Macron et en même temps Benalla : ça ne va pas

macron benalla

22-7-2018
On apprend que Benalla pilotait un projet de services secrets pour l’Élysée. Macron lui avait donné les moyens d’écouter toutes les communications du GSPR, et il était question de lui donner, pour ces services spéciaux, la salle qui avant que Macron ne la ferme, ne voulant plus de journalistes au palais, avait été la salle de presse de l’Elysée. Difficile de faire symbole plus éclatant de la confiscation de l’information, du pouvoir, de la démocratie.
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L’examen de la révision constitutionnelle suspendu jusqu’à nouvel ordre. Cette affaire devrait faire réfléchir d’autant plus avant de donner ses chances à une constitution qui renforcerait les pouvoirs du président de la République. Népotisme, abus en tous genres, la porte ouverte à un régime dictatorial où des barbouzes pourraient se voir propulsés aux plus hautes fonctions, court-circuitant les institutions. C’est exactement ce que Macron était en train de faire. Les aventuriers de son genre sont dangereux en politique. Il est salutaire que la presse se réveille, étonnant qu’elle ait accepté si longtemps tant de signaux de communication alarmants, tels Jupiter ou Versailles (y compris, Macron le dit, le Versailles de Thiers), symboles d’arriviste et de parvenu grisé par le pouvoir au point de perdre tout discernement et de se croire tout permis, comme si notre pays n’était pas une démocratie de longue date.
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Actualisations du 21-7-2018
Je reposte ce tweet, sans commentaire :


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Nouvelle révélation qui a provoqué une suspension de séance à l’Assemblée : Benalla avait un badge d’accès du plus haut niveau à l’Assemblée nationale, où normalement il n’a rien à faire. Le droit et la démocratie sont constamment bafoués dans cette affaire de fous.

 
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Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l'agriculture le 24 mars 2018. — WITT/SIPA Emmanuel Macron et Alexandre Benalla au salon de l’agriculture le 24 mars 2018. — WITT/SIPA[/caption]
Ce que les médias ne disent pas en paroles, ils le disent en images. Alors qu’on ne pouvait quasiment pas voir une image d’Emmanuel Macron sans Brigitte Macron, maintenant, avec Emmanuel Macron, c’est Alexandre Benalla qu’on voit, partout, tout le temps, (jusqu’à ces tout derniers jours, lors du 14 juillet mais aussi lors d’une sortie à Giverny, quoique l’Élysée ait menti en prétendant que Benalla ne sortait plus du palais). En fait il était là mais on ne le voyait pas parce que Brigitte Macron faisait écran. Maintenant les médias montrent que l’affaire Benalla est en fait l’affaire Macron. Que le responsable direct et très impliqué est Macron. Puis, par certaines images de regards humides ou comme celle-ci, sur 20 minutes ce matin, où apparaît la deuxième alliance de Macron, son alliance de la main droite (son fameux « en même temps »), que le problème prend sa source dans la relation étroite, trop étroite, entre les deux hommes. Trop étroite au sens où elle confère au garde du corps des privilèges complètement exorbitants et antidémocratiques. Que François Mitterrand ait logé Anne et Mazarine Pingeot aux frais du contribuable là où Macron a maintenant logé Benalla suggère un parallèle en forme de vieux secret des familles bien moisi. Mais Mme Pingeot, autant qu’on sache, ne disposait pas en plus d’un salaire de 10 000 euros par mois, d’une voiture de police suréquipée, d’armes, d’avancements inouïs dans la hiérarchie, etc., et ne se permettait pas de tabasser les journalistes ou les jeunes dans la rue. Macron devrait partir.
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J’actualise cette note chaque fois que je trouve un témoignage qui vaut d’être connu.

Le jeune homme à terre reçoit des coups de pied dans le ventre, se fait écraser la main
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« il lui met un coup de poing dans la nuque »
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Comme si c’était d’hier, je me souviens du soir du 1er mai où S., rentrant de répétition, m’a montré, écœuré et en colère, la vidéo qu’il venait de découvrir sur fb du tabassage place de la Contrescarpe. Lui-même, pacifique, depuis le lycée a été plus d’une fois violenté sans mesure par des flics pour être intervenu alors qu’ils violentaient une jeune femme. Cela lui est arrivé avant-hier encore. Cela m’a beaucoup peinée.

Il faut juste ARRÊTER ça. Il est grave que la police tabasse les jeunes, les gens. Il est gravissime que des gens qui ne sont pas de la police, comme Benalla, le privilégié façon république bananière, puissent violenter impunément les citoyens, journalistes, manifestants ou autres. Macron affiche sa loi du fric, par laquelle on se permet tout, on violente la démocratie. Cette affaire est malheureusement aussi significative que celle du vieux prêtre qui gifla un bébé qu’il devait baptiser.

La République me rappelle l’église catholique, ses abus, ses violences sur les gens, sur les jeunes en particulier, et son incapacité à les admettre, à voir leur gravité et à en sortir. Mais à force d’abus, que reste-t-il de l’église catholique ? Peut-être Macron et Benalla abusent-ils parce qu’ils ont été eux aussi abusés, d’une façon ou d’une autre. Quoi qu’il en soit, ce n’est évidemment pas une raison. Il faut arrêter le cercle vicieux, mortel. Le Monde et les médias qui couvrent l’affaire font œuvre salutaire pour la République et pour la démocratie.

 

Emmanuel Macron le jour de sa profession de foi (il a été élève dans une institution jésuite)

 Emmanuel Macron le jour de sa profession de foi (il a été élève dans une institution jésuite)

 

Salle de réveil. Champions du monde !

Entendons « champions du monde » pas seulement comme « les plus forts du moment » mais surtout au sens chevaleresque : champions au service du monde, équipe de génies au service du monde. Admiration et joie.

La première chose que j’ai vue l’autre jour en ouvrant les yeux après l’anesthésie, ce fut le visage d’une infirmière peint aux couleurs de l’équipe de France. Au service de la vie.

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Simone Veil, Redoine Faïd et les enfants de Saint-Flour

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L’une est enterrée avec les honneurs des pouvoirs politiques et médiatiques, l’autre se fait la belle par les airs en niquant toute la geôlerie. Et le président de la République a beau faire une fois de plus le Pinocchio en prétendant que l’entrée de Simone Veil au Panthéon est la décision de tous les Français, comme s’il avait organisé un référendum auquel, dans un cauchemar de dictature, nous aurions tous répondu d’une seule voix, et les médias ont eu beau couvrir vastement la panthéonisation, l’évasion de Redoine Faïd pour ainsi dire les déplombe, les fait rêver.

J’ignore ce qu’a fait d’extraordinaire Simone Veil, femme courageuse sans doute mais dont je ne vois pas l’œuvre. Bien d’autres pays ont légalisé l’avortement sans en faire tout un fromage – idem pour le mariage homosexuel, ailleurs on n’a pas eu besoin de se mettre à idolâtrer l’affaire et la personne qui a fait son job en la faisant voter, Christiane Taubira en l’occurrence. Veut-on en France attacher absolument les femmes aux questions de ménagères, avortement, mariage, procréation, adoption…? Pour ma part, je m’en fais la belle, comme du reste.

Des enfants de Saint-Flour, collégiens et écoliers, ont travaillé avec un poète. Après avoir écrit et illustré des haïkus, ils les ont distribués en ville. Merci à eux, au poète et à La Montagne pour cette belle, légère et vivante actualité.

Mes PostIt de ces derniers jours (avant d’avoir passé samedi et dimanche sans bouger de ma table de cinq heures du matin à onze heures du soir, à travailler aux derniers détails de ma thèse belle comme le monde – et ce n’est pas fini, comprenne qui entend) :

 

postit 40 postit 39

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postit 41à Paris ces jours-ci, PostIt et photos Alina Reyes

J’ai écrit le dernier PostIt dans la rue, en voyant ce tag de MissTic disant « Ce qui nous crève les yeux nous rend aveugle ». Je prépare mes PostIt à la maison, mais j’en ai aussi quelques-uns non écrits dans mon sac, avec, toujours, un stylo, pour les cas où tel ou tel lieu appelle une parole particulière à l’improviste.

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Banksy, Street Art, attentats positifs

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« Banksy revendique les œuvres réalisées à Paris », titrent les médias. Selon la même formule trop connue : « Daech revendique… » Et après tout le Street Art est aussi un attentat (dont j’étais soupçonnée, je le disais ici), non pas au sens premier de « tentative criminelle contre une personne » (comme il s’en produit tant, dans l’ombre et sans revendication) mais au sens figuré et littéraire d’ « acte qui heurte un principe, qui attaque quelque chose ». Le Street Art, comme tout art, attaque la somnolence des esprits, attaque le mensonge, attaque le crime. Pas nécessairement en étant un art engagé, comme l’est avec force celui de Banksy, mais surtout, qu’il soit engagé ou dégagé (le dégagement étant une autre forme de combat), en étant un art puissant, un art vivant, plus fort que le crime et la mort. L’esprit d’enfance, plus fort que le rassis de la puérilité.

Pour ma part, je continue à photographier le Street Art au fil de mes déplacements à pied dans la ville, et à appliquer çà et là mes PostIt. Je donnerai de nouvelles images de mes PostIt une prochaine fois, pour l’instant voici les œuvres vues hier dans les rues, par cette grande belle journée d’été (en attendant aussi de revenir au puissant Melmoth the Wanderer) :

 

biboule

duchamp

disco

alex

afp

street art

graf porte rouge

street art,hier à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Melmoth. Voir à travers les corps

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à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

à Paris ces jours-ci, photo Alina Reyes

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Difficile de lâcher Melmoth quand on le lit, et même quand on le relit vingt ans après. Le livre n’a fait que prendre en force, durant ce temps. Aussitôt relevée du TEP Scan, dans la salle de quarantaine, je l’ai rouvert. Des tâches bleues se mouvaient sur les pages. Il m’a plu d’attribuer le phénomène à la radioactivité dont j’étais imprimée, d’y voir la marque de ma capacité à lire à travers le corps des textes. J’aime les expériences, avec mon corps comme avec mon esprit, et le corps prend toujours le relais, c’est fantastique.

mon PostIt appliqué ici il y a deux semaines s'y trouve toujours

mon PostIt appliqué ici il y a deux semaines s’y trouve toujours

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J’ai commencé à en parler avant-hier, avec des passages très drôles sur la vie et la mort du père Olavida. Le livre, avec ses histoires dans l’histoire aussi labyrinthique que la Pitié-Salpêtrière, constitue une virulente critique de l’église catholique et du catholicisme. D’où son actualité : si l’église aujourd’hui ne signifie plus grand-chose, à part la pédophilie et les violences envers les enfants qui ressortent de temps en temps de façon spectaculaire comme avec la vidéo de ce vieux prêtre digne du roman de Maturin giflant un bébé qu’il doit baptiser et écrasant sa tête en lui criant dessus (ce que le directeur de l’hebdomaire catholique La Vie, dans un éditorial, trouve insignifiant, alors que c’est au contraire parfaitement emblématique – et le fait qu’il trouve cela insignifiant le prouve doublement), si donc en tant que telle l’église se réduit à peau de chagrin sous nos yeux comme si nous étions en train de lire le conte éponyme de Balzac, il en reste cependant quelque chose, il en reste tout ce qui est décrit dans Melmoth : peut-être encore dans les quelques couvents que l’on maintient tant bien que mal souvent à grands renforts de religieuses importées notamment d’Afrique et employées à quelques corvées entre deux temps de prière, mais surtout dans la société civile, laïque, « athée » : car l’athéisme revendiqué n’est qu’une adhésion à ce catholicisme dont Maturin montre bien qu’il est de fait athée, qu’il est en fait une machine à opprimer. C’est aujourd’hui dans la société civile que cet aspect du catholicisme a métastasé, porté par le corps bourgeois qui depuis la fin du christianisme spirituel, à partir de la Renaissance a transformé cette spiritualité en mécanique sociale de domination, de consommation, de communication, de bêtise, mécanique qui semble atteindre son sommet ultrapollué aujourd’hui dans les embrassades de papes et de chefs d’État, dans l’idolâtrie généralisée, organisée, impunément criminelle.

Voici les passages que j’ai notés hier dans mon carnet au fur et à mesure de ma lecture :

« La curiosité ressemble, à quelques égards, à l’amour, qui fait toujours capituler l’objet avec le sentiment : pourvu que celui-ci ait une énergie suffisante, il importe peu que l’autre soit nul ou méprisable. » [J’ai écrit à peu près la même chose dans Forêt profonde]

… tout le monde étant l’ennemi d’un homme de génie…

… les hurlements sauvages de l’ouragan et ses triomphants ravages.

Dieu nous préserve, ajouta-t-elle en se baissant pour parler dans la cheminée comme si elle avait voulu adresser la parole à cette âme inquiète.

On donne conseil aux malheureux, et quand son malheur est au comble, on se console par l’idée de l’avoir prédit.

Malgré ma jeunesse je m’étonnai de ce que des hommes pussent chercher le repos dans une retraite d’où ils ne savaient pas bannir leurs passions.

C’était du moins un laïque. Il se pouvait qu’il eût un cœur.

… mon invincible répugnance.
À ces mots, ils m’interrompirent tous en répétant mes dernières paroles.
– Répugnance ! invincible ! Est-ce pour cela que nous vous avons admis en notre présence ? N’avons-nous supporté si longtemps votre opiniâtreté que pour que vous aggraviez encore votre faute ?
– Oui, mon père, oui, sans doute. Si l’on ne me permet point de parler, pourquoi m’a-t-on amené ici ?
– Parce que nous espérions être témoins de votre soumission.

Ils s’engagèrent mutuellement à m’épier avec le plus grand soin ; c’est-à-dire à me harasser, à me persécuter, à me tourmenter (…) J’en riais intérieurement. Je me disais : « Pauvres êtres pervertis, quel mal vous vous donnez pour échapper, par cette feinte agitation et ces inventions dramatiques, au vide désespérant de votre misérable existence. »

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Comme on le voit, les outils, notamment de surveillance, changent, mais les méthodes, la scélératesse, restent les mêmes, transportées dans la société civile.

à suivre

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« J’ai couru et j’ai regardé les solutions pour le sauver » Mamoudou Gassama

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Son geste rappelle celui d’Arnaud Beltrame, celui de Lassana Bathily. Dévouement spontané, don de soi plus fort que soi, réactivité, puissance mentale décuplée, puissance de vie l’emportant immédiatement sur la mort.

Comment le comprendre ? L’héroïsme fleurit dans le danger. Dieu merci, nous sommes assez peu exposés au risque de mort imminente dans nos sociétés. En fait il est partout, mais par un miracle d’équilibre qu’il faut constamment soutenir par le politique au sens noble du terme, par le civisme, la conscience du bien commun, il est largement neutralisé dans la vie quotidienne. Pourtant la plupart d’entre nous ont connu des moments de danger, qu’ils viennent des hommes ou qu’ils viennent de la nature. Un tremblement de terre, une tempête en mer, un passage périlleux en montagne – notre impuissance et notre fragilité éclatent au grand jour. Il doit en être de même dans des situations de guerre et de terrorisme, où la proximité de la mort se double d’une désespérance face aux forces du mal qui se sont emparées des agresseurs, nos frères. Pourtant les actes d’héroïsme sublime, comme celui de Mamoudou Gassama et de tant d’autres résistants aux forces de mort, en temps de paix comme en temps de guerre, nous rappellent que nous ne sommes pas totalement impuissants face au risque de mort. À condition de lui faire face, justement, et de le traverser comme s’il n’existait pas, en ne voyant que la nécessité de sauver.

De sauver ou plus modestement, d’aider. Avoir à aider, ou à se défendre, voilà des situations que nous sommes tous appelés à connaître, que nous connaissons tous. Un jour, alors que j’étais enceinte de quatre ou cinq mois, j’ai escaladé une grille et je suis montée sur un toit pour sauver un chat ; une autre fois, j’ai pris un taureau par les cornes pour le délivrer d’un filet dans lequel il s’était empêtré… Ce genre d’actes est sans mesure commune avec le geste de risquer sa vie pour sauver une vie humaine, mais ils nous renseignent déjà sur l’état d’esprit dans lequel nous pouvons être face à une urgence. Le geste d’aider spontanément autrui, fût-il un animal, se réalise dans un oubli de tout le reste, comme celui de trouver une parade en cas de danger. J’étais dans le même état d’esprit la nuit où j’ai affronté des voyous qui me suivaient en leur faisant une aimable conversation, le jour où j’ai bataillé avec un voleur jusqu’à lui reprendre ce qu’il m’avait volé, le jour où je me suis interposée face à un drogué surexcité qui très agressivement menaçait tout le monde (et il est parti). Ce sont des moments où le corps et l’esprit, en état d’éveil maximum, sont absolument accordés dans l’action. L’action est alors une réaction ; et il arrive malheureusement qu’elle ne se produise pas, si nous sommes trop endormis.

Il nous faut donc, pour lutter contre les forces morbides, qu’elles soient physiques, intellectuelles ou morales, demeurer en éveil, vivre en éveil. Les migrant·e·s savent ce qu’il en est. Ce sont des gens du déplacement, du risque. Si les humains ne se déplaçaient plus, si une partie des humains n’accomplissaient pas ce devoir de se déplacer, ce qu’ils font depuis la nuit des temps, l’humanité mourrait. Les déplacements des riches ne comptent pas, car quoi qu’ils fassent, les riches vivent dans le confort – pour ainsi dire ils ne vivent quasiment pas, ils dorment. L’argent tue l’humanité, la précarité la sauve.

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Journée portes ouvertes à l’APHP : psychiatrie et thérapeutiques innovantes à la Salpêtrière

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la forceLa cour du bâtiment de la Force où furent violées et sauvagement massacrées des dizaines de femmes par des révolutionnaires avinés, lors des massacres de septembre 1792

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Le Pr Philippe Fossati, qui nous a reçu·e·s, a commencé par espérer que nous ne nous étions pas perdu·e·s dans le dédale de cet immense hôpital (le plus grand d’Europe avec la Charité à Berlin), où l’on se perd couramment. Il nous a dit que nous étions ici dans le plus gros service de psychiatrie des hôpitaux de Paris, et qu’il avait obtenu le label qualité pour son accueil, notamment. Il a rappelé que la Pitié-Salpêtrière a une double mission de soins et de recherche, qu’elle est à la fois un hôpital et une faculté de médecine (rattachée à Sorbonne Universités).

En psychiatrie, les principaux domaines de soin et de recherche sont ici la dépression (les troubles bipolaires, etc.) et les troubles anxieux (comme les fameux TOC, troubles obsessionnels compulsifs). Trois cents millions de personnes sont affectées de dépression dans le monde – contre par exemple beaucoup moins – quarante millions – d’Alzheimer, dont on parle davantage. La Salpêtrière a initié un traitement innovant par électrostimulation (Stimulation magnétique Trans Crânienne), assistée par la neuroimagerie. Et comme au bon vieux temps de Charcot, nous avons eu droit à une et même deux démonstrations. Sauf qu’il y a un net et considérable progrès depuis les mises en scène de Charcot qui instrumentalisait femmes et pauvres : aujourd’hui c’est le grand professeur qui se soumet lui-même à la démonstration. Le Pr Bruno Millet s’est assis dans le fauteuil des patient·e·s et une infirmière lui a fait subir le traitement (à peu près indolore), lui envoyant un champ électromagnétique dans le cortex préfontal gauche (censé être plus concerné par la dépression, mais le Pr Millet pense que le droit peut être concerné tout autant) après avoir réalisé une sorte de GPS de son cerveau. Le traitement a paraît-il une bonne efficacité, il est d’un rapport efficacité/tolérance excellent mais il n’est pas encore reconnu par la sécurité sociale. Beaucoup moins lourd en tout cas que le traitement par électrochocs, encore pratiqué dans certains cas, après anesthésie générale. Je pensais au pauvre Artaud, qui les subit dans des conditions et une époque terribles.

La réalité virtuelle est aussi ici une autre thérapeutique des pathologies anxieuses. Par exemple, un phobique du métro, ou des aéroports, pourra s’entraîner, son casque sur les yeux, à y évoluer en réalité virtuelle, un phobique de la conduite pourra passer dix heures au volant, en dix séances, sur un simulateur de conduite, etc.

Il a été question aussi du protocole « Paris Mem », mis en place après les attentats de novembre 2015 pour soigner les patients souffrant de stress post-traumatique. Il s’agit, nous a expliqué une jeune Docteure dont malheureusement je n’ai pu entendre le nom (nous étions à ce moment un peu bousculés, le groupe de visiteurs suivant étant près d’arriver), de bloquer la charge émotionnelle du souvenir traumatisant par association d’un traitement médicamenteux (propranolol) et l’exposition en imagination à l’événement (lecture d’un récit traumatique). J’ai pensé qu’en associant écriture et lecture, on pourrait peut-être éviter la pharmacologie, à condition de bien le faire.

Enfin le Dr Yves Edel a retracé l’histoire très intéressante du bâtiment de la Force, une longue histoire de la souffrance dont j’ai déjà parlé dans ce blog (cf mot-clé Pitié-Salpêtrière) – et dont je parle aussi dans ma thèse. Une prison de femmes enchaînées au sein d’une autre prison, l' »Hôpital-Général des Enfermez ». Les riches (envoyées là par lettre de cachet sur demande de leur famille qui leur reprochaient leur conduite « immorale ») avaient droit au laudanum, mélange de vin et d’opium, les pauvres aux chaînes en fer. Vraisemblablement, a-t-il ajouté, il y a un charnier à cet endroit – il arrive que lors de petits travaux on trouve des ossements. Voilà des archives criantes, non ?

L’Histoire est passionnante, la médecine aussi.

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allee de la hauteuraujourd’hui à la Pitié-Salpêtrière, photos Alina Reyes

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Manifestation d’étudiants à Paris, en 22 photos et un petit récit

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En marchant j’ai aperçu dans une rue perpendiculaire une armada de camions de police, alors je suis allée voir ce qui se passait. Une manif de quelques centaines d’étudiants arrivait de la Sorbonne, encadrée par un dispositif policier légèrement démesuré. Je l’ai rejointe et accompagnée jusqu’à la place Monge, toujours dans le Quartier Latin. (Voir le petit récit à mesure du reportage)

 

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manif etudiants 12Tiens, la responsable de l’Unef dont on a fait un fromage parce qu’elle est voilée est là

manif etudiants 13La police aussi – elle fait un peu peur aux passants. Quand les étudiants ont essayé de partir en manif sauvage en empruntant une petite rue de côté, les gros balourds se sont mis à leur courir après et les ont ramenés dans le droit chemin, celui qui était encadré par leur armada

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manif etudiants 15Finalement tout le monde est arrivé sous les arbres, place Monge

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manif etudiants 19Des appels à recommencer l’occupation de Nanterre ont été lancés, et une partie des manifestants s’est engouffrée dans le métro, peut-être pour y aller tout de suite ?

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D’autres sont restés là encore un moment

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Avec le camion de la CGT qui vendait son coca

manif etudiants 22cet après-midi à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Tags, fresques, affiches à la fac de Tolbiac, après évacuation et avant effaçage

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La dernière fois que j’y suis passée, c’était juste après l’évacuation, le secteur était bouclé, la police empêchait d’approcher, j’avais seulement pu faire quelques photos de loin. Maintenant la fac est toujours fermée, mais les abords en sont libres. Je ne suis pas passée par-dessus les grilles comme je l’avais fait dans les premiers jours de la « Commune libre de Tolbiac » (pour aller animer un atelier d’écriture) mais j’ai bien fait le tour et j’ai photographié tout ce que j’ai pu voir (quoique les gardiens aient gentiment essayé de me faire croire que c’était interdit). Voici donc les images, des témoignages, des traces de ce qui fut – comme des archives du futur. Ce serait bien si les plus belles des fresques pouvaient ne pas être effacées.

 

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En face, de l’autre côté de la rue de Tolbiac, l’École supérieure de journalisme et les tours d’habitation. J’ai aussi une formation de journaliste, c’est en partie pourquoi j’aime bien aller voir ce qui se passe !

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tolbiac 18aujourd’hui à Paris 13e, photos Alina Reyes

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