Éros et Thanatos (Lewis, « Le Moine »)

 

Séance de yoga ce matin, séance de sport cet après-midi. Sans sortir, confinement oblige. Mais le corps veut sentir ses muscles, son sang. Il veut transpirer. Entre les deux, lecture du Moine de Lewis, dont voici des passages du chapitre II :

 

 

« « C’est là une étrange pensée, Rosario, » dit le prieur, en pénétrant dans la grotte.

« Vous ici, révérend père ! » s’écria le novice.

Aussitôt, se levant tout confus, il abaissa vite son capuchon sur sa figure. Ambrosio s’assit sur le banc et obligea le jeune homme de s’y placer près de lui.

« Il ne faut pas caresser cette disposition à la mélancolie, » dit-il. « D’où vient que vous envisagez sous un jour si favorable la misanthropie, de tous les sentiments le plus odieux ? »

(…)

Mon père ! » continua-t-il en se jetant aux pieds du moine, dont il pressait avec transport les mains sur ses lèvres, tandis que l’agitation pour un moment étouffait ses paroles, « mon père ! » continua-t-il d’une voix défaillante, « je suis une femme ! »

À cet aveu inattendu, le moine tressaillit. Le faux Rosario était prosterné à terre, comme attendant en silence la décision de son juge. D’une part, l’étonnement, de l’autre, l’appréhension, les enchaîna pour quelques minutes dans la même attitude, comme s’ils avaient été touchés par la baguette d’un magicien. Enfin, revenant de sa confusion, le moine quitta la grotte, et s’enfuit précipitamment vers le couvent.

(…)

« Peu m’importe, peu m’importe, » répliqua-t-elle avec véhémence ; « ou votre main me guidera au paradis, ou la mienne va me vouer à l’enfer. Parlez-moi, Ambrosio ! dites-moi que vous cacherez mon aventure, que je resterai votre ami et votre compagnon, ou ce poignard va boire mon sang. »

À ces mots, elle leva le bras et fit le geste de se frapper. Les yeux du moine suivaient avec terreur les mouvements de son arme. Son habit entr’ouvert laissait voir sa poitrine à demi-nue ; la pointe du fer posait sur son sein gauche, et Dieu ! quel sein ! Les rayons de la lune, qui l’éclairaient en plein, permettaient au prieur d’en observer la blancheur éblouissante ; son œil se promena avec une avidité insatiable sur le globe charmant ; une sensation jusqu’alors inconnue remplit son cœur d’un mélange d’anxiété et de volupté ; un feu dévorant courut dans tous ses membres ; le sang bouillait dans ses veines, et mille désirs effrénés emportaient son imagination.

« Arrêtez ! » cria-t-il d’une voix défaillante, « je ne résiste plus ! restez donc, enchanteresse ! restez pour ma destruction ! »

Il dit, et, quittant la place, il s’élança vers le monastère ; il regagna sa couche, la tête perdue, incapable d’agir et de penser.

(…)
Il se réveilla brûlant et fatigué. Durant son sommeil, son imagination enflammée ne lui avait présenté que les objets les plus voluptueux. Dans son rêve, Mathilde était devant lui, il revoyait encore sa gorge nue ; elle lui répétait ses protestations d’amour éternel ; elle lui entourait le cou de ses bras, et le couvrait de ses baisers ; il les rendait ; il la serrait passionnément sur sa poitrine, et — la vision s’évanouissait. Parfois son rêve lui offrait l’image de sa madone favorite, et il se figurait être à genoux devant elle ; il lui adressait des vœux, et les yeux du portrait semblaient luire sur lui avec une douceur inexprimable ; il pressait ses lèvres sur celles de la madone, et il les trouvait chaudes ; la figure s’animait, sortait de la toile, l’embrassait tendrement, et ses sens étaient incapables de supporter une volupté si exquise. Telles étaient les scènes qui occupèrent ses pensées pendant son sommeil ; ses désirs non satisfaits suscitaient devant lui les images les plus lascives et les plus excitantes, et il se ruait dans des joies qui jusqu’alors lui avaient été inconnues.

Il se jeta à bas de son lit, plein de confusion au souvenir de ses songes.

(…)

« Ce que je vous dis, j’avais résolu de ne vous le découvrir qu’au lit de mort ; le moment est arrivé. Vous ne pouvez avoir déjà oublié le jour où votre vie fut mise en danger par la morsure d’un mille-pieds. Le médecin vous abandonnait, déclarant ignorer le moyen d’extraire le venin ; j’en connaissais un, moi, et je n’ai pas hésité à l’employer. On m’avait laissée seule avec vous ; vous dormiez : j’ai défait l’appareil de votre main, j’ai baisé la plaie, et de mes lèvres sucé le poison. L’effet a été plus prompt que je n’avais cru. Je sens la mort dans mon cœur ; une heure encore, et je serai dans un meilleur monde. »

(…)

Il faisait nuit, tout était silence alentour ; la faible lueur d’une lampe solitaire tombait sur Mathilde, et répandait dans la chambre un jour sombre et mystérieux. Aucun œil indiscret, aucune oreille curieuse n’épiaient les amants ; rien ne s’entendait que les accents mélodieux de Mathilde. Ambrosio était dans la pleine vigueur de l’âge ; il voyait devant lui une femme jeune et belle, qui lui avait sauvé la vie, qui était amoureuse de lui, et que cet amour avait conduite aux portes du tombeau. Il s’assit sur le lit, sa main était toujours sur le sein de Mathilde, dont la tête reposait voluptueusement appuyée sur sa poitrine : qui peut s’étonner qu’il succombât à la tentation ? Ivre de désir, il pressa ses lèvres sur celles qui les cherchaient ; ses baisers rivalisèrent de chaleur et de passion avec ceux de Mathilde : il l’étreignit avec transport dans ses bras ; il oublia ses vœux, sa sainteté, et sa réputation ; il ne pensa qu’à jouir du plaisir et de l’occasion.

« Ambrosio ! oh ! mon Ambrosio ! » soupira-t-elle.

« À toi, à toi pour jamais ! » murmura le moine ; et il expira sur son sein. »

Matthew Gregory Lewis, Le Moine, trad. Léon de Wailly

Le livre est téléchargeable en plusieurs formats sur wikisource

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Tenir bon, oublier un peu, penser à la suite

 

L’OMS conseille de jouer aux jeux vidéo pendant la pandémie. C’est ce que je disais aussi après l’allocution prétentieuse de Macron dans laquelle il conseillait de lire. « Nous sommes en guerre, lisez ». Radio Paris, les bourges parlent aux bourges.

Comme si la lecture était une distraction, comme si la lecture était accessible à toute la population, et comme si ceux qui doivent vivre le confinement dans les conditions les plus difficiles, les pauvres, et même les autres, avaient forcément la tête à ça, se cultiver, comme ils disent, alors qu’ils doivent lutter pour survivre, garder leur calme face au danger couru par tous ceux qui doivent continuer à travailler, face au danger couru même en allant juste acheter à manger, face à la mort qui s’étend alors que le cynisme des gouvernants éclate à chaque instant, leur cynisme et leur incurie. Leur irresponsabilité, leur culpabilité, nous ne l’oublierons pas, et si nous n’avons pour le moment d’autre choix que de nous confiner pour les pallier, le temps viendra de régler les comptes.

En attendant, oui, jouer aux jeux vidéo, pratiquer des activités comme la cuisine ou l’exercice physique (ou la lecture pour certains, sans doute), des activités qui permettent d’oublier un peu, voilà ce que nous pouvons nous recommander les uns aux autres. Car nous avons à préserver notre santé physique, mais aussi notre santé mentale. Plus le temps passe, plus continuent à manquer masques, tests, respirateurs, etc., plus augmente le nombre de morts et de malades – y compris les malades ordinaires, dont on ignore le nombre (certainement très élevé), ceux qui restent chez eux à attendre que ça passe et à espérer que ça passe, sans aucun secours public (au moins des tests, soit pour savoir si on est contaminé, soit pour savoir si on est désormais immunisé !) – plus l’anxiété monte.

L’OMS insiste pour que les états pratiquent des dépistages massifs, mais rien ne se passe. Des paroles, des promesses, des dénis, c’est tout. Sans doute ça va finir par arriver un peu, quand beaucoup de dégâts auront été faits, beaucoup de vies sacrifiées, vies de malades et vies de soignants et autres travailleurs contaminés dans l’exercice de leur travail mal ou pas du tout protégé. Quand le pays aura été traumatisé par un long confinement et par la dramatique démonstration d’impuissance des pouvoirs publics, et qu’il lui faudra alors affronter de nouveaux dangers, politiques.

Gardons notre lucidité et gardons-nous, par exemple en jouant aux jeux vidéo, qui peuvent être tout aussi nobles que des livres, oui gardons-nous, gardons nous nous-mêmes et les uns les autres, afin d’être prêts à reconstruire.

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Journal de déconfinement (2). Voisins et enfants

J'ai pris cette photo le 31 mars 2019 au Jardin des Plantes, où les cerisiers sont sans doute en fleur aussi ces jours-ci

J’ai pris cette photo le 31 mars 2019 au Jardin des Plantes, où les cerisiers sont sans doute en fleur aussi ces jours-ci

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Dans mon immeuble, situé entre la rue Mouffetard et la place d’Italie, entre le Quartier Latin et les grands quartiers de Street Art du XIIIe arrondissement, près du Jardin des Plantes, de la Pitié-Salpêtrière et de la Grande mosquée (comme le savent celles et ceux d’entre vous qui ont vu mes photos ici au fil des ans), les gens ne sont pas riches et tout le monde ou à peu près est resté là. En fait il s’agit de deux immeubles avec une petite cour entre les deux. Côté cour, côté rue, comme on dit à peu près au théâtre. Deux immeubles vieillots, pour ne pas dire vétustes – raison pour laquelle les loyers y sont deux fois moins chers qu’ailleurs à Paris. Depuis un ou deux ans de nouvelles familles sont arrivées, plus jeunes, d’origines plus diverses, avec des enfants. Un bonheur pour moi de voir les poussettes accumulées au bas de l’escalier, de croiser de temps en temps des enfants dans l’escalier (il n’y a pas d’ascenseur).

Maintenant que nous sommes confinés nous ne nous voyons plus (il n’y a pas de balcons) mais j’entends, de l’appartement du dessous, monter la musique africaine que ma jeune voisine écoute et les comptines qu’elle passe à son adorable fillette, les mêmes que je passais à mes enfants quand ils étaient petits. Deux sortes de sons très charmants (d’autant qu’elle veille à ne pas les mettre trop forts) et que j’aime particulièrement entendre quand je fais mon yoga, se superposer à ma propre musique d’accompagnement ou bien seuls, paisibles, joyeux et pleins de vie.

Il y a aussi, au-dessus, la vieille dame de quatre-vingt-dix ans qui monte ses quatre étages vaillamment. Depuis le confinement elle ne sort plus mais O s’est assuré auprès de sa fille qu’elle avait toujours de la visite – elle n’en manque pas. Comme nous avons eu le virus, nous ne sortons, alternativement, que rarement et précautionneusement, n’étant pas sûrs, jusqu’à ces derniers jours du moins, de ne plus risquer d’être contagieux. Mais je continue à entendre aussi la vieille dame – on entend tout dans cet immeuble, comme si les murs étaient en papier – quand elle se lève vers six heures du matin, quand elle allume la lumière (oui, dans le silence j’entends parfaitement l’interrupteur de l’appartement du dessus), quand elle marche sur le parquet… La vieille dame habite ici depuis quasiment toujours, parfois elle raconte (enfin, elle racontait, avant le confinement) la vie d’il y a longtemps dans le même lieu.

Je ne vais pas parler de chacune et chacun de mes voisins mais même si je les connais peu, même si les uns ou les autres sont parfois emmerdants (comme nous pouvons l’être parfois pour eux aussi), je les aime bien, forcément. À vivre comme ça les uns à côté, au-dessus ou au-dessous des autres. Je ne peux pas dire, comme certains, que le confinement renforce les relations de voisinage, puisque chacun plus que jamais reste chez soi, au point qu’on sursaute presque quand on entend un pas dans l’escalier. Ce qui me rappelle le temps où je vivais en ermite dans ma grange et où je filais me cacher les rares fois où j’apercevais la silhouette d’un humain dans la montagne. Sauf que c’était pour préserver ma solitude alors que là l’isolement est imposé, ce qui fait toute la différence – et je suis étonnée que tant de « romantiseurs » du confinement ne la fassent pas, comme s’ils ignoraient dans leur chair la différence entre un choix délibéré et un état contraint, entre la liberté et la servitude, fût-elle consentie comme dans le cas de ce confinement sanitaire.

Ce qui me rapproche de mes voisins, dans cette situation inédite, c’est quelque chose d’invisible. Le sentiment de notre commune condition humaine. Ce sentiment qu’ils éprouvent aussi, je le sais, même s’ils ne le disent pas non plus. Ce sentiment que nous éprouvons tous, et qui s’avère plus profond quand il s’exerce de façon sensible, envers des personnes proches, et pas seulement nos proches mais les personnes que le hasard, disons, a placées dans le lieu où nous sommes aussi, que nous les appréciions ou non. C’est beau d’avoir de grands idéaux de communauté humaine, de se sentir proche de tout être humain où qu’il soit sur la planète, mais c’est assez facile ; justement, l’éloignement rend la chose facile. Moins facile est de supporter au quotidien les gens en chair et en os plutôt qu’en idéal. Nous sommes des animaux solitaires autant que sociaux, avec des variations selon les individus, les uns ayant besoin de davantage de socialisation, d’autres de davantage de solitude. Et le confinement nous rend la fréquentation d’autrui et la séparation d’autrui plus difficiles parce que non choisies, ni même imposées par une noble cause comme par exemple la lutte pour la liberté, mais seulement pour éviter, souvent dans la peur, la propagation d’une maladie.

De temps en temps, un petit enfant descend dans la cour et y tourne en rond sur son tout petit vélo sans pédales. Tout joyeux, comme le sont malgré tout les enfants. Heureusement, moi non plus je n’ai pas perdu ma joie enfantine, et nous sommes un certain nombre d’adultes dans ce cas – les adultes graves ne nous voient pas mais notre joie chasse le mal, jour après jour, instant après instant.

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Coronavirus : Onfray lamentable et autres puissants détrônés

Le pape quitte la place Saint-Pierre déserte, où il a célébré une bénédiction urbi et orbi sans personne, ce 27 mars

Le pape quitte la place Saint-Pierre déserte, où il a célébré une bénédiction urbi et orbi sans personne, ce 27 mars

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Onfray sombre plus que lamentablement dans le racisme compulsif et la haine, spectacle le plus pitoyable de tous ceux qu’on a vus jusque là déclenchés par la pandémie et la peur de la mort qu’elle suscite. Oubliez les Darrieussecq, Slimani, Dombasle, BHL, Madonna et compagnie, Onfray fait pire qu’elles toutes réunies.

Que dire de tous ceux qui s’en prennent à ceux des jeunes de banlieue qui ne se confinent pas assez mais ne disent rien de ceux des jeunes des villages ou des petites villes de province bien blanches qui font de même, ni des citadins aisés qui sont partis infester des îles, ou qui déambulent en famille dans les beaux quartiers ? Qui ne disent rien non plus du rassemblement évangélique qui a massivement propagé le coronavirus dans toute la France, jusqu’en Guyane ? Qui ne disent rien, non plus, de tous ces gens qui vivent dans des banlieues pauvres et bossent à Paris ou dans d’autres villes pour subvenir, au péril de leur vie, aux besoins vitaux de l’ensemble de la population ? Que dire de tous ceux dont cette crise révèle ou démultiplie l’indignité ? De tous ceux à qui la peur fait perdre toute raison et toute humanité ? De tous ceux qui, s’étant toujours crus maîtres, perdent pied, cœur et tête à l’idée de l’immaîtrisable ?

Si Onfray avait pris le RER régulièrement à six heures du matin pour aller au travail, comme je le fis pendant quelques mois avant d’en tomber malade, il saurait que ceux sur qui il crache sont les mêmes, ou leurs amis ou parents, que ceux qui remplissent les RER à cette heure. Ceux qui accomplissent, pour un pauvre salaire, toutes les tâches ingrates qu’il ne voudrait pas accomplir. Sans eux, il ne pourrait pas vivre. L’inverse n’est pas vrai, pourtant ils ne l’ont jamais agressé, eux. Mais pourtant n’est pas le mot qu’il faut. Onfray insulte les pauvres, il n’y a pas à dire que pourtant ils ne lui ont rien fait. Car dans le monde d’Onfray, dans son monde de dominants, de petits maîtres, il n’y a aucune sorte de réciprocité entre privilégiés et défavorisés. Onfray comme ses pareils a bien de la morgue, mais aucune dignité.

La morgue des puissants en prend un sacré coup, en ce moment. Voyez les gouvernements débordés, les chefs d’État qui n’en peuvent mais, les religieux ramenés à leur juste mesure de petits humains obligés de se plier aux exigences de la survie et d’admettre sans le dire que leur construction de domination ne vaut rien, qu’un virus suffit à vider aussi bien La Mecque que le parvis de Saint-Pierre de Rome, que Dieu ne les préfère ni à d’autres humains, ni à d’autres vivants en cet univers.

 

La-Mecque-vide

Force de l’esprit vs mécanique du crime

Jésus marchant sur les eaux, par Gustave Doré

Jésus marchant sur les eaux, par Gustave Doré

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« Arrachez de votre île ces pestes publiques, ces germes de crime et de misère. Décrétez que vos nobles démolisseurs reconstruiront les métairies et les bourgs qu’ils ont renversés, ou céderont le terrain à ceux qui veulent rebâtir sur leurs ruines. Mettez un frein à l’avare égoïsme des riches ; ôtez-leur le droit d’accaparement et de monopole. Qu’il n’y ait plus d’oisifs pour vous. Donnez à l’agriculture un large développement ; créez des manufactures de laine et d’autres branches d’industrie, où vienne s’occuper utilement cette foule d’hommes dont la misère a fait jusqu’à présent des voleurs, des vagabonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose.
Si vous ne portez remède aux maux que je vous signale, ne me vantez pas votre justice ; c’est un mensonge féroce et stupide. » Thomas More, L’Utopie, trad. Victor Stouvenel

Par la fenêtre de mon ordinateur, j’observe et j’enquête. Comme aux questions « Qui a tué le petit Grégory ? » ou « Qui a tué John Kennedy ? », à la question du crime en lui-même il faut trouver des éclaircissements et des réponses. Le crime est là où sont les appâts du gain, du pouvoir, de la vanité, là où l’on se complaît dans leur bourbier verni.

Par la fenêtre de mon appartement, j’écoute crier un invisible vol de mouettes. Grâce au yoga, ma respiration est lente et calme (12 à 13 cycles à la minute assise à mon bureau, 9 la nuit couchée dans mon lit), ma tension basse (11), mon esprit, dans tout cet espace-temps libéré, rapide et paisible. « Le yogi, dit Iyengar, mesure la durée de sa vie non pas en nombre de jours mais en nombre de respirations. Puisque dans le pranayama la respiration est allongée, cela prolonge la vie. »

Le monde est l’un de ces Titanic dont nous ne voulons plus, pollueur et vain, insuffisamment pourvu en canots de sauvetage, sauf pour les plus riches. Et ce sont les pauvres, les travailleurs, toutes celles et ceux qui, au péril de leur santé ou de leur vie, sont à l’œuvre sur de petits bateaux, qui sont en train de l’empêcher de couler. Que celles et ceux qui sont confinés renforcent leur esprit pour le jour de chaque jour et pour celui du retour. Car les riches, les gâtés, n’ont pas de force d’esprit, ils ne peuvent sauver qu’eux-mêmes, ou même pas eux-mêmes. Pour que leur pesanteur ne fasse pas couler l’humanité, nous avons à rassembler toute notre vitalité.

Le yoga est une danse, dit Travis Eliot. Par la danse de l’esprit et du corps, nous avons pouvoir de marcher sur les eaux.