Haïkus grecs

crete chora sfakion 29-min

 

Perles, perles d’eau

qui roulent sur les galets.

Chocs de la lumière.

*

Plein sud, c’est l’été

en hiver. La tourterelle

roucoule, invisible.

*

Le bleu de la mer.

Le bleu trop bleu de la mer

pleine de noyés.

*

La mer tragédienne

chante le sang des humains

qu’elle a avalés.

*

Bleu teinté de rouge,

quand vient la douceur du soir,

le ciel l’est aussi.

*

*

*

à bientôt pour la suite crétoise !

*

Vanessa Springora, l’effet avalanche sur Saint-Germain-des-Prés

ecuries-d-augias

 

Plus fort qu’Héraklès, l’acte littéraire de Vanessa Springora nettoie les écuries germanopratines, plus crasseuses que celles d’Augias. Bienheureuse, amusée, satisfaite pleinement, je regarde tomber les masques, j’entends bafouiller les parleurs et les parleuses, je vois grimacer les amertumes, les jalousies, les dépits. Autant en emporte la neige ! La vie est de toute beauté.

En 2013, après que j’ai dû quitter, par la faute des porcs des écuries germanopratines, ma grange dans la montagne, la montagne a réagi, le village et la vallée ont subi avalanches puis crues exceptionnelles. Extrait de mon journal, tenu depuis Paris :

Là-haut, le village a dû être évacué. Tant de neige est tombée, il est menacé par les avalanches. Les journaux en parlent, les télévisions aussi. Patrick, un commerçant, répond à un journaliste qui lui demande en substance à quoi il s’attend, cette phrase merveilleuse :

« C’est ce qui est là-haut, tu sais, celle qui vient du Bon Dieu, celle dont nous avons tous besoin, la neige ! »

*

toutes mes notes sur l’affaire Matzneff : ici

*

Affaire Matzneff, suite

Screenshot_2020-01-07 A Victim’s Account Fuels a Reckoning Over Abuse of Children in France

 

Je continue ma série de notes sur cette affaire.

Pauvre Antoine Gallimard, contraint de renoncer à la commercialisation des journaux intimes de Matzneff, publiés pendant des décennies et jusqu’à il y a trois mois par Sollers dans cette maison, après avoir dû renoncer aussi, sous la pression, à rééditer les pamphlets antisémites de Céline. Le communiqué de presse prétend prendre en compte la souffrance exprimée par Vanessa Springora dans son livre Le Consentement mais le fait est que les flammes sont en train de lécher la baraque : je le disais, Gallimard et Sollers devraient être tenus pour complices des crimes de Matzneff, non seulement parce qu’il en faisait l’apologie, donc incitait au crime, mais aussi parce que l’encourager à publier toute sa vie ce journal c’était l’encourager aussi à réitérer indéfiniment ses crimes, afin de pouvoir ensuite les écrire – depuis, j’ai lu un article dans lequel une juriste disant que les éditeurs pourraient aussi être poursuivis dans cette affaire.

La caste mauvaise, hypocrite, méchante, qui se nourrit dans la mare littéraire germanopratine, ne s’est évidemment pas nettoyée de sa merde en quelques jours. On a lu nombre d’articles fourbes de Libé et d’autres journaux, entendu les réactions éhontées et /ou opportunistes des Giesbert et autres Durand, Beigbeder et compagnie. Savigneau se gratte en vain sur son compte twitter, Christine Angot, admiratrice de l’œuvre de Matzneff (dont je ne veux pas citer les témoignages immondes et détaillés de ses viols, rappelons seulement qu’il écrit qu’« Un enfant c’est merveilleux. On y entre comme dans du beurre »), Angot donc, déclare sur France Inter que lui et les autres pédocriminels sont « de grands naïfs, de grands sentimentaux ». Maïa Mazaurette, la désastreuse chroniqueuse sexe du Monde, attire l’attention sur le fait que les enfants peuvent participer à leur viol, affirme que beaucoup s’en remettent très bien, et estime qu’il ne faut pas qualifier de prédateurs les pédocriminels, dont certains d’ailleurs ne violent les enfants qu’occasionnellement. Il y a quelques années, Sollers en mode vieil oncle incestueux déclarait à la télévision, d’un air entendu, qu’il avait des nièces très charmantes – confortant ainsi l’intérêt qu’il disait avoir, ailleurs, pour l’inceste. (Et éclairant sa sentence sur Macron :« Sexuellement, il a tout compris »). Gallimard n’a pas suspendu la commercialisation des livres de Sollers et de Haenel parce que mon livre Forêt profonde et ma parole ont été soigneusement occultés par tout le milieu depuis 2007 mais tout vient à son heure et l’histoire n’est pas finie.

Les pédocriminels comme les violeurs en tout genre sont bien des prédateurs, et de la pire espèce : des cannibales, la honte absolue de l’humanité. Ils dévorent des corps et/ou des âmes, c’est ce qu’on appelle l’emprise. Comment s’en sortir lorsqu’on est déjà plongé dans le chaudron, avec un malade mental qui vous tape sur la tête pour vous y enfoncer, bientôt rejoint par une bande d’autres cannibales et de lobotomisés qui lui viennent en aide, même quand vous répétez pendant des années votre non-consentement ? Comment réagir autrement que de manière suicidaire, en plongeant plus profond dans le chaudron pour en finir, ou de manière agressive, en gesticulant et criant pour protester et alerter ? Vanessa Springora raconte qu’un jour où elle devait faire une rédaction (elle était en quatrième lorsqu’il venait l’attendre à la sortie du collège), Matzneff l’obligea à écrire sous sa dictée l’une de ses expériences à lui, au lieu de la sienne. La dépossédant ainsi de sa propre parole, faisant fi de ses protestations, de son désir d’écrire elle-même (elle aimait cela et avait de très bonnes notes en rédaction). Il fallait qu’il lui mange le cerveau, voilà le fin mot de l’histoire. L’édition est tenue par des bourgeois qui exploitent les auteurs financièrement (auxquels ils laissent à peine 10 % en moyenne du prix du livre qu’ils ont écrit) et qui, dans leur vie privée, vampirisent, exploitent psychiquement les femmes et/ou les enfants.

« Trop beau, trop libre, trop heureux, trop insolent, trop de lycéennes dans son lit, ça indispose les honnêtes gens ». Voilà comment Gallimard présentait Matzneff sur son site, avant de découvrir soudainement que leur chéri, qui leur livrait au moins par procuration, par fantasme (voire réellement, comme peut-être à ses mécènes privés, qui sait ?), des garçonnets et des collégiennes à violer, n’était en fait pas si beau que ça. Matzneff est malade mentalement, c’est entendu. Mais sont malades et au moins aussi dangereux ceux qui l’ont poussé à s’enfoncer dans sa maladie – comme sont dangereux ceux qui (souvent les mêmes) poussèrent les dessinateurs de Charlie Hebdo à gâcher leur talent en s’enfonçant dans un délire raciste sexuel, dans les années à partir de Val, les conduisant eux aussi à la catastrophe. Il y a cinq ans aujourd’hui, les frères Kouachi, victimes d’un pédophile de leur quartier pendant leur enfance, ajoutant la haine à la haine, assassinaient abjectement ces dessinateurs que nous continuons à pleurer, blessant tout un pays avant de trouver la mort dans une imprimerie. Aujourd’hui c’est tout un pays qui est blessé aussi par la déflagration du livre de Vanessa Springora. Contrairement aux terroristes qui n’en avaient pas les moyens, elle a trouvé la bonne arme, celle de la parole, celle qui libère et sauve.

Après l’avoir cherché en vain en librairie (il était en rupture de stock), j’ai trouvé par hasard le livre de Springora dans la Maison de la Presse qui distribue dans les commerces de mon quartier de gros nounours en peluche. Voilà qui parle, pour un livre dénonçant la pédophilie. Voilà qui, dans cette démultiplication envahissante, fait image également sur le harcèlement (dont témoigne Springora mais aussi ce journaliste qui a connu une autre victime de Matzneff, devenue stérile après avoir dû avorter, adolescente), le viol psychique dont se rendent aussi coupables ces prédateurs. Des prédateurs qui n’ont pas un caractère de fauves, mais de sangsues, voire de moules accrochées à leur rocher. La presse européenne parle de l’affaire Epstein, la presse américaine parle maintenant de l’affaire Matzneff. Il faut toute la force de la vox populi pour constituer la grande vague capable d’arracher les vampires à celles et ceux dont ils se nourrissent, à celles et ceux dont ils sucent la vie, n’ayant pas assez de vie en eux pour exister par eux-mêmes. Nous ignorons presque tout de la vie de l’esprit manifestée à travers le monde. Eppur, il agit.

*

Qu’est-ce que la littérature ? À propos du livre de Vanessa Springora

epee

 

Qu’indique la critique du livre de Vanessa Springora, Le Consentement, dans le JDD d’aujourd’hui ?

1) Que la journaliste qui l’a rédigée ignore ce qu’est la littérature ;

2) Qu’elle ne sait pas lire ;

3) Que les soutiens du pédocriminel Matzneff bougent encore dans leur bourbier.

Je commencerai par le troisième point. Je constate que tous les médias épargnent singulièrement Antoine Gallimard, patron de l’entreprise Gallimard (dont il a hérité) et Philippe Sollers, éditeur chez Gallimard depuis des décennies des pires textes de Matzneff, ceux où il détaille ses crimes sur des dizaines d’enfants. Ces deux sinistres types ont soutenu Matzneff, l’ont aidé par tous les moyens puissants dont ils disposent, y compris financiers en le mensualisant pendant des années.

En 1990 ou 91, quand j’ai envoyé un manuscrit chez Gallimard, c’est Sollers qui s’en est emparé, alors que je m’étais bien gardée de le lui adresser. Une façon de me ferrer peut-être inspirée par les méthodes de celui qu’il qualifiait de héros, Matzneff – sauf que je n’avais pas treize ans et que je n’ai jamais consenti à ses manipulations intellectuelles, mais c’est une autre histoire que j’ai racontée déjà dans mon roman Forêt profonde, je n’y reviendrai pas maintenant. Si j’en parle c’est pour mentionner que Sollers me poussa aussitôt à raconter ma vie dans mes romans ; je découvre seulement ces jours-ci qu’il était l’éditeur de Matzneff, et il me paraît vraisemblable qu’il a dû encourager aussi ce dernier sur cette pente. Même quand cette pente était celle du crime, le besoin de faire des livres en racontant sa vie induisant le besoin chez Matzneff de recommencer sans cesse ses exploits de pédocriminel, de se vanter de sodomiser des garçons de huit à treize ans et des filles de treize à quinze ans, filles à qui il faisait subir, en plus – et c’est sans doute le pire – une intense entreprise de destruction psychique, ainsi que le révèle le livre de Vanessa Springora. Il y a eu là, il y a là, de la part de Sollers et de son patron Gallimard, non seulement non-assistance à personnes en danger, mais aussi complicité de crime, et incitation au crime.

Or la presse continue à ménager de son mieux ces parrains du milieu littéraire. Antoine Gallimard n’est jamais mis en cause. Le nom de Sollers apparaît, mais souvent il est oublié parmi les signataires des pétitions pro-pédophilie, et s’il est mentionné comme éditeur de Matzneff c’est sans y insister, comme si la chose était anecdotique, ainsi que ses insultes publiques à l’encontre de Denise Bombardier. Libération s’est fendu d’un texte pour tenter d’absoudre Sollers en disant qu’il avait regretté d’avoir signé ces fameuses pétitions (qu’il prétend avoir oubliées, signées quasiment sans les avoir lues) mais sans mentionner qu’après elles et jusqu’à cet automne 2019 il a continué à publier les carnets de Matzneff, où il vante constamment ses hauts-faits sexuels et son train de vie dispendieux, entre voyages et grands restaurants au quotidien (alors que par ailleurs il crie misère et implore la charité des pouvoirs publics). Je vois dans le JDD d’aujourd’hui, qui consacre un dossier à Matzneff, la critique mauvaise du livre de Vanessa Springora par Marie-Laure Delorme comme une énième défense des complices de Matzneff, qui s’échinent à clamer son prétendu talent littéraire, et une énième attaque contre l’une de ses victimes, dont il leur faut au moins salir le travail (tout en vantant le dernier livre de Moix au passage, mafia oblige).

Selon Mme Delorme donc, le livre de Vanessa Springora ne serait pas de la littérature. Mme Delorme ne parle pas, à propos de la manie de Matzneff, de pédocriminalité ni même de pédophilie, mais de « goût pour les mineurs ». Et elle reproche à Vanessa Springora d’avoir écrit un livre vertueux, un livre qui n’aurait donc rien à voir avec la littérature. Mme Delorme croit sans doute que la littérature consiste soit à phraser, soit à pédanter. Or il ne suffit pas d’aligner des phrases jolies ou pompeuses ou précieuses, avec imparfaits du subjonctif plus ou moins bien maîtrisés, pour faire de la littérature. Ni de construire une histoire, un cadre, des personnages, selon les vieilles recettes de cantine des écrivaillons. Je le dis encore une fois avec Kafka : un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Le reste n’est que littérature, au sens péjoratif ou minoratif du terme. La Littérature majuscule brise la mer gelée en nous. Ce livre terrasse le lecteur, a écrit quelqu’un que je ne connais pas à propos de mon roman Forêt profonde, occulté par toute la presse parisienne parce que Sollers s’y estimait offensé, bien que son nom n’y apparût pas. Mon premier roman fut aussi un choc, et quelques autres de mes livres aussi je l’espère ; en tout cas ce fut le cas pour Poupée, anale nationale, que Sollers refusa de publier et qui, bien avant Forêt profonde, face au choc causé par la publication de ce livre, se livra à une entreprise de vengeance contre moi dont je ne m’aperçus que plus tard (en fait tout avait commencé avant encore, à partir du moment où je ne m’étais pas rendue quelque part où il devait être et où il m’avait fait inviter juste après s’être saisi de mon premier manuscrit envoyé chez Gallimard). Le livre de Vanessa Springora brise puissamment la mer gelée en nous. Et il le fait avec une très grande intelligence littéraire, dans une simplicité remarquable, sans effets. En qui le lit sans œillères, il brise la mer gelée comme il la brise en toute notre société – en témoigne son succès. L’écriture de Springora, avec sa mise à plat calme et déterminée des faits, est infiniment plus puissante que les préciosités et les alignements de citations latines de Matzneff. Springora ne s’embarrasse pas de construire une histoire, des personnages, ni de faire des phrases et des effets. Elle va au but, chacune de ses pages, chacun de ses mots est le but. La vérité nue. Son écriture est virile, au sens de la virtus que j’évoquais dans ma note précédente : courageuse, dynamique, forte. Elle met le terrain à plat, comme dans Isaïe, pour ouvrir la voie à la vérité. Elle ne joue pas petit jeu, elle ne se fait pas plaisir, elle plante chaque coup d’épée droit où il faut la planter. Elle est efficace, elle est performative. Elle ne cherche pas les effets, elle fait effet. Voilà la Littérature : non pas une entreprise de divertissement, criminel ou non, mais une action. Une action capable de sauver des vies, de sauver la vie.

*

Suivre le mot-clé Matzneff pour voir mes autres notes sur l’affaire. Voir aussi les mots-clés Sollers et Forêt profonde.

 

Affaire Matzneff : le piteux spectacle du milieu littéraire

justice

 

J’ai rencontré Matzneff (que je n’avais jamais lu) il y a une dizaine d’années lors du vernissage d’une exposition de photos de Sophie Bassouls qui s’accompagnait de quelques-uns de mes poèmes, dans l’espace culturel des Éditions des Femmes. L’attachée de presse de l’époque était l’une de ses amantes ou de ses ex, je ne sais plus. Jeune mais pas collégienne, ni petit écolier français ni petit garçon des rues de Manille comme tant d’autres de ses victimes. Elle me dit un jour qu’il la faisait souffrir, pour tenter de me convaincre que c’était normal. Il était donc là, avec un ami écrivain que j’avais déjà rencontré ailleurs et dont j’ai oublié le nom, Dominique quelque chose si je me souviens bien (façon de parler) – il est mort depuis. Il me parla d’Anna Akhmatova, sa poétesse préférée. Je faisais poliment semblant d’écouter, j’ai horreur de ces conversations lettrées, de ces afféteries, de ces préciosités qui font le milieu littéraire et sous lesquelles se cachent les plus grossiers sentiments, calculs, haines, jalousies, envies d’argent et d’honneurs, vanités démesurées, aptitudes à toutes les trahisons, toutes les oppressions, toutes les compromissions. J’aime la conversation des paysans, des artisans, des artistes, des soldats, des gens qui ont un métier, des gens qui font la cuisine, des gens qui font vraiment quelque chose. Le milieu littéraire est un milieu de gens qui ne font rien d’autre que branler la queue du chat. Bien sûr les écrivains écrivent, et ce n’est pas rien faire. Mais le milieu littéraire ce ne sont pas les écrivains, c’est le milieu où les écrivains naufragent. C’est « le monde », le monde mondain, le contraire du monde réel et spirituel où se déploie tout le vivant. Et ceux et celles qui vivent du milieu littéraire ne sont plus que des morts. C’est parce qu’ils sont morts qu’ils peuvent faire le mal et soutenir ceux qui font le mal tout en se croyants supérieurs au commun des mortels. C’est parce qu’ils sont morts et impuissants, hommes et femmes inachevés, incapables de vivre une vie d’homme ou de femme pleine et entière, qu’ils vivent de combines et d’abus de toutes sortes. Et au royaume des morts, comme le disent d’une façon ou d’une autre toutes les spiritualités du monde, vient toujours le moment de rendre des comptes. Matzneff qui se veut chrétien l’aurait compris, s’il lui restait assez de vie pour penser. Mais ces gens-là, qui se prennent pour des penseurs, ont le cerveau aussi bousillé que le cœur. Matzneff est en réalité aussi stupide que son éditeur Sollers, qui a remplacé son allégeance au nihilisme maoïste par une allégeance au nihilisme heideggerien, aussi stupide que son soutien Moix qui a remplacé son allégeance au nihilisme nazi par une allégeance au nihilisme heideggerien, qui est un nihilisme nazi… Aussi stupide que ses autres soutiens, le pubeux Beigbeder, l’éditocrasseux Giesbert, la grimaçante Savigneau, etc., etc. Sans eux, sans les soutiens publics par dizaines ou centaines de milliers d’euros et les soutiens privés (que leur fournissait-il en échange ?) qui lui ont permis de mener grand train pour ses chasses à l’enfant, combien d’enfants auraient été sauvés de ses griffes et de celles de tant d’autres confortés par son exemple célébré ?

Le milieu littéraire est celui où je me suis toujours le plus sentie mal à l’aise. Et je sais pourquoi. C’est le milieu le plus dépourvu de grâce. C’est un milieu sans aucune grâce ; raison pour laquelle, hélas, beaucoup de ses aliénés vont la piller ailleurs, là où elle vit, par exemple chez les enfants. C’est aussi un milieu dépourvu de virtus, comme celui des financiers et des technocrates. Un milieu qui ressemble beaucoup à la macronie, tout en superficialité et en fausseté, en en-même-temps (par exemple, comme Sollers, signer par deux fois des pétitions pro-pédophilie et publier pendant des décennies les récits abjects de Matzneff et en même temps se dire hostile à la pédophilie ; puis jouer les amnésiques et se terrer quand ça chauffe, comme en toutes circonstances avec le « courage, fuyons » pour seul viatique). Il y a cinq ans, Matzneff dans sa tribune au Point menaçait de se suicider parce que, comme tous les auteurs qui n’ont plus suffisamment de droits d’auteur (j’en suis), il avait été rayé de l’Agessa, l’organisme qui gère la sécurité sociale des auteurs. Quelle petite nature. Comme s’il était impossible de survivre sans l’Agessa, de trouver une couverture sociale autrement. Maintenant ses amis, comme Beigbeder, disent craindre qu’il ne se suicide si on continue à l’ennuyer. Oui, pas la moindre virtus chez ces gens gâtés-pourris, quand le vent tourne il ne leur reste que la pleurnicherie, le chantage, et d’énièmes trahisons et mensonges. Piteux spectacle.

*

Mes précédentes notes sur Matzneff : ici

sur Sollers : ici

sur la pédocriminalité (Barbarin, Outreau…) :

*

Dimension politique de l’affaire Matzneff

montagnarde de paris 1-min

 

Le taxi hier soir en avait gros sur la patate. « Vous avez entendu le discours de Macron ? » Et il a fait un geste du doigt sur sa tête pour dire : « il est cinglé, ils sont cinglés ». Après nous avoir souhaité bonne année, et bon courage en ces temps très durs. Rappelant l’affaire Delevoye : « On est gouvernés par des voleurs, on n’a pas d’autre choix que d’essayer de se mettre à l’abri par tous les moyens, et continuer le combat ». Je résume, mais le gars était très remonté, très révolté, comme tous les gens du peuple comme nous dès qu’on a l’occasion de les entendre parler.

Les gens du peuple, les gens du monde de Macron ne les aiment pas. Les gens du monde de Macron, qui existaient avant que Macron ne soit président, qui existaient quand Macron avait quatorze-quinze ans et avait une « romance », comme ils disent, avec une prof de quarante ans sans que personne ne bouge davantage que lorsque Vanessa Springora, dans les mêmes années, avait aussi à quatorze ans une « romance » avec un écrivain de cinquante ans, qui existaient avant que Macron ne soit né, qui existaient déjà au dix-neuvième siècle, bref, les bourgeois aux affaires, qui dans leur organisation incestueuse ont porté Macron au pouvoir, s’estiment au-dessus des lois, volent et violent en toute impunité et se sentent généreux en se pardonnant les uns les autres alors que les mêmes crimes, quand ils sont commis par des gens de la plèbe, ne leur inspirent que mépris et haine, exprimés à longueur de temps dans les médias que leurs alliés détiennent. Sollers, éditeur de son ami Matzneff contant par le détail ses crimes sur enfants, se répandit en mépris et sarcasmes contre Myriam, l’une des pédocriminels d’Outreau, insistant sur son prénom de femme et d’Arabe, lui faisant porter toute la charge du mal.

C’est que ces gens se prennent pour des anges, voire comme Matzneff pour des archanges, et prennent les hommes et surtout les femmes du peuple pour des diables. Quand Pivot invitait régulièrement Matzneff à Apostrophes, lui conférant ainsi une légitimité et une publicité énormes, il s’agissait toujours de plaisants débats entre gens de bien. Quand Pivot m’invita dans sa même émission, il plaça cette dernière sous le signe du diable.

M. Matzneff a passé sa vie à violer des enfants et à en retirer toutes sortes de soutiens, institutionnels et privés, qui lui ont permis de mener la dolce vita, entre les beaux quartiers de Paris, l’Italie et Manille. Aujourd’hui encore, alors qu’on nous le présente comme un homme dans la misère, il bénéficie, outre la retraite minimum que touchent tant de Français qui contrairement à lui ont trimé sur des chantiers, dans des champs, ou à d’autres tâches qui nous permettent à tous de vivre, d’une allocation de la Société des gens de lettres (argent public) et d’un appartement de la ville de Paris en plein 5e arrondissement ; et il y a quelques mois encore il se vantait dans Le Point qui le paie aussi pour une chronique qu’il utilise volontiers pour défendre ses propres petits intérêts, d’inviter une jeune fille au Fouquet’s pour y manger du homard et y boire ses vins préférés (préférés de lui, pas de la jeune fille, évidemment). Messieurs-dames du monde de Matzneff, si votre protégé (vous fournissait-il en chair fraîche ou seulement en fantasmes ?) est dans la misère, c’est seulement dans la misère humaine que vous partagez avec lui, incapables que vous êtes, comme lui, du moindre début d’empathie avec les enfants qu’il a martyrisés, avec les enfants que certains d’entre eux, une fois adultes, ont dû martyriser à leur tour, avec les enfants que certains de ses lecteurs se sont trouvés autorisés par son prosélytisme à martyriser aussi, dans une chaîne du mal infernale.

Et cependant c’était donc moi, à vos yeux de bourgeois misérables, le diable. Non pas votre ami pédocriminel et parasite de la société, mais moi qui ai toute ma vie travaillé dur pour élever de mon mieux mes quatre enfants, sans les soutiens que se fournissent réciproquement les hommes qui ont fait allégeance à ce monde, moi qui cherchais par mes livres à libérer les femmes et les hommes de l’hypocrisie énorme de votre société, que vous nous imposiez. C’est moi que vous avez empêchée de publier, après que votre ami Sollers s’est reconnu dans le personnage nommé Sad Tod de mon roman Forêt profonde, dont pourtant vous seuls, dans votre petit milieu, pouviez deviner qu’il en était un portrait. Alors que j’ai publié plus de trente livres et de très nombreux articles en vingt ans de travail d’écriture, voilà plus de dix ans que tous les éditeurs me refusent mes manuscrits, que tous les journaux dans lesquels je pouvais écrire refusent désormais tous mes textes. Comment ai-je survécu ? Non pas aux crochets de la société, comme tant d’auteurs du milieu habitués à ramasser des aides publiques versées dans une certaine opacité, mais d’abord en vendant ma maison, puis en passant à soixante ans les concours pour devenir professeur, malgré une santé devenue défaillante (mon corps ayant pris sur lui le cancer qu’on voulait imposer à mon être). J’ai survécu comme le font les gens du peuple dont je suis, en luttant pour rester en vie dignement. Ils ont cru m’éliminer, mais on n’élimine pas la justice. Tremblez, iniques privilégiés, les gens du peuple veulent la justice, et vos quatre vérités n’ont pas fini de vous éclater à la gueule.

*

Pour conclure l’année : affaire Matzneff, le consentement au crime des élites

Screenshot_2019-12-28 Maissa sur Twitter C’est incroyable,on pensait avoir affaire à un pédophile mais c’est toute une meut[...]

 Screenshot_2019-12-28 christian andreo sur Twitter Formidable révélateur de pourritures cette affaire #matznef Avec une dim[...]*

J’ai lu beaucoup d’auteurs de mon époque, et pas seulement des meilleurs, mais je n’ai jamais lu un seul livre de Gabriel Matzneff. Je savais comme tout le monde qu’il y racontait ses aventures « amoureuses » avec de très jeunes garçons et filles et je n’avais pas envie de lire ça. J’ignorais la teneur exacte de ces récits, dont je découvre des extraits aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Ainsi ce type se vantait, avec tous les honneurs du milieu, de violer des garçons âgés de 8 à 11 ans, en s’amusant qu’ils lui reprochent la brutalité de ses sodomies. Je regrette de n’avoir pas cherché à savoir plus tôt qui il était, au-delà du beau rôle qu’il tâchait de se donner, je regrette d’avoir en quelque sorte préféré éviter cette question dégoûtante, comme on le faisait trop souvent à cette époque. Qu’il soit manifestement un écrivain très médiocre, contrairement à ce qu’il semble croire, les pages qui circulent en ligne le disent assez : ce n’est évidemment pas le plus grave, mais cela révèle d’autant plus l’ignominie de la « mafia » (comme dit Denise Bombardier, blacklistée pendant trente ans par les médias français pour avoir défendu les droits des enfants face à Matzneff et Pivot), mafia qui le soutient depuis des décennies au nom de la littérature ; cette mafia qui se serre les coudes dans les affaires de pédocriminalité comme dans bien d’autres saloperies. Bravo à Vanessa Springora d’avoir mis les pieds dans le plat. Son livre paraît au bon moment pour révéler la puanteur du milieu médiatico-littéraire (qui m’a éliminée pour avoir dénoncé cette puanteur dans mon roman Forêt profonde en 2007). Cette bande de cinglé·e·s impuissant·e·s a sévi beaucoup trop longtemps mais comme on le voit, ils ne l’emporteront pas au paradis.

Pour un type qui n’a rien fait d’autre de sa vie que violer des enfants et se pavaner en le racontant, nulle nécessité de lutter pour sa retraite. Matzneff, au lieu de finir de moisir en prison, bénéficie d’un logement de la Ville de Paris depuis 1994, a reçu 40 000 euros de l’Académie française en 1987 et 3000 en 2009, reçoit une pension de 7500 euros par an (peut-être plus, le montant est secret ! et il peut aller jusqu’à 24 000 euros) de la Société des Gens de lettres, et Le Point, avec ses millions de subventions d’argent public aussi, complète sa rente en lui confiant une chronique (indigente). Le type est publié par Gallimard. Et soutenu encore aujourd’hui par maintes momies de tous âges (31-12-19 : cf Libé et sa chronique immonde sur le droit des adultes à une sexualité libre, et son portrait tout aussi infect de Vanessa Springora par l’un des lécheurs de Matzneff, Luc Le Vaillant), traînant encore dans leur corps, dans leur esprit, la boue de tout ce que le siècle dernier charria d’immonde. Car cette affaire jette un éclairage sur le passé, mais sur un passé qui perdure, qui continue à nuire. En 2013, ce violeur, décoré de la Légion d’honneur, recevait le prix Renaudot Essai pour un livre où il vantait, comme d’habitude, ses crimes. Fin novembre, le site ActuaLitté présentait le livre de Vanessa Springora comme «  l’histoire d’une romance qui dégénère entre une adolescente de 13 ans et un homme d’une cinquantaine d’années ». Une romance ? Depuis le scandale, ils se sont ravisés dans leurs termes, mais leur première appréciation, comme celle de Pivot parlant de « morale », révèle le fond crasseux de ce milieu.

Matzneff maintenant cloué au pilori n’est que l’image infecte, ridicule et pitoyable de ce qu’ils sont – pourris jusqu’à l’os, incapables de seulement sortir de leur conditionnement pour prendre conscience de ce dont aujourd’hui, grâce au travail de dévoilement accompli par des femmes, nous prenons clairement conscience. Incapables de se défaire de ce linge si sale qu’on se glorifiait, en France, de garder en famille (ou même de vanter internationalement, comme pour Macron et sa prof), ce linge si sale qui leur colle à la peau à force de ne l’avoir jamais ni changé ni lavé, ce linge sale qui se confond avec leur peau, leurs yeux qu’ils sont incapables de dessiller.

Matzneff. Ce n’est pas un nom isolé. Loin de là. Les mafieux sont les gens les moins isolés du monde. Citons parmi eux, par exemple, Sartre (qui se vanta aussi d’avoir dépucelé une jeune adolescente à l’hôtel, vite fait, avec beaucoup de dégoût, selon sa manière habituelle). Beauvoir (qui abusa de maintes jeunes filles, pour son propre compte ou pour les livrer à Sartre). Ou, encore de ce monde, les réseaux de BHL et parmi leurs loupiotes rouges Moix ou Angot (31-12-19 : retournage de veste, Angot après avoir, comme Moix, défendu publiquement Matzneff, lui fait maintenant la leçon dans Le Monde, toute honte bue, perpétuant l’entresoi et la lâcheté de cette clique), ceux de Sollers, éditeur de Matzneff, avec sa commère Savigneau (qui continue à soutenir Matzneff) et des dizaines d’autres plumitifs de l’édition et des médias.

Finalement Matzneff est pitoyable. Pitoyable de n’avoir pas été capable d’autre chose que de violer des enfants. Pitoyable de se prendre pour un bon écrivain alors qu’il ne l’est pas. Pitoyable de se croire digne et persécuté alors qu’il est ignoble et persécuteur de petits. Pitoyable de croire qu’il a été aimé, alors qu’il n’a évidemment pu susciter qu’une illusion d’amour. Pitoyable. Et ses complices avec lui. Leur effondrement continue. Très bonne année ! Ce n’est pas un souhait mais un constat, sur l’année qui vient de passer. Et qui annonce une nouvelle bonne année, de nouvelles bonnes années, à faire et voir tomber le vieux monde infect.

*

Dystopie « en marche » : l’histoire visible et l’histoire (pour l’instant) invisible

band-min
Aujourd'hui à Paris, photo Alina Reyes

Aujourd’hui à Paris, photo Alina Reyes

*

Depuis Macron, c’est le bordel. Gilets jaunes, manifestations, grèves… La vie se défend contre les ambitions délirantes de cet homme élu par pirouette, inconnu des Français, qui constatent avec effarement ses manipulations grossières.

La Miviludes, qui faisait un travail salutaire de surveillance des sectes, va être placardisée. M.Macron ne veut pas qu’on fasse d’histoires aux sectes complices de la macronie, qui a elle-même de plus en plus les caractéristiques d’une secte.

M.Macron n’ayant pu, comme il le souhaitait d’abord, se servir de la littérature pour se sembler grand, tente maintenant, faute de littérature, de se servir de l’Histoire pour faire du pays une dystopie qui puisse concurrencer 1984, Le meilleur des mondes et autres La Caverne. Un lieu de cauchemar où la police mutile et tue en toute impunité, où l’on meurt dans les couloirs des hôpitaux, où l’école est chargée de faire des enfants de futurs esclaves, où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, où les puissants échappent à la loi pour être toujours plus au service des puissances de l’argent, où les féminicides augmentent dans l’inertie des pouvoirs publics, où les fascismes reprennent du poil de la bête, caressée dans le sens de ce même poil par le président, où la vieillesse aggrave toujours plus les inégalités, où les libertés sont chaque jour combattues par ceux qui sont censés les garantir, où les méfaits de l’étatisme renforcent ceux du libéralisme, où la parole, enfin, est constamment le lieu d’une inversion de la vérité. Telle est la vengeance sur la littérature et sur l’humanité d’un homme que la Littérature a rejeté parce qu’il manquait de vérité.

Lui et ses semblables apprendront que l’Histoire, cette littérature, ne se laisse pas davantage posséder que la Littérature. La vraie vie, elle seule, est puissante.

*

Déchirer l’écran

rectangle blanc-min
Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

Ces jours-ci au Jardin des Plantes, photo Alina Reyes

*

Je lis les infos et je n’ai plus envie de commenter. Je vois tomber des icônes dont j’avais dénoncé la fausseté quand elles étaient idolâtrées. Je vois advenir des iniquités, des restrictions de liberté, des haines sans retenue, dont je prévenais depuis longtemps. Je vois le résultat de mécanismes que j’avais repérés. Cassandre, un job qui ne paie pas mais se paie. Cher. Raison pour laquelle beaucoup ne le pratiquent que masqués. Ainsi prolifèrent les annonces de mauvais augure. D’après un poète mort, là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. Pas toujours, pauvre Hölderlin. Les assassins s’imaginent que tes vers justifient leurs crimes. Où croît le péril croît aussi ce qui tue. Je ne suis pas collapsologue, simplement étudiante et voyante, comme tous les poètes – même s’ils n’ont pas toujours complètement « raison ». Au moins assument-ils leur parole : déchirant ainsi l’écran entre l’humanité et elle-même.

*

Retraites

pension-retraite
Je n'ai pas trouvé le nom de l'auteur de cette photographie d'un merveilleux Mapuche

Je n’ai pas trouvé le nom de l’auteur de cette photographie d’un merveilleux Mapuche

*

Ce 5 décembre sera aussi l’anniversaire de naissance de mon père, mort après s’être usé la santé toute sa vie depuis l’enfance sur des chantiers puis avoir vécu d’une toute petite retraite – mais toujours en faisant du sport et de la musique. Il y a encore beaucoup de personnes qui ont travaillé dur et qui n’ont ou n’auront qu’une minuscule retraite. Ne serait-il pas juste, à ce stade de la vie, d’établir un peu plus d’égalité entre les gens ?

Certains privilégiés, CSP+ comme on dit, notamment à gauche, protestent à l’idée de voir bientôt baisser significativement des retraites qui sont actuellement d’au moins 3 ou 4000 euros. Je trouve pour ma part de telles sommes énormes. Pourquoi une partie de la population aurait-elle le droit de se faire entretenir pendant des décennies par les jeunes actifs à un tel niveau, alors qu’une autre partie doit se contenter de quelques centaines d’euros ? Ils ont cotisé ? Et alors ? Qu’ils demandent plutôt à moins cotiser. Parce que certains ont eu des salaires confortables, ils mériteraient une meilleure vieillesse que ceux qui ont travaillé, souvent aussi dur qu’eux, pour de maigres salaires ?

Je soutiens ceux qui vont faire grève pour des retraites décentes, pas ceux qui vont faire grève pour maintenir leurs privilèges. Personnellement j’aurai sans doute aussi une toute petite retraite, bien que j’aie travaillé toute ma vie (j’ai tous les trimestres nécessaires et j’ai cotisé à une dizaine de caisses différentes), et je préfère ça plutôt que d’être entretenue par les jeunes à hauteur de plusieurs milliers d’euros par mois pendant une trentaine d’années. Nous sommes un pays de plus en plus vieux, et les études montrent que les retraités ont en moyenne un meilleur niveau de vie que les actifs. Ce n’est pas normal. Les jeunes adultes ont besoin de plus de moyens que les vieux pour fonder une famille, s’équiper, sortir, voyager, découvrir la vie et en profiter.

Pour plus de justice, il faut abolir les privilèges, à commencer par ceux des riches, des responsables politiques et des hauts fonctionnaires, qui sont de loin les plus iniques. Commencer par abolir ces énormes privilèges serait un premier excellent signal, à l’inverse de toute la politique actuelle. Mais il faut aussi plus de partage entre les générations, entre les hommes et les femmes, et entre les classes sociales.

Ce n’est certes pas le macronisme qui réalisera un tel objectif. Mais s’il faut se battre, il faut le faire de façon cohérente. La vraie justice, ce serait de diminuer considérablement l’écart entre les différentes retraites, en augmentant les unes et en baissant les autres (et en revalorisant les petits salaires par la même occasion). Le système actuel ne fait qu’entretenir ou aggraver les inégalités, et le projet de réforme n’y changera rien. Ceux qui ont gagné très confortablement leur vie, qui ont pu ainsi acheter des maisons (et n’ont plus de loyer à payer, contrairement à la plupart des pauvres) et faire des économies, continuent à la retraite d’accroître leur patrimoine et leur capital. Cela ne devrait pas être, une fois qu’on a cessé de travailler. La bourgeoisie est égoïste, elle peut avoir de grands idéaux mais elle est incapable de les vivre ne serait-ce qu’un peu. Elle le prouve, son idéal véritable, au final, c’est l’argent. La sagesse est pourtant un bien meilleur remède contre le naufrage de la vieillesse.

*

OK boomers et OK bobos

ok boomer-min

 

Je les appelais « vieux de la caste » et j’invitais les jeunes à reconnaître et rejeter leur domination, dans un roman prophétique. Douze ans plus tard nous y sommes : eux les appellent boomers et ils ont raison.

Screenshot_2019-12-02 Twitter Publish-min

Il y a aussi – parfois ce sont les mêmes – de jeunes bobos écolos qui ne se rendent pas compte qu’ils agissent comme leurs pères en voulant imposer leur loi à d’autres qui, souvent moins privilégiés qu’eux, aimeraient pouvoir profiter des moments où ils peuvent acheter moins cher ce qu’autrement ils n’ont pas les moyens d’acheter. Les pauvres de toute façon ont une empreinte carbone moindre que les écolos qui voyagent et vivent confortablement. Cette séquence assez obscène où des bourgeois blancs empêchent un prolo issu de l’immigration de circuler librement donne le sentiment que ces militants devraient sérieusement approfondir leur pensée, s’ils ne veulent devenir les prochains vieux de la caste.

« Sais-tu ce que je vois ? Je vois que ce pays ressemble à un vieil homme qui a passé sa vie à jouir et abuser de son pouvoir et qui, déclinant, se masque pour mendier la compassion de la jeunesse, l’absolution de la jeunesse, avec laquelle il se comporte pourtant comme il l’a toujours fait : mentir, utiliser les autres, les flatter pour mieux les renier, les anéantir et leur faire porter le poids de l’enfer qu’il mérite lui-même.

Ce pays vampirise sa jeunesse, ne la caresse que pour la maltraiter, lui interdire l’avenir. Vous êtes dans son même sac d’ogre, jeunes cadres, jeunes chômeurs, jeunes intellectuels et jeunes voyous. Vous payez aux vieux de la caste des décennies de retraite souvent plus confortables que vos salaires et tout ce qu’il y avait à prendre dans ce pays, ils l’ont pris.

L’art, la littérature, ils les ont pris et saccagés.

Les idéaux, la foi et l’innocence, idem.

L’amour, l’amour érotique, l’amour des enfants, l’amitié sans calcul, idem.

La nature, la beauté.

La politique.

Le travail.

Les médias.

Ils se sont servis, et alliés dans le crime à un point que nulle société avant n’avait atteint.

Et ceux qui aujourd’hui parviennent à sortir la tête de l’eau en leur riant au nez, de leur barque pourrie les vieux ogres ne leur tendent la main que pour pouvoir, une fois récupérés, les faire bouillir et les bouffer aussi. N’ayant d’autre ambition que de se nourrir et de vivre encore, encore un peu plus longtemps et même au-delà : continuer à ne pas laisser la place, une fois morts.

Pourtant, pourtant, c’est vous qui êtes jeunes, et puissants si vous les rejetez. Et ils seront bel et bien vaincus. »

extrait de mon roman Forêt profonde (2007)

*

Charlie Hebdo, l’esprit des planqués

planqués

 

En pantoufles à leur table, ils se moquent de ceux qui risquent leur vie et la perdent.

Ils se sont moqués des musulmans tués par les islamistes avec, notamment, leur dessin « le Coran n’arrête pas les balles » (avant d’apprendre malheureusement que leur journal non plus).

Ils se sont moqués d’un tout-petit enfant, Aylan, mort noyé avec des réfugiés.

Ils se moquent maintenant des treize soldats morts au Mali.

La lâcheté du bourgeois endurci de nulle part, sinon du cœur, révulse. Elle prépare et encourage toute une partie de la population à vivre sans honneur.

À vivre sans honneur, on met en péril la vie de tous, on pollue la société, on détruit tout esprit de fraternité, on se comporte en parasites de ceux qui agissent pour le bien et la sauvegarde de tous : on est une plaie dans un pays en paix, une ignominie dans un pays en guerre.

*

Black Friday & Bikini

bikini

 

Après avoir écumé en vain les boutiques, j’ai fini par commander un maillot de bains en ligne. Quasi impossible de trouver à Paris en hiver un choix raisonnable de maillots deux-pièces pour la plage. « C’est plus la saison », on me répond. Serai-je donc la seule, parmi des millions de Parisiennes, à voyager où il fait chaud ? C’est ainsi chaque fois que je commande des produits en ligne. Je commence par les chercher dans les magasins, et quand ils ne s’y trouvent pas, je les trouve aisément sur Internet, et avec beaucoup plus de choix. Ceux qui sont contre tout ce qui est moderne et pratique sont fatigants, à la longue. Je récupère beaucoup, je consomme peu, mais enfin il faut bien vivre. C’est en vivant qu’on sauve la vie.

Je resterais bien nue sur la plage, c’est ce que je préfère et de très loin, mais sur les îles encore catholiques où j’ai l’intention d’aller ça ne se fait pas du tout donc je respecte les coutumes du pays. Je ferai mon yoga en bikini sur le sable face à l’océan, inch’Allah.

*

En dernier lieu mon travail, ma justice

foret-profonde

 

J’étais en avance sur #MeToo en publiant en 2007 mon roman Forêt profonde. Le monde des hommes n’aime pas que quelqu’un, et a fortiori quelqu’une d’entre eux, soit en avance. Le milieu littéraire s’est retourné contre moi – journalistes, éditeurs etc. -, les femmes autant que les hommes. Il faudra sans doute encore du temps pour combler l’avance, et alors ce roman pourra éclairer sur les phénomènes d’emprise, de manipulation, de violence.

C’est que je mouille ma chemise pour écrire, je ne me contente pas comme nombre de mes petit·e·s collègues de raconter ce qu’on m’a raconté, ce qui est arrivé aux autres, ce dont on parle. J’y vais, j’y plonge, j’expérimente, je prends connaissance de la question par tout mon corps et âme, pour mettre en forme et délivrer ce que j’ai ainsi appris, non pas en surface, mais profondément. Déjà, en 1999, mon roman Lilith contait la vengeance d’une femme puissante sur les hommes abuseurs, sur le patriarcat, sur les figures médiatiques et trompeuses. Et mon tout premier roman, Le boucher, en 1988, disait comment se relever de la mort.

Ce que les générations contemporaines ne peuvent voir, ne peuvent lire, les générations à venir le verront, le liront. Je suis heureuse du travail, des livres chauds comme pains sortis du four, que j’ai servis, que je sers et servirai.

*