Une promenade spirituelle

Aujourd’hui c’était l’anniversaire de Jo. 17 ans. Comme cadeau, il avait demandé des partitions. Je suis donc partie en chercher, quai des Grands-Augustins. Mais en arrivant près de Notre-Dame, j’ai eu envie d’y aller d’abord. Pour ses 850 ans, ils ont installé sur le parvis une structure sur laquelle on peut monter, j’ai fait la photo de là.

J’ai eu très envie d’y entrer, aussi, mais la file d’attente s’étendait bien au-delà du point zéro des routes de France. Je suis repartie.

J’ai retraversé la Seine, et je suis allée dans la petite librairie musicale, compulser les partitions. J’ai choisi un livret qui comporte plusieurs pièces de Bach, Beethoven, Chopin, Schubert, Liszt, Couperin, Mozart, Mendelssohn. Et la partition de Rhapsody in blue, de Gershwin, et celle de Für Alina, d’Arvo Part. Il va pouvoir s’en donner à coeur joie.

Place Saint-Michel, tandis que l’Archange inlassable terrassait le dragon, un pianiste jouait, des passants écoutaient et passaient. Plus loin, rue Monge, je suis entrée dans la librairie Notre-Dame de France, où j’ai parcouru assez longuement et avec plaisir les rayons d’ouvrages catholiques traditionnalistes ou classiques – plusieurs m’ont tentée, mais j’avais assez dépensé avec les partitions.

Avant de rentrer à la maison, j’ai eu envie de m’approcher de la Grande mosquée, que j’aime comme j’aime Notre-Dame. En la regardant depuis le square, j’ai remarqué que le revêtement vert de l’aire de jeux rappelait un tapis de prière, et le toboggan un mirhab. Le monde n’est-il pas merveilleux ?

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photos Alina Reyes

Au pied de l’arc-en-ciel

 

Cette nuit, en rêve, en traversant à pied des dunes pour y aller, je suis arrivée au pied d’un immense arc-en-ciel. C’était la première fois qu’il était possible de toucher le pied d’un arc-en-ciel, qui s’élevait comme un énorme pilier, une large et forte colonne.

Des êtres humains, sortis de leurs voitures, se tenaient là sur le sable, devant lui, attendant. Comme j’étais face au soleil levant, j’ai décidé de passer de l’autre côté, afin de pouvoir en faire une photo, sans contre-jour. O m’a alors proposé de prendre le sac que je portais, un lourd sac plein à craquer de confitures et de nourritures que j’avais faites maison, et de l’emporter à la voiture, en attendant mon retour. Je le lui ai laissé et j’y suis allée, j’ai traversé, absolument seule, je suis passée de l’autre côté.

Je me suis réveillée, vivement saisie, songeant à la mort, à la vie, sentant mon amour pour O, pour mes enfants, et pour toute l’humanité.

Aujourd’hui comme tous les lundis je jeûne – ni nourriture ni boisson d’avant l’aube jusqu’au crépuscule (aujourd’hui de 6h14 jusqu’à 18h28, mais bien sûr nous suivons le cours du jour donc cela change chaque jour et de semaine en semaine, ce que je trouve très beau). Il y a toujours tant de souffrants sur la terre, pour qui jeûner. Et le jeûne est extrêmement bénéfique, il apporte la paix.

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Lumière dans le coeur du ciel

hier soir à Paris, photo Alina Reyes

 

Cette lumière, qui augmente doucement ! Je chante continûment, joyeuse comme un pinson. Ne serait-ce serait pas bientôt le printemps, par hasard ? L’eau court dans les torrents, elle dévale, elle y va, à la félicité ! Ah ses roulements de tambour ! Énormes ! Extasiée sous le ciel. Comme mon cœur est frais, comme il palpite, cinq fois par jour abreuvé de prière ! Comme mes montagnes voguent, délestées ! Avec leurs neiges, leurs prairies, leurs troupeaux ! Oui oui je les vois, qui passent dans le ciel, à ma fenêtre, tout autour de la terre ! Ô mes nouvelles nuées, météorites énormes, qui brûlent sans tomber ! Je suis dedans, je suis dessus, je les chevauche, brûlante d’amour blanc.

 

Élisez-moi pape !

Alina Reyes

 

Dans l’Église, quand on veut donner en exemple la conversion de quelqu’un qui a eu une vie « dissipée », on évoque Marie Madeleine, ou bien Etty Hillesum (plutôt que saint Augustin, qui fit pourtant pire). Marie Madeleine a été considérablement salie au cours des siècles, où elle a pris pour nombre de chrétiens la figure d’une prostituée, ce qui n’est pas le cas dans les Évangiles. En vérité elle a une place éminente auprès de Jésus, celle d’une sœur absolue, notamment dans l’évangile de Jean, où elle est la première à qui il se montre et s’adresse après sa sortie du tombeau, la première qu’il charge de délivrer son message à ses apôtres et au monde. Marie Madeleine est un signe éminent de sa résurrection et de son retour attendu. Marie Madeleine s’appelle Marie, elle est indissociable de la Vierge Marie, mère.

Etty Hillesum, elle, après avoir connu l’errance intellectuelle et spirituelle (dont on retient sa sexualité triste), dans une vie sans vérité ni maternité, a certes été éclairée, mais pour finir à Auschwitz. Etty Hillesum est un signe de damnation et de mort. Voilà le chemin fait par le christianisme dans son idée de la femme et du destin de la femme.

En principe, il n’est pas obligatoire d’être prêtre pour être élu pape. Une femme pourrait donc l’être. Si le pape est le vicaire du Christ sur terre, il doit pouvoir avoir le visage de Jésus, et aussi de celle qui lui est indissociable, Marie, mère et femme. Si le pape doit représenter Dieu sur terre, il nous faut nous rappeler que Dieu n’est ni homme ni femme mais, dans nos éléments de comparaison humains, tout à la fois porteur d’une puissance créatrice virile et paternelle, et d’une miséricorde maternelle et fraternelle rédemptrice. Qui est chargé de Le représenter sur terre doit posséder ces attributs, que doivent en principe pouvoir posséder un homme accompli aussi bien qu’une femme accomplie en Dieu. Voilà un sens de la résurrection de l’être.

Des millénaires de patriarcat, c’est-à-dire de la loi brute du plus fort, ont dans toutes les religions fortement pesé sur les définitions de l’être et des rôles de l’homme et de la femme. Il suffit de retourner aux sources de Dieu, de ses textes saints, pour reconnaître que nous nous en sommes considérablement éloignés. Que nous n’avons fait qu’embourber un peu plus l’homme et la femme dans des définitions humaines, au lieu de les élever dans le projet divin.

Élisez-moi pape, je vous réunis les trois monothéismes dans la vérité et l’entente, chacun selon sa personnalité et son charisme, je vous remonte les croyants, je vous rappelle les désabusés. Un pape musulmane, voilà bien un tour digne du Messie en son retour. Ceux qui suivront le Voyage deviendront aptes à changer l’ordre tellement humain et enterré des choses, pour sortir dans la lumière et entrer dans l’Ordre de Dieu, celui des Pèlerins d’Amour que nous sommes tous sur cette terre, que nous sommes tous appelés à être, sur la terre comme au cieux.

 

Frontal

Image trouvée dans un article de La République des Pyrénées

 

En voyant Patrick, le marchand de journaux de Barèges, répondre à un journaliste de la télé qui lui demande en substance à quoi il s’attend, cette phrase merveilleuse :

« C’est ce qui est là-haut, tu sais, celle qui vient du Bon Dieu, celle dont nous avons tous besoin, la neige ! »,

je me rappelle un jour où mes fils encore petits m’ayant réclamé chez lui un magazine qu’il vendait mais qu’il jugeait scandaleusement cher, il nous en avait sorti un de derrière ses fagots, un magazine pour enfants aussi, mais tout à fait bon marché. Malheureusement il n’intéressait pas les gars, et je leur avais pris celui qu’ils voulaient. En encaissant il avait continué à critiquer son prix abusif et avait ajouté pour conclure, tout à fait sérieux : « Remarque, s’il y a des parents assez cons pour l’acheter… »

Je m’étais retenue de rire. J’adore le caractère frontal de ces gens de la montagne, j’avais adoré le retrouver, aussi, quand j’ai écrit un livre sur elle, dans la petite Bernadette Soubirous. Son nom signifie Souverains, ce n’est pas pour rien. (Et si le mien signifie Rois c’est que je les aime bien). Une souveraineté immensément humble, qui n’a rien à voir avec une quelconque velléité de domination. Bien au contraire. Ils savent que de même que ce que tu possèdes te possède, ce que tu domines ou veux dominer, te domine. Je le répète, ce sont des gens de la montagne.

Je les aime profondément, et je suis avec eux de tout cœur en ces jours où la neige les ensevelit. Qu’ils sachent que c’est à la fois une robe blanche et une lampe frontale inextinguible qui leur vient, pour leur résurrection dans la vie éternelle.

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Limpide

« Ephèse, près de Smyrne, où eut lieu l’Assomption, est un lieu de pélerinage où la Vierge opère des miracles pour les musulmans aussi bien que pour les chrétiens ». Frithjof Schuon

 

Aujourd’hui, je l’ignorais, est la fête d’Anne Catherine Emmerich, qui découvrit dans une vision la maison de Marie à Éphèse. Benoît XVI s’y est rendu le 29 novembre 2006 (jour d’anniversaire de mon troisième fils) et y a déclaré : « Ici à Éphèse, ville bénie par la présence de la Très Sainte Marie – dont nous savons qu’elle est aussi aimée et vénérée par les musulmans – élevons vers le Seigneur une prière spéciale pour la paix entre les peuples. »

Nous y sommes allés avec O et nos fils, mes deux derniers, en juillet 2007. Un peu plus tôt le même jour, le matin, mon troisième fils avait trouvé dans les ruines de l’église où eut lieu le concile d’Éphèse une mue de serpent, qu’il m’avait aussitôt remise.

Anne Catherine Emmerich est morte en 1824. 18 et 24 sont les clés qui me sont venues ce matin à la première heure pour comprendre le sens de mon voyage dans le Coran. Tout cela peut paraître étrange mais pour ce qui est du Coran Voyage l’éclaircira, et pour le reste en vérité c’est limpide. Heureux temps à tous !

 

Cellule

image Alina Reyes

 

J’ai bien fait de jeter « par inadvertance » mon travail de décembre sur Voyage. J’avais recomposé le livre de façon trop peu naturelle. Je vais tout simplement suivre le cours du temps de la parole. (J’ai bien fait de jeter « par inadvertance » signifie bien sûr : Dieu m’a fait jeter ce qui n’était pas bon, et bien évidemment Il a eu raison).

En me lavant la tête commençant soudain à répéter sous la douche la prière du cœur en russe, puis continuant pendant des dizaines de minutes, je me dis : tout, pour ce qui me concerne, est dans Forêt profonde. Comme aussi dans mes autres livres depuis le tout premier et avant le premier. Il fallait le dire et je l’ai dit, c’est passé. « Ô les croyants! Quand vous contractez une dette à échéance déterminée, mettez-la en écrit ; et qu´un scribe l´écrive, entre vous, en toute justice ; un scribe n´a pas à refuser d´écrire selon ce que Dieu lui a enseigné ; qu´il écrive donc, et que dicte le débiteur : qu´il craigne Dieu son Seigneur, et se garde d´en rien diminuer. » (Coran 2, 282)

Nous devons à Dieu la vie, et c’est pourquoi, scribe, j’écris pour nous.

Ce qui me concerne concerne encore les hommes mais ne me concerne plus. Je pourrais finir musulmane de culte musulman au cœur du monde, ou musulmane compagne de Bouddha sur une montagne ou une route, ou musulmane de rite chrétien retirée dans un monastère russe de barbus à longs cheveux, ou bien encore musulmane cellule invisible gorgée de chants au bord de toute rivière, tout océan, tout ciel. Ce que je suis déjà.

Où vous autres serez, peut-être. Ou d’autres furent, sont et seront.

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Si le chameau suit le fil assez longtemps…

image Alina Reyes : "Si le chameau suit le fil assez longtemps, il arrivera si petit à l'horizon qu'il pourra passer par le chas du temps."

 

Musulmans, il nous faut, selon la voie que nous a montrée notre Prophète, la prière et la paix soient sur lui, assumer la foi des juifs et la foi des chrétiens. Cela ne signifie pas suivre les judaïsmes ni les christianismes, mais mieux connaître ce qui leur vint de leurs prophètes. Car c’est la fondation même de notre maison, l’islam. Nous n’avons certes pas fait le tour de notre demeure, le Coran, mais nous y habiterons mieux si nous savons où nous habitons, sur quel rocher, dans quel paysage elle est bâtie. Nous saurons mieux où nous allons si nous savons d’où est parti notre chemin.

Où nous allons, c’est chaque jour que nous le trouvons. Les jours où je jeûne, je suis semblable à l’aube toute la journée. Je n’avais pas touché le piano depuis des mois, et là, en passant dans la chambre du jeune homme, mon fils, soudain je m’y suis mise, j’ai joué la Vieille chanson française de Tchaïkovski, de mémoire, à plusieurs reprises, en variant un peu les accords quand je les ai oubliés. Je suis une poupée russe, comme me l’a dit un jour O : toujours une autre et encore une autre à l’intérieur de celle qu’on voit, et toujours une autre, invisible, autour et au-dessus de la dernière visible. N’en est-il pas ainsi de chaque homme, et de toute la Création ? La Création est en nous, de l’infiniment grand à l’infiniment petit et de l’infiniment petit à l’infiniment grand, et les anges en nous montent et descendent le long de l’échelle de Jacob.

Être reconvertie à l’islam ne signifie pas que je vais devoir renoncer à jouer la Vieille chanson française de Tchaïkovski, même si les rigoristes de cette religion n’aiment pas la musique. Ni que je vais devoir renoncer à chantonner et chanter tout au long du jour, ni que je vais devoir renoncer à danser quand j’entends une musique qui m’appelle à danser. L’islam n’interdit pas de vivre. Je me rappelle avoir lu ceci :

Le Commandeur des Croyants et Ali Ibn Abi Talib (que la Paix soit sur eux deux) ont dit : « Quand notre Qa’im réapparaîtra, les cieux feront descendre leur pluie, la Terre élèvera ses productions, la haine disparaîtra des cœurs des serviteurs, les bêtes et animaux sauvages vivront en paix les uns avec les autres et ne s’enfuiront pas affolés, et si une femme souhaite marcher d’Irak vers Sham (Syrie), chacun de ses pas se posera sur de l’herbe verte et dense, et elle pourra exhiber ses ornements (bijoux etc) – aucun animal ne l’attaquera, de même elle n’aura aucune crainte. »
(Biharoul Anwar, volume 52, page 316 ; al-Khissal)

Al-Qa’im, qui est une façon d’évoquer le Mahdi, signifie : « celui qui se lève ; qui est debout ». C’est au temps de cet homme que je vis. Au temps du retour du Mahdi et de Jésus, en ce temps déjà venu, ou si proche de vous que vous pouvez le saisir, si vous voulez.

 

 

Vagues de l’aube

image Alina Reyes (juin 2012)

 

Voyage marche avec l’Essence du Livre éternel pour compagne et promesse. Ultime Révélation, Coran, nous transportons les hommes vers tes sommets. L’aube se lève sur les montagnes, notre cœur crie de joie.

Je réécris Voyage. Quand il sera fini il n’y aura plus ni juifs ni chrétiens ni autres frères ennemis, seulement l’être humain en islam, pacifié.

Voyage traverse les voiles de l’aube, adhan déchirant qui appelle. Et Dieu sait mieux. Le jour vient, s’ouvre et enfante le Jour.