« et sous ce prétexte commode »… Mathieu Gallet évincé

c215 rsfce matin à Paris 13e, photo Alina Reyes

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Rien ne va plus entre Macron et Gallet ? Nyssen est décidément si zélée à servir les intérêts de qui l’a mise en place, comme en met en place les couvertures en vitrine… Les journalistes de Radio France sont très inquiets, les auditeurs devraient l’être aussi. Dom Juan, acte V, scène 2 : « Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel, et, sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d’impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets » (tirade dite de l’hypocrisie). Macron s’est fait élire par les médias. Aussitôt élu, il est entré en guerre contre les journalistes. Il les lui faut sans doute encore plus à sa petite botte. Bah.

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Le cœur gros, le cœur heureux

Où l'Oise rejoint la Seine, les maisons ont les pieds dans l'eau

Où l’Oise rejoint la Seine, les maisons ont les pieds dans l’eau et l’eau surgit aussi à l’intérieur des terres

 

Dans le RER de retour, j’avais un peu le cœur gros comme, ces jours-ci, la Seine et l’Oise réunies sur mon chemin. D’avoir quitté mes amours d’élèves. Et j’étais bienheureuse, parce que ce fut du temps excellent, tout le temps que j’ai passé avec eux depuis septembre. Un dernier cours sur Dom Juan, et je leur ai donné avant de partir un extrait d’Antigone de Sophocle. Je leur ai dit de ne pas trop croire aux classifications, je leur ai montré comment une grande œuvre y échappe (c’est une façon de leur faire comprendre que chacun d’eux aussi est une grande œuvre qui ne doit pas se laisser classifier, ne pas devenir une classe morte). Voilà, ce qui a été dit depuis cinq mois  a été dit, et ils ne sont pas des terres infertiles, cela poussera, à sa façon d’herbe sauvage, je ne demande pas mieux. Voilà, je m’en vais, le cœur gros, le cœur heureux : tout passe, tout flue.

la Seine en aval de Paris, débordant sur ses berges

la Seine en aval de Paris, débordant sur ses berges

Entre deux cours, corrigeant mes dernières copies, j’ai partagé la petite salle attenante à la grande salle des profs avec une prof qui faisait un cours particulier de soutien, sans doute, à deux élèves. J’étais ravie de l’entendre parler d’Épicure et d’Alain, du fait qu’il y a plus de satisfaction à construire soi-même sa cabane qu’à vivre dans un palais parce qu’on est riche, que le travail peut rebuter parce qu’il est dur mais qu’il est essentiel parce qu’il donne la satisfaction d’accomplir quelque chose, et même de s’accomplir. Mon cœur bondissait, je me disais, mais elle est super cette prof de lettres ! que ne l’ai-je rencontrée plus tôt ! Puis j’ai compris que c’était en fait une prof de philo. Je me suis dit que je faisais peut-être erreur en enseignant la littérature, que ce que je voulais enseigner c’était peut-être plutôt la philo, que c’était pourquoi j’étais consternée par le manque de sens que je voyais dans l’enseignement de la littérature. Et puis je me suis donné raison : car qu’est-ce que la littérature, qu’est-ce que la poésie, si elles ne sont pas des formes de la philosophie ? D’ailleurs la philosophie a commencé en étant de la poésie (voir les Présocratiques), et Nietzsche par exemple est un poète, les grands philosophes sont des écrivains et des poètes – voilà une excellente façon de les distinguer des faux philosophes. Et c’est cela qui intéresse les élèves, c’est ce qu’il faut leur enseigner, dès l’école primaire, peut-être même avant. Je me sens prête à tout révolutionner, et nous sommes nombreux.

la Seine ce matin très tôt à Paris

la Seine ce matin très tôt à Paris

ce matin et cet après-midi, du bus et du RER, photos Alina Reyes

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Antisémitisme, l’éternel retour

J’ignorais que Renaud Camus, Alain Soral, Dieudonné, les ultras de la Lazio de Rome, les pangermanistes autrichiens et autres fachos nationalistes européens, étaient musulmans. Et pourquoi pas Antoine Gallimard, qui voulait rééditer les pamphlets de Céline, ou Françoise Nyssen, qui voulait commémorer Maurras ? Car d’après Antoine Gallimard, « aujourd’hui, l’antisémitisme n’est plus du côté des chrétiens mais des musulmans, et ils ne vont pas lire les textes de Céline. » Cette déclaration parfaitement raciste (pourquoi les musulmans ne liraient-ils pas Céline ?) révèle une fois de plus combien sont proches l’antisémitisme et l’islamophobie. L’antisémitisme, qu’il soit de culture chrétienne ou de culture islamique, est d’abord le signe d’une haine de soi, christianisme et islam ayant pour source le judaïsme. Que bien des gens issus du christianisme et de l’islam aient des raisons de se haïr, cela se comprend aisément quand on sait la pression et les abus que ces religions, comme le judaïsme et sans doute toutes les religions, peuvent exercer sur les êtres humains. La tartufferie de Gallimard et de Nyssen est, comme la haine, une tradition bien chrétienne aussi, bien de toutes les religions aussi. Une saloperie, très répandue sous le masque de l’honorabilité.

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Amateur d’indépendance et de plein air : Shawn James et sa cabane en forêt

Le gars a construit sa cabane au Canada en six mois, seul, comme on le voit dans ce timelapse. Du bel et bon travail. Dans la deuxième vidéo, il s’est filmé au cours des quelques jours qu’il vient d’y passer. De la belle et bonne vie, grandiose à mon sens – j’ai vécu de telles choses et j’en revivrai si Dieu le veut : ce qui est bon, c’est de vivre beaucoup de vies en une, et parmi toutes ces vies, la vie sauvage et solitaire, l’une des toutes meilleures, doit avoir sa place, ne serait-ce qu’un peu de temps (car dans cette vie le temps n’a plus la même valeur, il est quasiment de l’ordre de l’éternité).

Pour en savoir plus, son site

Et n’oublions pas la littérature : Walden ou la vie dans la forêt (un passage du livre de Thoreau dans ma traduction, contant son énorme joie de vivre dans sa cabane, construite aussi de ses mains)

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