Dépasser

tailleur-de-bifacePeinture G.Tosello

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Marchant, il me semblait écrire pour ma thèse. Pédalant dans la côte contre le vent, également. Je dis il me semblait : je sentais que je faisais cela dans ce mouvement de ma pensée en train de commencer un nouveau voyage. Ulysse une fois arrivé ne reste guère. J’avais mis un e, écrit arrivée, et tapant plus vite que mon ombre je l’ai enlevé avant même qu’il n’apparaisse. J’écoute de savants professeurs, des hommes sûrs, je lis lentement, je remodèle, sculpte mon cerveau, y compris en marchant, en faisant du vélo, des photos. Préparer le matériau. Comme toujours, je suis mon propre matériau. Je prépare mon corps, ma pensée, pour la longue nuit d’amour et l’aube avec ma promise, la poésie (les textes de mon corpus). Je pars d’une certaine façon de la mort de l’homme annoncée par Foucault*. En fait c’est un dépassement. Je pars de mon propre dépassement, et du dépassement de l’homme accompli dans le premier voyage. Je vois les choses autrement. Autrement qu’elles ne sont approchées d’habitude. Ma méthode est autre. Elle œuvre en moi seulement pour le moment, il faut encore évider le bloc de pierre avant de songer à ciseler vraiment la forme, cette forme que je ferai apparaître à partir de la mort de l’homme, de son dépassement.

*Foucault s’est expliqué plus tard sur sa fameuse expression de Les mots et les choses – on peut sur ce sujet écouter ici en vidéo les cours d’Alain de Libera (Inventio subiecti) (qui parle aussi notamment de Me Eckhart, sans faire les (énormes) contresens que j’ai entendus l’autre jour ailleurs. Faire confiance à ses propres lectures, puis à celles de personnes fiables – ou bien se passer de culture intellectuelle, car mal comprise elle fait plus de mal que de bien).

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alinareyes