Haïkus d’un instant de saison

Le vent léger bruisse,

la pluie glisse sur les plumes,

boucle les cheveux

*

Les feuilles descendent,

les pages des livres tournent,

tout se déshabille

*

Dans l’ombre l’esprit

projeté par la fenêtre

fait lever le corps.

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L’espérance de vie

L’espérance de vie, ce n’est pas le nombre des années, c’est la grâce du présent.

Le sommet de ma vie, c’est la vie à la grange.

Pèlerine d’Amour, Pèlerin d’Amour, voici ma religion : la religion qui relie les hommes de toutes religions, même de celles qui s’ignorent.

Cette nuit j’ai prié avec la Fatiha. À l’instant je viens de prononcer dans mon cœur : Qui pourra me séparer de l’amour de Dieu ? Et aussitôt je suis allée voir la Lecture du jour, ce que je ne fais plus depuis des mois. Elle dit, reprenant les mots de Paul : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ?»

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Implacable Bach

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ces trois derniers jours à Paris, photos Alina Reyes

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Il suffit de contempler la partition : Bach doit se jouer comme il s’écrit, implacable, sans jeux de pédale ou de rubato. Avec lui nous ne sommes pas dans le sentiment, nous sommes dans l’être. Dans l’essence, dans l’os, comme dit l’hébreu dans la Bible – « dans l’os du jour », comme je l’ai traduit dans Voyage. La radicalité est ce qui donne la joie très profonde, la béatitude, le salut.

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Haïkus d’une happy hour d’automne

Très tôt le soir tombe.

Passants enveloppés d’ombre

allant vers la nuit.

*

Dans la nuit précoce

la lumière des bars sort

les gens de leur veste

*

À l’heure d’hiver

des glaçons trinquent à la mort

dans l’or de l’alcool.

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Haïkus de la forêt en automne

Des draps sur un fil

près de la forêt en feu

abandonnés claquent

*

Au bois des chevreuils

aux couleurs de feuilles mortes

s’assemblent invisibles.

*

Passage de l’ours

entre les arbres griffés

bientôt la tanière.

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