Marcher dans les airs, Capitole et #MeToo : journal intime et chronique publique

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Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Refait cette nuit ce rêve très ancien et récurrent où je marche en lévitation à plusieurs mètres au-dessus du sol, m’élevant à volonté au-dessus de la ville et du paysage, goûtant la caresse des feuillages bruissants. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort et malgré ma joie je veillais à ne pas me laisser emporter, à tenir fermement ancrée dans les airs comme sur terre.

Je continue à actualiser la note sur l’affaire du Capitole, en espérant une destitution de Trump, qui est d’autant plus dangereux qu’il est loin d’être seul. Très soutenu par une large partie de la population et par des groupes d’extrême-droite violents – suprémacistes, néonazis, etc. – dont le but déclaré est de déclencher une guerre civile. Ceux qui, ici en France, pleurnichent parce que les réseaux sociaux ont enfin pris leurs responsabilités en fermant les comptes de Trump sont très inquiétants eux aussi. C’est avec ce genre de faiblesse face aux forces de mort, de complaisance avec les semeurs de mensonge, et de déni des libertés et responsabilités individuelles (en l’occurrence celle de ces réseaux sociaux privés) qu’on laisse monter et s’installer les fascismes.

« «Toujours nier» : c’est la réponse de Donald Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les accusations de harcèlement sexuel. » Nécessaire tribune de l’historienne Laure Murat dans Libé aujourd’hui : La sinistre exception culturelle du #MeToo à la française (en accès libre). Elle note que « Si les cas de pédocriminalité ne sont pas les seuls du #MeToo à la française, loin s’en faut, ils ont été, et de loin, les plus médiatisés, les seuls à vraiment retenir l’attention et à être pris au sérieux » et que « Ces affaires, portées par la presse, écœurent le public mais n’ébranlent pas les institutions. Comme si l’essai n’était jamais transformé, ni l’événement suivi d’une réforme de fond ». La marque d’une vieillesse délétère du pays, qui n’a élu un président jeune que parce qu’il était porté par des vieux, étant lui-même vieux dans sa tête depuis son enfance, et resté à la fois immature et vieux, parfait représentant de la caste intellectuelle qui se tient au pouvoir et empêche les réformes de fond des mentalités et la libération des vieilles dominations.

"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4

Pour mieux voir mes derniers collages, peintures etc., et leurs détails voir mon compte Instagram

Du racisme et de l’obscurantisme linguistiques

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ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Un jour, l’auteur catholique et occitan Bernard Manciet, à qui je venais d’être présentée alors que je me trouvais là avec mon bébé, m’agressa verbalement avec beaucoup de grossièreté en apprenant le prénom de ce dernier, qui ne sonnait pas suffisamment français, ni sans doute suffisamment chrétien, à son oreille. Puis il s’esquiva aussitôt, comme font ces gens qui veulent dominer sans prendre de risque – comme font aussi les hypocrites. Je n’eus pas le temps de le rembarrer ni de lui dire que ce prénom à consonance anglaise venait du grec, du nom Dionysos (un dieu qui, il est vrai, n’est pas en odeur de sainteté chez les cathos, mais fait de beaux hommes et de belles femmes de théâtre). Marie-Joseph, Jean-Romain, Marc, Anne et Claire, tels étaient les prénoms corrects de ses enfants à lui. Et son racisme linguistique était de la même trempe que celui de Zemmour reprochant à Hapsatou Sy son prénom. Un racisme de religion, mais aussi de sexe et de caste – auquel bien sûr il faut ajouter un racisme fondé sur la couleur de peau pour Hapsatou Sy – car ce bourgeois avait comme ceux de sa classe un sentiment de supériorité qui trouvait particulièrement à s’exprimer dans le mépris de la femme, et qui plus est de la femme du peuple.

Le racisme linguistique est très répandu sous ces formes évidentes de dévalorisation de différentes expressions linguistiques. Le dénigrement de certains prénoms, mais aussi de certaines langues à l’intérieur de la langue, sont une arme capitale de la domination bourgeoise, qui ne veut et ne peut reconnaître que ce qui appartient à sa propre norme. Il ne s’agit pas seulement de noms, de vocabulaire. Les plus ringards n’acceptent pas la langue des rappeurs, par exemple. « On ne comprend rien à ce qu’ils disent », me dit un jour l’un d’eux. Les mêmes qui ne comprennent rien non plus à ce que Rimbaud ou d’autres poètes disent trouvent pourtant admirable la langue de Rimbaud et de tout autre poète passé dans la culture bourgeoise, récupéré, intégré à cette culture sans qu’il soit besoin d’y comprendre quelque chose. Les bourgeois les plus futés, eux, font en sorte de récupérer ceux qui parlent une autre langue que la leur, toujours afin de la dominer mais d’une autre façon que par le mépris direct.

Le racisme linguistique est à l’œuvre aussi dans le jugement porté non seulement sur les tournures de phrases mais aussi sur les tournures de textes entiers. Le meilleur exemple qu’on puisse en donner est sans doute celui du Coran, auquel tant d’intellectuels reprochent sa construction qu’ils jugent, parce qu’ils n’y comprennent rien, anarchique, désordonnée, donc dangereuse. BHL aussi bien que Salman Rushdie rêvent de le démolir, de le réécrire à leur façon, selon les classifications et le bon ordre bourgeois, dûment chapitré, par lesquels ils règnent. Les mêmes qui admireront les rêveries de « livre de sable » de Borges, auteur convenable, détesteront un livre de sable s’il s’en présente un ; comme admirant un Rimbaud mort, ils détesteront un Rimbaud vivant s’il s’en présente un.

Leur volonté normative est politique mais aussi religieuse dans le sens où elle s’oppose à toute réelle spiritualité comme à tout réel travail de la raison. Plutôt que d’essayer de comprendre le sens des langues étranges, comme la science essaie de comprendre toute étrangeté, soit paresse intellectuelle, soit peur d’un autre pouvoir que le leur, soit les deux à la fois, ils s’en tiennent au dénigrement ou à la récupération. Ils se sentent investis du pouvoir de dire ce qui est la norme, de rejeter ce qui est hors normes, ou de le faire entrer dans leur norme comme on jette une couverture sur un corps, pour ne pas avoir à l’étudier, ne pas avoir à en être instruits, ne pas avoir à en changer. Ce faisant, tout en prétendant œuvrer pour les lumières, ils œuvrent contre elles, contre leur avancée, dans un obscurantisme aussi inconscient que sot.

« Very weird situation » in Washington (ré-actualisé)

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15-1-2021,23h55 Je continue à actualiser la note, par le bas.
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6-1-2021, 21h24 « Very weird situation ». c’est ce que vient de tweeter, à 21h20 heure française, le journaliste du HuffPost américain Matt Fuller. Ça se passe à Washington, mais ça pourrait aussi bien être à Hollywood, à lire le tweet suivant du même journaliste, qui rappelle tous ces films catastrophes où les personnages se révèlent dans la survenue de la crise :

« There are moments when you can tell a lot about a person.
Ruben Gallego was instructing members on how to use a gas mask. Markwayne Mullin tried to reason with protestors, putting his safety at direct risk. And Jason Crow didn’t leave the chamber until everyone else was out. »

Grand succès de sa remarque, aussitôt des milliers de retweets. L’Amérique en train de se confronter à ses pires fantasmes.
J’écris cela très vite à mesure que je regarde ce qui se passe, j’actualiserai sans doute.
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21h49
Screenshot_2021-01-06 Rep David Trone ( RepDavidTrone) Twitter
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22h07
Screenshot_2021-01-06 Washington - Recherche sur Twitter Twitter
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22h24
Screenshot_2021-01-06 Donald J Trump ( realDonaldTrump) Twitter
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22h48
Screenshot_2021-01-06 Washington - Recherche sur Twitter Twitter(1)
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23h
Screenshot_2021-01-06 Photos Scenes from U S Capitol as rioters storm building
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23h40
Screenshot_2021-01-06 Washington - Recherche sur Twitter Twitter(3)
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7-1-21, 00h03
Screenshot_2021-01-07 Sandra Muller ( LettreAudio) Twitter
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7-1-2021, 00h30
Screenshot_2021-01-07 Ellie Hall ( ellievhall) Twitter
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7-1-2021, 01h35
Screenshot_2021-01-07 Washington - Recherche sur Twitter Twitter
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7-1-2021, 01h40
Screenshot_2021-01-07 Capitole - Recherche sur Twitter Twitter
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Screenshot_2021-01-07 Capitole - Recherche sur Twitter Twitter(1)
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7-1-2021, 02h00
Screenshot_2021-01-07 Capitole - Recherche sur Twitter Twitter(2)
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Screenshot_2021-01-07 Capitole - Recherche sur Twitter Twitter(3)
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7-1-2021, 03h20
Screenshot_2021-01-07 Washington - Recherche sur Twitter Twitter(1)
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Screenshot_2021-01-07 Washington - Recherche sur Twitter Twitter(2)
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Screenshot_2021-01-07 Washington - Recherche sur Twitter Twitter(3)
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7-1-2021, midi
Biden confirmé par le Congrès.

Quatre morts finalement, et des dizaines de blessés dans les hôpitaux de la ville.

Ici, le discours de Macron rappelle douloureusement son attitude indigne avec Trump, qu’il a essayé si longtemps de séduire, alors que l’autre le tirait par la main comme un enfant et lui époussetait les pellicules. Merkel, elle, a toujours su se tenir face à Trump. Ce sont les actes et les comportements qui font l’histoire, pas les bonnes paroles faciles, surtout celles des résistants de la dernière heure.

Maintenant la question est : Trump sera-t-il démis, ou va-t-il rester en place encore deux semaines dans ce contexte de folie ?
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Screenshot_2021-01-07 Donald Trump – Alina Reyes
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7-1-2021
Screenshot_2021-01-07 DIRECT Etats-Unis la présidente de la Chambre des représentants appelle à destituer Donald Trump
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8-1-21,23h50
Screenshot_2021-01-08 #TrumpCoupAttempt - Recherche sur Twitter Twitter
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9-1-21, 00h10
Screenshot_2021-01-09 #TrumpCoupAttempt - Recherche sur Twitter Twitter
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00h30
Screenshot_2021-01-09 Permanent suspension of realDonaldTrump
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21h
Où l’on voit la grande violence à l’œuvre et où l’on entend que le policier mort a été tué à coups d’extincteur, que les émeutiers voulaient pendre Mike Pence, et que les menottes rapides en lot qu’ils avaient apportées étaient probablement destinées à faire des otages :

Et dire que Ruffin et Mélenchon, comme Le Pen, trouvent scandaleux que Twitter ait bloqué le compte de Trump ! Soit ils n’ont aucun instinct, soit ils ont un instinct de mort. Je ne confierai rien à ces gens.
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23h
Screenshot_2021-01-09 France TV Washington ( F2Washington) Twitter
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11-1-20, 0h20
« Le FBI et d’autres agences de sécurité se préparent à une période de troubles insurrectionnels qui pourrait durer des semaines. Des milices bien armées avec de nombreux anciens membres de l’armée et de la police se préparent à participer à ces soulèvements pour protester contre l’entrée en fonction de l’administration démocrate.
On trouve, en première ligne des insurgés, les Proud Boys, les Three Percenters, les Oath Keepers et les Boogaloos. Incarnation émergente de l’extrême droite américaine, ces derniers se donnent pour objectif de provoquer une guerre civile. »
L’article entier de Normand Lester est à lire sur son blog du Journal de Montréal
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midi
« Franceinfo : Pouvez-vous nous décrire ce que vous avez vu dans l’enceinte du Capitole mercredi, lors de cette violente intrusion ?
Hank Johnson : J’ai vu un échec en matière de sécurité, ce qui laisse à penser qu’il y a eu une forme de collusion entre de hauts responsables des forces de l’ordre et l’administration Trump. Ce n’était pas de la négligence, c’était un délit. Et par conséquent, des membres du Congrès ont été mis en danger. Ils ont failli être blessés ou tués.
Le témoignage entier est à lire ici : « Il faut le faire pour l’Histoire » : un représentant américain, témoin des violences au Capitole, défend la procédure de destitution visant Donald Trump
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17h30
« Sur ces images, cet agent de la police du Capitole américain (USCP) intime à plusieurs reprises aux manifestants de reculer. L’un d’eux, revêtu d’un T-shirt à la gloire de la mouvance conspirationniste QAnon, revient plusieurs fois à la charge, et Eugene Goodman doit rapidement battre en retraite. Il parvient malgré tout à renseigner ses collègues sur l’avancée des manifestants. «Deuxième étage», avertit-il une fois arrivé en haut des escaliers. À cet instant, le policier jette un coup d’œil à droite, détourne l’attention de son vis-à-vis et l’attire ensuite dans la direction opposée car, à quelques pas de là, se trouve l’entrée principale du Sénat. Selon le Washington Post , la ruse a permis à ses collègues de sécuriser l’accès, et peut-être éviter un bain de sang. » Article entier à lire, et images à voir, dans Le Figaro (en accès libre)

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12-1-21, 0h40
On apprend la démission du secrétaire d’État à la Sécurité intérieure, Chad Wolf. Au lendemain de l’attaque contre le Capitole, il avait demandé à Trump de condamner fermement ces violences. Il disait aussi qu’il resterait en place jusqu’au 20 janvier pour assurer un transfert pacifique du pouvoir. Finalement donc, il démissionne, sans donner de raison. Et alors que le FBI dit redouter des manifestations armées dans les capitales des 50 États du pays, à partir du 16 janvier et au moins jusqu’au 20.

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13-1-2021, 23h
Ils l’ont fait !
Impeachment de Donald Trump EN DIRECT : La Chambre vote la mise en accusation du président pour «incitation à l’insurrection»…
par 232 voix (dont 10 républicains) contre 197. Trump, premier président « impeached » 2 fois pendant son mandat. Prochaine étape : procès en destitution au Sénat

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23h13
Trump diviseur : comme dans l’histoire racontée par cette jeune Américaine dont la mère, auparavant démocrate, est devenue d’extrême-droite depuis Trump, de nombreux Américains voient leurs familles ou leur entourage profondément divisés désormais. Phénomène typique de la séduction malsaine opérée par les pervers narcissiques/fascistes. Certains la subissent sans en prendre conscience ni pouvoir s’en libérer, d’autres se battent contre. Phénomène dévastateur aussi bien à l’échelle d’un peuple qu’à celle d’un petit groupe.

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23h40
Images, ces dernières heures, de Washington bouclée, de dizaines de soldats dormant à même le sol dans les couloirs du Capitole. Toutes les réservations Airbnb bloquées et annulées dans la ville. Un pays plus divisé que jamais, une démocratie en alerte, voilà le résultat de la politique du mensonge. Qu’on y songe aussi en France.

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14-1-2021, 11h40
En lisant Le monde selon Trump, de Nicole Bacharan, je trouve cette phrase de Tony Schwartz, ghostwriter de Trump :

« L’univers de Trump est un gouffre de vanité qui donne le vertige »

Screenshot_2021-01-14 Tony Schwartz ( tonyschwartz) Twitter

18h35
Toujours dans le même livre:
« Certains disent de Trump : « Il corrompt tout ce qu’il touche. »

23h40
« plusieurs représentants républicains étaient «paralysés par la peur» à l’approche du vote de mise en accusation. Deux d’entre eux auraient même éclaté en larmes devant lui en parlant des menaces de mort qu’ils avaient reçues »
Article de Richard Hétu, « Le parti mafieux », à lire ici

15-1-2021,23h50
Screenshot_2021-01-15 Trump - Recherche sur Twitter Twitter
Screenshot_2021-01-15 Corentin Sellin ( CorentinSellin) Twitter

La mort aboie, l’humanité passe

"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

J’ai fêté le passage à l’année 2020 avec beaucoup de monde dans un vieux cimetière à Édimbourg. On ne parlait pas encore de pandémie mais ce lieu était en quelque sorte prémonitoire. Thomas de Quincey, qui y repose, songerait peut-être que le coronavirus a réveillé les humains de l’opium de l’existence moderne dans laquelle ils sont plongés et qui leur donne un sentiment de toute-puissance, presque d’immortalité. Non nous ne sommes pas tout-puissants, oui des forces nous dépassent, toutes microscopiques qu’elles puissent être. Oui l’humain a pourtant sa grandeur, notamment grâce à la science qui permet de réagir et de sauver souvent. Et non il n’aime pas être réveillé, et perdant un opium il en cherche un autre, qu’on l’appelle complotisme ou tout autre délire occultiste lui permettant de fuir le réel.

Cette fois nous avons célébré le passage à 2021 en amoureux, O et moi, à la maison, avec du champagne et en regardant le très excellent film Parasite, de Bong Joon Ho, que nous n’avions pas encore vu, parabole sur l’état du monde actuel. D’autres dangers nous guettent, l’art nous en prévient mais nous ne sommes pas obligés d’y sombrer. Et l’art, la littérature, comme la science, peuvent nous fournir aussi des contrepoisons et des vaccins.

Voici les dernières petites peintures que j’ai réalisées ces derniers jours, entre le 29 décembre et le 1er janvier.

"Dragon", technique mixte sur papier A4

« Dragon », technique mixte sur papier A4


"Underground River", technique mixte sur papier A4

« Underground River », technique mixte sur papier A4


"Bouquet final", technique mixte sur bois 48x33 cm. J'ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu'un avait jetée dehors et que j'ai récupérée

« Bouquet final », technique mixte sur bois 48×33 cm. J’ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu’un avait jetée dehors et que j’ai récupérée


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"Painting", technique mixte sur papier A4

« Painting », technique mixte sur papier A4


"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

« Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow », technique mixte sur papier A4. D’après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j’ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

Noël, Covid, grammaire et agilité de l’esprit

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un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

un vieux rat dans la rue, à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes


Noël en tout petit comité cette année, et sans déplacement. Nous attendrons que le virus ait débarrassé le plancher pour reprendre voyages et réunions. Shopping cadeaux hors des centres commerciaux, juste dans des petits commerces (à soutenir !), et aux moments où il y a peu de monde. Personnellement je suis déterminée à me faire vacciner dès que ce sera possible, mais je ferai d’abord un test sérologique pour savoir si le Covid, que j’ai eu avec de légers symptômes en mars dernier, ne m’a pas laissé des anticorps, donc une vaccination naturelle. Cela dit, je comprendrais très bien que des jeunes n’aient pas envie de se faire vacciner pour une maladie qui les rend si peu malades. Jusque là, je ne me suis jamais fait vacciner contre la grippe parce qu’elle n’était pas risquée non plus pour moi. À chacun d’évaluer ses risques et bénéfices.

À propos de Covid, j’ai eu l’amusement de constater aujourd’hui qu’un commentaire que j’avais laissé sur un article de 20 minutes où l’on s’interrogeait sur le genre de ce mot (masculin, comme selon l’usage ? féminin, comme selon l’académie ?) avait été censuré. Pourquoi ? Parce que j’y répondais, à quelqu’un qui croyait que, ce mot étant un acronyme, il n’était pas un nom, exactement ceci : « acronyme ou pas, un nom est un nom ». Haha ! Cet outrageante vérité a été censurée ! Les modérateurs ont dû croire que je me trompais. Cela me rappelle le jour où plusieurs de mes élèves, indignés par ce qu’ils croyaient être une erreur de ma part, m’ont demandé si j’étais bien sûre que le verbe du premier groupe à la première personne du passé simple avait une terminaison en -ai et non pas en -a, comme ils le croyaient fermement (« je mangea »). J’ai fini par laisser un autre commentaire précisant que le nyme d’acronyme signifiait nom, et que si ce mot, Covid, n’était pas un nom, on ne s’interrogerait pas sur son genre. Je ris, mais la faiblesse en grammaire est aussi symptomatique de la baisse de l’intelligence générale que la faiblesse en mathématiques.

Sans doute apprend-on trop, depuis toujours, la grammaire comme un ensemble de règles, au lieu de partir de la compréhension du fonctionnement de la langue. Je ne suis pas grammairienne mais je peux, en réfléchissant, distinguer les éléments de la langue. Qui ne comprend pas bien comment fonctionne sa langue ne sait pas non plus s’en servir pour penser, ou s’en sert de travers et pense mal, sans le savoir. Mais les mathématiciens peuvent repérer plus facilement les opérations de calcul fausses que les lecteurs ne peuvent repérer les opérations de langue et de pensée fausses, voilà une cause de la confusion mentale des humains. Nous manquons d’agilité dans la langue comme, bien souvent, dans le corps, les membres. Les rappeurs sont agiles, il serait bon que les autres producteurs de discours, livres, etc., le soient aussi, au lieu d’engluer toujours davantage la langue dans des carcans de bois, de ferraille rouillée, ou de confortables pantoufles. La presse publie la liste des lectures de Barack Obama. Exclusivement des auteurs anglophones et de préférence américains. Quelle cage étroite. Emblématique de la misère du dominant (ici, la langue dominante), qui ne voit pas plus loin que le bout de son monde, son « ça m’suffit », ici « UncleSam suffit »). Libérer les esprits, c’est leur donner à s’exercer dans d’autres langues, qu’elles soient traduites ou non. En France nous avons encore cette ouverture, pourvu qu’elle dure !

Vivre bien. Quelques réflexions autour de la création, du sport, de la cuisine, etc.

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"Village", acrylique sur bois 56x48 cm

« Village », acrylique sur bois 56×48 cm

Toujours toute au bonheur de traduire chaque jour l’Odyssée, de peindre quand il me plaît, de me sentir plus souple, solide et musclée que jamais grâce au yoga quotidien et de temps en temps à la course – quand je m’y suis mise, vers la fin de l’été, je ne pouvais courir que quelques dizaines de mètres d’affilée, puis ce fut quelques centaines de mètres et maintenant je me rapproche des 2000 mètres assez tranquillement. C’est évidemment très modeste mais peu importe, l’important est de sentir qu’on est capable de solidité, d’endurance et de joies physiques et mentales. Je me disais que je devrais peut-être faire un test cardiaque pour ne rien risquer en me mettant à courir à cet âge, mais j’ai lu un très bon truc tout simple : si l’on peut monter quatre étages, ou 60 marches, en une minute, sans courir, c’est que le cœur est bon. J’ai fait le test sans me presser, sans m’essouffler, il m’a fallu 38 secondes – donc je peux y aller, continuer à courir sans crainte. Tout cela je le fais malgré des moments de grande fatigue et d’autres problèmes physiques dus à mon traitement anticancer mais je ne le fais pas contre les problèmes, je le fais parce que j’aime le faire, c’est tout.

« Créer c’est résister », répète-t-on. En réalité cela ne signifie pas grand-chose, et puis résister doit-il être le moteur de la vie ? Résister est nécessaire dans les situations d’agression, mais il faut aussi savoir se détacher des situations d’agression, et vivre, tout simplement, malgré l’agression. Ne pas se déterminer par rapport aux agressions. Que la création, le fait de créer, ne soient pas déterminés par un phénomène de réaction comme la résistance. Sinon elle reste une création de niveau inférieur. C’est cela qui rend le militantisme souvent si triste. Mieux vaut une création-agression-gratuite, par exemple. Dans l’opération de la « Marianne qui pleure », dont j’ai parlé hier, il aurait mieux valu ne pas accompagner l’acte d’un texte – un de ces textes qui ne sont en rien des actes. Je ne nie pas l’intérêt ni la nécessité d’une création comme résistance, je refuse de la réduire à cette fonction. Si je cours, ce n’est pas pour opposer une résistance à l’air. Et pourtant je cours. De la même façon je veux pouvoir dire Et pourtant je crée.

Quand nous réalisons une recette de cuisine de façon personnelle, nous créons. Pas pour résister, pour le plaisir de cuisiner et pour nous régaler et régaler les gens qui en mangeront. Pour vivre, vivre bien. Résister est souvent nécessaire mais ce n’est pas vivre bien. Faire en sorte d’être bien dans notre corps et dans notre tête, c’est vivre bien. Agir gratuitement c’est vivre bien. Agir n’est pas nécessairement créer, créer n’est pas agir quand la création n’est qu’une idée de création, une croyance de création comme en ont tant d’intellectuels qui s’imaginent créer alors qu’ils ne font que manier les outils qu’on leur a appris à manier. Action et création se rejoignent quand elles restent à distance des contingences. Je ne suis pas une yogini pour rien.

« Marianne pleure » : une magnifique action, en images (note actualisée)

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Aujourd'hui à Paris 13e (Nationale), photos Alina Reyes

Aujourd’hui à Paris 13e (Nationale), photos Alina Reyes

Très admirative de la magnifique action des artistes qui sont allés, de nuit, peindre des larmes de sang sur la Marianne de Shepard Fairey (Obey). Je suis allée voir ça aujourd’hui, j’en ai parlé un peu sur place avec un jeune inconnu qui contemplait aussi la fresque ainsi repeinte – et nous étions d’accord que c’était bien mieux ainsi. Shepard Fairey est un artiste que je vois un peu comme Jeff Koons, dans le sens où ils se sont engagés dans les combines du marché avec un cynisme plus ou moins marqué (plus pour Jeff Koons) et qui essaient tout de même de garder, dans cette position de vendus, une capacité de subversion cachée. Le bouquet de tulipes ou d’anus offert à Paris en prétendu hommage aux victimes des attentats terroristes est un foutage de gueule que les politiciens, bornés comme ils le sont, n’ont pas compris, puisqu’ils ont accepté le « cadeau ». Il y a peut-être de cela aussi dans cette Marianne de Fairey (dont Macron orne son bureau, comme je l’ai déjà dénoncé). Je surinterprète peut-être, mais il ne me semble pas impossible que l’ex-graffiteur ait consciemment, plus ou moins, conçu cette fresque comme une critique, une sorte de dénonciation de ce que Marianne est en train de devenir. En tout cas, à la voir, moi, j’ai toujours eu le sentiment qu’avec son graphisme trop propre, trop figé, et son style années 30, elle rappelait le temps de la montée des fascismes en Europe. Et donc j’apprécie d’autant plus l’action de ces artistes anonymes, relayée par Hiya. Ils ont fait une vidéo de leur action, la voici (avec le texte entier (plus ou moins heureux mais l’important là c’est l’action) du manifeste à lire sous la vidéo ou sur le site de Hiya).

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16-12-20 J’ajoute à cette note d’hier que l’hypothèse de la subversion cachée par ces artistes américains avec leurs « cadeaux » post-attentats terroristes en France, et en particulier pour Jeff Koons avec ses tulipes en forme d’anus, peut être étayée par cet indice : depuis notamment les caricatures de Charlie Hebdo, la France est considérée dans le monde entier comme un pays islamophobe et liberticide. Encore dernièrement des articles un peu partout, aux États-Unis, en Europe… ont dénoncé cette situation que seuls beaucoup de Français ne veulent pas voir.

Nouvelles du monde et du jour

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"At Home", acrylique sur toile 30x30 cm

« At Home », acrylique sur toile 30×30 cm


"Penetrations", acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique sur toile 38×46 cm


"Tree of Life", technique mixte sur toile 40x40 cm

« Tree of Life », technique mixte sur toile 40×40 cm


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Face au Covid 19, je note deux attitudes parmi ceux qui l’ont contracté : il y a les gens qui se demandent où ils ont pu l’attraper, et ceux qui craignent d’avoir pu le transmettre à d’autres. Dans la première catégorie, nombre d’ex-minimisateurs de la maladie, qui leur semble n’être rien tant qu’elle ne touche que les autres, et qui devient tout lorsqu’ils en sont eux-mêmes atteints. Survolant le texte de Michel Onfray tout au très long duquel il narre ses affres de covidé, comme s’il était le premier au monde à avoir été atteint par le virus, j’ai souri dans ma tête en songeant que si Nietzsche, dont se réclame Onfray, remarquait avec justesse que les chrétiens n’ont pas des têtes de ressuscités, on peut remarquer aussi que bien des nietzschéens sont loin d’avoir des têtes et des corps de surhommes.

Je continue à traduire, avec immense bonheur, Homère. Mais j’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction. Sans doute en donnerai-je quelques autres morceaux à l’occasion et on pourra toujours lire les trois premiers chants dans leur entier ici, ici et .

De mes trois dernières peintures ci-dessus, les deux dernières sont des repeintures.

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Le nerf de la guerre

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à Paris hier, photo Alina Reyes

à Paris hier, photo Alina Reyes

Quand j’avais une vingtaine d’années, l’un des patrons d’une boîte où j’ai travaillé quelque temps m’a invitée à faire un tour dans sa Porsche. Je n’ai jamais aimé les Porsche, j’adorais les Jaguar. J’ai accepté, et je lui ai demandé de me laisser conduire. J’ai appuyé bien fort sur le champignon, il a vite voulu rentrer et ne m’a plus proposé de balade. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé à deux ou trois religieux à Lourdes de les ramener dans ma vieille Toyota au monastère où ils logeaient. J’ai conduit fangio dans les rues désertes, y compris dans les virages. Quand je les ai débarqués, une indignation coléreuse se lisait sur leurs visages et moi je souriais. Ils disent toujours tant qu’ils aiment être secoués.

Difficile de résister à la tristesse des moments que le pays traverse. Comme si le confinement et tout ce qui en découle ne suffisaient pas, comme si l’état policier ne se faisait pas assez sentir avec ces menaces de verbalisation de nos sorties, ces attestations ridicules à remplir, ces masques à porter dans des rues désertes ou en pleine nature, voici que l’article 24 de la loi « sécurité globale » vient d’être voté par l’Assemblée. Le désastre macroniste ne m’étonne pas, je l’avais vu dès avant l’élection mais je préférerais tant m’être trompée. J’ai entendu tout à l’heure à la radio que les pays où la crise du Covid avait été la mieux gérée étaient aussi ceux dont les citoyens faisaient le plus confiance en leur gouvernement, comme en Nouvelle-Zélande – du fait que leur gouvernement méritait en effet leur confiance et faisait en retour confiance aux citoyens. Les mensonges et le double jeu systématiques de la macronie nous enfoncent dans le complotisme et l’obscurantisme. Contre l’abattement qui nous menace – aujourd’hui je n’ai rien fait à part un peu de yoga et de marche – j’essaie du moins de ne pas oublier qui je suis, non pas socialement mais dans mon être vivant, vibrant, combattant et riant.

La France indigne

Screenshot_2020-11-07 Quatre enfants de 10 ans arrêtés à Albertville pour «apologie du terrorisme»

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

Il y a dans mon roman-pamphlet Poupée, anale nationale un passage où les enfants des écoles sont incités par une créature fasciste à dénoncer les pensées non conformes de leurs parents. Il y a, dans la vie, des parents qui dénoncent les pensées de leur enfant, des enfants qui dénoncent les pensées de leur parent, des ami·e·s qui dénoncent les pensées de leur ami·e, des collègues qui dénoncent les pensées de leur collègue, etc. – qui les font parler, puis rapportent à qui le leur demande. Et maintenant il y a aussi, en France, un gouvernement qui envoie dix policiers lourdement armés tirer de leur lit des enfants de dix ans, avant sept heures du matin, parce qu’ils ont exprimé une pensée non conforme lors d’une célébration officielle de la liberté d’expression. Trois petits et une petite de CM2, retenus dix heures durant au commissariat. Je n’avais pas imaginé voir ça un jour dans mon pays (que j’ai l’intention de quitter quand ce sera possible). L’Histoire jugera.

Autant en emporte le temps

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"Autant en emporte le temps", collage et peinture sur papier fort 17x20 cm

« Autant en emporte le temps », collage et peinture sur papier fort 17×20 cm

Les Grecs et les Turcs se sont rapprochés après le tremblement de terre qui a endeuillé leurs deux pays ces jours-ci. En France, les musulmans et les catholiques se sont rapprochés pour la Toussaint après le meurtre de trois personnes dans une église de Nice par un terroriste islamiste. Que les uns et les autres, Grecs et Turcs en Orient (les deux pays sont orientaux à mes yeux), musulmans et chrétiens en Occident et dans d’autres terres, se rendent compte qu’ils seraient plus forts en coopérant, en faisant alliance, même !

Les librairies sont fermées. Des employés de librairies demandent qu’on cesse de demander leur réouverture et de les mettre ainsi en danger. Pour ma part, il y a longtemps que je ne vais plus en librairie (les bibliothèques et les ebooks m’apportent tout le nécessaire). Les seuls livres que j’y ai achetés ces deux dernières années sont celui de François Ruffin, Ce pays que tu ne connais pas – en fait c’est O qui l’a acheté – et celui de Vanessa Springora, Le consentement. Deux textes de témoignage. L’un d’un honnête homme sur Macron, l’autre d’une honnête femme sur Matzneff, deux personnages emblématiques de l’état de la France : un pays abusif. Les livres que j’aurais pu publier depuis dix ans ne se trouvent pas en librairie car j’aurais dû, pour les publier, accepter une contrainte abusive. Je ne l’ai jamais acceptée, elle s’est donc accentuée, on a voulu me rééduquer comme certains veulent convertir de force les homosexuels à l’hétérosexualité, ou les fidèles d’une religion à une autre, ou les esprits libres à la dictature. Il y avait dans ces livres que je n’ai pu publier, que vous ne trouverez pas en librairie, de quoi participer à pacifier le monde. On a préféré soutenir ceux qui s’échinent à provoquer des guerres de civilisation. Autant en emportent les tremblements de ciel.

Reconfinement

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Hier à Paris 13e, photo Alina Reyes

Hier à Paris 13e, photo Alina Reyes

Chape de tristesse ce soir sur le pays.

Plus d’autre choix qu’un reconfinement. Je pense à toutes celles et tous ceux qui ne pourront plus travailler, qui ne peuvent plus travailler depuis des mois ; ou qui ont travaillé dur pour lancer des projets qui seront annulés ; ou qui vont devoir continuer à travailler dans des conditions risquées et difficiles ; ou qui vont devoir affronter plus ou moins seuls, ou en compagnie difficile, une période d’enfermement, une période angoissante. À toutes celles et ceux qui, pour ces raisons et d’autres encore, vont souffrir, ou continuer à souffrir, ou souffrir de nouveau.

Je suis allée faire des courses pour le dîner, vers 17 heures passées. Les rayons du supermarché étaient à moitié vides et il y avait de longues queues aux caisses : c’était déjà reparti, les gens faisaient des provisions en vue d’un reconfinement. Dire qu’avec des mesures intelligentes – télétravail obligatoire chaque fois que possible, aération des salles de cours, et bien sûr préparation des hôpitaux, publics et privés, on aurait pu limiter ce désastre. Les quelque vingt pour cent de Français qui ont élu Macron, faute de mieux et pour éviter le pire, ont élu un jeune banquier sans expérience politique et nous le payons, tant en politique intérieure que dans les relations internationales, gérées par des enfantillages d’une personnalité clivante. Le Figaro publiait l’autre jour un article relatant le désarroi du Rassemblement national, dépossédé de ses idées par la classe politique au pouvoir. Je n’ai envie d’accabler personne, nous sommes assez accablés. Mais voilà où nous en sommes. Dans cette situation incertaine, le mieux est de garder au maximum nos forces, afin d’être en état de nous en servir, personnellement ou collectivement, quand nous serons au moins débarrassés de la pandémie.

Depuis que je me suis mise à la course, il y a quelques semaines, j’ai triplé ou quadruplé la (petite) distance sur laquelle je cours avant d’alterner avec des temps de marche. Faire du sport est plus que jamais capital pour nous maintenir en forme, physiquement mais aussi mentalement. Je compatis avec les jeunes, si pleins de vitalité et privés d’activité, surtout en ville. Ils ont besoin de beaucoup de courage dans le monde actuel.

Alain Rey est mort, et je me rappelle que la première chose que j’ai faite, dès que j’ai eu ma première avance de droits d’auteur sur mon premier roman, a été d’acheter un vélo pour chacun de mes deux fils, puis pour moi le Grand Robert. J’avais toujours été pauvre, et c’était le trésor le plus luxueux que j’avais jamais eu. Pour ainsi dire, je n’en revenais pas de l’avoir. Et donc je le devais en bonne part à Alain Rey, dont le nom est d’ailleurs presque l’anagramme du mien. Je ne l’ai plus – j’ai dû le laisser lors du dernier déménagement – mais j’ai toujours un Petit Robert, un trésor aussi.

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à bientôt pour la suite de l’Odyssée, la fin du Chant II

Odyssée, Chant II, v. 296-339 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 2 (texte grec)-min

"Mystery of Life", acrylique sur bois 74x46 cm

« Mystery of Life », acrylique sur bois 74×46 cm

Je propose un nouveau dicton : « Guerre » au printemps, « couvre-feu » à l’automne. Guerre contre quoi, contre qui ? That is the question. Mais attention aux feux qui couvent.

Aujourd’hui nous assistons à un dernier échange entre quelques-uns des perfides prétendants et Télémaque, puis ce dernier descend au cellier d’Ulysse, espèce de haute caverne d’Ali Baba. Nous verrons la prochaine fois les préparatifs avant le départ du jeune homme devenu « grand », comme il dit, avec son langage parfois encore enfantin.
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Ainsi parle Athéna, fille de Zeus. Et Télémaque
Ne s’attarde pas, une fois entendue la voix
De la déesse. Il s’en va au palais, le cœur attristé,
Trouve dans la demeure les prétendants arrogants.
Antinoüs en riant vient droit sur Télémaque,
Lui saisit la main et lui dit, l’appelant par son nom :

« Télémaque, fort en gueule, âme insupportable, cesse
D’exercer ton cœur aux paroles et aux actes mauvais,
Viens plutôt avec moi manger et boire comme avant !
Les Achéens vont s’occuper d’absolument tout pour toi :
Du bateau et des rameurs que tu demandes pour partir
Au plus vite à Pylos t’informer sur ton aimable père. »

Ainsi lui répond à haute voix le sage Télémaque :

« Antinoüs, je ne peux plus, avec vous les orgueilleux,
Sans rien dire manger et tranquillement m’amuser.
N’est-ce pas assez d’avoir déjà dévoré mes précieux
Et nombreux biens, prétendants, quand j’étais encore enfant ?
Mais maintenant je suis grand, j’ai écouté la parole
D’autres gens, j’ai appris, et la colère en moi a grandi.
Et je vais donc tenter de vous lancer le mauvais sort –
Que j’aille à Pylos ou que je reste ici dans le peuple.
Mais je n’annonce pas ce voyage en vain : je serai
Passager sur un bateau, n’ayant moi-même ni nef
Ni rameurs, puisque cela vous paraît plus avantageux. »

Ainsi dit-il, et d’un geste aisé retire sa main
De celle d’Antinoüs. Les prétendants dans la maison
Préparent le repas et lui adressent railleries
Et injures. L’un de ces jeunes arrogants lui dit :

« Oui, certes, Télémaque médite de nous tuer !
Il ramènera des secours de Pylos la sablonneuse
Ou bien de Sparte, puisqu’il le désire terriblement !
À moins qu’il ne veuille aller à Éphyra aux fertiles
Terres, afin d’en rapporter des poisons mortels
Qu’il versera dans nos cratères pour nous tuer tous ! »

Un autre de ces jeunes arrogants lui dit :

« Qui sait ? Une fois parti loin de ses proches, sur sa nef
Creuse, peut-être mourra-t-il après avoir, tel Ulysse,
Erré ? Voilà qui accroîtrait encore notre fatigue :
Il nous faudrait partager toute sa fortune, puis donner
La maison à sa mère et à celui qu’elle épouserait ! »

Ainsi parlent-ils, et Télémaque descend dans les hautes
Et vastes réserves de son père, où s’amoncellent l’or,
L’airain, des coffres pleins de linge, des huiles parfumées…

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le texte grec est ici
le premier chant entier dans ma traduction
à suivre !

Tiphaine Auzière. La longue chute d’En marche

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Screenshot_2020-10-22 Accueil Twitter

Attention, ça pue : masque conseillé. Tiphaine Auzière, belle-fille à beau-papa Macron, néochroniqueuse défendant la restriction des libertés publiques sur Europe 1 (en la justifiant notamment par l’évocation du couvre-feu pendant la guerre d’Algérie, genre de raccourci foireux dont les fachos sont friands), partage donc avec Marion Maréchal Le Pen, entre autres, un prof de géopolitique fondateur d’un parti néofasciste (ex-concurrent de Le Pen père, mais plus à l’extrême-droite), dans la classe prépa de son lycée privé, fraîchement ouvert à Paris et qu’elle a l’ambition d’essaimer dans toute la France (Blanquer, continuez à détruire l’Éducation nationale, pour laisser Auzière et Le Pen prendre le relais !). En lisant un article à sa gloire dans Paris Match, je songeais à mon personnage de fasciste scatophile dans Poupée, anale nationale, quand je suis arrivée au moment où l’hagiographe mentionne au passage que son mari est gastro-entérologue. Ah la réalité parle aussi bien que la fiction ! « Je fais d’abord », dit la présidente de cet établissement que le Canard Enchaîné du jour qualifie d’« étrange bahut » au « directeur d’études sulfureux » et aux « drôles d’amis ».

L’article de Match mentionne un cours qui commence par aborder la question de « l’ensauvagement » dans ce qu’elle dit être un « lycée d’excellence ». À 9500 euros par an – 950 pour les boursiers – encrassage de cerveau assuré. Dommage que Mme Auzière, militante En marche, soit, elle, restée au stade de cancre, écrivant sur son compte twitter « censé » au lieu de « sensé », tout en y commettant des phrases dépourvues de sens, témoignage d’une grande confusion de sa pensée. Selon un journal conservateur anglais, The Spectator, l’ascension médiatique de la belle-fille pourrait être le signe qu’on voudrait lui faire prendre le relais de beau-papa en déroute : dans la perspective des prochaines élections présidentielles, « Macron se voit évidemment dans une zone de danger, assiégée par le Covid, le Brexit, le chômage, le déficit, la dette, la dépression, la crise de l’euro, l’Afrique, etc. Mais un coup de couteau dans le dos de sa propre belle-fille semble encore tiré par les cheveux à l’échelle des menaces existentielles. Elle, en revanche, vaut peut-être la peine d’être surveillée. », y lit-on. Oui, surveillons. La longue chute d’En marche, dès le début parti du bord de la falaise, droit dans le néant.

Autres notes, ici, sur Macron et le néofascisme :
« La farce fasciste de la macronie« , où il est aussi fait allusion au grand malaise dans l’Éducation nationale ;
« Le macronisme, banalité du fascisme » ;
Macron le petit ; etc. (mot-clé Macron)

L’article de Paris Match

Une idée de pièce pour le lycée de Mme Auzière, où le théâtre sera obligatoire ? Cette farce :

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