Racisme envers Taubira

Comment combattre le racisme hideux, répétitif, au plus haut point scandaleux que subit Christiane Taubira ? Il y a peu, des enfants étaient arrêtés dans les écoles primaires de France quand ils étaient soupçonnés de ne pas vouloir être « Charlie ». Il étaient conduits au poste de police, tenus pendant des heures en garde à vue, interrogés. D’autres étaient martyrisés par leurs enseignants pour la même raison. Ils avaient six, huit, dix, douze ans… Et les adultes qui s’acharnent de façon infectement raciste sur la ministre de la Justice, sont-ils emmenés au poste et placés en garde à vue, eux ? Il est fort dommage que ni François Hollande, ni Manuel Valls, ni Christiane Taubira, qui protestent à juste titre contre la parole abjecte de ceux qui salissent ses origines, n’aient rien dit quand on arrêtait des enfants, et ne manifestent pas non plus de façon plus nette leur solidarité avec les personnes moins en vue qui sont tout autant victimes de racisme et d’islamophobie, au lieu de continuer à séparer comme ils le font les Français en distinguant sans cesse l’antisémitisme des autres formes de racisme. Il est dommage que Christiane Taubira, qui sait ce que c’est que d’endurer le racisme, n’ait jamais protesté contre les propos de son Premier ministre, Manuel Valls, méprisants, voire pire, envers les Noirs, les Roms et les musulmans. Il est vraiment dommage, oui, que l’idéologie l’emporte sur le sens de la justice, au point qu’on ne sache se scandaliser du racisme que lorsque soi-même ou ses amis et alliés en sont les victimes.

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Prendre ses responsabilités politiques

Valls dit avoir peur que la France se fracasse contre le FN, Sarkozy fustige le « FNPS », mais UMP et PS font également le lit du FN. Les faits le prouvent. Les uns et les autres se succèdent au pouvoir pour le même résultat : la désespérance des électeurs et l’irrésistible montée du FN. Un éditeur à qui j’avais envoyé La grande illusion, Figures de la fascisation en cours, m’a répondu en faisant l’éloge de mon livre tout en m’annonçant qu’il ne le publierait pas, sans pouvoir m’en donner la raison. Dans son « PS », pour « Post Scriptum », j’ai cru lire « Parti Socialiste ». Ceux qui pensent qu’il faut éviter d’attaquer la gauche socialiste à cause du danger du Front National, se trompent grandement. Plus on évitera de dire la vérité (comme on le fit pour Charlie Hebdo quand il était devenu raciste et réactionnaire), plus on ira à la catastrophe. Alors que voir ce qui est, c’est se donner la possibilité de refuser le mauvais, et de se tourner vers autre chose à inventer, en l’occurrence une autre politique. Nous ne sommes pas condamnés à mettre au pouvoir toujours les mêmes figures mises en avant par les médias, si nous nous en détournons nous ouvrons aussi un espace pour la naissance et le développement d’autres options, d’autres hommes et femmes, d’autres façons de faire. Personnellement je ne voterai ni UMP ni PS ni FN. Plus les votes se détourneront de ces grandes formations sclérosées, plus nous donnerons de chances aux plus « petits », aux marginaux, plus nous nous obligerons à transformer radicalement ce qui doit être transformé, n’étant plus viable et nous conduisant au pire. C’est un travail que doivent faire tous les peuples du monde. Nous le voyons clairement quand nous regardons par exemple le Moyen Orient. Il nous faut admettre que nous aussi sommes en fort mauvaise posture, et avons une révolution à faire. Dans et par la vérité, la justice, la sagesse, la responsabilité.

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Journée de la femme, journée de l’indignité

Vous êtes noir, vous êtes juif, vous êtes arabe, vous êtes musulman… vous devez affronter les mauvais regards ou même les mauvais traitements, les discriminations et les difficultés à vivre dans un environnement raciste ? Sachez que les femmes endurent chaque jour depuis des millénaires des violences morales, symboliques et physiques encore bien plus courantes et souvent pires. D’ailleurs, qui oserait inventer une « Journée du noir », ou une « Journée du juif », etc ? Contre les femmes, les hommes ont leur force physique, et leur force sociale, que parmi eux les lâches, les frustrés et les imbéciles exercent semblablement, qu’il s’agisse de petits cons harceleurs de rue ou de petits cons harceleurs au travail, de tyrans domestiques ou de paternalistes politiques. Sans compter nombre d’intellectuels, d’artistes et bien sûr de religieux, pour lesquels la position de la femme se résume à la vision judéo-chrétienne de Marthe ou de Marie : soit préparer le repas du maître, soit écouter le discours du maître. Qu’une femme puisse être maître de sa parole, ou même un maître de la parole, leur est insupportable. Je dis maître et je pourrais dire maîtresse, je suis pour la féminisation des mots selon les fonctions, je suis pour « Madame LA ministre », pour que ne soit pas gommé le corps dans la fonction. Mais ici je dis : qu’une femme puisse être UN maître de la parole, non pas au sens sexué, mais au sens UNiversel : car si dans notre langue « le masculin l’emporte sur le féminin », il s’agit alors d’un genre tout à la fois masculin et féminin, le genre de l’être humain accompli, « ni homme ni femme » comme dit saint Paul – dans une parole trahie par toutes les églises -, mais être humain tout entier. Un être humain qui dépasse les hommes comme les femmes dans leur masculinité ou leur féminité – ce pourquoi ils veulent pouvoir se rendre maîtres de sa parole, afin de ne pas s’en trouver dépassés. Or nous sommes, hommes et femmes, quoique nous fassions, dépassés par la parole libre et vraie, et tout combat contre elle est un combat contre l’humanité, tandis que tout combat pour elle, ou toute acceptation d’elle, est un salut pour l’humanité.

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et en ces jours d’avant élections, une vérité à voir : La grande illusion, Figures de la fascisation en cours

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Des femmes et du voile

« Je ne suis pas contre les femmes voilées, je suis contre le voile », répond à Edwy Plenel l’une des femmes de culture musulmane. Je pourrais dire comme elle, avec une précision : je ne suis pas contre le voile, je comprends les raisons profondes et bonnes qui peuvent donner désir de le porter, mais je suis contre le voile vu comme obligatoire dans l’islam, ce qui est faux. Que la laïcité laisse donc aux femmes le droit de se voiler, et que l’islam leur laisse le droit de ne pas se voiler. Les musulmans et musulmanes qui prétendent que le voile est obligatoire opèrent un coup de force sur le Coran, qui ne dit rien de tel. Ils veulent faire dire au Coran ce qu’il ne dit pas, ce qui est un comble pour des musulmans, et font du voile le symbole même du voile qu’ils placent entre eux et la vérité, entre eux et la lumière, entre eux et l’intelligence et l’ouverture qui sont les propres du Coran et de son Prophète, paix sur lui. Ils font du voile le symbole même de leur voilement de l’islam, de leur repli dans une obscurité qui n’a rien d’islamique, par souci identitaire – un souci légitime mais qui ne doit pas être traité dans la facilité – par un bout de tissu – mais par le travail spirituel et intellectuel.
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Cette France aryenne qui fait le lit du Front National

Le nazisme français est comme le diable, sa ruse est de faire croire qu’il n’existe pas, ou qu’il est l’adversaire de ce qu’il est. Vaudrait-il mieux qualifier les chantres de l’aryanisme ordinaire de nazillons ? Quoiqu’il en soit, ce qui caractérise, parmi les fascismes, le nazisme, c’est son racisme obsessionnel. Ce racisme qu’on voit à l’œuvre aujourd’hui un peu partout en France, comme pensée dominante si écrasante qu’il devient presque impossible de la contester. Un jour c’est le président du CRIF, Roger Cuckierman, qui déclare que tous les actes de violence sont commis par des musulmans, et que Marine Le Pen est « irréprochable ». Qu’il soit un représentant des juifs de France ne l’empêche pas d’être l’allié politique objectif du Front National, parti qui n’a pas plus de respect pour les juifs que pour les musulmans mais qui a rallié le camp sioniste par opportunisme politique. La féministe Élisabeth Badinter, présente ces jours-ci dans Marianne et dans Marie-Claire, dans sa phobie obsessionnelle du voile ne rendit-elle pas hommage elle aussi à Marine Le Pen en disant qu’elle était la seule à défendre la laïcité ? Il est vrai qu’elle a les yeux aussi bleus que ceux de Jean d’Ormesson, qui est pour le magazine Elle du 16 janvier dernier « un monument national de francité, yeux bleus et suavité gauloise » – un peu comme les jeunes ukrainiennes néonazies que le même magazine soutient. Car selon Elle, « il aura fallu que nous nous disions tous « Charlie », « juifs », « policiers » pour nous sentir français. » On l’aura compris, le bon Français, le Français « policier », ne se sent « juif » que s’il s’agit des bons juifs, ceux qui sont capables de rendre hommage à l’aryenne Marine Le Pen, pas des juifs qui luttent contre le racisme et contre la colonisation israélienne. Le féminisme aussi doit être aryen : celui de Mme Badinter, pas celui de Rokhaya Diallo ni de Christine Delphy, brutalement censurées par la maire socialiste du 20e arrondissement de Paris. La première à avoir été empêchée de parler par cette maire et amie du féministe DSK fut Rokhaya Diallo, dont le caractère non aryen est sans doute par trop visible, puis vint le tour de Christine Delphy, quand il apparut qu’elle n’était pas non plus porteuse d’idées suffisamment blanches. Mais le fascisme a-t-il jamais été connu pour son respect de la liberté d’expression ? Dans le même numéro de Elle, magazine des femmes libérées de rien et enchaînées à un tas de conneries, l’éditorialiste évoquait la rencontre télévisée de Jean d’Ormesson, « monument de la francité » donc, avec Abd al Malik, qui lui était qualifié, non pas de français bien qu’il soit né dans le 14e arrondissement de Paris, mais de « noir et musulman ». En vérité je vous le dis, de ces deux Français, l’un est vieux et fini, comme la France qu’il représente prétendument.

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Rappel : La grande illusion, Figures de la fascisation en cours

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Le sexisme des « élites »

kirikou

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«Plus le milieu est aisé, plus la hiérarchie est forte, plus le sexisme est grand.(…) En France, on (…) fonctionne en pensant que ses membres sont une élite, qu’ils sont insoupçonnables (« Ils ne feraient jamais ça! ») et que s’ils commettent des fautes, ils ont sûrement de bonnes raisons », analyse Martin Winckler dans cet article de Slate sur « Comment le sexisme s’est solidement ancré dans la médecine française ».

L’analyse de Winckler vaut également pour les autres « milieux aisés », les autres « élites ». Plus une existence tient sur la domination et en dépend, plus il lui faut sans cesse reconsolider ses fortifications et les hérisser de tessons pour masquer sa fragilité, son mensonge, son illégitimité ontologique.

Les femmes médecins, internes, externes des hôpitaux, subissent un sexisme massif et quotidien, écrit Aude Lorriaux dans ce même article, où se trouve aussi cette image très forte, emblématique du sexisme de toute notre société :

Une tradition, véritable rituel d’initiation des étudiants en médecine qui dissèquent pour la première fois, est révélatrice d’un sexisme très fortement ancré dans la profession au XIXe. La «photo de groupe» de ces jeunes qui découvrent le métier s’effectue alors devant un cadavre, mais pas n’importe quel cadavre. Il s’agit le plus souvent d’un cadavre de femme, ou d’une prostituée à qui on demande de faire la morte. Cette scène est d’ailleurs devenu un «classique» de la photographie pornographique, selon Vincent Barras. Pour conjurer la mort, c’est la femme qu’on tue, ou qu’on domine, comme une démonstration de la puissance de vie masculine.

Le problème du sexisme se pose aussi de façon aiguë dans le milieu de la magistrature, où l’USM a publié récemment un livre blanc intitulé « État des lieux, état d’alerte ». Le syndicat de magistrats insiste sur le « management inadapté » de juridictions. Des chefs de cours ou de tribunaux ont un comportement qui peut aller jusqu’au « manque de considération », au « mépris affiché », aux « humiliations infligées en public », aux « insultes, propos sexistes, abus d’autorité, paroles et décisions brutales », voire à « un véritable harcèlement », lit-on dans cet article de l’Express.

En politique, les ravages du sexisme ont inspiré à Sandrine Rousseau un « Manuel de survie ». « Aujourd’hui, le monde politique est dominé par des hommes blancs de plus de 50 ans, alors qu’ils représentent 15 % de la population française.Il y a un problème avec la représentativité des femmes mais aussi des minorités visibles. Un des gros problèmes de notre démocratie c’est que les citoyens ne se retrouvent plus dans cette classe politique très uniforme. », note-t-elle dans un entretien avec Les Inrocks.

« En effet, quand on arrive, il y a un effet fraîcheur, on nous dit qu’on renouvelle la politique, qu’on amène quelque chose de nouveau. Puis quand on commence à s’apercevoir que vous êtes une femme de pouvoir et d’action et que vous n’allez pas forcément dans le sens attendu, quelque chose d’assez violent se met en place contre vous », témoigne-t-elle aussi. Par ailleurs, « les médias ne présentent souvent pas les femmes comme des personnes capables de gérer les affaires publiques ».

Sexisme et racismes sont frères. Si le sexisme outrancier des religieux de toutes religions est bien connu, celui des intellectuels passe souvent inaperçu, étant plus sournois et mieux caché. J’ai entendu récemment un écrivain prendre la défense d’un philosophe connu pour son antisémitisme en faisant référence à « l’ensorcellement » du monde – opération, bien entendu, de sorcières. Kirikou, quand deviendras-tu grand ?

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« Main basse sur la culture »

http://dai.ly/x2bhjml

Financement et industrialisation dans l’art, l’édition, la musique, le cinéma…
(Si la tradition des présidents français cultivés se perd, si Hollande a fait HEC, ajoutons que malheureusement c’est aussi souvent le cas de bien des éditeurs).