immigrés, les basanés anti-non-blancs, les non-chrétiens anti-non-chrétiens, sinon des hommes hantés par la détestation de ce qu’ils sont ?

Beigbeder, Tesson, Houellebecq, sortent un livre de piliers de bar réacs, dit la journaliste de L’Obs, pour chanter le catholicisme. Quand catholique rime avec alcoolique, le catholicisme a du mal à bander. Je pense surtout à la fin d’Illusions perdues, où Rubempré (personnage dans lequel Zemmour, autre chantre du catholicisme, a déclaré se reconnaître), vend son âme à un curé maléfique. (Cela dans le roman, non dans le film qui inverse complètement le sens du roman de Balzac avec une fin grossièrement christique – mais ces sortes de trahison font partie du même misérable esprit du temps).

Sur une place tranquille, un homme à bonnet de rasta et à accent d’ailleurs m’interpelle à distance respectueuse pour me dire que mon bonnet est beau et qu’il me va très bien. Je lui renvoie le compliment, il s’incline légèrement, la main sur le cœur, je fais de même, chacun poursuit son chemin, sourire aux lèvres. He made my day. Être heureux de soi, être heureux d’autrui.
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