La faute du musée de Cluny

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Comme je passais devant le musée de Cluny, j’y suis entrée, voir si, puisqu’il est en travaux, on n’y aurait pas renoncé à la dernière mauvaise mise en scène de la Dame à la licorne. Las ! Les six tapisseries sont toujours confinées dans une petite salle sombre desservie par un couloir orné d’une citation de Yannick Haenel – lapalissade écrite dans son style mou et niais, sa prose à la Ségolène Royal, sa poésie à la Christiane Taubira, et qui plus est ornée d’une grosse faute d’orthographe, de celles qui signalent le défaut de pensée profonde.

J’ai repris ma promenade, en dirigeant mes pas vers la mosquée, où aller me laver du verbe merdeux de l’entreprise Sollers &co. Le musée de Cluny ferait mieux de respecter ses collections, qui sont le bien de toutes et tous, et non celui de quelques faussaires aux bras longs comme ceux des singes.

 

paris 5e 3-minaujourd’hui à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Chazal, Claudel, les féminicides. Et choses vues du jour

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« La pierre est le signe de l’Esprit » Malcolm de Chazal, Le Sang et la Pierre (inédit)

Après avoir envoyé ses livres à Paul Claudel, le doux mystique Malcolm de Chazal, auteur admiré de Breton et de bien d’autres connaisseurs, reçut en réponse un cinglant et insultant rejet – au motif que lui, Claudel, « catholique romain », n’était pas un « mystique » ni un de ces « mystagogues panthéistes ». En lisant sa sale lettre, j’ai pensé au féminicide dans l’esprit qu’avait commis ce notable, avec la complicité de sa mère et de Rodin, sur Camille Claudel. Les féminicides que signalent chaque jour les journaux ne sont que l’arbre cachant la forêt des multiples formes de violences gravissimes faites aux femmes, dans tous les milieux. J’ai appelé Sad Tod un personnage de mon roman Forêt profonde. Les cinglés de ce genre, qui ont besoin de torturer et tuer les femmes, sont légion. Merci aux femmes qui se mobilisent pour obtenir des pouvoirs politiques des mesures sérieuses contre le fléau des féminicides.

Allons, restons du côté de la vie, voici les choses étranges et colorées vues ce jour par une chaude balade à la gare d’Austerlitz et alentour.

 

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paris austerlitz 5-minAujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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Silence la police française assassine

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street art 23-minCes jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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La civilisation a inventé le meurtre.
C’est par sauvagerie que je ne tue pas.

La civilisation a inventé l’honneur.
C’est par honneur que je ne triche pas.

 

Comme tous les Français, j’ai été éduquée dans l’idée que l’Allemagne nazie avait été notre ennemie. On a dénoncé, à juste titre, les exactions des soldats du Débarquement contre le peuple français. Mais eux ne voyaient pas les Français comme les ennemis des nazis, mais comme les alliés des nazis. Ce qu’ils étaient en réalité, dans les faits : leurs collaborateurs, et souvent plus zélés que nécessaire.

Trop de Français s’aveuglent sur les exactions de leurs gouvernements, aujourd’hui comme sous l’Occupation ou pendant la guerre d’Algérie. La police française tue et mutile. Pour ne parler que des cas les plus récemment connus, Zineb Redouane n’est pas morte par hasard, Steve Maia Caniço n’a pas disparu par hasard. La guerre et la guerre de colonisation continuent à se faire contre une partie du peuple comme elles se firent contre les Juifs et contre les Arabes. Le peuple est le Juif, l’Arabe, le Noir de l’éternelle police dont le macronisme aux dents blanches et à la langue menteuse fait un usage encore plus décomplexé que le hollandisme et le sarkozysme réunis. Et il suffit de voir le nombre de commentaires en ligne justifiant les violences policières pour constater que l’infamie française n’est pas morte.

 

Loving Vincent

van gogh

 

Ils ont mis en vente l’arme avec laquelle Van Gogh a été tué, et quelqu’un l’a achetée. Les traiter de porcs serait insulter les porcs. L’autre putain de milliardaire français qui est encore plus milliardaire est un de leurs princes, encroûté dans ses milliards de merdes comme ils rêvent de l’être, comme le faux souteneur de planète, vrai souteneur de putains dans son genre, voudrait que les jeunes rêvent de l’être : toujours plus morts. Les Obama quittent leur villa de richards en Avignon, que voit-on ? Un défilé de corbillards. La sécurité. Belle sortie en famille.

Ça les arrange, la masse des connards et des connasses de toutes classes, de colporter que Van Gogh était fou et suicidaire. Qu’ils bouffent les vers qui les bouffent avant d’attendre qu’ils soient morts, ça occupera leur bouche.

J’ai regardé ce soir le film Loving Vincent, c’est un beau film et un beau titre, qui peut s’entendre dans tous les sens.

Le Suicidé de la société a vécu vivant, lui. Les autres, les voyeurs, les exhibitionnistes de leur enflure creuse : du bétail à hublots.

 

De quelques subtilités de l’emploi de « seul » adverbial (un peu de philosophie par le style)

grammaire

 

En consultant hier les sujets du bac philo et du bac de français, songeant à mes élèves de l’année dernière qui passent l’un ou l’autre cette année, j’ai été heurtée par la façon dont a été rédigé le premier sujet de l’épreuve de philosophie pour la section Technologique : « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » Mes recherches en ligne sur l’usage de « seul » dans une interrogative de ce type n’ayant rien donné, je livre quelques remarques personnelles sur la question.

L’intention de ce sujet est de demander si ce qui est peut avoir une valeur autre qu’une valeur d’échange. Mais la formulation incertaine de la question risque d’entraîner une confusion de la pensée dans les réponses qui peuvent y être données, comme nous le voyons dans le « corrigé » de Vincent Cespedes proposé dans les médias, qui commence (je n’ai écouté que le début) en portant sur une autre question, qui pourrait être ainsi formulée : « ce qui peut s’échanger a-t-il forcément de la valeur ? »

« Seul » est ici adjectif adverbial antéposé au sujet « ce qui peut s’échanger ». La construction « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » sonne aussi mal que « Uniquement ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » Car « seul » adverbial ne s’emploie pas indifféremment en fonction d’apposition dans une affirmative ou dans une interrogative.

De même que l’on peut dire
« Seule reste cette belle plante » (pour « Il reste seulement cette belle plante »)
et non « Seule reste-t-il cette belle plante ? »
mais « Reste-t-il seulement cette belle plante ? » « Ne reste-t-il plus que cette belle plante ? »

 

ou que l’on peut dire
« Dieu seul le sait » (pour « Il n’y a que Dieu qui le sache », « C’est seulement Dieu qui le sait »)
et non « Dieu seul le sait-il ? »
mais « Qui le sait, sinon Dieu ? » ou « Dieu lui-même le sait-il ? »

 

on peut dire
« Seul ce qui peut s’échanger a de la valeur » (pour « C’est seulement ce qui peut s’échanger qui a de la valeur »)
et non « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? »
mais « Est-ce seulement ce qui peut s’échanger qui a de la valeur ? » ou, plus élégamment « Ce qui peut s’échanger a-t-il seul de la valeur ? » ou  encore « N’y a-t-il que ce qui peut s’échanger qui ait de la valeur ? »

Par ailleurs, si « seul » était employé non comme adverbe mais comme adjectif apposé, c’est-à-dire suivi d’une virgule : « Seul, ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? », la question porterait sur la valeur de ce qui peut s’échanger quand il n’y a pas de possibilité de l’échanger.

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La condition humaine, 3 (silex peint)

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Décidément la mode est au négationnisme. Honte à ceux qui ont commémoré le Débarquement en ignorant les Russes, sans lesquels nous ne parlerions plus français. Start-up nation, nouveau nom de la collaboration. Ô têtes de cons, inutile d’aller vous chercher chez vous : 25 millions de Russes morts à la guerre contre le nazisme vous feront de l’autre côté l’accueil que vous aurez mérité.

Pour se nettoyer, encore, du spectacle de la misère, voici, après la topographie et l’histoire, un silex (11 cm de longueur) qui parle d’amour.

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Comme pour les précédents, j’ai peint le silex enchâssé dans la craie, cette fois en prenant garde à ne pas me couper à l’arête du nez, très tranchante

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une face, l’autre…

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et comme il tient debout, le voici vu du dessus…

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et vu de face :

silex peint 15-minAlina Reyes

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Angot & co, la possibilité du déshonneur. Et pour l’honneur, du Street Art

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Les vendu·e·s volontaires estiment qu’il n’est pas bien terrible d’être vendu. Telle Christine Angot vendant son anticharme à la télé : selon elle, les Noirs déportés et esclavagisés étaient bien nourris (comme elle est bien payée) donc leur esclavage (comme sa servitude) valait bien mieux que d’être menacé de mort. Outre l’ignominie de ce négationnisme, son ignorance crasse des réalités historiques et la bêtise de sa comparaison entre Shoah et esclavage, ses propos révèlent bien le fond de non-pensée de tous ces polichinelles achetés par le système : mieux vaut, pour eux, se vendre qu’être mort médiatiquement.

Angot au départ avait la possibilité d’une œuvre comme Houellebecq eut la possibilité d’une vie. Ils ont préféré bouffer à la gamelle, télé, légion d’honneur et autres colifichets qui leur mangent l’intelligence jusqu’au trognon. La servitude volontaire n’est pas le fait du peuple mais celui des courtisans et des princes de ce monde, tout et tous inféodés à sa gueule puante.

Allez, quelques œuvres de Street Art parmi celles que je n’avais pas encore photographiées dans le treizième arrondissement, pour se nettoyer du spectacle de la misère.

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street art 1-minJ’adore quand le Street Art se balade, sur camion ou sur métro et autres trains

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street art 2-minÇa dit quoi ? Ben, c’est comme avec les animaux, faut le sentir

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street art 3-minune fresque de Jorge Rodriguez-Gerada et des Parisiens en mouvement

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street art 4-minInvader ? Et la lumière est

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street art 5-minMon reflet dans une porte vitrée, une œuvre de Street Art encore plus éphémère que les autres

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street art 6-minla Joconde d’Okuda

à Paris 13e ces jours-ci, photos Alina Reyes

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La condition humaine, 2 (silex peint, Michel Serres, Jean Potocki)

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On annonce la mort de Michel Serres, un auteur dont je trouvais la production médiocre, mais peut-être devrais-je lire ses œuvres d’avant sa médiatisation pour y trouver mieux. La médiatisation pourrit les talents et les gens, à moins qu’elle ne soit recherchée et obtenue par les gens qui manquent de talent, ou de courage pour faire fructifier leur talent sérieusement. La médiatisation est utilisée comme substitut à la grâce mais elle en est le contraire, donnant une apparence de charisme tout en achevant de tuer tout charisme réel, profond.

Mon premier silex peint de cette série constituait une méditation sur la géographie mentale de l’humain, une cartographie multidimensionnelle de ses projections. Ce deuxième silex (de 10 cm de longueur) constitue une méditation sur l’histoire, sur le temps. Sur la pierre posée sur sa face plate, comportant très peu de silex apparent, j’ai utilisé les deux touches proches de silex dans la craie pour évoquer les gros yeux de ce que j’ai vu comme représentant un sphinx, ou une « bête de sable » et d’océan aussi, avec quelque chose du mollusque et du coquillage.

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Par des lignes de peinture noire, j’ai donné un tour hélicoïdal à la bête, et j’ai également dessiné une spirale dans le cratère ouvert sur son flanc, y voyant la fuite du sable en vortex dans son corps, unissant ainsi l’idée de l’immobilité du temps et celle de sa fuite, toutes deux également contenues dans la souveraineté du sphinx.

 

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Puis, sur la face plate de la pierre, tout aussi crayeuse, j’ai peint un visage de pharaon, de profil, avec une spirale dans le creux de l’oreille, et portant en coiffe les yeux du sphinx. Deux petits bouts de pierre nue, l’une sur le front du pharaon, l’autre en haut de son oreille, servent de témoins de l’aspect originel de la chose.

 

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« Me voici arrivé à une époque de ma vie remarquable par le nouvel emploi que je commençai à faire de mes idées en les dirigeant vers le même but. Vous observerez dans la vie de chaque savant qu’il vient un instant, où, frappé de quelque principe, il en étend les conséquences et les applications et donne, comme l’on dit, dans un système. Alors, il redouble de courage et de force. Il revient sur ce qu’il sait et achève d’acquérir ce qui lui manquait. Il considère chaque notion sous toutes ses faces, les réunit, les classe. S’il ne réussit pas à établir son système, ou même à se convaincre de sa réalité, du moins il l’abandonne plus savant qu’il n’était avant de l’avoir conçu, et en recueille quelques vérités qui n’avaient pas été aperçues auparavant. »

Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse

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Accords nouveaux vs gueules et langues de bois post-électorales

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fete de la nature 1-minUne illustratrice scientifique explique son travail hier à la Fête de la Nature

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Selon la propagande, si l’abstention a été moindre, c’est que certains abstentionnistes sont allés voter pour défendre l’Europe. Selon les résultats, c’est plutôt qu’ils sont allés voter contre Macron et son monde, en France, et ailleurs contre ses équivalents. En votant soit pour le RN, soit pour les Verts, les deux alternatives (inaptes du moins pour l’instant) montantes du fait de l’incapacité des pouvoirs en place, dans le pays et sur le continent. Macron a gardé les votes de ses vieux assis, il sert tant de vieux bourgeois. Mais encore une fois, les grands « gagnants », comme ils disent, ce sont toutes celles et ceux qui se sont abstenus (voyez mes accords nouveaux après la virgule, c’est beau, non ? Une fois avec le féminin, l’autre avec le masculin, en fonction de la proximité des termes dans la phrase, en voilà de l’égalité des droits et de la vérité ontologique).

 

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Des plumes de chouette, et des mains d’enfant travaillant la terre

fete de la nature 4-minHier dimanche à la Fête de la Nature au Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Mes élections européennes

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Aujourd’hui je ne me servirai pas de ma carte d’électeur. Car j’ai déjà voté : voilà mon Europe et quelques-uns de ses élus. Voilà un vote sensé, utile, élevé, contrairement à celui auquel nous sommes appelés aujourd’hui. Voilà une élection qui demande du travail, de l’engagement, de la réflexion, contrairement à celle à laquelle nous sommes appelés aujourd’hui pour cautionner bureaucraties et lobbies. Il m’a fallu lire et traduire pour fonder, grâce à nos prédécesseurs lecteurs et traducteurs, cette élection qui a ensuite fondé ma thèse de doctorat. Voilà une élection qui a donné un résultat important pour continuer à faire vivre l’Europe et les Européens dans le long terme, à travers les siècles passés et à venir, et non pour en détruire l’esprit, comme le fait cette Europe politique factice – cette classe morte.

 

theatre la jonquiere-minHier soir au théâtre La Jonquière à Paris, sur le plateau avant la représentation de Love & Money de l’anglais Dennis Kelly par la compagnie (T)rêves, photo Alina Reyes

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18 roses pour l’amour (et une pensée pour les employé·e·s de Kechiche)

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Il paraît que dans son dernier opus, projeté à Cannes, Kechiche a filmé 14 minutes de cunnilingus non simulé. En incipit du film il cite le Coran (qui lui-même cite la Torah) : « Ils ont des yeux mais ne voient pas. Ils ont des oreilles mais n’entendent pas ». Dans Jeremie 5, 21 il est dit que ceux-là sont des insensés. Le Coran, 7, 179, dit, lui, que ceux-là sont comme les bestiaux. Tout le monde comprend quel plaisir sexuel il peut y avoir à filmer des ébats sexuels, mais tout le monde comprend aussi que les actrices et acteurs peuvent être pris pour des bestiaux, dans l’affaire. Que pense Kechiche, que veut-il dire ? Que nous vivons dans un monde de bestiaux, trop sexuel ? N’est-ce pas plutôt lui qui se laisse aller à devenir bestiau, à considérer de jeunes artistes (surtout féminines, il y a une scène où seul le garçon est filmé avec pudeur) comme de la chair à pellicule ? Qui, dans cette affaire plutôt nauséabonde, a des yeux mais ne voit pas ? Où est l’insensé ?

En littérature, on est son propre matériau, en écrivant. Et tous les ans à la même saison, je hume et je photographie les roses de la roseraie, c’est sexuel, sensuel, sensé, érotique et délicieux pour les yeux aussi.

 

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rose 18-minAujourd’hui à la Roseraie du Jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Serial ignorants et lonesome prophètes

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Hier en fin d'après-midi au Jardin des Plantes, après mes heures d'excellent travail, encore, à la bibliothèque, photo Alina Reyes

Hier en fin d’après-midi au Jardin des Plantes, après mes heures d’excellent travail, encore, à la bibliothèque, photo Alina Reyes

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Acharnement médiatique sur Game of Thrones, acharnement thérapeutique sur Vincent Lambert… Les obsessions maniaques, la démence de ce monde éclatent dans les faits insignifiants comme dans les très signifiants – pour Vincent Lambert, sur le cauchemar catholique et son adoration de la souffrance. Pour GoT, j’ai regardé il y a un ou deux ans quelques saisons de la série mais je ne sais plus à laquelle je m’étais arrêtée. J’ai avalé les épisodes les uns après les autres en quelques jours, puis quand j’ai arrêté, j’ai à peu près tout oublié et le désir de regarder la suite m’a complètement abandonnée. Ainsi va le divertissement (vanté par une ministre et commenté par un philosophe fascisant – je n’ai pas gaspillé mon temps à écouter les aventures de Schiappa ni à lire l’article de Zizek, les titres suffisent souvent à s’informer). Et j’ai lu que cette dernière saison était ratée, du fait que les producteurs n’ont pas attendu que l’auteur du livre l’écrive lui-même. N’est pas auteur qui veut. J’ai lu aussi que Virginie Despentes n’était pas contente du tout de l’adaptation en série qui a été faite de ses romans, dont j’ai oublié le titre. Les raisons pour lesquelles des producteurs choisissent de médiocres scénaristes plutôt que d’excellents scénaristes sont nécessairement mauvaises. Il en va de même pour les éditeurs qui choisissent des auteurs médiocres. La médiocrité est d’abord celle de ces décisionnaires, à la fois trop paresseux, trop malhonnêtes et trop avides pour choisir l’excellence.

Dans Voyage en 2013 j’avais prophétisé le clocher d’une église écroulé, des barricades de voitures brûlées et la destruction de la cité, tout cela dans Paris. La destruction en cours de la cité ne vient pas d’un jeu de trônes, contrairement à ce que voudrait faire croire le divertissement, mais de l’imbécillité ordinaire et de la mauvaiseté politique de décideurs que, dans un monde orwellien, on appelle souvent élites, alors qu’ils sont ignorants. À part eux, tout vivant est savant, donc règne. Je suis vivante, reine et prophète.

 

dessin 3-minDessin réalisé hier soir dans mon cahier-chantier, en rapport avec ma journée d’écriture

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Manifestation des enseignants de l’Éducation nationale à Paris le 18 mai, en 33 images

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Vraiment, de me trouver au milieu de cette manif, j’avais envie de pleurer, en pensant à la maltraitance infligée par l’État français aux élèves et aux profs – que j’ai vécue, contre laquelle j’ai protesté, sur place à l’Espé et dans mon lycée et aussi sur ce blog (l’institution par la voix du DRH de l’académie m’a menacée de porter plainte et finalement ma tutrice de l’Espé m’a fait convoquer dans un commissariat de police ; la plainte a été classée sans suite mais il n’en serait sans doute plus de même avec la loi Blanquer qui veut museler les profs). Et puis, successivement, deux de mes jeunes collègues de l’Espé, qui étaient dans la manif à des endroits différents, sont venues me voir, et ça m’a fait chaud au cœur. Je regrette mes élèves, mais je n’accepte pas de me plier aux absurdités énormes de l’institution et de l’enseignement que nous sommes censés y donner (du moins en Lettres, voir ici et ). Voici mes photos de la manif, prises boulevard de Port-Royal :

 

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manif des profs 33-minAujourd’hui à Paris, photos Alina Reyes

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