La France rance et sa racaille gynophobe

Macho-PDG

 

Tel cet éditeur en vue du siècle dernier, qui se racontait dans un livre enfant maladif (symptôme probable d’une grave névrose) puis jeune homme réformé pour terrain schizoïde – et se flattant de l’avoir été en simulant, manipulant et abusant le médecin (qui n’en posa sans doute pas moins son diagnostic en connaissance de cause) puis se glorifia sa vie durant de sa fascination pour les femmes, qu’il prétendait aimer alors qu’il n’aimait qu’exercer son empire pervers et détruire (et il n’était pas étonnant qu’il eût inspiré à l’une de ses très familières un personnage de serial killer, à une autre, de plusieurs décennies plus jeune, la narration d’une obsession morbide jusqu’au désir de meurtre, et à une autre encore le récit d’un enfer qui n’était pourtant pas fini, puisque l’enfer habitait cet homme et n’en devait jamais sortir,

tel donc ce bon Français de souche, notable et assis sur sa cour d’adulateurs, d’obligés et de flatteurs flattés,

les coqs gaulois de Gaule et gaulois d’ailleurs, pareillement juchés sur leur puant ego, entendent gouverner la gent qu’ils prennent pour leur poulailler,

la féminine bien entendu, dont ils ne souffrent de voir, les uns le sein, les autres le voile, prétendant imposer aux unes d’être consommables et jetables, aux autres d’être possédées et attachées.

Le dernier exemple en est celui de ce petit député à tête de fils de famille gâté, s’obstinant à appeler les femmes de façon à nier leur féminité, d’autant plus insupportable qu’elles sont présidentes, ministres ou députées. Le coquelet en pâte s’est vu pour la peine retirer une part de son blé, au grand dam de tous les poulets de sa bande, la si ordinaire et répandue racaille gynophobe. Mangez votre langue mes cocos et allez donc vous laver, vous sentez le fumier.

Barbares

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dimanche dernier au monastère des soeurs de l’Adoration, à Paris, photo Alina Reyes

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Les barbares occidentaux, même s’ils n’osent plus employer pour leurs guerres le terme de frappes chirurgicales, s’emploient toujours à cacher les atrocités qu’ils commettent, et cela notamment par une propagande de la peur, agitant comme des épouvantails les dangers que font courir à la civilisation des peuples ou des groupes supposément barbares. Les fossoyeurs en tas et les décapiteurs de l’EI, en réponse, font délibérément jouer cet imaginaire de la sauvagerie barbare, avec leurs mises en scène macabres très représentatives de la barbarie contemporaine, leur déshumanisation de l’ennemi tant par le registre de la mort donnée comme à un mouton que par celui de l’utilisation technologique du spectacle publicitaire, soigneusement mis en vidéo. Ainsi ce sont les spectateurs qu’ils tentent de déshumaniser en leur tendant ce miroir – c’est pourquoi il faut refuser de regarder ces vidéos, et tenir ferme : la barbarie de l’homme n’a ni couleur ni âge, elle se manifeste dans toutes les cultures et toutes les époques. Le barbare, à l’origine, c’est celui qui ne parle pas grec, c’est-à-dire, dans un monde qui était alors grec, celui qui ne sait pas parler, celui qui ne possède pas le langage. Le spectacle propagandiste, de tous côtés, nous ramène à cela.

On appelle maintenant l’EI, OEI. Manque plus qu’à dire OEIL, « organisation de l’état islamique au Levant », et on pourra penser au diabolique borgne annoncé par la tradition islamique pour la fin des temps. L’OEI (encore plus borgne ainsi) est une création des États-Unis et de ses alliés. Tout comme Israël est une création de la Grande-Bretagne et soutenu par les mêmes alliés, occidentaux et orientaux, souterrainement. Et leurs créatures sont devenues des entités qu’elles ne contrôlent plus, et qui les embarquent dans une fuite en avant nihiliste.

Diable d’homme, titre Libération en Une, pour qualifier Jean-Jacques Pauvert, qui vient de mourir. S’avouant ainsi, inconsciemment, aussi puritain et malvoyant que François Mauriac, appelant en 1960 l’éditeur légendaire « le Mal absolu », « le Mal qui est Esprit, le Mal qui est Quelqu’un ». Ils ne savent pas ce qu’ils disent. Le mal est le mensonge, or Pauvert a passé sa vie à chercher la vérité, et à la libérer, en faisant sauter les censures. Courageux, libre, souriant, un homme dont le génie était dans son mode d’être, Pauvert, publiant Sade dans son garage eut en son temps une démarche similaire à celle des créateurs de start-up légendaires, et à celle des lanceurs d’alerte d’aujourd’hui : libérer la vérité pour le monde, avec le courage que cela implique. Et notamment la parole exploratrice des confins du mal caché, la parole qui a fait s’écrouler les murs de la Bastille, du seul fait qu’elle ait pu se trouver dedans, telle une bombe à retardement.

Quand le voyant montre la lune, le borgne ne voit que la lune, et ne pense qu’à la décrocher.

Mitterrand et ses écoutes, saleté vichyste.

Avoir lu des centaines de livres m’a prévenue. Notamment des abîmes dans lesquels peut sombrer l’âme humaine. Mais les livres, du moins ceux du temps où ils n’étaient pas produits en grande partie de façon industrielle et trafiquée, sont innocents, et souvent salvateurs. Alors que la réalité humaine est souvent hideuse et coupable.

Seul le retour de la vérité, le retour à la vérité, pourra rétablir la paix. Que mes livres paraissent, si Dieu le veut.

Être musulman, prendre les devants

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photo Alina Reyes (mes 21 autres photos du rassemblement : voir note précédente)

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Le rassemblement auquel étaient conviés « les musulmans et leurs amis » cet après-midi devant la Grande Mosquée de Paris est, avec d’autres rassemblements du même ordre en France, un acte fondateur. Les musulmans sont comme les autres citoyens, pas plus obligés que les autres de protester contre ceci ou cela. L’arrogance de ceux qui veulent les voir s’exprimer contre l’EI est détestable. Mais les musulmans peuvent aussi avoir, comme tout le monde, une sensibilité politique qui les pousse à s’exprimer contre des iniquités emblématiques – la colonisation de la Palestine, les crimes de l’EI, les discriminations, la corruption etc, ou une sensibilité religieuse qui les pousse à défendre leur foi contre ceux qui comme l’EI la dénaturent et l’insultent.

J’ai fait partie, en 1998, d’un groupe d’étrangers – journalistes et artistes – invités en Algérie par le gouvernement, qui souhaitait réhabiliter son pays aux yeux du monde. Mais c’était encore le temps de la Décennie noire, de la guerre civile entre l’armée et les islamistes, et je me rappelle l’effroi et l’épouvante des gens. Du balcon de l’hôtel à Alger, je regardais vers les montagnes de Kabylie, où la terreur régnait. À Alger même les autorités ne nous laissaient pas sortir seuls, nous étions constamment encadrés par l’armée, et ce fut le cas aussi à Tamanrasset et dans le désert, bien qu’il fût moins risqué. Les Algériens ne réagissent pas comme les Français à l’exécution d’Hervé Gourdel, car ils ont vécu cela dans leur chair. J’ai communié à leur malheur sur place, et je ne l’ai pas oublié.

Ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on ne peut pas critiquer les islamistes. Les musulmans des pays musulmans ne se gênent pas de le faire, du moins bien sûr ceux qui sont contre l’islamisme terroriste. Les musulmans des pays non musulmans ont moins de liberté de parole parce qu’ils se sentent pris en otage entre la fidélité à la communauté musulmane et leur pays, la France (ou autre pays non musulman). Il est temps de s’assumer comme entièrement Français et de cesser de se préoccuper du regard des autres. Dire ce qu’on a à dire et faire ce qu’on a à faire, c’est tout.

Il faut arriver à sortir de l’état de dépendance du regard des autres, qu’ils imposent avec leurs manœuvres. Et pour cela il faut arriver à être indépendant politiquement, mais complètement, c’est-à-dire y compris à l’égard de ceux qui se réclament de l’islam. Il faut arriver à ne pas être timide dans l’autocritique aussi. En tant que Français, nous ne nous gênons pas de critiquer la politique de notre pays. Mais la vraie liberté est de pouvoir tout critiquer quand il y a une situation critique.

Le tout est de prendre les devants. Personne ne demande aux juifs de dénoncer Israël, mais des voix juives importantes, de grands intellectuels, des journalistes, des artistes juifs d’Israël ou d’ailleurs, le font depuis longtemps. Nous avons, musulmans, la même légitimité que n’importe quel autre citoyen pour exprimer nos choix politiques. Nous le faisons pour la Palestine notamment, nous devons pouvoir aussi le faire pour l’EI, un problème tout aussi emblématique, sans avoir à nous sentir forcés de le faire.

Considérons ne serait-ce que l’histoire du vingtième siècle, et demandons-nous : qu’est-ce qui est responsable de la violence inouïe et plus dévastatrice qu’aucune autre, du monde chrétien ? En quatorze siècles d’existence, le monde musulman a-t-il fait tant de millions de morts ? Loin, très loin de là – alors que la Chrétienté a produit les crimes qu’on connaît, croisades, inquisitions, persécutions des non-chrétiens, évangélisations forcées… Une longue suite d’atrocités commises au nom du doux Jésus… La violence qu’un grand texte, comme le Coran, peut contenir, paraît finalement plutôt exorciser la violence du cœur de l’homme, même si elle peut aussi être récupérée pour justifier la violence. En tout cas une non-violence fondatrice comme celle du Christ ne garantit absolument pas contre le crime.

Les islamophobes comme les islamistes trouvent dans leur lecture littérale du Coran la justification à leur rejet de l’autre. Le Coran est incompris. Nous ne devons pas fermer les yeux sur ce fait qui nous est préjudiciable, mais au contraire promouvoir les lectures intelligentes du Coran. En particulier il nous faut affronter ses appels à la violence et comprendre ce qu’ils signifient et pourquoi ils sont là. C’est très faisable, et nous ne devons pas être paresseux, nous devons le faire. L’ijtihad, l’effort de compréhension, est notre salut.

La peur de la vie

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tout à l’heure au Jardin des Plantes

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À l’occasion de la publication de ses Cahiers noirs, on reparle de Heidegger. Dommage qu’il y ait besoin de découvrir son antisémitisme écrit noir sur blanc pour le critiquer, sans se rendre compte que le fond de sa pensée est morbide, extrêmement dangereux, nihiliste. D’ailleurs le sionisme la rejoint tout à fait, dans le sens où la hantise de Heidegger, c’est le nomadisme, et son idole, la terre. Et les nationalismes, les impérialismes quels qu’ils soient, y compris islamistes, tiennent de la même hantise morbide de contrôle.

Le nomade échappe à l’ordre bourgeois, il n’est pas assis, il a très peu de biens, il est en mouvement, il est insaisissable. Ce n’est pas pour rien que Dieu a été inventé (découvert) par les Hébreux, un peuple nomade. Ce n’est pas pour rien que Jésus marchait tout le temps. Ce n’est pas pour rien que Dieu a trouvé son dernier prophète en Mohammed, au milieu des tribus nomades. Dieu se trouve dans les traces de pas, les écritures qui vont et viennent ; non dans les tours de Babel, les constructions pharaoniques, qu’elles soient de béton ou de pensée. Quel énorme réseau de parole a dû tisser Heidegger pour essayer d’y prendre Dieu, de le neutraliser. Aussi énorme que sa peur, et celle de ses suiveurs. Et bien sûr il n’y a là rien à récolter, sinon la mort.

La Palestine, le Qatar et ses collaborateurs

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Je voudrais seulement qu’on ait une conscience plus aiguë de la nécessité d’avoir des combats politiques cohérents. Sinon ils s’annulent, ou même font plus de mal que de bien. Et tellement de politiciens sont dans ce schéma – c’est pourquoi les choses vont mal.

Le problème est que le Qatar joue constamment double ou triple ou quadruple jeu, pour se prémunir de tous côtés. Il distribue de l’argent à Gaza et abrite les dirigeants du Hamas mais en même temps il entretient des relations avec ceux par lesquels Gaza souffre. Ce qui n’apporte aucune aide réelle aux Gazaouis mais fait perdurer indéfiniment la situation, comme dans un sketch absurde. Aucun pays arabe, et notamment les riches pays du Golfe, ne vient réellement en aide aux Palestiniens. Aucun ne se mobilise réellement pour les Palestiniens. Sinon cela ne durerait pas depuis 70 ans.

Je ne parle pas des peuples, je parle des gouvernants. Dans le cas du Qatar, une dictature impitoyable. Ce n’est pas parce qu’on est un petit État qu’on doit avoir une politique pleine de duplicité avec tout le monde. Le Qatar avec tout son argent pourrait avoir une toute autre politique. Il y a dans le monde des pays beaucoup moins bien lotis que le Qatar et qui ne se comportent pas aussi mal, ni au plan de leur politique intérieure ni sur celui de leur politique extérieure. Pensons pour le soutien à la Palestine aux pays d’Amérique Latine, et pensons à Pepe Mujica, le président de l’Uruguay, pauvre parmi les pauvres. Pourquoi certains intellectuels arabes occidentaux s’emploient-ils à rendre fréquentables, en les fréquentant, des pays comme le Qatar, complètement idolâtriques de l’argent et sans foi ni loi ? Pourquoi ne pas se tourner plutôt vers ceux qui essaient d’être justes ? Je ne dis pas qu’il faut refuser tout rapport avec les dictatures, je dis qu’il ne faut pas les cautionner en les faisant passer pour présentables ou acceptant leurs faveurs. Les vrais résistants dans toute l’histoire de l’humanité n’ont pas mangé à la table des princes de ce monde, qui se nourrissent sur le dos des peuples.

La paralysie des pays arabes se transforme en complicité cachée avec le sionisme, spécialement de la part des États richissimes, dont les dirigeants n’ont d’autre véritable but que de perpétuer les conditions de leur propre domination sur les peuples, avec la complicité d’Occidentaux, y compris d’Arabes occidentaux, dont ils achètent la bienveillance.

Ceux qui font ce qu’ils veulent ne le font que parce que d’autres, les esclaves volontaires du système auquel ils trouvent intérêt (les riches, les élites), les laissent faire. À qui profite le sionisme ? À tous ceux qui profitent des richesses exploitées aux dépens de la liberté des peuples. La Palestine serait libérée depuis longtemps si la situation telle qu’elle est ne favorisait pas les émirs arabes, qui tout en faisant leur aumône à Gaza, font en sorte que rien ne change afin de pouvoir continuer à jouir des richesses du sol sans avoir à les partager avec les peuples. Si les printemps arabes avaient été jusqu’au bout, ces émirs seraient destitués. Ils ont intérêt à ce que les peuples arabes restent impuissants, y compris les Palestiniens. Et il en va de même pour tous ceux qui bénéficient des largesses de ces pays, même s’ils font mine de soutenir la Palestine.

Ne pas confondre la réalité et le réel. Le réel est bien plus vaste que la réalité, humaine, trop humaine. L’idéal est une plaie. On ne peut mener le réel vers l’idéal, le réel est bien trop fort pour cela. L’idéalisme est de vouloir mener la réalité vers l’idéal, et c’est une grossièreté chaque fois fatale.

Il ne faut ni coller à la réalité, ni aspirer à un idéal. Il faut vivre le réel, qui dépasse infiniment les limites de la réalité et annule le caractère morbide de l’idéal (morbide car l’idéal n’a pas d’être). Vivre le réel, la bonne vie qu’est la plénitude du chemin droit.

Déplacements

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image Alina Reyes
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Le phénomène EI est en train de faire bouger les plaques tectoniques. Tout, et notamment toutes les alliances, sont en train de se décomposer et de chercher à tâtons une nouvelle composition, très aléatoire. Le Qatar est dans une position particulièrement inconfortable, et il n’est pas le seul. Israël aussi.
Le seul moyen de s’en sortir, pour tout le monde, est de chercher à marcher dans la voie de la vérité, de chercher à la discerner pour pouvoir la dire et suivre ce qu’elle commande. Autant ici que là-bas, car tout est lié. La nuit tombe pour tout le monde, le jour se lève pour tous ceux qui auront gardé la lumière.
Les continents sont en train de bouger sur le dos des océans.
Ils se flairent, s’effleurent, se regardent du coin de l’œil.
Des hommes tombent dans le mouvement
la terre éponge leur sang
les vagues salées par les larmes des vivants
cherchent consolation sur les rivages
cherchent la joie des enfants sur les plages
Les vagues appellent, appellent, appellent
la beauté de la vie et la lumière est là.
Lumière de l’univers où vogue et baigne la planète
Tout le cosmos est la constellation de l’être
qui pulse dans nos corps, dans notre corps, humains.

Détruire les idoles.

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Pourquoi les sionistes en veulent-ils aux Arabes alors que ces derniers ne sont pas responsables de la Shoah ? Ce phénomène est comparable à celui d’enfants violentés par leurs parents. À cause du lien de parenté, ils auront tendance à retourner la violence subie, non contre leurs parents, mais contre des gens étrangers à leur maison, voire contre eux-mêmes. Le sionisme est une production de la culture européenne. Les théoriciens du sionisme ne cessent de rappeler qu’ils sont hautement imprégnés de culture européenne, et que c’est la clé de leur succès. Il n’est pas facile de reconnaître que cette culture dont ils sont, a voulu les anéantir. Ils retournent donc la violence subie contre des « étrangers », les Arabes.

Je pense à Mohammed, qui voulait détruire les idoles et les détruisit, à La Mecque. Moi aussi c’est ce que je veux faire. Détruire les idoles, celles d’aujourd’hui : les idéologies, et tout ce qui a été transformé en idéologies, les religions en premier lieu. Qu’elles redeviennent ce qu’elles sont, un moyen de transport pour l’esprit, rien d’autre. Les religions ne sont pas Dieu. Dieu n’est autre que Dieu.

À propos du livre de Trierweiler : la France doit changer de régime

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Paris, avenue des Gobelins, photo Alina Reyes
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La bonne bourgeoisie ayant pour culture le lavage de linge sale en famille, euphémisé en « discrétion », a aussi celle de la saloperie tranquille. Ainsi est l’homme « normal ». Il en prend à ses aises, méprise les pauvres, les femmes, les Arabes, en pensée, en parole, en action, il nuit à autrui de toute la puissance sociale dont il a hérité, confortablement à l’abri des regards.

Oui mais ces derniers temps, que voulez-vous, tout change. Tous ceux que ces nantis pensent n’être que des instruments à leur service, dont leurs employés, ont accès eux aussi à la parole. Ils peuvent écouter ce qu’ont à dire d’autres voix que celle des grands médias, et ils peuvent parler. Ils peuvent dire ce qui est fait, ils peuvent protester, ils peuvent révéler. Et leur parole est une arme, celle de la vérité. Qu’ils soient lanceurs d’alerte ou témoins, voici qu’ils jettent le linge sale sur la place publique. Et alors ? Est-ce à celui qui dit la vérité qu’il faut faire procès, ou à celui qui la bafoue, et bafoue ainsi tout un peuple ?

Les maisons d’édition françaises, depuis près de vingt ans, encouragent les écrivains à raconter leur vie privée. Cela s’appelle de l’autofiction, parfois c’est du témoignage sans fiction, en tout cas cela ne dérange personne au contraire, tant que les personnes évoquées ne sont pas des personnes de pouvoir en vue. C’est alors seulement qu’on commence à trouver qu’il est mal de raconter ce que l’on veut raconter. Or la parole est libre, et elle ne fait pas de différence entre les hommes.

La parole est libre. Personne ne dit rien en lisant des romans inspirés de la vie des auteurs et de leur entourage, on est seulement scandalisé quand ce sont des hommes de pouvoir qui sont décrits. Je n’ai aucune sympathie particulière pour Mme Trierweiler, mais sa démarche est intéressante. Si son témoignage n’avait pas quelque chose de salutaire, il n’aurait pas été publié par cet éditeur engagé, les Arènes, qui publia aussi les livres d’un ancien journaliste de Libération, Denis Robert, qui ne pouvait pas dire dans la presse tout ce qu’il avait à dire.

Je répète : la parole est libre, et elle ne fait pas de différence entre les hommes. Mieux vaut une parole vraie, assumée par son auteur, que la propagande masquée, ou la diffamation souterraine, auxquelles se livrent les hommes en place, sans assumer leur parole faussée et trompeuse.

Marine Le Pen estime que « le livre de Valérie Trierweiler est un déshonneur pour la France ». Ah ben si Le Pen le dit… il ne serait pas étonnant que le contraire soit vrai. Le déshonneur, c’est la propagande qui a porté Hollande au pouvoir, et la suite du mensonge qu’est son mandat.

Ce qui est salutaire dans ce livre, c’est qu’il contribue à ruiner la figure du président, qui l’a très largement ruinée lui-même. La France doit changer de régime.

Il appelle les pauvres, nous dit-elle, les sans-dents. Ah ça ira ça ira… Ne dirait-on pas que le peuple y entend comme un certain « qu’ils mangent de la brioche » ? La Ve République est morte, cela fait quelques années que je le dis. Elle est devenue une espèce de principauté où tout fonctionne selon le fait du prince, pas seulement le fait du président, mais celui de tous les autres princes dominant le peuple de leur sens aigu de la hiérarchie sociale. La démocratie fout le camp, il est temps de changer de régime.

Batailles, guerres et trêve

1regardant sur mon ordi les Gazaouis fêter la trêve qu’ils ont ardemment méritée
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Certains musulmans nous font avec le voile un chantage à l’islamophobie comme certains juifs nous font avec Israël un chantage à l’antisémitisme. De même que critiquer Israël serait être antisémite, critiquer le voile serait être islamophobe. Or le voile ne représente pas plus l’islam que le sionisme ne représente le judaïsme. Il n’est en rien illégitime de considérer que le sionisme et le voile sont des instruments d’oppression, l’un envers les Palestiniens, l’autre envers les femmes. Bien sûr il y a en Israël des musulmans qui trouvent leur compte dans une société qui malgré tout leur offre des opportunités d’étude et de travail, et bien sûr il y a des femmes voilées qui ne sont pas moins libres que des femmes sans voile. Il n’empêche, et j’en ai fait l’expérience, qu’il existe une pression énorme – vraiment énorme – des hommes et de certaines femmes sur les musulmanes pour qu’elles voilent leurs cheveux, voire davantage. Jamais le Coran ne demande rien de tel, le mot cheveux ne s’y trouve même pas. Cette question complètement accessoire, c’est le cas de le dire, est devenue, par une terrible inversion des valeurs, l’emblème, toujours plus hystériquement défendu, de l’islam. Comme si l’islam s’était vidé de toute sa grandeur pour se réduire à des mesquineries, des bassesses spirituelles et intellectuelles, voire à une agressivité défensive qui a tendance à se transformer en ressassement et à paralyser toute vraie pulsion de vie.

J’ai toujours écrit en faveur de la liberté de porter le voile (pas celui qui masque le visage, ce qui me paraît extrêmement incorrect envers autrui), mais je n’ai pas l’intention de perdre la liberté de le critiquer, et d’autant moins qu’il est de plus en plus instrumentalisé.

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En réalité, la politique prime sur la religion, y compris chez la plupart des religieux. Et c’est une bonne chose car les religions ne sont pas la réalité, seulement un voile devant le réel. Les hommes ont le plus grand mal à regarder en face la Vérité, qui est Dieu, c’est pourquoi ils l’habillent de religions qui la rendent abordable. Mais les religions sont aussi des bateaux pour voyager vers la Vérité, de même que la science, l’art, la philosophie – disciplines qui peuvent aussi être des religions. Le plus grand danger qui menace l’humanité est l’idolâtrie. L’idolâtrie de l’argent, de l’apparence, de la religion, toutes choses qui n’ont pas de réalité. La politique est la réalité, et quand s’y mêle l’une de ses idolâtries, il se forme une énorme chimère, une force de mal dévastatrice.

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Dans la barbarie moderne la Machine (administrative du nazisme ou technologique à Hiroshima) tue à la place de l’homme. Elle apparaît comme l’accomplissement de la pulsion de mort mais elle en est surtout le signe. Le signe de ce qui préside aux massacres, que ce soit dans la barbarie contemporaine à la machette ou à la bombe atomique : la négation, l’occultation de l’humanité. Le massacre ne peut avoir lieu sans déshumanisation préalable (par le racisme, l’idéologie politique ou religieuse) des massacrés ou futurs massacrés, et cette déshumanisation transforme elle-même le massacreur en machine.

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Un hebdomadaire catholique promeut, en une, un livre sur Jésus écrit par un auteur qui leur déclare dans un long entretien qu’il ne croit pas en Dieu.

L’un, parmi d’autres, des signes de l’incohérence qui gangrène notre monde. Incohérence et chaos sont deux têtes d’un même Mal dans la bataille mondiale à laquelle nous assistons et prenons part, que nous le voulions ou non, soit dans les forces de mort, soit dans les forces de vie. La démarcation n’est pas entre islam et christianisme, ni entre monde musulman et monde judéo-chrétien, ni entre des cultures, des politiques ou des idéologies. La démarcation entre le camp de la vie et celui de la mort dans ce combat est la démarcation entre la cohérence et l’incohérence dans tous ces systèmes de pensée et de vie.

Les esprits gagnés par l’incohérence qui jette le chaos dans le monde sont comme les ruines de la guerre. L’incohérence est devenue leur royaume, ils perdent un peu plus chaque jour la connaissance, ils en arrivent à juger dans l’inversion. Ils ne savent pas se remettre debout et ils ne le pourront pas tant qu’ils n’auront pas repris le chemin de pensée où les appelle le Seigneur des mondes, le seul qui sache les harmoniser et qui puisse les relever.

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Projetant d’aller en reportage dans ce qu’on appelle les « zones de non-droit », j’ai acheté Valeurs Actuelles pour voir leur enquête de cette semaine sur ces mêmes zones. J’ouvre ce magazine plein d’effroi et de mauvais esprit, et avant d’arriver aux pages qui m’intéressent, je vois un encadré titré « L’image de la semaine » dont la photo est ainsi légendée : « 5000 personnes ont participé à la messe organisée le 13 août par le maire de Béziers, Robert Ménard, pour l’ouverture de la feria. » Ben tiens. Un maire facho qui organise des messes. Le bon vieux temps retrouvé pour tout ce petit monde.

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Je t’appelle Palestine, humble maison de l’Homme,

car où est notre cœur, là est notre trésor.

Tes enfants crient et pleurent entre ciseaux et gomme,

des bombes les effacent ou les jettent dehors.

 

Ô terre convoitée, Palestine aux mains nues

dressée face aux tueurs, ceux qui veulent ta peau,

aveuglés par la rage et toute honte bue.

Ô, écoute la mer baigner tes bons chevaux !

 

Poussière de béton, modernes sarcophages

de milliers d’innocents. Ils se retourneront,

soulevés par la vie d’un peuple mis en cage

et bondissant, iront enterrer Pharaon.

 

Ô jeune Palestine marchant sur les décombres

vers où tes oliviers t’appellent de leurs vœux,

tu troues sur ton passage les très épaisses ombres

de la nuit, annonçant l’aube des jours heureux.

 

Petite fiancée du ciel, petite mère,

tu auras, épousée, des enfants plein les bras.

Nés d’un déchirement et nourris de lumière,

ils montreront la paix aux hommes d’ici-bas.

 

*

Petit pays au cœur du monde,

pays dépouillé de pays

comme l’enfant, mains sur les yeux,

se sent devenu invisible.

 

Terre sur laquelle le monde

des hommes qui ont un pays

ou même cent, ferme les yeux

afin de la rendre invisible.

 

Peuple palestinien, le monde

qui t’a dérobé ton pays

ne peut pas marcher droit, les yeux

rempli de ton sang, si visible.

 

Nous mangerons des roses, monde,

au paradis, notre pays,

et tu supplieras dans nos yeux

le feu sans fin de l’Invisible.

*

Quand va mourir le porc

la terre puera-t-elle

un peu plus, un peu moins ?

L’odeur de son cadavre

pourrait-elle être pire

que celle de sa bauge ?

Une chose est certaine :

elle ne durera

pas beaucoup plus longtemps

et peut-être bien moins.

 

*

Des hommes embourbés

jusqu’en haut des mollets

pataugent et s’enfoncent

dans leurs membres pourris.

Leurs aïeux, dans le temps,

firent de grandes guerres,

ignobles déjà.

Les leurs sont aujourd’hui

mesquines et honteuses,

dissimulées, lâches

surtout.

Ils n’ont pas de charpente,

leur toit est cache-sexe

Ils n’ont ni jambes ni

colonne vertébrale

Pas de main que l’on puisse

en confiance serrer

Des paroles tordues

Des yeux dans lesquels nichent

des serpents.

Des hommes habillés

de bêtise et de morgue

des hommes pleins de mort

rampent avec des mouches

aux ventres gras partout

où ils trouvent pitance.

Ils cherchent les vivants

pour manger sur leur dos

Ils s’empiffrent en tuant

et crèvent dans leur faim,

à jamais dévorés.

*

Le phénomène EI peut être considéré comme une forme de la volonté d’impérialisme qui se manifeste et s’est manifestée dans maints peuples et maintes fois dans l’histoire. L’impérialisme, le désir d’exercer un empire sur l’autre, est un fléau de l’esprit humain, tant dans l’existence individuelle que dans celle des peuples. Il prend et a pris au cours des siècles, sur tous les continents, la figure de conquêtes, de colonisations, d’occupations, de génocides, de déculturations… Toujours au prétexte d’imposer « la civilisation », qu’elle soit issue d’idéaux ou de religions. L’impérialisme est un blasphème, son sens profond et caché étant la volonté de l’homme de se substituer à Dieu pour refaire le monde et l’histoire selon son propre arbitraire, pour imposer sa volonté à autrui alors que Dieu seul a droit sur l’homme.

*

Quelles que soient les forces de régression à l’œuvre, le mouvement de la vie, qui va vers l’avant, est irrépressible : les femmes iront dans le sens de leur libération, les hommes iront dans le sens de leur libération, les peuples iront dans le sens de leur libération. Ceux qui ne veulent et ne voudront pas suivre la voie de la vie tomberont dans la mort. Telle est la Loi, la première et la dernière.

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De fait, Israël et l’Occident se servent l’un de l’autre comme boucliers humains. Au sens spirituel du terme, puisque dans les faits ils se protègent l’un l’autre par leurs moyens technologiques, leur force de frappe et de propagande. Mais ce dévoiement spirituel ne peut que les conduire à leur mort, ou du moins à leur extinction en tant que tels, en tant que puissances impérialistes et coloniales.

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Savourer la vision de la paix, la joie de la paix. Tel l’amoureux, l’amoureuse aux premiers temps de son amour. Savourer pleinement cette grâce, afin d’avoir la patience et le courage de poursuivre le chemin jusqu’au moment des noces, de l’accomplissement. Préparer la maison, la construire apte à se remplir de vie, d’enfants, de joie, d’amour, de paix.

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Certains médias qui occultent ou minimisent la paix de ce matin à Gaza, ceux qui la boudent, ceux qui en parlent comme contraints et forcés, se retrouvent, certains secrètement pro-israéliens, d’autres prétendument pro-palestiniens, dans le même panier : celui de ceux qui faisaient semblant d’aimer la paix mais ne désiraient en fait que la continuation de l’état de fait, le rapport dominant-dominé, qui tuait, et dont tout le mal qu’il faisait pouvait être instrumentalisé à merci, leur permettait d’exacerber des propagandes en vérité malhonnêtes, des rancœurs destructrices. Eh bien oui, c’en est fini pour le moment des facilités de la guerre à distance, maintenant vient le plus difficile, la paix à accomplir. Le plus difficile, et le plus beau, le plus exaltant, le plus vivant.

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« Heureux les pauvres de coeur, les assoiffés de justice… le royaume de Dieu est à eux. » Jésus. Les Gazaouis, les Palestiniens et ceux qui les aiment ont le coeur en joie. Les autres, les radins de coeur et les jamais rassasiés d’injustice, à l’annonce de la paix tirent la gueule. En fait, c’est un petit supplément de joie pour nous qui ne lésinons pas sur la fête : une preuve que nous sommes dans le vrai !

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Trêve, levée partielle du blocus et tractations en cours pour la suite : je salue la si longue et si courageuse résistance des Gazaouis. Celle des Palestiniens, et le soutien de millions de personnes de tous peuples dans le monde. Je salue l’intelligence de toutes les parties qui sont arrivées à conclure ce premier accord, et je leur souhaite de conserver courage et raison pour tout ce qui reste à faire afin de construire la justice et la paix.

Peuple de Palestine et peuple d’Israël, tendez-vous la main par-dessus tous ceux qui, dans le monde ou parmi vous, seraient satisfaits de voir se perpétuer votre division. En vérité vous êtes frères, vous vivez côte à côte depuis tant de siècles souvent paisibles, et maintenant depuis tant de décennies meurtrières, mais qui ne vous condamnent ni à la guerre ni à la haine éternelles. Un jour vous serez réunis, et c’est ensemble que vous serez forts, que vous ne serez plus l’un et l’autre les otages du monde, qui de toutes parts instrumentalise votre tragédie pour conforter ses propres intérêts. Pour le monde vous ne serez plus cette icône de la dissension dont il se sert cyniquement, mais un exemple et une lumière.

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Ce n’est qu’un début. Le fait est qu’Israël doit savoir que sa situation n’est plus la même qu’en 2012. Jusque là il pouvait faire plier la résistance armée. Aujourd’hui il ne bénéficie pas de soutiens aussi forts de la part des États-Unis et de l’Europe, et son image s’est considérablement dégradée aux yeux des peuples du monde, qui pourraient se soulever encore bien davantage pour la Palestine. Son intérêt est à changer radicalement de politique.

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Les pro-israéliens, et parmi eux spécialement les plus lâches, ceux qui n’osent pas s’afficher ouvertement comme tels, sont décontenancés par l’annonce de première victoire du Hamas, parce que toute leur existence est fondée sur le fait de se mettre prudemment du côté du plus fort. Or, voici qu’on en vient à douter de qui est le plus fort.

La vérité est la plus forte, les Palestiniens et leurs amis ne cessent de le leur répéter. S’ils avaient écouté, ils ne feraient pas si triste mine aujourd’hui. Et peut-être plus triste encore demain, quand les Français et autres lécheurs de bottes des États-Unis verront qu’ils comptent finalement bien peu pour leur maître américain, par rapport à l’Asie.

Quand les chrétiens pourront péleriner librement en Palestine, sans check-points, ils pourront remercier le Hamas et la Résistance gazaouie d’avoir initié le travail que personne ne les a aidés à faire.Les chrétiens pourront se souvenir que du fait de cet isolement où ont été laissés lâchement les Palestiniens, ces derniers auront payé la libération de ces terres, pourtant chères aussi aux chrétiens, de milliers de martyrs, dont des milliers d’enfants. Et s’il ne leur était pas aussi facile qu’ils le voudraient de pratiquer leurs cultes chrétiens sur ces terres, ils ne pourront pas s’en plaindre.

S’ils ont un sens politique, lorsque les jeunes chrétiens d’aujourd’hui pourront aller péleriner librement à Bethléem et ailleurs en Palestine, sans impossibilité comme ce fut le cas cet été, ils auront honte de leurs parents qui n’auront rien fait pour aider à la libération de ces terres qui sont également chrétiennes. Ils comprendront qu’ils doivent cette libération au sacrifice d’un peuple palestinien musulman et à la bonne volonté des opposants israéliens arabes et juifs à la politique d’extrême-droite d’Israël – une droite israélienne à côté de laquelle le Front National a l’air d’un aimable parti de gauche, comme le disent les intellectuels israéliens dotés de conscience. Ils auront honte de ceux qui n’ont rien fait ni rien dit contre ces colonialistes âpres et sans scrupules, voire sanguinaires, comme en commémorant la libération de Paris ceux qui ont une conscience politique n’oublient pas la honte française de la collaboration.

 

De l’autre côté

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chez nous, photo de moi par Sydney, revue par moi

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Les cimetières de Gaza débordent. Les pèlerins ne vont plus à Jérusalem. Tant que la Terre Sainte est soustraite au monde, le monde est dans la nuit, il ne trouve pas le tombeau vide, et la lumière de la résurrection, enfermée, lui manque.

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La soumission ou la mort : chantage à la force brute d’Israël.

Que la communauté internationale cesse de jouer les éplorées. La demande de levée du blocus et de libération des prisonniers palestiniens est légitime. Rien ne sert de jeter la pierre au Hamas, il faut faire pression sur Israël afin qu’il se rende à la raison et cesse son oppression. Sinon c’est le retour à la situation antérieure, invivable, jusqu’au prochain massacre. Quand se décidera-t-on à exiger l’application du droit, en condamnant Israël par tous moyens au lieu de continuer à être son allié ? Israël ne peut rien sans la complicité internationale. La seule solution est de mettre en œuvre l’application du droit, en accompagnant cette mise en œuvre d’un soutien diplomatique à toutes les parties concernées. Le monde qui a créé Israël de toutes pièces est responsable de ce que fait Israël et a le devoir absolu de mettre fin à ses abus et à ses crimes.

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La légende juive du Golem, être artificiel fait de glaise pour servir d’aide à celui qui le façonna, illustre bien le problème d’Israël.

Israël est le Golem que l’Occident a façonné à partir de la terre de Palestine.

Le front du Golem porte le mot meth, « mort », par effacement d’une lettre du mot emeth, « vérité ».

Toujours dans la légende, le destin du Golem, qui ne cesse de grandir, est de redevenir poussière. C’est la responsabilité de son créateur de stopper sa créature avant qu’elle ne soit complètement incontrôlable.

Le destin d’Israël est de redevenir terre commune et équitable pour tous ses habitants, musulmans, juifs, chrétiens ou autres. Que cesse la mort et que règne la vérité, condition de la paix.

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Palestine, tu es et nous sommes avec toi le jeune monde. Le vieux monde est tel un patriarche qui, désobéissant à Dieu, s’emploierait à sacrifier son enfant : il veut empêcher le jeune monde de se développer. Mais telle est la loi de Dieu : même si les hommes essaient de faire régner leur propre loi injuste et morbide, ce qui gagne toujours, c’est ce qui va dans le sens de la vie.

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« Combien de guerres faudra-t-il aux Palestiniens pour comprendre qu’on ne lutte pas indéfiniment contre plus fort que soi ? », dit un commentaire sur la page du journal Le Monde. Si nous n’avions eu que des collabos de cette sorte, la France serait toujours occupée par l’Allemagne nazie. Mais à la lâcheté immonde d’une telle réaction, emblématique de celle de beaucoup de conformistes, s’ajoute sa bêtise : car se ranger prudemment du côté du plus fort, c’est oublier que rien n’est plus renversable que le rapport des forces, surtout quand il est défavorable à ce qui est juste. Tout simplement parce que le mal, l’inique, ne sont pas viables, et font venir d’eux-mêmes leur propre mort. La vie n’avance que dans un équilibre de justice. La maladie tue. Le mauvais finit toujours par tomber dans le néant, à quoi il appartient. Et quand justice n’a pas été faite du vivant des hommes, elle vient d’autant plus éclatante plus tard, pour leur descendance et quant à leur mémoire.

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« Il en est des amours comme des empires ; que cesse l’idée sur laquelle ils reposent et ils s’effondrent avec elle » dit Milan Kundera dans L’insoutenable légèreté de l’être. L’idée du colonialisme est morte depuis quelques décennies, il n’en reste que ses fantômes, le néo-colonialisme et le sionisme. Ils sombreront fatalement aussi, et les empires qui reposent sur eux feraient bien de songer à se reconvertir dès maintenant à une autre idée sur laquelle se fonder.

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Palestine, quelque chose de grand, fort, plein de joie et plein de vie va venir de toi.

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Dans leur malheur les chrétiens d’Irak ont au moins la possibilité de fuir, ce qui n’est pas le cas des Gazaouis. Et l’ensemble des Palestiniens, s’ils voulaient échapper à l’oppression d’Israël qui dure depuis plus de soixante ans, devrait fuir aussi. Israël comme l’EI ne leur laisse pas d’autre choix. Ils ont choisi de supporter tout en se battant contre l’oppresseur, afin de ne pas le laisser s’emparer totalement de leur pays. La difficulté est d’autant plus grande pour les Palestiniens que tout l’Occident, à commencer par les États-Unis, soutient leurs oppresseurs. Les Arabes ne les aident pas non plus, ou seulement du bout des doigts, d’un peu de charité.

Car en fait les forces en jeu sont celles de l’argent et de la domination contre celles de la vérité, de la vie, de la dignité. Il s’agit d’un même combat ici et là, et il est mondial. Dans ce combat, au-delà des apparences, EIIL et Israël servent le même camp, celui de l’empire qui, en soutenant d’un côté, frappant de l’autre, ne cherche qu’à consolider sa mainmise sur les richesses dont il spolie les peuples – avec la nécessaire bénédiction de sa propagande, fondée sur l’affirmation implicite de sa supériorité judéo-chrétienne, par laquelle il s’octroie tous les droits.

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C’est un mouvement irrépressible qui pousse les Israéliens depuis 1947 à tout faire pour empêcher la création d’un État palestinien afin de pouvoir s’étendre toujours davantage, jusqu’à gagner l’ensemble de ces terres qu’il considère comme siennes de droit divin. Gandhi en personne se serait-il chargé de l’affaire, rien n’y aurait changé. Ce double mouvement d’extension de l’État juif et d’anéantissement de la Palestine est irrépressible parce que personne au monde ne le réprime, d’autant qu’il est emblématique de la suprématie de l’Occident sur le Moyen Orient, que les puissances de l’argent veillent à garder incontestable. Personne ne lutte contre cette énorme iniquité, sauf le petit peuple palestinien, armé de cailloux et de roquettes artisanales. Et armé de son bon droit, aux yeux de la Vérité et de la Justice, et aux yeux de tous les peuples du monde, de plus en plus conscients de l’enjeu en cours, d’autant qu’ils sont eux-mêmes les victimes de ces mêmes puissances de l’argent qui règnent en parasites sur l’humanité, la nature et l’esprit, et méprisent l’humain et sa dignité.

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Je lis cette question d’une internaute qui défend le pape François : « croyez-vous qu’il soit un mauvais pape ? »

Mais la bonne question à poser est : croyez-vous qu’il serve le bon, ou le mauvais ?

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L’Église et son éternelle leçon de moraline. L’Église est au moins aussi corrompue et gangrenée par le mal que le monde, mais elle fait la leçon au monde ! L’honnête Ettore Tedeschi, qui fut renvoyé de l’IOR pour avoir tenté de le nettoyer, et renvoyé de façon brutale et particulièrement ignoble, avec menaces et calomnies, n’a toujours pas reçu de réponse à ses demandes réitérées de rencontrer le pape. Ce n’est pas anecdotique, c’est symptomatique. D’un côté les puissances du mal, de l’autre celles du bien – et ce sont ces dernières qui sont maltraitées, voire persécutées et mises à l’écart.

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Comme baptisée, je me sens proche des chrétiens orthodoxes et catholiques. Mais beaucoup plus proche, toujours dans l’esprit du Christ, des musulmans, des bouddhistes ou des taoïstes que des chrétiens évangéliques. Ceux d’entre eux, très nombreux, qu’ils soient protestants ou catholiques, qui font du prosélytisme partout dans le monde avec des méthodes intellectuellement malhonnêtes, sont particulièrement néfastes pour tous, y compris les chrétiens. Une grande part de la persécution des chrétiens leur est imputable, comme une grande part de l’islamophobie est imputable aux islamistes. Malheureusement comme ces gens, avec leur spiritualité dévoyée, idolâtrique de la « réussite » et de l’argent, en suscitant le sentimentalisme et l’obscurantisme des foules, ont beaucoup de succès et ramassent beaucoup de gens, l’Église catholique les courtise – et plus que jamais depuis qu’elle est aux mains du pape argentin. Ce qui passe pour de l’habileté politique est souvent le signe d’une grande faiblesse d’esprit. Et la faiblesse d’esprit, en fin de compte, ne donne rien de bon.

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Nun. La lettre arabe dont l’EI se sert pour marquer les maisons des Nazaréens (chrétiens) est aussi la première lettre du mot qui donne son titre à la dernière sourate du Coran, et du dernier mot du chacun des versets de cette dernière sourate, et du dernier mot du Coran : Nas, les hommes. La lettre Nun est en vérité le signe de toute l’humanité. Face à Celui qui est « l’Alpha et l’Oméga » (Apocalypse 1, 8), « le Premier et le Dernier » (Isaïe 44,6 et Coran 57, 3).

La vie afflue

Quel rêve puissant j’ai fait ! Tour à tour dans la montagne la nuit sous la pluie, chez moi là-haut la montagne avec sa terre sa roche sa forêt son ciel comme mon propre corps, et de grands camions clairs dans le chemin portant leur cargaison inconnue dans des maisons, et aussi à l’aube dans le désert splendide trouvant les cailloux laissés au sol par un camp de pèlerins voyageurs réunis un peu plus loin très nombreux pour prier, désert se couvrant ensuite de végétation, un fleuve puissant passant au milieu, des chevaux courant dans l’eau et marchant à leur suite dans le courant, de l’eau jusqu’à la ceinture, un jeune couple, homme et femme avec leur bébé, puis me voici dans une maison en roseaux pleine de pièces et de vie, où habitent des jazzmen d’Afrique – je suis eux, et de nouveau chez moi là-haut à la montagne et partout…