Odyssée, Chant III, v.331-372

Homère, Odyssée, Chant 3 (texte grec)

Une œuvre de Seth hier à la Butte aux Cailles, photo Alina Reyes

Une œuvre de Seth hier à la Butte aux Cailles, photo Alina Reyes

Nous en étions au moment où Athéna allait répondre à Nestor. Voici la suite de leur dialogue, au terme duquel elle s’envole sous la forme d’une orfraie – à la stupéfaction des personnes présentes, qui ont cru écouter le vieil homme dont elle avait pris l’apparence et voient partir un oiseau.
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« Ô vieillard, tu as exposé les choses avec justesse.
Allons, coupez donc les langues et mêlez le vin,
Qu’à Poséidon et aux autres immortels nous fassions
Les libations, puis songions à nous coucher ; car il est l’heure.
Déjà la lumière disparaît sous les ténèbres ;
Il ne faut rester assis au banquet des dieux, mais partir. »

Ainsi parle à haute voix la fille de Zeus ; ils l’écoutent.
Des hérauts versent alors de l’eau sur les mains,
Des garçons couronnent les cratères de vin
Et pourvoient à la distribution des coupes pour tous.
On jette ensuite les langues au feu, on se lève et verse
Les libations. Cela fait, on boit selon son désir.
Athéna et Télémaque beau comme un dieu
Veulent tous deux retourner sur leur nef creuse.
Mais Nestor les en empêche en leur adressant ces paroles :

« Que Zeus et les autres dieux immortels me préservent
De vous laisser partir de chez moi sur vos nefs rapides
Comme si j’étais vraiment sans vêtement, un indigent
Qui n’aurait dans sa maison ni tapis ni couvertures
Pour pouvoir y dormir mollement, et lui, et ses hôtes.
Mais le fait est que moi j’ai de beaux tapis et couvertures.
Assurément non, jamais le cher fils du héros Ulysse
N’ira dormir sur le plancher d’un bateau tant que moi
Je vivrai, et après moi je laisserai dans mon palais
Mes enfants, qui recevront les étrangers qui y viendront. »

Ainsi lui répond la déesse, Athéna aux yeux de chouette :

« Tu as bien parlé, cher vieillard, et il convient
Que Télémaque t’obéisse : ce sera beaucoup mieux.
Il va donc maintenant plutôt te suivre, afin de dormir
Dans tes appartements. Moi je vais sur notre noire nef
Rassurer nos compagnons et détailler les consignes.
Car j’ai l’honneur d’être le plus âgé d’entre eux.
Les hommes qui nous assistent par amitié sont plus jeunes,
Tous ont à peu près l’âge de Télémaque au grand cœur.
Je m’en vais donc maintenant dormir dans notre nef creuse
Et noire. Puis à l’aube j’irai chez les magnanimes
Caucones, recouvrer une dette aussi ancienne
Qu’importante. Quant à Télémaque, puisqu’il est ton hôte,
Envoie-le en char avec ton fils, et donne-lui
Des chevaux, les plus lestes et les plus puissants que tu aies. »

Ayant ainsi parlé, Athéna aux yeux brillants s’en va,
Sous l’aspect d’une orfraie. À cette vue, tous sont stupéfaits.

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Le texte grec est ici
ma traduction entière du premier chant , du deuxième chant
à suivre !

Haïkus dans la ville

haikus dans la rue 7-min

L’année dernière, je collais dans la ville des post-it où j’avais copié des citations de poètes. Hier et aujourd’hui, munie de feutres acrylique, j’ai commencé à écrire des haïkus dans la ville. Le premier que j’y ai écrit est le premier haïku que j’ai écrit, il y a quelques années, le seul ou l’un des seuls que j’ai écrits sans respecter le rythme 5-7-5 pieds. Celui-ci :

haikus dans la rue 1-min

Ensuite l’un de mes feutres m’a aussi servi à mettre un petit cœur vert sur une affichette laissée par le collectif Les Morts de la Rue, à un endroit où des personnes sans abri s’assoient souvent. En hommage à Brice, à tous ceux et toutes celles qui dorment dehors, y compris les migrants violentés avant-hier par la police place de la République.

brice-min
brice,-min

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Puis aujourd’hui j’ai écrit çà et là d’autres haïkus, inventés l’après-midi même.

haikus dans la rue 2-min Louve solitaire / Millions de loups dans la ville / déserte et peuplée

haikus dans la rue 3-min Arbres dans les rues / Pendant les nuits sans personne / ils partent en balade

haikus dans la rue 4-min Brindilles tressées / Le vieux nid dans l’arbre nu / où siège le ciel
haikus dans la rue 5-min
haikus dans la rue 6-min

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mes nombreux haïkus précédents, publiés ici

à suivre

Odyssée, Chant III v. 301-330 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 3 (texte grec)-min

"Nicht Schlafen", collage

« Nicht Schlafen », collage

En ce moment je regarde des séries finlandaises. Elles sont très bien faites et les personnages de femmes y sont fortes et libres, mentalement et physiquement. Cela ne date pas d’hier sans doute, on sait que dans ces terres du nord de l’Europe ont été retrouvées des tombes de guerrières et de cheffes, et je me souviens aussi des puissantes femmes du Kalevala. C’est d’un grand soutien dans ce pays, la France, encore si latin, si peu égalitaire, si raide et empoté dans les relations et les conventions sociales. Ces pays, ces peuples devraient être davantage un exemple pour nous.

Nous en sommes à la troisième et dernière partie de ce discours de Nestor à Télémaque, la voici :
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Tandis que Ménélas, amassant beaucoup de vivres et d’or,
S’élançait avec ses nefs parmi des humains d’autres langues,
Égisthe resté chez lui machinait ses perfidies.
Sept ans durant il régna sur Mycènes riche en or,
Ayant tué l’Atride et soumis le peuple à son joug.
Mais la huitième année, pour son malheur, le divin Oreste,
Revenant d’Athènes, tua l’assassin de son père,
Le fourbe Égisthe, meurtrier de son illustre père.
L’ayant tué, il donna aux Argiens le repas funèbre
Pour son odieuse mère et pour le lâche Égisthe.
Le même jour, revint Ménélas au vaillant cri de guerre,
Chargé d’autant de richesses qu’en pouvaient porter ses nefs.
Et toi, mon ami, n’erre pas plus longtemps loin de chez toi,
Que ces arrogants n’y dévorent pas tous tes biens
En festoyant, rendant ainsi ton voyage inutile.
Pour ma part je te conseille vivement d’aller
Chez Ménélas. Il vient de revenir de l’étranger,
De contrées dont nul parmi les hommes n’espère en son cœur
Revenir, une fois égaré par les tempêtes
Sur une mer si vaste que pas même les oiseaux
Ne la passent dans l’année, tant elle est grande et terrible.
Mais pars donc maintenant avec ta nef et tes compagnons.
Si tu veux y aller à pied, voici un char, des chevaux,
Voici aussi mes fils, qui te serviront de guides
Jusqu’en la divine Sparte où est le blond Ménélas.
Prie-le alors de te parler avec sincérité ;
Il ne te mentira pas, car c’est un homme sensé. »

Ainsi dit-il. Et le soleil plonge, l’obscurité vient.
Parmi eux, Athéna aux yeux de chouette prend la parole :

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le texte grec est ici
dans ma traduction le premier chant entier , le deuxième
à suivre !

Odyssée, chant III, v. 276-300 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 3 (texte grec)-min

Institut de Paléontologie Humaine, à Paris, photo Alina Reyes

Institut de Paléontologie Humaine, à Paris, photo Alina Reyes

« …et une petite pierre brise / Les grandes vagues. C’est là qu’ils arrivent, les hommes, / Fuyant avec peine la mort. Et les vagues brisent / Leurs nefs sur les écueils »

Voilà la grande poésie de l’Odyssée. Et voilà donc la suite du récit de Nestor, dont nous verrons la fin la prochaine fois.
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*
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Pendant ce temps, revenant de Troie, nous naviguions ensemble,
L’Atride et moi, avec l’un pour l’autre une même amitié.
Mais en arrivant au Sounion, cap sacré des Athéniens,
Apollon le Brillant, allant au pilote de Ménélas,
Lui porta de ses traits une mort douce et soudaine,
Alors qu’il avait en mains le gouvernail de la nef
Qui courait sur les eaux. C’était Phrontis, fils d’Onétor,
Le meilleur pilote parmi les humains dans les tempêtes.
Ménélas fit halte là, quoique pressé de poursuivre,
Le temps d’enterrer son compagnon et de l’honorer.
Mais quand, repartant à la course sur la mer lie-de-vin
À bord de ses nefs creuses, il parvint au mont élevé
Des Maléens, alors Zeus qui voit au loin lui prépara
Un affreux voyage, faisant retentir des vents sifflants,
Nourrissant des vagues énormes, telles des montagnes.
La flotte est dispersée, il en pousse une partie en Crète,
Où vivent les Cydoniens, sur les rives du Iardanos.
Il y a dans la mer une haute roche lisse,
À l’extrémité de Gordyne, dans les eaux bleu sombre.
Là le Notos fait monter de grandes vagues à gauche
Du cap de Phaestos, et une petite pierre brise
Les grandes vagues. C’est là qu’ils arrivent, les hommes,
Fuyant avec peine la mort. Et les vagues brisent
Leurs nefs sur les écueils. Mais cinq bateaux à la proue sombre
Sont poussés vers l’Égypte, portés par le vent et l’eau.

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le texte grec est ici
dans ma traduction, le premier chant entier , le deuxième
à suivre !

Le nerf de la guerre

ciel,-min
à Paris hier, photo Alina Reyes

à Paris hier, photo Alina Reyes

Quand j’avais une vingtaine d’années, l’un des patrons d’une boîte où j’ai travaillé quelque temps m’a invitée à faire un tour dans sa Porsche. Je n’ai jamais aimé les Porsche, j’adorais les Jaguar. J’ai accepté, et je lui ai demandé de me laisser conduire. J’ai appuyé bien fort sur le champignon, il a vite voulu rentrer et ne m’a plus proposé de balade. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé à deux ou trois religieux à Lourdes de les ramener dans ma vieille Toyota au monastère où ils logeaient. J’ai conduit fangio dans les rues désertes, y compris dans les virages. Quand je les ai débarqués, une indignation coléreuse se lisait sur leurs visages et moi je souriais. Ils disent toujours tant qu’ils aiment être secoués.

Difficile de résister à la tristesse des moments que le pays traverse. Comme si le confinement et tout ce qui en découle ne suffisaient pas, comme si l’état policier ne se faisait pas assez sentir avec ces menaces de verbalisation de nos sorties, ces attestations ridicules à remplir, ces masques à porter dans des rues désertes ou en pleine nature, voici que l’article 24 de la loi « sécurité globale » vient d’être voté par l’Assemblée. Le désastre macroniste ne m’étonne pas, je l’avais vu dès avant l’élection mais je préférerais tant m’être trompée. J’ai entendu tout à l’heure à la radio que les pays où la crise du Covid avait été la mieux gérée étaient aussi ceux dont les citoyens faisaient le plus confiance en leur gouvernement, comme en Nouvelle-Zélande – du fait que leur gouvernement méritait en effet leur confiance et faisait en retour confiance aux citoyens. Les mensonges et le double jeu systématiques de la macronie nous enfoncent dans le complotisme et l’obscurantisme. Contre l’abattement qui nous menace – aujourd’hui je n’ai rien fait à part un peu de yoga et de marche – j’essaie du moins de ne pas oublier qui je suis, non pas socialement mais dans mon être vivant, vibrant, combattant et riant.

Message

rideau de fer-min

J’ai un message à vous transmettre.
Il est arrivé ce matin pour vous dans ma tête :
« Dis-leur que je suis parti voir ailleurs si j’y suis.
Qu’ils se démerdent.
Signé : Dieu »
– Mon Dieu, ai-je dit, je ne peux pas leur dire ça !
– Et pourquoi pas ?
– Ça pourrait tomber dans l’oreille de personnes bonnes, justes, gentilles, qui ont besoin de savoir que tu es avec elles !
– Qui ça, tu ?
– Mais toi, Dieu !
– Ne m’appelle pas Dieu. Alors elles sauront que je suis avec elles.
– Quand même, je ne peux pas dire ça.
– Et pourquoi ?
– Ils ne veulent pas me reconnaître.
– Qu’importe ? Ne te connais-tu pas toi-même ?
– Qu’importe ? Je veux qu’ils se connaissent.
– Alors dis-leur que je suis parti voir ailleurs.
– Je leur tendais le miroir, qu’ils se voient en train d’être incapables de me reconnaître. Qu’ils se connaissent, ainsi.
– Pour quoi faire ?
– Pour qu’ils puissent s’en sortir, sortir de leur prison.
– Mais ne t’emprisonnais-tu pas pour eux, dans ce miroir ?
– Ça importe ?
– Hahahahaha !

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"Moving", acrylique sur toile 61x46 cm

« Moving », acrylique sur toile 61×46 cm

Odyssée, Chant III, v. 201-252 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 3 (texte grec)

Selfie hier devant les Arts et Métiers, photo Alina Reyes

Selfie hier devant les Arts et Métiers, photo Alina Reyes

En entendant Nestor demander au jeune Télémaque si c’était avec son consentement que les prétendants abusaient de ses biens, j’ai pensé au titre de Vanessa Springora. Les hommes sont toujours les hommes, et les mécanismes qui régissent ceux qui se laissent régir par des mécanismes humains, trop humains, toujours les mêmes. Le dieu, la divinité, est aux côtés de Télémaque, l’abusé qui se débat, non aux côtés des abuseurs, tombés dans le désir de domination, désir de la plus basse humanité.
Voilà un beau dialogue, où se révèle l’habileté rhétorique de Télémaque, soutenu par Athéna sous l’apparence de Mentor – et comme il est intéressant, tout au long du texte, d’entendre Homère dire « elle » pour parler d’un homme, ou d’une apparence d’homme ! Les théoricien·ne·s du genre devraient s’en régaler.
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Ainsi lui répond à haute voix le sage Télémaque :

« Ô Nestor, fils de Nélée, grande gloire des Achéens,
Certes, celui-là s’est bien vengé, et les Achéens
Porteront loin dans le futur sa bonne renommée.
Si seulement les dieux m’avaient revêtu d’autant de force,
Que je fasse payer aux prétendants leurs pesants forfaits,
Ces vaniteux, ces insolents qui machinent contre moi !
Mais les dieux ne nous ont pas assigné ce bonheur,
À mon père et à moi. Il ne me reste qu’à supporter. »

Ainsi réplique le cavalier Nestor, de Gérènos :

« Ami, puisque tu en parles, tu m’en fais souvenir :
On dit que, pour ta mère, de nombreux prétendants
Contre ta volonté machinent le mal dans ton palais.
Mais dis-moi : es-tu soumis avec ton consentement,
Ou bien des gens du peuple te haïssent-ils, à cause
De quelque oracle ? Qui sait s’il ne reviendra pas punir
Leur violence, soit seul, soit avec tous les Achéens ?
Si Athéna aux yeux brillants de chouette voulait t’aimer
Comme elle prit soin de l’illustre Ulysse au milieu
Du peuple des Troyens où nous, Achéens, avons souffert –
Je n’ai jamais vu un dieu aimer si manifestement
Que Pallas Athéna, manifestement à ses côtés –
Si elle voulait t’aimer ainsi, se soucier de toi,
Certains oublieraient leur désir de mariage ! »

Ainsi répond à haute voix le prudent Télémaque :

« Vieillard, je ne crois pas que jamais se réaliseront
Tes dires. Tu vois trop grand ! J’en suis stupéfait ! Espérer
Cela, je ne le peux, même si les dieux le voulaient. »

Ainsi dit alors Athéna aux yeux brillants de chouette :

« Télémaque, quelle parole a franchi la barrière
De tes dents ? Un dieu, s’il veut, même de loin sauve aisément
Un homme. Moi j’aimerais mieux endurer beaucoup de maux
Et rentrer à la maison, voir le jour du retour,
Plutôt que de mourir en arrivant, comme Agamemnon,
Tué par la fourberie d’Égisthe et de sa femme.
Cependant la mort, égale pour tous, même les dieux
Ne peuvent l’écarter de l’homme qu’ils chérissent,
Quand le funeste sort l’a tiré et couché dans la mort. »

Ainsi lui répond à haute voix le sage Télémaque :

« Mentor, n’en parlons plus, quoique cela nous préoccupe.
En vérité il ne reviendra plus, mais déjà
Les immortels ont conçu sa mort et son noir destin.
Maintenant je veux m’informer d’autre chose en questionnant
Nestor, lui qui est plus que tous à la fois juste et sensé,
Lui qui a régné, dit-on, sur trois générations d’hommes,
Lui qui, à le voir, me paraît semblable à un immortel.
Ô Nestor, fils de Nélée, dis-moi la vérité !
Comment a péri le grand chef, l’Atride Agamemnon ?
Où était Ménélas ? Quelle mort lui avait préparée
Le fourbe Égisthe, qui tua un homme très supérieur ?
Ménélas n’était-il pas en Argos, mais en train d’errer
Quelque part parmi les hommes, pour qu’Égisthe ose tuer ? »

*
le texte grec est ici
dans ma traduction, le premier chant , le deuxième
à suivre !

Journal, image et poème du jour

painting,

photo O&A

photo O&A


J’ai écrit les huit premiers vers dans ma tête cette nuit dans mon lit, puis dans mon cahier ce matin après le yoga, puis la suite d’un jet. Un peu plus tard je me suis mise à peindre, O a fait la photo mais il n’y avait pas assez de lumière alors comme j’aimais bien la composition je l’ai retravaillée sur l’ordi, j’aime bien ce mélange de noir et blanc et de couleur. Dans la nuit j’ai aussi réfléchi à ce que je pourrais faire comme street art (autre chose que mes post-it), je finirai peut-être par m’y mettre.
*
*
*
Y aurait-il des rois du monde,
Qu’est-ce que j’en aurais à faire ?
Je laisse aux esclaves dans l’âme
Le besoin d’être couronnés
Par ce trop bas monde, leur maître.
Ils ont pour voies les caniveaux
Moi je préfère les vrais veaux.
Je règne ailleurs, parmi les fleurs.
Je pose mes mots en abeille
Dans les calices, dans les ruches
Je suis l’ouvrière et la reine
C’est moi qui fais le bleu du ciel
Je cligne de mes milliards d’yeux
Voyez mes pupilles la nuit
Là-haut dans l’univers qui pulse
Aussi dans votre jugulaire.
Je pique, je brûle, je suis.
Qui ne me connaît pas ignore
Le miel que je mielle et produis.
Ignorants sont les rois du monde.
Auraient-ils pour moi en réserve
Un sceptre, qu’en aurais-je à faire ?
Sinon leur en faire goûter
Comme d’un poignard, ô mon dard !
J’entends leurs oreilles qui sifflent
Le grand rien. Ce n’est pas le mien.
Mon cœur est toutes les saisons.
Mille voyages, une maison.
Je suis pleine à ne pas craquer,
Grande âme infinitésimale.
Léchez mes pattes de mielleuse,
Lettres nées par et pour l’amour.

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Autant en emporte le temps

autant en emporte le temps,-min
"Autant en emporte le temps", collage et peinture sur papier fort 17x20 cm

« Autant en emporte le temps », collage et peinture sur papier fort 17×20 cm

Les Grecs et les Turcs se sont rapprochés après le tremblement de terre qui a endeuillé leurs deux pays ces jours-ci. En France, les musulmans et les catholiques se sont rapprochés pour la Toussaint après le meurtre de trois personnes dans une église de Nice par un terroriste islamiste. Que les uns et les autres, Grecs et Turcs en Orient (les deux pays sont orientaux à mes yeux), musulmans et chrétiens en Occident et dans d’autres terres, se rendent compte qu’ils seraient plus forts en coopérant, en faisant alliance, même !

Les librairies sont fermées. Des employés de librairies demandent qu’on cesse de demander leur réouverture et de les mettre ainsi en danger. Pour ma part, il y a longtemps que je ne vais plus en librairie (les bibliothèques et les ebooks m’apportent tout le nécessaire). Les seuls livres que j’y ai achetés ces deux dernières années sont celui de François Ruffin, Ce pays que tu ne connais pas – en fait c’est O qui l’a acheté – et celui de Vanessa Springora, Le consentement. Deux textes de témoignage. L’un d’un honnête homme sur Macron, l’autre d’une honnête femme sur Matzneff, deux personnages emblématiques de l’état de la France : un pays abusif. Les livres que j’aurais pu publier depuis dix ans ne se trouvent pas en librairie car j’aurais dû, pour les publier, accepter une contrainte abusive. Je ne l’ai jamais acceptée, elle s’est donc accentuée, on a voulu me rééduquer comme certains veulent convertir de force les homosexuels à l’hétérosexualité, ou les fidèles d’une religion à une autre, ou les esprits libres à la dictature. Il y avait dans ces livres que je n’ai pu publier, que vous ne trouverez pas en librairie, de quoi participer à pacifier le monde. On a préféré soutenir ceux qui s’échinent à provoquer des guerres de civilisation. Autant en emportent les tremblements de ciel.

Silhouette : mon journal en images

journal en images 3-min

journal en images 1-min
Samedi, en rentrant de courir où, à mon tout petit niveau de débutante, je progresse bien et avec joie.
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Dimanche, j’ai réalisé ces deux collages : « Woman Bridge » et « Trumpet of Time ». J’ai aussi téléchargé une appli pour voir mes progrès à la course. L’appli compte aussi les autres sports, et indique les calories dépensées : 700 entre le yoga et la marche (promenade) ce dimanche.

journal en images 3-min
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Aujourd’hui lundi nous sommes allés à vélo, O et moi, à l’île aux Cygnes, vingt kilomètres aller-retour par les bords de Seine. Profitons du temps quand il est beau et tant qu’on n’est pas confiné. Entre le yoga, la marche et le vélo aujourd’hui, 900 calories dépensées et surtout, un corps et un esprit bien aérés.

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à Paris ces jours-ci, photos Alina Reyes

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Quelques images de Paris 13e ces jours-ci

paris 13 8-min

Le nom du stupide cyclope mangeur d’hommes, Polyphème, signifie « qui parle abondamment ». En fait, tout ce qu’il sait dire c’est « je vais te manger », puis « on me tue », puis « c’est personne ». Aujourd’hui, après avoir beaucoup parlé ces derniers jours, je vais me taire, juste proposer, ce que je n’ai pas fait depuis longtemps, quelques photos prises ces jours-ci lors de mes sorties et balades dans le 13e.
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photos Alina Reyes

bientôt la suite de l’Odyssée dans ma traduction !

Odyssée, Chant I, v.337-364 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

Arthur Rimbaud par Sonia Delaunay

Arthur Rimbaud par Sonia Delaunay

(Illustration trouvée dans un article reprenant sans me citer mon argumentaire, et sa chute, à propos de Verlaine et Rimbaud au Panthéon)
Merveilleux moment de traduction aujourd’hui, quand j’ai entendu Homère dire ce que dira aussi Rimbaud. Je m’explique. De façon générale, je découvre en le traduisant pas à pas la profondeur de la modernité d’Homère. Tout cela fera l’objet du commentaire dont j’accompagnerai ma traduction quand elle sera terminée, dans quelques années. Mais déjà, donnons quelques éléments ici. D’abord, pour le passage de ce jour, mon émotion personnelle en entendant Pénélope dire d’Ulysse « je regrette tant une telle tête, me remémorant… ». C’est une tournure toute homérique que de dire tête à la place d’esprit ou d’âme. Et moi aussi je me remémore… je me remémore le rêve que je fis une nuit, où Homère me donna sa tête à manger.

Mais revenons à Rimbaud. Dans sa lettre du 13 mai 1871 à Izambard, se trouvent ces mots célèbres : « je travaille à me rendre voyant (…) je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense — Pardon du jeu de mots. — Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon ». Dans les vers d’aujourd’hui, Homère fait dire à Télémaque : « pourquoi donc refuser à l’aède fidèle de charmer selon ce qui l’inspire ? Ce n’est pas la faute des aèdes. C’est plutôt Zeus qui est cause des dons qu’il dispense selon son bon vouloir aux gens travailleurs ». Je n’épilogue pas, songez-y si vous en avez le courage. (J’ajoute seulement que le mauvais roman, pas nouveau, qui circule ces jours-ci en ligne, avec explication de texte grossière sur le poème qui accompagne cette lettre de Rimbaud à Izambard, ne vaut pas un clou ; et que je ne crois pas non plus que le jeu de mots de Rimbaud sur « On me pense » soit à comprendre comme aussi « On me panse », interprétation lacanienne ridicule comme presque toujours).

Le je du poète (de l’aède fidèle)est un principe supérieur. Ce même principe qui, sous le nom d’Athéna, inspire à Télémaque des paroles toutes nouvelles, qui, par le changement qu’elles révèlent en son fils, vont stupéfier Pénélope, retournant elle aussi tisser le poème dans ses étages supérieurs.

Cette semaine j’ai trouvé aussi la raison plus profonde que celle qui est dite, la raison plus profonde qui fait que Shéérazade empêche le sultan de la tuer en racontant pendant mille et une nuits.
Nous en étions la dernière fois au moment où Pénélope allait s’adresser à l’aède :
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« Phémios, tu connais bien d’autres chants qui charment les mortels,
Les actions des hommes et des dieux que chantent les aèdes.
Assis parmi eux, chantes-en un pendant qu’ils boivent
Le vin en silence. Mais cesse ce chant lugubre
Qui toujours dans ma poitrine accable mon cœur
Où sans cesse descend la cruelle douleur du deuil.
Je regrette tant une telle tête, me remémorant
À jamais l’homme dont la gloire emplit l’Hellade et Argos ! »

Ainsi réplique à haute voix le sage Télémaque :

« Ma mère, pourquoi donc refuser à l’aède fidèle
De charmer selon ce qui l’inspire ? Ce n’est pas la faute
Des aèdes. C’est plutôt Zeus qui est cause des dons
Qu’il dispense selon son bon vouloir aux gens travailleurs.
Ne lui reproche pas de chanter les malheurs des Danaens
Car les humains préfèrent célébrer un chant
Dont le sujet tourne autour des choses les plus nouvelles.
Lève en ton cœur et âme le courage d’écouter.
Car Ulysse n’est pas seul à avoir perdu à Troie
Le jour du retour. Beaucoup d’autres y ont péri aussi.
Va dans tes appartements t’occuper de tes travaux
À la toile et au fuseau, et exhorte tes servantes
À se mettre à leur ouvrage. La parole est affaire d’hommes,
Surtout la mienne. Car je suis le chef en cette maison. »

Et frappée de stupeur elle rentre chez elle,
Recueillant dans son cœur les sages paroles de son fils.
Montée avec ses suivantes aux appartements supérieurs,
Elle pleure Ulysse, son époux chéri. Puis Athéna
Aux yeux de chouette jette un doux sommeil sur ses paupières.

*
le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.325-336 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

"Mise en scène" (j'ai réalisé ce collage hier)

« Mise en scène » (j’ai réalisé ce collage hier)


Après l’instant d’hier où Télémaque prend conscience qu’il a été visité par un dieu (Athéna), après qu’il s’en révèle soudain transformé en « humain semblable à un dieu », dit littéralement le texte, voici l’apparition de Pénélope, semblable à celle d’une déesse. Descente majestueuse du haut escalier (descente du ciel de la fille d’Icare !), pilier qui soutient le toit, voile autour du visage, larmes… Encore un somptueux passage, très théâtral. J’imagine la forte impression qu’il pouvait produire sur les auditeurs de l’aède qui récitait-chantait l’Odyssée. Semblable, sans doute, à celle que j’éprouve en le traduisant. Je vous laisse goûter aussi la mise en abîme discrète opérée par Homère, illustre aède descendu dans son épopée faire entendre l’épopée des Achéens comme Pénélope la rassemblant, la tissant en pensée.
*
*
*
Parmi eux chante un illustre aède, qu’ils écoutent
En silence. Il chante des Achéens le triste retour
De Troie auquel les a contraints Pallas Athéna.
De l’étage supérieur la très sage Pénélope,
Fille d’Icare, rassemble en sa pensée ce chant sacré.
Puis elle descend le haut escalier de son palais,
Non pas seule mais de deux suivantes accompagnée.
Quand, divine entre les femmes, elle arrive aux prétendants,
Contre le pilier de la salle solidement construite
Elle se tient debout, ramenant son voile sur ses joues.
Et les sages suivantes se tiennent à ses côtés.
Alors, baignée de larmes, elle dit au divin aède :

*
le texte grec est ici
à suivre !

Odyssée, Chant I, v.319-324 (ma traduction)

Homère, Odyssée, Chant 1 (texte grec)-min

La nuit dernière à ma fenêtre, photo Alina Reyes

La nuit dernière à ma fenêtre, photo Alina Reyes


Aujourd’hui j’ai pris un cours de dessin, pour la première fois depuis le collège. Le plus ingrat qui soit : reproduire sur une très grande feuille de papier une composition de cinq différents bocaux en verre de conserves de divers légumes. J’ai travaillé trois heures debout devant le chevalet et ce n’est pas fini mais je suis très contente de l’exercice, dont je ne me suis pas trop mal sortie, et qui exige attention fine aux rapports, à la perspective, aux lumières et aux ombres.

Ces six vers en grec qui suivent le dialogue entre Mentès-Athéna et Télémaque ont été très difficiles à traduire en seulement six vers en français. Là aussi, il a fallu une attention très fine aux mots et au sens de la scène. Si saisissant, ce moment où Télémaque pressent soudain qu’il a eu affaire à un dieu, et de la transformation qui s’ensuit… J’ai choisi de le présenter seul.
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Sur ces paroles, Athéna aux yeux brillants de chouette
S’élance, tel un oiseau plongeant à perte de vue.
Elle a aiguisé dans son esprit courage et hardiesse,
Avivé le souvenir de son père. Méditant,
Ce qu’il pressent jette en son cœur la stupeur : c’était un dieu !
À l’instant, divin humain, il marche jusqu’aux prétendants.

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le texte grec est ici
à suivre !