La misère au soleil

marseille

Aznavour chantait la misère au soleil, et il savait que ça ne la rendait pas meilleure. J’espère qu’Arte laissera longtemps sur sa chaîne youtube ce documentaire de Philippe Pujol sur le quartier de Saint-Mauront, à Marseille. On ignore trop, et pas seulement dans les quartiers pauvres, que le métier de vivre s’apprend, et qu’on doit l’enseigner. (On oublie aussi, à force de médiocrité, voire de vilenie dans les « beaux quartiers », que le métier de journaliste, entre autres, peut également être un beau métier).

Jean Castex, de monsieur déconfinement à monsieur déconfiture

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Comme promis, Macron s’est réinventé. Voici sa nouvelle tête.

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Manu ou Jean, toujours aussi charismatique. Visage pâle de droite, pas vert ni rose ni rouge ni femme, contrairement à l’élan du peuple récemment exprimé. Monsieur déconfinement devient monsieur déconfiture : après le désastre LREM, Macron se réfugie dans les pantalons de papa Sarko, que Castex a appelé aussitôt. Quel mauvais feuilleton. Ni fait, ni à faire. Malheureusement le désastre, lui, n’est pas fini.

poste-min

Nous sommes tellement des animaux

coyote & blaireau

Dans cette vidéo, le coyote qui sautille me fait penser à Balkany échappé de prison, dansant à la fête de la musique, et le blaireau qui le suit… ben, à ceux qui le filment et l’applaudissent.

Bon, en vrai, c’est franchement plus mignon avec un vrai coyote et un vrai blaireau, qui connaissent pas les paradis fiscaux. Juste l’éden terrestre, avec sa nécessité, souvent cruelle, de vivre, et ses joies, adorables.

Je ne dis plus rien en ce moment de la politique, des violences policières, de tout ce dont j’ai déjà tant parlé. Parfois il est bon de quitter ce monde-là et de reposer en paix. C’est aussi une façon de ne pas laisser ce monde-là, humain trop humain, gagner sur nous, animal libre, humain libre.

Barakatou et la police de Macron. Ceux qui font bien et ceux qui font mal

Barakatou,

masques

Ces deux brèves vidéos ont été tournées à quatre jours d’intervalle. Rappelons que les masques sont vendus jusqu’à dix fois leur prix d’avant la crise et sont obligatoires dans les transports en commun, sous peine d’une amende de 135 euros ; et qu’un amendement présenté par Alexis Corbière pour demander la gratuité des masques a été rejeté la nuit dernière en deux secondes à l’Assemblée nationale.
On voit dans la deuxième vidéo que les gens respectent de leur mieux la distanciation dans la file d’attente. Peut-être y avait-il des encombrements à certains endroits ? Dans ce cas, pourquoi la police n’aurait-elle pas aidé à mieux organiser la file, plutôt que, armée jusqu’aux dents comme face à des ennemis, de chasser les gens ?
Cette boutique de tissus africains a organisé déjà plusieurs distributions de beaux masques qu’elle fabrique bénévolement, tandis que la grande distribution vend très cher des masques de mauvaise qualité.
Sans autre commentaire.

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Salam alaykoum, Michel Chodkiewicz

Michel Chodkiewicz - Photo DOMINIQUE SOUSE

 

Michel Chodkiewicz est mort ce 31 mars à l’âge de 90 ans. Il était le président des éditions du Seuil quand j’y ai publié mon premier livre. Je ne l’ai jamais rencontré, et j’ignorais alors qu’il était un spécialiste du soufisme, et particulièrement d’Ibn Arabî, après s’être converti à l’islam à l’âge de dix-sept ans – ce qui témoigne déjà d’une sacrée personnalité pour un aristocrate d’origine polonaise et catholique. J’avais consacré une série de notes à son livre Le Sceau des Saints.

Dans la dernière de ces notes, je mentionnais ce mot de lui : « la fin des saints n’est qu’un autre nom de la fin du monde ».

Disons que le monde des menteurs, des manipulateurs, des criminels, des avides, bref des anti-saints, est un monde toujours en train de mourir et de s’enterrer dans son mensonge. Tandis que l’autre monde est toujours en train de donner et de rendre la vie, et de veiller sur elle. Comme nous le voyons avec éclat en ces temps de pandémie.

Allah y rahmou.

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Pendant la fin du monde, le début du monde continue

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« Et je vois dans mon rêve l’humanité tout entière réunie dans un champ, et mes doigts ouvrir et découvrir avec terreur le coffre empli de lacets de satin fixés sur des lanières de cuir qui doivent très prochainement nous exterminer tous. Strangulation. Car nous nous sommes mis en cage comme nous avons emprisonné les animaux dans les réserves et les zoos, et la ceinture du monde, de plus en plus serrée, viendra à bout de notre souffle. »

extrait de mon roman Lilith (1999)

Le coronavirus a entrepris d’étouffer le vieux monde. Il est 20 heures, j’entends les gens applaudir. Après les trois coups, le rideau va s’ouvrir.

 

Pas perdus pas perdus

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J’ai terminé aujourd’hui l’un de mes livres en cours. Si le coronavirus ou autre chose me fait passer de vie à trépas, voilà au moins quelque chose qui ne sera pas perdu. (Façon de parler, car je vais bien).

En ce moment les salles des pas perdus ne résonnent plus de beaucoup de pas. Ça reviendra.

Certains parlent de rouvrir les librairies. Comme s’il fallait que les livres empoisonnent les lecteurs, comme dans Le Nom de la rose.

Quand tout rouvrira, on aura peut-être envie de passer à autre chose.

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Fille de Zeus vs fils d’Hypérion : Odyssée, premiers vers (ma traduction, commentée)

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« Dis-moi l’homme ». C’est exactement ainsi que commence l’Odyssée. L’adjectif vient après l’apostrophe à la Muse, et il est capital de respecter cet ordre – ce qui n’est pas habituellement fait. J’ai choisi de traduire ces premiers fantastiques vers de l’Odyssée en vers de 14 pieds non rimés (ils ne sont pas non plus rimés en grec). Afin de leur conférer davantage de rythme que dans une traduction en prose, de rendre un peu leur caractère de chant inaugural. Et j’y ai mis en évidence les deux grandes oppositions qui s’y trouvent : celle entre Ulysse, « si plein de sens », et ses compagnons, « pauvres insensés » ; et celle entre le dieu Hélios, fils d’Hypérion, fatal à ses compagnons, et la déesse Athéna, fille de Zeus, alliée d’Ulysse. Homère assimile Hélios à Hypérion, donc à un Titan, un dieu primordial, dieu de l’ancien temps ; alors qu’Athéna, déesse de la sagesse, est de Zeus, le Dieu, dieu des dieux, le dieu de la nouvelle génération des dieux, le dieu moderne. Il y a là aussi une opposition entre un mâle primitif et une féminité évoluée. Opposition représentée également par le caractère « aux mille sens » d’Ulysse (ma traduction, où l’on peut entendre « aux mille directions » et aussi « plein d’esprit sensé », voire « aux mille significations » me semble plus proche de l’adjectif grec polutropon, souvent traduit par la locution « aux mille tours » ou « aux mille ruses », et aussi plus élevée peut-être, et surtout plus riche, plus polysémique), et le caractère insensé de ses compagnons, caractère qui les a conduits à la mort alors qu’Ulysse le sensé, bien que devant errer longtemps, reste vivant.

Voici donc ma traduction, au plus près de chaque vers :

 

Dis-moi l’homme, Muse, aux mille sens, qui tant erra
après avoir détruit la sacrée, puissante Troie ;
qui vit de nombreux peuples et fut instruit de leur pensée ;
qui sur les mers souffrit, tant, jusqu’au tréfonds de son âme,
luttant pour sa vie et le retour de ses compagnons.
Et pourtant il ne put les sauver, malgré son désir ;
car ils périrent de leur propre folle présomption,
ces pauvres insensés ! Ayant mangé des bœufs d’Hélios,
fils d’Hypérion, lequel les priva du jour du retour.
Dis-m’en plus là-dessus, toi, déesse, fille de Zeus !

 

Homère, L’Odyssée, Chant I, 1-10
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Pour une autre de mes traductions d’un passage de l’Odyssée, c’est là : Ulysse et le Cyclope

Je cesse de préciser comme ces jours derniers que je suis confinée après que le coronavirus s’est invité chez moi (sous une forme bénigne), tout le monde à Paris, entre autres, se trouvant désormais en confinement. C’est le moment de rappeler à qui aurait envie de le lire que mon roman Nus devant les fantômes est offert gracieusement en pdf ici. Restez à la maison et bonne lecture !

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Manif des femmes et haïkus des goélands

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8 mars 2-min

8 mars 3-min

8 mars 4-min*

Dans toutes les révolutions, des statues, des têtes tombent. Ceux qui pleurnichent sur les cibles de la révolution féministe devraient se réjouir que ses guillotines ne soient que symboliques. Mettre à bas les abuseurs, d’une façon ou d’une autre, est nécessaire pour renverser la loi de leur caste.

 

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Que de goélands,

volant, criant sous la pluie !

La Seine est en crue.

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Sur le pont cet homme,

seul, avec des bouts de viande

qu’il jette aux oiseaux

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Rafales de vent.

Les humains s’envolent presque.

Bientôt le printemps.

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goeland-minCe 8 mars à Paris, photos Alina Reyes

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De l’art de mettre Paris en bouteille

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"Songe d'un jour de pluie", mon dessin du jour

« Songe d’un jour de pluie », mon dessin du jour

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Près de Beaubourg, l’excellent Banksy est allé récupérer son Rat au cutter, on l’a pris pour un voleur. Tout est bien qui finit bien et personne n’y comprend rien. Cheese !

En France un directeur de casting menace Adèle Haenel de briser sa carrière ; aux États-Unis, où le film Portrait de la jeune fille en feu a un beau succès, elle vient de signer avec la plus grosse agence d’artistes d’Hollywood. Magnifique actrice, magnifique tempérament, qui nous rajeunit le pays.

Quelque part une blogueuse féministe fait la critique de la tribune de Virginie Despentes. C’est tout à fait son droit, même si je trouve que lui reprocher de ne pas assez s’en prendre aux hommes, c’est retomber dans ce qui empêche les femmes de se libérer, à savoir toujours, d’une manière ou d’une autre, se déterminer par rapport aux hommes. Et quand elle dit que si le même texte avait été écrit par une inconnue sur un blog ordinaire, personne n’en aurait parlé… comment dire ? Avec des si on mettrait Paris en bouteille. Mais s’il existait une blogueuse inconnue capable d’écrire avec la puissance de feu de Despentes, elle ne serait pas une blogueuse inconnue. Écrire, ce n’est pas rien.

On ne s’improvise pas artiste non plus, et ça n’empêche que c’est bon d’écrire ou de pratiquer des arts en amateur·e. Du moment qu’on ne pense pas que tout se vaut. Rat au cutter moins Rat au cutter = zéro.

 

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Au fait, à qui, à quoi il vous fait penser, ce Rat au cutter ? Banksy a le sens du timing

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Ce monde où mieux vaut violer que voler

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Les Fillon en procès. Les Balkany condamnés à de la prison ferme pour fraude fiscale. Bien. Pendant si longtemps, ou du moins si souvent, n’ont eu le droit de voler que les élites.

Woody Allen va publier ses mémoires, dans lesquels bien sûr sera bafouée la parole de l’enfant qu’il a abusée (alors que même son psy, le décrivant obsédé par cette enfant, avait interdit qu’il puisse continuer à l’approcher). Son fils Ronan Farrow, dégoûté par le déni de la parole de sa sœur, quitte Hachette, qui était son éditeur avant de devenir aussi, sans scrupules, celui de son père pédocriminel.

Dans notre société, mieux vaut être violeur, et notamment violeur d’enfants, que voleur. Les gens sont plus attachés à l’argent qu’aux enfants. Monde de bourgeois et petit-bourgeois dont le souci majeur est le fric, dont la valeur majeure est d’en avoir, ou à défaut de dominer autrement, au prix de l’écrasement, de toutes sortes de façons, d’autres êtres humains.

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Déchirer l’écran

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Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

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Je lis les infos et je n’ai plus envie de commenter. Je vois tomber des icônes dont j’avais dénoncé la fausseté quand elles étaient idolâtrées. Je vois advenir des iniquités, des restrictions de liberté, des haines sans retenue, dont je prévenais depuis longtemps. Je vois le résultat de mécanismes que j’avais repérés. Cassandre, un job qui ne paie pas mais se paie. Cher. Raison pour laquelle beaucoup ne le pratiquent que masqués. Ainsi prolifèrent les annonces de mauvais augure. D’après un poète mort, là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. Pas toujours, pauvre Hölderlin. Les assassins s’imaginent que tes vers justifient leurs crimes. Où croît le péril croît aussi ce qui tue. Je ne suis pas collapsologue, simplement étudiante et voyante, comme tous les poètes – même s’ils n’ont pas toujours complètement « raison ». Au moins assument-ils leur parole : déchirant ainsi l’écran entre l’humanité et elle-même.

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Le mal

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Xavier Dupont de Ligonnès, infanticide et féminicide, court toujours, âme damnée parmi les ombres. C’était une bonne famille bien catholique, toute semblable à celles qui défilent sous le drapeau « un papa, une maman »…

Qui prétend assumer ses contradictions s’avoue en fait soumis au mal.

L’Europe continue à assumer ses contradictions avec Daech et avec les Kurdes. Comme l’ont fait depuis plus de cent ans, à coups de doubles jeux et de trahisons, les empires coloniaux avec leurs colonies.

J’ai signé la pétition de Vincent Cespedes contre le fait que l’Éducation nationale recommande l’étude d’Heidegger, philosophe nazi (comme je l’ai expliqué ici et dans ma thèse, ce qui m’a valu un reproche d’un membre du jury comme les autres soumis à l’opinion – à défaut de lecture et de pensée profondes) en classe de terminale.

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paris 13e 6-minCes jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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Du jardin d’Abel au jardin d’Arago, en passant par la librairie Les oiseaux rares et quelques autres vitrines

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Après avoir lu tous les articles en ligne sur le roman d’Olga Tokarczuc, Les livres de Jakob ou le Grand voyage, je décerne l’ignobel de la faux-culterie au journal La Croix, le seul à ne pas dire un mot du thème du livre, la persécution des juifs par les catholiques en Pologne, et à parler plutôt du fait (qui n’a rien à voir) que l’auteure est d’une génération post-soviétique, falsifiant ainsi complètement le sens de ses écrits. Espèces de Caïns, Judas, toujours à assassiner le verbe libre.

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« La « ligature de l’envol » (uddîyâna-bandha), exécutée à la fin de la rétention et au début de l’expiration (…) doit son nom au fait que grâce à elle, les « grands oiseaux » que sont les souffles vitaux prennent leur envol dans une direction qui leur était jusqu’ici tout à fait inconnue. » Tara Michaël, Yoga

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jardin d'abel 15 jardin d'arago-minaujourd’hui à Paris 13e, de la terre d’Abel aux étoiles d’Arago, photos Alina Reyes

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Epstein, Clinton, Macron et les pizzas

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Ces jours-ci à Paris

Ces jours-ci à Paris

 

L’affaire Epstein ravive la théorie du Pizzagate. « En même temps », Macron fait sa com sur sa consommation de pizzas en famille. N’est pas maître des horloges qui veut. Les défenseurs du trafic d’enfants serviront-ils l’argument de la « sapiosexualité », comme dit sa secrétaire d’État Schiappa, pour justifier le fait que ces « fleurs », comme les appelle l’un de leurs consommateurs, soient livrées au viol organisé ? Diront-ils qu’elles étaient sexuellement attirées par l’intelligence de ces messieurs « puissants », si peu puissants en vérité qu’il leur faut de la chair d’enfant pour s’assurer quelque satisfaction qui n’engage pas leur (inexistante) liberté ?

Quand, en France, se décidera-t-on à lutter contre la pédocriminalité ?