Message

rideau de fer-min

J’ai un message à vous transmettre.
Il est arrivé ce matin pour vous dans ma tête :
« Dis-leur que je suis parti voir ailleurs si j’y suis.
Qu’ils se démerdent.
Signé : Dieu »
– Mon Dieu, ai-je dit, je ne peux pas leur dire ça !
– Et pourquoi pas ?
– Ça pourrait tomber dans l’oreille de personnes bonnes, justes, gentilles, qui ont besoin de savoir que tu es avec elles !
– Qui ça, tu ?
– Mais toi, Dieu !
– Ne m’appelle pas Dieu. Alors elles sauront que je suis avec elles.
– Quand même, je ne peux pas dire ça.
– Et pourquoi ?
– Ils ne veulent pas me reconnaître.
– Qu’importe ? Ne te connais-tu pas toi-même ?
– Qu’importe ? Je veux qu’ils se connaissent.
– Alors dis-leur que je suis parti voir ailleurs.
– Je leur tendais le miroir, qu’ils se voient en train d’être incapables de me reconnaître. Qu’ils se connaissent, ainsi.
– Pour quoi faire ?
– Pour qu’ils puissent s’en sortir, sortir de leur prison.
– Mais ne t’emprisonnais-tu pas pour eux, dans ce miroir ?
– Ça importe ?
– Hahahahaha !

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"Moving", acrylique sur toile 61x46 cm

« Moving », acrylique sur toile 61×46 cm

Nous sommes tellement des animaux

coyote & blaireau

Dans cette vidéo, le coyote qui sautille me fait penser à Balkany échappé de prison, dansant à la fête de la musique, et le blaireau qui le suit… ben, à ceux qui le filment et l’applaudissent.

Bon, en vrai, c’est franchement plus mignon avec un vrai coyote et un vrai blaireau, qui connaissent pas les paradis fiscaux. Juste l’éden terrestre, avec sa nécessité, souvent cruelle, de vivre, et ses joies, adorables.

Je ne dis plus rien en ce moment de la politique, des violences policières, de tout ce dont j’ai déjà tant parlé. Parfois il est bon de quitter ce monde-là et de reposer en paix. C’est aussi une façon de ne pas laisser ce monde-là, humain trop humain, gagner sur nous, animal libre, humain libre.

Mauvaises et bonnes comédies du jour

work in progress
Work in progress, détail de ma nouvelle repeinture en cours

Work in progress, détail de ma nouvelle repeinture en cours

Les théâtres sont fermés, allons au spectacle quand même.

Des stars lancent un appel pour la bonne cause. Leur mode de vie des plus pollueurs ne les empêche pas d’avoir l’impudeur de réclamer des actions pour la planète. Il y a quand même quelque chose d’indigent chez ces riches, c’est leur texte. Huées !

Macron histrionne en ligne devant les gens de la culture, le bras de chemise en goguette et le cerveau avec, autre chose que le coronavirus lui étant probablement passé par le nez. Doubles huées !

Le traducteur et auteur Claro fait savoir qu’il refuse d’être sélectionné pour le prix Renaudot. Bravo ! Si tous les auteurs en faisaient autant, et pour tous les prix dits littéraires, ils feraient plus pour la littérature qu’ils n’ont probablement jamais fait jusqu’ici.

Vincent Lindon a eu envie de faire un acte citoyen, le voilà : un beau texte qui peut se résumer à ce constat sur le pouvoir en place : « Une seule stratégie : mentir », et à une réclamation : la taxe Jean Valjean. Double bravo !

Petit poème du jour et masque antivirus maison

masque-min

Serviteurs du menteur.
Postillonnant son virus.

Le regarder s’acharner
en vain.

Humains
marionnettes.

Quand vous déguignolerez-vous ?

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masque-minJe me suis fait un masque antivirus avec une espèce de petit chapeau joliment brodé, que j’avais de je ne sais où et qui m’a l’air d’être une kippa pour petite tête (la mienne est trop grosse pour qu’il y tienne). Je l’ai plié en deux, j’y ai épinglé deux bouts de ruban pour l’attacher à mes oreilles (puis finalement j’ai plutôt fait deux petits trous à la perforeuse dans le tissu et j’y ai enfilé les rubans) et je peux glisser du papier dedans pour une meilleure protection.

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24-4-2020 : voir mon autre note sur d’autres masques maison, expliqués

De l’art de mettre Paris en bouteille

rat au cutter
"Songe d'un jour de pluie", mon dessin du jour

« Songe d’un jour de pluie », mon dessin du jour

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Près de Beaubourg, l’excellent Banksy est allé récupérer son Rat au cutter, on l’a pris pour un voleur. Tout est bien qui finit bien et personne n’y comprend rien. Cheese !

En France un directeur de casting menace Adèle Haenel de briser sa carrière ; aux États-Unis, où le film Portrait de la jeune fille en feu a un beau succès, elle vient de signer avec la plus grosse agence d’artistes d’Hollywood. Magnifique actrice, magnifique tempérament, qui nous rajeunit le pays.

Quelque part une blogueuse féministe fait la critique de la tribune de Virginie Despentes. C’est tout à fait son droit, même si je trouve que lui reprocher de ne pas assez s’en prendre aux hommes, c’est retomber dans ce qui empêche les femmes de se libérer, à savoir toujours, d’une manière ou d’une autre, se déterminer par rapport aux hommes. Et quand elle dit que si le même texte avait été écrit par une inconnue sur un blog ordinaire, personne n’en aurait parlé… comment dire ? Avec des si on mettrait Paris en bouteille. Mais s’il existait une blogueuse inconnue capable d’écrire avec la puissance de feu de Despentes, elle ne serait pas une blogueuse inconnue. Écrire, ce n’est pas rien.

On ne s’improvise pas artiste non plus, et ça n’empêche que c’est bon d’écrire ou de pratiquer des arts en amateur·e. Du moment qu’on ne pense pas que tout se vaut. Rat au cutter moins Rat au cutter = zéro.

 

rat au cutter

Au fait, à qui, à quoi il vous fait penser, ce Rat au cutter ? Banksy a le sens du timing

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Le vent tourne

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à la boulangerie orientale où j'ai déjeuné ce midi, entre deux séances de travail à la bibliothèque de recherche du Museum

à la boulangerie orientale où j’ai déjeuné ce midi, entre deux séances de travail à la bibliothèque de recherche du Museum

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À la maison, ce soir. Je raconte à O : Sollers, Pierrat, Savigneau, Gallimard, interrogés par le New York Times (article en français) pour leur implication dans l’affaire Matzneff, et qui, bien sûr, se terrent, ne répondent pas. Haha ! Je reconnais que je suis fort aise de voir en si mauvaise posture la bande de ceux qui se sont faits mes ennemis depuis une quinzaine d’années (raison pour laquelle je ne publie plus, mais ça changera). Les masques tombent. La presse française continue à les protéger mais l’histoire retiendra tout ça, et d’autres choses encore.

À la bibliothèque, dans la journée. Je suis en train de devenir une autre, ai-je pensé en me repoussant dans ma chaise après avoir fini d’écrire un paragraphe. Encore ? Oui. Face à moi l’étoile verte et le croissant de lune jaune de la mosquée, à hauteur de mes yeux en cette bibliothèque du Muséum, au dernier étage. Nous sommes nous-mêmes notre livre saint en puissance, celui qui fonde des mondes, des vies. Encore faut-il se donner la peine de l’écrire, ou de le lire personnellement, ce qui est une autre façon d’écrire.

Énormes rafales de vent. Derrière l’autre baie vitrée, les arbres nus s’agitent vivement. De temps à autre la pluie survient, tapote longuement le toit. Puis de nouveau bourrasques bruyantes, tournant autour de la bibliothèque, on pourrait croire qu’elle va décoller, s’envoler, voguer parmi les nuages, par-dessus les paysages, avec tous ses travailleurs dedans, impassibles, naviguant de leurs livres à leurs ordinateurs, de leurs lectures à leurs écritures, peut-être pas même conscients d’être parmi les plus heureux du monde.

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Aux congénitaux faux-culs

 

Des médias font maintenant leurs choux gras des violences faites aux femmes dans l’édition. Que dire des gens qui vous harcèlent pour que vous parliez quand ça les arrange, après avoir été complices des harceleurs pendant des années, après vous avoir harcelée et boycottée pendant des années parce que vous aviez parlé, parce que vous parliez ? Que ceux et celles qui se sentent morveux-ses se mouchent, je ne leur prêterai pas mes doigts pour ça, ni même un vieux kleenex. Votre conscience vous pèse ? Faites vous-mêmes le boulot de la soulager, et publiquement si vous œuvrez dans le public. Assumez-vous, pour une fois. Rude boulot, n’est-ce pas ? Si vous ne vainquez pas votre peur, elle vous enserrera encore dans votre tombe.

:-)

Vanessa Springora, l’effet avalanche sur Saint-Germain-des-Prés

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Plus fort qu’Héraklès, l’acte littéraire de Vanessa Springora nettoie les écuries germanopratines, plus crasseuses que celles d’Augias. Bienheureuse, amusée, satisfaite pleinement, je regarde tomber les masques, j’entends bafouiller les parleurs et les parleuses, je vois grimacer les amertumes, les jalousies, les dépits. Autant en emporte la neige ! La vie est de toute beauté.

En 2013, après que j’ai dû quitter, par la faute des porcs des écuries germanopratines, ma grange dans la montagne, la montagne a réagi, le village et la vallée ont subi avalanches puis crues exceptionnelles. Extrait de mon journal, tenu depuis Paris :

Là-haut, le village a dû être évacué. Tant de neige est tombée, il est menacé par les avalanches. Les journaux en parlent, les télévisions aussi. Patrick, un commerçant, répond à un journaliste qui lui demande en substance à quoi il s’attend, cette phrase merveilleuse :

« C’est ce qui est là-haut, tu sais, celle qui vient du Bon Dieu, celle dont nous avons tous besoin, la neige ! »

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toutes mes notes sur l’affaire Matzneff : ici

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Sollers plagiaire et autres illusionnaires

plagiat

 

Comme j’avais oublié ma carte de bibliothèque dans mon sac à dos resté à la maison, et comme j’avais envie de livres, je suis entrée à la Maison de la Presse, voir ce que je pourrais trouver en poche. Ma parole, sur la table ça clignotait de partout, les bandeaux rouges, ou jaunes, ou d’autres couleurs, barrant les livres avec leurs promesses aguicheuses ! J’en ai sorti mon carnet, pour noter quelques-uns des mots en train de faire de l’œil au chaland : Fascinant… Saisissant… Un maître… Détonant… Bouleversant… Palpitant… Incontournable… Retenez bien ce nom… Absolument extraordinaire… Poignant… Le livre de l’année… Formidable… Addictif… Rare… D’une intensité folle… Essentiel… Jeune prodige… Nouveauté… Révélation… Déjà un million d’exemplaires vendus… Livre-culte… Quelle ambiance !… Une réussite totale… Waw ! Seuls quelques titres comme La montagne magique de Thomas Mann s’exposaient nus, sans feuille de vigne ni lanterne rouge rédigée par l’éditeur afin de mieux écouler son produit.

Sollers a fait des études de commerce, et sans doute, directeur de collection (c’est-à-dire vivant de droits d’auteur sur des livres dont il n’est pas l’auteur), s’en sort-il en ce domaine. Mais pour la littérature, il est autodidacte. Certains s’en sortent bien, d’autres assimilent très mal ce qu’ils lisent avec un cerveau formaté pour tout autre chose et en gardent une sorte de complexe qui les fait courir après un besoin de reconnaissance de ceux dont ils voudraient être les pairs. Debord, Bourdieu, Foucault et bien d’autres ne se sont pas privés de dénoncer l’imposture qu’étaient Sollers et quelques autres faiseurs médiatiques. Pour ma part, j’ai fait un saut, un temps, dans cette mare aux illusions parce qu’elle me servit de muse. J’allais sous le ciel, muse, et j’étais ton féal, comme dit Rimbaud. Ça a l’air charmant, or c’est très violent. Mais le plus gros problème fut que la muse en question s’avéra très mauvaise joueuse et se changea en harpie vengeresse.

 

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers (en rouge, mes phrases, en bleu les « siennes »)

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Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

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C’est ainsi que je découvris le pillage de plusieurs de mes livres, et spécialement de Forêt profonde, dans le roman d’un poulain de Sollers en 2007. Je relevai l’affaire (détaillée à partir de la page 125 de ce texte) et la portai en justice. Comment aurais-je pu gagner face à Gallimard et son parrain du milieu littéraire ? Je perdis, mais au moins j’avais réagi. Et j’ai ri cette nuit en découvrant par hasard ce texte de Damien Taelman recensant les innombrables plagiats commis par Sollers dans son livre Mouvement, dont j’ignorais l’existence, paru en 2016. Se faisant passer pour traducteur du chinois, il n’a en fait que plagié éhontément d’autres traducteurs, des anthologies, etc., et entrecoupé « ses » traductions de plagiats d’autres auteurs, tels Nietzsche ou Artaud. J’ai pensé à l’un de mes élèves, dont les résultats étaient toujours médiocres faute de travail, qui me rendit un jour une copie étonnamment correcte, à laquelle j’attribuai l’une des meilleures notes. Il s’en vanta beaucoup auprès de la classe, ce jour-là et d’autres jours, tout réjoui de son exploit. Pour le devoir suivant il renouvela sa prouesse, et cette fois je tapai ses phrases trop correctes sur Google : il avait plagié des corrigés sur son téléphone caché sous la table. Il vint me voir tête basse à la fin du cours, me jurant que c’était la première fois et qu’il ne le referait plus. C’était un enfant mais faire encore ça à 80 ans, c’est risible, et surtout pitoyable.

Je vois que le nonce apostolique (l’ambassadeur du pape) à Paris est accusé une nouvelle fois d’abus sexuels sur jeunes hommes. Ce cinglé ne peut pas s’empêcher de les tripoter lors de manifestations publiques. Je me souviens du jour où j’allai lui apporter mon livre Voyage, afin qu’il l’envoie au Vatican (qui contrairement à ses usages n’accusa pas réception de cet ouvrage quelque peu gênant). Je fus reçue par sa bonne (les femmes sont les servantes des hommes dans l’église), on aurait dit que j’allais voir l’empereur tant l’aura qui entourait le Monseigneur imprégnait le lieu. Un peu comme quand vous vous présentez chez Gallimard, éditeur qui se sauva en collaborant avec les nazis et qui pour des histoires de commerce veut maintenant rééditer des pamphlets antisémites. Tous ces malades sexuels font semblant d’être des religieux comme d’autres, selon Pierre Bourdieu dans un article intitulé « Sollers Tel Quel » cité par Damien Taelman, font « semblant d’être écrivain, ou philosophe, ou linguiste, ou tout cela à la fois, quand on n’est rien et qu’on ne sait rien de tout cela ; quand, comme dans l’histoire drôle, on connaît l’air de la culture, mais pas les paroles, quand on sait seulement mimer les gestes du grand écrivain, et même faire régner un moment la terreur dans les lettres… » Terreur est le nom d’un des personnages de mon roman Forêt profonde, roman écrit avec mon propre sang, comme disait Nietzsche, et non en vampirisant les autres comme font les morts qui ne sont pas en paix.

 

plagiat

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Multiplication des pains, façon « inconnus »

multiplication des pains 1-min,

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Après avoir l’autre jour recommencé à multiplier les Post It dans la ville, j’ai commencé aujourd’hui à y multiplier mes livres. Tout cela dans un mouvement général de multiplication des « pains », en ligne aussi : mes articles parus ces jours derniers sur de multiples sites, où les textes peuvent rencontrer des lecteurs de multiples horizons : Agoravox ; Bellaciao ; Médiapart ; Lundi matin ; aujourd’hui Paris Luttes Info… Ce n’est pas fini, et pour ce qui est des distributions de pains dans la ville, ce n’est qu’un début, j’ai d’autres idées.

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multiplication des pains 1-min

Mon premier pain de livre distribué. Je me suis assise sur un des rares bancs libres au jardin des Plantes, j’y ai déposé ce livre composé de deux nouvelles, j’ai fait la photo, j’ai attendu un peu. Une famille de quatre musulmanes est arrivée, les fillettes sont allées jouer, les deux femmes, dont l’une voilée, se sont assises. Au bout de quelques instants, je me suis levée, je suis partie, laissant le livre. L’une des femmes m’a appelée : – Madame, c’est à vous, ce livre ? – Non, ai-je dit. – Ah très bien, alors je vais le lire, a-t-elle dit toute contente en le prenant.

J’ai poursuivi mon chemin, ravie de ce premier coup.

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multiplication des pains 2-min

Derrière cette fenêtre ouverte par ce temps printanier, des personnes travaillaient dans un bureau. J’ai déposé sur le rebord cette nouvelle bien plus chaude que le climat et la météo, et j’ai continué mon chemin, quelqu’un s’en emparera bien.

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multiplication des pains 3-min

Je suis entrée derrière un restaurant où se trouvaient des poubelles et aussi des vélos des employés. Tout près, à côté des fleurs, j’ai déposé ce petit roman.

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Puis je suis retournée au jardin travailler à merveille, assise dans l’herbe, bras nus.

À suivre !

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Le génie du peuple (prouvé en 3 petites vidéos)

génie bastille

« Notons qu’avec ce peuple qui se fonde par lui-même dans l’agir (et dans une contemporanéité connectée), nous sommes loin de tout populisme », écrit Yves Cohen dans ce texte qu’il faut lire sur Les foules raisonnables. Notes sur les mouvements sans parti ni leader des années 2010 et leur rapport avec le vingtième siècle, rappelant « la réflexion de Jean-Jacques Rousseau qui parlait de « l’acte par lequel un peuple est un peuple».  »

Celles et ceux qui dans le peuple savent rire, avec leur corps comme avec leur esprit, sont les sauveurs de vie. Macron est faux et chiant comme la mort, Macron et sa caste, et son monde, sont chiants comme la mort. Le peuple a le génie de l’agilité, du courage, de l’inventivité, de l’humour : voilà ses meilleures armes. C’est grâce à elles que malgré l’indigence des classes affairées à dominer, qui n’avancent dans la vie que piétinant les pieds dans la merde, contre leurs forces de mort, l’humanité a vaincu, vainc et vaincra, jour après jour, dans la grâce, l’élégance et la joie.

 

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Des tags et des contestataires

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Ce matin, alors que je travaillais très agréablement à la bibliothèque universitaire de la Sorbonne Nouvelle, alias Censier, fac plus ou moins « occupée », une AG a commencé dans la cour. Au micro, une étudiante menait rondement l’affaire, comme si elle avait fait cela depuis des décennies. Et les autres étudiant.e.s qui prirent aussi la parole me ramenèrent en effet des décennies en arrière : en ce jour où, adolescente, j’allai à une réunion du Parti (communiste) local pour écouter les militants puis essayer de les convaincre que l’anarchie, dans le sens où je la concevais, une façon d’autogestion, était une bien meilleure idée à cultiver que leur communisme. Tout en m’occupant de commencer à mettre en ordre les annexes de ma thèse, j’ai entendu, assez amusée, les mêmes discours que ceux des camarades de mon père en ce lointain temps. Il y a des roues qui tournent dans des ornières, mais après tout c’est sans doute aussi une façon pour ces étudiants d’apprendre à faire de la politique, avec tout ce que cela peut comporter de positif mais aussi avec tout le rassis que cela draine.

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Deux heures après le début de leur AG, quand je suis partie, ils étaient toujours une cinquantaine en train de voter à main levée dans la cour, avec ma harangueuse au-dessus d’eux dans l’escalier – cela devait faire au moins une heure qu’ils votaient, pour ceci et pour cela, pour un tas de trucs, et j’ignore combien de temps encore ils y ont passé, je suis partie joyeusement par ce beau soleil d’été, poursuivre mon chemin.

tag,,tags pris en photo hier en allant travailler dans une autre bibliothèque, la bibliothèque Mohammed Arkoun

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