Le vent se lève

le vent se leve

J’ai vu tous les films de Miyazaki, génie absolu, à mon sens le plus grand artiste vivant au monde, et c’est dans Le vent se lève, qu’il nous offre comme sa dernière œuvre, qu’il nous est donné d’entendre quelques mots en français, prononcés par des Japonais : « Le vent se lève !… » (dit la toute jeune fille), «il faut tenter de vivre ! », termine le jeune homme. Ce vers de Valéry sera redit. L’hommage à Monet est bouleversant aussi.

Monet

Miyazaki a tenté ici quelque chose qu’il n’avait jamais fait, un film réaliste, une biographie, qui reste pourtant du pur Miyazaki. Son ingénieur dessine des avions comme lui, le cinéaste, dessine des mangas. Avec grand art. Sauf que les mangas du cinéaste, quelque violence qu’ils puissent contenir, contrairement aux avions de l’ingénieur, ne tuent pas, mais œuvrent pour la paix. Le vent se lève livre un message clair, et si certains ont douté de sa limpidité c’est parce qu’il est aussi complexe que simple, aussi profond qu’évident, et qu’une lecture du film qui se tiendrait entre deux eaux ne verrait plus ni la lumière évidente de la surface ni la lumière cachée des profondeurs de cet océan.

Le film prend tout le temps qu’il faut, et pourtant j’aurais voulu que chaque plan demeure une heure, qu’il ne disparaisse pas, que nous ayons loisir de le contempler aussi longtemps qu’un tableau. Formellement aussi il est splendide, les cadrages et la composition de l’histoire ouvrent des espaces d’ample respiration, les couleurs délicates, nuancées, fortes, donnent une épaisseur charnelle aux paysages, aux ciels, aux nuages. Le vent s’entend, la terre aussi. Tout vit, même la mort. Tant d’hommes sont inconséquents et aveugles, leurs œuvres portent la mort sans qu’ils le voient, mais le message de Miyazaki passe.

(J’ai fait un lapsus d’écriture, j’ai écrit « le vent se lèvre », lèvre veut aussi dire parole en langue sémitique.)

Les péniches Louise-Catherine, « concrete », Adamant, la tour 13…

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Nous aussi nous avons déjeuné sur l’herbe, échafaudant d’humbles et splendides projets…

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Sur la Seine, d’autres déjeunaient aussi au soleil à bord de leur péniche

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Nous avons avancé vers l’est

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et sommes montés à bord de la Louise-Catherine, ou péniche Le Corbusier, anciennement péniche de l’Armée du Salut

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Toute en béton, mais de beaux espaces

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Et une belle exposition de photos de femmes. Celle-ci par exemple, une inconnue, pose devant de nombreux livres, dont au premier plan un livre de Maître Eckhart

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toujours à l’intérieur de la péniche

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et la voici vue du pont

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rive droite, une péniche « concrete » pour les fêtards insatiables

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et de l’autre côté du pont et de l’horloge de la gare de l’Est…

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la péniche hôpital psychiatrique de jour Adamant

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vers la source…

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repassons rive gauche, avec son vert musée de la mode…

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à l’arrière de la gare d’Austerlitz

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et voici la fameuse tour 13

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revenons aux immeubles habités

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rue Bellièvre, c’est une petite Afrique

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continuons dans le Paris tout neuf de ce quartier du 13e

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bientôt ces chemins de fer seront couverts

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cet après-midi à Paris, photos Alina Reyes

Retour sur l’affaire de Lourdes (actualisé en fin d’article)

Lourdes

photo Alina Reyes

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Hier après-midi en écrivant sur la malheureuse nouvelle présentation de la Dame à la licorne au musée de Cluny, et en évoquant Lourdes pour souligner mon propos, j’ignorais encore ce qui se tramait au sanctuaire. Je l’ai appris et compris en lisant des articles datant déjà d’il y a quelques jours, évoquant une reconfiguration de l’espace qui m’a fait craindre le pire. Jusqu’à ce que je le lise en effet : un mur est prévu pour, prétendument, protéger la grotte des inondations. De qui se moque-t-on ? En quoi la grotte craint-elle les inondations ? Elle est là depuis la nuit des temps. Qu’on y laisse simplement un autel, et il suffira de balayer si l’eau, le vent ou n’importe quoi viennent à s’y déposer ou à y porter des choses quelque temps.

L’évêque de Lourdes n’est pas franc, en présentant la grotte comme quelque chose qu’il faudrait protéger. Qu’il ne pense donc pas à se substituer à Dieu dans cette tâche. Le fait est qu’il est prévu un réaménagement du site dans un esprit similaire à celui que je décrivais pour ce qui a été fait à la Dame à la licorne. Et c’est très grave. Jusque là, depuis plus de cent cinquante ans, toutes les constructions et tous les aménagements réalisés sur le site ne lui ont pas fait perdre son sens. La grotte est restée comme elle était quand Bernadette y a été appelée, à savoir d’accès libre et ouvert, visible depuis l’autre côté du gave. Vouloir maintenant la confiner au bout d’une allée d’arbres et la dissimuler plus ou moins (j’ignore à quel point est prévu ce forfait) derrière un mur, dénature complètement sa vocation. Je suis l’Immaculée Conception, dit la Dame à l’enfant. Cela signifiait qu’elle venait purement de Dieu et de Lui seul. C’est Lui qui a fait qu’elle puisse apparaître dans une telle configuration. Et c’est cette configuration, d’ouverture et de libre circulation, qui peut permettre aux pèlerins de revivre cette expérience.

À Lourdes on prie en regardant la grotte d’aussi loin qu’on la voit. La dissimuler aux regards, ne serait-ce qu’en partie, faire cela avec l’argent que les pèlerins ont versé, c’est leur voler doublement ce que Dieu leur a donné. Éternelle histoire de Judas, rendu traître par l’argent. Les sanctuaires après la dernière inondation ont reçu 9 millions d’euros, ils prévoient d’en dépenser 15 pour réaménager le site, qui par ailleurs reçoit de moins en moins de pèlerins. Est-ce en le transformant comme un parc d’attractions qu’on fera revenir les hommes à Dieu ? Honte sur eux, malheureux sont-ils ceux qui fomentent de violer l’Immaculée Conception en la forçant à se plier à leur propre et basse conception des choses. Ah l’argent rend tout facile, croient-ils. Mais non messieurs, ni l’amour ni la vérité ne s’achètent ni ne se paient. Sans doute pourrez-vous faire illusion un temps, mais votre entreprise est irrévocablement appelée, à terme, à sombrer. Dieu n’a pas besoin de votre argent, qui n’est d’ailleurs pas le vôtre. Votre argent ne compensera pas votre absence de foi, votre perte de foi, votre trahison.

Ajout du 8 mars à 20h35 : Une personne de la communication des Sanctuaires me répond sur Twitter que le projet cherche à « rendre aux pèlerins le recueillement à la Grotte, rendre à la Grotte la quiétude de ses pèlerins ». Mais à la Grotte, le recueillement et la quiétude viennent justement du fait d’être en communion avec le peuple qui va et vient, d’être dans sa rumeur et sa prière. Et non pas d’être enfermé en silence devant le rocher. Ce n’est pas cela, le charisme de Lourdes. On dirait que ceux qui ont imaginé ce projet n’ont jamais vécu l’expérience de Lourdes. Bien entendu, il est toujours loisible de venir chercher un recueillement plus solitaire plus tard le soir ou tôt le matin. Les pèlerins savent cela, ils savent ce que leur apporte la communion secrète des pèlerins dans sa vie simple et naturelle, ils savent aussi se rendre à la grotte aux heures de silence s’ils le désirent, c’est pourquoi ils aiment Lourdes, telle que Dieu l’a faite.

Apocalypse 12

apocalypse 12

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Le nombre de bien-pensants qui se soumettent à l’antichrist, au faux, et crucifient le Christ, le Vrai. Qui disent croire en Dieu, et placent leur argent en Freud, avec leur foi. S’ils mènent à bien leur projet d’allée arborée pour conduire à la grotte et de mur devant la grotte, ils détruisent Lourdes. Ils déconstruisent l’Immaculée Conception de Dieu pour la reconcevoir, la reconstruire à leur façon. Mortelle. Et perdent toute chance de sauver leur âme. Car le Christ l’a dit, le seul péché qui ne sera pas pardonné, c’est le péché contre l’Esprit.

Petites remarques lues ici ou là ces dernières heures

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« L’histoire ne repasse pas les plats ». (j’ai oublié de qui, et à propos de quoi)

« Quand on a les pieds dans la m…, c’est comme dans les sables mouvants, plus on remue, plus on s’enfonce. » (un lecteur du Monde, à propos de la dernière affaire Sarkozy)

« Il y a des embouteillages à la grotte » (l’évêque de Lourdes, qui veut y remédier). Eh bien, s’il plaît à la Vierge Marie de mettre les pèlerins en bouteille, tout en leur offrant de l’eau à mettre dans leurs bouteilles ? Qu’ils patientent, c’est très bien. Et que les agitateurs-agités du bocal n’aillent pas défigurer le paysage, le sanctuaire, en y implantant ce qui n’y était pas (Bernadette n’a pas été appelée à la grotte à travers une rangée d’arbres, qu’on ne refasse pas le mauvais coup du musée de Cluny avec la Dame), en le transformant façon parc d’attraction, en voulant gérer eux-mêmes des flux qui n’appartiennent qu’à Dieu. Tout ce qu’ils veulent, c’est mettre des jambes de bois à ce qui ne marche pas, au lieu de faire pousser de vraies jambes à ce qui n’en a pas. Mais c’est qu’il faut avoir la foi, écouter ce que dit la bouche de la vérité.

« Ouah compliqué à comprendre tout ça. » (un lecteur de Métro, à propos de la dernière affaire Sarko)

Dame à la licorne et phobie de la femme

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La désastreuse nouvelle présentation des tapisseries de la Dame à la licorne au musée du Moyen Âge pourrait s’intituler L’Anglais décrit dans le château fermé, pour reprendre le titre d’un roman sadien d’André Pieyre de Mandiargues. Donner à voir ces grandes tapisseries dans un lieu sans espace trahit l’œuvre, de toute évidence conçue pour d’amples pièces, où l’homme a loisir d’évoluer et respire aisément. Ici la mise en spectacle semble conçue par un hystérique dont la maladie se traduirait par des crises d’étouffement, et qui voudrait transmettre son asthme aux malencontreux visiteurs qui ne se rendent compte de rien. Pourquoi ? Alors que les citations de plusieurs auteurs et poètes qui ponctuent le corridor d’accès à la salle mettent en exergue l’universalité de cette œuvre, laquelle comme tout chef d’œuvre parle de l’être humain et à l’être humain dans son entier, celle de Yannick Haenel parle de féminité. Outre que la présence de cette citation est comme le livre dont elle est extraite le résultat d’une machination, elle est aussi symptomatique de ce qui a été fait à ces tapisseries : désormais elles semblent garnir un utérus, où les visiteurs sont conduits comme au tombeau, ou du moins dans une prison. Cernés par la féminité de la Dame comme dans les pires cauchemars d’un psychopathe. La trahison de l’œuvre, et de son auteur, est totale.

Les hommes du Néolithique descendaient peindre dans les grottes comme dans des centres spirituels, où parfois ils figuraient aussi des vagins. Mais ces grottes n’étaient pas des espaces étouffants et clos, bien au contraire. On n’y arrivait pas comme pris au piège, mais en suivant un cheminement aventureux et initiatique, un chemin de libération. L’homme n’y allait pas pour le spectacle, mais pour rendre hommage à la création et plus ou moins consciemment, au Créateur. Ou bien les grottes étaient ouvertes sur l’extérieur, comme l’est la grotte de Lourdes, autre type d’évocation féminine qui loin d’étouffer l’être, l’ouvre et le guérit – rappelons-nous la parole du Christ : Effata ! Et celle de saint Paul : en Christ, il n’y a ni homme ni femme. Enfermer ainsi les tapisseries de la Dame à la licorne est une opération morbide, comme si on enfermait la grotte de Lourdes, en trahison totale de son histoire, au lieu de préserver le caractère largement ouvert du sanctuaire. Sanctuaire est le titre d’un autre roman, de William Faulkner celui-ci, où il est question de viol et de meurtre. Encore un effort, messieurs et mesdames les conservateurs, pour sortir des schémas mentaux mortifères.

Mes autres évocations de la Dame à la licorne sont ici. En particulier ce texte extrait de mon livre La chasse amoureuse.