Zen : une méthode, une énigme, une illumination (avec Alan Watts et des maîtres)

Un taureau nommé Espoir, que je pris un jour par les cornes (pas de métaphore dans cette légende, seulement la réalité)

 

zen« Le Zen n’essaie pas d’être intelligible, c’est-à-dire capable d’être compris par l’intellect. Sa méthode consiste à surprendre, déconcerter, stimuler, dérouter et épuiser l’intellect jusqu’au moment où nous prendrons conscience que l’intellection n’est que réflexion sur quelque chose ; de même qu’à exaspérer, irriter et épuiser les facultés émotionnelles jusqu’au moment où nous prendrons conscience que l’émotion se résume en une sensation « de » quelque chose. Ainsi, lorsque l’adepte se trouvera devant une impasse intellectuelle et émotionnelle, le Zen lui permettra de jeter un pont entre un contact indirect et conceptuel avec la vérité et un contact direct. À cet effet, il fait appel à une faculté supérieure de l’esprit connue sous le nom d’intuition ou Buddhi ou encore « Œil de l’Esprit ». En somme, l’objet du Zen consiste à diriger notre attention sur la réalité même et non sur nos réactions intellectuelles et émotionnelles à cette réalité – la réalité étant cette chose en perpétuel changement et devenir, cette notion indéfinissable connue sous le nom de « vie », dont le cours ne s’interrompt pas un seul instant afin de nous permettre de l’adapter selon notre convenance à un système rigide de fichiers et d’idées.

(…) Il est impossible d’enfermer le Zen dans une « ilogie » ou un « isme », quel qu’il soit. Il est vivant et ne peut de ce fait être disséqué et analysé comme un cadavre. Par conséquent, s’il subsiste en nous quelque incertitude quant au bon sens des maîtres zen, accordons-leur tout d’abord le bénéfice du doute et supposons que leur dédain absolu de la logique recèle une certaine sagesse. Wu Tsu dit par exemple : « Prenons une illustration de fable. Une vache passe par une fenêtre. Sa tête, ses cornes et ses pattes passent aisément, seule la queue ne passe pas. Pourquoi ? » Citons aussi l’histoire du moine qui aborda Chao-chou en ces termes : « Je viens d’arriver au monastère. Pourriez-vous, s’il vous plaît, me donner quelque enseignement ? » Le maître lui dit simplement : « Avez-vous déjà pris votre petit déjeuner ? » Le moine s’empresse de dire : « Oui, Seigneur », sur quoi Chao-chou se contenta de répondre : « Eh bien ! Allez donc laver votre bol. » On prétend qu’à la suite de cet entretien le moine atteignit l’Illumination. »

Alan Watts, L’esprit du Zen

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Un taureau nommé Espoir, que je pris un jour par les cornes (pas de métaphore dans cette légende, seulement la réalité)

Un taureau nommé Espoir, que je pris un jour par les cornes (pas de métaphore dans cette légende, seulement la réalité)

En fait, la fable de Wu Tsu ne témoigne en rien d’un « dédain absolu de la logique » – elle ne paraît le faire qu’à ceux qui, tel Watts et à sa suite, n’ont pas cherché la réponse (lire ne consiste pas seulement à comprendre ce que dit l’auteur, mais aussi à ne pas le suivre aveuglément ; il se peut que Wu Tsu n’ait pas envisagé qu’il pouvait y avoir une réponse à sa question, mais rien ne le prouve ; celui qui entend la fable est déstabilisé par son apparente absence de logique, mais l’illumination consiste à trouver une stabilité dans l’instable, comme dans maintes postures du yoga ; d’ailleurs samâdhi, le mot sanskrit qui désigne l’accomplissement, l’illumination, vient d’une racine qui signifie l’établissement – l’établissement de quoi, sinon de la vérité ?) Aussitôt l’énigme lue, j’ai trouvé la solution, j’ai vu pourquoi la queue de la vache ne peut pas passer par la fenêtre. L’explication est très simple, rationnelle, logique et bien ancrée dans la réalité (on pourrait la démontrer avec une fenêtre et une vache réelles). Je vous laisse la trouver aussi. En lavant votre bol, par exemple, une main dedans, l’autre dehors. Allez, à votre illumination, à votre délivrance du jour !

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