Ramadan, Cahuzac, et autres hyènes de l’actualité

paris post 13 nov,,
photo Alina Reyes

photo Alina Reyes

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Tout sonne faux dans l’affaire Ramadan. D’abord lui, tartuffe avéré, manipulateur et piètre intellectuel comme tant d’autres piètres intellectuels médiatiques dont toute l’habileté consiste à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Et son entourage, ses défenseurs – soit fourbes, soit, plus souvent, dupes. Mais aussi ses accusateurs, tous plus préoccupés de son influence politique que de ses abus sexuels, lesquels ne leur servent que de prétexte pour tenter de le neutraliser – une méthode lâche, antidémocratique et méprisable pour se débarrasser de quelqu’un dont on ne sait pas combattre les idées et l’influence par la pensée et l’action.

L’actualité ressemble à un combat de hyènes. J’ignore si les hyènes combattent, ces animaux paraissent si lâches – mais les combats de tant de célébrités en tous genres sont tout aussi lâches, ne présentant jamais ni leur vrai visage ni le vrai visage des combattants. Pour en revenir à Ramadan, le voilà maintenant, au bout de quelques jours derrière les barreaux, paraît-il malade et très affaibli. Il aurait dû apprendre à prier avant de se retrouver en difficulté, il s’en sortirait mieux et surtout plus dignement ; son attitude ressemble à celle de Cahuzac se répandant en confidences ignobles au tribunal sur ses désirs de suicide. À quoi comparer les escrocs de la finance ou de l’esprit qui, pris la main dans le sac, essaient de provoquer l’apitoiement sur leur malheureuse personne ? Je ne vois nulle bête qui se conduise de façon aussi méprisable.

Au moment où j’écris cette note, c’est la nuit, il pleut, il fait froid. Macron a reconnu n’avoir pas réussi à mettre à l’abri ceux qui dorment dehors. Encore une phrase trompeuse, honteuse : qu’a-t-il fait, qui n’aurait pas réussi ? Rien n’a été fait. Le portefeuille à la place du cœur sert de pensée à ce gouvernement, à ses soutiens, à ses pareils. Nouvelle fusillade dans une école, en Floride, on déplore de nombreux morts.

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Tariq de Sade, marquis de Ramadan

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Sade par Man Ray

Sade par Man Ray

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Tels les marquis enfarinés et emperruqués d’antan, les privilégiés de ce monde en pleine révolution (contre-patriarcale) attirent par leur brillant de surface et plus profondément, par la compassion que leur misère suscite. Car derrière la poudre aux yeux jetée, ce sont des trous, des corps sans être, sans vérité, sans vie. Une jeune écrivaine raconta il y a quelques années comment son amant, célèbre présentateur télé, lui pissa dessus dans la baignoire. Elle ne dit pas qu’il y eut viol, mais comme dans l’un des viols dont est accusé Tariq Ramadan, le geste est emblématique de ce genre de personnages dont toute l’existence consiste à faire d’eux-mêmes des idoles, des choses mortes, pour lesquelles les vivants seront aussi des choses – qu’ils marqueront comme des chiens, animaux domestiques par excellence. Comme l’a très bien vu Man Ray, Sade est emmuré en lui-même. Faire du mal et souiller est leur satisfaction, qu’ils exercent en quelque sorte poliment, derrière des murs, à l’abri des regards et en prenant garde à ne pas saccager la pièce, contrairement à certains rockers peu soucieux de leur bonne réputation et peu respectueux du ménage.

La théologie dans le boudoir. L’enjeu autour de Tariq Ramadan est trop politique pour que les articles et les accusations soient tout à fait nettes. De sa victime que les médias ont affublée d’un prénom grossièrement chrétien, Christelle, bien qu’elle soit musulmane (serait-elle également victime d’une guerre idéologique via les médias ?), « À 14 ans », nous dit-on dans Vanity Fair, « elle est marquée par sa lecture du Prince de Machiavel, «  pour sa lucidité froide et mathématique sur le fonctionnement des êtres humains  ». À 15 ans, par Le Discours de la méthode de Descartes et L’Art de la guerre de Sun Tzu.» Ah. OK. C’est un article de journalisme, ou une fiction plagiant notamment la scène de roman évoquée plus haut et présentée comme un article ? Les initiales de Fake News sont FN, tiens.

Quoi qu’il en soit, un fait au moins est tout à fait certain : il y a plusieurs années j’ai vu sur Facebook une photo de Ramadan en caleçon assis sur un lit, prise par l’une de ses conquêtes de passage (c’était peut-être déjà Henda Ayari) : Ramadan est un Tartuffe, c’est-à-dire si l’on suit bien Molière non seulement un hypocrite mais aussi un manipulateur et abuseur qui opère en se faisant aduler.

J’ai décrit ce genre de marquis mort-vivant dans un livre, Forêt profonde. Ceux qui sont condamnés, pour une raison ou une autre, à ne déchaîner leur violence que mentalement sont aussi légion, et au moins aussi malfaisants. La révolution des femmes et des hommes avec les femmes se charge de les faire tomber, les uns aujourd’hui, les autres un autre jour.

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