Marcher dans les airs, Capitole et #MeToo : journal intime et chronique publique

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Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Refait cette nuit ce rêve très ancien et récurrent où je marche en lévitation à plusieurs mètres au-dessus du sol, m’élevant à volonté au-dessus de la ville et du paysage, goûtant la caresse des feuillages bruissants. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort et malgré ma joie je veillais à ne pas me laisser emporter, à tenir fermement ancrée dans les airs comme sur terre.

Je continue à actualiser la note sur l’affaire du Capitole, en espérant une destitution de Trump, qui est d’autant plus dangereux qu’il est loin d’être seul. Très soutenu par une large partie de la population et par des groupes d’extrême-droite violents – suprémacistes, néonazis, etc. – dont le but déclaré est de déclencher une guerre civile. Ceux qui, ici en France, pleurnichent parce que les réseaux sociaux ont enfin pris leurs responsabilités en fermant les comptes de Trump sont très inquiétants eux aussi. C’est avec ce genre de faiblesse face aux forces de mort, de complaisance avec les semeurs de mensonge, et de déni des libertés et responsabilités individuelles (en l’occurrence celle de ces réseaux sociaux privés) qu’on laisse monter et s’installer les fascismes.

« «Toujours nier» : c’est la réponse de Donald Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les accusations de harcèlement sexuel. » Nécessaire tribune de l’historienne Laure Murat dans Libé aujourd’hui : La sinistre exception culturelle du #MeToo à la française (en accès libre). Elle note que « Si les cas de pédocriminalité ne sont pas les seuls du #MeToo à la française, loin s’en faut, ils ont été, et de loin, les plus médiatisés, les seuls à vraiment retenir l’attention et à être pris au sérieux » et que « Ces affaires, portées par la presse, écœurent le public mais n’ébranlent pas les institutions. Comme si l’essai n’était jamais transformé, ni l’événement suivi d’une réforme de fond ». La marque d’une vieillesse délétère du pays, qui n’a élu un président jeune que parce qu’il était porté par des vieux, étant lui-même vieux dans sa tête depuis son enfance, et resté à la fois immature et vieux, parfait représentant de la caste intellectuelle qui se tient au pouvoir et empêche les réformes de fond des mentalités et la libération des vieilles dominations.

"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4

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Journal du jour

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"Piano", technique mixte sur papier A4

« Piano », technique mixte sur papier A4


"Human Being", technique mixte sur papier A4

« Human Being », technique mixte sur papier A4

J’avais demandé pour Noël un CD du Sacre du Printemps, j’ai eu un coffret collector de 38 enregistrements de l’œuvre par autant de chefs et d’orchestres différents sur plus de soixante ans. Bel exercice d’écoute pour quelqu’un qui comme moi pratique la traduction. Magnifique à écouter tout en peignant, ce que je fais depuis Noël donc, et qui n’est peut-être pas sans influence sur mon inspiration. Le coffret est sorti en 2012 pour le centième anniversaire du Sacre (1913) et il est devenu une rareté : O a fait plus de quarante kilomètres à vélo dans le froid et la pluie pour aller le chercher là où il l’avait repéré en ligne. Voilà un cadeau !

M’étant un peu blessée au yoga (petite chute sur le coccyx) puis en courant et en marchant (syndrome du piriforme), j’ai fait des exercices à la maison pour guérir tout ça et j’ai évité de sortir pendant quelques jours. C’était aujourd’hui ma première promenade de l’année, je l’ai faite avec O, nous sommes allés voir les canards au jardin des Plantes, c’était de circonstance, par ce froid du même nom. J’adore les canards. Et tous les oiseaux. Et tous les animaux. Toutes les plantes, toutes les pierres, tout.

Comme je ne pouvais pas rester assise trop longtemps avec ma petite blessure, j’ai moins traduit ces jours derniers, mais ça va mieux et je m’y suis remise. Je m’amuse et je me désole tout à la fois de constater le sexisme de la plupart des traducteurs qui m’ont précédée. Quand Homère dit que Pénélope est sage, intelligente, eux traduisent « chaste » (même si l’adjectif grec n’a pas du tout ce sens ; du reste quand Homère l’applique à un homme, ils ne traduisent jamais par chaste mais bien par son sens réel). Quand Homère dit qu’Hélène « à la longue robe » va se coucher auprès de Ménélas la nuit venue, eux traduisent « aux longs voiles », la fantasmant sans doute comme une espèce de Salomé se livrant à une danse suggestive devant Hérode. Quand Hélène évoque son impudence passée, avec le mot grec qui signifie à la lettre « regard de chien », ils lui font dire « ma face de chienne », ce qui est comme si on faisait dire à un philosophe cynique qui parlerait de son cynisme « chien que je suis » parce que cynique, à la lettre, signifie « de chien ». Quand Homère dit qu’Hélène est semblable à Artémis aux flèches d’or, ils traduisent « à la quenouille d’or » – là aussi en dépit du fait que ce n’est pas du tout le sens du mot grec – d’ailleurs que ferait Artémis, déesse de la chasse, d’une quenouille ? Bref, contrairement à Homère, ils ramènent sans cesse les femmes du texte à la condition domestique et inférieure qu’ils ont intériorisée. Ne serait-ce que pour ça, ma traduction ne devrait pas être inutile.

"Human History", technique mixte sur papier 24x32 cm

« Human History », technique mixte sur papier 24×32 cm

La mort aboie, l’humanité passe

"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

J’ai fêté le passage à l’année 2020 avec beaucoup de monde dans un vieux cimetière à Édimbourg. On ne parlait pas encore de pandémie mais ce lieu était en quelque sorte prémonitoire. Thomas de Quincey, qui y repose, songerait peut-être que le coronavirus a réveillé les humains de l’opium de l’existence moderne dans laquelle ils sont plongés et qui leur donne un sentiment de toute-puissance, presque d’immortalité. Non nous ne sommes pas tout-puissants, oui des forces nous dépassent, toutes microscopiques qu’elles puissent être. Oui l’humain a pourtant sa grandeur, notamment grâce à la science qui permet de réagir et de sauver souvent. Et non il n’aime pas être réveillé, et perdant un opium il en cherche un autre, qu’on l’appelle complotisme ou tout autre délire occultiste lui permettant de fuir le réel.

Cette fois nous avons célébré le passage à 2021 en amoureux, O et moi, à la maison, avec du champagne et en regardant le très excellent film Parasite, de Bong Joon Ho, que nous n’avions pas encore vu, parabole sur l’état du monde actuel. D’autres dangers nous guettent, l’art nous en prévient mais nous ne sommes pas obligés d’y sombrer. Et l’art, la littérature, comme la science, peuvent nous fournir aussi des contrepoisons et des vaccins.

Voici les dernières petites peintures que j’ai réalisées ces derniers jours, entre le 29 décembre et le 1er janvier.

"Dragon", technique mixte sur papier A4

« Dragon », technique mixte sur papier A4


"Underground River", technique mixte sur papier A4

« Underground River », technique mixte sur papier A4


"Bouquet final", technique mixte sur bois 48x33 cm. J'ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu'un avait jetée dehors et que j'ai récupérée

« Bouquet final », technique mixte sur bois 48×33 cm. J’ai repeint la peinture ci-dessous, que quelqu’un avait jetée dehors et que j’ai récupérée


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"Painting", technique mixte sur papier A4

« Painting », technique mixte sur papier A4


"Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow", technique mixte sur papier A4. D'après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j'ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

« Pomona, Goddess Of The Fruit, In The Snow », technique mixte sur papier A4. D’après la sculpture de Pomone par Maillol au jardin des Tuileries. Maillol a représenté la déesse avec un fruit dans chaque main. Moi j’ai intégré les fruits dans sa tête et son corps, et fait de ses mains des sortes de fruits, notamment par la couleur : même hors saison, elle fructifie

Bon passage à la nouvelle année ! avec les merveilleux Écossais

Screenshot_2020-12-31 Fare Well Part 1 - Edinburgh's Hogmanay 2020

Une poète, un styliste, des musiciens, des techniciens… Et beaucoup d’esprit. Avec des drones, on peut faire tout autre chose que de la police. Je rends grâce aux Écossais pour leur fantastique intelligence de la vie. Que ces merveilleuses images vous annoncent, malgré toutes les difficultés que nous traversons, une année pleine d’enchantements !

L’année dernière, j’ai eu la chance de fêter Hogmanay sur place, pour la deuxième fois : mes photos d’Edimbourg sont ici.

Lignes et points. Temps et supports pour méditer

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"Avenue", technique mixte sur carton entoilé 55x38 cm

« Avenue », technique mixte sur carton entoilé 55×38 cm

Sans méditation suffisamment profonde, nous sommes ballottés par la vie comme des jouets dans la tempête. Par manque de réflexion, nos actes nous entraînent sur des voies néfastes, produisent des effets néfastes. Les fins d’année, comme toutes les fins, sont propices à des méditations spéciales. On a l’habitude de considérer l’année écoulée, et de se projeter dans celle qui vient avec de bonnes résolutions, etc. Mais il est intéressant aussi de profiter des moments de congés que nous offrent un ou quelques jours fériés pour méditer sur le temps présent, sur l’éternel présent, d’ici, de maintenant et de tout le temps. Des très nombreuses formes et techniques de méditation que nous pouvons pratiquer, apprendre ou inventer – j’ai souvent ici parlé du yoga, notamment – le dessin, la peinture, le coloriage sont parmi les plus agréables et les plus efficaces pour « se vider la tête » des pensées parasites, y jouir de la paix et y laisser naître des pensées fraîches. Peinture et dessin sont des formes premières de l’écriture et sont bénéfiques au mieux lorsque lecture ou contemplation s’assortissent d’une pratique personnelle, si humble soit-elle.

J’ai écrit il y a quelques mois ceci, fruit d’une méditation qui me donne encore à méditer :

"Intérieur fourré", technique mixte sur papier A4

« Intérieur fourré », technique mixte sur papier A4

« Les hommes préhistoriques traçaient-ils dans les grottes des lignes superposées parce qu’ils avaient remarqué, ou senti, le phénomène de la superposition des phénomènes ? Quelque chose se passe dans tel espace, et se repasse, de façon décalée mais très comparable, dans tel autre espace, pour un même être situé dans les deux espaces. Si ce quelque chose est chargé de morbidité et si les deux espaces se rencontrent et se renforcent mutuellement, alors le risque mortel devient plus grand. Nos ancêtres préhistoriques, comme nous avaient besoin d’apprendre à réchapper des risques mortels, et la superposition des traits pouvait être, consciemment ou non, une expression conjuratoire du risque, parce qu’elle était d’abord le signe d’une connaissance. »

"Harmonic Attractor", technique mixte sur papier A4

« Harmonic Attractor », technique mixte sur papier A4

(Mes dernières repeintures d’anciens dessins)

Poème du jour

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Qu’importe le flacon dit le poète mais
Ce n’est pas l’ivresse c’est la dive bouteille
Qui m’a assassinée, amours illusoires et
Rêveries d’une enfant à tête sans pareille.

Et j’ai lu tous les livres dit un autre mais
Ce n’est pas le verbe c’est la bêtise humaine
Qui m’a assassinée, fausse intelligence et
Navrante inélégance des ombres malsaines.

Ô saisons, ô châteaux, caravanes, passez !
Ni la magique étude, ni votre passage
Ne m’ont assassinée, mais bien les vents mauvais,
Émanations des mares à équarrissages.

Calme orpheline, moi, j’ai cent fois traversé
L’Achéron et je sais par cœur toutes ses rives,
Entre lesquelles, vive, vainqueure, je vais,
Déshabillée du temps où sans cesse j’arrive.

Plus de gueules de bois ! Le sang tout pétillant,
Je bondis sur mes rimes. Les voici, fatales
Logiques de la vie qui voyage en mouillant
À tous les ports de joie sur ses mers aurorales,

Qui trace son chemin en cherchant constamment
À atteindre le bout de sa vibrante ligne
Pour revenir ensuite, attirée par l’aimant
De tout nouveau début, sa demande de signe

En réponse d’amour à l’éternel appel.
Qu’entendent à cela les âmes malsonnantes ?
Qu’importe, elles y vont, comme tous les mortels.
Où finissent nos peines, où nos joies éclatantes.

Beau solstice d’hiver, je salue le printemps
Que tu portes prégnant comme femmes et lunes.
L’antique poésie qui sait compter les temps
Avec ses balançoires, ses lyres, ses runes,

Je l’entends dans ton sein, loin d’aujourd’hui, tout près,
Rythmant de pas, de mots, l’aventure commune
De notre humanité, le fruit de ton retrait.
Eau-de-vie interdite, sans doute en suis-je une.

Noël, sacre du printemps : originalité dans la création (avec Haruki Murakami)

"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

"Life Is a Gift", technique mixte sur bois (fond et cadre d'un vieux miroir brisé) 38x48 cm

« Life Is a Gift », technique mixte sur bois (fond et cadre d’un vieux miroir brisé) 38×48 cm


Pourquoi faisons-nous des cadeaux aux enfants, et les présentons-nous comme venus du ciel ? Parce qu’eux-mêmes, en naissant, sont des cadeaux venus du ciel. La vie est un cadeau qui nous vient du ciel à chaque naissance, les nôtres, celles des autres ; et les cadeaux que nous faisons et recevons à l’âge adulte rafraîchissent en nous l’enfance. Noël est la fête de l’origine, de la joie que donne la survenue de l’original – ai-je songé cette nuit en lisant ces mots d’Haruki Murakami dans son livre Profession romancier, alors que j’ai demandé pour Noël un CD du Sacre du printemps, que j’ai tant et tant écouté dans ma jeunesse et que j’ai follement envie de réécouter :

"Chant du monde", technique mixte sur papier A4

« Chant du monde », technique mixte sur papier A4


"How many People in the Universe ?", technique mixte sur papier 42x30 cm

« How many People in the Universe ? », technique mixte sur papier 42×30 cm


« Les Beatles. J’avais quinze ans lorsqu’ils sont apparus. Je crois que la première chanson d’eux que j’ai écoutée à la radio était Please Please Me, et j’en ai eu la chair de poule. Pourquoi ? Parce qu’il y avait là des sonorités que je n’avais jamais entendues. Tout simplement, j’ai trouvé cela génial. J’ai du mal à expliquer ce qu’il y avait là de si incroyable, mais c’était époustouflant. Environ un an plus tôt, j’avais ressenti une impression presque analogue en écoutant pour la première fois Surfin’ USA, des Beach Boys, à la radio. « Ah, ça, c’est extraordinaire ! » « Complètement différent ! »
En y repensant aujourd’hui, je comprends que mon émotion était due à l’originalité exceptionnelle des Beatles et des Beach Boys. Ils émettaient des sons que personne n’avait produits jusqu’alors, ils faisaient de la musique comme personne jusque-là. Qui plus est, d’une qualité sans pareille. Et ils avaient quelque chose de tout à fait spécial. C’était tellement clair qu’un adolescent de quatorze ou quinze ans pouvait le saisir immédiatement, même en écoutant ces chansons sur un pauvre transistor. En somme, l’affaire était toute simple.
Mais où résidait l’originalité de leur musique ? En quoi étaient-ils différents des autres musiciens ? Il me paraît extrêmement difficile de donner une réponse logique et argumentée à ces questions. Pour le jeune homme que j’étais, c’était une tâche impossible, et aujourd’hui encore, alors que je suis écrivain de métier, j’ai beaucoup de mal à le faire. Pour pouvoir fournir ce genre d’explication, il faudrait avoir les compétences d’un expert, mais, même avec cet éclairage théorique, le résultat ne serait peut-être pas très concluant. En fait, tout va bien plus vite quand on écoute leur musique. Écoutez-la, et vous comprendrez.
(…)
On pourrait dire la même chose du Sacre du printemps, de Stravinsky. Quand cette œuvre a été donnée à Paris en 1913, le public a été sourd à sa nouveauté et s’est livré alors à un chahut monumental, resté célèbre. Cette partition qui allait contre toutes les conventions avait stupéfié l’assistance. Mais, au fil des représentations, les réactions hostiles se sont calmées, et de nos jours Le Sacre du printemps est devenu extrêmement populaire. (…) Quand le public d’aujourd’hui écoute Le Sacre du printemps, il n’y a ni tumulte ni stupeur, les auditeurs étant néanmoins capables de ressentir la fraîcheur intemporelle et la puissance de cette œuvre. Cette émotion est en somme une référence mentale des plus précieuse. Un repère essentiel auquel ceux qui aiment la musique se raccrochent, et qui, pour une part, sert de base à leurs jugements de valeur. Pour aller à l’extrême, disons que, entre ceux qui ont entendu Le Sacre du printempset ceux qui ne l’ont pas entendu s’est instaurée une certaine différence dans la profondeur de leur compréhension musicale.
(…)
Pour qu’un créateur puisse être qualifié d’« original », il doit, à mon avis, satisfaire à ces conditions fondamentales :
1) Il faut qu’il possède un style qui lui soit propre (sonorités, manière d’écrire, formes, couleurs), clairement différent des autres, et qui doit être perceptible immédiatement.
2) Il faut qu’il ait la faculté de retrouver de la nouveauté. De se développer avec le temps. De ne pas stagner. Il doit posséder en lui-même une force de renouvellement spontanée.
3) Il faut que ce style personnel devienne un standard avec le temps, qu’il soit intériorisé dans l’esprit du public, qu’il soit érigé pour partie en norme. Qu’il devienne une source d’inspiration pour les créateurs suivants. »

*
Joyeux Noël !

Travailler comme au monastère

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Voici mes dernières repeintures, et en fin de note mes derniers « haïkus dans la rue ».

"To Meditate", acrylique sur toile 24x30 cm

« To Meditate », acrylique sur toile 24×30 cm


"Sirens", acrylique sur toile 30x30 cm

« Sirens », acrylique sur toile 30×30 cm

C’est une bonne chose que d’être en retraite, on peut travailler beaucoup plus. Je veux dire, le travail salarié a ses bonheurs, et ses côtés intéressants comme tout travail, mais souvent on y perd beaucoup de temps, soit à accomplir des tâches qui ne font pas partie de notre métier (des tâches administratives par exemple), soit à ne rien faire entre deux temps de travail. Une fois débarrassé de ces inconvénients, on peut vraiment user de son temps dans un plein éveil, une pleine joie. Pendant notre « vie active », travailler est un gagne-pain pour nous et nos enfants, si nous en avons. Une fois en retraite (j’aime le caractère spirituel de ce mot), travailler devient un luxe que nous pouvons nous offrir et offrir aux autres : nous voici bénévoles, d’une façon ou d’une autre. Travailler ne coûte rien, ou presque rien, mais rapporte beaucoup de joie, la joie d’être en train de le faire, de créer, de se donner, et la joie du travail accompli. Si notre travail consiste à créer des œuvres, nous pouvons avoir besoin de matériaux et de matériel plus ou moins cher, mais il est toujours possible de faire à l’économie – par exemple, j’ai longtemps peint sur des morceaux de bois trouvés dans la rue, et maintenant, plutôt que d’acheter sans cesse de nouvelles toiles, je repeins fréquemment mes anciennes œuvres, qui étaient loin d’être des chefs-d’œuvre ; j’apprends ainsi à améliorer mon travail.

Pour l’écriture, le confinement ne m’aide pas. Difficile de me concentrer à la maison, où je ne peux pas m’isoler. J’allais travailler dans les bibliothèques, je n’y vais plus depuis le début de l’année car même dans les moments où certaines étaient de nouveau ouvertes je préférais éviter d’y passer des heures sans pouvoir enlever le masque, et dans des conditions sanitaires malgré tout incertaines. Mais j’arrive à traduire, et c’est ce que je fais depuis que je me suis lancée dans la magnifique aventure de la traduction de l’Odyssée. (Ma traduction des trois premiers chants se trouve ici, et – la suite se poursuit en privé mais je compte bien, inch’Allah, donner un jour à lire tout le splendide poème, qu’il faut retraduire régulièrement car la langue et la perspective changent avec le temps et les traducteurs et traductrices).

Ma maison est mon monastère, où je fais retraite chaque jour. Dans l’islam, on dit que la mosquée est partout dans l’univers, que n’importe quel endroit peut faire office de mosquée. Je trouve cela magnifique. Et je me dis que c’est la même chose pour le monastère (du reste, la vie idéale dans l’islam correspond à une vie de monastère, réglée, joyeuse et paisible) : tout lieu peut nous être monastère, quand nous désirons faire retraite, nous retirer du monde sans pour autant nous retirer de la vie.

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Flaque dans l’allée
L’enfant y jette son pied
Tout le ciel y bouge

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Le vent léger bruisse,
la pluie glisse sur les plumes,
boucle les cheveux

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Poires, noix, raisins,
surabondantes corbeilles,
piques des châtaignes

haikus dans la rue 16-min
Flèches des antennes
twistant sur les toits avec
une feuille rousse

Vivre bien. Quelques réflexions autour de la création, du sport, de la cuisine, etc.

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"Village", acrylique sur bois 56x48 cm

« Village », acrylique sur bois 56×48 cm

Toujours toute au bonheur de traduire chaque jour l’Odyssée, de peindre quand il me plaît, de me sentir plus souple, solide et musclée que jamais grâce au yoga quotidien et de temps en temps à la course – quand je m’y suis mise, vers la fin de l’été, je ne pouvais courir que quelques dizaines de mètres d’affilée, puis ce fut quelques centaines de mètres et maintenant je me rapproche des 2000 mètres assez tranquillement. C’est évidemment très modeste mais peu importe, l’important est de sentir qu’on est capable de solidité, d’endurance et de joies physiques et mentales. Je me disais que je devrais peut-être faire un test cardiaque pour ne rien risquer en me mettant à courir à cet âge, mais j’ai lu un très bon truc tout simple : si l’on peut monter quatre étages, ou 60 marches, en une minute, sans courir, c’est que le cœur est bon. J’ai fait le test sans me presser, sans m’essouffler, il m’a fallu 38 secondes – donc je peux y aller, continuer à courir sans crainte. Tout cela je le fais malgré des moments de grande fatigue et d’autres problèmes physiques dus à mon traitement anticancer mais je ne le fais pas contre les problèmes, je le fais parce que j’aime le faire, c’est tout.

« Créer c’est résister », répète-t-on. En réalité cela ne signifie pas grand-chose, et puis résister doit-il être le moteur de la vie ? Résister est nécessaire dans les situations d’agression, mais il faut aussi savoir se détacher des situations d’agression, et vivre, tout simplement, malgré l’agression. Ne pas se déterminer par rapport aux agressions. Que la création, le fait de créer, ne soient pas déterminés par un phénomène de réaction comme la résistance. Sinon elle reste une création de niveau inférieur. C’est cela qui rend le militantisme souvent si triste. Mieux vaut une création-agression-gratuite, par exemple. Dans l’opération de la « Marianne qui pleure », dont j’ai parlé hier, il aurait mieux valu ne pas accompagner l’acte d’un texte – un de ces textes qui ne sont en rien des actes. Je ne nie pas l’intérêt ni la nécessité d’une création comme résistance, je refuse de la réduire à cette fonction. Si je cours, ce n’est pas pour opposer une résistance à l’air. Et pourtant je cours. De la même façon je veux pouvoir dire Et pourtant je crée.

Quand nous réalisons une recette de cuisine de façon personnelle, nous créons. Pas pour résister, pour le plaisir de cuisiner et pour nous régaler et régaler les gens qui en mangeront. Pour vivre, vivre bien. Résister est souvent nécessaire mais ce n’est pas vivre bien. Faire en sorte d’être bien dans notre corps et dans notre tête, c’est vivre bien. Agir gratuitement c’est vivre bien. Agir n’est pas nécessairement créer, créer n’est pas agir quand la création n’est qu’une idée de création, une croyance de création comme en ont tant d’intellectuels qui s’imaginent créer alors qu’ils ne font que manier les outils qu’on leur a appris à manier. Action et création se rejoignent quand elles restent à distance des contingences. Je ne suis pas une yogini pour rien.

Nativité

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"Nativité", technique mixte sur toile 30x30 cm

« Nativité », technique mixte sur toile 30×30 cm

J’ai repris cette toile pour la troisième fois, afin de la rendre plus lumineuse, plus joyeuse, plus animée, en adoptant délibérément un style naïf (ce qui signifie « natif », selon l’étymologie, et nous renvoie donc à la Nativité, comme l’étymo- d’étymologie, qui signifie la vérité, le réel). J’ai changé les couleurs, ajouté des collages et des pochoirs. Le livre et la plante viennent respectivement d’un ticket et d’une brochure de la BnF. Les personnages viennent d’une carte postale reproduisant une icône orientale traditionnelle. L’œil, les astres voyageurs et le tourbillon multicolore dans le ciel viennent de cartes postales reproduisant mes propres dessins et peintures. Mon cadeau de Noël au monde ce sont mes manuscrits prêts pour la publication et ceux qu’il me reste à travailler encore – quel que soit le moment où les uns ou les autres seront effectivement publiés. Je le dis en toute naïveté, comme ma petite peinture-icône. Cela me réjouit et peut-être d’autres s’en réjouiront aussi.

Poème de la nuit et du jour

"Méditation", pastel inspiré d'un dessin, non signé, vu sur un mur dans la rue l'autre jour

Je suis le cerf
il est la meute
Je frémis de dégoût
quand je sens son odeur.
Je me déplace.
Partout mes bois touchent le ciel.
Les chiens aboient et passent.
Toujours ma couronne scintille dans la nuit,
là où leur cou est trop raide pour la voir.
Toujours le ciel chante dans mes oreilles,
plus fort que les gémissements des chiens.
Toujours le sang court dans mes veines,
mon sang, celui de l’univers.
Je danse parmi les étoiles, mes armes,
mon cortège, ma neige d’yeux voyants.
Dameuse, j’aplanis la piste, qu’elle me soit douce,
que me soient douce et doux
mon épouse et mon époux, la nuit et le jour

*
écrit en cette nuit du 12 au 13 décembre 2020

Nouvelles du monde et du jour

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"At Home", acrylique sur toile 30x30 cm

« At Home », acrylique sur toile 30×30 cm


"Penetrations", acrylique sur toile 38x46 cm

« Penetrations », acrylique sur toile 38×46 cm


"Tree of Life", technique mixte sur toile 40x40 cm

« Tree of Life », technique mixte sur toile 40×40 cm


*

Face au Covid 19, je note deux attitudes parmi ceux qui l’ont contracté : il y a les gens qui se demandent où ils ont pu l’attraper, et ceux qui craignent d’avoir pu le transmettre à d’autres. Dans la première catégorie, nombre d’ex-minimisateurs de la maladie, qui leur semble n’être rien tant qu’elle ne touche que les autres, et qui devient tout lorsqu’ils en sont eux-mêmes atteints. Survolant le texte de Michel Onfray tout au très long duquel il narre ses affres de covidé, comme s’il était le premier au monde à avoir été atteint par le virus, j’ai souri dans ma tête en songeant que si Nietzsche, dont se réclame Onfray, remarquait avec justesse que les chrétiens n’ont pas des têtes de ressuscités, on peut remarquer aussi que bien des nietzschéens sont loin d’avoir des têtes et des corps de surhommes.

Je continue à traduire, avec immense bonheur, Homère. Mais j’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction. Sans doute en donnerai-je quelques autres morceaux à l’occasion et on pourra toujours lire les trois premiers chants dans leur entier ici, ici et .

De mes trois dernières peintures ci-dessus, les deux dernières sont des repeintures.

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Odyssée, Chant IV, v. 1-58

Homère, Odyssée, Chant 4 (texte grec)

technique mixte sur papier 10x16 cm

technique mixte sur papier 10×16 cm

C’est la fête des lumières chez Ménélas ! Voici donc nos deux jeunes héros arrivant, incognito, chez l’illustre roi. Plus je traduis Homère, plus je le sens proche, ce génie, au point d’en être au bord des larmes, de joie et aussi de mélancolie de n’avoir pu le connaître de son vivant. Heureusement, il y a longtemps déjà, il m’a visitée en rêve et m’a donné à manger sa tête, d’où s’élevait une nourriture en forme de spaghetti multicolores.
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Ils arrivent au fond du ravin de Lacédémone
Et se rendent au palais de l’illustre Ménélas.
Ils le trouvent offrant chez lui à de nombreux convives
Un repas pour les noces de son fils et de sa fille
Irréprochable, qu’il envoie au fils d’Achille, briseur
De rangs ennemis. Jadis à Troie il l’avait promise
D’un signe de tête, et les dieux maintenant les marient.
Il la fait donc conduire avec des chars et des chevaux
Dans la fameuse ville des Myrmidons, où il règne.
Il marie aussi la fille du Spartiate Alector
À son petit dernier, le vigoureux Megapenthès,
Né d’une esclave – car les dieux n’annonçaient plus d’enfant
À Hélène après qu’elle avait eu son aimable fille,
Hermione, semblable à la rayonnante Aphrodite.
Ainsi festoient, dans la grande et haute maison,
Les voisins et les parents de l’illustre Ménélas,
Qui se réjouissent ; parmi eux chante un divin aède,
Jouant sur sa lyre tandis que deux danseurs, en rythme,
Cabriolent et tournoient au milieu de l’assemblée.
Et c’est devant les portes du palais que le héros
Télémaque et le splendide fils de Nestor arrêtent
Leurs chevaux. Alors qu’il sort, le noble Étéonée,
Diligent serviteur de l’illustre Ménélas, les voit,
Et va par la maison les annoncer au berger des peuples,
Lui adressant, debout près de lui, ces paroles ailées :

« Voici deux étrangers, ô Ménélas, nourrisson de Zeus,
Deux hommes qui ont l’air d’être de la race du grand Zeus.
Dis-moi, devons-nous dételer leurs chevaux rapides,
Ou les envoyer ailleurs où ils seront accueillis ? »

Grandement indigné, le blond Ménélas lui répond :

« Jusque là tu n’étais pas insensé, Étéonée,
Fils de Boéthos ; mais voilà que tu parles en enfant.
N’avons-nous pas tous deux mangé maintes fois chez des hôtes
Étrangers avant de revenir ici ? Que Zeus
Nous préserve de la misère à l’avenir ! Dételle
Les chevaux des hôtes, amène-les prendre part au festin. »

Il dit. Étéonée s’élance à travers la grande salle,
Presse les autres diligents serviteurs de le suivre.
Ils détachent du joug les chevaux couverts de sueur
Puis vont les attacher aux mangeoires des écuries,
Leur apportent de l’épeautre qu’ils mêlent à l’orge blanche,
Appuient ensuite le char contre un mur tout brillant,
Et font entrer les hôtes dans la divine maison
Du roi nourrisson de Zeus. En la voyant, ils s’émerveillent :
C’était comme si l’éclat du soleil ou de la lune
Tombait de la haute maison de l’illustre Ménélas.
Après l’avoir contemplée à en rassasier leurs yeux,
Ils entrent dans les baignoires bien polies pour s’y laver.
Des servantes leur donnent le bain et les effleurent d’huile,
Puis leur enfilent des tuniques et d’épais manteaux de laine.
Ils s’assoient sur des trônes auprès de l’illustre Ménélas.
Une servante s’avance, apportant l’eau dans une belle
Aiguière d’or, la verse dans un bassin d’argent,
Qu’ils se lavent les mains, puis étend une table polie
Devant eux. La digne intendante leur apporte le pain
Et maintes nourritures qu’elle offre libéralement
De ses provisions. Le découpeur leur présente des viandes
Diverses et place devant eux des coupes d’or.

*
le texte grec est ici
dans ma traduction le premier chant entier , le deuxième , le troisième
J’arrête là le feuilleton en ligne de ma traduction, mais la traduction se poursuit !

Poème du jour

or

On prend mon or et on en fait de la boue.
On prend des arbres pour imprimer la boue.
Je me relève dans les arbres
nous avançons
Vigueur de Shakespeare

Je cherche une littérature d’aujourd’hui
musclée
Aucune de leurs phrases n’est bandée
ni bandable
sauf dans des polars

On prend mon or mais on ne le prend pas
puisqu’on n’en fait que de la pacotille
des ersatz de littérature
cacochyme
Et les feuilles des arbres, même mortes,
sont plus belles que celles de leurs livres.
Moi, plus riche que l’or,
plus vive que moi,
je marche dans mes pas de demains.