Extraits de « Demian », de Hermann Hesse, et choses vues

Le mois dernier en train de jouer quelques notes de Tchaïkovski au château d'Ermenonville, photographiée par O

Le mois dernier en train de jouer quelques notes de Tchaïkovski au château d’Ermenonville, photographiée par O

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C’est un roman de Hermann Hesse que je n’avais pas encore lu, alors que j’ai récemment relu Siddharta et Le Loup des steppes, et qui m’a donné envie de relire Le Jeu des perles de verre et Narcisse et Goldmund, lus la première fois comme les deux précédents il y a très longtemps. Hesse parle et parlera à toutes les générations, il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour le lire. Il donne force et courage, incite à la grandeur d’âme et à la profondeur d’esprit.

« Il ne ressemblait pas à un élève qui fait un devoir, mais à un chercheur qui poursuit un problème personnel. »

« Les gens courageux, les gens qui ont une forte personnalité, sont toujours peu rassurants. »

« C’était dans la rue, devant notre maison. Il était debout, un calepin à la main, en train de dessiner. Il dessinait le vieux blason avec l’oiseau qui se trouvait au-dessus de notre porte. Et moi, à une fenêtre, caché derrière le rideau, je le regardais, et, avec un étonnement profond,, je considérais son visage attentif, froid et serein, tourné vers le blason, avec l’expression d’un homme, d’un chercheur ou d’un artiste, d’un être supérieur, d’un être de volonté, – visage étonnamment froid et serein, avec des yeux de voyant. »

« Il ne me parut ni vieux ni jeune, mais âgé de mille ans, ou plutôt, sans âge, portant l’empreinte d’autres cycles que ceux vécus par nous. Des animaux peuvent avoir cet air-là, ou des arbres, ou des étoiles, je ne sais. Je ne sentis pas d’une façon distincte ce que, tant d’années après, je raconte maintenant, mais quelque chose d’approchant. Peut-être était-il beau, peut-être me plaisait-il, peut-être m’était-il antipathique, aussi ; là encore, je n’aurais pu me prononcer. Je vis seulement qu’il était autre que nous. Il ressemblait à un animal, ou à un esprit, ou à une image, je ne sais, mais il était autre, inexprimablement autre que nous tous. »

« Seule la pensée que nous vivons a une valeur. »

« Le véritable Demian était celui que je contemplais en ce moment : de pierre, antique, animal, beau et froid, pétrifié, inanimé et secrètement plein d’une vie mystérieuse. »

« Ses mains étaient étalées devant lui sur le pupitre, immobiles et sans vie, comme des objets, des pierres ou des fruits, non pas molles, mais semblables à de fermes enveloppes dissimulant une vie forte et profonde. »

« Des hommes comme vous et moi sont bien solitaires, mais ils possèdent la compensation secrète d’être autres, de se rebeller, de vouloir l’impossible. À cela aussi il faut renoncer quand on veut parcourir son chemin jusqu’au bout. Il faut arriver à ne vouloir être ni un révolutionnaire, ni un exemple, ni un martyr. C’est inconcevable. »

« J’étais heureux qu’un homme eût vécu qui avait suivi sa propre voie aussi inflexiblement. »

« Auparavant, je m’étais souvent demandé pourquoi un homme est si rarement capable de vivre pour un idéal. Maintenant, je constatais que beaucoup d’hommes, que presque tous sont capables de mourir pour un idéal, à condition toutefois qu’il ne soit pas personnel, librement choisi, mais commun à tous. (…) J’en vis beaucoup, vivants et mourants, se rapprocher magnifiquement de la volonté de la destinée. Un grand nombre d’entre eux avaient, non seulement au moment de l’attaque, mais constamment, ce regard ferme, lointain, absorbé, qui ignore tout des buts et exprime l’abandon complet à une destinée hors du commun. Ceux-là pouvaient penser ou croire ce qu’ils voulaient : ils étaient prêts, ils étaient utilisables ; c’est d’eux que surgirait l’avenir. »

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choses vues 12-minCes jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Harry Potter et le Loup des steppes

Hermann Hesse

Hermann Hesse

Harry Potter

Harry Potter

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Dans Le Loup des steppes, histoire d’un personnage double et en fait multiple, le personnage nommé Harry Haller est un double de l’auteur, Hermann Hesse, qui se reflète aussi dans les deux autres personnages principaux dont le nom commence par H, Hermine et Hermann. Tout se déroule dans un « théâtre magique ».

Harry Potter n’est-il pas une sorte de « Harry nouveau, chétif et juvénile », dont parle Hermann Hesse après la rencontre du porteur de lunettes Harry Haller avec Hermine ? Hermine qui sait tout et qui lui donne des ordres, comme Hermione dans Harry Potter est autoritaire et surnommée « mademoiselle-je-sais-tout ». J.K. Rowling a dit récemment qu’il ne fallait pas prononcer Hermione Her-my-own mais Her-my-knee. C’est-à-dire, si je ne me trompe, comme Hermine en anglais (quoique son Hermione doive prétendument son nom à celle du Conte d’hiver de Shakespeare).

Et bien sûr, la saga Harry Potter se déroule dans une sorte de « théâtre magique » comme Le loup des steppes. On pourrait parler aussi de l’acceptation de la mort par Harry Potter comme par Harry Haller, de leur environnement sombre, maléfique, du thème de l’exclusion… et sans doute trouver d’autres correspondances entres les deux œuvres, comme la vision dans le miroir : avis aux lecteurs d’Harry Potter, qu’ils lisent Le Loup des steppes ! Une foule d’influences littéraires ont été relevées pour tel ou tel détail de la saga de J.K. Rowling. Le Loup des steppes n’est mentionné nulle part. S’il a influencé l’écriture de Harry Potter, c’est à sa racine-même. Saluons alors le talent de J.K. Rowling, d’avoir tiré d’un chef-d’œuvre absolu une œuvre puissante aussi à sa façon, même si sa « pierre philosophale » n’atteint pas la qualité, la profondeur de la pensée de Hesse.

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