Mobile home

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7,8,

 Mobile en cartons à pizza industrielle peints à l’acrylique et vernis, reliés par un fil d’or. Comme c’est très léger, ça bouge tout le temps, faisant jouer les deux faces de chaque pièce les unes avec les autres.

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Continuant à faire ce rêve récurrent depuis des décennies, dans lequel je découvre toujours de nouvelles pièces, insoupçonnées, dans l’appartement ou la maison où j’habite.

Médecine de la mort

Bernard Kouchner, qui est favorable à l’euthanasie, ne veut pas employer ce mot, a-t-il dit à la radio, parce qu’on y entend « nazi ». Bel aveu. Où va la médecine ? Aujourd’hui beaucoup de gens n’ont pas les moyens de se faire soigner pour des maladies courantes, d’aller chez le dentiste ou de changer de lunettes, mais la médecine de la mort est gratuite. Une personne en souffrance psychique peut demander, y trouvant un moyen de se quitter elle-même, à changer de sexe : les traitements hormonaux et chirurgicaux sont pris en charge à 100 % par la sécurité sociale, sans respect d’une aide préalable, d’un accompagnement et d’un soin pour la souffrance psychique – bien que ces traitements hormonaux et chirurgicaux soient particulièrement dangereux pour la santé physique, et trop souvent n’apaisent que temporairement des personnes qui finissent, une fois faites les transformations, par se suicider. Il y a là un énorme scandale, mais comme il est politiquement correct, personne n’en parle.

Sosies

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photo Alina Reyes

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D’abord j’ai vu l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk, que j’étais un jour allée écouter parler, assis sur le trottoir devant la boulangerie, un accordéon posé à côté de lui, en train de faire la manche. Mince alors, que fait-il là ? ai-je pensé, en le regardant attentivement – sur quoi, il m’a adressé la parole, pour me demander une pièce. J’ai bien dû me rendre à la raison, malgré la silhouette, malgré la barbe, malgré le visage, malgré le maintien, malgré le chapeau, malgré le costume similaires, ce ne pouvait être qu’un autre.

Puis voici que, marchant sur l’avenue, je vois droit devant moi le visage du fameux écrivain Jim Harrison s’afficher sur un panneau de la ville de Paris. Le temps que j’arrive près du panneau, l’affichage a tourné plusieurs fois, mais chaque fois j’ai vu réapparaître le vieux Jim, un petit peu retouché pour être moins abîmé, m’a-t-il semblé. Quand je suis arrivée juste sous le panneau, je me suis arrêtée le temps que revienne son tour dans le roulement. C’est alors que j’ai dû bien admettre qu’il s’agissait en fait d’un autre, puisque ce visage illustrait une campagne municipale pour les droits des SDF.

Si ce n’est nous-même, notre autre en nous est bien peu de chose.

Enterrement, déterrement

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photos Alina Reyes

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Je suis allée faire un tour en librairie, voir s’il sortait quelque chose. Rien vu. Que de la littérature sans poésie, c’est-à-dire de la littérature morte.

Pourtant la poésie, elle, ne peut pas mourir. C’est donc qu’elle est quelque part où on ne la voit pas toujours. Je la vois par exemple sur les murs de la ville. Et je la vois prête à refleurir aussi dans la littérature. Qui sait de quelle terre elle sortira ?

Taureaux

Rêvé de taureaux. L’un, jeune et sans cornes, dans son caprice de jeunesse me poussait du front dans notre forêt, et cela ne m’inquiétait guère quoiqu’il fût déjà extrêmement costaud, simplement je me mettais sur le rocher qui le surplombait. L’autre était chez moi, à l’intérieur, au plus intime, un énorme et très puissant taureau au pelage fauve et aux grandes cornes, tout en muscles et paisible.