Le nerf de la guerre

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à Paris hier, photo Alina Reyes

à Paris hier, photo Alina Reyes

Quand j’avais une vingtaine d’années, l’un des patrons d’une boîte où j’ai travaillé quelque temps m’a invitée à faire un tour dans sa Porsche. Je n’ai jamais aimé les Porsche, j’adorais les Jaguar. J’ai accepté, et je lui ai demandé de me laisser conduire. J’ai appuyé bien fort sur le champignon, il a vite voulu rentrer et ne m’a plus proposé de balade. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé à deux ou trois religieux à Lourdes de les ramener dans ma vieille Toyota au monastère où ils logeaient. J’ai conduit fangio dans les rues désertes, y compris dans les virages. Quand je les ai débarqués, une indignation coléreuse se lisait sur leurs visages et moi je souriais. Ils disent toujours tant qu’ils aiment être secoués.

Difficile de résister à la tristesse des moments que le pays traverse. Comme si le confinement et tout ce qui en découle ne suffisaient pas, comme si l’état policier ne se faisait pas assez sentir avec ces menaces de verbalisation de nos sorties, ces attestations ridicules à remplir, ces masques à porter dans des rues désertes ou en pleine nature, voici que l’article 24 de la loi « sécurité globale » vient d’être voté par l’Assemblée. Le désastre macroniste ne m’étonne pas, je l’avais vu dès avant l’élection mais je préférerais tant m’être trompée. J’ai entendu tout à l’heure à la radio que les pays où la crise du Covid avait été la mieux gérée étaient aussi ceux dont les citoyens faisaient le plus confiance en leur gouvernement, comme en Nouvelle-Zélande – du fait que leur gouvernement méritait en effet leur confiance et faisait en retour confiance aux citoyens. Les mensonges et le double jeu systématiques de la macronie nous enfoncent dans le complotisme et l’obscurantisme. Contre l’abattement qui nous menace – aujourd’hui je n’ai rien fait à part un peu de yoga et de marche – j’essaie du moins de ne pas oublier qui je suis, non pas socialement mais dans mon être vivant, vibrant, combattant et riant.

La France indigne

Screenshot_2020-11-07 Quatre enfants de 10 ans arrêtés à Albertville pour «apologie du terrorisme»

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

Il y a dans mon roman-pamphlet Poupée, anale nationale un passage où les enfants des écoles sont incités par une créature fasciste à dénoncer les pensées non conformes de leurs parents. Il y a, dans la vie, des parents qui dénoncent les pensées de leur enfant, des enfants qui dénoncent les pensées de leur parent, des ami·e·s qui dénoncent les pensées de leur ami·e, des collègues qui dénoncent les pensées de leur collègue, etc. – qui les font parler, puis rapportent à qui le leur demande. Et maintenant il y a aussi, en France, un gouvernement qui envoie dix policiers lourdement armés tirer de leur lit des enfants de dix ans, avant sept heures du matin, parce qu’ils ont exprimé une pensée non conforme lors d’une célébration officielle de la liberté d’expression. Trois petits et une petite de CM2, retenus dix heures durant au commissariat. Je n’avais pas imaginé voir ça un jour dans mon pays (que j’ai l’intention de quitter quand ce sera possible). L’Histoire jugera.

Autant en emporte le temps

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"Autant en emporte le temps", collage et peinture sur papier fort 17x20 cm

« Autant en emporte le temps », collage et peinture sur papier fort 17×20 cm

Les Grecs et les Turcs se sont rapprochés après le tremblement de terre qui a endeuillé leurs deux pays ces jours-ci. En France, les musulmans et les catholiques se sont rapprochés pour la Toussaint après le meurtre de trois personnes dans une église de Nice par un terroriste islamiste. Que les uns et les autres, Grecs et Turcs en Orient (les deux pays sont orientaux à mes yeux), musulmans et chrétiens en Occident et dans d’autres terres, se rendent compte qu’ils seraient plus forts en coopérant, en faisant alliance, même !

Les librairies sont fermées. Des employés de librairies demandent qu’on cesse de demander leur réouverture et de les mettre ainsi en danger. Pour ma part, il y a longtemps que je ne vais plus en librairie (les bibliothèques et les ebooks m’apportent tout le nécessaire). Les seuls livres que j’y ai achetés ces deux dernières années sont celui de François Ruffin, Ce pays que tu ne connais pas – en fait c’est O qui l’a acheté – et celui de Vanessa Springora, Le consentement. Deux textes de témoignage. L’un d’un honnête homme sur Macron, l’autre d’une honnête femme sur Matzneff, deux personnages emblématiques de l’état de la France : un pays abusif. Les livres que j’aurais pu publier depuis dix ans ne se trouvent pas en librairie car j’aurais dû, pour les publier, accepter une contrainte abusive. Je ne l’ai jamais acceptée, elle s’est donc accentuée, on a voulu me rééduquer comme certains veulent convertir de force les homosexuels à l’hétérosexualité, ou les fidèles d’une religion à une autre, ou les esprits libres à la dictature. Il y avait dans ces livres que je n’ai pu publier, que vous ne trouverez pas en librairie, de quoi participer à pacifier le monde. On a préféré soutenir ceux qui s’échinent à provoquer des guerres de civilisation. Autant en emportent les tremblements de ciel.

Reconfinement

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Hier à Paris 13e, photo Alina Reyes

Hier à Paris 13e, photo Alina Reyes

Chape de tristesse ce soir sur le pays.

Plus d’autre choix qu’un reconfinement. Je pense à toutes celles et tous ceux qui ne pourront plus travailler, qui ne peuvent plus travailler depuis des mois ; ou qui ont travaillé dur pour lancer des projets qui seront annulés ; ou qui vont devoir continuer à travailler dans des conditions risquées et difficiles ; ou qui vont devoir affronter plus ou moins seuls, ou en compagnie difficile, une période d’enfermement, une période angoissante. À toutes celles et ceux qui, pour ces raisons et d’autres encore, vont souffrir, ou continuer à souffrir, ou souffrir de nouveau.

Je suis allée faire des courses pour le dîner, vers 17 heures passées. Les rayons du supermarché étaient à moitié vides et il y avait de longues queues aux caisses : c’était déjà reparti, les gens faisaient des provisions en vue d’un reconfinement. Dire qu’avec des mesures intelligentes – télétravail obligatoire chaque fois que possible, aération des salles de cours, et bien sûr préparation des hôpitaux, publics et privés, on aurait pu limiter ce désastre. Les quelque vingt pour cent de Français qui ont élu Macron, faute de mieux et pour éviter le pire, ont élu un jeune banquier sans expérience politique et nous le payons, tant en politique intérieure que dans les relations internationales, gérées par des enfantillages d’une personnalité clivante. Le Figaro publiait l’autre jour un article relatant le désarroi du Rassemblement national, dépossédé de ses idées par la classe politique au pouvoir. Je n’ai envie d’accabler personne, nous sommes assez accablés. Mais voilà où nous en sommes. Dans cette situation incertaine, le mieux est de garder au maximum nos forces, afin d’être en état de nous en servir, personnellement ou collectivement, quand nous serons au moins débarrassés de la pandémie.

Depuis que je me suis mise à la course, il y a quelques semaines, j’ai triplé ou quadruplé la (petite) distance sur laquelle je cours avant d’alterner avec des temps de marche. Faire du sport est plus que jamais capital pour nous maintenir en forme, physiquement mais aussi mentalement. Je compatis avec les jeunes, si pleins de vitalité et privés d’activité, surtout en ville. Ils ont besoin de beaucoup de courage dans le monde actuel.

Alain Rey est mort, et je me rappelle que la première chose que j’ai faite, dès que j’ai eu ma première avance de droits d’auteur sur mon premier roman, a été d’acheter un vélo pour chacun de mes deux fils, puis pour moi le Grand Robert. J’avais toujours été pauvre, et c’était le trésor le plus luxueux que j’avais jamais eu. Pour ainsi dire, je n’en revenais pas de l’avoir. Et donc je le devais en bonne part à Alain Rey, dont le nom est d’ailleurs presque l’anagramme du mien. Je ne l’ai plus – j’ai dû le laisser lors du dernier déménagement – mais j’ai toujours un Petit Robert, un trésor aussi.

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à bientôt pour la suite de l’Odyssée, la fin du Chant II

Odyssée, Chant II, v. 296-339 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)-min

"Mystery of Life", acrylique sur bois 74x46 cm

« Mystery of Life », acrylique sur bois 74×46 cm

Je propose un nouveau dicton : « Guerre » au printemps, « couvre-feu » à l’automne. Guerre contre quoi, contre qui ? That is the question. Mais attention aux feux qui couvent.

Aujourd’hui nous assistons à un dernier échange entre quelques-uns des perfides prétendants et Télémaque, puis ce dernier descend au cellier d’Ulysse, espèce de haute caverne d’Ali Baba. Nous verrons la prochaine fois les préparatifs avant le départ du jeune homme devenu « grand », comme il dit, avec son langage parfois encore enfantin.
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Ainsi parle Athéna, fille de Zeus. Et Télémaque
Ne s’attarde pas, une fois entendue la voix
De la déesse. Il s’en va au palais, le cœur attristé,
Trouve dans la demeure les prétendants arrogants.
Antinoüs en riant vient droit sur Télémaque,
Lui saisit la main et lui dit, l’appelant par son nom :

« Télémaque, fort en gueule, âme insupportable, cesse
D’exercer ton cœur aux paroles et aux actes mauvais,
Viens plutôt avec moi manger et boire comme avant !
Les Achéens vont s’occuper d’absolument tout pour toi :
Du bateau et des rameurs que tu demandes pour partir
Au plus vite à Pylos t’informer sur ton aimable père. »

Ainsi lui répond à haute voix le sage Télémaque :

« Antinoüs, je ne peux plus, avec vous les orgueilleux,
Sans rien dire manger et tranquillement m’amuser.
N’est-ce pas assez d’avoir déjà dévoré mes précieux
Et nombreux biens, prétendants, quand j’étais encore enfant ?
Mais maintenant je suis grand, j’ai écouté la parole
D’autres gens, j’ai appris, et la colère en moi a grandi.
Et je vais donc tenter de vous lancer le mauvais sort –
Que j’aille à Pylos ou que je reste ici dans le peuple.
Mais je n’annonce pas ce voyage en vain : je serai
Passager sur un bateau, n’ayant moi-même ni nef
Ni rameurs, puisque cela vous paraît plus avantageux. »

Ainsi dit-il, et d’un geste aisé retire sa main
De celle d’Antinoüs. Les prétendants dans la maison
Préparent le repas et lui adressent railleries
Et injures. L’un de ces jeunes arrogants lui dit :

« Oui, certes, Télémaque médite de nous tuer !
Il ramènera des secours de Pylos la sablonneuse
Ou bien de Sparte, puisqu’il le désire terriblement !
À moins qu’il ne veuille aller à Éphyra aux fertiles
Terres, afin d’en rapporter des poisons mortels
Qu’il versera dans nos cratères pour nous tuer tous ! »

Un autre de ces jeunes arrogants lui dit :

« Qui sait ? Une fois parti loin de ses proches, sur sa nef
Creuse, peut-être mourra-t-il après avoir, tel Ulysse,
Erré ? Voilà qui accroîtrait encore notre fatigue :
Il nous faudrait partager toute sa fortune, puis donner
La maison à sa mère et à celui qu’elle épouserait ! »

Ainsi parlent-ils, et Télémaque descend dans les hautes
Et vastes réserves de son père, où s’amoncellent l’or,
L’airain, des coffres pleins de linge, des huiles parfumées…

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le texte grec est ici
le premier chant entier dans ma traduction
à suivre !

Tiphaine Auzière. La longue chute d’En marche

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Screenshot_2020-10-22 Accueil Twitter

Attention, ça pue : masque conseillé. Tiphaine Auzière, belle-fille à beau-papa Macron, néochroniqueuse défendant la restriction des libertés publiques sur Europe 1 (en la justifiant notamment par l’évocation du couvre-feu pendant la guerre d’Algérie, genre de raccourci foireux dont les fachos sont friands), partage donc avec Marion Maréchal Le Pen, entre autres, un prof de géopolitique fondateur d’un parti néofasciste (ex-concurrent de Le Pen père, mais plus à l’extrême-droite), dans la classe prépa de son lycée privé, fraîchement ouvert à Paris et qu’elle a l’ambition d’essaimer dans toute la France (Blanquer, continuez à détruire l’Éducation nationale, pour laisser Auzière et Le Pen prendre le relais !). En lisant un article à sa gloire dans Paris Match, je songeais à mon personnage de fasciste scatophile dans Poupée, anale nationale, quand je suis arrivée au moment où l’hagiographe mentionne au passage que son mari est gastro-entérologue. Ah la réalité parle aussi bien que la fiction ! « Je fais d’abord », dit la présidente de cet établissement que le Canard Enchaîné du jour qualifie d’« étrange bahut » au « directeur d’études sulfureux » et aux « drôles d’amis ».

L’article de Match mentionne un cours qui commence par aborder la question de « l’ensauvagement » dans ce qu’elle dit être un « lycée d’excellence ». À 9500 euros par an – 950 pour les boursiers – encrassage de cerveau assuré. Dommage que Mme Auzière, militante En marche, soit, elle, restée au stade de cancre, écrivant sur son compte twitter « censé » au lieu de « sensé », tout en y commettant des phrases dépourvues de sens, témoignage d’une grande confusion de sa pensée. Selon un journal conservateur anglais, The Spectator, l’ascension médiatique de la belle-fille pourrait être le signe qu’on voudrait lui faire prendre le relais de beau-papa en déroute : dans la perspective des prochaines élections présidentielles, « Macron se voit évidemment dans une zone de danger, assiégée par le Covid, le Brexit, le chômage, le déficit, la dette, la dépression, la crise de l’euro, l’Afrique, etc. Mais un coup de couteau dans le dos de sa propre belle-fille semble encore tiré par les cheveux à l’échelle des menaces existentielles. Elle, en revanche, vaut peut-être la peine d’être surveillée. », y lit-on. Oui, surveillons. La longue chute d’En marche, dès le début parti du bord de la falaise, droit dans le néant.

Autres notes, ici, sur Macron et le néofascisme :
« La farce fasciste de la macronie« , où il est aussi fait allusion au grand malaise dans l’Éducation nationale ;
« Le macronisme, banalité du fascisme » ;
Macron le petit ; etc. (mot-clé Macron)

L’article de Paris Match

Une idée de pièce pour le lycée de Mme Auzière, où le théâtre sera obligatoire ? Cette farce :

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Terrorisme islamiste. Un enseignant décapité (note (ré-)actualisée)

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3-11-20 : je continue à actualiser cette note de temps en temps, par le haut.

Attentat à Vienne.
S’amuserait-on à exciter un fou croisé dans la rue, à moins d’être fou soi-même ? Et serait-on applaudi par tous les passants en appelant cette folie « liberté d’expression » ? Serait-on toujours applaudi, sinon par des fous, quand il s’avèrerait qu’on a exposé aussi les autres, beaucoup d’autres, à la mort ?
Tout ça pour contenter un vieux beaufisme raciste.
Quelques voix sensées commencent à s’élever contre cette folie. Outre Justin Trudeau l’autre jour, hier ce fut Luc Ferry – qu’on ne peut soupçonner d' »islamo-gauchisme » – aujourd’hui dans Le Monde une tribune de Jean-Louis Schlegel et Olivier Mongin. Il est plus que temps de retrouver la faculté de penser.

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« Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète », a déclaré Justin Trudeau. Le monde juge sévèrement la France sur cette question, et l’Histoire la jugera encore plus sévèrement. Nos descendants auront honte de leurs aïeux qui auront soutenu ça, comme nous pouvons avoir honte de nos aïeux du 20e siècle qui ont soutenu les caricatures de Je suis partout, comme nous pouvons avoir honte du comportement de trop de Français dans les tragédies du siècle dernier, tragédies dues à ses racismes, tant envers les juifs qu’envers les peuples colonisés. Les réponses ultraviolentes et injustifiables qui nous viennent du mépris d’autrui, qui n’est qu’une actualisation d’un même mépris séculaire de notre civilisation envers les autres civilisations, nous devrions en tirer une leçon et y trouver une occasion de nous regarder dans la glace.

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Attaque terroriste à Nice. Dessinateurs, journalistes et politiciens jusqu’au plus haut sommet de l’État, il serait bon d’apprendre à vous conduire en adultes et à jouer les cartes de l’apaisement au lieu de jeter sans cesse de l’huile sur le feu, comme si vous craigniez qu’il s’éteigne, ce rideau qui cache vos autres manquements. Combien de vies êtes-vous prêts à sacrifier encore pour pouvoir continuer à jouer au plus con avec les terroristes ?
Tristesse, grande tristesse face à la petitesse et à la bêtise de nos « élites », en train d’aggraver une « exception française » de plus en plus déplorable.

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Au pays de la « liberté d’expression », voici l’un de mes commentaires censurés par France Info, au moment de la caricature d’Erdogan par Charlie : « Juste pour savoir : Charlie a-t-il fait des caricatures sexuelles de Macron ? Genre Macron et Benalla à l’époque où ce dernier frappait du manifestant ? Ou autre ? Ou de Trump au lit dévêtu ? Le fascisme à l’occidentale n’a pas l’air de le déranger. Ni ses alliés orientaux. »
Donc les gens peuvent poster par centaines, par milliers depuis des jours, des commentaires haineux envers les musulmans, mais pas une remarque aussi simple. Mon commentaire de la veille disant que « n’en déplaise à Erdogan », il fallait maintenant renvoyer les imams détachés, et que les musulmans français trouvent parmi eux d’autres imams, a été censuré aussi par le même site d’info. Où peut mener la guéguerre des fachos d’ici contre les fachos de là-bas ? Les uns et les autres tiennent les peuples en otages, peuples excités dans leurs bas instincts des deux côtés, et les idiots utiles de Charlie permettent à Macron comme à Erdogan de détourner le regard des peuples de leur incurie et de leurs méfaits.

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L’islamophobie se déchaîne maintenant en France. À lire les commentaires en ligne, on a une bonne image de la France comme coq sur son tas de fumier. Le Pen a gagné, pas dans les urnes mais en virus. Dans cette puanteur il y a encore des justes et des lucides qui osent s’exprimer, malgré la terreur intellectuelle qui s’est installée.

Screenshot_2020-10-26 claro ( madmanclaro) Twitter
Screenshot_2020-10-27 Contributions - « La grande majorité des habitants des pays du Moyen-Orient ne comprend pas pourquoi [...]
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Screenshot_2020-10-22 Contributions - Attentat de Conflans quatre personnes, dont deux mineurs, mises en examen pour « comp[...]
Ci-dessus, des commentaires sur un article du Monde.

Ces provocations, en effet, avaient tout du concours de bites avec les islamistes. Pas étonnant, c’est la jalousie sexuelle qui anime, au fond, le racisme de l’un contre l’autre et réciproquement. La libido morbide dont les hommes font les guerres, depuis la nuit des temps ; qui les pousse à s’entretuer, et entraîne des morts et des enchaînements de malheur dans toute la société. Tout ça pour ça (de vieilles bites mollissantes vs de jeunes bites brimées, les unes et les autres voulant se prouver quoi ? qu’elles étaient mortelles ?) Ceux qui, planqués à l’arrière, ont encouragé les dessinateurs de Charlie à s’engouffrer dans cette spirale infernale n’en sont pas morts, eux. Comme le disait hier un internaute sur un site d’information, ceux qui, directement ou indirectement, ont envoyé le jeune de dix-huit ans tuer Samuel Paty sont « des lâches », « ce ne sont pas des HOMMES », écrivait-il.

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Selon Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, « Il y a une vraie anarchie religieuse musulmane en France qu’il faudrait encadrer » (France Info).
Moi j’aime l’anarchie, du moment qu’elle est bien pensée. Ce qui n’est évidemment pas du tout le cas en ce moment. La possibilité d’une anarchie bien pensée, c’est ce qui me plaît dans l’islam. Pas de clergé. Pas de hiérarchie. (Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des confréries soufies). Du moins en principe. En principe tout-e musulman-e peut être imam, un temps plus ou moins long, selon que les autres lui confient cette tâche ou non. En principe l’islam est une spiritualité souple et vivante, pour peu qu’on arrête de prendre l’islam pour un ensemble de lois forgé après coup par des humains, trop humains. En principe en islam l’être humain n’a à se soumettre à aucun autre être humain, il est seul face à Dieu, c’est-à-dire face à sa conscience, il n’y a pas d’intermédiaire entre lui et Dieu comme dans le christianisme par exemple. Une religion aussi exigeante en termes de responsabilité et de liberté demande évidemment des humains très bien éduqués. On en est loin, mais ce n’est peut-être pas impossible.
Cela dit, je ne suis rien d’autre qu’une amateure en islam, aux musulman-e-s de voir comment ils et elles veulent évoluer ou se gérer. Et aux non-musulmans de veiller à ce qu’ils ne tombent pas dans les abus, comme n’importe quel autre groupe humain.

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Je découvre l’histoire de Sanda Dia, étudiant de vingt ans de mère belge et de père sénégalais, décédé il y a deux ans après avoir été torturé à mort pendant deux jours par de jeunes gens « de très bonnes familles, riches et influentes » (Le Monde) lors d’un bizutage nommé « baptême » à l’université catholique de Louvain.
Décapiteurs islamistes ou autres, les sadiques se saisissent de tout prétexte à leur portée pour assouvir leurs pulsions.

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Prenons de la hauteur, voyageons, lisons, voyons autre chose que ce que nous voyons dans notre étroit cadre national. Ailleurs dans le monde la France est considérée comme un pays particulièrement islamophobe, et les caricatures de Charlie Hebdo y sont pour beaucoup. Comme l’ont noté de nombreux intellectuels, représenter l’ancien colonisé (car c’est ce dont il s’agit, à travers l’image du prophète de l’islam) en posture d’humiliation est très significatif du déni d’un pays envers son histoire. Les professeurs d’histoire doivent pouvoir avoir une pensée sur cette question. Et donc soit traiter de la liberté d’expression en employant d’autres exemples, soit traiter ces caricatures avec beaucoup de recul. On ne peut pas condamner l’islamisme et en même temps l’attiser par des humiliations qui font perdurer dans les esprits la situation coloniale.
Il n’est pas question de dire que tout le problème vient de la colonisation. Mais chaque pays a son histoire, on ne peut pas oublier certaines composantes qui nous sont propres et qui entrent dans le problème de façon spécifique. Les intégrismes religieux montent partout en effet comme en d’autres temps montèrent les communismes : comme (très mauvaises) réponses à des situations locales et mondiales devenues intenables. Il nous appartient d’inventer d’autres solutions, plutôt que de nous laisser nous enfoncer dans des politiques (nationales, européennes, mondiales) dépassées, nocives, qui créent des inégalités jamais vues et des iniquités de moins en moins supportables.

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« Aujourd’hui avec vous nous sommes tous profs », déclare Brigitte Macron. Et je sens monter comme une odeur d’indécence. Pourquoi ? Il y a tant de raisons. Mais peut-être les plus simples, les plus basiques sont ces questions qui peuvent se poser : a-t-elle jamais enseigné dans un établissement de banlieue, près des cités ? a-t-elle eu des classes issues d’origines très variées ? a-t-elle eu des classes comprenant pas mal d’enfants de pauvres, « blancs » ou « de couleur », ou de parents ne parlant pas le français ? A-t-elle eu des élèves qui ne ressemblaient pas à Emmanuel Macron ? Ce premier de la classe qui avec son aide est devenu premier du pays, d’un pays qui, depuis, va plus encore qu’avant de souffrance en souffrance, de désagrégation en désagrégation. La « République » dont ils se gargarisent tant étant par lui de plus en plus vidée de « res publica », de chose publique, de service public, à commencer par l’hôpital et l’école.
Tariq Ramadan aussi a été prof, et aimait bien ses élèves de quinze ans. Ça veut dire quoi, « nous sommes tous profs » ?
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France Info recueille les impressions de musulmans de Pantin qui disent ne pas comprendre la fermeture de leur mosquée. Leur imam a dû bien mal leur enseigner la religion, pour qu’ils ne comprennent pas.
Cela dit, il me semblerait plus efficace de laisser les mosquées ouvertes, d’en sortir les imams détachés, sans attendre, et d’envoyer de temps en temps quelqu’un écouter les prêches, en français.

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La mise en scène abjecte postée sur les réseaux sociaux par le comité Adama (plus ou moins supprimée au vu des réactions), montrant Assa Traoré, place de la République dimanche dernier, en compagnie d’hommes arborant un slogan obscène, infect, pervers, hypocrite au possible, criminel, sur la mort de Samuel Paty, rend ce drame plus désespérant encore. Comment soutenir en France des mouvements « antiracistes » qui se révèlent aussi infectés ? Comment en est-on arrivé là ? Il était déjà problématique que ce mouvement porte le nom d’une famille multi-impliquée et persévérant dans des affaires de violences, d’escroqueries et de viol. Et maintenant elle s’affiche à mots couverts comme se félicitant de la décapitation d’un professeur ? A minima, elle ne vaut pas mieux que ceux et ce qu’elle dénonce.

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Annonces de Darmanin sur des dissolutions d’associations, etc. La macronie ne survit que par la com’ et les effets d’annonce, sur tout et sur rien. Nous sommes encore dans un état de droit, il me semble, et non dans une dictature où un homme politique élimine du jour au lendemain une association ou une personne sans autre procès.

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L’ensemble des professeurs du collège du Bois d’Aulne publie un communiqué dans lequel ils s’inquiètent, à juste titre, du rôle des réseaux sociaux dans ce drame. Que certains enseignants qui ont utilisé les réseaux sociaux pour harceler l’une de leurs collègues (moi, et sans doute d’autres) s’en souviennent et en tirent une leçon. Il n’est pas rare que le harcèlement tue, aussi.

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À lire : sur les liens d’Abdelhakim Sefrioui, et des islamistes, avec Dieudonné, les néonazis… Un article bien documenté de La Horde

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Une enquête vise un site néonazi qui a diffusé la photo du professeur décapité. Les néonazis, les néofascistes sont les complices intellectuels des terroristes islamistes. Même culte de la mort et du macabre, même haine de la liberté. C’est un marchand d’armes d’extrême-droite qui a armé les tueurs des attentats islamistes de Paris en 2015. Le terrorisme islamiste sert la montée du fascisme et met ainsi en danger toute une société, et les musulmans plus encore que le reste de la population. Car les fascistes ont davantage de possibilité de s’imposer, d’imposer un fascisme au moins rampant dans la société, que les islamistes, qui leur servent d’idiots utiles. Stupidité des hommes.
Tout ce qui peut pousser la société à la haine, dont le terrorisme, est profitable aux mouvements d’extrême-droite : ce sont eux qui, en Europe, ont le plus de moyens de faire régner leur idéologie, en gangrenant la politique des pouvoirs en place pour commencer.

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Screenshot_2020-10-19 claro ( madmanclaro) Twitter

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À lire : Un docu sur le Qatar, ce nouveau financeur de l’islam européen

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Le président de la République a choisi pour l’hommage à Samuel Paty la cour de la Sorbonne « lieu symbolique de l’esprit des Lumières ». Ah ? François 1er a fondé le Collège de France, à la Renaissance, justement parce que la Sorbonne était tenue par les catholiques et qu’on ne pouvait y apporter aucun enseignement moderne. Cela se ressent encore dans certains secteurs de la Sorbonne. À Paris 4 notamment, réputée pour son conservatisme et où j’ai entendu des cours avec des allusions récurrentes à « notre sainte mère l’Église ». Même sur le ton de l’humour, c’étaient des entorses à la laïcité fort pénibles. Conservatisme qui, entre autres raisons, m’a fait quitter cette université en cours de thèse.

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Je reviens un instant sur le problème spécifique du manque de soutien des enseignants par l’institution. Il arrive que les élèves mentent, individuellement ou collectivement. C’est arrivé dans mes classes. Je ne leur en ai pas voulu, ce sont des enfants, j’ai simplement réaffirmé la vérité. Mais une fois les faits sont remontés à l’oreille de la prof principale de la classe. Qu’a-t-elle fait ? Cette jeune femme, très sympathique au demeurant, m’a demandé des explications, ce qui est normal, mais visiblement en accordant plus de crédit aux élèves qu’à moi, femme largement adulte et qui a bien la tête sur les épaules. Une technique de policiers qui renversent l’accusation contre vous quand vous allez porter plainte. Je ne dis pas que l’enseignant-e a toujours raison, mais ce serait bien d’arrêter de l’infantiliser a priori, même entre collègues. Comment travailler correctement dans ces conditions ?

Tous les profs savent qu’ils ne sont pas soutenus par l’administration quand il y a un problème avec les parents, islamistes ou pas islamistes. On accorde beaucoup trop de pouvoir aux parents dans l’école, voilà pourquoi ils se sentent autorisés à vouloir y faire leur loi.

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Projet de loi contre les contenus « haineux ». La difficulté est d’apprécier ce qu’est un « contenu haineux ». Les caricatures de Charlie en sont-ils, par exemple ? Certains les reçoivent ainsi. Pourquoi les uns auraient-ils loisir d’insulter et pas les autres ? Pourquoi Charlie, et pourquoi pas Dieudonné ? Peut-être faudrait-il se recentrer sur les lois déjà existantes contre le racisme et le sexisme, le harcèlement, les appels au meurtre ou la diffamation, tout simplement.

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Il semblerait que les pouvoirs publics veuillent s’attaquer sérieusement à l’islamisme dans ce pays. Excellent. On finira par arriver à le neutraliser, surtout si les états démocratiques cessent de fricoter avec les états islamistes, qui ont tant de dollars à dépenser qu’on ferme les yeux religieusement sur le reste. Bon, quand l’islam sera rendu à la paix à laquelle il aspire, ce ne sera pas bon pour les affaires de Charlie Hebdo mais est-ce bien grave ?

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Les terroristes islamistes sont les idiots utiles des racistes et du vieux monde. Charlie Hebdo essaie de se refaire une pub sur le meurtre de Samuel Paty. C’est obscène, mais l’obscénité est leur seul moyen de survivre depuis les années où ils ont sombré dans le beaufisme le plus abject (comme je l’ai démontré ici dans un article détaillé sur leurs publications racistes, jusqu’au soutien à Oriana Fallaci). Passons, comme la caravane.

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À lire : Enseignant décapité : « Trop c’est trop, ça suffit ! », s’insurge le président de la Fondation de l’islam de France

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Personnellement je ne réclamerais pas l’interdiction de l’anonymat en ligne, bien qu’il m’ait beaucoup nui, insultée et chassée des réseaux sociaux à maintes reprises, jusqu’à ce que j’y renonce complètement, moi qui y parlais à visage découvert. Je ne protesterais pas non plus s’il était finalement interdit, comme il en est question une nouvelle fois suite au harcèlement subi par Samuel Paty. Ceux qui crient à l’atteinte à la liberté parce qu’il leur faudrait parler en leur nom ont une bien piètre conception de la liberté. Oui, parler en son nom comporte des risques, par rapport à ses employeurs ou à d’autres personnes. Mais qu’est-ce qu’une liberté qui ne veut pas prendre de risques ? C’est parce qu’Internet est plein de parleurs qui n’assument pas leur parole, afin de pouvoir continuer à vivre pépères, que la société n’avance pas, que les libertés reculent, puisque trop de gens, tout en les réclamant, refusent de les soutenir de tout le poids de leur propre vie, comme il sied à un être humain digne de ce nom.

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Je consulte les comptes twitter des profs. Une avalanche de témoignages sur le fait que l’administration ne les soutient ni ne les protège absolument pas dans les conflits qui peuvent se présenter avec les parents ou avec les élèves. On aurait pu éviter que cet homme se fasse assassiner.

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La vidéo du père de famille à l’origine de l’affaire a énormément circulé sur les réseaux sociaux. Comment peut-on appeler sur les réseaux sociaux à sévir contre quelqu’un, donner les indications pour trouver la personne, et rester tranquillement en liberté à faire sa sale besogne jusqu’à ce qu’un drame se produise ? Pourquoi ne va-t-on pas chercher les lyncheurs par la peau du cou avant qu’il ne soit trop tard ?

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J’aimerais bien savoir ce qu’a dit l’imam de la mosquée de Pantin, lors du prêche de la grande prière, quelques heures avant le meurtre de Samuel Paty. Si c’est bien lui, l’imam salafiste malien de cette mosquée, qui a fait le prêche. Pourquoi les imams étrangers, formés dans des pays où règne une toute autre mentalité qu’en France, sont-ils toujours autorisés à venir ici embrigader les jeunes, essayer de leur inculquer des principes dépassés, moins libéraux que ceux du Prophète lui-même ? Il y a bien assez de musulman-e-s français-e-s capables de tenir cette fonction.

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Après les « Je suis Charlie », voici les « Je suis prof » ou « Je suis Samuel Paty ». Tant d’hommes et de femmes en France qui cherchent leur identité, qui sont en manque d’identité. C’est bien le fond du problème, y compris bien sûr pour les islamistes et les terroristes.

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Samuel Paty a été assassiné après avoir subi une cabale sur Internet. Il y a deux ans, prof moi-même, j’ai été harcelée par un tas de profs (sous couvert d’anonymat bien sûr) sur Twitter, à cause de ma « liberté d’expression », comme ils disent. Je le raconte ici. J’ai été aussi menacée par l’Académie de poursuites judiciaires parce que je contestais sur mon blog les méthodes pédagogiques (sans mentionner aucun nom de personne ni d’établissement), et finalement une prof de l’Espé (institut de formation des profs) a porté plainte et j’ai dû aller m’expliquer au commissariat. La plainte a été classée sans suite. Dans mon lycée mes collègues (à qui je n’avais rien fait) ne me saluaient plus et s’asseyaient tous loin de moi à la cantine – je devais manger seule à l’écart tandis qu’ils discutaient en prenant leur repas aux tables voisines. Etc. Je ne suis pas la seule professeure à avoir été persécutée par des gens de l’institution et à en être tombée malade. Il y a un malaise énorme et le meurtre de ce professeur devrait remettre en question, non seulement le problème de l’islamisme, mais aussi celui de l’abandon des enseignants à eux-mêmes quand ils se retrouvent dans une mauvaise situation. Ce professeur n’a pas été soutenu ni protégé car ainsi fonctionne cette institution. Tout le monde doit se remettre en question après ce drame, ce meurtre qui aurait pu être évité en n’acceptant pas la dictature des parents, et en particulier celle des parents islamistes, et en prenant des mesures pour protéger cet enseignant.

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Puisqu’il est question de liberté d’expression : oui, les enseignants doivent encourager les enfants à parler, mais leur faire « dire ce qu’ils pensent » n’est pas suffisant – et encore moins leur dire « non » quand on pense qu’ils ne pensent pas bien. Le mieux est de les amener à découvrir ce qu’ils peuvent réellement penser, au-delà de choses plus ou moins répétées. Et pour pouvoir dire ce qu’ils pensent, les enfants comme les adultes doivent d’abord pouvoir dire ou comprendre ce qu’ils vivent, ce qu’ils ont vécu, ce qui est au fond d’eux. Pour ça, je ne vois que les cours de littérature et d’art, qui permettent d’exprimer de façon noble et non pas sur le mode du bavardage ou de la confession publique brute. L’enseignant-e doit se rappeler que sa propre pensée n’est pas à administrer, que son rôle est de comprendre les différentes pensées, de pouvoir les faire dialoguer, de ne pas pousser les élèves, en voulant normaliser leurs pensées, à dissimuler. Je me souviens d’un élève qui me demandait avec insistance, incrédule, au début d’un atelier d’écriture en classe : « Madame, c’est vrai, on peut tout dire ? Tout raconter ? Vraiment ? » Oui. (Sinon, gare au possible déchaînement de la violence physique chez celles et ceux qui doivent subir la liberté d’expression d’autres qui n’en usent pas à armes égales ou qui en usent pour humilier et opprimer ceux qui manquent de possibilité de réponse).
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Comment enseigner la liberté d’expression aux élèves ? En leur apprenant à la pratiquer, et en le leur permettant. Cela suppose d’en avoir soi-même la pratique. Vouloir imposer la pensée de la liberté d’expression, par des images choc ou autre, c’est comme pousser quelqu’un dans l’eau pour le forcer à nager. Il apprendra peut-être par lui-même, mais il se pourrait aussi qu’il se noie. La « liberté d’expression » est trop souvent un masque d’une pensée formatée obligatoire.
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L’acte atroce qui a été commis contre un professeur, quelqu’un qui a en charge l’enseignement des enfants et s’en acquitte du mieux qu’il peut même si ce n’est pas toujours au mieux, a tué deux personnes et en a blessé des millions.

Twitter

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Où est M. Blanquer ?
Les professeurs sont privés de liberté d’expression par le ministère, il faudrait peut-être commencer par là. Ensuite aider les enseignants à faire des cours sur ce sujet équilibrés. On ne peut montrer les caricatures de Charlie sans montrer aussi celles de dizaines d’excellents dessinateurs dans le monde qui donnent un autre point de vue (et ont par leurs dessins dénoncé par exemple l’utilisation par Charlie de la mort du petit Aylan). On peut aussi enseigner la liberté d’expression en apprenant aux élèves à réfléchir avec des textes intelligents plutôt qu’en assenant des violences symboliques sans appel.
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Voilà deux fois ces jours derniers que surgissent sur le devant de la scène de jeunes personnes russes. Il y a deux ou trois semaines, c’était, à Strasbourg, une jeune femme qui accusait des immigrés de l’avoir frappée à cause de sa jupe ; il s’est avéré que l’histoire était inventée et que la jeune femme faisait partie d’un groupe d’identitaires d’extrême-droite. Et aujourd’hui ce jeune Tchétchène de nationalité russe qui décapite au nom de l’islam un professeur accusé d’avoir montré des caricatures du Prophète à ses élèves de 4ème, après avoir fait sortir les musulmans de la classe. Le choc est très rude. Et profitable aux politiques qui ont l’habitude d’exploiter ce genre de tragédie dans leur propre intérêt morbide. Je ne crie pas au complot. Je constate que les forces de mort viennent de beaucoup d’endroits, de l’intérieur et de l’extérieur, du terrorisme et du racisme, et que toute la société est menacée, de plusieurs façons.

J’ai enseigné quelques mois dans un lycée du Val d’Oise, il y a peu. Il y avait des élèves d’origines très diverses, une petite d’origine asiatique avait pour meilleure amie une petite d’origine africaine, etc., les enfants s’aimaient bien entre eux et je les aimais tous profondément. C’est notre devoir d’adultes et de citoyens de ne pas œuvrer dans un sens qui sépare les gens, spécialement dans ces temps difficiles. C’est aussi le moment de mettre vigoureusement en action la décision de renvoyer tous les imams détachés. Les mentalités et pratiques politiques et sociales d’autres pays n’ont pas à s’importer en France (ou ailleurs) par le biais des religieux, quels qu’ils soient.

Condoléances à la famille et aux proches de la victime. Pensées pour les élèves, les collègues, les voisins. Paix sur notre pays et sur le monde.

Odyssée, Chant II, v. 41-84 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)

Tout d’abord ma traduction toute simple de quelques vers tout simples de la lauréate du prix Nobel d’aujourd’hui, la poète américaine Louise Glück :

« Il m’est apparu que les êtres humains sont divisés
entre ceux qui veulent aller de l’avant
et ceux qui veulent retourner en arrière.
Ou, pourrait-on dire, ceux qui veulent rester en mouvement
et ceux qui veulent être arrêtés sur leurs chemins
comme par l’épée flamboyante. »

It had occured to me that all human beings are divided
into those who wish to move forward
and those who wish to go back.
Or you could say, those who wish to keep moving
and those who want to be stopped in their tracks
as by the blazing sword.

"Baby Black Hole In Our Brain", acrylique sur bois 20x20 cm

« Baby Black Hole In Our Brain », acrylique sur bois 20×20 cm

Vers qui pourraient être lus comme un commentaire de l’actualité, avec une référence religieuse à l’interdiction du paradis par l’ange à l’épée flamboyante. J’ai lu quelques poèmes d’elle trouvés en ligne (en anglais – elle n’est pas traduite en français), notamment de beaux textes inspirés du mythe de Perséphone. Elle s’est beaucoup inspirée pour son œuvre des mythes antiques, grecs et romains, dont – ce qui rejoint mon travail actuel, Ulysse et Pénélope. Je suis personnellement assez ou même très éloignée de son approche du lyrisme, mais une certaine sécheresse, une froideur certaine n’empêchent pas chez elle la profondeur. Bref, je trouve bon que l’académie suédoise ait couronné une vraie poète.

« Ceux qui veulent qu’on les arrête sur leurs chemins comme par l’épée flamboyante », « ceux qui veulent retourner en arrière », se sont empressés, il y a deux semaines, de colporter la fake news de l’agression d’une jeune femme par des individus basanés. De la fachosphère à L’Obs (qui a censuré tous mes commentaires tentant de relativiser l’affaire, que je pressentais fausse – depuis je ne vais plus sur leur site), en passant par Schiappa qui fit le déplacement à Strasbourg, ce fut l’occasion d’encore un festival de stigmatisation raciste. Il s’avère qu’elle a tout inventé, faisant partie d’un groupe d’extrême-droite qui a des accointances avec le négationnisme et ne veut surtout pas être vu comme féministe, ainsi que le révélait un reportage de Rue 89 d’août dernier. Vu que les types ont l’air plutôt violents, qui sait si l’un ne lui a pas fait cet œil au beurre noir qu’elle a photographié et attribué à trois immigrés imaginaires ? Lamentable presse qui répète n’importe quels faits divers sans chercher à rien vérifier, du moment que ça sert l’idéologie dominante, de plus en plus fascisante. Allons, l’indignation de Télémaque au milieu de l’agora aujourd’hui tombe bien :
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« Vieillard, il n’est pas loin, il est là tout de suite, cet homme
Qui a convoqué le peuple : une grande douleur m’anime.
Non, je n’ai pas entendu parler d’un retour de l’armée,
Ni ne veux dire clairement qui l’a appris le premier,
Ni déclarer autre chose qui concerne le peuple.
Mais c’est de ma propre nécessité, du double malheur
Sur ma maison que je veux parler : car j’ai perdu mon noble
Père, qui autrefois régnait sur vous comme un bon père.
Et de plus, maintenant, le pire des maux va sans tarder
Détruire tout à fait ma maison et ruiner mes ressources.
Les prétendants harcèlent ma mère contre son gré.
Ce sont les chers fils d’hommes très puissants qui sont ici,
Et ils ne veulent pourtant pas s’en aller chez son père,
Icare, afin qu’il donne une dot à sa fille
Et la marie à qui elle veut, à qui lui plaît le mieux.
Alors ils passent toutes leurs journées dans notre maison,
Égorgeant nos bœufs, nos brebis et nos chèvres grasses,
Banquetant et buvant notre vin rouge follement,
Épuisant tous nos biens. Car il n’y a plus un homme
Tel qu’Ulysse pour repousser ce fléau hors de ma maison.
Moi je ne peux à présent me défendre contre eux
Mais un jour, quoique je ne sois pas expert au combat,
Ils sauront leur misère ! Je le ferais si je pouvais,
Car ils commettent des actes intenables et ma maison
Meurt sans honneur. Indignez-vous donc, vous aussi !
Vous devriez avoir honte face aux autres humains,
Nos voisins ! Et craignez la colère des dieux !
Ils pourraient se retourner, furieux de vos actes mauvais !
Je vous le demande, par Zeus Olympien ou par Thémis
Qui délie ou réunit les assemblées des hommes :
Arrêtez ça, amis, et laissez-moi déplorer seul
La ruine qui m’accable ; si mon père, l’honnête Ulysse,
A jamais fait du tort aux Achéens aux belles jambières,
Alors, mécontents, vengez-vous sur moi, rendez-moi le mal
En les excitant contre moi. Je préférerais
Que vous mangiez vous-mêmes mes biens et mes troupeaux.
S’ils étaient mangés par vous, j’en serais vite remboursé :
Je descendrais sans cesse en ville pour m’expliquer,
Vous redemander mon dû jusqu’à ce que vous me rendiez tout.
Mais là il n’y a rien à faire, vous me fendez le cœur. »

Ainsi parle-t-il, irrité. Puis, jetant son sceptre à terre,
Il répand des larmes. Et la pitié s’empare du peuple.
À ce moment tous les autres font silence, n’osant pas
Répondre à Télémaque par des paroles cruelles.
Seul Antinoüs, prenant à son tour sa place, dit :

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le texte grec est ici
ma traduction entière du premier chant est
à suivre !

Odyssée, Chant II, v. 25-40 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)-min

"Spring coming from Automn", acrylique sur papier 31x41 cm

« Spring coming from Automn », acrylique sur papier 31×41 cm


L’insensée gestion du Covid met le pays à genoux, pas seulement économiquement ; encore une fois en employant notamment la police, chargée de verbaliser, et en poussant les gens à la dépression, on tâche d’obtenir ainsi « un pays qui se tient sage », comme dirait David Dufresne. Sale temps. Nous sommes les otages de politiques absurdes, de l’incompétence, de l’impréparation jointes à une volonté de détruire, dès avant la pandémie, la société que les Français ont élaborée à travers des siècles d’histoire et de combats. Sans aspirer ni au grand soir ni aux réformes qui ne changent rien, nous devrions pourtant être un peuple assez intelligent pour nous réinventer sans pour autant nous perdre. Vivons, restons vigilants, agissons et voyons.

Nous en sommes donc dans notre traduction au début du deuxième chant, dans lequel le jeune Télémaque passe à l’acte (cf deux notes précédentes). Aujourd’hui, c’est le vieillard Égyptos, dont l’un des fils a été mangé par le Cyclope (la vie n’était pas toujours facile en ce temps-là non plus), qui prend d’abord la parole, dans l’agora où le jeune homme a fait convoquer l’assemblée :
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« Écoutez maintenant, gens d’Ithaque, ce que je vais dire.
Jamais n’a eu lieu notre agora, ni une séance,
Depuis que le divin Ulysse est parti sur ses nefs creuses.
Qui nous a conduits là aujourd’hui ? Quelle nécessité
Pèse tant, soit sur les jeunes hommes, soit sur les anciens ?
Quelqu’un a-t-il entendu parler d’un retour de l’armée ?
Veut-il dire clairement qui l’a appris le premier ?
Ou déclarer autre chose qui concerne le peuple ?
Je l’estime alors honnête et utile. Que Zeus soit
Favorable aux fins auxquelles aspire son esprit. »

Ainsi parle-t-il, et sa parole réjouit
Le cher fils d’Ulysse qui, tout à son désir
De s’exprimer, ne reste pas assis. Il se lève
Dans l’agora, prend en main le sceptre tendu par le sage
Héraut Pisenor, et s’adressant d’abord au vieillard, dit :

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le texte grec est ici
ma traduction de tout le premier chant est
à suivre !

Victorine, la petite Roque et l’Odyssée

petite roque

réponses de mes élèves à des questions sur "La petite Roque", posées sur le blog que j'avais créé pour eux

réponses de mes élèves à des questions sur « La petite Roque », posées sur le blog que j’avais créé pour eux


Le meurtre de Victorine Dartois, dix-huit ans, retrouvée noyée dans un ruisseau, me rappelle la puissante nouvelle de Maupassant intitulée La petite Roque – qui pourrait avoir inspiré, me semble-t-il, l’extraordinaire série de David Lynch Twin Peaks. Le texte peut être lu ou relu dans cette bonne édition électronique gratuite. (J’ai le cœur qui bat en pensant à mes élèves, avec qui j’avais étudié ce texte).

Comme dans la nouvelle de Maupassant, où l’on s’empressait d’accuser quelque vagabond, la fachosphère bruisse d’accusations xénophobes et racistes plus ou moins directes. À croire qu’il n’y a aucun tueur, détraqué, ou dépité violent parmi les bons chrétiens bien de chez nous. Nous avons eu l’horreur terroriste qui a stupidement conféré le grade de martyr à un journal raciste qui aurait dû s’expliquer devant les tribunaux comme Zemmour plutôt que de voir ses membres atrocement assassinés, nous avons toujours Zemmour malgré ses condamnations successives, nous avons des élites vieillies et aigries, nous avons un pays déprimé, mal gouverné, malade et donc prêt à sombrer dans la haine. Nous avons aussi des forces vives qui travaillent pour que la vie continue. Pour ma part, je continue à traduire l’Odyssée parce que je pense que c’est important. La prochaine fois, nous arriverons à la fin du premier Chant.
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Odyssée, Chant I, v.367-382 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)

"What Is It ?", acrylique sur bois 41x51 cm

« What Is It ? », acrylique sur bois 41×51 cm


Formidable scène aujourd’hui, où Télémaque, métamorphosé par son entretien avec Athéna, impose le silence à l’assemblée grossière des prétendants tout à leurs avidités, les rappelle à la dignité en présence d’un grand poète, et juste après les avoir invités à festoyer encore, les voue à la mort par la parole. Fantastique modernité d’Homère. Ne dépeint-il pas notre époque, avec ses profiteurs impudents, bruyants parleurs et consommateurs de ce qu’ils s’approprient indûment et impunément, irrespectueux de la voix divine portée par la poésie, et aveugles sur le sort qui les attend ?
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Alors le sage Télémaque se met à leur parler :

« Prétendants de ma mère, pleins d’orgueil et d’arrogance,
Mangeons maintenant, rassasions-nous, et que ces cris
Cessent, car il est noble d’écouter cet aède
Ici présent, semblable aux dieux par sa voix harmonieuse.
Puis dès l’aurore nous siégerons tous dans l’agora
Afin que par un discours public je vous ordonne
De quitter ce palais. Préparez d’autres repas,
Consumez vos propres ressources, invitez-vous tour à tour.
Mais s’il vous semble plus avantageux et meilleur
De persister à ruiner impunément l’existence
D’un seul homme, allez-y, pillez ! Moi j’invoquerai les dieux
Éternels, afin que Zeus vous fasse payer vos actes.
Puissiez-vous périr sans vengeance au sein de cette maison ! »

Ainsi parla-t-il, et tous alors se mordirent les lèvres,
Stupéfaits par le discours résolu de Télémaque.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.365-366 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)

aujourd'hui à Paris 5e, photo Alina Reyes

aujourd’hui à Paris 5e, photo Alina Reyes

La grande hantise de Verlaine pendant la Commune, c’était qu’ils s’attaquent au Panthéon et que le bâtiment s’écroule sur celui où il habitait avec sa femme de seize ans – qu’il allait remplacer par Rimbaud, dix-sept ans. Ironie de l’Histoire, voilà que cent cinquante ans après des idéologues veulent l’y enterrer. Dans mon article évoqué hier (qui a été plagié sans style ni force ni audace, bref, sans rien – mais j’y suis habituée), j’ai omis de mentionner, en plus des violences de Verlaine sur sa très jeune femme, la fois où il a lancé son bébé contre le mur. Apparemment tout le monde, des deux côtés, pour et contre l’entrée au Panthéon, se fiche qu’il ait failli tuer sa femme et son enfant, avant de tirer sur Rimbaud. Les gens de ce milieu sont décidément ignobles. Les mêmes, et leurs copains, qui m’ont blacklistée partout depuis la publication de mon roman Forêt profonde, parce qu’il a froissé un parrain du milieu, et qui tantôt s’écrient qu’  « on-ne-peut-plus-rien-dire » tantôt dénoncent les atteintes à la liberté d’expression, les atteintes aux droits des femmes, la surveillance des citoyens par des pouvoirs abusifs… et se font les collaborateurs zélés d’autant d’abus. Allant jusqu’à débaucher des proches de leur cible pour accomplir leur sale besogne. Une certaine société française, celle qui s’est accaparé la parole, est dans un état de décomposition tellement avancé qu’il reste heureusement la consolation de savoir qu’elle sera prochainement finie.

Aujourd’hui, deux vers seulement de l’Odyssée. Assez forts pour tenir la note entière. Le lit de Pénélope, c’est aussi celui d’Ulysse, et il sera d’une importance décisive à la fin de l’histoire. Sans la déflorer, on peut dire que personne d’autre n’y aura couché, malgré dix ans d’errance et de harcèlement. Pénélope tisse comme Shéérazade raconte, pour vaincre la mort ou la privation de liberté dont elles sont menacées.
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Les prétendants s’assemblent à grand bruit dans les salles sombres.
Tous désirent se coucher dans le lit de Pénélope.

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le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.230-251 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

Maranta leuconora fascinator, la plante qui s'élève la nuit et s'étend le jour

Maranta leuconora fascinator, la plante qui s’élève la nuit et s’étend le jour


Mes journées sont si pleines, j’ai fini de traduire ce passage cette nuit. Je pourrais expédier la traduction plus rapidement en y apportant moins d’attention et moins de respect, mais dans ce cas pourquoi traduire, apporter une nouvelle traduction ? Il y faudra le temps qu’il y faudra, peu importe. Et quand j’arriverai au bout, si Dieu me prête vie jusque là, sûrement je l’arrangerai encore ; et j’en ferai un commentaire sans doute un peu long, car il y a tant à dire encore sur cette œuvre incroyable. Et si salutaire, en ces temps où les animaux du cirque médiatique tournent dangereusement fous, dévorant, ruinant, brisant la « maison » de la raison.
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Ainsi répond à haute voix le sage Télémaque :

« Étranger, puisque tu m’interroges et veux savoir,
Apprends que cette maison resta riche et irréprochable
Aussi longtemps que l’homme dont nous parlons y demeura.
Mais les dieux, machinant des maux, ont formé d’autres projets
Et fait disparaître Ulysse d’entre les humains.
Je serais moins affligé s’il était mort frappé
Au milieu du peuple de Troie avec ses compagnons
Ou entre les mains de ses amis, après la guerre.
Tous les Grecs lui auraient alors bâti un tombeau
Et c’eût été un grand honneur pour son fils dans l’avenir.
Mais à présent les Harpies l’ont enlevé sans gloire,
Il a péri obscur inconnu, me laissant douleurs
Et lamentations. Je ne gémis pas seulement sur lui,
Je déplore aussi d’autres maux que les dieux m’ont réservés.
Car tous les chefs aux commandes sur les petites îles,
Que ce soit Doulichios, Samè ou la verdoyante Zakynthe,
Et tous ceux qui gouvernent la rocailleuse Ithaque,
Tous veulent épouser ma mère et ruinent ma maison.
Elle, elle ne peut repousser cet odieux hymen,
Ni l’accomplir. Alors ils font se consumer ma maison.
Et ils auront tôt fait de me briser aussi. »

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le texte grec est ici
à suivre !

Verlaine, Rimbaud, le Panthéon… et Mathilde Mauté, alors ?

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Mathilde Mauté (wikimedia)

Mathilde Mauté (wikimedia)

On se chamaille à coups de pétitions à Saint-Germain des Prés à propos d’une éventuelle entrée de Verlaine et Rimbaud, en tant que couple, au Panthéon. Mais personne n’a songé, autant que je sache, à demander ce qu’il advient de Mathilde Mauté, la femme de Verlaine, dans cette affaire. Effacée ! S’il fallait panthéoniser Verlaine en couple, pourquoi avec Rimbaud, amant d’un temps qui aurait de toute évidence eu horreur d’être immortalisé de façon si académique, et qui plus est pour un motif si idéologique, avec un ex dont il ne voulait plus entendre parler ? Pourquoi pas plutôt avec sa femme, mère de son enfant ? Ah mais, ce n’était qu’une femme, bien sûr. L’initiateur de la pétition se plaît à rappeler des paroles peu amènes de Rimbaud sur sa dernière compagne, mais se garde bien de rappeler les tombereaux d’horreur qu’il a déversés sur Verlaine. Et comme ça ne lui suffit pas, il affirme, sans aucune preuve, que Rimbaud après Verlaine a eu une relation homosexuelle avec Germain Nouveau – s’il l’avait lu, il saurait que ce dernier n’a cessé de chanter les femmes, qu’il aimait pleinement. Leur camaraderie au temps de l’écriture des Illuminations fut une aventure littéraire et rien ne prouve qu’elle se serait doublée d’une aventure amoureuse ou sexuelle.

Sacrée Mathilde, si dénigrée et si oubliée par la postérité établie par le vieux patriarcat de tous sexes et de toutes sexualités. Elle non plus, sans doute, n’aimerait pas être enterrée avec Verlaine. Ce n’est pas tant l’homosexualité qui semble qualifier Verlaine que ce qu’on appelle aujourd’hui la pédophilie. Il est tombé amoureux fou de Mathilde quand elle avait 15 ans, l’a épousée quand elle avait 16 ans, et puis ensuite il l’a remplacée dans son cœur par un autre adolescent, Rimbaud (qui lui arrivait vraisemblablement déjà traumatisé, d’après ses propres écrits, par des abus sexuels subis pendant sa scolarité dans une institution religieuse). Verlaine s’est mis à battre Mathilde huit jours avant qu’elle n’accouche, et a recommencé jusqu’à leur séparation. Pour, dans ses saoulographies, battre Mathilde, menacer de la tuer, essayer de l’étrangler, ou tirer au pistolet sur Rimbaud, il ne semble pas avoir eu peur, mais pour le reste, c’était un poltron maladif, effrayé par le contexte de guerre franco-allemande puis par les troubles liés à la Commune – il préfère se terrer chez lui tandis que Mathilde, téméraire, traverse Paris seule au milieu des tirs (une balle atterrit à ses pieds), passe les barricades, pour aller chercher la mère de Verlaine, sur le sort de laquelle ce dernier pleure mais qu’il n’a pas le courage de rejoindre lui-même.

À sa sortie de prison, Verlaine eut une liaison avec un tout jeune homme, Lucien Létinois. Drôle d’époque que la nôtre, qui tout en prenant conscience des abus des Matzneff et autres amateurs de chair très fraîche, tout en prenant conscience des abus commis aussi sur les femmes et révélés par le mouvement MeToo, réclame de faire entrer au Panthéon un Verlaine qui fut certes un bon poète mais certainement pas un grand homme.
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à suivre, la suite de ma traduction de l’Odyssée !