Émile Zola, La Fortune des Rougon

J’ai lu que l’une des étudiants tués le 13 novembre aimait particulièrement Zola. J’y pense en relisant (pour préparer l’agrégation) l’excellent roman La Fortune des Rougon, où il est question aussi de jeunesse sacrifiée. Je lui dédie ce passage, ainsi qu’à toutes les victimes de cette nuit de mort.

*

Quand tous deux ils nageaient sans bruit, Miette croyait voir, aux deux bords, les feuillages s’épaissir, se pencher vers eux, draper leur retraite de rideaux énormes. Et les jours de lune, des lueurs glissaient entre les troncs, des apparitions douces se promenaient le long des rives en robe blanche. Miette n’avait pas peur. Elle éprouvait une émotion indéfinissable à suivre les jeux de l’ombre. Tandis qu’elle avançait, d’un mouvement ralenti, l’eau calme, dont la lune faisait un clair miroir, se froissait à son approche comme une étoffe lamée d’argent ; les ronds s’élargissaient, se perdaient dans les ténèbres des bords, sous les branches pendantes des saules, où l’on entendait des clapotements mystérieux ; et, à chaque brassée, elle trouvait ainsi des trous pleins de voix, des enfoncements noirs devant lesquels elle passait avec plus de hâte, des bouquets, des rangées d’arbres, dont les masses sombres changeaient de forme, s’allongeaient, avaient l’air de la suivre du haut de la berge. Quand elle se mettait sur le dos, les profondeurs du ciel l’attendrissaient encore. De la campagne, des horizons qu’elle ne voyait plus, elle entendait alors monter une voix grave, prolongée, faite de tous les soupirs de la nuit.

*

Écritures de l’autre hémisphère


Lire et écrire en Chine et au Japon, par Jean-Noël Robert

La force allusive des images dans la poésie chinoise, par Ivan Ruviditch
*
Une vision de l’être et du monde qui rappelle celle des « physiologues » ou Présocratiques, et notamment la voie héraclitéenne.

S’instruire (l’antidote à la destruction)

9l’un de mes cahiers de notes, ce soir

*

Instruire et détruire ont la même racine, et des préfixes opposés. Cette racine est aussi celle de construire (préfixe cum, qui signifie avec, alors qu’in-struire est structurer l’intérieur). Également, d’instrument, celui de la structure – et de l’italien strada, de l’anglais street, de l’allemand strasse, car il est bon d’avoir des rues entre les constructions, elles en font partie. (Renseignements étymologiques que l’on peut trouver tout simplement dans un dictionnaire Petit Robert – le mien date de 2003).

Il est possible de suivre des cours et conférences de haut niveau et en toutes sortes de domaines en vidéo sur le site du Collège de France, sur celui de l’École Normale Supérieure, et sur Canal-U, la vidéothèque numérique de l’Enseignement supérieur. Le luxe est gratuit.

*

Journée d’accueil des doctorants à la Sorbonne

1

« Construire ensemble un espace commun qui transcende les disciplines », a dit Thierry Tuot, président de Sorbonnes Universités. « Nous sommes en train d’inventer une Université qui part des sciences académiques pour aller vers celles qui n’existent pas encore. »

5

Et aussi : « Nous contribuons au progrès social, nous essayons de rayonner dans le monde entier, d’être à l’avant-garde de l’innovation. »

2

Pierre Demeulenaere, directeur du collège doctoral, après avoir rapidement rappelé l’histoire de la Sorbonne, de ses origines médiévales à sa division actuelle en dix établissements différents, a souligné la nécessité de remédier à cette singularité négative française que le doctorat y est concurrencé par des diplômes de grandes écoles, alors que partout ailleurs dans le monde il est considéré comme le diplôme le plus important. Il a aussi insisté sur le désir du collège doctoral de favoriser la recherche interdisciplinaire – ce que je trouve très précieux et encourageant.

6

Bertrand Meyer, vice président délégué aux équipes de recherche, nous a répété : « Vous allez prendre beaucoup de plaisir à faire fonctionner votre cerveau pendant trois ans. »

7

Bien d’autres choses ont été dites, et je n’ai pas assisté aux interventions de l’après-midi, mais ce matin était un beau moment, avec bien sûr un hommage aux tués de vendredi dernier, que nous avons été chargés de porter collectivement en faisant, pour ceux d’entre eux qui étaient étudiants, ce qu’ils auraient pu faire. Comme l’a dit Barthélémy Jobert, président de la Sorbonne : « savoir, liberté de pensée, dialogue, ouverture aux autres, sont la réponse. »

8ce matin à la Sorbonne, Grand amphithéâtre et péristyle, photos Alina Reyes

*

Zbigniew Herbert, « Le labyrinthe au bord de la mer »

giottoGiotto, L’expulsion des démons d’Arezzo (détail)

*

Quelqu’un a dit fort justement que ce n’est pas nous qui lisons Homère, regardons les fresques de Giotto, écoutons Mozart, mais Homère, Giotto et Mozart qui nous regardent, nous écoutent et constatent notre vanité et notre bêtise. Les pauvres utopistes, les débutants de l’histoire, les incendiaires de musées, les liquidateurs du passé sont pareils à ces insensés qui détruisent les œuvres d’art car ils ne peuvent leur pardonner leur calme, leur dignité et leur froid rayonnement.

(traduit du polonais par Brigitte Gautier)