Notre arbre

Photo Alina Reyes

 

Le temps était venu où son visage
subissait dans des salles obscures
les dernières injures. Des hommes
applaudissaient. D’autres jetaient
sa dépouille ligotée à l’étal des vitrines.
Il faisait rutiler ses saletés, le monde.
Le monde mourait de grande bouffe
acquise à même ses égouts. Et la parole
était jour après jour défigurée
par des faussaires aux yeux en manque.

 

Pur désir du pur amour, ne hurlais-tu
en moi de douleur pour notre arbre,
l’enfance de notre âme insultée,
la vérité laissée à ses froids tortionnaires ?
Elles chuintaient, les fourches des serpents,
et la mort essayait d’attraper les petits.

 
Pur désir, pur amour, notre arbre relevé,

du ciel tu penches doucement ton visage,

que sa bonté, que sa beauté paraissent

à qui daigne lever la tête et l’incliner très bas

en te voyant si bas descendre, ô notre grâce,

afin que nous puissions monter, fleuris de blanc,

nouveau-nés par le sang et par l’eau

versés de ton coeur dans le nôtre,

au trône de tes bras ouverts.

 

La porte du ciel

au jardin des Plantes, à Paris. Photo Alina Reyes

 

Il s’apprête. Ses yeux dans le ciel ouvrent la fenêtre, d’où descend, blanc ruban dans le bleu, sa voie.

Sur terre, les animaux, les océans frémissent. La rouille des vaisseaux fantômes ensanglante les eaux. Une toute jeune femme sent dans son ventre clair bouger le Fils de l’homme sur le point d’entrer dans la cité. Au milieu des métros elle lève la tête : voici, elle voit dans la voûte la lumière passer par sa fenêtre ouverte.

Les enfants jouent, les époux s’enlacent, les esseulés chantent. Je suis le Dieu Vivant, disent leurs courses, leurs chairs, leurs voix.

Mon corps est la cité céleste où vous vivez, en plein sur terre.

 

l’amour au jardin

au jardin des Plantes, à Paris. Photo Alina Reyes

 

Au jardin les arbres fleurissent, les amoureux s’embrassent.

Qui a commencé ? Les arbres, ou les amoureux ?

Leurs baisers sont des brassées de fleurs qu’ils se donnent à manger l’un à l’autre.

Leurs fleurs sont des baisers que le ciel nous fait. Les arbres dans leur tronc, dans leurs branches, s’en réjouissent comme l’homme en ses membres embrassant sa fiancée.

Verticale ouverte, j’embarque et monte du secret à l’ardente lumière les arbres et les hommes.

 

Voyage

ce vendredi au jardin. Photo Alina Reyes

 

La consommation ne promet rien ; la consommation consomme peu à peu l’être de ceux qui consomment.
La thésaurisation ne promet rien ; la thésaurisation enterre peu à peu la vie de ceux qui thésaurisent.
La drogue ne promet rien ; la drogue drogue.

L’arbre promet la fleur, la fleur promet le fruit, le fruit nourrit l’homme et l’oiseau en l’homme, et puis la graine tombe en terre et se met à promettre le ciel.

 

la vie, vs les veaux en métal fondu

Lumière du matin à la Pitié-Salpêtrière. Un errant fait halte sur la promenade haute. Photo Alina Reyes

 

« Vous, comment auriez-vous la capacité d’avoir la foi, en prenant gloire et pensée les uns des autres, au lieu de les chercher d’auprès du seul Dieu ? »
Évangile selon Jean, chapitre 5, verset 44, dans ma traduction.

Depuis le dix-neuvième siècle, le culte des saints s’est transformé en idolâtrie. La petite Thérèse, qui voulait devenir une grande sainte, est devenue la reine des idoles, dont on promène des bouts d’os en procession. Elle ne savait pas qu’il ne faut pas vouloir devenir saint, mais aspirer à la sainteté non pour la sainteté mais pour la dépasser dans l’union avec le Ciel. Ce phénomène d’idolâtrie continue de gangrener le catholicisme, qui compte de moins en moins de grands saints et de plus en plus de saints mineurs – combien Jean-Paul II en a-t-il inventé ?, lesquels sont proposés à l’idolâtrie sans yeux de faux croyants de plus en plus nombreux, quand la vrai foi est de plus en plus rare.

Je ne vois pas d’idolâtrie autour de François d’Assise, de Thérèse d’Avila ou des Pères. Le culte d’une multitude de saints dans le passé n’était pas non plus une idolâtrie au sens moderne du terme, avec le sentimentalisme stupide et dégoulinant qu’elle comporte, corollaire d’une haine secrète et violente à l’égard du Chemin, de la Vérité et de la Vie.

Le Christ renvoie toujours au « seul Dieu » et toujours se dérobe à tout ce qui voudrait faire de lui, si peu que ce soit, une idole. D’où son problème avec les hommes.

L’homme en union avec le Ciel se voile pour Le révéler.