Rentiers, houris et vigneron

Le pape François a demandé aux sœurs de ne pas avoir un sourire d’hôtesses de l’air, mais d’être des mères. Pourquoi les appeler sœurs, alors ? Si l’Église veut des mères, que n’en ordonne-t-elle, comme elle ordonne des « pères » ? En tout cas si le chrétien avait eu la folie de rêver un instant trouver un paradis de houris dans ces antichambres du ciel que sont censés être les monastères, le voici ramené à terre, avant même d’avoir pu décoller.

Le pape émérite, lui, coule une douce « vie de moine », servi par cinq memores domini : jadis les curés avaient une bonne (quand il le fallait assez « compréhensive », comme j’entendis un jour le dire une vieille catholique, pour leur éviter d’avoir envie de se marier), les papes qu’on canonise par lots aujourd’hui en ont cinq. Certains musulmans ont sans doute la même sagesse de croire qu’il est plus facile d’être maître de soi avec plusieurs femmes qui vous servent qu’avec une entière. Faut-il sourire (jaune) davantage des « droits » de la hiérarchie, ou de ceux du sexisme ?

Comme sur beaucoup de choses, le pape François a de bien belles paroles sur la place des femmes dans l’Église. C’est comme quand il réclame une Église dépouillée, sans rien faire pour se débarrasser de ses richesses, ni même seulement de sa très honteuse banque. S’ils ne peuvent pas s’en passer, si les églises ne peuvent cesser leurs grands affichages pour demander le denier du culte, si les prêtres ne peuvent gagner leur vie comme tout le monde, si les évêques, en plus d’être payés par les fidèles, ne veulent pas renoncer à encaisser au moins cent cinquante euros quand ils vont parler une heure quelque part (ce que bien des militants pas plus riches qu’eux font gratuitement), alors qu’il cesse de répéter qu’il veut une Église pauvre. Lui comme tant d’autres hommes et femmes pas encore sortis du dix-neuvième siècle sont plus éloignés d’un début de vision de ce que peut être, et de ce que peut, une femme, que nous ne le sommes des Martiens. Prions pour eux. Dans la vigne du Seigneur, pauvre paria, je poursuis mon travail, avec beaucoup de joie. Le nouveau livre, semblable à nul autre de mes précédents, est en cours.

Via divers moteurs de recherche

Testant avec mon nom divers moteurs de recherche, parmi les choses amusantes je trouve :

une photo de moi que je n’avais jamais vue ;

un site encyclopédique russe où Le Boucher est cité parmi les 40 romans de l’année 1988, avec par exemple Les Versets sataniques (un livre que je n’ai jamais aimé) ;

une encyclopédie américaine de littérature féministe où est mentionné mon roman Lilith ;

une critique en anglais où Behind closed doors (Derrière la porte) est comparé aux Mille et une nuits ;

une présentation en anglais du (mauvais) film italien tiré du Boucher, livre « reconnu comme la bible de la littérature érotique féminine » ;

une page littéraire où il est dit, à la fin, que je suis en fait un homme, un male writer qui parce qu’il n’avait jamais vendu ses livres, a inventé cette female writer, la famous novelist qui tient le blog discret que vous lisez ici.

Quant à moi, je vous recommande Francis K.

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Aujourd’hui

noce

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Le milliardaire « Je suis partout », mécontent de ne pouvoir méfaire en Syrie aussi facilement qu’il le fit en Lybie, lâche sa plainte dans sa chronique hebdomadaire. Selon lui, c’est aux élus de déclarer les guerres, non aux peuples de refuser d’y aller. On se croirait en 14, quand, depuis des bureaux dorés, on envoya les hommes au casse-pipe, et le siècle avec. Le milliardaire « Je suis partout » oublie bien des choses dont une : c’est que lui-même, quoiqu’il ait prétention à gouverner le monde, avec son argent pesant, ses combines en réseaux, sa pensée vulgaire et trompeuse, n’est en rien un élu. Relisons Voyage au bout de la nuit et rappelons-nous la suite de l’histoire.

« Lâche qu’il était, je le savais, et lui aussi, de nature espérant toujours qu’on allait le sauver de la vérité… » C’est dans le Voyage, que Gallimard refuse toujours de publier en version numérique mais dont on peut du moins relire en ligne l’incipit.

Aujourd’hui, 14 septembre 2013, début des Journées du patrimoine en France, rentrée politique du Front National à Marseille, ouverture de la fête de l’Huma, fête de la Croix glorieuse, célébration de Yom Kippour. Aujourd’hui quatre manifestations ont été interdites à Paris à cause de risques d’affrontements entre militants d’extrême-droite et militants d’extrême-gauche. Aujourd’hui les Russes et les Américains ont conclu un accord pour tenter d’éviter la guerre en éliminant l’arsenal chimique syrien. Aujourd’hui Dieu merci, certains élus font encore leur travail. Aujourd’hui avenue des Gobelins stationnait une douzaine de cars de la police, tandis que des cars de la Gendarmerie nationale tenaient la place d’Italie, rejoints par des cars de la Protection civile de Paris. J’ai demandé à un gendarme ce qui se passait. C’est l’arrivée de la Techno Parade, m’a-t-il dit. Aujourd’hui à Paris sous la pluie une petite noce populaire de Méditerranéens faisait la fête avec musique et tambours devant la mairie du 13e, et c’était la noce dans mon cœur aussi.

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Ce qui est rare est cher

L’un de mes frères, musicien (ils le sont tous les deux), me raconte que quelqu’un lui ayant demandé de venir faire l’animation musicale d’une soirée, assez loin de chez lui, il a annoncé qu’il demandait un cachet de 300 euros. Le demandeur aussitôt s’est récrié, c’était trop cher, et Untel, lui, ne demandait que 200 euros. « Alors pourquoi vous ne le prenez pas ? », demande mon frère. « Parce qu’il ne peut pas venir », répond le gars. « Bon, dit mon frère, s’il vous le fait à 200 euros, moi je vous le fais à 150 ». Soupir de satisfaction du demandeur. « Mais je ne pourrai pas venir », conclut mon frère.

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Retour de Rio

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J’ai mis autour de mes épaules le tissu qu’un jour O m’a ramené de Rio, avec l’inscription « Copacabana » et les motifs en forme de vagues qui pavent la ville. J’ai écouté l’interview que le pape a donnée dans l’avion, à son retour. À force de le voir porter sa main à son front avant de parler, eurêka ! J’ai vu qu’il s’agissait du même geste que celui de l’inspecteur Columbo, vous savez, quand il prend son air de candide, un peu avant d’asséner la révélation fatale. Je me suis dit qu’ils partageaient aussi le goût des humbles voitures, mais que contrairement à Columbo, François, lui, et pour cause, ne mentionnait jamais son invisible femme. Cela m’a si bien réjouie que, n’eût été mon respect pour le pape, je l’eusse bien rebaptisé Lieutenant Columbo. Après tout c’est un beau nom, et un si sympathique héros.

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