Passages de « L’Ouverture de la chasse », de Dominique de Roux

« Il est une sorte de surveillance qui organise les écrivains en partis intellectuels, compromet leurs visions et les dégrade. Dans ce jeu retors – véritable démenti de l’écriture même – et qui tend à la sécurité, la censure n’est plus délimitable puisqu’elle est l’application brutale d’un mot d’ordre, d’une tendance technique, d’une délation de tous les instants. (…) Ces lettrés sacrifient volontiers l’art à la terreur et, à vouloir être les propriétaires d’un nouvel idéogramme, ils prennent aux politiciens cette mentalité de convoitise et le sectarisme des organisations les plus équivoques.

« Soliman le Magnifique d’un anti-empire dont la grandeur est faite d’effacement, d’oubli et de poussière d’ombre, l’écriture de Sollers trace dans le vide foudroyé par l’éclair de son orgueilleuse indigence les significations sans signes et les signes béants de tant d’insignification qui le portent, au-delà de son entreprise de châtiment par le vide, vers je ne sais quel salut second, vers une immortalité à partir de la suppression de tout ce qui n’est pas l’instant présent, vers l’irrévocable passage du tout à la futilité totale. Mais n’est-ce pas la définition du Chasseur noir, qui, pour échapper à la mort dans son domaine clos, accepte de devenir lui-même la mort ?

« Quoi de plus insupportable à l’imposture que la venue de la vérité, ces temps brûlants où la vérité est de passage, vivante, impitoyable, belle. »

*

Paru aux éditions du Rocher en 2005. Première publication aux éditions L’Âge d’Homme en 1968.

Bouteille à prière

1

2

*

Petite bouteille en plastique peinte (peinture à vitrail et acrylique) contenant un chapelet bon marché (acheté à Saint-Jacques de Compostelle), une feuille de papier pliée, un crayon avec sa gomme au bout (il importe de pouvoir effacer, soit les voeux précédents si on le désire, soit en cours d’écriture si on s’est trompé dans l’expression). Pour écrire à quelle intention vous allez prier, puis après la prière laisser reposer cet écrit avec le chapelet avec lequel vous avez prié. Cela ressemble à une plaisanterie, un gadget ou une superstition, mais ce n’est rien de tout cela, c’est sérieux : c’est une opération mentale. Vous pouvez bien sûr la faire en confectionnant vous-même votre bouteille à prière, quelle que soit votre religion. Hauteur : 18 cm

Bouillante comme la neige

Très heureuse d’être entrée en Carême, comme je le fus d’entrer en Ramadan, l’été dernier – c’est ce temps qui m’a ouvert la voie de la peinture, quelques mois plus tard, car le blanc contient toutes les couleurs, il les mûrit en son sein puis les libère. Et aujourd’hui mes idées fusent en abondance. Ah décidément, par la grâce de Dieu, nous transformerons la mort en vie, oui je ferai toute chose nouvelle, je le fais à chaque instant !

Madame Terre

1

2

3

Madame Terre est faite d’une bouteille en plastique (donc en pétrole, donc issue des profondeurs de la terre… terre, tu retourneras à la terre) remplie d’un peu de terreau, de morceaux de feuilles mortes, d’une feuille de laurier pour la bonne odeur si on l’ouvre… et d’un petit texte manuscrit surprise (Madame Terre est une bouteille à la mer). Elle est peinte à l’acrylique, les mêmes motifs se répétant sur toutes ses faces. Elle est coiffée d’un élastique à cheveux fleuri comme une couronne de mariée. Hauteur : 24 cm.

 

Toute chose nouvelle

En train de faire mon premier essai de peinture sur un objet en trois dimensions, que j’ai enduit de gesso cette nuit : Madame Terre.

Aujourd’hui est mercredi des Cendres, j’ai perdu clairement le goût d’aller à l’église chercher une croix de cendres sur le front pour le salut du monde, disons plutôt que j’ai dépassé de loin cette station, je ne vais pas retourner en arrière, je marche. Je vais suivre le jeûne de Carême, ce que presque plus personne ne fait, raison pour laquelle la religion n’est presque plus rien, comme j’ai suivi le jeûne de Ramadan l’été dernier, selon la règle de mes Pèlerins. Nous faisons, nous ferons toute chose nouvelle.

La lumière est si printanière.

Grâces

11

12

13

tout à l’heure à Paris 13e, photos Alina Reyes

*

Je me suis promenée dans le quartier du 13e dont les rues ont des noms de peintres. Rue Edouard Manet, j’ai trouvé une petite planche de bois contreplaqué, que je peindrai. J’aime peindre sur des morceaux de bois trouvés dans la rue. Cela me rappelle un peu mes cueillettes en forêt. Cela me rappelle aussi l’écrivain George Minot, à New York, qui récupérait des choses dans la rue, cartons, papiers d’emballage…, pour en faire des petits objets d’art, il en avait glissé un dans ma valise avant mon départ. Finalement je me demande si je ne vais pas proposer les photos coloriées au pastel ou à l’acrylique une par une. Elles se suffisent comme tableau. Des petits tableaux que je pourrais mettre sous verre et proposer à petits prix, avec les marque-pages et d’autres petites choses. J’aime l’idée qu’il y en ait pour tout le monde. Le premier peintre qui a laissé un message dans le livre d’or de ma galerie est marocain, cela me rend bien heureuse aussi.