Manifestation pour l’Hôpital public

C’est là que nous naissons, que nous donnons naissance, que nous sommes soignés, que notre vie est sauvée, et aussi, souvent, que nous mourons. Des pouvoirs publics qui démolissent l’hôpital public sont des pouvoirs publics qui démolissent la civilisation.

Mes photos de la manifestation de cet après-midi, qui s’est terminée devant la Pitié-Salpêtrière, pour sauver l’hôpital public.

*

manif hopital 1-min

manif hopital 2-min

manif hopital 3-min

manif hopital 4-min

manif hopital 5-min

manif hopital 6-min

manif hopital 7-min

manif hopital 8-min

manif hopital 9-min

manif hopital 10-min

manif hopital 11-min

manif hopital 12-min

manif hopital 13-min

manif hopital 14-min

manif hopital 15-min

manif hopital 16-min

manif hopital 17-min

manif hopital 18-min

manif hopital 19-min

manif hopital 20-min

manif hopital 21-minCet après-midi à Paris, photos Alina Reyes

*

Art en ville, une question de regard

Je photographie sur mes chemins ce qui me paraît être ou faire art. Voici mes images d’hier et d’aujourd’hui, entre tags, exposition et autres visions.

*

art en ville 1-minSur un mur, dans la rue

*art en ville 2-min

autour de la Sorbonne Nouvelle

art en ville 3-min

art en ville 4-min

art en ville 5-min

*

art en ville 6-minSur le rideau de fer d’une boulangerie

*art en ville 7-minÀ la fenêtre d’un bureau

*art en ville 8-minPlace d’Italie dans un abribus, lendemain de Techno Parade & Gilets jaunes

*art en ville 9-minDans la cour de la Manufacture des Gobelins

*

art en ville 10-minÀ la BnF, où j’ai travaillé aujourd’hui face à la forêt intérieure

*art en ville 11-min

À la Pitié-Salpêtrière, par où je suis passée au retour

art en ville 12-min

art en ville 13-min

art en ville 14-min

art en ville 15-min

art en ville 16-min

art en ville 17-min

art en ville 18-min

art en ville 19-min

art en ville 20-min

art en ville 21-min

art en ville 22-min

art en ville 23-min

art en ville 24-min

art en ville 25-min

Et là c’est la lumière tombée d’un vitrailart en ville 26-minà Paris 5e et 13e, photos Alina Reyes

*

Occupation du Cinéma La Clef, travail à la Bibliothèque Nationale et Street Art à la Pitié-Salpêtrière

images du jour 1-min

Hier en passant devant ce cinéma, le seul et dernier cinéma associatif de Paris, où j’allais souvent avant sa fermeture, voir des films qu’on ne voyait pas ailleurs, j’ai vu qu’il était occupé par un collectif qui demande au propriétaire le droit de le rouvrir. J’ai parlé un peu avec les personnes présentes, il y a un site où tout est expliqué et où l’on peut suivre leur action : La Clef Revival.images du jour 2-min

*

Ce matin en allant à l’hôpital j’ai croisé Jeanne d’Arc en gilet jaune et un grand tag sur le chemin de leur dernière manif.images du jour 3-min

images du jour 4-min

Une fois à l’hôpital j’ai parlé yoga avec un radiologue yogi, nous étions tous les deux ravis.

*images du jour 5-min

Et cet après-midi je suis allée pour la première fois travailler à la BnF. images du jour 6-minDans le calme de la salle de lecture G, à côté de merveilleux rayonnages pleins de toutes sortes de dictionnaires de dizaines de langues.

images du jour 7-min

Au lieu de revenir chez moi en passant par les quais comme à l’aller, j’ai fait le trajet du retour, à pied aussi (5 ou 6 km aller-retour, une agréable balade), en passant par la Pitié-Salpêtrière, où j’ai photographié ces toutes nouvelles et joyeuses œuvres de Street Art.images du jour 8-min

images du jour 9-min

images du jour 10-minHier et aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

*

Un joli sein, quelques remarques sur l’hôpital et des dessins

 

Opérée vendredi, j’ai découvert ce dimanche matin, quand l’infirmière a retiré le bandage, mon nouveau sein, tout joli, rond, souple, plein, légèrement pesant, exactement comme l’autre, le naturel. Après avoir gardé un expandeur (prothèse provisoire, sans souplesse, destinée à détendre la peau après mastectomie pour la préparer à recevoir la prothèse définitive) pendant près d’un an, me voici pourvue par le travail impeccable du chirurgien d’un nouveau sein, presque plus joli que l’ancien et très bien accordé à l’autre (alors que l’ancien, le naturel, était légèrement plus petit). La cicatrice, qui était devenue quasi invisible, le redeviendra, et il ne restera plus qu’à tatouer un téton, technique très bien développée aujourd’hui.

Ces deux ou trois derniers mois je m’étais appliquée à perdre les cinq kilos pris ces dernières années afin de retrouver mon poids de forme, que je garderai désormais, et de ne pas obliger le chirurgien à me faire un sein plus gros. Me voici parfaitement contente de mon corps retrouvé.

À la Pitié-Salpêtrière, malgré la gentillesse des soignants, j’ai pu constater un peu les difficultés de l’hôpital. Les Urgences y sont toujours en grève. D’autre part, à la sortie du bloc opératoire, je suis restée trois heures dans une salle de réveil surchargée de patients, dont certains poussent des cris de douleur, s’étouffent etc. Normalement j’aurais dû être remontée dans ma chambre au bout d’une heure, c’est un infirmier qui en passant a regardé ma fiche a eu « pitié » et « honte », et a fait le travail qui n’était pas fait, faute de brancardiers. Dans l’ascenseur qui montait aux chambres, se trouvait avec nous un anesthésiste qui remontait un patient, lui aussi par pitié pour lui, toujours faute de brancardiers. Une amie dont la mère est infirmière dans un autre hôpital me dit que parfois les patients sont laissés quasiment une journée entière dans la salle de réveil, bloqués sur leur brancard sans pouvoir bouger.

À la Salpêtrière les chambres ne sont pas climatisées, avec la canicule qui s’annonce cela va être très éprouvant – j’y étais l’année dernière pendant la canicule, c’est rude pour les soignants comme pour les patients. Hier soir entre onze heures et plus d’une heure du matin, un groupe d’hommes discutait et riait très bruyamment juste sous les fenêtres de l’hôpital, impossible de dormir. Personne n’est intervenu pour leur demander un peu plus de discrétion, et de ma chambre je ne pouvais pas le faire, la fenêtre type vasistas ne pouvant que s’entrouvrir par le haut. Dans mon souvenir, quand on entrait dans un hôpital il y avait des panneaux « Hôpital – Silence » pour demander le respect des patients, il semble que cela ne soit plus de mise. Pas de discipline à l’école, pas de discipline une fois dans la vie adulte ? Si les pouvoirs publics abandonnent l’enseignement et la santé, que restera-t-il de la société ?

Samedi, le lendemain de l’opération, quand j’ai retrouvé un peu mes forces, j’ai passé une bonne journée à lire, écrire quelques lignes dans mon cahier, dessiner dans mon carnet et aller faire un tour dans le jardin de l’hôpital. Voici mes images.

 

Le jour se lève sur l'hôpital et sa chapelle

Le jour se lève sur l’hôpital et sa chapelle

pitie salpetriere 2-minAu fond du jardin, je vois ce champignon qui a poussé la terre pour sortir, et d’autres sur des arbrespitie salpetriere 3-min

pitie salpetriere 4-minSix feutres, six crayons de couleur, un stylo et un crayon à papier, je dessine dans mon carnet une figure d’homme, un ange et un arbre à yeux

pitie salpetriere 5-min*

Un hôpital mondial pour l’humanité

Quand je vais à la Pitié-Salpêtrière, je me dis qu’il faudrait une structure comparable pour soigner le monde, une organisation mondiale dont la tâche serait de travailler à soigner les maux du monde, d’où qu’ils viennent, et de pratiquer une recherche intensive pour améliorer toujours son efficacité. Un hôpital pour la survie de l’humanité qui aurait aussi les moyens juridiques d’attaquer les fauteurs de mort, de désastre écologique, de guerre, de scandale économique et financier, de toute atteinte directe ou indirecte, d’où qu’elle vienne, des États ou des industriels, au corps des personnes et à la santé du vivant. Voilà ce qu’il faut construire.

*

pitie salpetriere 1-min

pitie salpetriere 2-min

pitie salpetriere 3-min

pitie salpetriere 4-min

pitie salpetriere 5-min

pitie salpetriere 6-min

pitie salpetriere 7-min

pitie salpetriere 8-min

pitie salpetriere 9-min

pitie salpetriere 10-min

pitie salpetriere 11-min

pitie salpetriere 12-mince matin dans les coulisses de la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes

*

Mastectomie : un de perdu, deux de retrouvés

autoportrait à l'hôpital (avant l'opération)

autoportrait à l’hôpital (avant l’opération)

 

Un cancer récidivant trois ans et demi après au même sein : il faut savoir parfois jeter l’eau du bain avec le crabe. Nous avons opté pour la mastectomie. Deux charmants chirurgiens m’ont opérée, l’un s’occupant de vider le contenant, l’autre de le remplir. J’ai déjà un nouveau petit sein, qui va être augmenté progressivement dans les mois qui viennent jusqu’à la taille de son compagnon resté en place.

Pensez à quelque chose d’agréable, a dit l’anesthésiste en m’appliquant le masque à oxygène. J’ai pensé à mon homme, à mes fils, à mes petites-filles et petit-fils, j’ai vu la montagne depuis ma chambre à la grange, j’ai vu Édimbourg enneigée, et la dernière chose ce fut cette phrase dite par mon cerveau : ce ne peut être que le début du monde, en avançant (transformant celle de Rimbaud : « Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant ».

 

J'avais emmené cahier et carnet, et une tablette sur laquelle durant mon séjour j'ai lu toute une thèse de littérature

J’avais emmené cahier et carnet, et une tablette sur laquelle durant mon séjour j’ai lu toute une thèse de littérature

Cinq jours après, retour à la maison. Tout va bien.

vu de ma chambre

vu de ma chambre à l’hôpital

à la Pitié-Salpêtrière ces jours-ci, photos Alina Reyes

*

Hétérotopies, arbroiseau et compagnie

à la Pitié-Salpêtrière, ce matin, photo Alina Reyes

à la Pitié-Salpêtrière, ce matin, photo Alina Reyes

*

J’aime les hétérotopies que sont les bibliothèques, les monastères, les hôpitaux. J’ai appris à apprécier les communautés de vie à part pendant mes années d’internat, au collège et au lycée. On y est retiré du monde mais le monde y est immensément présent, débarrassé de ses scories, dans son urgence, sa beauté solitaire, son amour. On y est le monde, ce monde-là, le monde plus que vivant, qu’on y travaille ou qu’on y rêve – ce qui est une forme de travail, quand il s’agit bien de rêve intense et non de rêvasserie.

J’ai passé quatre heures à l’hôpital ce matin, dont la majeure partie en salle d’attente – à cause d’une erreur de nom sur mon dossier. Cela ne m’a pas dérangée. Je suis patiente. J’avais mon carnet, j’ai dessiné avec mon stylo quatre-couleurs (et j’ai ajouté du crayon de couleur et du feutre une fois de retour à la maison) : la preuve qu’il s’agit d’une hétérotopie, d’un « lieu autre » ou le temps est autre, la vie est autre. Au moment de pratiquer les examens, un « Madame est menue » m’a ravie – moi qui me désole d’avoir pris trois kilos ces trois dernières années et me surveille pour ne pas engraisser davantage ; car j’ai toujours détesté engraisser, j’aime me sentir légère (sans être maigre non plus). La phrase entière était, au collègue : « Madame est menue, ça va être difficile », et à moi : « ça va faire mal ». Mais ça n’a pas fait si mal que ça, parce que l’équipe était très attentionnée.

Il était plus de treize heures quand je suis rentrée, j’étais fatiguée et j’ai renoncé à aller assister à la deuxième journée du colloque sur Einstein au Collège de France (voir note précédente). Je regarderai les vidéos des interventions lorsqu’elles seront en ligne. Dans les remerciements de ma thèse, je remercie notamment tous ceux qui mettent des textes ou des cours en ligne instructifs. Il y a beaucoup de bon dans le monde.

 

l'arbroiseau, dessiné ce jour

l’arbroiseau, dessiné ce jour

*

Journée portes ouvertes à l’APHP : psychiatrie et thérapeutiques innovantes à la Salpêtrière

la forceLa cour du bâtiment de la Force où furent violées et sauvagement massacrées des dizaines de femmes par des révolutionnaires avinés, lors des massacres de septembre 1792

*

Le Pr Philippe Fossati, qui nous a reçu·e·s, a commencé par espérer que nous ne nous étions pas perdu·e·s dans le dédale de cet immense hôpital (le plus grand d’Europe avec la Charité à Berlin), où l’on se perd couramment. Il nous a dit que nous étions ici dans le plus gros service de psychiatrie des hôpitaux de Paris, et qu’il avait obtenu le label qualité pour son accueil, notamment. Il a rappelé que la Pitié-Salpêtrière a une double mission de soins et de recherche, qu’elle est à la fois un hôpital et une faculté de médecine (rattachée à Sorbonne Universités).

En psychiatrie, les principaux domaines de soin et de recherche sont ici la dépression (les troubles bipolaires, etc.) et les troubles anxieux (comme les fameux TOC, troubles obsessionnels compulsifs). Trois cents millions de personnes sont affectées de dépression dans le monde – contre par exemple beaucoup moins – quarante millions – d’Alzheimer, dont on parle davantage. La Salpêtrière a initié un traitement innovant par électrostimulation (Stimulation magnétique Trans Crânienne), assistée par la neuroimagerie. Et comme au bon vieux temps de Charcot, nous avons eu droit à une et même deux démonstrations. Sauf qu’il y a un net et considérable progrès depuis les mises en scène de Charcot qui instrumentalisait femmes et pauvres : aujourd’hui c’est le grand professeur qui se soumet lui-même à la démonstration. Le Pr Bruno Millet s’est assis dans le fauteuil des patient·e·s et une infirmière lui a fait subir le traitement (à peu près indolore), lui envoyant un champ électromagnétique dans le cortex préfontal gauche (censé être plus concerné par la dépression, mais le Pr Millet pense que le droit peut être concerné tout autant) après avoir réalisé une sorte de GPS de son cerveau. Le traitement a paraît-il une bonne efficacité, il est d’un rapport efficacité/tolérance excellent mais il n’est pas encore reconnu par la sécurité sociale. Beaucoup moins lourd en tout cas que le traitement par électrochocs, encore pratiqué dans certains cas, après anesthésie générale. Je pensais au pauvre Artaud, qui les subit dans des conditions et une époque terribles.

La réalité virtuelle est aussi ici une autre thérapeutique des pathologies anxieuses. Par exemple, un phobique du métro, ou des aéroports, pourra s’entraîner, son casque sur les yeux, à y évoluer en réalité virtuelle, un phobique de la conduite pourra passer dix heures au volant, en dix séances, sur un simulateur de conduite, etc.

Il a été question aussi du protocole « Paris Mem », mis en place après les attentats de novembre 2015 pour soigner les patients souffrant de stress post-traumatique. Il s’agit, nous a expliqué une jeune Docteure dont malheureusement je n’ai pu entendre le nom (nous étions à ce moment un peu bousculés, le groupe de visiteurs suivant étant près d’arriver), de bloquer la charge émotionnelle du souvenir traumatisant par association d’un traitement médicamenteux (propranolol) et l’exposition en imagination à l’événement (lecture d’un récit traumatique). J’ai pensé qu’en associant écriture et lecture, on pourrait peut-être éviter la pharmacologie, à condition de bien le faire.

Enfin le Dr Yves Edel a retracé l’histoire très intéressante du bâtiment de la Force, une longue histoire de la souffrance dont j’ai déjà parlé dans ce blog (cf mot-clé Pitié-Salpêtrière) – et dont je parle aussi dans ma thèse. Une prison de femmes enchaînées au sein d’une autre prison, l' »Hôpital-Général des Enfermez ». Les riches (envoyées là par lettre de cachet sur demande de leur famille qui leur reprochaient leur conduite « immorale ») avaient droit au laudanum, mélange de vin et d’opium, les pauvres aux chaînes en fer. Vraisemblablement, a-t-il ajouté, il y a un charnier à cet endroit – il arrive que lors de petits travaux on trouve des ossements. Voilà des archives criantes, non ?

L’Histoire est passionnante, la médecine aussi.

*

allee de la hauteuraujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes

*

Des gens, des fleurs, des enfants, du street art… promenade du bonheur

« Toute notre connaissance découle de notre sensibilité » Leonard de Vinci

 

bettyBetty en dessous, avec des timbres dessous

fleursbref pèlerinage sur le lieu de l’une de mes fictions, un petit tour et je repars

jem trop ma viemoi aussi

noonienoonienooniec’est donc ici qu’il habitait, l’anarchiste qui sème ses plaques d’habitations fantaisistes dans la ville !

pitie salpetriere 1je suis allée à l’hôpital pour prendre un rendez-vous, comme je dois le faire deux fois par an, mais personne, le service faisait le pont

pitie salpetriere 2je me suis installée un moment avec un livre dans le jardin donc, de la Pitié-Salpêtrière

pitie salpetriere 3il y avait des amoureux dans l’herbe

pitie salpetriere 4et des dessins à la craie dans l’allée

pitie salpetriere 5la vie dehors, c’est bon ! je ne me suis pas pressée de rentrer

rueune manif est passée devant la gare d’Austerlitz l’autre jour

jardin des plantesmoi je passe par le jardin des Plantes

jardin des plantes 2et par sa roseraie

jardin des plantes 3ce sont les toutes premières roses écloses, je hume leur parfum

jardin des plantes 4

de nouveau dans la rue, au dos d’un panneau, un Léo & Pipo à tête de fraise

leo&pipohier et aujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

*

Aujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière

De même que je travaille dans plusieurs bibliothèques, je vais et lis dans plusieurs jardins, dont celui de l’Allée haute, très paisible et très beau en automne, à la Pitié-Salpêtrière.

lci-pitie-salpetriereTous ces jours derniers (voir mes notes précédentes), les médias sont toujours là, attendant l’annonce de la mort de Jacques Chirac, caméras dehors, journalistes patientant des journées entières assis sur des bancs ou dans leurs voitures.m6-pitie-salpetriere On croirait les entendre croasser.

J’ai failli me faire écraser par une ambulance qui sortait tranquillement de l’hôpital, pas du tout pressée, alors que j’étais en train de traverser de façon tout à fait régulière sur un passage piétons, de l’autre côté du boulevard. En arrivant à moi soudain elle a accéléré, foncé sur moi. Le temps s’est décomposé, j’ai vu le visage largement souriant du chauffeur tandis que je bondissais sur le côté, juste à temps pour en réchapper. Il a poursuivi son chemin sans ralentir, tandis que deux personnes qui avaient assisté à la scène depuis le trottoir restaient médusées. J’ai vu que la rue où elle s’engageait était bloquée par un camion-poubelle, je l’ai rattrapée, j’ai frappé à la vitre, que cet ambulancier fou a quand même daigné baisser, et j’ai demandé explications et excuses. Tout ce qu’il a trouvé à dire c’est qu’il n’avait pas fait exprès. Décidément la mort rôde par là. N’est-ce pas romanesque ? Tant que nous ne nous laissons pas attraper ;-) Je suis entrée et j’ai passé un bel et bon moment à lire sous les arbres.

marrons

allee-haute-salpetriere
jardin-salpetriereJ’ai aussi photographié une autre oeuvre de l’exposition en cours. Celle-ci est de Marissa Lopez
marissa-lopezphotos Alina Reyes

*

Exposition des œuvres de patients et d’artistes à la Pitié-Salpêtrière

Comme chaque année en cette saison (voir les œuvres de l’année dernière), les services psychiatriques de la Pitié-Salpêtrière s’associent à une exposition dans le jardin de l’Allée haute.

Œuvre de JEANSAYA :

jeansaya

jeansaya-2

jeansaya-3

jeansaya-4*

Œuvre d’Yvonne Orsini :

expo-patients-aphp

*

Œuvre d’Emma :

emma

*

Deux œuvres collectives de patients de l’hôpital de jour de la psychiatrie adultes du professeur Jouvent :expo-hdj-psychiatrie

patients-hdj-salpetriere

*

Œuvre de Bertille Chéreau :

bertille-chereau

bertille-chereau-2

*

Œuvre de Bernard La Rocca :

bernard-la-rocca

*

Œuvre de Véronique Desmasures :

veronique-desmasures

*

Œuvre de Marie Martine Expilly :

marie-martine-expilly*

Œuvre de Stefan Yordanov :

stefan-yordanov

s-yordanov

*

Œuvre d’Ayda-Su Neroglu :

ayda-su-nuroglu

*

Œuvre de Marinette Delanné :

marinette-delanne

marinette-delanne-2

marinette-delanne-3

marinette-delanne-4

*

Œuvre de Valérie Delamotte :

valerie-delamotte

v-delamotte

v-delamotte*

photos Alina Reyes

Je n’ai pas tout photographié, si vous aimez l’art singulier et passez par là, allez voir, c’est jusqu’au 2 octobre !

Avec une pensée pour Jacques Chirac qui se trouve en ce moment dans cet hôpital, et une colère contre Christine Boutin qui a été infecte encore une fois.

Madame Terre sur un lieu de « Manon Lescaut » et chez l’abbé Prévost

Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur.
Albert Camus, Noces
*

mme terre à la force

prise de terre à la force mise de terre à la force

trous des chaînes à la force

mme terre à l'église salpêtrière

Cette septième action poélitique de Madame Terre a été réalisée en deux temps, par moi puis par O. Je suis d’abord allée à la Pitié-Salpêtrière, à l’Hôpital où dans le roman Manon Lescaut est enfermée un temps, à l’époque où on y enfermait les pauvres, les fous et les délinquants. J’ai photographié Madame Terre devant la cour du bâtiment de La Force, où étaient internées les femmes, soumises à un régime souvent atroce – on a enlevé des murs aujourd’hui les anneaux de fer où étaient accrochées les enchaînées. Lieu sinistre s’il en est. Ensuite je l’ai posée au centre de cette église si particulière, panoptique, construite de façon à pouvoir surveiller depuis le centre les chapelles où étaient répartis par catégories les prisonnières et prisonniers de l’hôpital, pour les messes obligatoires.

en approchant de chez prévost

foret chantilly en approchant chez prevost

près de chez prévost

où est mort l'abbe prevost

mme terre où est mort prevost

prieuré abbé prévost

prieuré prévost

puits prévost
maison prévost

maison abbe prevost

mme terre devant le portail prevost

prise de terre chez l'abbe prevost

mise de terre abbe prevost

mme terre sur le mur maison prevost

mme terre sur le mur maison abbe prevost

lavoir prevost

chez prevost
Puis O s’est rendu, faisant près de 100 km à vélo en ce dimanche d’arrivée du Tour de France à Paris, passant par champs et par forêts, parfois en dehors des sentiers, sur trois lieux successifs : celui où est mort (à Courteuil),  puis où est enterré (au prieuré de Saint-Nicolas d’Acy), et enfin où a vécu (montant sur le mur de la maison, à Vineuil-Saint-Firmin ! ) l’abbé Prévost, auteur du roman dont voici un passage, situé au moment où le chevalier des Grieux s’apprête à faire évader Manon :

« Nous retournâmes le matin à l’Hôpital. J’avais avec moi, pour Manon, du linge, des bas, etc., et par-dessus mon juste-au-corps, un surtout qui ne laissait voir rien de trop enflé dans mes poches. Nous ne fûmes qu’un moment dans sa chambre. M. de T… lui laissa une de ses deux vestes ; je lui donnai mon juste-au-corps, le surtout me suffisant pour sortir. Il ne se trouva rien de manque à son ajustement, excepté la culotte que j’avais malheureusement oubliée. L’oubli de cette pièce nécessaire nous eût, sans doute, apprêtés à rire si l’embarras où il nous mettait eût été moins sérieux. J’étais au désespoir qu’une bagatelle de cette nature fût capable de nous arrêter. Cependant, je pris mon parti, qui fut de sortir moi-même sans culotte. Je laissai la mienne à Manon. Mon surtout était long, et je me mis, à l’aide de quelques épingles, en état de passer décemment la porte. »

« L’esprit grec, plus affamé de vérité que de profit » Lawrence Durrell, l’un des auteurs au programme

sans abri pitie salpetriereun microvillage de personnes sans abri le long de l’entrée fermée de la Pitié-SalpêtrièreC215 pitie salpetriereune fresque de C215 dans l’autre entrée de l’hôpital
photos Alina Reyes

*

Toujours préparant l’agrégation de Lettres modernes, dont les épreuves commencent dans huit jours maintenant. Elles dureront toute la semaine : lundi 7 mars, 7 heures de composition française sur l’une des huit œuvres françaises au programme ; mardi, 5 heures d’étude grammaticale (ancien français et français postérieur à 1500) ; mercredi, 7 heures de composition française sur l’une questions de littérature comparée, avec six autres œuvres au programme ; jeudi, 4 heures de version de grec ancien ; vendredi, 4 heures de version d’anglais. Ceci pour les épreuves d’admissibilité – les admissibles devront ensuite, pour être admis (ou non) passer les épreuves orales, au moins aussi redoutables, avec des temps de préparation de 6 heures pour des exposés de 40 mn.

Il est clair que je m’y suis prise beaucoup trop tard, n’y ayant songé qu’au moment de la clôture des inscriptions, en octobre dernier, et alors que mes études universitaires datent de trente ans. Mais je ferai de mon mieux. J’essaie de combler mes oublis et lacunes en cherchant à saisir la substantifique moelle des œuvres, leur sens profond. Comme je n’ai pu suivre aucune préparation, ni à la fac ni par correspondance (car elles sont payantes), ni acheter de livres (presque tous empruntés à la bibliothèque), je trouve en ligne quelques choses gratuites, des vidéos de conférences et des articles d’universitaires. Vive Internet et ses généreux contributeurs ! Si j’échoue, je serai quand même contente d’avoir préparé ce concours. Et si jamais, miracle, je réussis, je serai heureuse d’enseigner.

J’ai pris l’initiative d’interrompre au moins jusqu’au concours un traitement qui me fatiguait énormément et m’a empêchée de travailler correctement toutes ces dernières semaines, finissant par m’assommer de migraines persistantes malgré les antidouleurs. Depuis deux jours, tout va mieux. Je suis passée hier à la Pitié-Salpêtrière. J’ai dû faire le tour, à cause du plan Vigipirate. Le long de l’entrée principale, fermée donc, s’est installé un microvillage de tentes. Ses habitants jouaient aux cartes dans le froid sur une table bricolée. J’étais venue pour prendre un rendez-vous, mais c’était samedi et les bureaux étaient fermés, j’ai marché dans les couloirs souterrains sombres et déserts. En repartant j’ai photographié la fresque à l’entrée de l’hôpital. C215 n’est pas mon street artiste préféré mais il a un grand succès auprès des institutions. Il a décliné plusieurs fois ce thème de la femme qui souffle dans sa main dont sortent des oiseaux, c’est pas mal, non ?

*

Temps radieux

1

tout à l’heure à la Pitié-Salpêtrière, photo Alina Reyes

*

Aujourd’hui mon rendez-vous pour la séance de radiothérapie était à 13h15. Je dis ce matin à O « je ne sais pas encore si je mangerai avant, ou après ». « Mieux vaut après, me répond-il, sinon j’ai peur que ça fasse un effet micro-ondes dans ton estomac. » J’ai bien ri.

Dans les jardins de l’Allée haute, les gens pique-niquaient. La vie est belle.

*

À la Pitié-Salpêtrière

le crane du conducteur,

Le crâne du conducteur, acrylique et fil électrique sur bois

*

L’horloge de la chapelle indiquait 10h33, j’avais trois minutes de retard. Il faisait gris et froid, c’était bon de marcher vite, d’avoir remonté tout le boulevard d’un bon pas, faisant courir et chauffer le sang. O et moi avons traversé le jardin de la hauteur, désert par ce temps. De l’autre côté, nous sommes entrés directement dans le sous-sol du pavillon où j’avais rendez-vous. En fait nous avons dû patienter une bonne heure, au moins, assis dans la salle d’attente parmi des femmes, et dans les allées et venues du personnel hospitalier et de temps en temps des brancards, poussés avec leur chargement humain dans une salle ou une autre par les grandes portes. Dès le début, comme il passait au bureau où je m’enregistrais, j’avais repéré à son badge le chirurgien avec qui j’avais rendez-vous. Je le voyais encore de temps en temps sortir de son cabinet, ou y rentrer, mais pour s’occuper de quelqu’un d’autre puisque je n’étais pas encore appelée. « C’est Kafka à l’hôpital », ai-je dit en riant à O. Et nous avons parlé de sa parabole sur la Loi, avec l’homme qui attend toute sa vie devant la porte, et aussi d’un texte de Jacques Lacarrière où il raconte que Yunus Emré, s’étant sur son chemin arrêté chez un maître soufi, y fut laissé à la porte trois nuits durant, pour éprouver sa patience, avant d’être admis à passer quelque temps dans la confrérie, une sorte de monastère dans le désert.

Je regardais toutes ces femmes en attente, très paisibles, et toute l’agitation de l’hôpital, paisible aussi, et je trouvais toutes ces personnes très belles, j’aurais aimé faire des photographies. O m’a fait remarquer que les bruits de glissements des brancards et les bruits de pas sur le sol lisse rappelaient la façon dont Jacques Tati avait traité les sons dans Playtime ou dans Mon oncle. C’était un bon moment.

Finalement, le chirurgien m’a appelée, par la petite porte, celle des debouts. Je l’ai regardé scruter les mammographies, les anciennes et les dernières. Il m’a demandé ce que m’avait dit le médecin, sans doute voulait-il savoir s’il devait m’annoncer que la tumeur était cancéreuse, ou si c’était déjà fait. Il y a une semaine, le médecin m’avait dit seulement : « il y a une anomalie », et j’avais compris qu’il évitait de prononcer le mot cancer. Je l’avais donc prononcé moi-même et il avait acquiescé. Devant le chirurgien, j’ai recommencé, il a seulement eu à acquiescer lui aussi. Je n’ai pas peur et c’est tellement mieux quand tout est clair. La petite tumeur sera retirée de mon sein dans deux semaines, ensuite il y aura un mois de radiothérapie, et cela devrait aller. Il est possible qu’une autre intervention ou que d’autres soins s’avèrent nécessaires, nous verrons bien. C’est une chance de vivre dans un pays où tout le monde peut se faire soigner. N’oublions jamais toutes les chances que nous avons. Même la maladie peut être une chance, une chance d’expérience.

Je viens de commencer à écrire ma prochaine pièce de théâtre, sur la lancée de la petite pièce que j’ai écrite la semaine dernière. C’est beau d’avancer.