Chambord. 1) Le roi à la salamandre et la dame à la licorne

Salamandre azay le rideau-min

chambord 10-minChambord compte plus de trois cents représentations de salamandres. Photo Alina Reyes

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François 1er a bâti le château de Chambord sur l’emplacement d’un ancien château médiéval. Son ambition d’homme, de guerrier et de souverain nourri d’idées chevaleresques n’était pas d’effacer les valeurs du Moyen Âge, comme on crut que ce fut celle de la Renaissance, mais de les exalter. Plutôt que d’une renaissance, il s’agit d’une revivification, que symbolisent d’ailleurs l’emblème et la devise du jeune roi : la salamandre et son inscription latine nutrisco et extingo, « je nourris et j’éteins » (selon la tradition, la salamandre se nourrit de feu et a le pouvoir de l’éteindre).

Liée au feu qu’elle peut nourrir et qu’elle peut éteindre, ou dont elle peut se nourrir, ou par lequel elle peut nourrir ou éteindre, la salamandre pourrait aussi bien afficher, selon mon sens : libido, « désir ». Le désir nourrit et éteint le feu, selon qu’il est bon ou mauvais, régénérateur ou destructeur. Pour ce roi chrétien, le feu est tantôt feu du Saint Esprit, tantôt feu de l’Enfer, feu de la foi ou feu de l’impiété. La salamandre est aussi un symbole du Christ venu porter le feu sur la terre et trancher entre le bien et le mal. Sur le portail du Jugement de Notre-Dame de Paris, la pureté est représentée, sous les statues des apôtres, par une salamandre – donnant à penser sur la symbolique de purification possiblement portée par le récent incendie de la cathédrale.

Si François 1er est salamandre, il a donc pouvoir de nourrir ou d’éteindre les feux de toute sorte en son royaume.

Le Roi à la salamandre est à son seul désir savant comme sa contemporaine la Dame à la licorne. Ces deux animaux fantasmatiques, la licorne, animal phallique, et la salamandre, animal chthonien, ne représentent-ils pas aussi, l’un pour la femme et l’autre pour l’homme, à la fois leur désir et son objet ? La Dame se tient dans l’ouverture de sa tente aux quelque 80 flammèches, le Roi expose la queue enroulée en 8 ouvert de son animal (les salamandres sont réputées pouvoir faire repousser leur queue quand elles la perdent, ce qui contribue à en faire un symbole de régénérescence – n’est-ce pas aussi, dans l’inconscient, une image de la capacité d’une nouvelle érection après la détumescence du pénis ?). En cette période que des historiens d’aujourd’hui préfèrent nommer « seuil de la modernité » plutôt que Renaissance, François 1er s’est employé à ériger un seuil de l’infini : le château de Chambord. Nous verrons comment une prochaine fois.

En attendant, je recommande le visionnage du documentaire d’Arte L’énigme de Chambord. Mes images de ce château sont ici, et mes textes sur la Dame à la licorne .

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Vieilles chansons françaises

« Douce dame jolie », virelai, puis un chant du « Jugement du roi de Navarre » de Guillaume de Machaut (1300-1377)
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« Mille Regretz », chanson de Josquin des Prés (1440-1521)
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« La Bataille » de Clément Janequin (1485-1558)
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« Belle qui tiens ma vie », pavane de Thoinot Arbeau (1519-1595)
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La Renaissance est en fait l’une des Renaissances du Moyen Âge, le Moyen Âge étant par essence temps de renaissance, contrairement à la mauvaise réputation qui lui est faite. On entend ici un bouquet de chansons sur deux siècles, pur délice trouvant sa source dans l’invention médiévale de la polyphonie.
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écouter aussi : Ronsard (dont les sonnets sont faits pour être chantés) mis en musique par Milhaud et Poulenc (paroles du XVIe siècle et musique du XXe, donc)