Mille grands chênes abattus pour rien, Sylvain à la légion, et Anaximandre au désert

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Cet après-midi au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

Cet après-midi au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

Mille chênes de cent à deux cents ans vont être abattus pour refaire la charpente de la flèche de Notre-Dame de Paris. Celle de la magnifique Notre-Dame de Reims, bombardée par les obus allemands en 1914, a été refaite à partir de l’année suivante par un architecte intelligent, Henri Deneux, non en chêne comme à l’origine, mais en ciment armé. Ceci pour économiser le bois et pour prévenir les risques d’incendie. Notre-Dame de Reims est toujours aussi magnifique, plus de cent ans après, mais les décisionnaires, à commencer par celui qui se prend pour Jupiter, sont, eux, stupides et beaucoup plus en retard sur le plan de la mentalité, bien que l’époque soit à l’urgence écologique et que Notre-Dame de Paris vienne de brûler. Ni de l’un ni de l’autre fait il n’est tenu compte, il n’est tiré de leçon. Sacrifier mille arbres d’exception pour une charpente invisible et alors qu’on a la possibilité de faire autrement, c’est criminel et sadique.

Les aventures de Sylvain Tesson, comme celles de Martine dans de vieux livres (que je n’ai jamais lus), continuent. Une aventure, un livre. Que voulez-vous, ça distrait son fils à papa, et ça paie, d’autant que le service public met lui aussi la main à la poche, par exemple France Inter qui l’a embauché à nos frais pour parler tout un été d’Homère auquel il ne connaît rien, comme je l’ai démontré. Cette fois, il s’est fait introduire chez les légionnaires. Dans la jungle, houlàlà ! M’étonnerait pas que les gars rigolent en douce en voyant, eux aussi, ce qu’il en est vraiment de ce bluffeur. Combien d’arbres seront encore abattus pour fabriquer des livres aussi creux qu’épate-bourgeois ?

Le sable du Sahara qui a teinté le ciel, la neige et les paysages français de jaune orangé il y a quelques jours, s’avère être radioactif, à cause des essais nucléaires français menés dans le sud de l’Algérie dans les années 60. Le 13 février 1960, une bombe atomique d’une puissance de 70 kilotonnes explose près du village de Reggane – une explosion trois ou quatre fois plus puissante que celle des bombes d’Hiroshima. Sympa, l’esprit colonial. Que le vent renvoie les effets du crime à leurs coupables, qui ose s’en plaindre ?

L’Histoire ne compte pas son temps. Que quelques années, quelques décennies ou quelques siècles lui soient nécessaires pour établir l’ordre et la lumière n’aveugle que les singes aux oreilles, bouche et yeux fermés. Comme le dit le Grec antique Anaximandre (dans ma traduction) : « De cela précisément où les vivants ont leur source, en cela aussi leur dissolution se produit, selon la promesse. Ils se donnent en effet les uns les autres règle et prix du déréglé selon l’ordre du temps. »

Hommage à Philippe Jaccottet

Philippe Jaccottet (1991) par Erling Mandelmann

Je côtoie Philippe Jaccottet depuis septembre dernier, depuis que j’ai commencé à traduire l’Odyssée, et, ce faisant, à consulter d’autres traductions, dont la sienne, la plus poétique à mon sens avec celle de Leconte de Lisle. En apprenant aujourd’hui qu’il vient de mourir (à quatre-vingt-quinze ans), j’apprends aussi qu’il était toujours vivant. En fait, je ne m’étais pas posé la question. Il a su entrer dans l’autre monde depuis ce monde, dans l’autre temps depuis ce temps, d’où il était et reste présent.
indexJe ne peux pas, comme je l’ai fait hier pour Ferlinghetti qui vient aussi de mourir, lui rendre hommage en le traduisant, puisqu’il écrit en français. Encore mieux, je peux donner à le lire directement dans sa langue. Voici trois brefs poèmes que j’ai choisis dans des poèmes de Jaccottet, donc, choisis par André Velter pour un tout petit recueil intitulé On ne vit pas longtemps comme les oiseaux (Poésie Gallimard/Télérama, 2015) (Autre parenthèse, je réécris son nom avec deux c, au lieu de me corriger comme je le faisais jusqu’ici en suivant la graphie défectueuse des éditions de La Découverte pour sa traduction de l’Odyssée).

*

… Et le ciel serait-il clément tout un hiver,
le laboureur avec patience ayant conduit ce soc
où peut-être Vénus aura paru parfois
entre la boue et les buées de l’aube,
verra-t-il croître en mars, à ras de terre,
une herbe autre que l’herbe ?

*

Tant d’années,
et vraiment si maigre savoir,
cœur si défaillant ?

Pas la plus fruste obole dont payer
le passeur, s’il approche ?

– J’ai fait provision d’herbe et d’eau rapide,
je me suis gardé léger
pour que la barque enfonce moins.

*

Quelqu’un tisse de l’eau (avec des motifs d’arbres
en filigrane). Mais j’ai beau regarder,
je ne vois pas la tisserande,
ni ses mains même, qu’on voudrait toucher.

Quand toute la chambre, le métier, la toile
se sont évaporés,
on devrait discerner des pas dans la terre humide…

*

Philippe Jaccottet (1991) par Erling Mandelmann

Philippe Jaccottet (1991) par Erling Mandelmann

Des faussaires et autres marchands de breloques et contrefaçons

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La criminelle falsification d’Homère commise par Arte dans cette série de documentaires dont j’ai déjà parlé deux ou trois fois (crime de même nature que celui des destructeurs fanatisés de statues et autres œuvres antiques) m’a rappelé que Stéphane Zagdanski avait écrit une conférence sur « l’humour d’Homère » il y a quelques années, un texte que je n’avais pas encore entendu ni lu. On le trouve en ligne sur son site, je suis donc allée le lire. À partir du moment où il se décide à entrer dans le vif du sujet, à savoir le texte d’Homère, il s’avère qu’il passe à côté, ayant travaillé sur traduction (et la pire de toutes à mon sens, celle de Bérard, comme je l’explique ici). Grave problème qui rend vain tout son long développement sur la Muse : il croit, d’après la traduction, qu’il est dit au chant II, vers 485 de l’Iliade que les muses sont présentes partout, et c’est à partir de cette croyance qu’il glose longuement. Or un coup d’œil au texte grec suffit à constater qu’il ne dit pas cela.

Et quand Zagdanski essaie, à la page suivante, de partir du texte grec, il se trompe, considérant uniquement kleos et loupant akouomen dans ce que Bérard traduit par « ouï-dire » (rappelons que ouï dans ce mot renvoie à l’ouïe – ce qu’il ne semble pas savoir-, comme kleos et surtout, plus directement, akouomen). Du coup, j’ai seulement survolé le reste de sa démonstration, qui continue à s’appuyer sur rien ou presque rien, alors qu’il y a tant à dire sur l’humour d’Homère, pour peu qu’on lise le texte grec, comme je le fais en ce moment (moi non plus je n’y voyais pas grand-chose quand je le lisais seulement en traduction).

Zagdanski, au lieu de se moquer, comme il le fait dans son introduction, des universitaires qui ont écrit des ouvrages savants sur Homère, ferait mieux d’en prendre un peu de la graine. Comme les scénaristes de la série d’Arte et comme tant d’autres faux intellectuels et autres intellectuels faussaires de ce temps gagné par l’obscurantisme, Homère le classerait parmi les arrogants prétendants qui voudraient être rois à la place du roi. Attention, finalement l’histoire fait un carnage de tous ces paresseux, sots et fats squatteurs de l’esprit.

Zagdanski ne nous épargne pas non plus son sexisme, assorti de sa fière imagination de lui-même en Zeus s’employant à rendre jalouse sa femme. Voilà au moins qui fait sourire, d’un humour certes involontaire mais c’est souvent le meilleur. À propos de sexisme, je me rappelle aussi qu’après la parution de mon roman Lilith, dont je parlais hier, un journaleux au service d’un éditeur jaloux avait écrit que mon livre était plein de « fausse érudition ». Je m’étais simplement bien documentée pour mon personnage de directrice du Muséum, en lisant des livres et des articles scientifiques, en visitant des grottes, en allant voir des fouilles, en assistant à des conférences et en rencontrant, parfois à plusieurs reprises, d’éminent·e·s paléontologues diversement spécialisé·e·s. Je n’avais évidemment pas retranscrit tout ce que j’avais appris, seulement ce qui était nécessaire à ma narration. J’aime les sciences et j’estime éminemment précieux l’esprit scientifique. La remarque du journaliste au service du jaloux n’était que l’expression d’un mépris sexiste, fondé sur rien. Fondé sur rien, comme d’habitude et comme le reste chez ces gens-là, qui s’imaginent volontiers que tout le monde est aussi vain et bluffeur qu’eux.

Chronique de la bitocratie

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Bitocrates. C’est ainsi qu’un compte d’une féministe appelait les machistes et abuseurs (Twitter l’a supprimé pour virulence bien avant de supprimer celui de Trump, pourtant beaucoup plus dangereux). Depuis quelque temps, chaque semaine apporte son accusation de viol envers tel ou tel VIP. Aujourd’hui PPDA, comme on disait jadis. C’est mon roman Lilith (1999) qui est en train de se réaliser, avec ce déferlement de révélations sur la criminalité, jusque là impunie, des puissants. Mon héroïne, Lilith, directrice du Muséum, vient à en avoir assez de la domination masculine. Alors elle prodigue aux abuseurs des fellations fatales, en les vidant de leur sang. Parmi eux, un célèbre présentateur de télévision (je m’étais inspirée pour ce personnage de PPDA, justement, dont on m’avait raconté un comportement minable). Que les femmes se mettent à parler et laissent ainsi les abuseurs exsangues me réjouit.

Si ces femmes courageuses peuvent parler aujourd’hui, quoique ce soit encore très difficile, c’est que d’autres courageuses qui les ont précédées ont, elles aussi, par leurs combats fait peu à peu évoluer le regard de la société sur les pratiques abusives de beaucoup d’hommes, et spécialement de beaucoup d’hommes qui se sont fait une place dans la société en piétinant les autres, une place dont ils se sont servi pour pouvoir continuer à commettre leurs crimes et leurs abus.

J’avais été sanctionnée pour ce livre, Lilith, par quelques connards, apeurés sans doute, du milieu médiaticolittéraire ; mais ce n’était encore rien par rapport à la cabale énorme qui s’est abattue sur moi après et depuis mon roman Forêt profonde (2007). Peu importe, j’ai fait les livres que j’avais à faire et je pense que ça n’a pas été inutile, que ça pourra encore servir, même, quand auront disparu de ce monde les tristes sires acharnés à me faire taire. Au réseau des complices actifs ou passifs qui m’ont vue pendant dix ans réduite à ne plus pouvoir publier, aux salopard·e·s associé·e·s qui n’ont rien voulu savoir de ce qui se passait vraiment, à ceux et celles qui ont préféré, plutôt que de m’écouter, adhérer aux mensonges d’un lamentable notable dont jamais je n’ai accepté le système, je dis : je suis toujours là, je ne me tais pas et je vous plains seulement de vous être rendus vous-mêmes tellement, et de plus en plus, méprisables.

On peut lire aussi, sur le même sujet, ma nouvelle La Dameuse (en fait un micro-roman, paru en 2008), que j’offre en PDF gratuit ICI

Chronique du crime contre l’esprit

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Lieux communs et faits alternatifs sont les deux mamelles de l’élite imbécile. Allons- y de « l’islamogauchisme gangrène la société française et l’université » jusqu’à « les dieux punissent les Grecs de leur démesure après la guerre de Troie » en passant par « un prof de philo de Trappes est menacé par les islamistes ». Les formules cent fois répétées finissent bien par faire des illusions de pensée et de vérité, mais pas pour autant de la pensée, ni la vérité.

Il y a toutes sortes de lieux communs ; les lieux d’aisance en font partie. Quant aux faits alternatifs, comme dirait Parménide « ce qui n’est pas n’est pas » : ils illustrent le nihilisme ordinaire des élites qui n’en sont pas. Beaucoup de lieux communs d’aisance tombent, avec un gros bruit, des bouches, des cœurs et des cerveaux empantouflés, dans le même néant où tentent d’exister les faits alternatifs sortis des mêmes orifices pour compléter la cacaphonie, que certain virus malin empêche de sentir.

Car si le propre de la pensée, de l’analyse, est de s’appuyer sur des faits, celui (si l’on peut dire) de la non-pensée est de se soutenir de non-faits. Le sale de la pensée fasciste, en fait, repose sur des faux faits, trouvés ou mis sur le marché. Les lieux communs peuvent avoir été pensés et sensés avant d’être des lieux communs, mais une fois transformés en éléments de pensée toute faite, ils sont vidés de toute substance, ils sont comme le « yaourt » de ces chansons qu’on chante sans en connaître les paroles ou le « lorem ipsum » qui sert à remplir les pages avant qu’elles ne reçoivent un texte réel.

Fin annoncée des quatre mythiques librairies Gibert du boulevard Saint-Michel. Soixante-et-onze employés sans travail, et des étudiant·es par milliers sans livres, et sans joie dans les files d’attente aux distributions alimentaires. Voilà des faits. Dans les faits, les mythes font pleinement partie de l’histoire humaine, et les falsifier, comme le fait le documentaire d’Arte sur Ulysse par basse raison idéologique – promouvoir l’athéisme à l’école en faisant d’Ulysse un athée (que dirait-on si en terre d’islam on apprenait aux enfants, de façon aussi anachronique, absurde, mensongère et malhonnête, qu’Ulysse était un musulman combattant le polythéisme ?), c’est commettre un crime intellectuel et moral contre l’humanité. C’est toujours ainsi que ça commence : les violences commises contre l’esprit sont des violences promises et commises contre les vies.

Pierre-Guillaume de Roux

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J’apprends la mort de Pierre-Guillaume de Roux. Bien des hommes de droite et d’extrême-droite férus de littérature rendent hommage à sa liberté et à son exigence d’éditeur. Et je veux témoigner que cet homme eut le courage de publier, en 2007, mon meilleur roman, Forêt profonde. Un roman qui s’en prenait notamment à l’extrême-droite identitaire et au fascisme, et que le milieu littéraire rejeta massivement parce qu’il était une sorte de #MeToo littéraire avant l’heure, dénonçant les abus de notables et leur impunité, les opposant à la liberté créatrice persécutée, décrivant aussi une tentative d’emprise d’un homme socialement puissant sur une femme isolée et dans une situation désespérée. Un roman en forme de lutte acharnée contre le mal et de poésie visionnaire.

Je suis en train de vanter ce roman parce que je veux insister sur le courage qu’eut Pierre-Guillaume de Roux en le publiant. Il lui fallait, pour ce faire, ne pas craindre de se mettre un peu plus à dos à peu près toute la profession. J’en suis consciente aujourd’hui plus encore qu’à l’époque. J’eus l’impression, plus tard, qu’il me laissait un peu tomber, mais aujourd’hui je comprends que les forces adverses avaient pris trop d’ampleur pour qu’il puisse continuer dans ce combat qui était le mien, pas le sien. Je retiens de lui, outre sa gentillesse et sa simplicité, qu’il était un vrai éditeur, et non pas un commerçant comme trop de ses confrères et consœurs (sortis de plus en plus souvent d’écoles de commerce, d’ailleurs). Et aussi qu’il m’a fait l’un des plus beaux cadeaux de ma vie, le plus beau, même (avec mon vélo, offert par O l’année dernière) : le Mathnawî de Rûmî, œuvre monumentale traduite par Eva de Vitray Meyerovitch.

Voilà, c’était ma salutation à un homme dont certes je n’aurais pas partagé les affinités très droitières, mais qui, comme humain, restait à part, aussi libre que possible dans ce nœud de vipères qu’est le milieu de l’édition, et de la presse qui va avec. Que son âme trouve ce qu’elle cherchait.

Fausses élites, vrais mensonges

deloyal

faf a faf
*

Le prof de philo qui se dit menacé par les islamistes (mais qui a dû reconnaître qu’il n’a pas reçu de menaces) parle sur Cnews et sur Sud Radio, écrit dans Causeur et dans Le Nouvel Obs. Cherchez l’erreur… malheureusement il n’y en pas, c’est l’ambiance du moment, comme le « débat » vanté, sur France 2, entre une ex du FN (Le Pen) et un ex de l’Action française (Darmanin). Pas un hasard s’il pleut comme autant de grenouilles ou de sauterelles des dénonciations d’abus sexuels, abus financiers, abus intellectuels ou autres, commis par des « élites », copains à Macron et compagnie. Abuser et mentir, c’est leur projeeet ! Sans lequel ils sont tellement inconsistants.

Le prof en question prétend qu’il n’y a ni coiffeurs mixtes ni cafés mixtes à Trappes, où selon lui on ne peut faire chanter les enfants dans les écoles maternelles. Le maire de Trappes dément tranquillement tout cela, et a aussi la preuve que ce prof l’accuse à tort de l’avoir traité d’islamophobe et de raciste dans une interview à une chaîne de télévision néerlandaise ; et ce maire, logiquement, porte plainte pour diffamation. Les médias en France ont beaucoup critiqué Trump, ses fake news et ses faits alternatifs, mais eux-mêmes propagent facilement le mensonge, surtout quand il s’agit de s’en prendre à une certaine catégorie de population, cible de l’hystérie de la vieille France. On a vu plusieurs fois de faux faits divers inventés par des racistes être repris partout avec emphase, avant que la vérité ne soit finalement faite, très discrètement, trop discrètement pour effacer le mal déjà fait.

À s’agiter comme il le fait, on pourrait penser que ce prof cherche à trouver quelque haineux à exciter, afin de triompher en recevant de réelles menaces, ou pire. Je comprends qu’il puisse être épuisé par vingt ans de cours de philo, des cours qui la plupart du temps, même dans de bons lycées parisiens, ne suscitent chez les élèves que l’envie de bavarder entre eux. Il est peut-être en burn out, quoi qu’il en soit il est visiblement dépité et c’est quelque chose à écouter, mais seulement tant que le mensonge n’y prend pas le dessus.

J’évoquais l’autre jour la série incroyablement mensongère que diffuse Arte sur l’Iliade et l’Odyssée, œuvres falsifiées au point de leur faire dire l’exact contraire de ce qu’elles disent noir sur blanc – visiblement dans un mélange d’ignorance (approximations, erreurs, confusions) et de souci idéologique (prôner l’athéisme), la série étant destinée en particulier aux enfants des collèges et à toutes les personnes qui ne connaissent rien au sujet. Il y avait de ça aussi dans leur série sur les religions – sans doute pas des falsifications aussi grossières, mais des orientations parfois soutenues par des présentations des faits malhonnêtes. Arte, élite de la télé ? Le problème n’en est que plus néfaste. D’emblée, les gens font confiance à Arte, comme on fait ou faisait confiance au curé ou à toute autre figure d’autorité avant que ne se mettent à déferler les témoignages sur leurs abus, jusque là commis en toute impunité. Les médias qui bénéficient encore d’une réputation bonne, comme Arte, ou du moins à peu près correcte, devraient se méfier eux aussi : l’impunité, en fait, n’est pas éternelle. Il en va de même pour toutes les « élites » qui par leur malhonnêteté mettent en danger non seulement leur propre tête, mais aussi la société entière, qu’elles tâchent d’entraîner dans leur médiocrité, leur mensonge, leur hypocrisie. Plus dure sera, ou est déjà, leur chute.

Des bienfaits des séries nordiques, et des méfaits des falsifications françaises (note actualisée)

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Après avoir regardé plusieurs séries nordiques à la suite, je suis revenue vers une série américaine assez bien réputée et là, j’ai dû vérifier deux fois la date de production, tant elle me semblait datée. Dans la forme mais surtout dans le fond. Les caractères, les rapports humains, les rapports hommes-femmes, tout cela semble arriéré par rapport à ce qu’on voit dans les séries nordiques. Pourtant, première diffusion en 2014, ce n’est pas une vieille série, elle est même moins ancienne que certaines des séries nordiques que j’ai regardées, et dans lesquelles l’humanité paraît tellement plus évoluée.

De même qu’il y a beaucoup de films plus ou moins vieux que, même bons, je ne peux plus regarder, à cause des codes sociaux pénibles qu’ils véhiculent, en particulier sexisme éclatant et racisme plus ou moins larvé, je renonce, après un épisode, à ma série américaine, et retourne à une autre série nordique, là où je peux respirer. Malgré le mal qui bien sûr s’y déchaîne, puisque je regarde toujours des séries policières. J’aime les énigmes, la quête de la vérité, le combat contre le mal. Je n’aime pas une fiction qui étale son sexisme ou son racisme parce que son auteur les trouve normaux.

Les pays nordiques, qui travaillent dans le souci de la meilleure organisation sociale possible, du respect de chaque personne dans ses droits et ses devoirs au sein de la collectivité comme dans son environnement, de la responsabilité du groupe envers chacun et de chacun envers le groupe et envers la nature, dans le sens d’une société apaisée où chaque personne, à la fois sécurisée et autonome, peut se réaliser au mieux et être heureuse, ces pays montrent la voie pour toute l’humanité. C’est en cela que les bonnes séries nordiques sont précieuses. Elles ne montrent pas un monde parfait, mais elles montrent un monde où le respect d’autrui est possible, où la puissance des femmes est effective autant que celle des hommes, où l’autonomie des enfants est encouragé, où les enfants sont respectés autant que les adultes, en même temps qu’ils sont responsabilisés. Elles nous montrent une humanité plus accomplie, plus libre, et nous font comprendre que les pesanteurs patriarcales de nos vieux pays ne sont pas une fatalité. Nous pouvons nous en sortir.

Quelques minutes de visionnage de la série d’Arte sur l’Iliade et l’Odyssée m’ont suffi à voir que la falsification la gâtait comme le livre de Tesson. Comme son livre, elle est destinée à un public inculte en la matière, et visiblement écrite par un ou des incultes. Pleine d’approximations, d’erreurs, de contresens et de falsifications, elle véhicule une vision nihiliste qui n’a rien à voir avec la profonde humanité d’Homère. Chaque jour, continuant à le traduire, j’en suis bouleversée et extrêmement heureuse. Et je me dis que si seulement ceux-là qui en parlent avaient la capacité de lire vraiment cette œuvre, ils ne ressentiraient pas le besoin de la gâcher, à la façon de désirants dépités par leur propre impuissance. Un mal du vieux monde qui est en train de tuer le vieux monde, tandis que l’humanité vivante continue son chemin.

Les gens croiront savoir alors qu’ils ne sauront rien, comme les scénaristes de ce genre de documentaire, et n’auront nullement été incités à lire. On n’apprend rien d’ignorants, et ce documentaire est fait par des ignorants. Beaucoup d’argent public jeté par les fenêtres, alors qu’il aurait pu être utilisé pour enseigner intelligemment et sérieusement. Un problème trop souvent présent en France, d’où la baisse générale du pays. Grave culpabilité de services publics comme Arte, entre autres. Il devrait y avoir un contrôle sur l’utilisation de l’argent public dans les programmes des chaînes publiques, elles ne devraient pas pouvoir diffuser impunément de la fausse science. L’obscurantisme reste un mal à combattre.

P.S. 8-2-2021 Après écoute de quelques minutes de plus du docu d’Arte sur l’Odyssée, il apparaît que la thèse est de présenter Ulysse comme un athée (!) poursuivi par la colère de Zeus parce qu’il voudrait libérer les hommes des dieux. Évidemment c’est une énorme falsification. C’est exactement le contraire de ce que dit Homère, Zeus défendant Ulysse contre Poséidon, l’ennemi d’Ulysse qu’il faut faire plier afin d’assurer un heureux retour au « divin Ulysse » :

Ainsi répondit Zeus rassembleur de nuages :

« Mon enfant, quelle accusation sort d’entre tes dents ?
Comment oublierais-je jamais le divin Ulysse,
Si intelligent parmi les mortels et si généreux
En sacrifices pour les dieux, habitants immortels
Du vaste ciel ? Mais Poséidon qui enserre la terre
Est toujours irrité de ce qu’il aveugla l’œil
Du simili-dieu Polyphème, le plus fort
De tous les Cyclopes. La nymphe Thoosa,
Fille de Phorkys, l’un des chefs de la stérile mer,
S’étant unie dans les grottes à Poséidon, l’enfanta.
Depuis, Poséidon, l’ébranleur de la terre,
Sans le tuer fait errer Ulysse hors de sa patrie.
Mais allons ! Réfléchissons, nous tous, aux moyens
D’assurer son retour. Poséidon alors
Laissera sa colère. Car il ne pourra, seul,
Lutter contre le vœu de tous les immortels dieux. »

Sylvain Tesson, une grosse grosse imposture

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Je n’ai pas d’adversaire. Les gens intelligents et bons, je les admire et je les aime, en aucun cas je n’en fais mes adversaires. Quant aux imbéciles qui se croient intelligents, et pire, qui le font croire, je peux les prendre pour punching-ball, mais un punching-ball n’est pas un adversaire, seulement un idiot utile à l’athlète, en l’occurrence à l’athlète du combat intellectuel et spirituel : ce n’est pas l’imbécile que je combats, c’est l’imbécilité et la mauvaiseté.

Sylvain Tesson a écrit un non-livre sur Homère, qu’il a non-lu, et pour cause : il n’est qu’un barbare, diraient les Grecs de l’Antiquité, c’est-à-dire quelqu’un qui ne parle pas le grec. Prétendre écrire un livre sur un poète qu’on ne peut lire, est la première monumentale imposture de cet « aventurier ». Il ne dit rien de son ignorance, laisse au contraire planer l’idée qu’il serait helléniste, en prétendant dès les premières lignes : « Pendant des mois, je respirais au rythme homérique, entendais la scansion des vers ». Il n’entendait rien, n’entendant pas le grec, et ne pouvait donc pas respirer au rythme de ce qu’il ne pouvait entendre. La meilleure traduction du monde ne saurait permettre de connaître ce qui se passe dans la profondeur de la langue d’un poète, ni d’entendre la sonorité et le rythme de son poème. Cette première imposture joue de bien mauvais tours à Tesson, nous y reviendrons.

La deuxième monumentale imposture de cette aventure est le fait, qui éclate aussi dès les premières lignes, que Tesson ne connaît rien, vraiment rien, à son sujet. D’emblée, il situe Homère « il y a deux mille cinq cents ans », pêle-mêle avec « quelques penseurs, des philosophes » (apprécions le flou), confondant dans une seule période tous les Grecs. En réalité, Homère a composé l’Odyssée au VIIIe siècle avant notre ère – d’ailleurs le fait est mentionné plus tard dans un paragraphe savant du livre. Ce qui n’empêche pas Tesson de répéter son ignorance au moins trois fois en parlant des « deux mille cinq cents ans » d’Homère. Comment est-ce possible ? Soit Tesson ne sait pas du tout compter, au point de croire qu’entre le vingt-et-unième siècle après notre ère et le huitième avant notre ère ne se sont écoulés que deux mille cinq cents ans. Soit il n’est pas le seul auteur de son livre – et il ne s’est même pas donné la peine de lire les passages rédigés par l’auteur qui en sait plus que lui, afin d’harmoniser un peu le tout. Voilà la troisième grosse imposture.

La quatrième énorme imposture tient au sens de son livre. Facilement résumable en trois mots : « en même temps ». Lui-même les dit, et entre guillemets, pour bien évoquer le macronisme de la chose (Macron a d’ailleurs apprécié, lui envoyant une lettre dithyrambique sur son livre, preuve s’il en était besoin qu’il est tout aussi faux, ignorant et sot que Tesson ; des qualités qui marchent par les temps qui courent, puisque Macron est devenu président, et le livre de Tesson l’essai le plus vendu l’année de sa parution). En même temps quoi ? Eh bien, nous, les hommes, nous sommes les jouets des dieux, et en même temps, chacun sa merde, démerdez-vous (du sous-Spinoza, louchant vers l’ultra-individualisme ultralibéraliste). Voilà toute la philosophie qu’il trouve chez Homère. Et qu’il répète, et qu’il radote – c’est d’un tel ennui que je reconnais avoir survolé pas mal de passages. En fait il ne lit pas Homère, il se sert d’Homère pour asséner sa pensée de droite et d’extrême-droite, mâtinée de considérations écologiques.

Tesson se sert d’Homère pour taper sur Bourdieu et sur les universitaires.
Tesson se sert d’Homère pour taper sur les religions révélées, et en même temps pour christianiser Homère (« le verbe se fait chair », la rédemption, etc.) – qu’est ce qui reste donc ? Que Tesson se sert d’Homère pour taper sur l’islam (« les mahométans », comme il dit), voire sur le judaïsme – mais prudemment, sans le dire ouvertement (c’est que Tesson ne fait pas partie des héros, quoiqu’il les admire tant, nous allons le voir).
Tesson se sert d’Homère pour exprimer son sexisme, là aussi à bas bruit : Athéna, qui est le grand dieu et la grande déesse homérique, n’est mentionnée par lui que lorsqu’il ne peut faire autrement, et quand il y ajoute son commentaire, la plupart du temps c’est avec mépris et en tentant de rabaisser sa condition, parlant de crépage de chignon entre Athéna et Aphrodite, estimant qu’elle a pour Ulysse « une affection de mère amoureuse », la désignant comme déesse de la ruse (alors qu’elle est celle de la sagesse et de la stratégie militaire). Pour Tesson, Zeus le père est le dieu d’Homère, et tant pis si en vérité c’est Athéna qui occupe cette place dans la pensée du poète. On n’en est pas à une trumperie littéraire près.

Tesson tisse donc sa grossière toile à sa façon, sans se soucier d’Homère, dans son simili-style-grand-siècle, son style ranci et épate-bourgeois au possible (mais parfois plus neutre – de la main de l’autre auteur ?), et comme les bourgeois balzaciens, endossant les dépouilles des nobles, s’installaient dans leur mobilier conçu pour un tout autre univers que le leur, les fausses élites de notre époque et leurs suiveurs s’empressent de s’admirer dans la prose et les poses de Tesson comme dans ces selfies truqués, avec filtres et effets, qu’on poste sur les réseaux sociaux.

Tesson se sert d’Homère pour se rêver en héros, rabâcher sa hantise de « l’égalitarisme », vanter « l’inégalité naturelle ». Déplorant cette « philosophie égalitariste » qui a « porté au pinacle le faible à la place du guerrier », se lamentant du fait que « dans l’Occident du siècle xxi, le migrant ou le père de famille, la victime ou le démuni seront dignes du podium ». Pauvre petit fils à papa, né avec une place toute faite ou si facile à se faire, de par sa naissance, dans la société, et qui sait bien qu’il n’a même pas l’héroïsme d’un migrant, d’un père de famille, d’une victime ou d’un démuni. Et qui ne voit pas que les héros d’Homère sont tous des voyageurs partis dans la précarité, comme les migrants qui traversent aujourd’hui la même Méditerranée, des pères et des mères de famille soucieux de leurs enfants, des nobles que leur esprit d’aventure transforme en victimes et en démunis – sans quoi ils ne seraient pas des héros. Où éclate l’humanité d’Homère, éclate l’inhumanité de Tesson.

Sylvain Tesson a choisi de ne pas avoir d’enfants mais aime à entretenir une réputation de séducteur, sans songer que plus d’un qui se flatte d’aventures sexuelles est en vérité incapable d’engendrer. Il est un admirateur déclaré de Matzneff, qui le fascine. Vieille histoire : son père, Philippe Tesson, qui le protégeait déjà dans les années 60, disait de lui l’année dernière : « Nous savions qu’il défendait la pédophilie, cela ne nous choquait pas ». Admiré de Macron et de Sarkozy comme de Redoine Faïd ou de Robert Ménard, il est le champion des incultes, des imposteurs et des petits qui se rêvent grands. Comme tous ceux qui se prennent pour des élites, il est intrigué pourtant par le fait qu’Homère qualifie de divin le porcher d’Ulysse. Il y a là quelque chose qui ne concorde pas avec leur propre conception de la supériorité. Alors ils trouvent une explication plus ou moins alambiquée – Tesson y va d’Heidegger et de son Dasein. Heidegger et sa philosophie d’une supériorité d’une race, ça les rassure. Le porcher d’Ulysse serait en quelque sorte l’exception qui confirme la règle, l’ami noir des racistes. Mieux, il serait divin sans en être conscient, comme la bête. Que tous, toutes et tout puissent être divins chez Homère, ils ne le comprennent pas, ne veulent pas le comprendre.

Et à propos des épithètes homériques, Tesson commet l’une des plus grosses bourdes de son livre. Paraphrasant, sans le dire, une remarque de Jacottet qu’il interprète de travers, il prétend qu’Homère change ses épithètes en fonction des besoins de son vers. Certes cela arrive, mais les exemples qu’il donne sont complètement faux, et cela parce qu’il ignore le grec. Tantôt, dit-il par exemple, Homère qualifie Athéna de déesse aux yeux de chouette, tantôt de déesse aux yeux pers. Mais non ! C’est un seul et même mot, en grec, qu’on traduit différemment, car il a tous ces sens à la fois, ainsi que « aux yeux brillants », entre autres. Et il multiplie la même erreur pour d’autres figures, comme Poséidon. Il a beau vanter les « vers éternels » d’Homère, la vérité est qu’il ne peut ni les lire, ni les comprendre.

Bluffe-t-il autant quand il raconte ses aventures de riche dans les montagnes et sur les routes du monde ?

Des contrefacteurs, des homophobes, des incestueux, des pédocriminels et des fachos amusants

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Le couvent Saint Jacques et ses passages de l'Apocalypse en façade, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Le couvent Saint Jacques et ses passages de l’Apocalypse en façade, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Xi Jinping déclare que «La protection de la propriété intellectuelle est un élément clé dans les plans de développement du pays». Amusant, ce président chinois.

Recep Erdogan déclare que « Nous allons mener vers l’avenir non pas une jeunesse LGBT, mais une jeunesse digne de l’histoire glorieuse de cette nation ». Amusant, quand on se souvient que celui qui reste l’idole des Turcs, à savoir le grand Atatürk, était bisexuel.

Richard Berry nie fermement avoir abusé de sa fille aînée quand elle avait huit à dix ans. Amusant ! Comme si les incestueux et autres abuseurs s’empressaient ordinairement de reconnaître les faits.

Gabriel Matzneff annonce publier bientôt ce qu’il appelle son « chant du cygne », à savoir une ultime insulte à Vanessa Springora. Amusant, quand on sait que le chant du cygne est encore moins beau que celui du corbeau, une espèce de couinement sans force et virant dans les aigus comme la voix d’un adolescent qui mue. Tout chrétien qu’il soit, la dernière mue de ce mesquin monsieur le laissera nu pour l’enfer.

Autre petite voix, Gérald Darmanin, trafiqueur d’influence, déclare à la radio que le fait que des chercheurs à l’université travaillent sur les questions d’« idéologie racialiste » (c’est-à-dire en fait sur le racisme systémique) est « un drame pour la France ». Amusant, de la part de cet ancien de l’Action française.

Zineb El Rhazoui a été proposée pour le prix Nobel de la Paix – ce dont Gérald Darmanin se déclare « satisfait ». Amusant, quand on sait que cette nomination est le fait de Jan Bøhler, député norvégien d’extrême-droite.

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à bientôt pour la suite du Journal intime d’une jeune femme libre

Des virus et des hommes

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Dans le bel espace où travaillent les chercheurs du Muséum d'histoire naturelle, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Dans le bel espace où travaillent les chercheurs du Muséum d’histoire naturelle, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes


Supporter longtemps et vaillamment le mal, tout en le tenant à distance lui laisser longtemps sa chance de s’en aller. Le plus souvent, en effet, il s’en va. Mais certaines personnes sont possédées par un mal tenace, dont elles sont incapables de se défaire, qu’elles sont incapables d’expulser d’elles-mêmes. Alors pour le supporter, elles le projettent en d’autres, à la façon d’un virus qui profite des personnes faibles ou en situation de faiblesse. C’est ainsi que le mal s’étend. Cette sorte de mal ne s’en va jamais de lui-même. Les personnes qu’il a infectées peuvent s’en débarrasser, mais on ne peut être sûr qu’elles s’en sont débarrassées tant qu’elles n’ont pas reconnu les faits. Ou tant que la source du mal continue à être en mesure de les infecter et réinfecter. Alors il faut les laisser à distance et leur laisser le temps, à elles aussi. Sinon ce serait collaborer implicitement avec le virus, qui peut tuer. Les virus qui s’insinuent dans la parole sont plus mortels que ceux qui s’insinuent dans le corps. Un corps infecté peut rester saint. Un esprit infecté, non. Refuser la falsification de la parole, c’est lutter contre le mal, pour les malades.

Hypercapitaliste, esclavagiste, antisémite, islamophobe, homophobe, sexiste, raciste… Voltaire emblématique des combats d’aujourd’hui, comme le prétend une série sur lui qui s’annonce ? Non, mais de la guerre que fait la vieille classe dominante à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Et ce faisant, bien sûr, à la vérité.

Photo d’une écrivaine médiatique au visage changé en masque de caoutchouc par la chirurgie esthétique. À soixante-dix ans, toujours pas libérée du désir d’illusionner : c’est ça, la misère de la classe dominante – pas même fichue de se dominer elle-même. N’existant que dans le faux, et propageant le faux comme un virus.

Closer condamné à payer 8 000 euros de dommages et intérêts à Brigitte Macron pour avoir révélé son hospitalisation, en juillet 2019, à l’hôpital américain de Neuilly, pour une opération de chirurgie esthétique. Du moment qu’on se tait, tout passe ? Une culture de la honte et de l’hypocrisie bien religieuse et rancie, à l’œuvre pour les faits graves comme pour des faits aussi dérisoires.

À dix jours du procès en destitution de Donald Trump, les avocats de ce dernier annoncent renoncer à le défendre. Tout finit par arriver ! Les gens peuvent stationner longtemps dans une impasse mais au bout d’un moment quelques-uns entrouvrent les yeux et s’en dégagent.

Il est plus de 18 heures, il fait noir et froid, il pleut ; en pleine ville le merle chante quand même.

Combat pour la vérité : réflexion après avoir regardé Acquitted. Et après 224 « commentaires désactivés » sur l’obésité

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AcquittedJ’ai regardé en trois jours les deux saisons de l’excellente série norvégienne Acquitted. Extrêmement attachée aux personnages des deux frères Aksel et Erik, et principalement du rejeté, Aksel, dans un phénomène d’identification plus puissant que je n’en ai jamais connu en regardant d’autres séries ni même en lisant des romans, il me semble. Et sans dévoiler la fin, je dois dire qu’elle m’a mise dans une grande colère contre les scénaristes qui ont fait commettre, dans les dernières minutes, une grave erreur à l’un des deux. Je n’arrêtais pas d’y penser, de penser à la responsabilité de l’auteur quand il conte une histoire.

Et puis au fil des heures je me suis dit que cette erreur était malgré tout bénéfique, puisqu’elle permettait (d’après la libération qu’on aperçoit – je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler) de faire enfin la vérité. Évidemment si les salopard·e·s de l’histoire n’avaient pas été des salopard·e·s, ou avaient cessé de l’être, l’établissement de la vérité n’aurait pas eu un prix aussi élevé, ni pour les innocents, ni pour les coupables. Mais c’était bien le but du protagoniste, l’établissement de la vérité. J’étais en colère aussi qu’il n’y ait pas de saison 3, qui aurait pu permettre de voir clairement comment justice allait être faite. C’est ainsi, à chaque spectateur de finir l’histoire, dans sa tête et dans sa vie. Une histoire très significative en ces temps de grand dévoilement des barbaries intrafamiliales et sociales, et de tous abus commis dans le mensonge et le secret.

Je ne change pas vraiment de sujet en parlant de l’obésité, qui était pour ma mère un moyen de manifester son désir de prendre beaucoup de place et, ainsi, de dominer abusivement. Certes les obèses n’ont pas tous la même motivation et beaucoup d’abuseurs ne sont pas obèses, mais comme toute maladie, l’obésité n’est dénuée de sens pour personne. Les ressorts psychologiques et sociaux de l’obésité sont nombreux et l’ « épidémie » d’obésité fait partie des maladies du siècle symptomatiques, entre autres, de milieux familiaux et sociaux abusifs. C’est une grave erreur de considérer l’obésité comme une différence comparable à la différence des sexes, des couleurs de peau ou des tailles, qui sont purement génétiques et ne sont en rien des maladies. On sait que l’obésité est un grave et coûteux problème de santé publique, et si on ne veut pas la considérer en elle-même comme une maladie, comme pour d’autres addictions, il est indéniable qu’elle crée maintes autres fragilités et maladies. J’avais écrit ce matin sur le site de 20 minutes, à la suite d’un entretien avec une jeune femme obèse qui demandait à voir davantage de personnes grosses à la télé, ce commentaire :

Screenshot_2021-01-25 Daria Marx juge « terrible de ne jamais voir quelqu’un qui vous ressemble »

Resté longtemps « en attente de modération », alors que des commentaires plus récents étaient publiés, mon commentaire n’est finalement jamais passé… car tous les commentaires, qui allaient majoritairement dans le même sens que le mien, ont carrément été désactivés sur cet article ! Le combat pour la vérité a décidément des adversaires déterminés, même quand ils affichent les meilleures intentions du monde, voire y croient.

Fin de mes livres chez Zulma. La trumperie littéraire

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J'ai photographié encore cette fresque de Seth, face au château de la Reine Blanche dans le 13e arrondissement, car je ne m'en lasse pas

J’ai photographié encore cette fresque de Seth, face au château de la Reine Blanche dans le 13e arrondissement, car je ne m’en lasse pas

Trouvé au fond de ma boîte à lettres, parmi un tas de prospectus publicitaires que je ne ramasse que de temps en temps, un avis de lettre recommandée datant de près de quinze jours. Je suis donc allée la chercher à la poste, juste à temps avant qu’elle ne reparte à l’expéditeur. Il s’agissait d’un courrier de Laure Leroy, directrice des éditions Zulma, m’informant qu’en raison de « la situation économique » (sans plus de précision), elle cessait la commercialisation des six livres que j’ai publiés chez eux. Et me proposant de lui en racheter des exemplaires. Grande élégance. Je lui ai répondu par mail, avec copie à la personne qui était en charge des droits – le mail me revient, cette personne ne travaille plus chez Zulma, la réponse automatique donne une adresse anonyme à laquelle s’adresser, il semble que son poste soit supprimé. Peut-être que ça va vraiment mal pour la boîte.

Je n’en sais rien, car je n’ai plus de contact avec eux depuis des années, il y a longtemps que Laure Leroy ne voulait plus de moi. Si j’avais un conseil à donner aux éditeurs, ce serait de réfléchir avant de choisir entre soit garder un·e auteur·e important·e que le milieu rejette pour crime de lèse-parrain, soit rejeter aussi cet·te auteur·e et s’assurer par là le soutien, par exemple, du Monde des livres. Certes il est bon pour un éditeur de pouvoir compter sur une partie importante de la critique pour promouvoir les livres qu’il publie, mais à choisir, et sur le long terme, le mieux c’est quand même de garder les auteur·e·s qui comptent.

À propos de critique dans Le Monde, j’en ai vu une l’autre jour qui comparait la « poésie » de certain petit livre récemment paru à la poésie de Victor Hugo. Intéressée, je suis allée voir en ligne les premières pages du livre en question, que je ne nommerai pas, par charité pour son auteur. Aucun de mes élèves au lycée n’écrivait de si mauvaise « poésie ». Pourquoi cette flagornerie du Monde ? De toute évidence, même le critique le plus nul ne peut que se rendre compte de ce ridicule. Mais c’est que l’auteur entre dans la case musulman-utile et dans les bons réseaux. Trump est parti, Dieu merci, mais la trumperie est toujours de ce monde, avec son mensonge permanent, grossier, criminel – car il y a bien ici crime contre l’esprit.

Pour en revenir à mes titres chez Zulma, j’ai demandé dans ce mail ce qu’il en était des trois qu’ils ont cédés il y a longtemps à d’autres éditeurs pour des collections de poche. J’imagine que ceux-là (Poupée, anale nationale, Une Nuit avec Marilyn et La Dameuse) resteront en circulation. Nous verrons. Si ce n’était pas le cas, cela signifierait que je récupère les droits des six livres. Des trois ou des six sortis de la circulation je ferai sûrement quelque chose, j’ai l’habitude de la récup ;-)