Mona Chollet, Emmanuel Carrère et les « pervers narcissiques »

J’ai vu dans un magazine que Mona Chollet voulait appeler les pervers narcissiques de « parfaits enfants du patriarcat », ou quelque chose comme ça. En voilà une façon de les dédouaner, encore plus que l’appellation pervers narcissique. Elle qui accuse les hommes d’être toujours prêts à se dédouaner de leurs abus les y aide bien. Pas à une contradiction près, elle qui critique aussi le fait que les femmes aient trop tendance à se sentir fautives, quelques lignes d’interview plus loin s’accuse et s’en veut de se sentir parfois en concurrence avec des femmes. L’esprit de concurrence est certes à éviter mais enfin il arrive que des situations de concurrence se produisent, et pourquoi une femme ne pourrait-elle être parfois en concurrence avec des femmes ou avec des hommes, comme tout le monde ? Mona, y a encore du boulot, pour toi et pour tes lectrices. Beaucoup de boulot. Comme qui dirait qu’on n’a pas avancé depuis la Beauvoir et sa détestation des femmes et de la maternité. Certains féminismes tournent désespérément en rond, sans arriver à sortir du morne cercle des problèmes de leur « deuxième » sexe, ce cercle où des femmes, et des hommes, identifient les femmes aux regards et aux injonctions du patriarcat, ce qui se manifeste notamment dans des définitions d’elles-mêmes par la négative (« ni putes ni soumises », double négatif qui ne fait en rien un positif) ou l’image négative (sorcières, franc succès – sans doute identifier les femmes à des victimes considérées comme saintes ou quasi, sans souci de vérité historique, flatte-t-il mieux l’éternelle condition féminine que faire de femmes fortes, savantes, douées et puissantes, dont l’Histoire ne manque certes pas, des emblèmes de la féminité et des modèles pour la féminité). Mona Chollet récupère (habilement sans doute pour le grand public) nombre de thèses plus ou moins anciennes ou récentes, sans rien inventer. Or la première preuve de liberté serait d’inventer, non pas pour faire du neuf à tout prix, mais pour être soi et non une représentation sociale. Les livres de Mona Chollet sont trop ennuyeux à mon goût, je ne peux la lire, j’ai préféré la lecture – quoique faite rapidement – d’Alice Coffin, qui elle au moins a du nerf.

Pour en revenir aux « pervers narcissiques », je les appellerais plutôt, moi, des criminels. Les manipulateurs sont des criminels. Et quiconque manipule ou se laisse délibérément manipuler participe au crime. Je prépare quelque chose sur la question – à suivre. Dans le même magazine, L’Obs, feuilleté hier à la bibliothèque, j’ai lu la chronique d’Emmanuel Carrère sur les noms des djihadistes du 13 novembre. Il note que le nom « alias » de Salah Abdeslam, le nom qu’il s’est choisi, est Abou Abderrahman. Je signale, à lui et à qui ne connaît rien à l’arabe, que ce nom signifie Père Serviteur-miséricordieux – belle manipulation, beau nom de pervers narcissique pour un criminel. (Voir cela eût été un bon début pour cette chronique hebdomadaire du procès, Emmanuel. Un début qui aurait signifié quelque chose. Raté. Peut mieux faire une prochaine fois ? Il faudrait peut-être commencer par nettoyer ton miroir)

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D’une convergence des luttes qui se voile la face

J’ai entendu brailler à ma fenêtre la manif anti-passe sanitaire qui passait par là, et bien que j’aime photographier les manifs, je me suis bien gardée de descendre. Ces gens m’inquiètent dans le sens où ils font resurgir une France que je voyais dans les films des années 40, bornée, fermée, France du marché noir et des égoïsmes, de la bêtise et de l’aveuglement. Le plus triste est que les pouvoirs en place, spécialement depuis Macron mais précédemment aussi, avec leurs malhonnêtetés en tous genres, ont œuvré à faire sortir du placard du vieux cinéma cette France méfiante et repliée sur elle-même. Bien sûr elle est minoritaire, même si elle se fait remarquer plus que la majorité raisonnable de nos concitoyens de France et d’Europe. Mais inquiétante quand même.

Je suis en train de finir de traduire le chant 6 de l’Iliade. J’ai fini le beau et poignant dialogue d’Hector et d’Andromaque, avec leur bébé au milieu comme signe de vie dans toute cette mort. Je continue à regarder la série Into the West sur le site d’Arte, les atrocités de la guerre contre les Amérindiens et entre Amérindiens et Américains y sont les mêmes que chez Homère, il y a trois mille ans. Qui s’étonne des atrocités commises aujourd’hui n’a jamais rien lu, sans doute. Pourtant ce n’est pas la guerre comme combat armé qui livre le plus laid visage des hommes, mais ce qui est entre la guerre et la paix, et que rend bien Homère dans l’Odyssée en peignant les bassesses des prétendants, ces princes vains. La bassesse est notre principale ennemie, et ce n’est pas seulement dans le « bas peuple » qu’elle recrute, mais tout autant, voire bien plus, dans les élites – pour en revenir aux manifs anti-passe sanitaire, il y a là, cachée et le plus souvent ignorée mais forte, une convergence des luttes entre certaines élites et certaines parties du peuple qui nuit à l’ensemble de la population et de la société.

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Palme du sexisme du jour

Dévor (Ulysse) s’apprête à massacrer les prétendants, mais en attendant les traducteurs massacrent Homère et sa vision de Pénélope et des femmes. Ce qu’ils font, c’est hallucinant. J’ai déjà mentionné maintes fois leurs trahisons, leur manie de qualifier les femmes admirables de chastes, ce qu’Homère ne fait jamais, plutôt que d’intelligentes ou de courageuses ou de solides comme le fait Homère, de porter un regard moralisateur sur elles, contrairement à ce que fait Homère ; j’ai raconté comment, inversant le sens du texte, ils disaient que son époux devait « gouverner » la vie de Pénélope alors qu’Homère dit « servir » la vie de Pénélope ; et maintenant, avançant dans ma traduction, je décerne la palme du sexisme du jour à Jaccottet : quand, après l’épisode où je remarquais que Pénélope était présentée par Homère comme un astre autour duquel gravitent les hommes, les hommes viennent lui offrir (avec le mot agalma qui s’emploie pour les offrandes faites aux dieux) de somptueux présents, comparés au soleil, avec une montée dans les dons qui s’apothéose dans le don d’une couronne… eh bien, que font les traducteurs ? Aucun de ceux que je consulte (que j’ai déjà cités) ne traduit « couronne », qui est pourtant le seul sens donné par le dictionnaire à ce mot qui signifie d’abord isthme, indiquant un resserrement comme le verbe dont est issu le mot diadème, couronne enserrant la tête. Visiblement, il ne leur plaît pas de voir Pénélope couronnée, bien qu’elle soit reine, ils ne supportent pas de voir ainsi reconnue sa royauté. Alors ils traduisent « tour de cou » (contrairement au dictionnaire). Sauf Jaccottet, qui va plus loin encore dans l’inversion du sens en traduisant « carcan ». Incroyable mais vrai. L’intention d’Homère est pourtant flagrante. Après ces dons, la « divine », dit-il, remonte en ses appartements supérieurs.

Très supérieurs à ceux de ces traducteurs, en effet. Qui ont gâché l’œuvre d’Homère à travers les siècles, l’ont ravalée à leur vision machiste et bourgeoise du monde, l’ont enfermée dans leurs préjugés, leur esprit étriqué d’intellectuels dominants. Saleté de domination, saleté de sexisme, qui rendent les humains si bas.

Du sexisme au monde du crime, réflexion du jour

Pour l’instant, en fonction de ce que j’ai expliqué ici, j’ai appelé Pénélope Pèlefil, mais ça changera peut-être. Pénélope, au vers 254 du chant XVIII, dit à un prétendant : εἰ κεῖνός γ᾽ ἐλθὼν τὸν ἐμὸν βίον ἀμφιπολεύοι. Le dernier mot du vers est un verbe, « amphipoleuo », qui signifie servir. Le Bailly donne aussi comme sens « prendre soin de », mais en donnant pour seul exemple ce vers. Le nom « amphipolos », très couramment employé, signifie serviteur. Ce que dit donc Pénélope, c’est : « s’il revenait servir ma vie ». Il y a même un sens religieux à ce verbe, puisqu’il signifie aussi « être prêtre » ou « être prêtresse », dans le sens où le prêtre sert le divin. Littéralement, le verbe signifie « tourner autour ». Comme les planètes tournent autour d’un astre. Bref, on peut voir là le très haut statut qu’Homère confère à « la très sensée Pénélope » – qui vient d’apparaître parmi les prétendants, les subjuguant tous. Tous ne tournent-ils pas inlassablement autour d’elle ? Mais ils ne le font pas « selon le cosmos », c’est-à-dire selon l’ordre juste, c’est pourquoi Homère bâtit son histoire autour de la nécessité de rétablir l’ordre cosmique des choses humaines, en éliminant toutes ces planètes qui usurpent leur place.

Il n’y a pas d’autres sens à ce verbe « amphipoléo ». Eh bien, nos traducteurs sexistes, dont j’ai déjà plusieurs fois évoqué les nombreux abus, trouvent moyen de le traduire quand même autrement. Les plus honnêtes disent « prendre soin de », ce qui est tout de même une formule qui atténue beaucoup le sens du verbe grec. Mais même « prendre soin de », c’est trop d’honneur fait à une femme, pour certains. Ainsi Leconte de Lisle, qui n’en est pas à son premier mauvais coup sexiste, traduit-il : « s’il gouvernait ma vie » ; Dufour et Raison font encore pire, ils traduisent « s’il gouvernait son bien », estimant donc que la vie de Pénélope appartient à son époux, fait partie de ses biens, et qu’il leur faut corriger la pensée d’Homère en disant qu’il doit la gouverner, et non la servir. Bérard dit « veiller sur ma vie », ce qui est moins brutal mais sent fort son paternalisme.

Près de trois millénaires après Homère, les intellectuels sont devenus incapables de comprendre le regard d’Homère sur les femmes. Le christianisme est passé par là, en particulier le catholicisme, qui a gâché l’être des femmes comme il a gâché l’être des enfants. Qui a gâché l’être des hommes, aussi, avec son regard forcément condescendant sur l’être humain, stigmatisé, considéré hiérarchiquement comme né pécheur et surtout pécheresse. Les intellectuels sont devenus trop souvent à l’image de ces vieux hommes qui, dans l’émission Apostrophes, adressaient reproches et conseils condescendants au grand Mohamed Ali, ne supportant pas qu’il se dise le plus grand. Sa réplique est entrée dans l’Histoire.

… vous vous dites, « quel est ce Noir qui ouvre sa grande gueule ? Nous ne lui avons jamais appris à se comporter de la sorte ! Les gens comme ça, nous en avons fait des esclaves. Nous n’avons jamais appris à ces gens-là à être fiers (…) Quel est ce Noir qui subitement se permet d’ouvrir sa grande gueule pour dire qu’il est le plus grand ? » Alors ça, ça vous gêne ! »

Eh bien moi, traduisant Homère, je dis aux hommes, quelle que soit leur couleur, qu’ils ne sont pas plus grands que les femmes, et surtout je dis aux femmes qui ne le savent pas toujours bien qu’elles aussi peuvent être « la plus grande », exceller dans tel ou tel domaine. Au Moyen Âge, en Occident, on a eu ce sentiment de la grandeur des femmes, qu’on retrouve dans la littérature courtoise avec ses chevaliers servants, au service d’une dame. Puis l’avènement de la bourgeoisie a emporté toute cette poésie, les corps sont devenus puants, au sens propre, si on peut dire, et au sens figuré, et bien sûr, les âmes aussi. Le vieux monde n’est pas sorti de cette puanteur et il ne veut pas en sortir, il veut même s’y enfoncer ; le mieux à faire est de le laisser tomber. Comme vient de le faire le cardinal Marx, démissionnant à cause des abus sexuels dans l’église, constatant « un échec institutionnel et systématique ». La récente découverte d’un charnier de centaines d’enfants sans nom dans un pensionnat catholique du Canada s’ajoute à la trop longue liste des crimes de cette institution. Collaborer avec les criminels, que ce soit dans l’église ou ailleurs, c’est participer au crime et renforcer ses moyens de se perpétuer.

Mais le monde du crime, comme toute mafia, refuse par tous ses moyens illégaux et scélérats qu’on le quitte. Cela peut être un combat de nombreuses années, et l’issue en est incertaine. Vous soumettre ou vous tuer, telles sont les seules options du vieux monde criminel. Le plus terrible est de constater combien aisément il trouve des complices, qu’il embrigade au prétexte d’une prétendue bonne cause. Il y a du souci à se faire pour l’humanité.

Singeries

Beaucoup de singes ont des positions de pouvoir dans la société parce que beaucoup d’humains se laissent fasciner par la singerie.

La singerie, c’est le bluff, le simili, simili-savoir, simili-grandeur, simili-bonté, simili-intelligence, simili-philosophie, simili-poésie, etc., et même simili-amour, par quoi briller de plus de paillettes que n’en voudraient présenter le vrai savoir, la vraie grandeur, la vraie bonté, la vraie intelligence, etc. C’est ainsi que bien des humains qui disposent, par exemple, d’une vraie intelligence, se laissent séduire, comme les imbéciles, par la singerie, qui flatte leur humilité au double sens où les paillettes du singe, dont ils croient voir quelques reflets sur eux, leur semblent donner un peu de lustre à leur propre talent, jusque là moins préoccupé de briller que de s’exercer honnêtement, et où le singe singe en même temps que la brillance l’humilité, semblant ainsi se faire proche du vrai humble.

Il me semble que les hommes sont particulièrement sensibles à la singerie. Les femmes aussi, mais comme elles sont opprimées depuis la nuit des temps par la singerie des singes mâles, elles la démasquent plus souvent plus aisément. Alors que l’enjeu est autre pour les hommes : les singes étant habiles à monter à l’échelle sociale, leur manifester des signes de soumission ou d’admiration ou simplement de respect est un moyen séculaire aussi pour les hommes de s’assurer dans une société de mâles. Les femmes qui flattent les singes pour grimper à l’échelle doivent donner plus en retour, soit de leur corps, soit de leur service. Les singes mâles s’entraident naturellement, tout en se concurrençant et en se détestant, car c’est la condition de survie de leur système, et c’est en recrutant parmi les hommes et les femmes (en moindre proportion, le système l’exige) de nouveaux singes qu’ils font prospérer ce même système, qui permet d’écarter autant que possible les humaines et les humains de leurs affaires de singes.

Après tout, c’est leur vie de singes. Leur affaire. Pas la mienne. Ni hier, ni aujourd’hui, ni demain.

Détournements d’âmes, chauvinisme et boomerang

« Exhorte-les à arrêter ces folies, en les conseillant gentiment ; ils ne t’obéiront pas, parce que pour eux s’avance le jour fatal. » Homère, Odyssée, XVI, 278-280 (ma traduction)

Macron détourne pour sa promotion les youtubers Mcfly et Carlito. Outre l’indignité politique de l’opération, qui continue à défigurer le fait politique en France, il faut souligner la tristesse qui en résulte pour tous les jeunes qui appréciaient ces youtubers et qui se trouvent maintenant pris dans ce piège tendu par le pouvoir. Beaucoup, trop déçus, ne veulent pas regarder la récupération en question. D’autres regardent et se sentent plus ou moins salis de le faire. Macron fait partie de ces gens qui salissent tout. Ça a commencé avec une campagne électorale pleine de bidonnages, public commandé, applaudissements commandés, etc., ça a continué, dès son élection, avec les insultes aux Français, puis avec la violence criminelle contre les Gilets jaunes, puis tous les actes de division du peuple, comme le discours antiséparatiste qui est en fait, en classique inversion « diabolique », une action de séparatisme, de division pour mieux régner, mieux faire régner le discours de l’extrême-droite, à la fois pour le récupérer et pour se poser en rempart contre lui, le moment venu. Quand on regarde le plan d’action de Joe Biden pour son pays, alors que dans notre pays seules les manœuvres politiciennes, et du plus bas étage, font office de politique et de gouvernance, on se dit qu’il faudra qu’on vire notre micro-pseudo-Trump et qu’on trouve un Biden qui, sans être plus parfait que ne l’est Biden, aura du moins comme lui le courage d’agir, au lieu de remuer du vent.

Je lis que Cyril Hanouna voudrait qu’on destitue le groupe rock italien qui a gagné l’Eurovision au motif qu’on les soupçonne de s’être drogués (en fait le test prouve ce soir qu’ils ne s’étaient pas drogués), et qu’on donne ainsi la première place à la Française, arrivée deuxième. Cette dernière a déclaré qu’ils avaient été élus et que le reste, « qu’ils se droguent ou qu’ils mettent leur culotte à l’envers », ça ne la regardait pas. Merci à elle pour cette réponse au chauvinisme français, une hystérie aux relents nationalistes dans la ligne du discours dominant, discours d’extrême-droite, de gens qui salissent tout. Trump non plus n’a pas accepté de n’être pas l’élu. Qui vole un œuf vole un bœuf, dans l’état d’esprit où est la France de Macron et d’Hanouna, on pourrait bien avoir des problèmes aux prochaines présidentielles. Gare à l’effet boomerang, messieurs.

En regardant Le maître du haut château

J’ai commencé à regarder la série The Man in the High Castle, d’après le roman que je n’ai pas lu. Torture, chantage, élimination : les techniques des nazis n’appartiennent pas au passé, et l’uchronie de Philip K. Dick a bien lieu dans un temps, le nôtre, mais de façon cachée, souterraine et, dans les sociétés « avancées » comme la nôtre, en s’en prenant à tout dans un être mais pas au corps, justement afin d’éviter que par sa disparition il ne signale l’existence de ce monde immonde à l’arrière de notre monde. Pas de gaz pour éliminer les personnes qu’on veut éliminer, on les étouffe autrement, tout en les laissant vivre afin que leur vie apparente serve de témoignage contre elles-mêmes, si jamais elles voulaient dénoncer des faits qui seraient alors déclarés faux. Pour les néonazis souterrains, ceux qui n’affichent aucun signe de nazisme, qui ne se savent même pas eux-mêmes nazis, voire qui se croient humanistes et le font croire, un vivant rayé de la société est moins dangereux qu’un vivant qu’on a physiquement tué. Les morts crient, mais on peut empêcher les vivants de parler, ou de parler assez fort pour qu’on les entende. Cependant les vivants seront morts quand même un jour, et le jour viendra où leur cri sera entendu et leurs bourreaux démasqués, et le voile sur leur monde immonde arraché.

Décadence française et relève

Si je vivais aux États-Unis par exemple, je pourrais travailler selon mes capacités dans la société, comme auteure et comme enseignante. En France, si vous n’êtes pas né·e dans la bonne classe sociale, le seul moyen de s’en sortir est de se soumettre et de se corrompre pour pouvoir entrer dans un système de dominants inter-soumis et corrompus. Le système hiérarchique français, le système des premiers de cordée, comme dit Macron, est le contraire d’un système aristocratique : ce ne sont pas les meilleurs qui sont au pouvoir, ce sont les plus médiocres et les plus corrompus. Ces derniers travaillant sans cesse, non pas à quelque bonne et utile œuvre, mais à produire des artefacts pour entretenir l’illusion qu’ils sont, et à éliminer des domaines qu’ils veulent occuper et se réserver, ou du moins à caser et faire taire, les meilleur·e·s, celles et ceux qui travaillent vraiment et honnêtement, de façon créative et capable de faire avancer le pays et le monde en son temps et pour le temps de ses descendant·e·s.

Je ne suis pas décadentiste mais le fait est que toutes les statistiques montrent le recul de notre pays dans le monde, sa perte considérable d’excellence dans à peu près tous les domaines de la science, de l’art, de l’industrie. La faute en est à la médiocrité, à l’aveuglement, à l’égoïsme paralysants de la classe dominante, qui ne se maintient que par l’exclusion de tout ce qui ne marche pas dans ses combines. À ceux-là s’ajoute la lourdeur d’une administration d’autant plus indétrônable que les pouvoirs ont toujours trouvé utile de la trouver à leur botte pour accomplir toutes sortes de sales boulots.

La décadence française, ce n’est pas, comme les identitaires le croient, la perte de valeurs culturelles françaises, par ailleurs fantasmées (voyez les films du vingtième siècle, lisez les romans des siècles précédents : qui a envie de vivre dans cette France-là ?), mais au contraire la constipation d’une classe sociale qui croit devoir retenir ses déchets dans ses entrailles comme un capital placé en banque. La décadence française, c’est le mur sans cesse reconstruit par des classes dominantes auto-enfermées, entre elles et des personnes vivantes en train de réinventer la vie, comme la vie l’exige. C’est l’esprit vieilli contre la jeunesse de l’esprit. C’est l’idée fixe contre la pensée en mouvement. Le déni du réel contre l’accueil et l’analyse du réel. L’insulte permanente au vivant et à la vérité contre le respect du vivant et de la vérité.

Eh bien, mes capacités me restent, comme vos capacités vous restent, même si la société les nie. Continuer de les affirmer, de les mettre en œuvre d’une façon ou d’une autre, c’est aussi garder la meilleure de toutes nos capacités : la capacité à la liberté. Notre liberté que les enfermés dans leurs ghettos de privilégiés jalousent, et qui change à chaque instant le monde, notre monde, contre leur gré et pour notre meilleur commun.

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en vignette : Mathilde Mauté et Arthur Rimbaud sur un mur de Paris, photo S.G.

Libé a gerbé

Barbarin et d’autres ont dû s’expliquer devant la justice pour non-dénonciation de crime. Le torchon Libération ne trouve rien de mieux à faire que de célébrer le 8 mars en publiant la lettre d’un violeur, affichée en une et dans laquelle il excuse son crime, au prétexte de l’expliquer. Libération devrait être poursuivi pour non-dénonciation de crime, et en plus pour apologie de crime, de crime contre l’humanité.
Ce journal n’est plus lu. Sa tactique est la même que celle de Charlie Hebdo quand Val en prit les commandes et fit de l’islamophobie son argument de vente. Libé choisit d’insulter les femmes, c’est moins risqué. Mais tout aussi mal calculé. La sanction sera plus lourde et plus longue que le bénéfice d’un buzz.

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Académie française : le club des vieux cons incompétents

À écouter jusqu’au bout. Tellement emblématique de l’esprit de notre pays. Que les vieux riches réacs, voire fachos, s’y retrouvent, on le comprend bien. Ce qui m’a plus peinée, c’est de penser à ceux, rares sans doute, qui viennent d’ailleurs, qui viennent de là où payer 35 000 euros le costume pour pouvoir entrer à l’Académie c’est vraiment beaucoup, et qui y vont quand même si on leur fait l’aumône de les y élire, qui vont quand même rejoindre cette bande d’esprits sales, parce qu’ils ne résistent pas à l’attrait des honneurs. Évidemment après ça ils n’auront plus qu’à rester bien aplatis devant les pouvoirs en place. C’est à ça que servent les gens récupérés, à affermir le pouvoir des sales types, des abuseurs en tous genres. C’est de ces complicités passives et actives qu’une société pourrit sur pied. Il y a quand même une bonne nouvelle, c’est que ces prétendus immortels, en habitués de la falsification de la langue, n’arrêtent pas de mourir. Et qu’ils finiront par disparaître complètement de l’Histoire. Qui retiendra, quand l’Académie n’existera plus, qu’elle fut une triste institution.
Le sujet commence à la deuxième minute.

Qui a falsifié Homère ?

En novembre 2000, j’ai donné dans le cadre de l’Université de tous les savoirs une conférence que j’ai intitulée « 2001, l’Odyssée d’Éros. Entre monts et merveilles, répression et régression ». J’y comparais le destin de l’humanité en ce début de vingt-et-unième siècle au voyage d’Ulysse dans un monde comparable à notre univers dit virtuel. Quelques années plus tard, alors que j’avais une relation virtuelle avec Philippe Sollers, je lui parlai de l’Odyssée. Il réagit par l’ironie – c’était sa façon de ne pas accepter que je puisse penser, de se placer très au-dessus tout en me rabaissant comme, je le compris beaucoup plus tard, il l’avait déjà fait à mon insu en embauchant des copains et copines pour dénigrer mon travail dans la presse ou à la radio (notamment pour Au corset qui tue, Quand tu aimes, il faut partir, Lilith, Ma vie douce, La Vérité nue…). Sur le moment j’ai laissé pisser, les vanités de certains bonshommes me faisant plutôt sourire, sans vraiment m’atteindre. Mais aujourd’hui je ne souris plus en songeant que le bonhomme en question pourrait bien se tenir, par l’idée, non seulement derrière Sylvain Tesson et son livre ni fait ni à faire sur Homère, mais aussi derrière cette série d’Arte qui falsifie complètement le sens de l’œuvre du poète, comme je l’ai montré hier.

Il y a très longtemps que je me désintéresse du triste Sollers, n’ayant que trop vu ce qu’il y avait derrière la façade. Mais le soupçon m’étant venu de sa manipulation autour d’Homère, j’ai fait un tour sur Google, voir où il en était. Et j’ai vu qu’il était l’auteur d’un « éloge du porc » dans lequel il dit notamment « demandez donc à ma femme de vous préparer un rôti de porc ». Tellement élégant. Il a vanté le porc au moment de #BalanceTonPorc, déclarant à France Inter (où il disait aussi, tout récemment, qu’il faut se taire sur les affaires privées, même en cas de harcèlement ou d’inceste – décidément cette radio, qui embaucha aussi Sylvain Tesson pour dire n’importe quoi sur Homère, n’est pas dégoûtée) que « la Française a baissé de niveau depuis le XVIIIe siècle ». Se sent-il donc visé comme porc, pour produire cet éloge où se mirer ? Le vieux notable se croit malin en affichant son beaufisme, ajoutant au sexisme le racisme d’une allusion aux religions qui interdisent la consommation de porc parce qu’elle serait, selon lui, érotique (l’érotisme des catholiques, il est vrai, se porte plus sur les enfants, qu’ils prennent pour des rôtis du dimanche – mais chut, il ne faut pas en parler). Quelle intention derrière cet éloge du porc, comme derrière l’affichette apposée en vitrine de tel restaurant de quartier, tout près de la Grande mosquée de Paris : « ici on aime le porc » ? La question elle est vite répondue, comme dit le génie des réseaux.

N’est-ce pas la même intention qui se cache derrière cette série d’Arte qui réussit à faire ce que Circé n’a pu faire : transformer Ulysse en porc ? Plus explicitement : transformer le pieux Ulysse en athée acharné à « libérer » les hommes du divin ? Quels esprits s’agit-il de « libérer » ainsi, en vérité d’endoctriner ? Ceux du grand public, et des collégiens auxquels la série est destinée – les collégiens non-croyants qu’il s’agit de conforter dans leur rejet de la foi et des croyants, et bien sûr les collégiens croyants, et spécialement les collégiens musulmans. La ficelle est très grossière, à l’image du manipulateur. Si ce n’est Sollers, c’est l’un de ses semblables – ils sont légion dans le milieu, où n’ont droit de cité que ceux et celles qui sont comme eux, copains comme cochons. Et trop bêtes pour se rendre compte qu’à vouloir ainsi forcer les esprits, ils ne font que la même politique que ceux qu’ils entendent combattre, les islamistes intégristes, et renforcent les autres dans le rejet de leur idéologie frauduleusement dominante. On n’instaure pas la liberté en minant le pays de pièges, en régnant par le mensonge, le mépris, les coups bas, les falsifications. On n’instaure pas la liberté, on l’invite, et pour cela on nettoie la maison, on débroussaille, on déterre les cadavres intellectuels, on fait place à la lumière, que certains écrivent Lumière – et c’est bien leur droit.

Chronique du crime contre l’esprit

Lieux communs et faits alternatifs sont les deux mamelles de l’élite imbécile. Allons- y de « l’islamogauchisme gangrène la société française et l’université » jusqu’à « les dieux punissent les Grecs de leur démesure après la guerre de Troie » en passant par « un prof de philo de Trappes est menacé par les islamistes ». Les formules cent fois répétées finissent bien par faire des illusions de pensée et de vérité, mais pas pour autant de la pensée, ni la vérité.

Il y a toutes sortes de lieux communs ; les lieux d’aisance en font partie. Quant aux faits alternatifs, comme dirait Parménide « ce qui n’est pas n’est pas » : ils illustrent le nihilisme ordinaire des élites qui n’en sont pas. Beaucoup de lieux communs d’aisance tombent, avec un gros bruit, des bouches, des cœurs et des cerveaux empantouflés, dans le même néant où tentent d’exister les faits alternatifs sortis des mêmes orifices pour compléter la cacaphonie, que certain virus malin empêche de sentir.

Car si le propre de la pensée, de l’analyse, est de s’appuyer sur des faits, celui (si l’on peut dire) de la non-pensée est de se soutenir de non-faits. Le sale de la pensée fasciste, en fait, repose sur des faux faits, trouvés ou mis sur le marché. Les lieux communs peuvent avoir été pensés et sensés avant d’être des lieux communs, mais une fois transformés en éléments de pensée toute faite, ils sont vidés de toute substance, ils sont comme le « yaourt » de ces chansons qu’on chante sans en connaître les paroles ou le « lorem ipsum » qui sert à remplir les pages avant qu’elles ne reçoivent un texte réel.

Fin annoncée des quatre mythiques librairies Gibert du boulevard Saint-Michel. Soixante-et-onze employés sans travail, et des étudiant·es par milliers sans livres, et sans joie dans les files d’attente aux distributions alimentaires. Voilà des faits. Dans les faits, les mythes font pleinement partie de l’histoire humaine, et les falsifier, comme le fait le documentaire d’Arte sur Ulysse par basse raison idéologique – promouvoir l’athéisme à l’école en faisant d’Ulysse un athée (que dirait-on si en terre d’islam on apprenait aux enfants, de façon aussi anachronique, absurde, mensongère et malhonnête, qu’Ulysse était un musulman combattant le polythéisme ?), c’est commettre un crime intellectuel et moral contre l’humanité. C’est toujours ainsi que ça commence : les violences commises contre l’esprit sont des violences promises et commises contre les vies.

Fausses élites, vrais mensonges

faf a faf
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Le prof de philo qui se dit menacé par les islamistes (mais qui a dû reconnaître qu’il n’a pas reçu de menaces) parle sur Cnews et sur Sud Radio, écrit dans Causeur et dans Le Nouvel Obs. Cherchez l’erreur… malheureusement il n’y en pas, c’est l’ambiance du moment, comme le « débat » vanté, sur France 2, entre une ex du FN (Le Pen) et un ex de l’Action française (Darmanin). Pas un hasard s’il pleut comme autant de grenouilles ou de sauterelles des dénonciations d’abus sexuels, abus financiers, abus intellectuels ou autres, commis par des « élites », copains à Macron et compagnie. Abuser et mentir, c’est leur projeeet ! Sans lequel ils sont tellement inconsistants.

Le prof en question prétend qu’il n’y a ni coiffeurs mixtes ni cafés mixtes à Trappes, où selon lui on ne peut faire chanter les enfants dans les écoles maternelles. Le maire de Trappes dément tranquillement tout cela, et a aussi la preuve que ce prof l’accuse à tort de l’avoir traité d’islamophobe et de raciste dans une interview à une chaîne de télévision néerlandaise ; et ce maire, logiquement, porte plainte pour diffamation. Les médias en France ont beaucoup critiqué Trump, ses fake news et ses faits alternatifs, mais eux-mêmes propagent facilement le mensonge, surtout quand il s’agit de s’en prendre à une certaine catégorie de population, cible de l’hystérie de la vieille France. On a vu plusieurs fois de faux faits divers inventés par des racistes être repris partout avec emphase, avant que la vérité ne soit finalement faite, très discrètement, trop discrètement pour effacer le mal déjà fait.

À s’agiter comme il le fait, on pourrait penser que ce prof cherche à trouver quelque haineux à exciter, afin de triompher en recevant de réelles menaces, ou pire. Je comprends qu’il puisse être épuisé par vingt ans de cours de philo, des cours qui la plupart du temps, même dans de bons lycées parisiens, ne suscitent chez les élèves que l’envie de bavarder entre eux. Il est peut-être en burn out, quoi qu’il en soit il est visiblement dépité et c’est quelque chose à écouter, mais seulement tant que le mensonge n’y prend pas le dessus.

J’évoquais l’autre jour la série incroyablement mensongère que diffuse Arte sur l’Iliade et l’Odyssée, œuvres falsifiées au point de leur faire dire l’exact contraire de ce qu’elles disent noir sur blanc – visiblement dans un mélange d’ignorance (approximations, erreurs, confusions) et de souci idéologique (prôner l’athéisme), la série étant destinée en particulier aux enfants des collèges et à toutes les personnes qui ne connaissent rien au sujet. Il y avait de ça aussi dans leur série sur les religions – sans doute pas des falsifications aussi grossières, mais des orientations parfois soutenues par des présentations des faits malhonnêtes. Arte, élite de la télé ? Le problème n’en est que plus néfaste. D’emblée, les gens font confiance à Arte, comme on fait ou faisait confiance au curé ou à toute autre figure d’autorité avant que ne se mettent à déferler les témoignages sur leurs abus, jusque là commis en toute impunité. Les médias qui bénéficient encore d’une réputation bonne, comme Arte, ou du moins à peu près correcte, devraient se méfier eux aussi : l’impunité, en fait, n’est pas éternelle. Il en va de même pour toutes les « élites » qui par leur malhonnêteté mettent en danger non seulement leur propre tête, mais aussi la société entière, qu’elles tâchent d’entraîner dans leur médiocrité, leur mensonge, leur hypocrisie. Plus dure sera, ou est déjà, leur chute.

Des bienfaits des séries nordiques, et des méfaits des falsifications françaises (note actualisée)

Après avoir regardé plusieurs séries nordiques à la suite, je suis revenue vers une série américaine assez bien réputée et là, j’ai dû vérifier deux fois la date de production, tant elle me semblait datée. Dans la forme mais surtout dans le fond. Les caractères, les rapports humains, les rapports hommes-femmes, tout cela semble arriéré par rapport à ce qu’on voit dans les séries nordiques. Pourtant, première diffusion en 2014, ce n’est pas une vieille série, elle est même moins ancienne que certaines des séries nordiques que j’ai regardées, et dans lesquelles l’humanité paraît tellement plus évoluée.

De même qu’il y a beaucoup de films plus ou moins vieux que, même bons, je ne peux plus regarder, à cause des codes sociaux pénibles qu’ils véhiculent, en particulier sexisme éclatant et racisme plus ou moins larvé, je renonce, après un épisode, à ma série américaine, et retourne à une autre série nordique, là où je peux respirer. Malgré le mal qui bien sûr s’y déchaîne, puisque je regarde toujours des séries policières. J’aime les énigmes, la quête de la vérité, le combat contre le mal. Je n’aime pas une fiction qui étale son sexisme ou son racisme parce que son auteur les trouve normaux.

Les pays nordiques, qui travaillent dans le souci de la meilleure organisation sociale possible, du respect de chaque personne dans ses droits et ses devoirs au sein de la collectivité comme dans son environnement, de la responsabilité du groupe envers chacun et de chacun envers le groupe et envers la nature, dans le sens d’une société apaisée où chaque personne, à la fois sécurisée et autonome, peut se réaliser au mieux et être heureuse, ces pays montrent la voie pour toute l’humanité. C’est en cela que les bonnes séries nordiques sont précieuses. Elles ne montrent pas un monde parfait, mais elles montrent un monde où le respect d’autrui est possible, où la puissance des femmes est effective autant que celle des hommes, où l’autonomie des enfants est encouragé, où les enfants sont respectés autant que les adultes, en même temps qu’ils sont responsabilisés. Elles nous montrent une humanité plus accomplie, plus libre, et nous font comprendre que les pesanteurs patriarcales de nos vieux pays ne sont pas une fatalité. Nous pouvons nous en sortir.

Quelques minutes de visionnage de la série d’Arte sur l’Iliade et l’Odyssée m’ont suffi à voir que la falsification la gâtait comme le livre de Tesson. Comme son livre, elle est destinée à un public inculte en la matière, et visiblement écrite par un ou des incultes. Pleine d’approximations, d’erreurs, de contresens et de falsifications, elle véhicule une vision nihiliste qui n’a rien à voir avec la profonde humanité d’Homère. Chaque jour, continuant à le traduire, j’en suis bouleversée et extrêmement heureuse. Et je me dis que si seulement ceux-là qui en parlent avaient la capacité de lire vraiment cette œuvre, ils ne ressentiraient pas le besoin de la gâcher, à la façon de désirants dépités par leur propre impuissance. Un mal du vieux monde qui est en train de tuer le vieux monde, tandis que l’humanité vivante continue son chemin.

Les gens croiront savoir alors qu’ils ne sauront rien, comme les scénaristes de ce genre de documentaire, et n’auront nullement été incités à lire. On n’apprend rien d’ignorants, et ce documentaire est fait par des ignorants. Beaucoup d’argent public jeté par les fenêtres, alors qu’il aurait pu être utilisé pour enseigner intelligemment et sérieusement. Un problème trop souvent présent en France, d’où la baisse générale du pays. Grave culpabilité de services publics comme Arte, entre autres. Il devrait y avoir un contrôle sur l’utilisation de l’argent public dans les programmes des chaînes publiques, elles ne devraient pas pouvoir diffuser impunément de la fausse science. L’obscurantisme reste un mal à combattre.

P.S. 8-2-2021 Après écoute de quelques minutes de plus du docu d’Arte sur l’Odyssée, il apparaît que la thèse est de présenter Ulysse comme un athée (!) poursuivi par la colère de Zeus parce qu’il voudrait libérer les hommes des dieux. Évidemment c’est une énorme falsification. C’est exactement le contraire de ce que dit Homère, Zeus défendant Ulysse contre Poséidon, l’ennemi d’Ulysse qu’il faut faire plier afin d’assurer un heureux retour au « divin Ulysse » :

Ainsi répondit Zeus rassembleur de nuages :

« Mon enfant, quelle accusation sort d’entre tes dents ?
Comment oublierais-je jamais le divin Ulysse,
Si intelligent parmi les mortels et si généreux
En sacrifices pour les dieux, habitants immortels
Du vaste ciel ? Mais Poséidon qui enserre la terre
Est toujours irrité de ce qu’il aveugla l’œil
Du simili-dieu Polyphème, le plus fort
De tous les Cyclopes. La nymphe Thoosa,
Fille de Phorkys, l’un des chefs de la stérile mer,
S’étant unie dans les grottes à Poséidon, l’enfanta.
Depuis, Poséidon, l’ébranleur de la terre,
Sans le tuer fait errer Ulysse hors de sa patrie.
Mais allons ! Réfléchissons, nous tous, aux moyens
D’assurer son retour. Poséidon alors
Laissera sa colère. Car il ne pourra, seul,
Lutter contre le vœu de tous les immortels dieux. »

Des contrefacteurs, des homophobes, des incestueux, des pédocriminels et des fachos amusants

Le couvent Saint Jacques et ses passages de l'Apocalypse en façade, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Le couvent Saint Jacques et ses passages de l’Apocalypse en façade, ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Xi Jinping déclare que «La protection de la propriété intellectuelle est un élément clé dans les plans de développement du pays». Amusant, ce président chinois.

Recep Erdogan déclare que « Nous allons mener vers l’avenir non pas une jeunesse LGBT, mais une jeunesse digne de l’histoire glorieuse de cette nation ». Amusant, quand on se souvient que celui qui reste l’idole des Turcs, à savoir le grand Atatürk, était bisexuel.

Richard Berry nie fermement avoir abusé de sa fille aînée quand elle avait huit à dix ans. Amusant ! Comme si les incestueux et autres abuseurs s’empressaient ordinairement de reconnaître les faits.

Gabriel Matzneff annonce publier bientôt ce qu’il appelle son « chant du cygne », à savoir une ultime insulte à Vanessa Springora. Amusant, quand on sait que le chant du cygne est encore moins beau que celui du corbeau, une espèce de couinement sans force et virant dans les aigus comme la voix d’un adolescent qui mue. Tout chrétien qu’il soit, la dernière mue de ce mesquin monsieur le laissera nu pour l’enfer.

Autre petite voix, Gérald Darmanin, trafiqueur d’influence, déclare à la radio que le fait que des chercheurs à l’université travaillent sur les questions d’« idéologie racialiste » (c’est-à-dire en fait sur le racisme systémique) est « un drame pour la France ». Amusant, de la part de cet ancien de l’Action française.

Zineb El Rhazoui a été proposée pour le prix Nobel de la Paix – ce dont Gérald Darmanin se déclare « satisfait ». Amusant, quand on sait que cette nomination est le fait de Jan Bøhler, député norvégien d’extrême-droite.

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à bientôt pour la suite du Journal intime d’une jeune femme libre

Pandémie : renverser la table de la loi patriarcale

Macron répond à la détresse des étudiants par de la charité, des actes de dame patronnesse. De l’humiliation. C’est une injustice criante que les jeunes, privés d’études, privés de travail, doivent porter le poids le plus lourd dans cette pandémie. Alors que si on adoptait des mesures spécifiques pour les populations à risque, si on leur demandait, en attendant d’être vaccinées, d’aller faire leurs courses à des horaires réservés et de ne pas sortir dans les autres lieux publics fermés, les jeunes, les travailleurs de la culture, les restaurateurs, les gérants de salles de sport, tous ceux qui sont asphyxiés depuis un an maintenant, pourraient retrouver un peu d’air, en s’adaptant bien sûr aux mesures sanitaires.

Cette crise sanitaire met en évidence la lourdeur et l’iniquité du patriarcat. Les jeunes sont sacrifiés. C’est Abraham, le couteau sur la gorge de son fils, mais aucune instance supérieure en lui ne l’empêche de commettre le crime. Il en va de même dans les affaires d’inceste et de pédophilie, et nous en sommes réduits à signer des pétitions pour qu’on cesse de demander aux enfants s’ils étaient consentants. Il y en a assez de cet esprit pourri, il est plus que temps de renverser la table de la loi patriarcale et gérontocrate.

Le nerf de la guerre

à Paris hier, photo Alina Reyes

à Paris hier, photo Alina Reyes

Quand j’avais une vingtaine d’années, l’un des patrons d’une boîte où j’ai travaillé quelque temps m’a invitée à faire un tour dans sa Porsche. Je n’ai jamais aimé les Porsche, j’adorais les Jaguar. J’ai accepté, et je lui ai demandé de me laisser conduire. J’ai appuyé bien fort sur le champignon, il a vite voulu rentrer et ne m’a plus proposé de balade. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé à deux ou trois religieux à Lourdes de les ramener dans ma vieille Toyota au monastère où ils logeaient. J’ai conduit fangio dans les rues désertes, y compris dans les virages. Quand je les ai débarqués, une indignation coléreuse se lisait sur leurs visages et moi je souriais. Ils disent toujours tant qu’ils aiment être secoués.

Difficile de résister à la tristesse des moments que le pays traverse. Comme si le confinement et tout ce qui en découle ne suffisaient pas, comme si l’état policier ne se faisait pas assez sentir avec ces menaces de verbalisation de nos sorties, ces attestations ridicules à remplir, ces masques à porter dans des rues désertes ou en pleine nature, voici que l’article 24 de la loi « sécurité globale » vient d’être voté par l’Assemblée. Le désastre macroniste ne m’étonne pas, je l’avais vu dès avant l’élection mais je préférerais tant m’être trompée. J’ai entendu tout à l’heure à la radio que les pays où la crise du Covid avait été la mieux gérée étaient aussi ceux dont les citoyens faisaient le plus confiance en leur gouvernement, comme en Nouvelle-Zélande – du fait que leur gouvernement méritait en effet leur confiance et faisait en retour confiance aux citoyens. Les mensonges et le double jeu systématiques de la macronie nous enfoncent dans le complotisme et l’obscurantisme. Contre l’abattement qui nous menace – aujourd’hui je n’ai rien fait à part un peu de yoga et de marche – j’essaie du moins de ne pas oublier qui je suis, non pas socialement mais dans mon être vivant, vibrant, combattant et riant.

La France indigne

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

René Vautier sur le rideau de fer du cinéma La Clef, cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

Il y a dans mon roman-pamphlet Poupée, anale nationale un passage où les enfants des écoles sont incités par une créature fasciste à dénoncer les pensées non conformes de leurs parents. Il y a, dans la vie, des parents qui dénoncent les pensées de leur enfant, des enfants qui dénoncent les pensées de leur parent, des ami·e·s qui dénoncent les pensées de leur ami·e, des collègues qui dénoncent les pensées de leur collègue, etc. – qui les font parler, puis rapportent à qui le leur demande. Et maintenant il y a aussi, en France, un gouvernement qui envoie dix policiers lourdement armés tirer de leur lit des enfants de dix ans, avant sept heures du matin, parce qu’ils ont exprimé une pensée non conforme lors d’une célébration officielle de la liberté d’expression. Trois petits et une petite de CM2, retenus dix heures durant au commissariat. Je n’avais pas imaginé voir ça un jour dans mon pays (que j’ai l’intention de quitter quand ce sera possible). L’Histoire jugera.

Terrorisme islamiste. Un enseignant décapité (note (ré-)actualisée)

3-11-20 : je continue à actualiser cette note de temps en temps, par le haut.

Attentat à Vienne.
S’amuserait-on à exciter un fou croisé dans la rue, à moins d’être fou soi-même ? Et serait-on applaudi par tous les passants en appelant cette folie « liberté d’expression » ? Serait-on toujours applaudi, sinon par des fous, quand il s’avèrerait qu’on a exposé aussi les autres, beaucoup d’autres, à la mort ?
Tout ça pour contenter un vieux beaufisme raciste.
Quelques voix sensées commencent à s’élever contre cette folie. Outre Justin Trudeau l’autre jour, hier ce fut Luc Ferry – qu’on ne peut soupçonner d' »islamo-gauchisme » – aujourd’hui dans Le Monde une tribune de Jean-Louis Schlegel et Olivier Mongin. Il est plus que temps de retrouver la faculté de penser.

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« Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète », a déclaré Justin Trudeau. Le monde juge sévèrement la France sur cette question, et l’Histoire la jugera encore plus sévèrement. Nos descendants auront honte de leurs aïeux qui auront soutenu ça, comme nous pouvons avoir honte de nos aïeux du 20e siècle qui ont soutenu les caricatures de Je suis partout, comme nous pouvons avoir honte du comportement de trop de Français dans les tragédies du siècle dernier, tragédies dues à ses racismes, tant envers les juifs qu’envers les peuples colonisés. Les réponses ultraviolentes et injustifiables qui nous viennent du mépris d’autrui, qui n’est qu’une actualisation d’un même mépris séculaire de notre civilisation envers les autres civilisations, nous devrions en tirer une leçon et y trouver une occasion de nous regarder dans la glace.

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Attaque terroriste à Nice. Dessinateurs, journalistes et politiciens jusqu’au plus haut sommet de l’État, il serait bon d’apprendre à vous conduire en adultes et à jouer les cartes de l’apaisement au lieu de jeter sans cesse de l’huile sur le feu, comme si vous craigniez qu’il s’éteigne, ce rideau qui cache vos autres manquements. Combien de vies êtes-vous prêts à sacrifier encore pour pouvoir continuer à jouer au plus con avec les terroristes ?
Tristesse, grande tristesse face à la petitesse et à la bêtise de nos « élites », en train d’aggraver une « exception française » de plus en plus déplorable.

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Au pays de la « liberté d’expression », voici l’un de mes commentaires censurés par France Info, au moment de la caricature d’Erdogan par Charlie : « Juste pour savoir : Charlie a-t-il fait des caricatures sexuelles de Macron ? Genre Macron et Benalla à l’époque où ce dernier frappait du manifestant ? Ou autre ? Ou de Trump au lit dévêtu ? Le fascisme à l’occidentale n’a pas l’air de le déranger. Ni ses alliés orientaux. »
Donc les gens peuvent poster par centaines, par milliers depuis des jours, des commentaires haineux envers les musulmans, mais pas une remarque aussi simple. Mon commentaire de la veille disant que « n’en déplaise à Erdogan », il fallait maintenant renvoyer les imams détachés, et que les musulmans français trouvent parmi eux d’autres imams, a été censuré aussi par le même site d’info. Où peut mener la guéguerre des fachos d’ici contre les fachos de là-bas ? Les uns et les autres tiennent les peuples en otages, peuples excités dans leurs bas instincts des deux côtés, et les idiots utiles de Charlie permettent à Macron comme à Erdogan de détourner le regard des peuples de leur incurie et de leurs méfaits.

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L’islamophobie se déchaîne maintenant en France. À lire les commentaires en ligne, on a une bonne image de la France comme coq sur son tas de fumier. Le Pen a gagné, pas dans les urnes mais en virus. Dans cette puanteur il y a encore des justes et des lucides qui osent s’exprimer, malgré la terreur intellectuelle qui s’est installée.

Screenshot_2020-10-26 claro ( madmanclaro) Twitter
Screenshot_2020-10-27 Contributions - « La grande majorité des habitants des pays du Moyen-Orient ne comprend pas pourquoi [...]
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Screenshot_2020-10-22 Contributions - Attentat de Conflans quatre personnes, dont deux mineurs, mises en examen pour « comp[...]
Ci-dessus, des commentaires sur un article du Monde.

Ces provocations, en effet, avaient tout du concours de bites avec les islamistes. Pas étonnant, c’est la jalousie sexuelle qui anime, au fond, le racisme de l’un contre l’autre et réciproquement. La libido morbide dont les hommes font les guerres, depuis la nuit des temps ; qui les pousse à s’entretuer, et entraîne des morts et des enchaînements de malheur dans toute la société. Tout ça pour ça (de vieilles bites mollissantes vs de jeunes bites brimées, les unes et les autres voulant se prouver quoi ? qu’elles étaient mortelles ?) Ceux qui, planqués à l’arrière, ont encouragé les dessinateurs de Charlie à s’engouffrer dans cette spirale infernale n’en sont pas morts, eux. Comme le disait hier un internaute sur un site d’information, ceux qui, directement ou indirectement, ont envoyé le jeune de dix-huit ans tuer Samuel Paty sont « des lâches », « ce ne sont pas des HOMMES », écrivait-il.

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Selon Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, « Il y a une vraie anarchie religieuse musulmane en France qu’il faudrait encadrer » (France Info).
Moi j’aime l’anarchie, du moment qu’elle est bien pensée. Ce qui n’est évidemment pas du tout le cas en ce moment. La possibilité d’une anarchie bien pensée, c’est ce qui me plaît dans l’islam. Pas de clergé. Pas de hiérarchie. (Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des confréries soufies). Du moins en principe. En principe tout-e musulman-e peut être imam, un temps plus ou moins long, selon que les autres lui confient cette tâche ou non. En principe l’islam est une spiritualité souple et vivante, pour peu qu’on arrête de prendre l’islam pour un ensemble de lois forgé après coup par des humains, trop humains. En principe en islam l’être humain n’a à se soumettre à aucun autre être humain, il est seul face à Dieu, c’est-à-dire face à sa conscience, il n’y a pas d’intermédiaire entre lui et Dieu comme dans le christianisme par exemple. Une religion aussi exigeante en termes de responsabilité et de liberté demande évidemment des humains très bien éduqués. On en est loin, mais ce n’est peut-être pas impossible.
Cela dit, je ne suis rien d’autre qu’une amateure en islam, aux musulman-e-s de voir comment ils et elles veulent évoluer ou se gérer. Et aux non-musulmans de veiller à ce qu’ils ne tombent pas dans les abus, comme n’importe quel autre groupe humain.

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Je découvre l’histoire de Sanda Dia, étudiant de vingt ans de mère belge et de père sénégalais, décédé il y a deux ans après avoir été torturé à mort pendant deux jours par de jeunes gens « de très bonnes familles, riches et influentes » (Le Monde) lors d’un bizutage nommé « baptême » à l’université catholique de Louvain.
Décapiteurs islamistes ou autres, les sadiques se saisissent de tout prétexte à leur portée pour assouvir leurs pulsions.

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Prenons de la hauteur, voyageons, lisons, voyons autre chose que ce que nous voyons dans notre étroit cadre national. Ailleurs dans le monde la France est considérée comme un pays particulièrement islamophobe, et les caricatures de Charlie Hebdo y sont pour beaucoup. Comme l’ont noté de nombreux intellectuels, représenter l’ancien colonisé (car c’est ce dont il s’agit, à travers l’image du prophète de l’islam) en posture d’humiliation est très significatif du déni d’un pays envers son histoire. Les professeurs d’histoire doivent pouvoir avoir une pensée sur cette question. Et donc soit traiter de la liberté d’expression en employant d’autres exemples, soit traiter ces caricatures avec beaucoup de recul. On ne peut pas condamner l’islamisme et en même temps l’attiser par des humiliations qui font perdurer dans les esprits la situation coloniale.
Il n’est pas question de dire que tout le problème vient de la colonisation. Mais chaque pays a son histoire, on ne peut pas oublier certaines composantes qui nous sont propres et qui entrent dans le problème de façon spécifique. Les intégrismes religieux montent partout en effet comme en d’autres temps montèrent les communismes : comme (très mauvaises) réponses à des situations locales et mondiales devenues intenables. Il nous appartient d’inventer d’autres solutions, plutôt que de nous laisser nous enfoncer dans des politiques (nationales, européennes, mondiales) dépassées, nocives, qui créent des inégalités jamais vues et des iniquités de moins en moins supportables.

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« Aujourd’hui avec vous nous sommes tous profs », déclare Brigitte Macron. Et je sens monter comme une odeur d’indécence. Pourquoi ? Il y a tant de raisons. Mais peut-être les plus simples, les plus basiques sont ces questions qui peuvent se poser : a-t-elle jamais enseigné dans un établissement de banlieue, près des cités ? a-t-elle eu des classes issues d’origines très variées ? a-t-elle eu des classes comprenant pas mal d’enfants de pauvres, « blancs » ou « de couleur », ou de parents ne parlant pas le français ? A-t-elle eu des élèves qui ne ressemblaient pas à Emmanuel Macron ? Ce premier de la classe qui avec son aide est devenu premier du pays, d’un pays qui, depuis, va plus encore qu’avant de souffrance en souffrance, de désagrégation en désagrégation. La « République » dont ils se gargarisent tant étant par lui de plus en plus vidée de « res publica », de chose publique, de service public, à commencer par l’hôpital et l’école.
Tariq Ramadan aussi a été prof, et aimait bien ses élèves de quinze ans. Ça veut dire quoi, « nous sommes tous profs » ?
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France Info recueille les impressions de musulmans de Pantin qui disent ne pas comprendre la fermeture de leur mosquée. Leur imam a dû bien mal leur enseigner la religion, pour qu’ils ne comprennent pas.
Cela dit, il me semblerait plus efficace de laisser les mosquées ouvertes, d’en sortir les imams détachés, sans attendre, et d’envoyer de temps en temps quelqu’un écouter les prêches, en français.

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La mise en scène abjecte postée sur les réseaux sociaux par le comité Adama (plus ou moins supprimée au vu des réactions), montrant Assa Traoré, place de la République dimanche dernier, en compagnie d’hommes arborant un slogan obscène, infect, pervers, hypocrite au possible, criminel, sur la mort de Samuel Paty, rend ce drame plus désespérant encore. Comment soutenir en France des mouvements « antiracistes » qui se révèlent aussi infectés ? Comment en est-on arrivé là ? Il était déjà problématique que ce mouvement porte le nom d’une famille multi-impliquée et persévérant dans des affaires de violences, d’escroqueries et de viol. Et maintenant elle s’affiche à mots couverts comme se félicitant de la décapitation d’un professeur ? A minima, elle ne vaut pas mieux que ceux et ce qu’elle dénonce.

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Annonces de Darmanin sur des dissolutions d’associations, etc. La macronie ne survit que par la com’ et les effets d’annonce, sur tout et sur rien. Nous sommes encore dans un état de droit, il me semble, et non dans une dictature où un homme politique élimine du jour au lendemain une association ou une personne sans autre procès.

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L’ensemble des professeurs du collège du Bois d’Aulne publie un communiqué dans lequel ils s’inquiètent, à juste titre, du rôle des réseaux sociaux dans ce drame. Que certains enseignants qui ont utilisé les réseaux sociaux pour harceler l’une de leurs collègues (moi, et sans doute d’autres) s’en souviennent et en tirent une leçon. Il n’est pas rare que le harcèlement tue, aussi.

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À lire : sur les liens d’Abdelhakim Sefrioui, et des islamistes, avec Dieudonné, les néonazis… Un article bien documenté de La Horde

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Une enquête vise un site néonazi qui a diffusé la photo du professeur décapité. Les néonazis, les néofascistes sont les complices intellectuels des terroristes islamistes. Même culte de la mort et du macabre, même haine de la liberté. C’est un marchand d’armes d’extrême-droite qui a armé les tueurs des attentats islamistes de Paris en 2015. Le terrorisme islamiste sert la montée du fascisme et met ainsi en danger toute une société, et les musulmans plus encore que le reste de la population. Car les fascistes ont davantage de possibilité de s’imposer, d’imposer un fascisme au moins rampant dans la société, que les islamistes, qui leur servent d’idiots utiles. Stupidité des hommes.
Tout ce qui peut pousser la société à la haine, dont le terrorisme, est profitable aux mouvements d’extrême-droite : ce sont eux qui, en Europe, ont le plus de moyens de faire régner leur idéologie, en gangrenant la politique des pouvoirs en place pour commencer.

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Screenshot_2020-10-19 claro ( madmanclaro) Twitter

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À lire : Un docu sur le Qatar, ce nouveau financeur de l’islam européen

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Le président de la République a choisi pour l’hommage à Samuel Paty la cour de la Sorbonne « lieu symbolique de l’esprit des Lumières ». Ah ? François 1er a fondé le Collège de France, à la Renaissance, justement parce que la Sorbonne était tenue par les catholiques et qu’on ne pouvait y apporter aucun enseignement moderne. Cela se ressent encore dans certains secteurs de la Sorbonne. À Paris 4 notamment, réputée pour son conservatisme et où j’ai entendu des cours avec des allusions récurrentes à « notre sainte mère l’Église ». Même sur le ton de l’humour, c’étaient des entorses à la laïcité fort pénibles. Conservatisme qui, entre autres raisons, m’a fait quitter cette université en cours de thèse.

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Je reviens un instant sur le problème spécifique du manque de soutien des enseignants par l’institution. Il arrive que les élèves mentent, individuellement ou collectivement. C’est arrivé dans mes classes. Je ne leur en ai pas voulu, ce sont des enfants, j’ai simplement réaffirmé la vérité. Mais une fois les faits sont remontés à l’oreille de la prof principale de la classe. Qu’a-t-elle fait ? Cette jeune femme, très sympathique au demeurant, m’a demandé des explications, ce qui est normal, mais visiblement en accordant plus de crédit aux élèves qu’à moi, femme largement adulte et qui a bien la tête sur les épaules. Une technique de policiers qui renversent l’accusation contre vous quand vous allez porter plainte. Je ne dis pas que l’enseignant-e a toujours raison, mais ce serait bien d’arrêter de l’infantiliser a priori, même entre collègues. Comment travailler correctement dans ces conditions ?

Tous les profs savent qu’ils ne sont pas soutenus par l’administration quand il y a un problème avec les parents, islamistes ou pas islamistes. On accorde beaucoup trop de pouvoir aux parents dans l’école, voilà pourquoi ils se sentent autorisés à vouloir y faire leur loi.

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Projet de loi contre les contenus « haineux ». La difficulté est d’apprécier ce qu’est un « contenu haineux ». Les caricatures de Charlie en sont-ils, par exemple ? Certains les reçoivent ainsi. Pourquoi les uns auraient-ils loisir d’insulter et pas les autres ? Pourquoi Charlie, et pourquoi pas Dieudonné ? Peut-être faudrait-il se recentrer sur les lois déjà existantes contre le racisme et le sexisme, le harcèlement, les appels au meurtre ou la diffamation, tout simplement.

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Il semblerait que les pouvoirs publics veuillent s’attaquer sérieusement à l’islamisme dans ce pays. Excellent. On finira par arriver à le neutraliser, surtout si les états démocratiques cessent de fricoter avec les états islamistes, qui ont tant de dollars à dépenser qu’on ferme les yeux religieusement sur le reste. Bon, quand l’islam sera rendu à la paix à laquelle il aspire, ce ne sera pas bon pour les affaires de Charlie Hebdo mais est-ce bien grave ?

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Les terroristes islamistes sont les idiots utiles des racistes et du vieux monde. Charlie Hebdo essaie de se refaire une pub sur le meurtre de Samuel Paty. C’est obscène, mais l’obscénité est leur seul moyen de survivre depuis les années où ils ont sombré dans le beaufisme le plus abject (comme je l’ai démontré ici dans un article détaillé sur leurs publications racistes, jusqu’au soutien à Oriana Fallaci). Passons, comme la caravane.

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À lire : Enseignant décapité : « Trop c’est trop, ça suffit ! », s’insurge le président de la Fondation de l’islam de France

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Personnellement je ne réclamerais pas l’interdiction de l’anonymat en ligne, bien qu’il m’ait beaucoup nui, insultée et chassée des réseaux sociaux à maintes reprises, jusqu’à ce que j’y renonce complètement, moi qui y parlais à visage découvert. Je ne protesterais pas non plus s’il était finalement interdit, comme il en est question une nouvelle fois suite au harcèlement subi par Samuel Paty. Ceux qui crient à l’atteinte à la liberté parce qu’il leur faudrait parler en leur nom ont une bien piètre conception de la liberté. Oui, parler en son nom comporte des risques, par rapport à ses employeurs ou à d’autres personnes. Mais qu’est-ce qu’une liberté qui ne veut pas prendre de risques ? C’est parce qu’Internet est plein de parleurs qui n’assument pas leur parole, afin de pouvoir continuer à vivre pépères, que la société n’avance pas, que les libertés reculent, puisque trop de gens, tout en les réclamant, refusent de les soutenir de tout le poids de leur propre vie, comme il sied à un être humain digne de ce nom.

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Je consulte les comptes twitter des profs. Une avalanche de témoignages sur le fait que l’administration ne les soutient ni ne les protège absolument pas dans les conflits qui peuvent se présenter avec les parents ou avec les élèves. On aurait pu éviter que cet homme se fasse assassiner.

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La vidéo du père de famille à l’origine de l’affaire a énormément circulé sur les réseaux sociaux. Comment peut-on appeler sur les réseaux sociaux à sévir contre quelqu’un, donner les indications pour trouver la personne, et rester tranquillement en liberté à faire sa sale besogne jusqu’à ce qu’un drame se produise ? Pourquoi ne va-t-on pas chercher les lyncheurs par la peau du cou avant qu’il ne soit trop tard ?

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J’aimerais bien savoir ce qu’a dit l’imam de la mosquée de Pantin, lors du prêche de la grande prière, quelques heures avant le meurtre de Samuel Paty. Si c’est bien lui, l’imam salafiste malien de cette mosquée, qui a fait le prêche. Pourquoi les imams étrangers, formés dans des pays où règne une toute autre mentalité qu’en France, sont-ils toujours autorisés à venir ici embrigader les jeunes, essayer de leur inculquer des principes dépassés, moins libéraux que ceux du Prophète lui-même ? Il y a bien assez de musulman-e-s français-e-s capables de tenir cette fonction.

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Après les « Je suis Charlie », voici les « Je suis prof » ou « Je suis Samuel Paty ». Tant d’hommes et de femmes en France qui cherchent leur identité, qui sont en manque d’identité. C’est bien le fond du problème, y compris bien sûr pour les islamistes et les terroristes.

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Samuel Paty a été assassiné après avoir subi une cabale sur Internet. Il y a deux ans, prof moi-même, j’ai été harcelée par un tas de profs (sous couvert d’anonymat bien sûr) sur Twitter, à cause de ma « liberté d’expression », comme ils disent. Je le raconte ici. J’ai été aussi menacée par l’Académie de poursuites judiciaires parce que je contestais sur mon blog les méthodes pédagogiques (sans mentionner aucun nom de personne ni d’établissement), et finalement une prof de l’Espé (institut de formation des profs) a porté plainte et j’ai dû aller m’expliquer au commissariat. La plainte a été classée sans suite. Dans mon lycée mes collègues (à qui je n’avais rien fait) ne me saluaient plus et s’asseyaient tous loin de moi à la cantine – je devais manger seule à l’écart tandis qu’ils discutaient en prenant leur repas aux tables voisines. Etc. Je ne suis pas la seule professeure à avoir été persécutée par des gens de l’institution et à en être tombée malade. Il y a un malaise énorme et le meurtre de ce professeur devrait remettre en question, non seulement le problème de l’islamisme, mais aussi celui de l’abandon des enseignants à eux-mêmes quand ils se retrouvent dans une mauvaise situation. Ce professeur n’a pas été soutenu ni protégé car ainsi fonctionne cette institution. Tout le monde doit se remettre en question après ce drame, ce meurtre qui aurait pu être évité en n’acceptant pas la dictature des parents, et en particulier celle des parents islamistes, et en prenant des mesures pour protéger cet enseignant.

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Puisqu’il est question de liberté d’expression : oui, les enseignants doivent encourager les enfants à parler, mais leur faire « dire ce qu’ils pensent » n’est pas suffisant – et encore moins leur dire « non » quand on pense qu’ils ne pensent pas bien. Le mieux est de les amener à découvrir ce qu’ils peuvent réellement penser, au-delà de choses plus ou moins répétées. Et pour pouvoir dire ce qu’ils pensent, les enfants comme les adultes doivent d’abord pouvoir dire ou comprendre ce qu’ils vivent, ce qu’ils ont vécu, ce qui est au fond d’eux. Pour ça, je ne vois que les cours de littérature et d’art, qui permettent d’exprimer de façon noble et non pas sur le mode du bavardage ou de la confession publique brute. L’enseignant-e doit se rappeler que sa propre pensée n’est pas à administrer, que son rôle est de comprendre les différentes pensées, de pouvoir les faire dialoguer, de ne pas pousser les élèves, en voulant normaliser leurs pensées, à dissimuler. Je me souviens d’un élève qui me demandait avec insistance, incrédule, au début d’un atelier d’écriture en classe : « Madame, c’est vrai, on peut tout dire ? Tout raconter ? Vraiment ? » Oui. (Sinon, gare au possible déchaînement de la violence physique chez celles et ceux qui doivent subir la liberté d’expression d’autres qui n’en usent pas à armes égales ou qui en usent pour humilier et opprimer ceux qui manquent de possibilité de réponse).
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Comment enseigner la liberté d’expression aux élèves ? En leur apprenant à la pratiquer, et en le leur permettant. Cela suppose d’en avoir soi-même la pratique. Vouloir imposer la pensée de la liberté d’expression, par des images choc ou autre, c’est comme pousser quelqu’un dans l’eau pour le forcer à nager. Il apprendra peut-être par lui-même, mais il se pourrait aussi qu’il se noie. La « liberté d’expression » est trop souvent un masque d’une pensée formatée obligatoire.
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L’acte atroce qui a été commis contre un professeur, quelqu’un qui a en charge l’enseignement des enfants et s’en acquitte du mieux qu’il peut même si ce n’est pas toujours au mieux, a tué deux personnes et en a blessé des millions.

Twitter

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Où est M. Blanquer ?
Les professeurs sont privés de liberté d’expression par le ministère, il faudrait peut-être commencer par là. Ensuite aider les enseignants à faire des cours sur ce sujet équilibrés. On ne peut montrer les caricatures de Charlie sans montrer aussi celles de dizaines d’excellents dessinateurs dans le monde qui donnent un autre point de vue (et ont par leurs dessins dénoncé par exemple l’utilisation par Charlie de la mort du petit Aylan). On peut aussi enseigner la liberté d’expression en apprenant aux élèves à réfléchir avec des textes intelligents plutôt qu’en assenant des violences symboliques sans appel.
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Voilà deux fois ces jours derniers que surgissent sur le devant de la scène de jeunes personnes russes. Il y a deux ou trois semaines, c’était, à Strasbourg, une jeune femme qui accusait des immigrés de l’avoir frappée à cause de sa jupe ; il s’est avéré que l’histoire était inventée et que la jeune femme faisait partie d’un groupe d’identitaires d’extrême-droite. Et aujourd’hui ce jeune Tchétchène de nationalité russe qui décapite au nom de l’islam un professeur accusé d’avoir montré des caricatures du Prophète à ses élèves de 4ème, après avoir fait sortir les musulmans de la classe. Le choc est très rude. Et profitable aux politiques qui ont l’habitude d’exploiter ce genre de tragédie dans leur propre intérêt morbide. Je ne crie pas au complot. Je constate que les forces de mort viennent de beaucoup d’endroits, de l’intérieur et de l’extérieur, du terrorisme et du racisme, et que toute la société est menacée, de plusieurs façons.

J’ai enseigné quelques mois dans un lycée du Val d’Oise, il y a peu. Il y avait des élèves d’origines très diverses, une petite d’origine asiatique avait pour meilleure amie une petite d’origine africaine, etc., les enfants s’aimaient bien entre eux et je les aimais tous profondément. C’est notre devoir d’adultes et de citoyens de ne pas œuvrer dans un sens qui sépare les gens, spécialement dans ces temps difficiles. C’est aussi le moment de mettre vigoureusement en action la décision de renvoyer tous les imams détachés. Les mentalités et pratiques politiques et sociales d’autres pays n’ont pas à s’importer en France (ou ailleurs) par le biais des religieux, quels qu’ils soient.

Condoléances à la famille et aux proches de la victime. Pensées pour les élèves, les collègues, les voisins. Paix sur notre pays et sur le monde.

Collaboration, marque française déposée

Il est certes plus aisé et plus seyant de faire le procès de quelques seconds couteaux des tueries islamistes de 2015 que de faire celui des politicards et hommes d’affaires qui copinent avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, vendant la France au détail et leur vendant des armes en gros. Les morts qu’elles font, qui les compte, qui connaît leurs noms (à part ceux des morts français évidemment, tués aussi par cette politique génératrice de terrorisme) ? Avec la complicité des médias et autres bien-pensants, c’est la France à la fois collabo et coloniale, hypocrite et criminelle, couchée et raciste, qui perdure dans ce qu’ils appellent l’esprit Charlie. Fort décrépit, Dieu merci.

Le harcèlement

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Le harcèlement, beaucoup en meurent. Il détruit des existences. Isole. Ruine ses victimes, les coupe de leurs relations professionnelles, donc de leur possibilité de gagner leur vie, les coupe de leurs relations amicales, de certains de leurs proches parfois, embringués par le diable. L’expérience de Milgram se produit de façon très banale dans la vie ordinaire, où la conscience abdique si aisément devant quelque autorité, devant le mensonge organisé. Harceleurs imbéciles, qui ne comprennent pas qu’un non, qui plus est répété des années durant, ne se changera jamais en oui. Faut-il manquer de vie, pour s’en prendre ainsi à celle d’autrui.

Cet après-midi à Paris, photo Alina Reyes

Christ aux cheveux verts

"Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang" Acrylique sur bois (isorel) 74x42 cm

« Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang » Acrylique sur bois (isorel) 74×42 cm


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En écrivant cette icône, j’ai songé que le maintien de la fermeture des parcs et jardins en Ile-de-France, malgré les demandes d’ouverture d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse, et alors que rouvrent centres commerciaux, écoles, bureaux, chantiers, transports en commun, lieux de culte avec autorisation de cérémonies…, et alors que les études montrent que la pandémie se transmet essentiellement dans les lieux clos, est une mesure de coercition de type fasciste, totalitaire : une mesure contre la vie, contre la liberté, contre le bonheur.

J’aurais pu intituler cette icône « la multiplication des pains », avec cette chair du Christ changée en myriades d’hosties. Mais ce qui est essentiel, c’est que cette figure soit encadrée de vert et d’or. En ce jour d’Ascension, une façon de s’élever pour voir d’en haut que la vie et la lumière sont nos véritables trésors, avec l’amour rendu par la libéralité du don de soi, un soi aux mesures de l’univers et en communion avec lui.

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