Les puissances du mal et la puissance de la vie

au jardin alpin du Jardin des Plantes, ces jours-ci, photo Alina Reyes

 

À force de lutter, privée de moyens, parfois je suis fatiguée. Ce matin je me suis recouchée, je me suis rendormie, j’ai fait un rêve où j’étais un homme que d’autres hommes coinçaient dans une cage d’escalier sombre, frappaient contre les murs, frappaient. Rien à faire, je ne travaillerai pas avec l’inversion des valeurs que je porte. Ce que les puissances du mal font dans le monde en ce moment, je le vois bien, car c’est de la même façon qu’elles agissent avec moi, depuis des années.

Les puissances du mal sont malines, comme leur nom le dit. Au nom du féminisme, on instrumentalise des femmes pour semer le trouble dans les peuples qu’on veut dominer, Russes, Européens, Maghrébins… Au nom de l’humanisme, on instrumentalise des associations pour s’insérer parmi les peuples sur le terrain, des trolls pour s’insérer parmi les voix des peuples sur internet, des pétitions en ligne pour s’insérer dans la politique des peuples et réaliser en même temps une intense propagande, qui arrive directement dans des millions de boîtes mail, qui s’étale dans la presse, qui sème la confusion entre le bon et le mauvais tandis qu’à l’arrière-plan on s’emploie à attaquer des monnaies, trafiquer des marchés. La corruption progresse dans les esprits, et notamment les esprits des élites. Le mensonge et la manipulation dans ces milieux règnent au point de paraître ordinaires, même à des représentants des plus hautes autorités morales, qui ne savent plus distinguer entre le vrai et le faux.

Pourtant chez moi, dans notre humble foyer, l’amour, la beauté, l’harmonie règnent. Qu’il en soit ainsi pour chacun de nous, et la vérité vaincra, la vérité a déjà vaincu.

*

 

Jumua. Mon journal du jour

"Kavka" au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

 

Je suis très affectée d’apprendre que le Grand rabbin de France, Gilles Bernheim, est un plagiaire récidiviste, qu’il emploie des nègres, qu’il a menti pendant des décennies en se prétendant agrégé de philosophie (et major de sa promotion, entre autres détails inventés pour lui donner un brillant éblouissant) – ce qui lui valut une grande partie de son prestige. Parmi les auteurs qu’il aurait plagiés figure Élie Wiesel, qui fut lui-même accusé d’imposture, sans que l’affaire soit bien éclaircie. De même j’ai été triste d’entendre à la télévision un prêtre, Jean-Robert Armogathe, qualifier d’anecdotique l’affaire Cahuzac. Tous ces hommes qui passent pour des références morales, n’ont-ils en vérité aucun sens, ou qu’un sens complètement faussé, du bien et du mal ?

Ailleurs, toujours, sur toutes sortes de sujets, multiples manipulations de l’information, soit par ceux qui la donnent (sur les sites que je lis, qu’ils soient généralistes, musulmans ou chrétiens), et la donnent partielle ou déformée, soit par ceux qui la commentent sous couvert d’identités faussées. Et la bêtise, et la méchanceté. De cette mare pourtant, s’élèvent de temps en temps quelques voix fraîches, surgissent comme des épiphanies des témoignages de vie, si minces souvent, si petits, et justement pour cela porteurs de la plus haute espérance. Le cœur bondit, le ciel est là, tout proche.

Aujourd’hui, vendredi, jour de prière commune à la mosquée. Jumua, bonheur et joie. À la Grande Mosquée, à cause de la multitude de ce jour, ou grâce à elle, nous prions dehors, dans les jardins. De grands tapis de corde sont disposés pour les fidèles. Vers le fond, quand il n’y en a plus, on se partage le tapis ou le tissu apporté par l’une ou l’autre. On prie côte à côte, coude à coude, inconnue à inconnue. C’est très beau. L’imam récite des passages du Coran et prêche, il y a des invocations en commun, comme c’est en arabe je ne comprends pas mais peu m’importe de comprendre à la lettre, je comprends à l’oreille, je suis dans la prière, nous y sommes toutes et tous ensemble, et la mosquée a les dimensions du monde. Quand c’est fini, celles qui ont apporté des dattes, des gâteaux, du café, les distribuent. Générosité vivante et raffinée. Les jardins du paradis.

À la sortie un jeune homme distribuait des prospectus. Il m’en tend un : « Bonjour madame, c’est pour maigrir ». « Ah, vous me trouvez trop grosse ! », je lui dis. Il éclate de rire. « Non, absolument pas ! » Comme j’aime entendre les hommes rire ! et rire de bon cœur.

*

Le canard qui marchait avec moi

Bon ben salut, à + ! (cet après-midi au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes)

 

D’abord j’ai arpenté et re-arpenté les toutes petites allées du jardin alpin, dans l’odeur des fleurs à miel, les chants délicats des oiseaux, la belle franche lumière de printemps. Je mettrai peut-être des photos demain, avec quelque réflexion qui m’est venue ce matin sur le Christ au jardin – à moins que je ne les garde pour mon livre sur le Messie, nous verrons. J’ai parlé avec un jardinier, c’est lui qui m’a adressé la parole, nous avons parlé en marchant. Ces gars et ces filles font un travail remarquable tout au long de l’année au Jardin des Plantes, qui sans cesse change, comme la nature. Je le lui ai dit, puis j’ai poursuivi mon chemin en songeant qu’ils étaient presque des saints. J’ai rencontré un canard, qui pour une fois n’était pas dans l’eau. Il est venu vers moi, je l’ai salué, il m’a accompagnée un bout de chemin. La vie est fantastique.

*

En voyage il arrive toujours des choses extraordinaires

par cette belle journée, à Paris, photos Alina Reyes

 

En chemin, j’ai échangé quelques mots avec un SDF très abîmé, vacillant sur ses jambes. Nous avons un peu plaisanté, puis au moment où je suis partie, il m’a dit : « Salut à toi ! ». J’ai su que c’était le Christ qui le lui avait fait dire, et je vous le transmets : Salut à vous. J’ai voulu aller remercier à Saint Julien le Pauvre, mais l’église était fermée. Quant à Notre Dame, la file d’attente des touristes était si longue que je suis plutôt descendue au bord de la Seine, puis j’ai poursuivi mon chemin. Finalement je suis entrée à Saint Séverin. Je suis allée m’asseoir dans la chapelle du Saint Sacrement, il n’était pas exposé mais la bougie brûlait devant le tabernacle, en bois taillé comme dans l’art africain, ainsi que l’autel et le pupitre. Rapidement, le Christ m’est apparu à travers la pierre. J’ai l’habitude de cela, et de l’immense paix dans laquelle cela transporte. Comme à la mosquée, qui contient l’église, qui contient la synagogue. Mais soudain je me suis tournée et j’ai vu, assis un peu plus loin sur ma gauche, l’exact sosie de mon fils Joachim. J’ai été saisie comme lorsque, le mois dernier, j’ai vu un tigre dans la Seine. Et plus encore. Même cheveux, même coupe, même profil, même allure, même vêtements. Et cependant c’était un autre, même s’il était difficile d’en croire ses yeux. Il est reparti, j’ai regardé en face de moi la peinture du repas d’Emmaüs, puis de nouveau, au-dessus du tabernacle, le Christ à travers la pierre, serein.

Une fois sortie, en consultant mon portable, éteint dans l’église, j’ai vu que pendant que ceci était arrivé, Joachim m’avait laissé ce message : « Je mange dehors ». J’ai continué à marcher, je suis passée devant Saint Éphrem, l’église syriaque où j’allai un jour à une messe de soutien aux chrétiens d’Irak. Je suis passée devant une boutique russe en chantier, où étaient en vitrine des œufs de Pâques et des poupées russes. Plus loin, place Monge, une tente était plantée pour les enfants, à côté de la camionnette du baladin. Bientôt je voyagerai, ailleurs, comme on peut aussi voyager chez soi, où qu’on soit.

*

La Voie, la Vérité et la Vie

Jardin des Plantes, en ce moment. Photos Alina Reyes
Paris et Jardin des Plantes, en ce moment. Photos Alina Reyes

 

Ouvrons nos oreilles, c’est le printemps, les oiseaux prient à gorge déployée aux aubes du jour et de la nuit !

Certains, à la « manif pour tous », tout en essayant de forcer les barrages de police, donc inévitablement de créer un contexte de violence, ont été tentés de « mettre les enfants devant ». Et ils prétendaient manifester pour les droits des enfants ! Au-delà de cet abus manifeste, il faut noter ceci : autant il existe des justifications théologiques au refus du mariage homosexuel, autant il n’est aucune justification chrétienne à un mode d’action tel que celui de la « manif pour tous ». Pourquoi avoir empêché les dérives possibles de la théologie de la libération, si c’est pour politiser de nouveau la foi par des voies, en l’occurrence des rues, qui sont du ressort de César ? Le Christ serait-il dans la manif ? De toute évidence, non. Son mode d’action est différent. Son mode d’action, c’est l’évangélisation. C’est œuvrer à purifier les cœurs et éclairer les esprits afin que les hommes apprennent à ne pas tomber dans les pièges du mal. C’est bien plus difficile, mais c’est la voie qu’il nous a laissée.

Petit problème : il y a des années que j’écris en faveur de la liberté de porter le voile, mais je n’ai encore rencontré aucune femme voilée prête à écrire pour la liberté de ne pas porter le voile. Les musulmans et musulmanes d’Occident se raccrochent au voile par réflexe identitaire, mais j’ai confiance, la libération de cette espèce de fétichisme viendra par les musulmanes et les musulmans des pays arabes en train de revenir au monde.

Éditeur de Marcela Iacub, ami et défenseur de l’escroc François-Marie Banier… Que la presse rende hommage aux disparus qu’elle a côtoyés, dans ce petit milieu où l’on aime les côtoiements, c’est humain ; mais qu’elle en déforme la vérité, ce n’est pas bien, surtout de la part de gens censés avoir une éthique de la vérité. Jean-Marc Roberts a malheureusement mis beaucoup de son talent à participer à l’industrialisation de Saint-Germain des Prés, à la fabrication de livres-produits, vendus par des coups montés moins dignes que la dernière « blague » de Carambar pour faire parler de la marque. Et certes il n’est pas le seul à avoir assassiné ainsi la littérature, dans ce « milieu ».

« Les Français favorables à un renforcement de la loi sur les signes religieux ostensibles. » Quels signes « ostensibles » ? « Tout signe d’appartenance religieuse ». Les Français sont coincés. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? Le refus de la liberté d’autrui, c’est le refus de sa propre liberté. Les Français sont embrigadés par leur ego de coq sur son fumier. Que ne sont-ils favorables à la disparition de leur morgue ! Je me rappelle ce pèlerin russe rencontré un jour à Saint-Sulpice, avec son long vieux manteau, son sac usé, sa barbe, sa grande croix sur sa poitrine, ses yeux délavés par la route sous le ciel. Mes Pèlerins iront prier en tout lieu de prière où il leur sera donné permission de prier, mes Pèlerins prieront avec tout priant de toute tradition, mes Pèlerins seront en toute terre un signe vivant d’appartenance de l’homme à Dieu.

Je suis plus patiente qu’ils ne sont calculateurs.

Le jeûne allonge le temps.

La vie moderne dévore le temps.

Le jeûne de nourritures, comme le jeûne d’activités, rend le temps à l’éternité.

Nos très lointains ancêtres, qui vivaient trente ans, vivaient bien plus longtemps que nous qui vivons quatre-vingt-dix ans. De l’aube au soir, chaque journée leur était lente avancée dans la contemplation.

Lumière sur lumière, la gloire de Dieu c’est l’homme vivant dans la paix du temps.

*

 

Oiseau

photo Alina Reyes

 

C’est le printemps. Le merle chante dans la cour de l’immeuble à l’aube du matin et à l’aube du soir. Je sais prier avec les oiseaux ! Je sais vivre en ermite, je sais vivre en compagnie, je sais vivre en communauté. Mon sang danse ! Je sais marcher longtemps, je sais chevaucher, je sais conduire et même dans la neige, dans la forêt, sur le sable. Un petit peu je sais chanter, peindre, danser, jouer de la musique, reconnaître les constellations. J’ai tout fait ! L’amour, oh oui je sais. Je sais m’occuper des bébés, je sais élever les enfants, je sais faire du feu, je sais lire, je sais écrire ! Je sais décider. Je sais attendre. Je sais agir sans hésiter ! Je sais parler avec le ciel, les arbres, les animaux, les herbes, les pierres, tout. Je sais faire la cuisine pour tout le monde. Je sais jeûner. Je sais prier. Je sais les êtres humains. Je sais porter un enfant sur mon dos. Je sais rire ! Je sais aimer. Je sais que je ne sais rien faire, c’est Dieu qui sait à travers je.

*

 

Autre chose

photo Alina Reyes

 

Mine de rien, ça prend de l’énergie.

Je pense à Jésus, quand la malade a touché les franges de son manteau. Il a senti un épuisement, mais l’hémorragie s’est arrêtée.

Qui laisse l’invisible se servir de son énergie peut marcher sur l’eau, mais aussi, par moments, s’inflammer de douleurs. Ce n’est rien, il faut attendre que ça passe.

Quand j’ai dit à O « ça y est, la fumée est blanche », il a dit : « déjà ? ce ne sera donc pas le Franciscain, il leur aurait fallu plus de temps ».  J’ai dit « alors il va s’appeler François ».

Ce jour-là le tigre dans la Seine, c’était sûrement la première fois depuis le début du monde que cela se produisait. Cela ressemble à la parole du Coran, qui parle d’autre chose qui se trouve derrière les apparences.

*

 

Un pape frère

 

S’il ne peut y avoir deux papes « pères », et s’il ne peut y avoir un pape femme, c’est donc que Dieu veut nous donner un pape frère.

Issu de saint François, frère des pauvres, frère de toute l’humanité, qui fit le voyage jusqu’en terre d’islam.

Un frère pour relayer le père disparu et, tout proche du Christ, « réparer son église en ruine », rebâtir la maison tombée.

*

 

Je suis une chrétienne musulmane

photo Alina Reyes
photo Alina Reyes

 

Je suis chrétienne, c’est évident, en vérité le Christ est en moi, son esprit, son cœur, son âme sont en moi, vivants, agissants.

Je suis musulmane, c’est évident aussi, non seulement au sens où tous les vrais croyants le sont, au sens où musulman peut se traduire « soumis à Dieu » ou « en paix avec Dieu », mais aussi parce que je comprends le Coran, je vois qu’il est descendu de Dieu par Mohammed son messager, j’aime l’islam.

Je suis une chrétienne musulmane, qui prie cinq fois par jour selon l’islam, une chrétienne à qui la Fatiha vient aux lèvres dès qu’elle est dans la joie, une musulmane qui peut aussi, entre la prière de l’aube et celle du milieu du jour, ou après celle de la nuit, ou dans d’autres moments, dire la prière du cœur en russe, ou une autre prière chrétienne.

Je n’en témoigne pas comme d’un modèle à suivre, seulement comme des merveilles que Dieu peut faire dans des êtres quand il veut se dévoiler au monde de nouveau. Je ne cherche pas à prôner le syncrétisme, mais le partage et l’échange qui débouchent sur une nouvelle intelligence.

Tel sera le rôle des Pèlerins d’Amour, et c’est pourquoi, afin d’ouvrir la voie, je dois pouvoir d’abord le vivre en moi, au sein des peuples qui m’habitent et ne font qu’un, comme ils le vivront au sein des peuples. J’ai toute confiance, et je rends grâce pour toute cette confiance qui me tombe du ciel comme une pluie bienfaisante.

*

Le Cantique des Créatures

chez lui, chez nous quand nous étions enfants, photo Alina Reyes

 

Il est mort ce matin à 6h10, juste au point de l’aube,  dans l’année où il allait avoir 86 ans, et dans le bâtiment où il fut transporté cette nuit, le même où sont nés mes deux fils aînés.

Presque aussitôt mes yeux se sont portés sur le Cantique des Créatures, qui est scotché au mur, tout près. Le voici, de Francesco di Bernardone pour Francis Nardone, du « Petit pauvre » d’Assise pour un autre petit pauvre, fils d’Italien, joyeux, discret, chanteur et musicien amateur, plâtrier de métier, étendeur de blanc, mon petit père, mon enfant, qui ne fut pas un saint mais ne fit jamais le mal délibérément, vécut en enfant et mourut à la fin de cette nuit en enfant, rendu à l’innocence par la maladie qui lui conserva seulement les beaux souvenirs de sa jeunesse.

*

Très-Haut, Tout puissant, Bon Seigneur,
à Toi louange, gloire, honneur,
et toute bénédiction,
à Toi seul, ô Très-Haut, ils conviennent,
et nul n’est digne de dire ton nom.

 

Loué sois-tu mon Seigneur,
avec toutes tes créatures,
et surtout Messire frère Soleil,
lui, le jour dont tu nous éclaires,
beau, rayonnant d’une grande splendeur,
et de toi, ô Très-Haut, portant l’image.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour soeur la Lune et les étoiles
que tu as formées dans le ciel,
claires, précieuses et belles.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour frère le Vent,
et pour l’air et le nuage et le ciel clair
et tous les temps par qui tu tiens en vie
toutes tes créatures.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour soeur Eau, fort utile,
humble, précieuse et chaste.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour frère Feu, par qui s’illumine la nuit,
il est beau, joyeux, invincible et fort.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour soeur notre mère la Terre
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
et les fleurs diaprées et l’herbe.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour ceux qui pardonnent par amour pour toi,
qui supportent épreuves et maladies,
heureux s’ils conservent la paix, car par toi,
Très-Haut, ils seront couronnés.

 

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour notre soeur la Mort corporelle
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel,
heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.

 

Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez-lui grâces et servez-le,
tous en toute humilité!

*