Christ aux cheveux verts

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"Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang" Acrylique sur bois (isorel) 74x42 cm

« Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang » Acrylique sur bois (isorel) 74×42 cm


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En écrivant cette icône, j’ai songé que le maintien de la fermeture des parcs et jardins en Ile-de-France, malgré les demandes d’ouverture d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse, et alors que rouvrent centres commerciaux, écoles, bureaux, chantiers, transports en commun, lieux de culte avec autorisation de cérémonies…, et alors que les études montrent que la pandémie se transmet essentiellement dans les lieux clos, est une mesure de coercition de type fasciste, totalitaire : une mesure contre la vie, contre la liberté, contre le bonheur.

J’aurais pu intituler cette icône « la multiplication des pains », avec cette chair du Christ changée en myriades d’hosties. Mais ce qui est essentiel, c’est que cette figure soit encadrée de vert et d’or. En ce jour d’Ascension, une façon de s’élever pour voir d’en haut que la vie et la lumière sont nos véritables trésors, avec l’amour rendu par la libéralité du don de soi, un soi aux mesures de l’univers et en communion avec lui.

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L’unité de l’être dans la Bhagavad-Gita, hymne révélé de l’hindouisme

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J'ai terminé ma peinture (acrylique sur toile 40x50 cm), et je l'ai intitulée "Oreille interne". Puis j'en ai commencé une autre

J’ai terminé ma peinture (acrylique sur toile 40×50 cm), et je l’ai intitulée « Oreille interne ». Puis j’en ai commencé une autre


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« La connaissance grâce à laquelle on ne voit qu’un être unique, indivisible et impérissable en tous les êtres, aussi distincts soient-ils les uns des autres, sache qu’elle est pure et clairvoyante. » (20)

« Les humains touchent au but suprême lorsque, par leurs actes, ils honorent celui qui engendre les vivants et qui sous-tend le monde. » (46)

« Car le Seigneur, ô Arjuna, présent au cœur de tous les êtres, les anime par sa puissance, comme s’ils étaient mus par un mécanisme. » (61)

« Prends refuge en lui seul, ô descendant des Bharata, de tout ton être.
Par sa grâce, tu éprouveras la grâce infinie du séjour éternel. » (62)

Ces versets du Chant XVIII de la Bhagavad-Gita comptent parmi ceux qui indiquent que l’hindouisme est loin d’être le polythéisme qu’on croit trop souvent, faute de l’avoir étudié avec intelligence, et surtout, de l’avoir pratiqué d’une façon ou d’une autre. Ce texte fonde ma pratique du yoga, tout autant que ma pratique du yoga me conduit à l’intelligence de ce texte.
Le savoir sans la pratique est un faux savoir. Ou, pour le dire de façon imagée : le savoir sans la pratique est une charrue sans bœufs. Quelle sorte de savoir peut avoir celui ou celle qui regarde une charrue sans avoir jamais vu ni senti labourer la terre ? La même sorte que celui ou celle qui prend des vessies pour des lanternes. Où peut aller celui ou celle qui prend place dans une voiture à cheval sans cheval ni chevaux, ou attelée à un cheval mort ? Pas plus loin que l’intelligence sans la pratique, le moteur pour apprendre à savoir et pouvoir s’en servir.
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Pour d’autres extraits de ce texte splendide, ci-dessous mot-clé Bhagavad-Gita
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Sainteté des animaux sauvages

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Les animaux sauvages ne sont jamais en surpoids. Ils ne sont jamais négligés, ils sont toujours pleins de grâce. Certains se parent de couleurs magnifiques. Des oiseaux chantent splendidement aux heures de prière, à l’aube et au coucher du soleil ; et certains d’entre eux réalisent de véritables œuvres d’art en disposant plumes, brindilles, etc., pour faire la cour à l’oiselle. Beaucoup d’animaux forment des couples pour toute la vie. Beaucoup élèvent leurs petits avec la plus grande attention, sans violence et avec bienveillance. Ils vivent libres. Bref, les animaux peuvent être souvent des exemples de spiritualité pour nous, de plein accord avec leur Créateur, à l’image des plus grands saints parmi nous, de « l’élite de l’élite » spirituelle.
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Vivre au temps du coronavirus

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Ce petit signe, le coronavirus, que nous devons craindre parce qu’il peut nous tuer, est aussi un outil, une sorte de décapsuleur, qui peut nous déconditionner du système dans lequel nous sommes enfermés.

Le coronavirus a poussé le monde dans un jeûne de lui-même. De son ego, de son anthropocentrisme, de son idolâtrie des puissances de l’argent. Oui, il y a plus important, c’est la vie. Et elle ne dépend pas que de nous. Bien entendu les forces funestes de l’ancien monde s’emploient déjà à se rétablir.

Nos châteaux, nos palais, nos temples, nos jardins les plus beaux sont les édifices mentaux que nous construisons au long de notre existence, en tant qu’individus et en tant qu’espèce. Ceux-là sont invisibles mais ils se traduisent dans les livres et les œuvres d’art. C’est pourquoi tant d’œuvres aujourd’hui ressemblent à des immeubles impersonnels, des maisons préfabriquées, des amas de béton qui ne dureront pas. La politique de la domination et des profits instaure des systèmes où elle tâche de nous enfermer, physiquement et mentalement. Mais l’humain a la capacité d’être plus puissant que les systèmes qui l’entravent. Des femmes, des hommes peuvent vivre dans des HLM promis à une prochaine destruction et lire de grands livres indestructibles ; alors que d’autres, dans leurs demeures luxueuses, peuvent se contenter d’ersatz de culture, ou de culture comme objet de consommation et outil de prestige et de domination. Ce qui détermine notre vie ou notre mort après notre mort (notamment après la mort que nous impose le coronavirus), c’est la qualité des habitations mentales dans lesquelles nous aurons su, ou non, vivre.

Par ma fenêtre à Paris, photos Alina Reyes

Par ma fenêtre à Paris, photos Alina Reyes

Lumière et cinéma du jour

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« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat ; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des paraboles et Allah est Omniscient. » Coran 24-35, verset dit de la Lumière, traduit par Muhammad Hamidullah

Au bout d’un mois ou deux, le milieu de l’édition s’alarme des lourdes conséquences de la pandémie pour les auteurs, les éditeurs, les libraires. Qu’on imagine les conséquences pour un auteur empêché de publier depuis plus de dix ans, après avoir vécu de ses droits d’auteur pendant vingt ans. C’est mon cas, pour avoir, notamment en arrachant son masque à l’un de ses parrains, déplu à ce même « milieu » qui pleure maintenant. J’ai vécu dans la plus grande pauvreté jusqu’à mes 33 ans, au point d’avoir souvent faim malgré mes 43 ou 44 kilos qui ne demandaient pas beaucoup de nourriture ; puis je m’en suis sortie par mon travail mais en refusant de me soumettre au système, raison pour laquelle il a fini par m’éliminer – tant pis pour lui, il a perdu une littérature hors normes et qui pourtant se vendait bien, en France et dans le monde.

À force de postures sur les mains, j’ai un léger cal sur la partie charnue de la paume. Plus d’un mois de confinement, et je vois ce qui m’est le plus vital : non pas d’abord l’intellectuel, mais le physique et le spirituel : ce qui me permet de tenir dans cette privation de sortie ce n’est pas la lecture ni la culture, même si elles y ont leur place, très importante, mais le yoga (ou d’autres gymnastiques) et la méditation ou la contemplation, que je pratique de plus en plus assidûment à mesure que le temps passe. Et je ne dois pas être la seule à ressentir ces priorités : les exercices physiques et les exercices spirituels sont bien ce qui fonde l’humain. Là où ils manquent, manque l’humain. Dans beaucoup de sphères de notre monde, manque l’humain. Voilà ce qui est à corriger, si l’on veut bâtir un monde vivable – affirmation dangereuse parce qu’elle attire tous les charlatans et abuseurs, d’où la nécessité de faire soi-même un vrai travail sur le corps et l’esprit.

béjartMon cinéma du jour sera ce film de Marcel Schüpbach, B comme Béjart. On y suit son travail de création d’un spectacle dansé sur la Lumière, accompagné par Brel, Barbara, le Boléro de Ravel et la Messe en si de Bach, une œuvre que j’adore, ainsi que son Magnificat, que j’ai chanté dans des chœurs, adolescente et plus tard. Béjart était un amoureux de l’islam comme moi, d’où la référence implicite, dans la dernière image du spectacle, au verset coranique de la Lumière ; et peut-être ce B fait-il référence à la première lettre de la Genèse, qu’il cite aussi ? Bereshit, « Au commencement… Dieu dit : que la lumière soit ». Il n’est pas anodin non plus qu’au tout début du film il indique à une danseuse comment faire correctement la posture de la chandelle (posture que je tiens aussi tous les matins pendant plusieurs minutes). « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe… »
J’ai trouvé le film sur la plateforme du cinéma MK2 mise en place pour présenter des films pendant le confinement, « Trois couleurs ». On ne peut pas le partager et je suppose qu’il ne restera pas en ligne longtemps, c’est donc qu’il faut aller le voir. Un moment plein de joie, de grâce et de beauté.

Salam alaykoum, Michel Chodkiewicz

Michel Chodkiewicz - Photo DOMINIQUE SOUSE

 

Michel Chodkiewicz est mort ce 31 mars à l’âge de 90 ans. Il était le président des éditions du Seuil quand j’y ai publié mon premier livre. Je ne l’ai jamais rencontré, et j’ignorais alors qu’il était un spécialiste du soufisme, et particulièrement d’Ibn Arabî, après s’être converti à l’islam à l’âge de dix-sept ans – ce qui témoigne déjà d’une sacrée personnalité pour un aristocrate d’origine polonaise et catholique. J’avais consacré une série de notes à son livre Le Sceau des Saints.

Dans la dernière de ces notes, je mentionnais ce mot de lui : « la fin des saints n’est qu’un autre nom de la fin du monde ».

Disons que le monde des menteurs, des manipulateurs, des criminels, des avides, bref des anti-saints, est un monde toujours en train de mourir et de s’enterrer dans son mensonge. Tandis que l’autre monde est toujours en train de donner et de rendre la vie, et de veiller sur elle. Comme nous le voyons avec éclat en ces temps de pandémie.

Allah y rahmou.

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Force de l’esprit vs mécanique du crime

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Jésus marchant sur les eaux, par Gustave Doré

Jésus marchant sur les eaux, par Gustave Doré

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« Arrachez de votre île ces pestes publiques, ces germes de crime et de misère. Décrétez que vos nobles démolisseurs reconstruiront les métairies et les bourgs qu’ils ont renversés, ou céderont le terrain à ceux qui veulent rebâtir sur leurs ruines. Mettez un frein à l’avare égoïsme des riches ; ôtez-leur le droit d’accaparement et de monopole. Qu’il n’y ait plus d’oisifs pour vous. Donnez à l’agriculture un large développement ; créez des manufactures de laine et d’autres branches d’industrie, où vienne s’occuper utilement cette foule d’hommes dont la misère a fait jusqu’à présent des voleurs, des vagabonds ou des valets, ce qui est à peu près la même chose.
Si vous ne portez remède aux maux que je vous signale, ne me vantez pas votre justice ; c’est un mensonge féroce et stupide. » Thomas More, L’Utopie, trad. Victor Stouvenel

Par la fenêtre de mon ordinateur, j’observe et j’enquête. Comme aux questions « Qui a tué le petit Grégory ? » ou « Qui a tué John Kennedy ? », à la question du crime en lui-même il faut trouver des éclaircissements et des réponses. Le crime est là où sont les appâts du gain, du pouvoir, de la vanité, là où l’on se complaît dans leur bourbier verni.

Par la fenêtre de mon appartement, j’écoute crier un invisible vol de mouettes. Grâce au yoga, ma respiration est lente et calme (12 à 13 cycles à la minute assise à mon bureau, 9 la nuit couchée dans mon lit), ma tension basse (11), mon esprit, dans tout cet espace-temps libéré, rapide et paisible. « Le yogi, dit Iyengar, mesure la durée de sa vie non pas en nombre de jours mais en nombre de respirations. Puisque dans le pranayama la respiration est allongée, cela prolonge la vie. »

Le monde est l’un de ces Titanic dont nous ne voulons plus, pollueur et vain, insuffisamment pourvu en canots de sauvetage, sauf pour les plus riches. Et ce sont les pauvres, les travailleurs, toutes celles et ceux qui, au péril de leur santé ou de leur vie, sont à l’œuvre sur de petits bateaux, qui sont en train de l’empêcher de couler. Que celles et ceux qui sont confinés renforcent leur esprit pour le jour de chaque jour et pour celui du retour. Car les riches, les gâtés, n’ont pas de force d’esprit, ils ne peuvent sauver qu’eux-mêmes, ou même pas eux-mêmes. Pour que leur pesanteur ne fasse pas couler l’humanité, nous avons à rassembler toute notre vitalité.

Le yoga est une danse, dit Travis Eliot. Par la danse de l’esprit et du corps, nous avons pouvoir de marcher sur les eaux.

 

 

Coronavirus et autres dangers mortels. Le yoga, la guerre et la paix.

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J’en témoigne parce que cela peut servir à d’autres : O, qui me connaît bien et pas seulement au sens biblique du terme, dit toujours que le yoga m’a métamorphosée, après que je m’y suis mise l’année dernière, en sortant de plusieurs opérations et d’un cancer récidivant. Et maintenant que nous avons eu le coronavirus à la maison, et qu’il m’a très peu atteinte, il dit aussi que le yoga m’a sauvée. Je ne dirai pas que le yoga est une panacée mais il aide, beaucoup. Physiquement et psychiquement. Sans avoir les effets secondaires néfastes des religions, même s’il peut être plus ou moins récupéré par les nouvelles religions new age, de coaching, etc., ou par certains gourous fort douteux.

J’encourage celles et ceux qui voudraient tenter l’aventure à le faire. Il est bon de suivre d’abord quelques cours en salle, mais il est possible de s’en passer, surtout si on a déjà pratiqué d’autres formes de gymnastiques ou danses et qu’on connaît la nécessité d’être attentif à éviter les fautes dans les mouvements, qui peuvent blesser. Et avant de vouloir suivre des cours gratuits en ligne, je conseillerais de se procurer, soit en librairie soit en bibliothèque soit chez le marchand de journaux, des livres et des magazines dans lesquels les mouvements de hatha yoga sont détaillés précisément. De les étudier, patiemment. Après avoir pratiqué un peu en salle, c’est ce que j’ai fait. Pendant plusieurs semaines, j’ai étudié et pratiqué seule les postures à la maison, chaque jour. Puis, quand je me suis sentie prête, j’ai exploré les cours en ligne, différentes formes de yoga. Et maintenant, selon les jours, selon ce que réclament mon corps et mon esprit (qui ne font qu’un dans le yoga), soit je suis tel ou tel cours, soit je construis mes séances moi-même. Séances qui sont à la fois exercice physique et exercice psychique.

Le yoga n’est bien sûr pas seulement une gymnastique, et j’ai accompagné mon étude des postures d’une étude des textes sur le yoga (j’en ai parlé à plusieurs reprises). Jusqu’à ce que, comme le corps finit par intérioriser les postures, l’esprit finisse par intérioriser l’esprit du yoga. Un esprit d’apaisement dont nous avons grand besoin, spécialement par temps de pandémie et de confinement. Mais aussi un esprit de guerre calme, claire et déterminée (contrairement à la « guerre » indéfinie, pleine de confusion et de carences, menée par Macron et son gouvernement). L’esprit de la Bhagavad-Gita, où le dieu active l’esprit du yoga chez le guerrier comme notre dieu intérieur active nos défenses immunitaires. Ce sont elles qui font réellement la guerre, et ce n’est pas nous qui les commandons. Notre rôle est de les seconder, en suivant le principe de vie qui les anime, en apprenant à connaître et respecter notre propre corps et en étendant cette connaissance et ce respect à tout le corps social, et par-delà encore, à tout le corps vivant.

La guerre et la paix. La guerre pour vaincre (même si la victoire ne peut être assurée), la paix pour accepter la bonne règle.

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Exercices pratiques contre les effets néfastes du confinement

Screenshot_2020-03-23 VIDÉO Pause Sport prenez 30 minutes pour vous remettre en forme

 

Le Parisien propose des cours de sport et des cours de yoga en ligne, gratuitement, pendant le confinement. C’est excellent. D’autres médias le font, mais souvent pour leurs abonnés. C’est excellent, surtout quand on est confiné en appartement, sans possibilité de sortir dans son jardin. Attention tout de même : en cas de maladie, il faut laisser le corps se reposer. O et moi sommes confinés depuis plus de deux semaines, le coronavirus s’étant invité chez nous avant le confinement général. O a subi des symptômes assez sérieux ; la fièvre a baissé assez rapidement avec les cachets mais la fatigue et la toux ont perduré pendant quatorze jours. Pour ma part j’ai été paucisymptomatique, très peu atteinte, mais j’ai constaté, en continuant mon yoga quotidien, que lorsque je faisais une séance un peu trop sportive mes petits symptômes se ravivaient – et cela n’est pas tout à fait terminé, ce coronavirus se comportant comme une entité itinérante, qui se manifeste tantôt ici tantôt là dans le corps, auquel il occasionne ainsi la fatigue de devoir se défendre.

Cela dit, oui, faire de l’exercice est excellent pour le corps, et au moins autant pour l’esprit. Le confinement est particulièrement révélateur de l’état de calme ou d’agitation de notre esprit, et c’est une période pénible ou même dangereuse pour les enfants et les gens qui vivent avec des personnes agitées ou violentes, physiquement ou psychiquement. Le stress est aussi contaminant qu’un virus et tout ce qui peut l’apaiser est bienvenu. Chacun le sait, mais chacun ne l’applique pas pour autant, et cela fait partie des choses qu’il ne faut pas hésiter à répéter malgré leur banalité, leur simplicité. Nous devons sans cesse nous encourager les uns les autres, et nous encourager nous-mêmes, aux choses simples, à la simplification de notre vie. La simplification est une hygiène.

Simplifier notre vie, c’est la libérer de tout ce qui l’encombre inutilement. Exactement comme dans les diverses formes de la méditation on libère l’esprit des pensées parasites. Chacun de nous, placé au pied du mur, devant l’injonction « simplifie ta vie », sait très bien ce qu’il lui faut faire pour cela. Ne reste plus qu’à trouver courage et détermination. Comment ? C’est en pratiquant qu’on devient pratiquant.

Rien ne peut détruire notre paix royale.

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Vérité et mort

 

La vérité peut faire si peur que certaines personnes préfèrent affronter la mort.

Pourtant ce n’est pas une bonne façon de mourir que de mourir sans avoir fait la vérité. Ni pour soi, ni pour les autres.

Et ce n’est pas non plus une bonne façon de vivre que de continuer à vivre en continuant à occulter la vérité, aux dépens d’autrui. Ce n’est pas une bonne façon : d’une part parce qu’on fait ainsi du mal, à autrui et à soi ; d’autre part parce que c’est du temps où nous sommes vivants qu’il faut apprendre à bien mourir. Dans quel autre temps que celui où nous sommes vivants apprendrions-nous à être justes, ou simplement honnêtes, dans quel autre temps apprendrions-nous à quitter honnêtement notre carrière sur cette terre ?

Ce matin j’ai fini ma séance de yoga, une fois relevée de shavasana, la « posture du cadavre », une fois revenue en siddhasana, « posture parfaite », en prononçant le mantra Sat nam, qui signifie, en sanskrit, une identification avec la vérité. La mort ne fait pas la vérité. Seule la vie la fait.

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Satya, la vérité, par B.K.S. Iyengar et Yehudi Menuhin

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Menuhin et Iyengar

Menuhin et Iyengar

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« Satya. Satya ou la vérité est la plus haute règle de conduite ou de moralité. Le Mahatma Gandhi disait : « La Vérité est Dieu et Dieu est la Vérité. » Comme le feu brûle les impuretés et affine l’or, ainsi le feu de la vérité purifie le yogi et brûle en lui toute impureté.

Si l’esprit émet des pensées de vérité, si la langue émet des paroles de vérité et si la vie tout entière est basée sur la vérité, alors l’homme est prêt pour la fusion avec l’Infini. La Réalité, dans sa nature fondamentale, est Amour et Vérité. Elle s’exprime à travers ces deux aspects. La vie du yogi doit se modeler strictement sur ces deux facettes de la Réalité. C’est pourquoi est prescrite ahimsa, qui est basée essentiellement sur l’amour. Satya suppose la vérité totale dans les pensées, les paroles et les actions. La non-vérité sous quelque forme que ce soit rejette le sadhaka hors de l’harmonie de la loi fondamentale de la vérité.

La vérité ne se limite pas au discours seul. Il y a quatre péchés du langage : insultes et obscénités, abus de confiance, calomnie ou fabulation, et enfin tourner en dérision ce que les autres tiennent pour sacré. Celui qui colporte des mensonges est plus venimeux qu’un serpent. La maîtrise de la parole permet de déraciner la malice. Quand l’esprit n’a de malveillance pour personne, il est plein d’amour à l’égard de tous. Celui qui a appris à retenir sa langue est parvenu à une grande maîtrise de soi. Quand cette personne parle, elle est écoutée avec respect et attention. On se souviendra de ses paroles car elles sont bonnes et vraies.

Quand celui qui est établi dans la vérité prie avec un cœur pur, alors les choses dont il a vraiment besoin viennent à lui : il n’a pas à courir après elles. L’homme qui est solidement établi dans la vérité reçoit le fruit de ses actions sans rien faire apparemment. Dieu, la source de toute vérité, pourvoit à ses besoins et veille sur son bien-être. »

B.K.S. Iyengar, Bible du Yoga, éd J’ai Lu

Le livre est préfacé par Yehudi Menuhin, qui fut un disciple d’Iyengar. J’ai déjà cité dans l’une de mes notes sur le Yoga un passage de sa préface, en voici un autre : « le respect de la vie, la vérité et la patience sont autant d’éléments indispensables pour permettre une respiration calme dans la paix de l’esprit et la fermeté de la volonté. »

 

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Judas, son baiser de la mort, à autrui et à lui-même infligé

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« Nous creusons la fosse de Babel » Franz Kafka

Selon les chrétiens, le rôle de Judas était nécessaire, puisqu’il fallait que le Christ soit crucifié. C’est là où je me sépare des chrétiens. Depuis le début – et je l’ai écrit, en ces débuts de ma passagère conversion au christianisme, dans mon livre Voyage (aujourd’hui épuisé, et que je ne veux pas rééditer) – je refuse de croire en la nécessité de la crucifixion, je m’élève contre ce principe de sacrifice humain, qui plus est fondé sur la trahison. La trahison existe, mais elle n’est pas nécessaire, tout au contraire : moins elle existe, mieux nous nous portons.

Les chrétiens ne sont d’ailleurs pas honnêtes sur ce point : d’une part, en persécutant les juifs pendant des siècles parce qu’ils auraient prétendument crucifié le Christ (pourquoi leur vouer tant de haine, s’ils n’ont fait, selon leur vision, qu’accomplir la volonté de Dieu en condamnant Jésus ?) ; d’autre part, en ne voulant pas voir que le Christ n’a rien fait, parce qu’il n’y avait rien à faire, pour sauver Judas. Le sort réservé à Judas dans les évangiles prouve paradoxalement que la faute que lui fait faire la vision chrétienne du monde est sans retour. Comment Judas, après avoir laissé parler le Menteur à travers lui, pourrait-il prétendre inspirer confiance, comment pourrait-il garantir que sa parole serait désormais fiable ? Un aveu fait aux personnes concernées pourrait le libérer en partie du poids de sa faute – rien de plus.

Les judas sont nombreux (cette note fait suite à mes notes précédentes sur l’affaire Griveaux, dont les différents protagonistes se sont révélés traîtres, à commencer par Griveaux lui-même, qui a trahi sa femme et dans une moindre mesure ses électeurs, devant lesquels il se présentait en chantre du mariage). Nul n’est à l’abri d’une traîtrise, commise ou subie. Mais les degrés de traîtrise, et donc leurs suites, diffèrent. Le Logos a ses lois que les borgnes et les aveugles de l’esprit ne voient pas. La seule atténuation du mal qui leur reste possible est d’apprendre à ouvrir les yeux, et à assumer les conséquences de leur pensée si gravement faussée, et de leur geste contre la vérité et la vie.

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L’ascèse, le combat, selon Nikos Kazantzaki

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Je l’appelle Kazantzaki, comme il le souhaitait, plutôt que Kazantzakis. J’ai déjà cité l’autre jour son épitaphe, extrait de cet essai, Ascèse, dont je ne partage pas complètement la pensée mais qui opère des déplacements réveilleurs. En voici un autre passage.

J'ai photographié ce portrait de Kazantzaki par Valia Semertzdis la semaine dernière au Musée historique de Crète d'Héraklion

J’ai photographié ce portrait de Kazantzaki par Valia Semertzidis la semaine dernière au Musée historique de Crète d’Héraklion

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« La vie est un service militaire sous la férule de Dieu. Nous avons entamé la Croisade pour délivrer, bon gré mal gré, non le Saint-Sépulcre, mais le Dieu enseveli dans la matière et dans notre âme.

Chaque corps, chaque âme est un Saint-Sépulcre. Le Saint-Sépulcre est le grain de blé ; délivrons-le ! Le Saint-Sépulcre est le cerveau ; Dieu y gît, luttant contre la mort. Courons à son aide !

Dieu donne le signal du combat, et moi aussi je m’élance à l’assaut en tremblant.

Que je déserte ou que je combatte vaillamment, je tomberai toujours au combat. Mais dans un cas, ma mort est stérile. Avec moi disparaît mon corps et mon âme aussi se disperse dans le vent.

Dans l’autre, je descends sous terre, comme le fruit, plein de semences. Et mon souffle, laissant pourrir mon corps, produit de nouveaux corps et continue le combat.

Ma prière n’est pas la plainte d’un mendiant ni une confession amoureuse, ni l’humble addition d’un commerçant : donnant donnant.

Ma prière est le rapport d’un militaire à son général. Voilà ce que j’ai fait aujourd’hui, comment je me suis battu pour sauver, dans mon propre secteur, l’ensemble de la bataille, voilà les obstacles que j’ai rencontrés, et c’est ainsi que j’envisage de combattre demain. »

Nikos Kazantzakis, Ascèse, trad. du grec par Jacqueline Razgonnikoff, éd. Aux forges de Vulcain

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Un Panthéon, des véhicules et des Yoga Sutras

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pantheon-minvue sur le dôme du Panthéon, aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

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« La renaissance dans une forme d’existence différente est une modification due à l’exubérance des forces de la Nature. »

« Le temps existe en raison de sa nature propre, en relation avec la différence des chemins et de leurs caractéristiques. »

Patanjali, Yoga-Sutras, IV 2 et IV 12, trad. du sanskrit par Françoise Mazet

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Samadhi : extase, enstase ?

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Cherchant le seul cahier qui me restait de mon adolescence, celui où j’avais notamment recopié des extraits du Rig-Veda et dessiné un Shiva dansant, je retrouve des poèmes écrits par mes enfants quand ils avaient entre 5 et 7 ans. Impossible de mettre la main sur mon cahier, après tout il n’est peut-être pas ici, mais ces petits textes pleins de grâce et de splendeur, témoignant de véritables moments d’extase, suffisent à illuminer ma journée et à soutenir ma réflexion sur ces mots, extase et enstase, qu’on oppose – à tort, selon mon expérience, et je vais essayer de dire pourquoi.

Swami Nikhilânanda, dans son introduction à l’Évangile de Mahendra Nath Gupta, raconte que Gadâdhar, plus tard connu sous le nom de Râmakrishna, alors qu’il était âgé de six ans connut cette expérience qu’il qualifia plus tard de joie indicible :

« Un jour qu’il cheminait le long d’un étroit sentier, entre des rizières, en mangeant le riz soufflé qu’il portait dans un panier, il regarda le ciel et il vit un beau nuage sombre d’orage qui s’étendait avec rapidité, enveloppant le ciel tout entier. Un vol de grues, d’une blancheur de neige, passa au-dessus de lui. La beauté du contraste lui fit perdre conscience. Il tomba évanoui. Le riz s’éparpilla autour de lui. »

Cette expérience ressemble beaucoup aux poèmes que mes enfants écrivirent à peu près au même âge. Dans l’hindouisme (et au yoga) on parle de samadhi. Terme que Mircea Eliade a traduit par enstase, néologisme qu’il a formé pour marquer la différence avec l’extase, sortie de soi connue par des mystiques chrétiens et musulmans. Le samadhi n’est pas une sortie de soi mais une arrivée au plus profond de soi, à l’union avec le Soi, l’âtman, le Brahman, Dieu.

Or, selon mes propres expériences, il n’y a pas lieu d’opposer extase et enstase. J’ai déjà décrit, notamment dans Voyage et dans Forêt profonde, des contemplations aboutissant à des extases, comme sorties de soi au sens où tout le corps et son intérieur, tout l’esprit, ne sont plus que vide et lumière. Le samadhi auquel peut donner accès la méditation yogique, par dépouillement successif ou instantané de tout ce qui constitue le corps et le psychisme, avec leurs limitations, donne une pareille expérience du vide et de la lumière. Dans les deux cas, il s’agit d’un franchissement des limites, qui peut durer quelques secondes ou des heures (voire perdurer la vie entière, sous la surface) : de l’autre côté de cette ouverture, dont on sent très bien, comme un déclic, le moment où on la passe, il n’y a plus de temps, seulement une joie sublime. Il n’y a plus non plus d’extérieur ou d’intérieur au-delà de cette trouée, la trouée fait se rejoindre les deux. Il n’y a plus de moi, voilà l’extase/enstase, seulement un Je vibrant, lumineux, sans gravité ni durée, un pur Être universel.

Extase et enstase pourraient s’opposer comme méthodes, comme chemins, pas comme résultats. Recherche par la contemplation pour ainsi dire au télescope dans un cas, au microscope dans l’autre. Pour poursuivre dans cette image traduisant grossièrement les processus en jeu, disons qu’au bout de la contemplation, l’infiniment grand et l’infiniment petit ne font plus qu’un.

L’extase ou l’enstase ne sont pas réservées aux seuls mystiques, et ne sont pas nécessairement le résultat d’un processus savant. Tout être humain peut connaître de ces instants qui surviennent comme venus d’on ne sait où – si cet être connaît, même inconsciemment ou épisodiquement, une attention de chercheur, dans quelque domaine que ce soit. Les scientifiques, notamment, cherchent à éclaircir des mystères, comme les mystiques, par leurs propres voies. Cette attitude mentale les rend sensibles et aptes à ces moments de grâce et de révélation qui restent fermés à ceux qui restent enfermés dans leur moi. Des exemples célèbres illustrent ce fait, comme la légende de la pomme tombée sur la tête de Newton et lui donnant une révélation scientifique majeure (Newton était aussi par ailleurs un mystique). Mais tout chercheur scientifique réel connaît de ces instants, même si leurs résultats ne sont pas toujours aussi fabuleux, du moins dans l’immédiat. L’astrophysicien David Elbaz raconte au début de son livre À la recherche de l’univers invisible comment, un jour, il fut saisi à la vue d’une feuille d’arbre qui s’arrêtait dans sa chute. Je suis en train de l’écouter, il a le talent d’expliquer simplement ce qui est complexe, et magnifique :