Les moutons du Soleil, ce big brother à la petite semaine

nuages

Aux vers 106 et 107 du chant XI, chant que j’ai commencé à traduire ce matin, je m’amuse de trouver « les moutons du Soleil », soleil « qui surveille tout et écoute tout ». C’est bien lui en effet qui cafte, qui a rapporté par exemple au mari jaloux, Héphaïstos, que sa femme Aphrodite couchait avec Arès, puis a continué à surveiller les amants pour aider le mari à les piéger. Admirable Homère qui en fait dans l’Odyssée une scène comique dans laquelle tout le monde est ridiculisé, sauf Aphrodite dont les dieux comprennent très bien qu’elle vit tout simplement son existence de déesse de l’amour, et ne lui reprochent absolument rien, voire envient Arès, même enchaîné par le mari (tout en reconnaissant sa faute de cocufieur).

Le soleil est le Big Brother de l’Odyssée, mais qui n’a pas grande importance, en fait, comme surveilleur et cafteur. Le monde de l’Odyssée n’est pas un monde préoccupé par la surveillance. C’est un univers au grand air. Justement ce qui manque aux morts, dans ce magnifique passage de la descente d’Ulysse chez Hadès, au début du chant XI. Dans lequel Ulysse doit lui-même exercer une surveillance, sur le sang du sacrifice, afin que les morts ne se jettent pas dessus pour le boire avant qu’arrive et parle le devin Tirésias. Les Enfers sont un endroit sombre et brumeux, dit Homère. Et les moutons du Soleil me font penser à des nuages que l’astre ferait paître dans le ciel, en miroir des brumes de sous terre. Ses bœufs aussi peuvent s’imaginer en troupeaux de nuages, et c’est peut-être ce que voyaient les Grecs, qui sait ? Logique du déroulement de l’histoire : après les brumes des enfers, les moutons du soleil, et toujours, la mort au bout – sauf pour Ulysse.

Tirésias et la vie de l’esprit

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Terminé ce soir le chant X. Abasourdie par la beauté du texte, par l’avancée de ma traduction et par le bonheur et l’honneur immenses qui me sont donnés de la faire. Les hommes ne pensent pas vraiment à la vie de l’esprit, à ce qu’elle est. Je veux dire, en dehors des corps, des individus à travers lesquels elle s’exprime. Dans le chant X il est dit que le devin Tirésias est le seul mort à qui il est donné, par Perséphone, de garder son esprit vivant. Ceux des autres sont « précipités dans les ténèbres ». La différence entre le devin et les autres, c’est que le devin est voyant, il voit même dans les ténèbres – comme la chouette d’Athéna, soit dit en passant. L’esprit qui « voit » ne meurt pas. À mon sens, ce n’est pas seulement une image, c’est l’expression d’une réalité. L’Esprit en lui-même existe et vit, à travers nous et indépendamment de nous. Je le vois vivre intensément en faisant cette traduction. Indépendamment des siècles, du passé ou du présent – en fait dans un éternel présent. L’univers entier, dont nous, est pour ainsi dire l’outil de l’esprit, à travers lequel il vit. Comme nous vivons à travers notre corps, ou même à travers notre ordinateur. Quand nous changeons d’ordinateur, nous ne changeons pas d’esprit pour autant. L’Esprit fait un peu la même chose avec les éléments de l’univers. Ou du moins avec ce que nous appelons les vivants, ou les mortels.

Guérir

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J’ai sans doute eu le choléra, d’après la médecin, il y a plus de vingt ans en Afrique du Nord, qui m’a conseillé de rentrer en France, n’ayant pas au village où nous étions de quoi faire les analyses (j’ai pris ses antibiotiques et dès que j’ai été en mesure de me remettre en route nous sommes partis). J’ai eu deux fois un cancer. J’ai eu le covid, sans gravité mais avec un peu d’inquiétude quand même. J’ai guéri des grands et des petits maux, comme j’ai guéri des souffrances mentales que la vie implique. La médecine est à remercier grandement, mais il faut parfois savoir guérir aussi par d’autres moyens, notamment quand il s’agit de souffrances mentales et que le psy refuse de croire ce que vous lui racontez, le mal qu’on vous fait. Le psy comme les autres – il y a des choses que personne ne veut savoir, beaucoup de rescapés d’horreurs diverses en ont fait l’expérience : il leur faut guérir autrement. Et guérir à la fois du mal qui leur a été fait, et du fait que personne ne veut l’entendre. Parce que les autres doivent aussi se protéger du nihilisme. Personne n’a envie de se pencher au-dessus de l’abîme, quand il est là. Malheureusement, à ne pas vouloir savoir, on risque fort de faire soi-même un pas fatal dans le gouffre qu’on n’a pas voulu voir.

Quand j’ai appris à ma médecin généraliste que j’avais un cancer (le premier), elle m’a dit, étonnée : « ça n’a pas l’air de vous affecter beaucoup ! ». C’est qu’en fait, j’avais des problèmes beaucoup plus graves. Mon cancer n’était pas a priori trop grave, je savais que la médecine était capable de me guérir. Alors que pour mes autres problèmes, dont tout d’abord la perte de mon travail, de ma possibilité de gagner ma vie comme je l’avais jusque là toujours fait en écrivant, il n’y avait aucune aide – à part l’amour des proches, qui est capital, mais qui ne peut tout arranger, d’autant que votre problème les touche eux aussi, gravement. Il semble qu’on fasse des progrès, tout de même, dans l’écoute des souffrances que jusque là on ne voulait pas écouter. C’est long, difficile, et très loin de profiter à tout le monde, mais ça existe quand même. C’est un bien pour l’humanité.

Dans l’Odyssée, nous voyons Ulysse et les autres guerriers qui peuvent être féroces, verser des torrents de larmes chaque fois qu’une peine les affecte. Ce sont des gens isolés, personne ne peut leur venir en aide. Mais comme le dit Homère à moment donné, ceux qui se lamentent n’agissent pas. Pour sauver l’humanité du mal que fait l’humanité, il faut agir, c’est certain. D’une manière ou d’une autre. Ulysse ou ses compagnons pleurent quand ils ne voient pas d’issue, mais dès qu’une manifestation divine se fait, la capacité d’agir revient, la lumière revient, le salut revient ; et nous savons qu’Ulysse va rentrer à la maison.

Joies du sport et sagesse de Circé + un article scientifique sur les bienfaits du sport

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Circé par Béatrice Offor

Circé par Béatrice Offor

Je m’exerce à la course en fractionné, c’est-à-dire en alternant différents rythmes, sans autre méthode pour l’instant que mon ressenti. C’est très agréable d’accélérer ou de décélérer nettement de temps en temps, ça évite la monotonie de la course et ça permet de progresser. J’ai arrêté de courir en musique car j’en avais assez de ma playlist, il faudrait que je trouve le temps d’en faire une autre et aussi de changer mes vieux écouteurs qui tiennent mal dans les oreilles, car la musique aide bien aussi. La musique évite de trop regarder la distance, elle permet de l’oublier un peu, elle contribue à l’euphorie et aide à chercher à se laisser porter par sa propre course.

De temps en temps à la place du yoga quotidien je fais de la barre au sol ou autre gym et un peu de musculation avec mes petits haltères, c’est un tel bonheur de se sentir ferme et souple, de sentir ses muscles. Quand je me suis mise au yoga, il y a deux ans après quelques années sans sport, je me suis rendu compte, en faisant la chandelle en short, que la peau de mes cuisses en se renversant se révélait froissée par le temps. Mais quand j’ai remusclé mes cuisses, ma peau s’est trouvée de nouveau correctement tendue sur ma chair, les muscles étant plus fermes et ayant remplacé ce qui était sans doute un peu de graisse. Ce n’est pas cependant l’esthétique le principal, c’est la sensation de force et de bien-être qu’apporte le sport. La respiration, si bien développée par le yoga. Le nettoyage intérieur, y compris du cerveau, la joie, la paix.

J’adorais faire l’amour quand j’étais plus jeune, depuis quelque temps je me suis assagie mais grâce au sport mon corps exulte tout autant tous les jours – et sans les inconvénients de la libido de la jeunesse, qui apporte aussi souvent du trouble que de la joie (mais c’est la vie). J’y ai pensé en traduisant le passage où Circé demande à Ulysse de coucher avec elle afin qu’ils puissent désormais se faire mutuellement confiance, « en toute amitié ». Les femmes sont pleines de sagesse dans l’Odyssée. Et Ulysse plein de compréhension et de respect, que ce soit avec une jeune fille ou avec une sorcière. Ah mes amies, si nous pouvions rencontrer plus souvent ce genre d’hommes, plutôt que ceux que Circé change en porcs parce qu’ils en sont ! Allons, Ulysse monte dans le « très beau lit » de Circé et elle leur rend leur humanité.

Ma traduction de l’Odyssée est un marathon qui lui aussi me rend très bienheureuse.
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L’image de Circé en vignette est une peinture de Wright Barker

Et voici un article d’Arash Javanbakht dans The Conversation France pour rappeler les bienfaits de l’exercice physique :

Comment l’exercice physique maintient notre cerveau en bonne santé et nous protège contre la dépression ou l’anxiété



L’auteur, Arash Javanbakht, dans sa salle de sport. Il n’aimait pas faire de l’exercice jusqu’à ce qu’il trouve une activité qui lui plaise.
Arash Javanbakht, CC BY-SA

Arash Javanbakht, Wayne State University

En tant que psychiatre et neuroscientifique, j’étudie la neurobiologie de l’anxiété et la façon dont certaines interventions modifient le cerveau.

Voici quelques années en arrière, lorsque je recommandais à mes patients une activité physique, je n’y voyais rien d’autre qu’une tâche de médecin comme une autre, à l’image de nombreux praticiens. Il faut dire que je n’étais moi-même pas très actif. Les choses ont changé peu à peu : j’ai commencé à pratiquer la boxe, à faire davantage d’exercice, et j’ai fait l’expérience directe de ses effets positifs sur mon propre esprit. J’ai également commencé à faire des recherches sur les effets des thérapies par la danse et le mouvement sur les traumatismes et l’anxiété chez les enfants réfugiés, ce qui m’a permis d’en apprendre beaucoup sur la neurobiologie de l’exercice.

Peu à peu, j’ai commencé à considérer que prescrire à mes patients de l’activité physique n’est finalement pas très différent d’une prescription médicamenteuse : en réalité, je leur prescris leurs « pilules d’exercice ». Mes patients ont désormais conscience eux aussi de l’importance de l’activité physique, et presque tous s’engagent à s’y livrer à un certain niveau. J’ai pu en constater les améliorations qui en ont découlé dans leur vie quotidienne, y compris dans des domaines touchant à leurs moyens de subsistance.

Vous avez probablement déjà entendu parler de la façon dont l’exercice améliore les capacités musculo-squelettiques, cardiovasculaires, métaboliques, etc. Mais savez-vous ce qui se passe dans le cerveau ?


Comment l’exercice améliore notre cerveau (sous-titre en français disponibles)

Biologie du cerveau et croissance

Faire de l’exercice régulièrement modifie la biologie du cerveau. On parle cependant d’activité physique régulière, pas simplement d’aller faire une promenade de temps en temps pour se sentir mieux. Le cardio, en particulier, a un véritable effet sur le cerveau, dont il modifie la structure. En effet, contrairement à ce que certains peuvent penser, le cerveau est un organe très « plastique » : de nouvelles connexions entre les cellules cérébrales, les neurones, se forment chaque jour, et de nouveaux neurones sont générés dans les régions cérébrales importantes. L’une de ces zones clé est l’hippocampe, qui joue un rôle dans l’apprentissage, la mémoire et la régulation des émotions négatives.




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Qu’est-ce que la plasticité cérébrale ?


Une molécule appelée facteur neurotrophique dérivé du cerveau (« Brain-Derived Neurotrophic Factor » ou BDNF) aide le cerveau à produire des neurones. Divers exercices d’aérobic et d’entraînement en intervalles de haute intensité (« high intensity interval training ») augmentent de manière significative les niveaux de BDNF. Les travaux de recherches menés sur des modèles animaux ont démontré que ces changements se situent au niveau épigénétique, ce qui signifie que ces activités affectent la façon dont les gènes sont exprimés, entraînant des changements dans les connexions et la fonction des neurones.

L’exercice physique modéré semble également avoir des effets anti-inflammatoires : il régulerait le système immunitaire et l’inflammation, évitant qu’elle ne soit excessive. Il s’agit d’un point important à souligner, car les nouvelles connaissances en neurosciences laissent soupçonner un rôle potentiel de l’inflammation dans l’anxiété et la dépression.

Enfin, il existe des preuves des effets positifs de l’exercice sur les neurotransmetteurs (des substances chimiques cérébrales qui sont transmettent les signaux entre les neurones), la dopamine et les endorphines. Or, ces deux dernières substances sont impliquées dans la bonne humeur et la motivation.

L’exercice améliore les symptômes cliniques d’anxiété et de dépression

Les chercheurs ont également examiné les effets de l’activité physique sur les fonctions cérébrales et les symptômes de dépression et d’anxiété. L’exercice améliore la fonction de mémorisation, les performances cognitives et les résultats scolaires. Des études suggèrent également que l’activité physique régulière a un effet modéré sur les symptômes de la dépression, pouvant même être comparable à celui de la psychothérapie. En ce qui concerne les troubles anxieux, cet effet réduit légèrement ou modérément les symptômes d’anxiété . Dans une étude que nous avons menée avec mes collaborateurs, nous avons constaté que des enfants réfugiés qui ont suivi huit à douze semaines de thérapies par la danse et le mouvement voyaient leurs symptômes d’anxiété et syndrome de stress post-traumatique significativement réduits.

Pour les personnes qui expérimentent des symptômes physiques de l’anxiété, l’exercice peut même potentiellement agir comme une désensibilisation. Cela s’explique par la similitude entre les effets corporels de l’exercice (en particulier de l’exercice à haute intensité) et ceux de l’anxiété, notamment l’essoufflement, les palpitations cardiaques et l’oppression thoracique. En outre, la diminution de la fréquence cardiaque de base qui résulte de la pratique d’une activité physique régulière pourrait être interprétée par le cerveau comme le signal d’un plus grand calme physique intérieur (ce qui diminuerait l’impression d’anxiété).

Il est important de noter que la majorité des études scientifiques ont analysé les effets de l’exercice de manière isolée et non en combinaison avec d’autres traitements connus pour leur efficacité contre l’anxiété ou la dépression clinique, tels que la psychothérapie et les médicaments. Je ne suggère pas ici que l’activité physique peut se substituer à ces nécessaires modes de prise en charge de la dépression ou de l’anxiété. En revanche, l’exercice peut compléter l’arsenal thérapeutique, tout comme il peut également être utilisé à des fins de prévention.

Deux hommes s’entraînent sur un pont de singe, en extérieur.

Nombreuses sont les personnes qui se sont mises à la gym en extérieur durant la pandémie.
Richard Baker/In Pictures via Getty Images, CC BY-SA

Les avantages de l’activité physique ne se limitent pas à ses effets neurobiologiques. En sortant marcher, on s’expose à la lumière du soleil, au grand air et à la nature. Au cours de ses promenades régulières, l’une de mes patientes s’est liée d’amitié avec un de ses voisins. Depuis, ils se retrouvent tous les mardis pour de délectables « Taco Tuesday ». De mon côté, je me suis fait des amis formidables à la salle de boxe. Ils me motivent et constituent tous ensemble un formidable réseau social de soutien. Chacun peut trouver son compte comme bon lui semble, qui choisissant de prendre un chien pour s’entraîner à la course, qui rencontrant son futur compagnon, qui profitant de l’énergie débordante du gymnase… L’exercice peut également être une façon de pratiquer la pleine conscience et de s’éloigner des facteurs de stress quotidiens, de tous nos appareils électroniques ou de la télévision.

Enfin, en améliorant notre forme physique et en nous donnant un surplus d’énergie, l’exercice peut aussi améliorer l’image que nous avons de nous-mêmes et notre estime de soi.

Conseils pratiques pour vie bien remplie

Concrètement, comment trouver le temps de faire de l’exercice, surtout avec toutes les contraintes de temps et les limitations supplémentaires imposées par la pandémie, qui a limité l’accès aux salles de sport ?

  • Choisissez une activité que vous aimez. Ce qui fonctionne pour l’un peut ne pas fonctionner pour l’autre. Nous ne sommes pas tous obligés de courir sur un tapis roulant (personnellement, je déteste ça). Essayez un ensemble d’activités variées et voyez laquelle vous préférez : course à pied, marche, danse, vélo, kayak, boxe, poids et haltères, natation… Pour éviter l’ennui, vous pouvez alterner entre plusieurs sports, ou en changer selon les saisons. Il n’est même pas forcément nécessaire de choisir un « sport ». Tout ce qui fait accélère votre rythme cardiaque peut faire l’affaire, même s’il s’agit de danser devant les publicités télévisées ou de jouer avec vos enfants ;

  • Utilisez à votre avantage la pression positive que peuvent exercer vos pairs. À 17h30, après une journée chargée à la clinique, j’ai parfois du mal à me motiver pour aller à la salle de sport, ou pour me consacrer à un entraînement en ligne (si vous rendre dans une salle de sport pendant la pandémie vous rebute, ce type d’entraînement est une alternative). J’ai donc mis en place sur la messagerie instantanée que j’utilise avec mes amis un groupe « salle de boxe ». Nous l’utilisons pour indiquer quand nous allons au gymnase, ce qui nous motive les uns les autres ;

  • Évitez de voir votre activité comme « tout ou rien ». Il ne s’agit pas de choisir entre faire une heure de voiture ou de vélo aller-retour afin de vous rendre à la salle de sport pour une heure d’exercice ou rester affalé sur votre sofa pendant toute la soirée… Comme je le dis toujours à mes patients : « un seul pas supplémentaire vaut mieux que rien, et trois squats valent mieux que pas de squat du tout ». Quand on est peu motivé ou que l’on débute, il faut prendre soin de soi. En faire autant que possible, mais sans exagérer. Danser trois minutes sur votre musique favorite compte aussi pour de l’exercice ;

  • Mélangez l’exercice avec d’autres activités : pendant que vous êtes au téléphone avec un ami, profitez-en pour faire un quart d’heure de marche. Même si vous tournez en rond autour de votre maison, cela reste de l’activité physique ;

  • Si vous hésitez à vous mettre en train, si vous manquez de motivation, posez-vous la question : « À quand remonte la dernière fois où j’ai regretté de m’être bougé ? » ;

  • Bien que l’activité physique aide à perdre du poids, il ne suffit pas à lui seul : il faut y adjoindre un régime alimentaire correct. Un gros brownie peut contenir plus de calories qu’une heure de course à pied ne permet d’en éliminer. Quoi qu’il en soit, même si vous ne perdez pas de poids, ne renoncez pas à l’activité physique : elle vous procure malgré tout tous les avantages dont nous venons de parler !
    Enfin, même si vous ne vous sentez pas anxieux ou déprimé, prenez quand même vos pilules d’exercice : elles vous seront utiles pour protéger votre cerveau.The Conversation

Arash Javanbakht, Associate Professor of Psychiatry, Wayne State University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Mots du jour

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Couchée sur le dos, mes tempes entre mes genoux.

Courant dans la rue, au jardin courant toujours.

Traduisant Homère, je songe au moly, qui met Ulysse au lit.

Verticale en chandelle, Atlas à l’envers.

Les roues de mon vélo tournent même quand je tourne.

Préface : quand on préfère préfaire.

Traductions, mes ablutions.

Remueurs de queue, serviteurs du pire

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En traduisant le passage où les loups ensorcelés par Circé se tiennent autour des hommes comme de gentils toutous et « les flattent en remuant leurs longues queues », je pense à l’édito de Serge Raffy dont j’ai vu quelques passages sur Twitter (je ne vais plus du tout, depuis longtemps, sur le site de l’Obs), édito dans lequel, encore une fois, il tourne énamouré autour de Macron d’une façon telle que, comme dit un twitto, « un tel léchage de bottes, ça ne peut pas se faire en respectant les gestes barrière ». J’avoue, ma comparaison n’est guère scientifique, car d’une part je doute que Serge Raffy ait jamais été un loup, et d’autre part j’ignore tout de la longueur de sa queue, et de sa capacité à la remuer aussi vigoureusement qu’un chien remue la sienne.

Mais d’un autre côté, notre Emmanuel ne tient-il pas d’une Circé, d’une ensorceleuse, pour susciter tant de flagornerie ? Voyez ses mines, entendez ses formules (si vous supportez encore de l’entendre et de le voir), n’essaie-t-il pas constamment de subjuguer les humains ? Sans doute, mais alors il est bien moins doué que Circé, car si ça « marche » encore avec quelques professionnels de la chose comme Raffy et quelques vieux bourgeois, la catégorie dans laquelle il recrute ses fans depuis l’enfance, pour plus de gens sans doute il est plutôt le valet d’antichambre d’une autre sinistre sorcière qui attend à la porte de l’Élysée. Continuez à lui cirer les pompes, JDD et autres Nouvel Obs, vous ne faites que dégoûter encore plus de lui. Et ainsi servir le pire.

Quand je pense que Serge Raffy, en 1998, avait tenu à parler de mon livre Poupée, anale nationale, et à me donner la parole sur mes inquiétudes quant à la montée du Front national. Comment peut-il avoir sombré dans ce macronisme pitoyable ? Lui et ses pareils des médias ont non seulement porté Macron au pouvoir, mais certains continuent à le soutenir après la catastrophe de ses quatre ans au pouvoir ? Voilà comment s’avancent les régimes fascisants, par la démission intellectuelle, la compromission politique, l’aveuglement porté par une vie confortable, tout cela germant sur des choses plus louches encore, plus intimes, plus cachées. Tous ces gens qui chutent et essaient d’entraîner le plus de gens possible dans leur chute.

Il y a toujours des inquisiteurs qui croient pouvoir arriver à leurs fins par la torture.

À mon seul désir

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sur le site du "livre scolaire", ce passage du chant 10 juste expurgé de l'énigmatique phrase sur les proches chemins de la nuit et du jour - surtout, évitons de réfléchir et de faire réfléchir les élèves !

sur le site du « livre scolaire », ce passage du chant 10 juste expurgé de l’énigmatique phrase sur les proches chemins de la nuit et du jour – surtout, évitons de réfléchir et de faire réfléchir les élèves !


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Rêvé cette nuit que je démolissais complètement le bureau d’une espèce de fonctionnaire de la littérature, le mettant littéralement en pièces, sous ses yeux et ceux d’une foule de gens assis dans un immense amphithéâtre, pulvérisant tiroirs et autres morceaux sans exception, tout en me félicitant d’avoir musclé mes bras ces mois derniers.

En fait je ne pense pas que le moment soit venu pour dévoiler le sens, resté inconnu depuis près de trois mille ans, que j’ai annoncé la dernière fois avoir trouvé à l’énigmatique pays des Lestrygons. Ni le moment, ni l’endroit, tant que traînent des saccageurs de littérature et de vérité. Je suis comme les animaux qui, traqués par les humains, sont obligés de se retirer de plus en plus haut dans les montagnes. Mais mieux vaut vivre libre au désert qu’esclave en société – tant pis si ça exaspère les esclaves qui se prennent pour des maîtres.

Je continue à traduire, toujours avec le même bonheur. Et j’ai trouvé en avançant d’autres preuves, toujours solides et non tirées par les cheveux, du sens que j’ai découvert à ces fameux si « proches chemins de la nuit et du jour ». Tout cela est à la fois infiniment simple et subtil, et décidément oui, mieux vaut attendre, pour le donner, de pouvoir donner le tout, le livre entier.

barque-à-la-licorne-min1Si je ne donne plus ni analyses ni traductions sur ce blog, où il n’y a déjà plus les photos depuis que je les mets sur mon compte Instagram, nous verrons bien à quoi il pourra servir. À noter mes rêves ? Pourquoi pas.

Eurêka

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En train, à mesure que j’avance, d’ouvrir l’Odyssée comme ces livres découpés pour enfants, qui jaillissent en relief quand on ouvre leurs pages. Traduisant cette nuit les vers énigmatiques sur les chemins du jour et de la nuit dans le pays des Lestrygons (chant X, v .86), j’ai cherché ce qui s’en disait et j’ai trouvé cet article reprenant les nombreuses tentatives de réponse, insatisfaisantes, faites jusqu’à maintenant. Je n’ai pas tout lu, mais vous pouvez aller voir vous-mêmes ici pour avoir une idée de la question et des réponses. Et donc, arrêtant de lire, j’ai concentré ma pensée sur le texte d’Homère. Et au bout de quelques minutes, J’AI TROUVÉ ! C’est tellement fort ! Et d’une simplicité aussi désarmante que le sens que j’ai trouvé dans l’épisode des Cyclopes, dont je parlais l’autre jour (sens qui est la clé de tout le poème et que je n’exposerai pas ici, comme je l’ai dit). J’étais soufflée, j’avais envie de pleurer de joie. Cette fois, je vais l’expliquer. Dans quelques heures. Le temps que je l’écrive, et que, si la question vous intéresse, vous y réfléchissiez d’abord vous-mêmes.

J’ai trouvé les images de livres découpés ici

Tapie, réunions non mixtes, running, travail quotidien…

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Dans la rue ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Dans la rue ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Screenshot_2021-04-05 Le parquet de Paris reprend l'enquête sur le cambriolage du couple TapieMacron appelle Tapie parce qu’il a été cambriolé. Ceux que Tapie a « cambriolés », nous tous les contribuables, personne ne les a appelés. Manquerait plus que le lascar ait monté le larcin pour faire marcher les assurances, avec lui on peut s’attendre à tout.

C’est quoi ce pays où certains veulent faire interdire les associations qui pratiqueraient des réunions non mixtes ? Je suis toujours prudente par rapport aux possibles dérives idéologiques de tout activisme, mais enfin comment peut-on seulement songer à interdire ce genre de réunions ? « La question elle est vite répondue » : on peut y songer quand ce ne sont pas des Blancs qui sont concernés. La non-mixité, il y en a partout, on la pratique partout -associations et autres clubs spécialisés, congrégations religieuses et autres, sans parler de la non-mixité informelle, avec des lieux de pouvoir souvent presque exclusivement masculins et blancs), c’est seulement quand il est question de gens non blancs qu’elle pose problème, aux Blancs évidemment. Comme quoi les antiracistes ont d’excellentes raisons de parler de temps en temps entre personnes touchées par le racisme. Les réunions en non-mixité sont un bon outil d’émancipation pour toutes les catégories sociales qui subissent des discriminations, un outil connu et utilisé depuis au moins la Révolution française. Vouloir les interdire aux personnes racisées est une indignité scandaleuse.

En fait l’actualité n’est qu’un fatras d’indignités. Pourquoi parler de celle-ci ou de celle-là plutôt que de telle ou telle autre ? Parce qu’au fond n’importe laquelle fait l’affaire pour rappeler la folie du monde, la nécessité de la combattre mais aussi de s’en détacher, de ne pas la laisser accaparer notre vie.

Courir est l’un des excellents moyens pour ça. J’ai très peu couru cet hiver (je m’y suis mise seulement à la fin de l’été dernier, alors que je n’avais pas couru depuis le lycée), mais je m’y remets ces jours-ci, avec bonheur. Mon appli de sport m’a proposé de relever le défi de courir 30 km entre le 1er et le 30 avril, je m’y suis mise. Ce vendredi 2 j’ai couru 2,8 km en fractionné, hier dimanche 2,4 km en footing continu . Au début, en août dernier, je tenais à peine 200 mètres d’affilée, puis j’ai couru trois ou quatre fois par mois jusqu’à la fin de l’automne, où je suis arrivée à 1,5 km d’affilée, à mon petit rythme. Maintenant j’ai juste hâte d’y retourner, je sens que je peux de nouveau progresser – pas aujourd’hui quand même, je veille à ne pas me faire mal, et puis je pratique d’autres sports.

J’ai trouvé l’autre jour une toile dans la rue et j’ai le projet de la repeindre, quand je sentirai que j’ai besoin d’une pause dans ma traduction. Pour l’instant le désir de traduire me réveille chaque matin, et comme je me couche tard, du coup je dors souvent peu mais la joie du travail qui avance me tient éveillée. Là je commence le chant X, Ulysse et ses compagnons arrivent chez Éole, roi des vents.

Ulysse, le Cyclope, Poséidon et les #pasdevague

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La réaction furieuse du Cyclope quand Ulysse lui dévoile qui il est me rappelle celle de ma mère quand, alors que j’avais sept ans, elle me demanda, de toute sa hauteur, « pour qui tu te prends ? », et que je lui répondis : « pour quelqu’un d’intelligent ». Je crois bien que comme Poséidon, le dieu de la mer, le fit avec Ulysse, elle m’a poursuivie de sa vengeance toute sa vie – mais sans le savoir, elle. Ce n’était pas seulement la revendication de mon intelligence qui l’avait choquée, mais sans doute aussi le fait que j’aie dit « quelqu’un ». Quelqu’un, c’est le contraire de personne. Ma mère n’a pas été la seule à se venger de moi pour la même raison. Toute volonté de domination se sentant, stupidement, menacée par un petit être qui s’affirme, s’acharne à s’en venger.

Symptomatique est ce reproche largement fait à Ulysse de n’être pas parti du pays du Cyclope sans rien dire. Parti sans rien dire, il aurait pu continuer peinard son chemin. C’est ce que font tant de gens, et notamment tant de responsables et de petits chefs, adeptes du #pasdevague et du souci de faire bonne figure. Les sales coups, ils en font, mais planqués, sans rien risquer. Comme le Cyclope dans son antre. Or leur lâcheté ne les préserve pas toujours, et il leur arrive de perdre en fin de compte même ce qui leur était le plus précieux, leur inique et illusoire domination, et avec leur unique œil, l’image qu’ils se faisaient d’eux-mêmes et présentaient d’eux-mêmes.

Je l’ai dit à mes élèves et j’espère qu’ils l’ont bien entendu, qu’ils ne l’ont pas oublié : vous êtes intelligents. Puissent-ils ne pas perdre leur intelligence en se pliant comme tant d’adultes à l’attrait d’une vie d’apparences et de souci du regard des autres. Un jour, immanquablement, les masques tombent, et le visage risque de tomber avec.

Ulysse et le Cyclope

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Les cerisiers sont en fleur ces jours-ci au jardin des Plantes. Photo Alina Reyes

Les cerisiers sont en fleur ces jours-ci au jardin des Plantes. Photo Alina Reyes

Je finis de traduire le chant IX, où se trouve l’épisode des Cyclopes. Récit polysémique comme tout le reste de l’Odyssée, mais dont j’ai trouvé le sens le plus profond avec beaucoup d’émotion, sens épuré d’une simplicité absolue que d’autres ont sûrement trouvé aussi – mais je n’en ai jamais entendu parler, tant la peur fait souvent aux hommes fermer la porte de la simplicité, pourtant libératrice. Je n’en dirai rien ici parce que ce n’est pas l’écrin qui convient, surtout dans un monde de brutes cyclopéennes.

Les chrétiens annoncent aujourd’hui la résurrection du Christ. Très bien, mais je préférerais qu’on annonce la mort du diable, et que ce soit vrai. La vie des humains, comme toute vie, est bien assez difficile, elle n’a nul besoin de ce parasite pour lui compliquer les choses. Les complications sont le contraire de la complexité, qui est un synonyme de la vie et de la simplicité.

J’ai été satisfaite de planter le Cyclope. Dans une vision des choses basique – œil pour œil, dent pour dent -, il s’en tire bien avec seulement l’œil crevé pour avoir mangé des humains. Mais Homère et ses prédécesseurs inventeurs de l’histoire savaient que dans certains cas, laisser en vie le criminel est un plus grand châtiment que de le tuer.

Comme on le répète, si Ulysse s’était abstenu de le narguer en partant, il n’aurait pas eu à subir la vengeance de Poséidon. Mais comme il le dit lui-même, Ulysse n’est pas un lâche. Tous ceux qui le traitent de menteur, confondant mensonge et fiction, sont aussi les mêmes qui le critiquent quand il clame la vérité, quel que soit le prix qu’il ait à en payer. C’est parce que les gens confondent mensonge et fiction que le diable sévit, et c’est parce que le diable s’ingénie à leur faire confondre toujours plus mensonge et fiction que le monde est malade. Le mensonge, c’est le diable ; la fiction, c’est l’esprit sain et saint. Faire passer une fiction pour une réalité, c’est du mensonge, c’est le diable. Dire que la fiction est du mensonge, c’est jeter la confusion dans les esprits, c’est ce que font les esprits soumis au diable, au mensonge – les esprits lâches.

Athéna et sa projection Ulysse incarnent l’intelligence et le courage. Il n’y a pas de courage sans intelligence, et une intelligence sans courage n’est qu’une mécanique infernale, fatalement vouée à se perdre dans le mensonge. Poséidon sait qu’il ne pourra pas perdre Ulysse, qui est protégé par les dieux, c’est-à-dire par son intelligence et son courage. Le Cyclope, fils de Poséidon, incarne le défaut d’intelligence humaine de ce dieu. Le caractère humain des dieux de l’Olympe chez Homère n’est pas un défaut mais un outil de l’Intelligence, un véhicule pour sa manifestation. Qui n’a vraiment pas fini de se produire, Dieu merci.

Décadence française et relève

mathilde maute,

Si je vivais aux États-Unis par exemple, je pourrais travailler selon mes capacités dans la société, comme auteure et comme enseignante. En France, si vous n’êtes pas né·e dans la bonne classe sociale, le seul moyen de s’en sortir est de se soumettre et de se corrompre pour pouvoir entrer dans un système de dominants inter-soumis et corrompus. Le système hiérarchique français, le système des premiers de cordée, comme dit Macron, est le contraire d’un système aristocratique : ce ne sont pas les meilleurs qui sont au pouvoir, ce sont les plus médiocres et les plus corrompus. Ces derniers travaillant sans cesse, non pas à quelque bonne et utile œuvre, mais à produire des artefacts pour entretenir l’illusion qu’ils sont, et à éliminer des domaines qu’ils veulent occuper et se réserver, ou du moins à caser et faire taire, les meilleur·e·s, celles et ceux qui travaillent vraiment et honnêtement, de façon créative et capable de faire avancer le pays et le monde en son temps et pour le temps de ses descendant·e·s.

Je ne suis pas décadentiste mais le fait est que toutes les statistiques montrent le recul de notre pays dans le monde, sa perte considérable d’excellence dans à peu près tous les domaines de la science, de l’art, de l’industrie. La faute en est à la médiocrité, à l’aveuglement, à l’égoïsme paralysants de la classe dominante, qui ne se maintient que par l’exclusion de tout ce qui ne marche pas dans ses combines. À ceux-là s’ajoute la lourdeur d’une administration d’autant plus indétrônable que les pouvoirs ont toujours trouvé utile de la trouver à leur botte pour accomplir toutes sortes de sales boulots.

La décadence française, ce n’est pas, comme les identitaires le croient, la perte de valeurs culturelles françaises, par ailleurs fantasmées (voyez les films du vingtième siècle, lisez les romans des siècles précédents : qui a envie de vivre dans cette France-là ?), mais au contraire la constipation d’une classe sociale qui croit devoir retenir ses déchets dans ses entrailles comme un capital placé en banque. La décadence française, c’est le mur sans cesse reconstruit par des classes dominantes auto-enfermées, entre elles et des personnes vivantes en train de réinventer la vie, comme la vie l’exige. C’est l’esprit vieilli contre la jeunesse de l’esprit. C’est l’idée fixe contre la pensée en mouvement. Le déni du réel contre l’accueil et l’analyse du réel. L’insulte permanente au vivant et à la vérité contre le respect du vivant et de la vérité.

Eh bien, mes capacités me restent, comme vos capacités vous restent, même si la société les nie. Continuer de les affirmer, de les mettre en œuvre d’une façon ou d’une autre, c’est aussi garder la meilleure de toutes nos capacités : la capacité à la liberté. Notre liberté que les enfermés dans leurs ghettos de privilégiés jalousent, et qui change à chaque instant le monde, notre monde, contre leur gré et pour notre meilleur commun.

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en vignette : Mathilde Mauté et Arthur Rimbaud sur un mur de Paris, photo S.G.

Réflexion sur la traduction

cyclope

Ma traduction de l’Odyssée est à bien des moments à mille lieues des traductions existantes. Mille lieues, façon de parler, d’autant qu’elle est aussi proche que possible du texte grec, dont les autres traductions s’éloignent souvent par souci d’intelligibilité. Le paradoxe étant qu’elles lui retirent ainsi son intelligence. Qui traduit doit pénétrer l’esprit de qui écrivit, et de ce qui est écrit. Restituer autant que possible la richesse de la pensée d’un texte nécessite aussi bien de s’interroger sur son sens que de rendre aussi fidèlement que possible son expression et ses images. Cela peut passer par la littéralité, ou bien par une translittéralité, une transposition de l’expression dans une autre expression, mais qu’il faut alors choisir avec un soin immense. C’est pourquoi je passe des heures à méditer sur l’œuvre dans son ensemble ou dans tel ou tel de ses détails – et je le fais aussi en rêvant, toutes les nuits.

Une œuvre telle que l’Odyssée demande un investissement total, profond. Le texte doit être ressenti dans sa chair aussi bien que contemplé en esprit. Sans ressenti charnel, l’esprit s’égare, il ne contemple pas, en fait, et la pensée s’illusionne et pense faux. Si l’on ne peut accéder à ce niveau d’art dans la traduction ou la lecture d’un texte, mieux vaut s’en tenir à transcrire ou dire ce que le texte offre comme premier niveau de compréhension. Mieux vaut donner un sens plat du texte, ce qui revient à réduire son sens, que de le déformer, ce qui revient à détruire son sens.

Il y a des moments-clé dans l’Odyssée où la traduction doit laisser la place à la réflexion avant de pouvoir reprendre ; bien sûr tout le temps de la traduction est un temps de réflexion, mais parfois la pensée exige de ralentir ou d’arrêter le temps de l’écriture avant de reprendre sa lecture. On traduit trop le mot métis, qualité attribuée à Ulysse, par « ruse », alors que le me de métis est le même que celui de mental, d’une racine indo-européenne signifiant penser. À cause de ce mot, ruse, le regard du francophone sur Ulysse est très réducteur. J’ai déjà expliqué pourquoi même le mot dolos était défectueusement traduit par ruse en français. L’intelligence d’Homère n’est pas une esquive, au contraire.

Macron et le Cyclope

Screenshot_2021-03-30 Covid-19 les raccourcis de l’exécutif sur les modélisations de l’épidémie

Pandémie. D’après sa com’, Macron serait si intelligent qu’il serait devenu assez épidémiologiste pour se passer de l’avis des épidémiologistes et gérer tout tout seul. On voit le résultat : plus d’un an après, toujours plus de malades et de morts, toujours des attestations à remplir et des amendes à payer, toujours autant ou plus de gens privés de travail, et maintenant trop peu de vaccins et de plus mauvais résultats que la plupart des autres pays. Bref, toujours plus de preuves que, pour tout le reste comme en politique, masturbation intellectuelle, vanité narcissique et méthode Coué sont non seulement stériles mais potentiellement dévastatrices. Comme dit l’autre, c’est sur vos œuvres que vous serez jugés.

Il faut vraiment être stupide pour croire mieux savoir que ceux qui savent mieux et pouvoir se passer de leur savoir chèrement acquis – c’est la maladie de vanité qui touche les bluffeurs. Ces imbéciles me font penser au Cyclope qui se croit plus fort que tout le monde, « beaucoup plus fort » que Zeus lui-même, comme il le déclare, et qui finit avec son unique œil crevé. Drôlerie du dialogue (que j’ai traduit aujourd’hui) au cours duquel Ulysse, minuscule à côté de la masse de Polyphème, l’appelle « mon brave » en essayant de lui apprendre à bien se comporter. Peine perdue, l’idiot lui répond avec condescendance et va coûter la vie à plusieurs compagnons d’Ulysse avant d’être mis hors d’état de nuire par l’intelligent héros.