
Alina Reyes
*

Alina Reyes
*

photo Alina Reyes
Je trouve ici ces deux merveilleux hadith : « Le jeûne est la moitié de la patience » et « La patience est la moitié de la foi ». J’ajoute : et connaître la patience, la vraie humble, confiante et paisible patience, c’est entrer dans la béatitude.
Entendre parler des choses de Dieu ne met-il pas en joie ? Or notre monde sans cesse s’emploie à rabaisser la Sagesse de Dieu en sciences humaines dépourvues de grâce. Aucune religion n’est l’ennemie de l’autre, au contraire, si les unes et les autres veulent bien se retrouver sur la place de l’universelle et pleine de grâce Sagesse de Dieu.
*



cet après-midi à l'Institut du Monde arabe, photos Alina Reyes
*

tout à l’heure à l’Institut du Monde arabe, photo Alina Reyes
À l’Institut du Monde arabe il faisait frais comme dans un mirage. Mais je suis si complètement unie au ciel que j’ai pied absolu sur toute terre. Au long du parcours les musiques discrètes m’ont ravie en extase. Et les motifs géométriques, les astrolabes, l’écriture poussière. Les croix dans des cercles, les chandeliers à sept branches, le feu à la porte du ciel. Je n’ai jamais vu, ni de près ni de loin, un homme ou une femme qui connaisse le « ciel », mais je vois que c’est l’entière communauté des hommes qui en a connaissance, comme l’abeille a être par la ruche. Individuellement ils sont aveugles. Ils vivent selon le monde, selon des intérêts, non selon le tout, dans la gratuité parfaite. C’est pourquoi ils ne peuvent connaître le vrai ni le comprendre ni l’accueillir ni le saisir, comme le dit saint Jean des ténèbres par rapport à la Lumière. En ce moment même le ciel a les yeux grand ouverts, nous nous regardons dans les yeux et il m’embrasse sur la bouche.
*

Alina Reyes
*

à Istanbul. Photo Alina Reyes
Je me lève, je vois dans la glace mes seins moulés par le motif panthère de mon gilet en coton. Je suis allée voir un spectacle de danse, le théâtre était comble et à la fin la salle était debout, à applaudir frénétiquement. Ce n’était pas mauvais, mais de là à déclencher un tel enthousiasme… Les gens sont-ils à ce point en manque de vie ? Une autre fois je suis allée au cinéma, où je ne vais quasiment plus, voir un film encensé tant par la critique que par les spectateurs. Pas mal fait, en effet – à part ça, néant. Parce qu’il ne faut pas désespérer Billancourt, ni Saint-Germain-des-Prés ni le Marais, aux autres je dis : « oui, c’est un bon film ». Idem pour les expos, ou les très bons livres, tout ce qui fait la culture de l’homme d’aujourd’hui. Immensément plus vives et plus puissantes sont celles du Moyen Âge, ou de l’Antiquité, ou des aborigènes australiens, par exemple. Mais l’homme moderne ne sait plus ce qu’est la vie. L’homme moderne a des idées complètement faussées sur l’être, sur le soi, sur Dieu. Ceux qui sont aptes à savoir ont au moins un gilet à capuche, comme le mien.
(extrait d’un livre en cours d’écriture)

Alina Reyes
*

photo Alina Reyes
« … ce grand nombre de livres voilés de tant de mystères. Ces forêts sacrées n’ont-elles pas des cerfs qui s’y retirent, qui s’y promènent, qui y paissent, qui s’y reposent, et qui y ruminent ? » Saint Augustin
*

Alina Reyes
*

Alina Reyes
*

photo Alina Reyes
Si seulement ils connaissaient un tout petit peu Dieu, s’ils avaient seulement un commencement de foi, ils ne se croiraient pas obligés de faire son job à sa place. Comme ils croient qu’il n’existe pas, ils s’y collent, veulent imposer des choses et des épreuves aux autres, qu’ils prennent pour leurs créatures, trafiquent la création et le créé à défaut de pouvoir créer, mentent énormément, s’empêtrent dans une fuite en avant pathétique, qui n’empêche évidemment pas le sol de se dérober sous leurs pieds.
Mais c’est qu’ils ne voient pas comment faire autrement ! Ils ont les paupières collées, les malheureux. Puisqu’ils n’ont jamais vu Dieu. Je ne demande qu’à voir, me dit un jour l’un d’eux, qui venait de participer à un coup tordu. Eh bien Père, si vous voulez voir, commencez donc par renoncer aux diableries, si petites semblent-elles (vous ne connaissez pas leur grandeur), et purifiez votre cœur. Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. Qu’est-ce à dire, voir Dieu ? Voir la Vérité, et la vivre. Comment cela vient-il ? En embrassant le réel, le cœur pur. Ils sont abstinents du réel parce qu’ils en ont peur, ils vivent dans un ersatz de réel, dans des limbes où la relation humaine est entachée de cachotteries, de non-dits, de veules sinuosités, voire de manipulations et de mensonges. Et c’est dans ces limbes qu’ils veulent attirer les hommes, en leur promettant le Royaume. Imposteurs.
Ensuite bien sûr il devient plus que jamais hors de question d’accepter de voir Dieu face à face. D’assumer le fond de son être, son système, ses actes. Ce qui est du démon ne connaît pas Dieu, mais en a tout de même peur, comme le vampire a peur de la lumière du jour. Pourtant, si ce n’est en ce monde, le face à face est tout de même inéluctable, et rien ne sert de le retarder, bien au contraire. C’est par souci de leurs âmes que nous les appelons à changer de comportement, radicalement.
*

Alina Reyes
*