Rive droite, rive gauche

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Je suis descendue du métro à la Bastille

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J’ai rejoint la place des Vosges

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où j’ai attendu O, qui arrivait à vélo

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de la maison de Victor Hugo, j’ai photographié la place

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Après avoir visité l’exposition des dessins de Hugo et des surréalistes, nous sommes repartis à pied. Une porte sous les arcades de la place.

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des moineaux dans le jardin de l’hôtel de Sully

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puis nous avons fait un tour dans le village Saint-Paul

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en continuant notre chemin, nous sommes entrés dans l’église Saint-Louis

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nous avons traversé la Seine

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le parvis de l’IMA est en travaux

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un poisson près de la maison

cet après-midi à Paris, photos Alina Reyes

Joyeux non-anniversaire !

J’évoque la Saint Valentin alors que moi-même je ne l’ai jamais fêtée, la trouvant, comme beaucoup de gens, tarte, artificielle et commerciale. Mais puisque fête il y a, autant en profiter pour proposer de la poésie. La poésie est la fête de tous les « non-anniversaires », comme dit Lewis Carroll. Et la poésie, on la trouve dans et par les mots, mais aussi dans la peinture, dans la rue, dans la nature, dans la vie avant tout : la vie est la poésie. Quand avez-vous dormi à la belle étoile pour la dernière fois ? Quand, la prochaine ?

« D’un long et même cri de joie » (mon cadeau pour les amoureux)

Voici 64 poèmes pour saint Valentin, à télécharger pour lire ou donner à lire comme vous voulez !

saint valentin

Et voici trois de ces poèmes :

Mon cœur d’amour,

J’ai le cœur en coupe

Pleine de mots doux

Pour toi. Oh, que je verse

Ma patiente passion

Dans des ruisseaux de lettres

Aux rondes redondances !

Mon amour d’ami,

Mon rêve caressé

Comme caillou par l’eau

De mon cœur torrentiel,

Oh, comment te dire

Quel effet tu produis,

Dure douce présence,

Dans mon eau amoureuse ?

 

*

Mes yeux sont cent éclats de verre

Où bouge la lumière, des kaléidoscopes

Que frappe de pitié la beauté de la vie,

Ô mouvante beauté, cent fois répercutée,

Cent et cent fois frappée par cent et cent épées

Au profond de ma chair, glissées

Entre mes côtes, me laissant pantelante

Aux rivages de cent et cent naufrages,

Toute tasse bue, recrachée,

Ô sel du monde sur mes plaies,

Ô sel du monde dans les larmes

Qui me coulent des yeux comme la mer

Vient et revient lécher la terre,

Comme vient la mer, oh, viens,

Mer, Marie, Maris Stella,

Lécher les joues de mon aimé

Quand je naufrage sous ses yeux

Comme vient et revient la terre

S’agenouiller devant la mer

Et recevoir, mendiante, sa caresse

D’eau et de sel, et de douceur iodée

Comme un début de monde, viens

Me baigner les yeux, galets dociles

Dans ta vague éternelle, où roulent cent et cent

Visions, fleurs stupéfaites d’être

Gerbes bondissantes dans l’entaille du ciel.

*

Le chemin n’est pas sur terre, mon cœur,

Il est dessous, il est dedans,

Il est au cœur de l’être.

L’être n’est pas de jour, mon cœur.

Le jour est l’épiphanie de l’être,

Qui se tient, palpitant,

Au creux profond de la ténèbre,

Au long des longs, si longs couloirs de la mine

Où je travaille depuis un temps très ancien,

Que je creuse et arpente à mesure que je creuse,

Encore et toujours de nouveau, dans l’espoir

D’en ramener chaque fois une lumière plus pure,

Et maintenant une pure lumière,

Digne de toi, mon cœur.

Oh, mon cœur, pardonne-moi

Ces traces noires sur mon visage et sur mes mains,

Je suis mineur de fond, je creuse dans la nuit

Et la mine en retour imprime sur moi sa nuit,

Mais toute rencontre que j’y fais avec notre lumière,

Elle est pour toi,

Et puis pour tous nos frères.

 

Des hommes si bien

On publie les lettres d’Himmler à sa femme. À travers lesquelles il apparaît, comme on le savait déjà, qu’il était bon mari et bon père de famille. On s’interroge sur ce paradoxe : comment un bourreau peut-il être un homme si comme-il-faut ? Travail, famille, patrie. Où est le paradoxe, en vérité ? Qui collabore mieux à l’iniquité du monde si ce n’est ceux qui veulent protéger leur situation, leur famille, leur confort, leur patrie, leurs traditions, leur ethnie, à n’importe quel prix ?

Un million de morts dans les guerres en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, « guerres d’agression qui sont des crimes contre l’humanité au sens de la jurisprudence du Tribunal de Nuremberg », fait remarquer un lecteur du Monde, menées par de tout aussi bons pères de famille. D’un point de vue historique l’horreur n’est pas la même, mais du point de vue des morts, l’horreur est l’horreur. Or les va-t-en-guerre comme BHL (celui qui croyait que Himmler avait témoigné au procès de Nuremberg) ne sont même pas incommodés par l’odeur du sang sous leurs chaussures.

De Gaulle doit se retourner dans sa tombe, et tous ceux qui ont résisté avec lui, en voyant Hollande en plein assaut d’allégeance aux États-Unis, faisant dîner la France chez l’araignée NSA, qui ne l’enrobe que pour mieux la dévorer. Les États-Unis et leurs alliés feraient mieux de prendre garde aux tempêtes glaciales appelées à suivre les « tempêtes du désert » et autres feux de mort.

Les falsificateurs (BHL et consorts)

En 1979, suite à la dénonciation par l’éminent historien Pierre Vidal-Naquet des nombreuses erreurs grossières et falsifications du livre de Bernard-Henri Lévy Le Testament de Dieu, Cornélius Castoriadis écrivit à son tour une vigoureuse et lucide dénonciation du système de l’auteur vedette, « quelqu’un qui occupe les médias presque autant que la « bande des quatre » et pour y produire un vide de la même qualité ». Le dossier complet, avec les lettres des uns et des autres, est à lire sur le site de Pierre-Vidal Naquet. Je conseille vivement de le lire entièrement (y apparaît aussi la propension au plagiat de BHL) ou de le relire. Car ce qui y est décrit n’a fait, trente-cinq ans après, qu’empirer. Ce qui était en train de monter, maintenant règne. Ce pourrissement des élites dont je parlais un peu plus tôt dans la journée – et bien sûr il faut désormais entendre « élites » entre guillemets. Car les hommes honnêtes, les vraies élites existent, mais le système les occulte. Et accepter de collaborer à ce système, ne serait-ce qu’en se taisant, c’est bafouer la dignité de l’homme, cette fameuse dignité dont nous rebattent les oreilles ceux qui souvent en ignorent tout. Je relève dans le texte passionnant de bout en bout de Castoriadis ce passage :

Dans la « République des Lettres », il y a – il y avait avant la montée des imposteurs – des mœurs, des règles et des standards. Si quelqu’un ne les respecte pas, c’est aux autres de le rappeler à l’ordre et de mettre en garde le public. Si cela n’est pas fait, on le sait de longue date, la démagogie incontrôlée conduit à la tyrannie. Elle engendre la destruction – qui progresse devant nos yeux – des normes et des comportements effectifs, publics sociaux que présuppose la recherche en commun de la vérité. Ce dont nous sommes tous responsables, en tant que sujets politiques précisément, ce n’est pas de la vérité intemporelle, transcendantale, des mathématiques ou de la psychanalyse ; si elle existe, celle-ci est soustraite à tout risque. Ce dont nous sommes responsables, c’est de la présence effective de cette vérité dans et pour la société où nous vivons. Et c’est elle que ruinent aussi bien le totalitarisme que l’imposture publicitaire. Ne pas se dresser contre l’imposture, ne pas la dénoncer, c’est se rendre coresponsable de son éventuelle victoire. Plus insidieuse, l’imposture publicitaire n’est pas, à la longue, moins dangereuse que l’imposture totalitaire. Par des moyens différents, l’une et l’autre détruisent l’existence d’un espace public de pensée, de confrontation, de critique réciproque. La distance entre les deux, du reste, n’est pas si grande, et les procédés utilisés sont souvent les mêmes. Dans la réponse de 1’auteur, on retrouve un bon échantillonnage des procédés de la fourberie stalinienne. Pris la main dans le sac, le voleur crie au voleur. Ayant falsifié l’Ancien Testament, il accuse Vidal-Naquet de falsification à ce même propos, et à ce même propos il se refalsifie lui-même (prétendant qu’il n’a pas écrit ce qu’il a écrit et renvoyant à d’autres pages qui n’ont rien à voir). On retrouve aussi les mêmes procédés d’intimidation : voyez-vous, désormais, relever les erreurs et les falsifications d’un auteur relève de la « délation », du « rapport de police », du « caporalisme savant » et des tâches de « procureur ». (Ainsi, Marchais engueule les journalistes : « Messieurs, vous ne savez pas ce qu’est la démocratie. »)

Ce qui importe n’est pas, évidemment, le cas de la personne, mais la question générale que Vidal-Naquet posait à la fin de sa lettre et que je reformulerai ainsi : sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans un pays de vieille et grande culture, un « auteur » peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la « critique » le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ?

Question qui n’est qu’un aspect d’une autre, beaucoup plus vaste : la décomposition et la crise de la société et de la culture contemporaines. Et, bien entendu aussi, de la crise de la démocratie. Car la démocratie n’est possible que là où il y a un ethos démocratique : responsabilité, pudeur, franchise (parrésia), contrôle réciproque et conscience aiguë de ce que les enjeux publics sont aussi nos enjeux personnels à chacun. Et, sans un tel ethos, il ne peut pas y avoir non plus de « République des Lettres » mais seulement des pseudo-vérités administrées par l’État, par le clergé (monothéiste ou non), par les médias.

Parole du Seigneur

Quand Dieu vous envoie des signes pour vous prévenir que vous feriez mieux de changer de comportement, en homme sage vous l’écoutez – par exemple si vous êtes malade pour avoir mangé d’une baie dont vous ignoriez, ou non, qu’elle était toxique, eh bien, une fois indéniable sa toxicité, vous cessez d’en manger, d’en cueillir, d’en offrir à vos enfants. Mais les élites d’aujourd’hui, sauf exception, sont devenues plus sourdes, plus aveugles et plus décérébrées que toute l’humanité ne l’était aux temps anciens des prophètes, qui avaient déjà du mal à faire leur travail, faire entendre le message de Dieu. Lequel m’a envoyé avant-hier un rêve où je voyais ces mêmes élites, intellectuelles, spirituelles, politiques, baiser avec des chiens. Je ne crois pas que les hommes vivent dans le mal, que le monde vive dans le mal. Je crois, parce que je le vois jour après jour, que ce sont ses élites qui sont corrompues, dont l’âme est si corrompue qu’elle croit que le mal est le milieu naturel de l’homme, et qu’elle ne peut même plus voir le mal qu’elle fait ni donc entendre les avertissements et les appels du ciel.

Pourtant il y a des hommes au cœur pur, parmi les élites comme parmi le peuple, la première élite. Et c’est pour eux et avec eux que Dieu continue à donner la vie au monde. 

Offre pour la Saint-Valentin

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« Acquérir une œuvre ne se résume pas à l’objet en lui-même, l’acheteur accorde de l’importance à l’artiste et au discours qu’il tient autour de son travail. » Jean-Marie Gratadour, délégué général de l’Acsel.

À l’occasion de la Saint-Valentin, si vous voulez offrir une peinture ou un dessin, je vous offre une remise de 20 %. Et pour le discours, vous avez ce blog, chaque jour en libre accès, et les livres, numériques ou papier. Que la vie vous soit belle ! 

Guignol au jardin du Luxembourg (BHL et l’Ukraine)

Et de nouveau BHL histrionne dans Le Monde, s’adressant, cheveux au vent et dépoitraillé comme une Marianne guidant le monde, au peuple ukrainien qui lui sert de repoussoir contre Poutine, lequel on le sait ne sert pas Israël et empêche qu’on ne fasse en Syrie ce qui a été fait en Lybie. Glissant au passage sa petite quenelle molle (pléonasme, faut-il le rappeler aux amateurs de ce geste) parmi les puissants de ce monde, lui n’en étant pas mais voulant tant en être, ceux qui sont aux rênes tandis que lui est, pour parler métaphoriquement, sur leur oreiller, jouant de sa séduction pour influencer les hommes de décision – sa petite quenelle, disais-je, consistant en une grosse allusion au fait qu’il sait ce que va dire Hollande à Obama sur l’Ukraine, puisque sans doute lui-même le lui a soufflé ; et terminant en souhaitant à ce peuple bienvenue en Europe, comme s’il était le maître du château.

Il me souvient de la Lybie où devant les caméras il joua des coudes à l’arrière pour être visible entre Sarkozy et Cameron, revenant après qu’on l’eut prié de se pousser, arrangeant ses lunettes noires, son col ouvert de chemise blanche et ses cheveux, toujours au vent. Toujours là pour libérer les peuples – dommage que je ne puisse l’en féliciter, chaque fois que j’ai voulu commenter un article de son site ou l’une de ses chroniques dans son hebdomadaire, j’ai été censurée, quoique je signe de mon nom et sans rien dire qui tombe sous le coup de la loi. Mais pour la liberté de parler nous sommes tous égaux, surtout certains, les détenteurs d’argent et de réseaux, toujours prompts à faire taire qui ne les sert pas et à se poser en libérateurs de qui leur sert, volontairement ou non, de brosse à se faire reluire.