Commune libre jaune de Montmartre

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montmartre*

Quelle joie de voir ce samedi, pour l’acte XIX, Montmartre jaune de monde comme une montagne au printemps sous les crocus perce-neige ! Quel symbole, cette banderole déployée en haut du Sacré-Cœur, laide bondieuserie architecturale construite pour « expier les fautes de la Commune » ! Cette réappropriation par le peuple vivant de cette basilique aujourd’hui encore à tendance intégriste, qui occupe le lieu pour tenter d’effacer le souvenir des Communards assassinés là en masse sur l’ordre de Thiers – massacreur de peuple auquel Macron rendit hommage à Versailles. Oui, l’esprit de la Commune était revenu là, elle fleurissait, vivait, chantait, se réjouissait parmi les manifestants de cette belle journée en forme d’apothéose de la semaine ! Tandis que le pouvoir avait érigé autour de ses sanctuaires un véritable mur d’acier, gris et froid, gardé par des armadas de policiers et de soldats, où se tenait, cadenassé dans sa peur, le sempiternel menteur qui ne veut pas, en fait, qu’on aille le chercher.

Une nouvelle fois, dans toute la France, les Gilets jaunes sont sortis au plein air, et la macronie sans courage ni valeur s’est cachée, violence anonyme, derrière ses murs et ses armées. Encore une fois, la violence anonymisée des unités de police a tenté de reporter sa faute sur le peuple violenté. Et le peuple a montré qu’il était toujours debout, et qu’il continuerait.

« À l’absurde imposé, mécanisé, répond aujourd’hui la violence », écrivait l’historien Alphonse Dupront dans son livre Du Sacré. Après avoir noté que « nos sociétés modernes, effrénées de réglementation et donc de mépris de l’homme, s’acharnent à paralyser, à tarauder ou détruire les puissances de la vie » ; et constaté que « la médiocrité cristallise jalousies de son pouvoir et sa jouissance inquiète jusqu’à férocement, par tous moyens, s’en faire une citadelle. » Comme aujourd’hui, pouvons-nous ajouter, le fait la médiocratie macronienne.

 

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Mais rien n’arrête les puissances de vie. On reproche aux Gilets jaunes un manque d’organisation ? Il n’est qu’apparent : ces gens sont vivants, ils ont plus d’instinct qu’il n’en reste aux élites formatées, et cet instinct, la plus intelligente des intelligences comme disait Niezstche, leur fait suivre la voie de la vie, si déraisonnable puisse-t-elle paraître. « Le scandale de la déraison libère ici l’irrationnel, cette force souterraine qui est puissance d’exister et d’accomplir », poursuit l’historien habité du sens spirituel de l’histoire.

Une force souterraine qui jaillit comme les fleurs dans les champs au printemps. Voilà ce que j’ai vu dans cet acte XIX des Gilets jaunes. J’ai vu la belle France, comme disait Georges Darien dans son livre éponyme : « Voleurs et assassins — les Riches — sont parvenus, grâce à la terreur et à l’ignorance qu’ils imposent et entretiennent, à obscurcir complètement la signification du mot : Patrie. Avec l’aide de leurs deux valets, le Prêtre armé du mensonge et le Soldat qui brandit un sabre, ils ont réussi à interdire à ceux qu’ils ont spoliés la compréhension du mot (…) non contents d’avoir à leur service le prêtre et le soldat, ils ont enrôlé dans leur garde les pions et les sous-diacres de l’écritoire : et ces drôles, s’emparant du mot qu’il ne faut pas qu’on comprenne, le déguisant davantage encore sous le clinquant des phrases et les oripeaux de la déclamation, sont arrivés à en faire un spectre qu’ils opposent aux plaintes et aux demandes des Pauvres — ce mot, qui doit être la synthèse de toutes les revendications sociales ! La Patrie, aujourd’hui, — et, hélas ! depuis si longtemps ! — la Patrie, c’est la somme des privilèges dont jouissent les richards d’un pays. » Et Georges Darien conclut, à propos des pauvres qui se lèvent contre l’iniquité : « s’ils savent faire usage d’une politique très simple, dédaigneuse des vieux rouages de la politique bourgeoise, ce succès se manifestera très rapidement. »

Un événement comme celui de la Commune n’implique pas la violence ni le crime en retour, mais le fait que le crime ait lieu est simplement une preuve (non nécessaire) de la réussite de la Commune. Qui, comme tout événement juste, continue à vivre, à être en mouvement – qu’il ait été tué ou non. Simplement cela ne se passe pas dans le monde apparent, le monde que nous croyons réel alors qu’il est mortel et sans cesse mourant, mais dans le monde profond, d’où il fleurit, se manifeste ici et là dans l’espace et le temps, tout en étant à la fois l’un des moteurs et l’un des guides de l’humanité.

Malgré la volonté de crime et l’accomplissement du crime, ce qui (de l’événement juste) a été fait, en pensée, en parole ou en action, continue à se faire : rien n’a pu l’empêcher de se faire, rien ne pourra l’empêcher de continuer à se faire, rien ne pourra le défaire qu’il ne s’en renouvelle, qu’il n’en renaisse ou n’en ressuscite. Ce qui lui donne sa force est justement de n’avoir pas cédé à la tentation de se protéger par une organisation qui entrerait d’une façon ou d’une autre en contradiction avec ce qu’il est (comme cela fut fait dans l’instauration des régimes communistes), et qui tôt ou tard assurément le conduirait à sa fin (comme c’est arrivé) : le communisme léniniste ou maoïste est fini, contrairement à l’esprit de la Commune, qui est resté pur, donc viable.

La Commune ne s’est laissée ni récupérer, absorber par le système dominant, ni laissée aller à la tentation de se maintenir et de vaincre par un système de domination qu’elle aurait elle-même mis en place. Dans l’un et l’autre cas, elle aurait signé elle-même sa mort, à plus ou moins long terme. Or, nous le voyons bien, elle est toujours vivante – c’est-à-dire non pas identique dans ses manifestations à ce qu’elle fut lors de son apparition, mais identique en son « idée » et changée en ses expressions selon le mouvement naturel, non forcé, de la vie. Et elle est encore toute jeune. Comme dit la chanson communarde : « C’est la canaille… eh bien j’en suis ! »

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Montmartre fut le premier quartier que j’habitai à Paris il y a bientôt trente ans, il reste en mon cœur, et parfois dans mes rêves, la nuit.

Dans mon roman Forêt profonde, le Sacré-Cœur est changé en mosquée (dans un sens symbolique, spirituel, bien sûr)

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Chronique de la macronie et basta ! Journal des jours heureux

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Après le constat sur les faux-monnayeurs en place, les déplacements de joie, rues, jonglages, zazen et autres jeux.

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Quel serment frappé à votre effigie allez-vous mettre en circulation ici, vous [Louis Bonaparte], le faux monnayeur de l’honneur ! Victor Hugo

Brigitte Macron, bronzée qui fait du ski fraîchement botoxée, appelle ses concitoyens à la non-violence, tandis que son mari, bronzé qui fait du ski, démantèle le pays et mutile les gens à coups de LBD, annonce qu’il envoie maintenant l’armée contre eux, plutôt que d’apporter des réponses politiques à leur demande de justice. Pourquoi ce couple me rappelle-t-il l’abbé Le Morandais, selon qui le viol des enfants par les curés vient d’une demande de tendresse des enfants, lesquels adorent embrasser les vieux sur la bouche ? Et pourquoi LaREM me rappelle-t-elle le pape François, qui refuse la démission de Barbarin ?

Bien loin de chez nous, en Australie, un prélat abuseur, jusqu’à ces dernières semaines n°3 du Vatican, a pris pour six ans de prison ferme, le juge ajoutant : j’ai bien conscience que vu votre âge et votre état de santé vous ne sortirez probablement jamais de prison, mais c’est ainsi, vous n’êtes pas un bouc émissaire, c’est bien vous, cardinal Pell, qui êtes jugé et condamné. Le parquet aux ordres est plus clément en France avec les abuseurs et leurs complices. Mais tout n’est pas perdu chez nous. Le Sénat a décidé de transmettre à la justice, pour faux témoignage, les cas de Benalla et de Crase, mais aussi de trois autres proches de Macron, Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne.

La débâcle de Macron sur tous les plans signe son imposture. On n’en finirait pas d’énumérer les dysfonctionnements et les violences qu’il a fait subir à la République, à la chose publique, en moins de deux ans de fonction. On n’avait jamais vu ça, mais on aurait pu le voir si Ségolène Royal – qui justifie aujourd’hui le recours à l’armée contre le peuple – avait été élue. Sa campagne était empuantie par une semblable imposture totale, et également soutenue, ouvertement ou non, par nombre d’ « intellectuels » à la BHL qui ont ensuite soutenu Macron. Il y a là toute une bande de faux monnayeurs qui manœuvrent dans les nouvelles caves du Vatican (Gide étant l’un des auteurs préférés de Macron, qu’il me pardonne de lui emprunter ses titres) que sont les médias, pour leurs propres intérêts de classe. J’ai annoncé leur danger, représenté par Macron, dès l’élection de ce dernier, en mai 2017, comme je l’avais fait quand Royal en était l’expression, en février 2007. Les hommes et les femmes politiques passent – enfin, pas tant que ça en France où ils s’accrochent en dépit de tous leurs échecs ou condamnations en justice. Ils passent, mais restent les mêmes et se reproduisent ceux qui les soutiennent, ceux qui manœuvrent pour les faire élire, la caste des clercs, des intellectuels médiatiques, de ceux qui se rendent aux convocations de Macron afin d’être instrumentalisés pour sa publicité comme Brigitte Macron instrumentalise les enfants pour faire aussi sa propagande, en vantant la non-violence alors que le régime pratique de façon inouïe en république toutes sortes de violences, langagières, policières, sociales, économiques, morales.

Le destin des faux-monnayeurs, c’est de finir en prison. Si on ne les expédie dans une prison à barreaux de fer, comme celle de Pell en Australie, ils s’emprisonnent eux-mêmes, socialement et mentalement, dans une spirale de plus en plus infernale, qui les oblige à se cadenasser, se replier toujours plus sur leur petit milieu, et à employer des armes dégueulasses contre les civils qui exigent de n’être plus payés de mots : dans l’enfermement de ceux qui doivent vivre derrière les barreaux de leur déshonneur.

*22-3-19 : une certaine Zahra Mouloud a plagié ce texte sur Facebook, et refuse de le créditer après que je lui ai demandé de le faire. Une occasion de rappeler mon texte sur Sollers plagiaire

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Quant à nous, notre honneur est intact, et notre bonheur de vivre aussi. En travaillant, en marchant, voici les images de ce jour et d’hier.

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mouffetard 3-minUn beau Christophe Dettinger. J’apprends ce soir, quelques minutes après avoir posté cette image, qu’il a été suspendu de ses fonctions à la mairie d’Arpajon. Qu’est-ce que ce pouvoir qui confisque une cagnotte ouverte pour l’aider puis prive ce père de famille, travailleur exemplaire, de son emploi ? Honte, honte, honte à ces bourgeois ligués contre le peuple, honte à Macron et à toute sa clique.

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autour de la rue Mouffetard et au jardin des Plantes, photos Alina Reyes

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Tuerie islamophobe de Christchurch : portraits des victimes

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Le plus petit a trois ans. C’est un article poignant. Le Otago Daily Times, journal néozélandais, a publié toutes les informations qu’il a pu trouver sur des victimes de l’attentat dans les mosquées de Christchurch. J’ai traduit leur article (dans sa première version, complétée depuis), et on peut voir le visage de ces personnes sur le site du journal. Voici donc ces portraits, tels qu’ils ont pu être faits selon les informations, plus ou moins fournies, que le journal a pu collecter.

 

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Ce sont des pères, des mères, des grands-parents, des filles et des fils.

Ce sont des réfugiés, des immigrés et des néo-zélandais.

Ce sont des Kiwis.

Voici les noms de ceux qui sont morts ou sont portés disparus après l’attentat terroriste de Christchurch.

Mucad Ibrahim, 3 ans

Le frère de Mucad, Abdi Ibrahim, a déclaré que personne ne l’avait vu depuis la fusillade. Il était à la mosquée Al Noor avec sa famille. La famille s’est rendue à l’hôpital de Christchurch et y a passé en revue une liste de blessés pour tenter de retrouver Mucad, en vain. « Nous pensons probablement qu’il fait partie des personnes qui sont décédées à la mosquée … à ce stade, tout le monde dit qu’il est mort », a déclaré Abdi à Stuff. « C’est dur, beaucoup de gens me téléphonent pour me demander si nous avons besoin d’aide. C’est un dur moment, nous n’avons jamais été confrontés à ça. »

Mucad était énergique, enjoué, il souriait et riait beaucoup.

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Abdullahi Dirie, 4 ans

Abdulrahman Hashi, 60 ans, prédicateur de la mosquée Dar Al Hijrah à Minneapolis, a déclaré au Washington Post que son neveu de 4 ans faisait partie des personnes tuées. Il a reçu un appel téléphonique vendredi matin de son beau-frère, Adan Ibrahin Dirie, également blessé par balle à l’hôpital. Quatre de ses enfants se sont échappés sains et saufs, mais le plus jeune, Abdullahi, a été tué. La famille avait fui la Somalie au milieu des années 90 en tant que réfugiée et s’était réinstallée en Nouvelle-Zélande.

« Vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens, » dit Hashi. « Il était le plus jeune de la famille. C’est un problème d’extrémisme. Certaines personnes pensent que les musulmans de leur pays en font partie, mais ce sont des innocents. »

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Garçon de 12 ans

Heba Sami, dont le père a été blessé par balle en protégeant ses enfants, a raconté à Gulf News qu’elle avait perdu cinq amis de la famille, dont un garçon de 12 ans.

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Sayyad Milne

Le père de Sayyad a parlé, en larmes, de son « brave petit soldat », décédé à la mosquée Al Noor. L’élève en dixième année de la Cashmere High School était à la mosquée avec sa mère et ses amis. Il y va tous les vendredis. Son père, John Milne, a dit à NZME à travers ses larmes: « J’ai perdu mon petit garçon, il vient d’avoir 14 ans. Je vais le récupérer.

« On ne m’a pas encore officiellement annoncé qu’il est mort mais je sais qu’il l’est parce que des gens l’ont vu. Les larmes aident. Les gens aident. Juste en étant ici, ça aide. »

Il dit qu’on lui a dit que Sayyad était allongé sur le sol dans la mosquée et saignait du bas du corps. Il dit que Sayyad était un joueur de football passionné.

« Je me souviens de lui comme de mon bébé que j’ai failli perdre quand il est né. Il a tant combattu tout au long de sa vie. Il a été injustement traité, mais il est passé au-dessus de ça, il est très courageux. Un brave petit soldat. C’est tellement difficile …de le voir abattu par quelqu’un qui se fichait de qui que ce soit.

« Je sais où il est. Je sais qu’il est en paix. »

Milne a raconté qu’il portait à Christchurch une pancarte qui disait: « Tout le monde aime tout le monde »

Le directeur de l’école va bientôt rendre visite à la famille. « La communauté est brisée », a déclaré Milne. « La communauté musulmane ne sait tout simplement pas quoi faire, où aller, ce qui s’est passé. Ils ont beaucoup de mal à accepter, mais beaucoup de personnes différentes, des non-musulmans, apportent leur soutien. Soutien à tous les niveaux. Mais nous sommes la plus belle ville née de la poussière. Nous irons de l’avant. Cela ne nous fera pas tomber. Cela nous rendra encore plus forts. Unis, nous nous tenons debout, divisés, nous tombons … la ville va être un symbole de ce qu’on peut faire après avoir été frappé, frappé et frappé « .

L’autre fils de Milne se rendait généralement à la mosquée, mais était en voyage scolaire. Sa sœur jumelle était à l’école quand c’est arrivé.

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Khaled Mustafa et son fils Hamza, 16 ans

Ces réfugiés syriens seraient arrivés en Nouvelle-Zélande il y a seulement quelques mois. Khaled est mort à la mosquée Al Noor alors que son fils Hamza est porté disparu. Un autre fils, Zaid, 13 ans, est à l’hôpital de Christchurch où il a subi une opération de six heures la nuit dernière, a déclaré le porte-parole de Solidarité syrienne néo-zélandaise, Ali Akil, à Stuff.

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Naeem Rashid et son fils Talha, 21 ans

Naeem serait mort à l’hôpital de Christchurch après avoir tenté d’arracher au tireur son arme à la mosquée Al Noor. Son fils Tahla a également été abattu.

Naeem était originaire du Pakistan, où il travaillait dans une banque avant de déménager à Christchurch pour y occuper un poste d’enseignant.

Son beau-frère, le Dr Khursheed Alam, a confirmé à ARY News que le père et le fils avaient été tués lors de l’attaque.

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Vora Ramiz, 28 ans

Vora Ramiz fait partie des disparus.

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Farhaj Ahsan, 30 ans

Farhaj Ashan a quitté la maison de Christchurch qu’il partage avec sa femme Insha Aziz, sa fille de 3 ans et son fils de 7 mois, vendredi matin, pour la prière. « Je ne sais pas où se trouve mon fils, a déclaré son père Mohammad Sayeeduddin au Herald depuis son domicile à Hyderabad, en Inde. Je suis en contact avec sa femme Insha en Nouvelle-Zélande depuis que c’est arrivé et nous ne savons rien. S’il vous plait, donnez-moi de bonnes nouvelles de mon fils. »

Ashan est ingénieur en informatique, il a obtenu son diplôme de maîtrise à l’Université d’Auckland en 2010 avant de s’installer à Christchurch. Des amis qui soutiennent sa femme au domicile du couple disent qu’elle n’accepte pas qu’il fasse partie des morts de la mosquée.

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Mojammel Hoq, 30 ans

Mojammel Hoq, du Bangladesh, fait partie des personnes disparues, a déclaré un ami au Herald. Il étudie la dentisterie à Christchurch depuis plus de deux ans.

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Atta Elayyan, 33 ans

Le joueur national de futsal fait partie des morts. Né au Koweït, Atta Elayyan est père depuis peu ; il était un membre populaire de l’industrie technologique à Christchurch. Il était administrateur et actionnaire d’une société appelée LWA Solutions.

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Syed Jahandad Ali, 34 ans

La femme d’Ali, Amna Ali, actuellement au Pakistan, a parlé à son mari vendredi matin alors qu’il prenait son petit déjeuner. Un de ses collègues lui a dit qu’ils avaient quitté le travail vendredi à 13 heures pour se rendre à la mosquée Al Noor, a rapporté Stuff. Elle n’a pas eu de nouvelles de son mari depuis. Elle a parlé à des amis et à d’autres personnes, mais n’a reçu aucune information sur l’endroit où il se trouve.

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Hussain Al-Umari, 36 ans

Les parents d’Al-Umari, Janna Ezat et Hazim Al-Umari, ont déclaré avoir parlé à leur fils jeudi soir.
Ils craignent qu’il soit parmi les morts à la mosquée Al Noor où il assiste régulièrement aux prières du vendredi. La famille a émigré des Émirats arabes unis en Nouvelle-Zélande en 1997. Hazim Al-Umari a déclaré à Newshub qu’il ne s’était pas rendu à la mosquée et avait conseillé à son fils de ne pas y aller « parce que ce n’était pas sûr ». Hussain a travaillé dans l’industrie du tourisme jusqu’à ce qu’il perde son emploi récemment.

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Osama Adnan, 37 ans

Osama Adnan est d’origine égyptienne et fait partie des personnes disparues. Son collègue a tweeté un appel et déclaré qu’il espérait qu’Oussama « se présenterait bientôt » et se rétablirait complètement.

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Kamel Darwish, 39 ans

Zuhair Darwish se trouvait vendredi sur l’avenue Deans, près de la mosquée Al Noor, cherchant des informations sur son frère, Kamel Darwish, père de trois enfants, qui avait assisté à la mosquée lors de la fusillade. Sur les images de TVNZ, on le voit dire aux policiers: « Il est porté disparu depuis 13 h 30 et nous ne savons rien. Je suis venu à la mosquée et ils m’ont dit d’aller à l’hôpital. Nous attendons à l’hôpital depuis, mais personne même à l’hôpital ne veut nous donner les noms, nous n’avons aucune information, personne ne nous dit rien. »

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Haroon Mahmood, 40 ans

Mahmood était à la mosquée Al Noor et on n’a plus de ses nouvelles depuis. L’un de ses amis a dit au Herald qu’il venait de terminer son doctorat à l’université de Lincoln.

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Husne Ara Parvin, 42 ans

Husne Ara Parvin a été touchée par balle alors qu’elle tentait de sauver son mari Farid Uddin, en fauteuil roulant, selon un membre de la famille. Son neveu Mahfuz Chowdhury, qui vit au Bangladesh, pays d’origine de Parvin, a déclaré avoir entendu parler de son décès par des proches en Nouvelle-Zélande, selon le journal bangladais BDnews24. Le couple était à la mosquée Al Noor, qui comporte deux salles – une pour les hommes et l’autre pour les femmes. « Khala s’est rendue dans la salle des femmes de la mosquée après avoir laissé son mari paralysé dans la salle des hommes en fauteuil roulant », a déclaré Chowdhury. Elle est sortie quand elle a entendu des coups de feu. Elle est morte alors qu’elle s’approchait de la salle des hommes pour sauver son mari. Farid a survécu à l’attaque, d’autres personnes dans la mosquée l’ayant emmené en sécurité au début des tirs, a-t-il déclaré. Le couple a une fille. La police a informé la famille de la mort de Husne Ara Parvin, a déclaré Mahfuz.

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Mohammad Imran Kahn, 47 ans

On pense que Mohammad Imran Kahn est mort à la mosquée de Linwood. L’un de ses amis a déclaré qu’il possédait deux restaurants à Christchurch, dont l’Indian Grill.

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Amjad Hamid, 57 ans

Ce cardiologue a quitté la Palestine pour la Nouvelle-Zélande car il souhaitait un avenir meilleur.
Hamid n’a pas été vu depuis vendredi et sa famille pense que le médecin de l’hôpital de Hawera est mort. Son épouse Hanan a déclaré qu’elle et son mari avaient émigré à Christchurch il y a 23 ans. « C’est terrible … nous espérions trouver un avenir meilleur pour nous et pour les enfants que nous avions l’intention d’avoir. » Elle décrit son mari âgé de 57 ans comme un « homme très gentil », mais a du mal à en dire plus. « C’est difficile de parler de lui. »

Husam Hamid, 22 ans, l’aîné des deux fils du couple, a déclaré que sa famille avait fait le tour des hôpitaux et des postes de police, mais que son père n’avait pas été signalé depuis le début des tirs en masse. Amjad Hamid avait l’habitude d’aller à la mosquée pour prier le vendredi. « Au début, je pensais qu’il était allé à la mosquée de Linwood, mais il était très probablement allé à la mosquée Deans Ave, car c’est surtout celle où il va … nous présumons qu’il est mort, mais nous ne le savons pas. » Selon son profil LinkedIn, Husam Hamid a été consultant pendant 20 ans dans les services de spécialistes des maladies cardiorespiratoires du conseil de santé du district de Canterbury, mais son fils a déclaré qu’il avait récemment pris un poste en cardiologie à l’hôpital Hawera, dans le sud de Taranaki. Il travaillait trois semaines à l’hôpital et revenait trois semaines chez lui à Christchurch, a déclaré Husam Hamid. La famille s’est rassemblée pour se soutenir, mais c’est difficile. « C’est censé être un pays sûr. La Nouvelle-Zélande est en train de changer pour toujours. »

Sa mère « se débattait », a-t-il déclaré. « Ma mère, elle l’aime tellement. »

Le plus jeune fils, Mohammed Hamid, 20 ans, a déclaré qu’ils avaient vérifié partout, mais que son père était introuvable. « Nous croyons qu’il est mort. » Il a dit au Herald qu’il ne voulait dire qu’une chose à propos de son père et de ce qui s’était passé hier. « J’ai vraiment aimé mon père. »

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Abdelfattah Qasem, 59 ans

L’ancien secrétaire de l’association musulmane, né en Palestine, n’a pas été vu depuis qu’un homme armé est entré dans la mosquée Al Noor. Stuff a parlé à des personnes qui se trouvaient dans la mosquée lors de la fusillade, qui l’ont vu gravement blessé.

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Haji-Daoud Nabi, 71 ans

Haji-Daoud Nabi dirigeait l’Association afghane et se trouvait à l’intérieur de la mosquée Al Noor au moment de la fusillade. Âgé de 71 ans, c’était un réfugié afghan ; il serait mort à l’intérieur. Son fils, Omar Nabi, s’est présenté devant le tribunal samedi, où a comparu l’homme accusé de meurtre. Il a décrit le meurtre comme un « acte de lâcheté ». « C’est scandaleux pour moi, a déclaré Nabi. Vraiment. C’était un homme bon. Quarante-neuf personnes ont été tuées. Des enfants et des adultes ont reçu une balle dans le dos alors qu’ils priaient. C’est un acte lâche. »

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Linda Armstrong, 65 ans

Un ami a raconté au Herald que Linda Armstrong était morte dans les bras d’une dame qui avait reçu une balle dans le bras et avait survécu à la mosquée de Linwood. Il a dit que Linda Armstrong recevait toujours des gens chez elle et était gentille. « Elle était comme une enfant à propos de tout. Elle était si heureuse. Elle était toujours joyeuse de faire une bonne action. Elle était heureuse de le faire. » Elle a parrainé un garçon du Bangladesh.

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Ali Elmadani, 66 ans

Ali Elmadani est né en Palestine. Son épouse, Nuha Assad, n’a plus eu de ses nouvelles depuis qu’il s’est rendu à la mosquée Al Noor pour prier. « J’ai demandé aux gens dans la rue si je pouvais utiliser leur téléphone », a-t-elle confié à Stuff. « J’ai appelé mon mari et il n’a pas décroché, mais je suis sûr qu’il ne voulait pas de son téléphone à la mosquée. »

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Lilik Abdul Hamid

Un appel sur Facebook a été lancé pour Hamid. « Un ami de lutte … est décédé en Nouvelle-Zélande … victime d’une bête terroriste néo-zélandaise« , a écrit un membre de sa famille sur Facebook. « Tous les musulmans sont en deuil et prient pour vous. »

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Ashraf Ali

Ashraf Ali, originaire des Fidji, fait partie des morts. « Nous sommes allés à l’école ensemble », a déclaré son ami Abdul Qayyum au Daily Mail Australia. Ils étaient censés se rendre à un rassemblement dans leur pays d’origine dans quelques semaines. Qayyum dit qu’il se souviendra toujours du rire de son calme ami. « Il y avait un jeu auquel nous jouions autrefois appelé Last Card. Chaque fois que je le voyais, je l’appelais dernière carte et quand il me voyait, il m’appelait dernière carte. »

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Merci à ce journal.

L’article a été complété le lendemain d’autres visages et portraits

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Allah y rahmou

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Voir aussi cet article dans Le Monde, où apparaît la beauté de cœur que j’admire chez les musulmans.

Et cet article dans 20 minutes où apparaît aussi la beauté de cœur de leurs concitoyens néozélandais, notamment avec une puissante haka pour les soutenir.

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Capitalisme, sexualité, mort… ces fantômes de cent ans qui hantent notre temps

kubin

kubin le saut de la mortAlfred Kubin, Le Saut de la Mort

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Alors que ce matin, de nouveau, les blindés de Macron sont dans Paris, alors que se pointe le fantôme tueur de ce monde morbide du capitalisme, du patriarcat, qui engendra au siècle dernier deux guerres mondiales, voici un texte que j’ai adapté d’un extrait de mon livre Nus devant les fantômes, Franz Kafka et Milena Jesenska (en pdf gratuit ici). Quand la sexualité malade des dominants continue, sous la façade lisse de Macron, à empuantir la société et semer les germes du pire.

 

kubin l'oeufAlfred Kubin, L’œuf

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Un homme nu, minuscule, le menton sur la poitrine, plonge vers le sexe d’une géante couchée sur le dos, également nue, genoux relevés, cuisses écartées. La fente est sombre, poilue comme un animal, à l’arrière-plan les seins et la gorge évoquent des montagnes, au premier plan l’intérieur des cuisses, jusqu’aux fesses, trace les contours d’un énorme entonnoir de chair. C’est Le Saut de la Mort.

Une jeune fille nue, repliée sur elle-même dans un coin de la pièce, refuse de voir la grande bête qui la regarde et dont le sexe démesuré, en état d’érection, laisse échapper une flaque de sperme. C’est La Lubricité.

Une femme enceinte, nue, avance, bras tendus en avant, longue chevelure flottant comme un étendard, semant (ou conduisant ?) derrière elle un chapelet de crânes humains. C’est Notre mère à tous, la Terre.

Des femmes-araignées, des femmes-œufs, des femmes nues livrées à des singes,des femmes portées en sacrifice, des femmes qui mutilent des hommes… Telles sont les visions cauchemardesques d’Alfred Kubin, dessinateur autrichien né en 1877 et mort en 1959. Il avait beaucoup souffert de l’autoritarisme de son père et de l’absence de sa mère, s’était particulièrement bien entendu avec l’une de ses sœurs mais s’était toujours senti, et de plus en plus, comme un poids mort dans sa famille, un étranger. Il avait vécu cette époque où la jeune génération avait des comptes à régler non seulement avec ses propres pères, mais avec tous les « pères » de la société, les bourgeois, les notables, tous ceux qui « marchaient » dans, ou faisaient marcher le système capitaliste en plein essor ; tous ceux qui, du petit commerçant au grand industriel, des fonctionnaires aux militaires, tout en ressentant le monde comme décadent, s’acharnaient à le perpétuer dans ses objectifs les plus médiocres. La révolte personnelle, familiale et sexuelle des jeunes était aussi et d’abord une révolte politique et philosophique. Une contestation du conformisme, de la bureaucratie, et d’un ordre extrêmement figé malgré les bouleversements économiques. Un refus ardent, mais non désespéré – ou au-delà du désespoir – qui n’était sans doute pas étranger au fait que les jeunes intellectuels étaient alors tous des lecteurs de Nietzsche.

Quelle était la place des femmes dans ce monde ? Celle d’obscurs objets de désir, intouchables ou vénales, souffrant ou jouant perversement de leur soumission. Ou bien, sujets et désirantes, réduites aux tourments et à la faillite d’Emma Bovary. Entraves, insatisfaction, dévaluation de soi… En somme, le statut des femmes n’était que la caricature, le miroir inversé mais juste de la condition des hommes. « La société a faussé les rapports des sexes : la femme est prisonnière de la convention, tandis que l’homme ne connaît plus de bornes », écrivait avec justesse Karl Kraus. Tout n’était décidément que fausseté et antagonismes dans les rapports humains, aussi bien entre les différentes cultures, nationalités, classes sociales, qu’entre les sexes et les générations.

Les femmes étaient aussi, malgré elles, du côté de la mort. Succombant fréquemment à des maladies qui étaient l’expression de dépressions mentales graves, dues à leur enfermement et à leur impossibilité de se soustraire à la tyrannie masculine. La mort rôdait aussi autour des femmes en couches, les frappant elles-mêmes ou enlevant leurs enfants en bas âge, encore étroitement liés à la chair maternelle. Et de toutes ces morts dont elles étaient victimes, elles devenaient coupables aux yeux des hommes : la femme étant celle dont on attendait bonheur et consolation, et par laquelle venaient le malheur et la douleur. Quant à celles qui ne mouraient pas physiquement, elles mouraient quand même. Elles mouraient à l’amour, devant s’accommoder des frasques de leur mari sans pour autant être autorisées aux mêmes libertés. Elles mouraient au plaisir, un continent dont l’accès leur était dénié, sinon dans la honte. Et parfois, elles mouraient à la maternité, sacrifiant leur vie à leur mari au détriment de leurs enfants. La mort sournoise était du côté de la femme, la mort violente du côté des hommes et de leurs perpétuels affrontements. La mort pesait sur les épaules de tous et toutes comme un monstrueux désir de fuite.

Les arts et les lettres s’ingéniaient à donner corps à ce fantôme pour mieux l’identifier et, cela fait, passer outre, passer au-delà et transformer l’être en cri à la manière de Munch ; ou, à la manière de Kafka, transformer ce fantôme en vermine – l’essentiel étant la métamorphose et le seul salut possible, le passage de l’homme à une autre humanité : celle du surhomme de Nietzsche ou celle de l’animal, dans l’abandon du corps humain socialisé. C’est ce mouvement qui anima l’œuvre de Kafka, ce travail de mue, cette aspiration de l’homme à se dépouiller de sa défroque sociale – celle d’une société moribonde et mortifère – pour renaître dans une nouvelle peau, éclatante de vie. Même si le combat, par trop inégal, entre l’individu et l’ordre dans lequel il évolue trouve une issue tragique, le combat, signe de vie, continue.

 

Sollers plagiaire et autres illusionnaires

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Comme j’avais oublié ma carte de bibliothèque dans mon sac à dos resté à la maison, et comme j’avais envie de livres, je suis entrée à la Maison de la Presse, voir ce que je pourrais trouver en poche. Ma parole, sur la table ça clignotait de partout, les bandeaux rouges, ou jaunes, ou d’autres couleurs, barrant les livres avec leurs promesses aguicheuses ! J’en ai sorti mon carnet, pour noter quelques-uns des mots en train de faire de l’œil au chaland : Fascinant… Saisissant… Un maître… Détonant… Bouleversant… Palpitant… Incontournable… Retenez bien ce nom… Absolument extraordinaire… Poignant… Le livre de l’année… Formidable… Addictif… Rare… D’une intensité folle… Essentiel… Jeune prodige… Nouveauté… Révélation… Déjà un million d’exemplaires vendus… Livre-culte… Quelle ambiance !… Une réussite totale… Waw ! Seuls quelques titres comme La montagne magique de Thomas Mann s’exposaient nus, sans feuille de vigne ni lanterne rouge rédigée par l’éditeur afin de mieux écouler son produit.

Sollers a fait des études de commerce, et sans doute, directeur de collection (c’est-à-dire vivant de droits d’auteur sur des livres dont il n’est pas l’auteur), s’en sort-il en ce domaine. Mais pour la littérature, il est autodidacte. Certains s’en sortent bien, d’autres assimilent très mal ce qu’ils lisent avec un cerveau formaté pour tout autre chose et en gardent une sorte de complexe qui les fait courir après un besoin de reconnaissance de ceux dont ils voudraient être les pairs. Debord, Bourdieu, Foucault et bien d’autres ne se sont pas privés de dénoncer l’imposture qu’étaient Sollers et quelques autres faiseurs médiatiques. Pour ma part, j’ai fait un saut, un temps, dans cette mare aux illusions parce qu’elle me servit de muse. J’allais sous le ciel, muse, et j’étais ton féal, comme dit Rimbaud. Ça a l’air charmant, or c’est très violent. Mais le plus gros problème fut que la muse en question s’avéra très mauvaise joueuse et se changea en harpie vengeresse.

 

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers

Extrait du pillage de mes livres par Haenel, poulain de Sollers (en rouge, mes phrases, en bleu les « siennes »)

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Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

Extrait des plagiats de Sollers relevés par Damien Taelman

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C’est ainsi que je découvris le pillage de plusieurs de mes livres, et spécialement de Forêt profonde, dans le roman d’un poulain de Sollers en 2007. Je relevai l’affaire (détaillée à partir de la page 125 de ce texte) et la portai en justice. Comment aurais-je pu gagner face à Gallimard et son parrain du milieu littéraire ? Je perdis, mais au moins j’avais réagi. Et j’ai ri cette nuit en découvrant par hasard ce texte de Damien Taelman recensant les innombrables plagiats commis par Sollers dans son livre Mouvement, dont j’ignorais l’existence, paru en 2016. Se faisant passer pour traducteur du chinois, il n’a en fait que plagié éhontément d’autres traducteurs, des anthologies, etc., et entrecoupé « ses » traductions de plagiats d’autres auteurs, tels Nietzsche ou Artaud. J’ai pensé à l’un de mes élèves, dont les résultats étaient toujours médiocres faute de travail, qui me rendit un jour une copie étonnamment correcte, à laquelle j’attribuai l’une des meilleures notes. Il s’en vanta beaucoup auprès de la classe, ce jour-là et d’autres jours, tout réjoui de son exploit. Pour le devoir suivant il renouvela sa prouesse, et cette fois je tapai ses phrases trop correctes sur Google : il avait plagié des corrigés sur son téléphone caché sous la table. Il vint me voir tête basse à la fin du cours, me jurant que c’était la première fois et qu’il ne le referait plus. C’était un enfant mais faire encore ça à 80 ans, c’est risible, et surtout pitoyable.

Je vois que le nonce apostolique (l’ambassadeur du pape) à Paris est accusé une nouvelle fois d’abus sexuels sur jeunes hommes. Ce cinglé ne peut pas s’empêcher de les tripoter lors de manifestations publiques. Je me souviens du jour où j’allai lui apporter mon livre Voyage, afin qu’il l’envoie au Vatican (qui contrairement à ses usages n’accusa pas réception de cet ouvrage quelque peu gênant). Je fus reçue par sa bonne (les femmes sont les servantes des hommes dans l’église), on aurait dit que j’allais voir l’empereur tant l’aura qui entourait le Monseigneur imprégnait le lieu. Un peu comme quand vous vous présentez chez Gallimard, éditeur qui se sauva en collaborant avec les nazis et qui pour des histoires de commerce veut maintenant rééditer des pamphlets antisémites. Tous ces malades sexuels font semblant d’être des religieux comme d’autres, selon Pierre Bourdieu dans un article intitulé « Sollers Tel Quel » cité par Damien Taelman, font « semblant d’être écrivain, ou philosophe, ou linguiste, ou tout cela à la fois, quand on n’est rien et qu’on ne sait rien de tout cela ; quand, comme dans l’histoire drôle, on connaît l’air de la culture, mais pas les paroles, quand on sait seulement mimer les gestes du grand écrivain, et même faire régner un moment la terreur dans les lettres… » Terreur est le nom d’un des personnages de mon roman Forêt profonde, roman écrit avec mon propre sang, comme disait Nietzsche, et non en vampirisant les autres comme font les morts qui ne sont pas en paix.

 

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Échos de la basse-cour

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Le combat contre Macron vire au combat de coqs. Un jeune mâle, coqueluche des friqués, pas encore sorti de sous l’aile de sa mère, s’étant fait porter au sommet du tas de fumier, suscite plus d’adversité dans la basse-cour qu’un mâle usé à la même vieille place. Surtout quand le pioupiou en question chante sur tous les toits, cocorico, qu’il est le nouveau roi d’Europe. De quoi hérisser les plumes des autres coquelets de sa caste (Ruffin, Branco) et de la prochaine reine du poulailler étoilé (AKK). Tout comme celles des pigeons et autres volatiles du peuple qui n’ont pas l’intention de laisser l’ergoteur leur marcher sur les arpions.

Branco rue dans les brancards, Ruffin plus malin que Mélenchon au lieu de se dupliquer en hologrammes façon science-fiction flippante se répand en cinéma bon enfant sur le peuple électeur. Le travailleur, la travailleuse qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts se mettent debout comme un seul gilet jaune, sévèrement tabassé par les poulets de la macronie. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, caquètent les gallinacées contents de leur sort dans le meilleur des mondes. En embuscade, la poularde Le Pen lorgne sur le tas de fumier. Pourquoi n’y poserait-elle pas sa crotte, elle aussi ?

Cette fantaisie poulaillère et son illustration font suite à mon article précédent sur l’architecture-poulailler et la fausse pensée, qui envisagent les humains comme élevages à parquer et rentabiliser.

poulailler*

Ceux qui défigurent le monde, et ceux qui l’envisagent autrement

la grande borne

samaritaine didier ryknerBernard Arnault, l’homme le plus riche de France, le financeur de la campagne de Macron (qui habille gratuitement Brigitte Macron) a détruit le bâtiment historique de La Samaritaine au cœur de Paris, datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, pour le remplacer par un de ces trucs en verre qui deviennent de plus en plus laids avec les années, et déparent lamentablement avec les immeubles environnants. Et « pour construire cela, il a fallu piétiner allègrement tous les règlements existants, parce qu’on ne refuse rien à Bernard Arnault », écrit l’auteur de la photo, Didier Rykner, dans La Tribune de l’art.

La surévaluée Fondation Louis Vuitton du même milliardaire, gros machin de verre et d’acier construit par Franck Gehry, sans être aussi vilaine que cette nouvelle Samaritaine, reste à mon sens d’une grande médiocrité architecturale, tant dans sa forme et ses couleurs extérieures que dans ses espaces intérieurs. Pourquoi les riches se piquent-ils, après avoir piqué l’argent des peuples, de décider de l’environnement, de la culture et de la politique à mettre en place ? Parce qu’il faut toujours plus de pouvoir pour se maintenir dans une position injustifiée et artificielle. Et parce qu’il leur faut aussi pour cela le prestige – aisément obtenu à coups de réalisations épate-bourgeois, épate-journalistes – et l’illusion d’être des influenceurs à la façon des artistes ou des intellectuels. Malheureusement leur tricherie fondamentale se retrouve aussi chez nombre d’artistes et d’intellectuels, corrompus financièrement, ou politiquement, ou moralement, ou les trois à la fois.

Nous voyons ces temps-ci éclater plus que jamais l’imposture de soixante-huitards et autres gauchistes ou progressistes désormais macronistes qui acceptent sans sourciller, voire défendent d’arrache-pied, des politiques iniques et ce qui les accompagne : violences policières et restrictions des libertés publiques. La trahison est écœurante mais n’est pas étonnante. D’une part parce qu’avoir soutenu le stalinisme ou le maoïsme prédispose très bien à soutenir n’importe quel autoritarisme ou fascisme. D’autre part parce que le décalage entre le discours et les actes est devenu un mode d’existence chez ces fils de bourgeois devenus ce qu’ils étaient réellement, des produits de leur caste, destinés à la défendre et à la perpétuer. En leur temps, Sartre et Beauvoir, qui se posaient en libérateurs du peuple et de la femme, pratiquaient sans vergogne la manipulation et l’asservissement de toutes jeunes femmes que la prétendue féministe séduisait d’abord pour elle, puis pour lui, à qui elle servait de rabatteur. Et lui, malgré leur pacte, mentait à sa bourgeoise comme l’eût fait n’importe quel bourgeois afin de s’amuser tout en s’assurant la permanence d’une femme parachute. Beaucoup de belles paroles distribuées au public, beaucoup de souffrances infligées en privé, entre eux et à leur entourage. Encore que ces paroles ne fussent belles qu’en apparence : l’existentialisme de Sartre, avec sa conception de l’homme comme « passion inutile », étant empreint d’une désespérance sans appel ; et le féminisme de Beauvoir d’une intense détestation du corps de la femme. Imposture qui se poursuit de nos jours où leur héritage est admiré ou adulé par conformisme, tandis que la posture de l’intellectuel imposteur est devenue quasiment la norme pour tout intellectuel médiatique, et déborde dans la politique où l’on nous a vendu pour président un Macron prétendument cultivé, intelligent et philosophe.

La métaphysique de la vie privée dévoile la métaphysique de la politique, a dit un jour Milan Kundera. C’est une maladie fort répandue chez les intellectuels, qui ont en France pour tradition de donner sans cesse des leçons au peuple, de ne pas conformer leur discours à leurs actes. Tout comme aucun des politiques, urbanistes et architectes complices n’habiterait les barres de béton parées de noms lumineux à la façon de la glorieuse ancêtre Cité radieuse (« maison du fada », rigolèrent les Marseillais, « réceptacle parfait d’une famille », dixit martialement Le Corbusier), où ils parquent les pauvres. L’idéologie fasciste de Le Corbusier était ainsi résumée dans un article de Métro en 2015, citant Xavier de Jarcy et son livre Le Corbusier, un fascisme français  : « La Cité radieuse correspond à un projet eugéniste. On y trouve des équipements sportifs pour créer cette race nouvelle, faciliter le retour du patriarcat, où tout est prévu pour que les femmes ne sortent pas de chez elles, parce qu’elles sont là pour faire des enfants. (…) Choquant ? Ce n’est rien encore : Le Corbusier voulait « épurer les villes ». Autrement dit, chasser ceux qui « ne servent à rien » et retrancher les ouvriers dans des camps ».

« Ceux qui ne servent à rien », ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, le « ceux qui ne sont rien » de Macron est du même acabit fasciste. « En 1922, rappelle Xavier de Jarcy, Le Corbusier a ce projet de Ville contemporaine pour 3 millions d’habitants, où le centre-ville est réservé à l’élite et à la classe moyenne supérieure, et où les ouvriers sont repoussés en banlieue avec une zone verte de sécurité qui les sépare de la ville pour qu’on puisse les tenir à distance et les contrôler… » L’architecte conçoit des tours, des barres de logements immenses, presque identiques aux HLM d’aujourd’hui : il n’hésite pas à parler d’ « élevage humain ».

 

la grande borne

L’architecte Émile Aillaud, qui construisit la cité de La Grande Borne sur les communes de Grigny et Viry-Châtillon dans les années 60, appelait les pauvres : « l’innombrable ». « L’architecture a une puissance occulte, disait-il, les individus finissent par ressembler à l’architecture ». Et il se vantait de « manipuler un devenir des gens. » Ce devenir, nous le voyons aujourd’hui : les 11000 habitants de sa cité qu’il voulut « labyrinthe » sont livrés au désœuvrement, au chômage, au trafic de drogue et d’armes, à la violence et à la déscolarisation. Dans la mythologie, le labyrinthe est un lieu d’enfermement où un monstre dévore les jeunes.

L’enfermement des pauvres par les architectes et les urbanistes déborde sur les classes moyennes et rurales par des politiques qui tendent à transformer de plus en plus le territoire en succession de périphéries, à la fois défigurées par des zones d’activité commerciale et dépouillées de leurs industries, de leurs services publics, de leurs commerces de proximité, de tout ce qui rend un vivre et un vivre-ensemble possibles.

De même que les urbanistes enferment le peuple physiquement, les médias, les intellectuels et les artistes médiatiques, complices du pouvoir en place, l’enferment psychiquement dans des réseaux de mensonges et de manipulations. Le premier de leurs mensonges est de se faire passer pour des élites, alors qu’ils n’en sont pas. Les énormes tulipes de Jeff Koons, roi du spectaculaire hideux, trôneront bientôt dans les jardins du Petit Palais à Paris parce que ces gens ne savent pas refuser un cadeau empoisonné quand il vient des États-Unis. Et dans le bureau de Macron trône une Marianne au style dangereusement années 30, peinte par Shepard Fairey, artiste américain aussi fameux que plat, malgré son tape-à-l’œil. Résumant l’allégeance de la France de Macron aux puissances de l’argent et à la médiocrité.

Dans ce monde où l’ « élevage » industriel se pratique aussi bien sur l’homme que sur le bétail, l’homme est un mouton pour l’homme. Et le grand bourgeois, qui se voudrait élite éclairée, n’est pas même un loup, il est un veau. « Ce ne sont pas les riches bourgeois qui achetèrent des tableaux de Cézanne et de Monet qu’ils dédaignaient », me rappelait le poète Sarane Alexandrian, ancien compagnon de route d’André Breton,  «  mais l’employé des douanes Vincent Choquet, le pâtissier Eugène Maurer, qui collectionna trente Renoir quand personne n’en voulait, le baryton Faure, etc. »

Ce sont les habitants de ronds-points et les constructeurs de cabanes où se retrouver et réfléchir qui retrouvent le chemin de l’humanité. Ce sont eux qui ont raison et intelligence, en ne se laissant pas endormir. Macron avec son projet de société verticale a tout faux. C’est l’horizontalité des relations humaines qui donne un horizon à l’humanité. C’est dans la vérité de l’horizontalité, du rapport franc et direct, non hiérarchisé, que peut se réinventer le monde, pour que tous puissent s’élever jusqu’à l’habiter en beauté.

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Peuples dans la rue, Benalla à Genève

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Que fait Benalla à Genève ? La Tribune de Genève annonçait hier que deux témoins l’y avaient vu, et aujourd’hui qu’il s’y trouve toujours. Logeant à l’hôtel Président Wilson, l’un des plus luxueux palaces du monde, connu notamment pour sa suite à 60 000 euros la nuit, la plus chère du monde. À part la contemplation d’un grand jet d’eau et la dégustation de chocolats, qu’est-ce qui a pu amener le barbouze de Macron dans cette ville ? Ses banques ? Il est vrai que monsieur Benalla voyage beaucoup, et que vu son train de vie, beaucoup d’argent voyage avec lui. Ah me dira-t-on, ne parlez pas encore d’argent, c’est haineux, les gens ont bien le droit d’en avoir des tas, s’ils sont assez malins pour ça. En France plus qu’aux États-Unis les riches sont en grande proportion des héritiers, tel BHL dont nous parlions il y a quelques jours. Mais nous avons aussi quelques magnifiques self-made-men, tels l’escroc Tapie (qui ajoute quelques casseroles à son actif ces jours-ci avec des accusations d’achat d’arbitre au temps de l’OM et d’intoxication des joueurs des équipes adverses – outre une tentative d’entente secrète avec Le Pen père), et maintenant le petit dernier aspirant milliardaire comme les aime Macron, son nervi Benalla, jongleur ès cœur de président, ès secret-défense, ès matraque, armes à feu, parjures, violations de la loi, coffre-fort privé, contrat avec oligarques mafieux, russes et chinois, rendez-vous avec chefs d’État africains, passeports et autres valises diplomatiques. En voilà un malin, un premier de cordée, un qui n’est pas rien, un qui a réussi et qui mérite le respect des adorateurs du fric et du monde comme il va, mon bon monsieur.

Mais ne soyons pas complotistes. Il n’y a pas que des banques, à Genève. Il y a aussi Bouteflika. Que les Algériens courageux essaient de bouter hors du pouvoir en ce moment. Après tout Benalla sait aussi faire ça, les rencontres officieuses pour on ne sait quel office. Bouteflika est au plus mal, « sous menace vitale permanente » selon les médecins, mais il y a bien quelques personnes en bonne santé autour de lui capables de traiter avec qui il faut traiter. L’enjeu n’est pas mince. Au fait, on n’entend pas BHL là-dessus, lui qui soutint honteusement les généraux algériens au temps des massacres. Au Maroc, l’agitation de la rue algérienne inquiète. Si ça allait donner des idées aux sujets de Sa Majesté, ami de notre pays et de sa caste, dont BHL et quelques élites médiatiques d’origine marocaine proches du roi Mohammed VI qui se gave et laisse le peuple marocain s’enfoncer dans la misère et l’illettrisme, et quelques-uns de ses enfants des rues, drogués, abandonnés, dormir dehors en bande dans le nord de Paris ! Si ça allait, aussi, raviver la question du Sahara occidental, en partie sous domination marocaine et combattant pour sa libération – des négociations avaient lieu à Genève en décembre dernier pour essayer de sortir d’un conflit de quatre décennies entre Algérie, Maroc, Mauritanie et Front Polisario ! Le 360, magazine proche du pouvoir marocain, annonçait il y a quelques jours que Mohammed VI était en visite en France cette semaine – en toute discrétion. Et on apprenait par ailleurs que le Maroc avait fait pression sur l’Institut du Monde Arabe pour qu’il déprogramme, malgré les protestations de son directeur Jack Lang, Aziza Brahim, une chanteuse sahraouie accusée de militantisme. Et que l’IMA avait dû se coucher devant la volonté du roi. Benalla est à Genève, Aziza Brahim ne sera pas à Paris. Que va-t-il advenir du peuple sahraoui ? Du peuple algérien ? Du peuple marocain ? Du peuple français ?

 

 

La Joconde. Anatomie d’une joie

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Nous célébrons cette année le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. Voici à cette occasion une réflexion, qui sera peut-être suivie d’autres, sur la Joconde.

 

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Joconde signifie, dans ses formes italienne et latine, « joyeuse ». Le nom de femme mariée de Mona Lisa, modèle originel du portrait, n’est pas devenu celui de la peinture de Léonard de Vinci pour rien. La joie qui lui est reconnue, souvent de façon inconsciente, par ce surnom, vient sans doute moins de son fameux léger sourire que de la conscience qu’a la Joconde de l’effet qu’elle produit.

Il est étrange d’attribuer une conscience à une figure peinte. Car il ne s’agit pas là d’un phénomène de superstition ou d’idolâtrie religieuse. Mais bien, peut-être de façon unique dans l’histoire de l’art, du fait de l’incarnation d’un Être Humain Non Identifié. Tant d’agitation autour de la question de l’identité du modèle qui servit à réaliser ce portrait, certains s’en tenant à Lisa Gherardini, épouse du riche Giocondo qui – c’est avéré – passa commande au peintre d’un portrait de sa femme, d’autres soupçonnant Léonard d’avoir peint en réalité son amant, ou bien sa mère, ou quelque dame de la noblesse, ou même un extraterrestre… tant d’agitation, de suppositions, d’affirmations, de délires, sont une marque du caractère insaisissable de cette figure. Du sentiment d’étrangeté, voire d’inquiétante étrangeté, qu’elle génère.

La Joconde nous est étrangère, mais à la façon dont nous sommes étrangers à nous-mêmes. Dont nous nous sentons parfois, dans des moments de vertige, étrangers à ce monde – venus nous ne savons d’où, destinés à repartir nous ne savons où. C’est là que la Joconde nous touche, nous interroge, nous déshabille. Ceux et celles qui ont peur de se découvrir nues au miroir de l’esprit se contentent de l’effleurer du regard, de faire en sorte de ne pas vraiment la voir. Ou bien détournent la question d’eux-mêmes en mettant en avant des énigmes sur le modèle et sur le peintre, pauvres énigmes qui leur servent de boucliers contre la peinture et son auteur.

Mais ici, nous désirons aller franchement vers l’expression de la vie.
La Joconde nous regarde de droite à gauche. Mais ne serait-elle pas peinte de gauche à droite, à la façon dont l’ambidextre Léonard écrit ? Sa pensée est spéculaire. C’est seulement en les reflétant dans un miroir que peuvent se comprendre les écritures qui remplissent, avec ses dessins, les milliers de pages de ses carnets. Spéculation et réflexion renvoient au regard. Sa pensée est regard, son regard est pensée. Ce mouvement de retour entre l’œil penseur et l’objet de pensée, ce mouvement réflexif, cette révolution permanente de la pensée, n’est-il pas le sens réel de ce que Nietzsche appelait éternel retour ? Loin d’être, comme vulgairement interprété, une sempiternelle répétition, plutôt un retour éternel, un mouvement ouvrant les portes de l’immuable, comme la course de Parménide ouvre les portes de la déesse de l’être ? L’immuable Joconde, tout entière mouvement invisible et délicat des muscles sous la peau, parfaitement étudiés et connus de Léonard, donne le sentiment de suivre du regard qui la regarde.

Les dessins du peintre ingénieur ont inspiré l’escalier à double révolution du château de Chambord. La formule du retour s’exprime aussi dans la forme de la spirale, dans la verticalité et dans la non-communicabilité, la distance. Les montagnes nues qui s’étagent derrière le visage de Mona Lisa indiquent une inatteignabilité. Comme tout chef-d’œuvre, cette peinture offre à qui la contemple un retour sur soi, sur la centralité que chaque être est pour soi, mais aussi sur l’énorme relativité de cette centralité. La perspective fait que la figure humaine occupe presque entièrement la toile mais la raison sait que si elle donne l’illusion que les montagnes sont beaucoup plus petites, en réalité, il n’en est rien. L’arrière-plan du tableau fonctionne, quant au sens, en écriture inversée du premier plan. Ce paysage sauvage, nu, inhabité ou déshabité, fait signe vers la petitesse réelle de l’humain dans l’univers, et réfléchit l’instant d’un portrait d’être humain par l’ « éternité » géologique et métaphysique où passé (émergence des montagnes), présent (leur image) et futur (destruction annoncée par une rivière asséchée, un pont devenu inutile, une humanité disparue du paysage) qui donne un avant-goût, ou un goût, ou un après-goût, des courbures de la toile de l’espace-temps vu par Albert Einstein.

 

L'escalier à double révolution du château de Chambord

L’escalier à double révolution du château de Chambord

Mes photos du château de Chambord et du Clos-Lucé, dernière demeure de Léonard de Vinci

Keith Flint. Prodigieux Prodigy

Keith Flint

 

Je me souviens très bien de la nuit où j’entendis pour la première fois The Prodigy. Il y a un bon quart de siècle et c’était hier. J’étais seule, c’était à Paris. J’ai immédiatement adoré ça. Ce son inouï. Cette musique transportante, violente, toute en reliefs. J’ai acheté les albums, je les ai emportés à la montagne. J’ai écouté ça des dizaines et des dizaines de fois, là-haut. Quand on était en famille – tout le monde aimait ça – et quand j’y étais seule, en ermite. Oui, un son tout en reliefs, comme les montagnes, des rythmes envoutants comme ceux des musiques soufies que j’écoutai plus tard pour danser aussi et entrer en extase, l’énergie fantastique du chanteur, Keith Flint, qui vient de mourir, par accident sur lui-même, comme en montagne. Ce n’était pas encore le temps de l’Internet et je n’avais jamais vu leurs vidéos. J’ai visionné les clips hier sur Youtube : plus de relief, le son est écrasé. Je préfère garder dans ma tête, dans mon corps, leur pure musique, qui donnait aussi à voir, quelque chose de bien mieux que le meilleur des clips : des tableaux mouvants, abstraits, aux multiples dimensions, colorés, vivants, comme l’esprit en voit lorsqu’il passe outre le monde ordinaire. Merci et salut à toi, Keith Flint, passé de l’autre côté.

Pour l’énergie énorme, en concert :

 

 

Botul acculé : vulgarité et méchanceté des « élites »

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"BHL partage une bouteille de vin avec un clochard". Source photo : le Tumblr 'BHL fait des trucs'

« BHL partage une bouteille de vin avec un clochard ». Source photo : le Tumblr ‘BHL fait des trucs’

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« Autrefois, j’avais un test que j’appelais le « test de la pouffiasse » : si je dînais avec une fille qui hésitait pendant des plombes avant de décider ce qu’elle allait prendre, c’était assez mal barré. Et si je lui disais : « Prenez donc de la morue aux épinards » et qu’elle s’abîmait dans une contemplation encore plus sidérée de la carte en me demandant d’une voix éteinte « Ouchais, j’voispas », ça devenait carrément rédhibitoire. » BHL dans une interview de GQ en 2009.

Le mépris et la vulgarité de l’industriel de la « philosophie » sont monnaie courante quand il parle des femmes, même si, aujourd’hui où le sexisme crasse passe moins bien, il surveille un peu plus son langage, par prudence. Il a déclaré par exemple que « le discours philosophique » était « étranger » aux femmes, que l’argent leur allait mal, qu’il s’amusait de l’émoi des « vilaines » quand il condescendait à les draguer, a déploré que les femmes qui travaillent soient souvent coiffées et maquillées un peu trop à la va-vite, etc. etc. Mais il a défendu Polanski, DSK et Carlos Ghosn, malheureux hommes riches poursuivis pour de simples histoires de viol ou d’abus de biens sociaux – si les élites ne peuvent plus rien faire, alors ! Et maintenant il diffame gravement Ruffin. Et, à travers lui ou directement, les Gilets jaunes.

La violence, la méchanceté, l’obscénité verbale de ceux qu’on appelle élites, qui se prennent pour des élites et qui prônent une politique de l’élitisme – celle des « premiers de cordée » – dépassent en ignominie les violences verbales qui peuvent venir du peuple parce qu’elles viennent de privilégiés qui n’ont aucune raison objective de sombrer dans la haine de moins favorisés qu’eux. Et pourtant c’est dans la haine qu’ils vivent : elle éclate au grand jour dès qu’ils se sentent menacés. Luc Ferry appelant à tirer sur les manifestants, Macron multipliant les insultes à l’égard des classes populaires (il y a quelques jours encore, il a traité de « bête étrange » une Gilet jaune qui avait le tort d’intéresser quelques journalistes plus que lui-même), et tant d’autres qui se répandent dans les médias en anathèmes contre le peuple, les chômeurs, les femmes voilées, les femmes et les hommes qui travaillent et n’arrivent pas à vivre correctement du fruit de leur travail : voilà où est le vrai danger pour la démocratie et pour la république. Ils accusent les populismes, mais ce sont eux qui les engendrent, par leur élitisme. Le populisme comme flatterie malhonnête du peuple n’est que le miroir de l’élitisme comme vanité criminelle des élites.

Quelle conception ont de l’humanité les pareils de BHL, qui lorsqu’il s’occupait encore de la société fondée par son père, des années 80 jusqu’en 1997, pilla les forêts en logeant ses ouvriers africains quasi esclavagisés « dans des niches mal aérées », selon une ONG qui enquêta sur place (citée par Nicolas Beau et Olivier Toscer dans Une imposture française) ? Qui rejoignit Sollers et Gluksmann à l’Internationale de la résistance, une officine créée en 1983 et financée par les services secrets américains, utilisée pour de sales besognes politiques en Amérique Latine, soutenant notamment les contras, milices du dictateur d’extrême droite Somoza ? Qui, en 2001, au moment du G8, traitait de « voyous publics » les altermondialistes qui osaient dénoncer les nuisances de la finance ? Qui continue aujourd’hui à se déclarer fier d’avoir poussé à semer la guerre, le chaos et la mort en Libye où sont maintenant mis en esclavage les migrants africains ? Qui… etc., etc., un article ne peut suffire à rappeler tous les méfaits de cet homme, toutes ses manipulations, tous ses mensonges, tous ses abus, commis par obsession de l’argent et de la gloire, comme c’est le cas pour ses semblables qui se prennent pour des élites au-dessus des lois – alors que les vraies élites sont ce qu’il y a de meilleur dans un ensemble d’êtres.

Derrida, cité par Jade Lindgaard et Xavier de La Porte dans Le nouveau B-A BA du BHL, disait : « Il n’y a pas de disciples de Bernard-Henri Lévy, de Sollers ou de Glucksmann. En même temps, parce qu’ils sentent – et ils sont assez intelligents pour cela – le jugement critique et sévère dans leur propre milieu de gens comme moi et d’autres, ils les haïssent. (…) Tout à coup, on s’aperçoit que Sollers défend Lévy, pourquoi ? Que Lévy défend Sollers, pourquoi ? Que tout à coup Finkielkraut, qui a toutes les raisons de ne pas être d’accord avec Bernard-Henri Lévy, fait alliance avec Lévy. […] Il y a là une configuration de tous ces intellectuels-là, ensemble, mécanique. Et je crois qu’ils se serrent les coudes, parce qu’ils sont à la fois combatifs et acculés. »

Les peuples peuvent se laisser plus ou moins illusionner un temps, mais de plus en plus ils voient que ces fausses élites qui prétendent gouverner le monde ne sont en rien ce qu’il y a de meilleur parmi les hommes. Que les personnes les meilleures d’entre nous sont celles qui œuvrent, d’une façon ou d’une autre, non pour leur enrichissement et leur gloire, mais pour le bien commun, pour plus de justice et plus de fraternité, pour plus d’épanouissement de l’humanité. Ce sont justement ces personnes-là, les réelles élites, qui sont l’objet des insultes les plus ignobles des fausses élites. Leurs insultes, leurs manipulations, leurs violences de toutes sortes sont les réflexes apeurés de gens acculés par leur propre mensonge existentiel.

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George Pell, n°3 du Vatican, condamné : l’Apocalypse continue

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Comme on le sait, apocalypse signifie révélation. Il est indéniable que nous vivons un temps de révélations sur toutes les institutions dominantes et leurs représentants. Qu’ils aient ou non été décrétés sacrés, les livres contiennent la littérature qui nous permet de mieux comprendre et imager les événements que nous vivons, c’est pourquoi j’emploie ici – sans religiosité – le terme littéraire (grec) d’apocalypse pour mettre en évidence ce qui se passe.

 

 

George Pell, n°3 du Vatican, reconnu coupable de viol et abus sexuels sur mineurs, encourt jusqu’à cinquante ans de réclusion criminelle. Il ne manque plus qu’à trouver des preuves que Jorge Bergoglio, le pape actuel, a bel et bien dénoncé de jeunes prêtres et les a envoyés à la torture sous la dictature, pour achever le tableau d’une église catholique comme gigantesque imposture et empire du mal, heureusement en train de s’effondrer.

C’est en connaissance de cause que le pape François avait promu George Pell grand trésorier et n°3 du Vatican. Il y avait longtemps qu’il était dénoncé en Australie pour avoir couvert des prêtres pédocriminels et avoir lui-même violé des enfants. Il l’a protégé à Rome aussi longtemps que possible, lui évitant de se rendre en Australie où la justice le convoquait. Le scandale était immense en Australie, où de nombreuses victimes témoignaient des sévices subis, tandis que d’autres n’y avaient pas survécu, finissant suicidées ou mortes par overdose.

Tout en protégeant son immonde collaborateur, qui déclarait avec cynisme que les affaires de pédophilie n’avaient selon lui « pas grand intérêt », le pape multipliait, jusqu’à ces jours derniers, les discours de condamnation des abus sexuels – sans jamais rien faire de concret contre les violeurs et pour les victimes, comme elles l’ont déploré encore cette semaine au terme d’un « sommet sur la pédophilie » qui s’est conclu par… une accusation contre Satan et le paganisme, et le reste de la société.

Ce jésuite, comme Macron éduqué par les jésuites, pratique l’en-même-temps de tous les hypocrites. Belles paroles, actes criminels. La même politique est pratiquée par nos élites formatées par la culture catholique. Dernier exemple en date : Macron se faisant photographier accroupi devant la tente d’un SDF alors qu’il a programmé un plan d’économie de 57 millions d’euros sur les centres d’hébergement et de réinsertion sociale. Macron comme Bergoglio sont des illusionnistes, jouant le « que tout change pour que rien ne change » (selon la fameuse formule du personnage opportuniste dans le roman préféré du pape, roman prisé aussi de Macron, Le Guépard) : il s’agit de donner l’impression par le discours qu’on promeut le changement, alors qu’on fait tout pour que rien ne change, ou même pour que tout empire, en renforçant toutes les dictatures, internes et externes.

Rappelons que, dans les faits, le pape est de tous les combats contre la liberté. Il a reçu Constanza Miriano, auteure d’un livre on ne peut plus misogyne, Marie-toi et sois soumise, publié par l’archevêché de Grenade. Il refuse de répondre aux associations qui aident quelque 300 000 ex-bébés volés par le biais de l’église espagnole, sous le franquisme et plus tard, à retrouver leur mère qui les cherche. Des cas similaires existent ailleurs dans le monde, où l’église a été l’instrument des dictatures (notamment argentine) pour enlever des bébés à leurs parents opposants au régime ou dans des pays où l’évangélisation s’est faite sous acculturation forcée et vols d’enfants. En 2015, il a rejeté le nouvel ambassadeur français pour cause d’homosexualité (pourtant vécue discrètement, sans militantisme) – ce qui est assez comique à l’heure de la sortie du livre Sodoma, sur « l’omniprésence d’homosexuels » au Vatican et dans l’église.

Jusqu’à ces jours derniers, George Pell était toujours n°3 du Vatican. Le pape n’avait prononcé aucune sanction contre lui, pas plus que contre Barbarin, honteusement protégé en France par un Parquet aux ordres de l’État. La blancheur dont l’église et ses disciples, dont Macron et son monde font partie, aiment se parer, fond plus vite que les glaces du Pôle Nord en ce moment. Le mouvement MeToo, celui des Gilets jaunes et d’autres activistes révèle la corruption aux multiples têtes hideuses des élites de ce monde. Cette fonte de façade charrie des torrents de boues toxiques, dont il nous faut nettoyer nos pays, nos terres, comme de la pollution chimique afin d’y restaurer une possibilité de vie pour l’humanité.

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