Fausses élites, vrais mensonges

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Le prof de philo qui se dit menacé par les islamistes (mais qui a dû reconnaître qu’il n’a pas reçu de menaces) parle sur Cnews et sur Sud Radio, écrit dans Causeur et dans Le Nouvel Obs. Cherchez l’erreur… malheureusement il n’y en pas, c’est l’ambiance du moment, comme le « débat » vanté, sur France 2, entre une ex du FN (Le Pen) et un ex de l’Action française (Darmanin). Pas un hasard s’il pleut comme autant de grenouilles ou de sauterelles des dénonciations d’abus sexuels, abus financiers, abus intellectuels ou autres, commis par des « élites », copains à Macron et compagnie. Abuser et mentir, c’est leur projeeet ! Sans lequel ils sont tellement inconsistants.

Le prof en question prétend qu’il n’y a ni coiffeurs mixtes ni cafés mixtes à Trappes, où selon lui on ne peut faire chanter les enfants dans les écoles maternelles. Le maire de Trappes dément tranquillement tout cela, et a aussi la preuve que ce prof l’accuse à tort de l’avoir traité d’islamophobe et de raciste dans une interview à une chaîne de télévision néerlandaise ; et ce maire, logiquement, porte plainte pour diffamation. Les médias en France ont beaucoup critiqué Trump, ses fake news et ses faits alternatifs, mais eux-mêmes propagent facilement le mensonge, surtout quand il s’agit de s’en prendre à une certaine catégorie de population, cible de l’hystérie de la vieille France. On a vu plusieurs fois de faux faits divers inventés par des racistes être repris partout avec emphase, avant que la vérité ne soit finalement faite, très discrètement, trop discrètement pour effacer le mal déjà fait.

À s’agiter comme il le fait, on pourrait penser que ce prof cherche à trouver quelque haineux à exciter, afin de triompher en recevant de réelles menaces, ou pire. Je comprends qu’il puisse être épuisé par vingt ans de cours de philo, des cours qui la plupart du temps, même dans de bons lycées parisiens, ne suscitent chez les élèves que l’envie de bavarder entre eux. Il est peut-être en burn out, quoi qu’il en soit il est visiblement dépité et c’est quelque chose à écouter, mais seulement tant que le mensonge n’y prend pas le dessus.

J’évoquais l’autre jour la série incroyablement mensongère que diffuse Arte sur l’Iliade et l’Odyssée, œuvres falsifiées au point de leur faire dire l’exact contraire de ce qu’elles disent noir sur blanc – visiblement dans un mélange d’ignorance (approximations, erreurs, confusions) et de souci idéologique (prôner l’athéisme), la série étant destinée en particulier aux enfants des collèges et à toutes les personnes qui ne connaissent rien au sujet. Il y avait de ça aussi dans leur série sur les religions – sans doute pas des falsifications aussi grossières, mais des orientations parfois soutenues par des présentations des faits malhonnêtes. Arte, élite de la télé ? Le problème n’en est que plus néfaste. D’emblée, les gens font confiance à Arte, comme on fait ou faisait confiance au curé ou à toute autre figure d’autorité avant que ne se mettent à déferler les témoignages sur leurs abus, jusque là commis en toute impunité. Les médias qui bénéficient encore d’une réputation bonne, comme Arte, ou du moins à peu près correcte, devraient se méfier eux aussi : l’impunité, en fait, n’est pas éternelle. Il en va de même pour toutes les « élites » qui par leur malhonnêteté mettent en danger non seulement leur propre tête, mais aussi la société entière, qu’elles tâchent d’entraîner dans leur médiocrité, leur mensonge, leur hypocrisie. Plus dure sera, ou est déjà, leur chute.

Marcher dans les airs, Capitole et #MeToo : journal intime et chronique publique

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Technique mixte sur panneau 50x65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Technique mixte sur panneau 50×65 cm, réalisé à partir de quelques-unes de mes photos peintes

Refait cette nuit ce rêve très ancien et récurrent où je marche en lévitation à plusieurs mètres au-dessus du sol, m’élevant à volonté au-dessus de la ville et du paysage, goûtant la caresse des feuillages bruissants. Cependant le vent soufflait de plus en plus fort et malgré ma joie je veillais à ne pas me laisser emporter, à tenir fermement ancrée dans les airs comme sur terre.

Je continue à actualiser la note sur l’affaire du Capitole, en espérant une destitution de Trump, qui est d’autant plus dangereux qu’il est loin d’être seul. Très soutenu par une large partie de la population et par des groupes d’extrême-droite violents – suprémacistes, néonazis, etc. – dont le but déclaré est de déclencher une guerre civile. Ceux qui, ici en France, pleurnichent parce que les réseaux sociaux ont enfin pris leurs responsabilités en fermant les comptes de Trump sont très inquiétants eux aussi. C’est avec ce genre de faiblesse face aux forces de mort, de complaisance avec les semeurs de mensonge, et de déni des libertés et responsabilités individuelles (en l’occurrence celle de ces réseaux sociaux privés) qu’on laisse monter et s’installer les fascismes.

« «Toujours nier» : c’est la réponse de Donald Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les accusations de harcèlement sexuel. » Nécessaire tribune de l’historienne Laure Murat dans Libé aujourd’hui : La sinistre exception culturelle du #MeToo à la française (en accès libre). Elle note que « Si les cas de pédocriminalité ne sont pas les seuls du #MeToo à la française, loin s’en faut, ils ont été, et de loin, les plus médiatisés, les seuls à vraiment retenir l’attention et à être pris au sérieux » et que « Ces affaires, portées par la presse, écœurent le public mais n’ébranlent pas les institutions. Comme si l’essai n’était jamais transformé, ni l’événement suivi d’une réforme de fond ». La marque d’une vieillesse délétère du pays, qui n’a élu un président jeune que parce qu’il était porté par des vieux, étant lui-même vieux dans sa tête depuis son enfance, et resté à la fois immature et vieux, parfait représentant de la caste intellectuelle qui se tient au pouvoir et empêche les réformes de fond des mentalités et la libération des vieilles dominations.

"Good Play" Collage sur papier A4

« Good Play »
Collage sur papier A4


"Dans la rue" Collage sur papier A4

« Dans la rue »
Collage sur papier A4

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Du racisme et de l’obscurantisme linguistiques

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ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

ces jours-ci à Paris, photo Alina Reyes

Un jour, l’auteur catholique et occitan Bernard Manciet, à qui je venais d’être présentée alors que je me trouvais là avec mon bébé, m’agressa verbalement avec beaucoup de grossièreté en apprenant le prénom de ce dernier, qui ne sonnait pas suffisamment français, ni sans doute suffisamment chrétien, à son oreille. Puis il s’esquiva aussitôt, comme font ces gens qui veulent dominer sans prendre de risque – comme font aussi les hypocrites. Je n’eus pas le temps de le rembarrer ni de lui dire que ce prénom à consonance anglaise venait du grec, du nom Dionysos (un dieu qui, il est vrai, n’est pas en odeur de sainteté chez les cathos, mais fait de beaux hommes et de belles femmes de théâtre). Marie-Joseph, Jean-Romain, Marc, Anne et Claire, tels étaient les prénoms corrects de ses enfants à lui. Et son racisme linguistique était de la même trempe que celui de Zemmour reprochant à Hapsatou Sy son prénom. Un racisme de religion, mais aussi de sexe et de caste – auquel bien sûr il faut ajouter un racisme fondé sur la couleur de peau pour Hapsatou Sy – car ce bourgeois avait comme ceux de sa classe un sentiment de supériorité qui trouvait particulièrement à s’exprimer dans le mépris de la femme, et qui plus est de la femme du peuple.

Le racisme linguistique est très répandu sous ces formes évidentes de dévalorisation de différentes expressions linguistiques. Le dénigrement de certains prénoms, mais aussi de certaines langues à l’intérieur de la langue, sont une arme capitale de la domination bourgeoise, qui ne veut et ne peut reconnaître que ce qui appartient à sa propre norme. Il ne s’agit pas seulement de noms, de vocabulaire. Les plus ringards n’acceptent pas la langue des rappeurs, par exemple. « On ne comprend rien à ce qu’ils disent », me dit un jour l’un d’eux. Les mêmes qui ne comprennent rien non plus à ce que Rimbaud ou d’autres poètes disent trouvent pourtant admirable la langue de Rimbaud et de tout autre poète passé dans la culture bourgeoise, récupéré, intégré à cette culture sans qu’il soit besoin d’y comprendre quelque chose. Les bourgeois les plus futés, eux, font en sorte de récupérer ceux qui parlent une autre langue que la leur, toujours afin de la dominer mais d’une autre façon que par le mépris direct.

Le racisme linguistique est à l’œuvre aussi dans le jugement porté non seulement sur les tournures de phrases mais aussi sur les tournures de textes entiers. Le meilleur exemple qu’on puisse en donner est sans doute celui du Coran, auquel tant d’intellectuels reprochent sa construction qu’ils jugent, parce qu’ils n’y comprennent rien, anarchique, désordonnée, donc dangereuse. BHL aussi bien que Salman Rushdie rêvent de le démolir, de le réécrire à leur façon, selon les classifications et le bon ordre bourgeois, dûment chapitré, par lesquels ils règnent. Les mêmes qui admireront les rêveries de « livre de sable » de Borges, auteur convenable, détesteront un livre de sable s’il s’en présente un ; comme admirant un Rimbaud mort, ils détesteront un Rimbaud vivant s’il s’en présente un.

Leur volonté normative est politique mais aussi religieuse dans le sens où elle s’oppose à toute réelle spiritualité comme à tout réel travail de la raison. Plutôt que d’essayer de comprendre le sens des langues étranges, comme la science essaie de comprendre toute étrangeté, soit paresse intellectuelle, soit peur d’un autre pouvoir que le leur, soit les deux à la fois, ils s’en tiennent au dénigrement ou à la récupération. Ils se sentent investis du pouvoir de dire ce qui est la norme, de rejeter ce qui est hors normes, ou de le faire entrer dans leur norme comme on jette une couverture sur un corps, pour ne pas avoir à l’étudier, ne pas avoir à en être instruits, ne pas avoir à en changer. Ce faisant, tout en prétendant œuvrer pour les lumières, ils œuvrent contre elles, contre leur avancée, dans un obscurantisme aussi inconscient que sot.

Victorine, la petite Roque et l’Odyssée

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réponses de mes élèves à des questions sur "La petite Roque", posées sur le blog que j'avais créé pour eux

réponses de mes élèves à des questions sur « La petite Roque », posées sur le blog que j’avais créé pour eux


Le meurtre de Victorine Dartois, dix-huit ans, retrouvée noyée dans un ruisseau, me rappelle la puissante nouvelle de Maupassant intitulée La petite Roque – qui pourrait avoir inspiré, me semble-t-il, l’extraordinaire série de David Lynch Twin Peaks. Le texte peut être lu ou relu dans cette bonne édition électronique gratuite. (J’ai le cœur qui bat en pensant à mes élèves, avec qui j’avais étudié ce texte).

Comme dans la nouvelle de Maupassant, où l’on s’empressait d’accuser quelque vagabond, la fachosphère bruisse d’accusations xénophobes et racistes plus ou moins directes. À croire qu’il n’y a aucun tueur, détraqué, ou dépité violent parmi les bons chrétiens bien de chez nous. Nous avons eu l’horreur terroriste qui a stupidement conféré le grade de martyr à un journal raciste qui aurait dû s’expliquer devant les tribunaux comme Zemmour plutôt que de voir ses membres atrocement assassinés, nous avons toujours Zemmour malgré ses condamnations successives, nous avons des élites vieillies et aigries, nous avons un pays déprimé, mal gouverné, malade et donc prêt à sombrer dans la haine. Nous avons aussi des forces vives qui travaillent pour que la vie continue. Pour ma part, je continue à traduire l’Odyssée parce que je pense que c’est important. La prochaine fois, nous arriverons à la fin du premier Chant.
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Du vieux monde, et du monde naissant

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Encore un Noir américain tué par la police. Dijon Kizzee, 29 ans, passait à vélo quand les policiers ont voulu l’arrêter pour une infraction au code de la route. Il s’est enfui à pied, a laissé tomber dans sa fuite les affaires qu’il portait à la main : du linge dans lequel était cachée une arme à feu (raison pour laquelle, peut-être, il fuyait, bien que les armes à feu soient en vente libre aux États-Unis). Voyant cela, et voyant donc qu’il était désarmé, les policiers l’ont tué en lui tirant plusieurs coups de feu dans le dos. Puis ils l’ont menotté, gisant mort sur le bitume de Los Angeles, et ont laissé là son corps, non recouvert, pendant des heures. Des gens manifestent leur colère, nombreux.

Partout le vieux monde se mobilise pour garder coûte que coûte son ordre inique, en se servant de la police et en développant des mouvements néofascistes et des politiques fascisantes. Le danger est très grand mais il est aussi le signe que le jeune monde cherche à prendre sa place, à donner leur chance à des sociétés plus ouvertes, plus justes, plus solidaires. À chacune, à chacun de choisir dans quel sens elle ou il souhaite peser, à l’avènement de quel monde elle ou il veut participer.

Ils étaient dix, et Jacob Blake, et yoga

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Work in progress, détail

Work in progress, détail

Ils étaient dix. Ce sera désormais le titre du roman d’Agatha Christie Dix petits nègres. Que diraient ceux qui s’en émeuvent si le roman s’était intitulé par exemple Dix petits youpins et qu’on décidait en conséquence d’en changer le titre ? Le fait est que le terme nègre est devenu aussi insultant que d’autres appellations stigmatisantes de telle ou telle catégorie des populations ; le fait est également que nous sommes devenus plus sensibles à la stigmatisation raciale ou de genre, et qu’en conséquence nous évitons de la reproduire. Je n’y vois que du bon. Et j’aimerais mieux voir ceux qui s’indignent contre ce changement de titre s’indigner contre le énième assassinat d’un Noir par la police : Jacob Blake, 29 ans, innocent, très grièvement blessé et paralysé après s’être fait tirer dans le dos à bout portant, sept fois, alors qu’il regagnait tranquillement sa voiture où l’attendaient ses enfants. J’ai vu sur les réseaux sociaux des vidéos où la police américaine était confrontée à des Blancs violents et très menaçants et faisait tout pour apaiser la situation. Ceux qui voient dans certains humains des « petits nègres » ne voient pas leur humanité et les tuent sans état d’âme. Les mots agissent sur l’état des âmes, en bien ou en mal.

Publier en cette rentrée littéraire un livre intitulé Yoga pour raconter la dépression et la folie alors que le yoga est défini comme « l’arrêt des perturbations mentales » (Patanjali), c’est piétiner une pensée comme dire nègre est piétiner une humanité. Or les attaques contre la pensée sont aussi des attaques contre l’humanité – ce que les évangiles appellent « péché contre l’esprit », le seul, dit Jésus, qui soit impardonnable. Et il y a aussi un racisme, caché, dans le fait de piétiner cette pensée indienne que le vieux mâle blanc s’imagine maîtriser comme il s’imagine maîtriser le monde – alors qu’il s’avère en fait n’y avoir rien compris ni rien appris.

L’Homo Americanus

homo americanus

homo americanus, « C’est dans le domaine des tensions raciales que l’impact du président Trump est le plus prononcé », peut-on y lire dans le texte de Jacob Maillet, prononcé il y a plus de deux ans. Reçu hier ce livre, actes d’une journée d’études à laquelle j’ai participé en 2018 au château de La Roche Guyon. Sous la direction de Claire Bourhis-Mariotti, François Pernot et Eric Vial, l’ouvrage, bellement publié par les Éditions de l’OEil, rassemble les contributions des participants – dont la mienne, sur « Edgar Poe, figures de l’Américain hanté » qu’on peut lire ici.

À l’heure de Trump et, notamment, de George Floyd, on trouvera dans ces lectures de quoi se réinterroger sur l’Américain. Voici les titres des interventions retranscrites dans ce livre :

« L’Homo americanus, des Amérindiens à Donald Trump, en passant par les pèlerins du Mayflower et John Wayne… » : introduction générale par Claire Bourhis-Mariotti et François Pernot

« L’Homo americanus est en partie un descendant de Huguenots français des XVIIe et XVIIIe siècles » : par Patrick Salin

« Toute la complexité de l’histoire en deux mots : Américains et Français, quelques considérations sur une construction identitaire » : par Roch Legault

« Inventer un Indianus americanus dans la jeune république des États-Unis : la stratégie mimétique des Indiens du Sud-Est contre l’expansionnisme dans les années 1820 : par Augustin Habran

« De Crèvecœur à Douglas, qu’est-ce qu’un Américain ? » : par Claire Bourhis-Mariotti

« Joseph Bonaparte aux États-Unis de 1815 à 1821 : comment un ancien monarque européen se transforme en bourgeois américain ? » : par Florian Coppée

« Edgar Poe, figures de l’Américain hanté » : par Alina Reyes

« Des Françai(se)s naturalisé(e)s américain(e)s : quel héritage français au cœur de la Californie depuis 1880 ? » : par Marie-Pierre Arrizabalaga

« Ernest Hemingway : l’Américain nostalgique » : par Claire Carles-Huguet

« Homo basketis americanus » : par Fabien Archambault

« Homo Americanus, vu d’URSS et de RDA » : par William Richier

« Les Américains tels qu’ils se représentent en héros au cinéma » : par Quentin Eveno

« Être américain au sein de l’OTAN » : par Jenny Raflik

« Homo conservativus : économie et tensions raciales au pays de la liberté » : par Jacob Maillet

« L’image de l’écrivain américain : l’incidence des cursus en creative writing sur les représentations » : par Anne-Marie Petitjean

Le mal

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Xavier Dupont de Ligonnès, infanticide et féminicide, court toujours, âme damnée parmi les ombres. C’était une bonne famille bien catholique, toute semblable à celles qui défilent sous le drapeau « un papa, une maman »…

Qui prétend assumer ses contradictions s’avoue en fait soumis au mal.

L’Europe continue à assumer ses contradictions avec Daech et avec les Kurdes. Comme l’ont fait depuis plus de cent ans, à coups de doubles jeux et de trahisons, les empires coloniaux avec leurs colonies.

J’ai signé la pétition de Vincent Cespedes contre le fait que l’Éducation nationale recommande l’étude d’Heidegger, philosophe nazi (comme je l’ai expliqué ici et dans ma thèse, ce qui m’a valu un reproche d’un membre du jury comme les autres soumis à l’opinion – à défaut de lecture et de pensée profondes) en classe de terminale.

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paris 13e 6-minCes jours-ci à Paris, photos Alina Reyes

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La femme du futur

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A., 17 ans, est avec son petit ami. Un garçon de leur âge et de leur lycée balance en passant une blague raciste au petit ami (franco-asiatique). Ni une ni deux, A. envoie son poing dans la figure du connard (en modérant toutefois sa force de sportive de combat, sans lui casser de dents). Commentaire de son jeune oncle, S., 24 ans : « Très bien. Ça lui apprendra, au raciste. Voilà la femme du futur. »

Mes quatre fils, mes petites-filles et petit-fils, sont tous magnifiques d’esprit (et de corps, car sportifs) : je mourrai en paix car je continuerai à vivre, femme du futur, mieux accomplie que je ne le suis, dans ma descendance.

J’avais demandé à recevoir une invitation à la prochaine prière islamique mixte, dont j’ai parlé ici. Je l’ai reçue. Et finalement je ne désire pas y aller. D’après l’invitation, je trouve que ces personnes se la jouent premiers chrétiens dans les catacombes : l’adresse, changeante, ne sera donnée qu’au dernier moment, par sécurité, et il faut s’engager à ne pas la diffuser. Et puis en fait il n’est plus question de salat ni de prière, mais d’ « office ». Comprenant notamment un temps de conversation après la prière. Mais je n’ai nulle envie de converser après la prière. Je veux juste la pure prière islamique, parfaite et suffisante en elle-même. Je suis pour le prêche en français ou dans la langue du pays où l’on est, mais je me méfie de leur façon d’éviter les expressions en arabe, de dire « que Dieu vous bénisse » plutôt que «barakatou Lahi », comme pour effacer la somptueuse langue originelle du Coran, à la façon dont les catholiques ont effacé, avec leur latin, la langue grecque des Évangiles. Bref, avec quelques autres détails, je pressens que l’affaire ressemble à une entreprise sectaire soft, comme le sont certaines fraternités soufies ou les entreprises inspirées du « développement personnel » (qui récupèrent entre autres le yoga, hélas). Pire qu’à la mosquée normale, où tout le monde est bienvenu, quoique je continue à déplorer que les femmes y soient séparées des hommes et de la qibla. Ce n’est pas là, en fait, que je trouverai des femmes du futur selon mon sens : des femmes libres avec des hommes libres. Comme nous le vivons à la maison, ici et maintenant.

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Vendus : Yann Moix, face cachée de l’édition et des médias : banalité de l’infection mondaine

antisemitisme

 

Dans son dernier livre Yann Moix raconte que son père l’obligea à manger ses excréments en public (d’après Marie-Claire, le magazine féminin qui, gobant tout, s’émerveille de la résilience de l’auteur, auquel elle avait déjà ouvert ses colonnes pour l’y faire vanter sa consommation en série de jeunes Asiatiques – alors qu’il s’était déclaré ailleurs « prédateur sexuel », traitant les femmes de « réceptacles à jouissance, d’orifices à contentement, de cargaisons qu’on pelote »). Eh bien l’y voici, en train de manger sa merde en public, et qui l’y contraint ? La vérité, qui finit toujours par se faire jour, y compris en utilisant ceux-là même qui veulent la cacher. Voilà que toute la merde de Yann Moix s’étale dans l’espace public, comme il ne croyait pas si bien dire, pour une fois (les gens, y compris l’immense majorité de ceux qui publient des livres, ignorent le pouvoir des mots).

Voilà que ses amis d’extrême-droite, pas si anciens puisqu’il les fréquentait encore au moins jusqu’en 2013 voire 2016 (où il est photographié en compagnie de Frédéric Chatillon, ex-membre du GUD, violemment antisémite, proche de Marine Le Pen), préfaçait en 2007 le livre antisémite de Blanrue publié par Soral, etc., ravis de lui faire payer sa duplicité – le cœur facho, le porte-monnaie dans la bien-pensance – ressortent les dossiers. Déballage en ligne et ailleurs (Dieudonné annonce qu’il va raconter à la presse les relations de Moix avec lui et la bande des antisémites mondains), la révélation se poursuit.

En fait personne n’est vraiment étonné : soit les gens savaient, soit ils ne savaient pas mais l’attitude sadique de Yann Moix chroniqueur avait suffi à leur faire comprendre quel genre de personne il était. Le plus grave est que le milieu de l’édition et des médias l’aient soutenu et continuent, à part L’Express qui a sorti les documents sur sa production négationniste, à essayer de minimiser l’affaire. Plus ou moins inconsciemment. Exactement comme l’Église l’a fait face aux affaires de pédophilie. Parce que c’est dans leur culture. L’extrême-droite et l’antisémitisme sont dans la culture des milieux de l’édition et des médias comme la pédophilie est dans celle de l’Église.

Considérons déjà tout simplement le soutien inconditionnel de BHL, Moix et d’autres à Israël : c’est un soutien à un régime d’extrême-droite. Rappelons que BHL rejoignit Sollers et Gluksmann à l’Internationale de la résistance, une officine créée en 1983 et financée par les services secrets américains, utilisée pour de sales besognes politiques en Amérique Latine, soutenant notamment les milices du dictateur d’extrême droite Somoza. Rappelons qu’Antoine Gallimard, héritier d’une maison d’édition qui se sauva en collaborant avec les nazis, veut maintenant rééditer les pamphlets antisémites de Céline. Sachons que Paul-Eric Blanrue, le grand ami antisémite et négationniste de Yann Moix, raconte que ce dernier lui affirma que Sollers, éditeur chez Gallimard, pourrait vouloir publier un portrait élogieux du négationniste Faurisson – comme quoi Moix n’a pas encore appris à connaître ceux à qui il fait allégeance : Sollers est beaucoup trop prudent, pour ne pas dire pleutre, pour exposer lui-même ses inavouables pensées ; il le fait faire par d’autres, dans des livres ou des articles (comme celui où Savigneau dit dans le Monde des Livres, à propos du livre que Zagdanski et moi avons écrit : « prends le fric et tire-toi », formule dans laquelle Zagdanski reconnut une insulte antisémite).

Moix n’est que la face cachée de ce milieu de l’en-même-temps à la Macron, dans lequel Macron ferait d’ailleurs figure d’enfant de chœur. En même temps humaniste et fasciste, ou plus exactement humaniste par façade, salopard dans l’esprit et les actes – qui plus est hypocritement, lâchement. Sa face cachée politique, mais aussi littéraire : ce milieu est aussi celui de la mauvaise littérature, fabriquée et vendue industriellement, comme ses auteurs vendus.

Voir aussi : « Yann Moix : une obsession antisémite qui vient de loin »
Attendons maintenant de voir comment vont se comporter les médias, s’ils vont continuer à promouvoir, via Yann Moix, cette infection mondaine.

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Cyrano de Bergerac, né de sémites (par le Collectif Chapitre Treize)

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Au début de cette semaine, la ministre des armées a déclaré vouloir rendre à Alfred Dreyfus « tout l’honneur et toutes les années qu’on lui a ôtés ». Il serait question de l’élever, du grade de capitaine, à celui de général. Voilà qui résonne avec le formidable Cyrano de Bergerac que je viens de voir à Avignon mis en scène et interprété par le Collectif Chapitre Treize (cf note précédente).

 

cyrano

Cyrano y est interprété par un comédien et rappeur du nom de Younès Boucif. Il est aussi beau que le beau Christian, il n’a pas été enlaidi pour le rôle, qu’a-t-il donc d’un Cyrano ? Son nez est un élégant nez de sémite, son visage et son nom sont ceux d’un sémite, arabe en l’occurrence. J’ignore si de la part du metteur en scène, Gaspard Baumhauer, la référence à la figure d’ostracisé qu’est l’Arabe sous nos cieux est volontaire ou non ; de même que j’ignore si Edmond Rostand, dreyfusard, a songé que le nez de son personnage pouvait renvoyer à celui du juif Dreyfus, dont l’affaire avait éclaté trois ans plus tôt, nez juif tel que le fantasment les antisémites. D’un mal-né d’hier à un mal-né d’aujourd’hui, les phénomènes d’ostracisme et d’exclusion ont beau souvent se voir comme le nez au milieu de la figure, on s’obstine à ne pas vouloir les voir. La société qui réhabilite Dreyfus aujourd’hui ostracise et rejette « en même temps » bien d’autres mal-nés, sémites arabes, Noirs et autres racisés, dont les femmes, traitées comme une race à part, surtout si elles sont libres.

Car en vérité c’est la liberté de celui ou celle qui ne fait pas partie du clan, qui ne s’y soumet pas, c’est la singularité qui est harcelée comme l’est Cyrano à cause de son nez. Et j’ai aimé la colère avec laquelle Younès Boucif a dit la tirade des « Non, merci », version énergique du « I would prefer not to » de Bartleby the scrivener, dans la nouvelle éponyme de Melville, antérieure de quelques décennies à la pièce de Rostand. Face à son Cyrano, Gaspard Baumhauer a choisi de faire incarner le puissant comte de Guiche par un comédien tout aussi charismatique, Sydney Gybely, lui aussi marqué d’une singularité, sa taille modeste et sa beauté. Au fond les deux personnages ne sont-ils pas deux faces d’un même être, d’une puissance différemment exprimée, d’une lutte intérieure entre la possibilité de « la fortune et la gloire » et celle de « Rêver, rire, passer, être seul, être libre » ?

Roxane (Marie Benati), éternelle mineure aux yeux de la société, a vécu dans l’illusion, et Christian (Pierre Szczurowski) s’est un temps laissé entraîner dans l’illusion (mais le comte de Guiche aussi a eu ses illusions, si puissant fût-il) qu’elle préférait à l’amour réalisé, sans doute craint, avant de sauver son honneur en allant mourir au combat. Les quatre personnages peuvent n’en faire qu’un, dans la vie réelle. Le tout est de savoir non pas qui l’emporte, mais ce qui l’emporte, à la fin. Pour ma part, je dirai : la langue (et l’alexandrin retrouve sa vigueur dans la scansion rap fréquemment mise en œuvre dans cette mise en scène) et la tirade des « Non, merci », acte II, scène 8.

 

Le Bret.
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire…
Cyrano.
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ? »…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

 

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Panache !

Antisémitisme : signe d’une maladie sociale prospérant sur l’élitisme

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Recrudescence des actes antisémites. Le démon européen millénaire se nourrit des crises, vampirise les temps troublés, les mouvements sociaux, les changements sociétaux, les instabilités politiques, les pics d’injustice structurelle de masse. L’antisémitisme est le très vieux ver dans la pomme du catholicisme et, de par les connivences historiques de ce dernier avec les régimes d’extrême-droite et autres fascismes, le nerf de la guerre des partis et groupuscules des idéologies combinant nationalisme, xénophobie et haine de la démocratie. Deux portraits de Simone Veil ont été récemment souillés d’une croix gammée place d’Italie à Paris ; place du Panthéon, en septembre dernier, quatorze de ses portraits ont été souillés d’une croix chrétienne.

L’antisémitisme est aisément identifiable, parce que revendiqué, à l’extrême-droite et chez beaucoup de musulmans gagnés par le besoin de boucs émissaires ou simplement imprégnés du racisme ordinaire qui a cours entre peuples qui cohabitent ou voisinent depuis longtemps, et se ressemblent tout en voulant se distinguer (racisme qui fonctionne pareillement chez beaucoup de juifs envers les musulmans, sans la même violence en Occident mais avec une violence au moins équivalente en Israël). Mais il est aussi répandu dans toute une société apte à cacher ses passions mauvaises derrière des masques de respectabilité, voire de progressisme et d’antiracisme. On le voit notamment ces jours-ci avec la révélation des méfaits de la ligue du LOL, persécutions sexistes, homophobes, racistes et antisémites de la part de journalistes d’une presse prétendument féministe et antiraciste.

Cette funeste ligue n’est en fait qu’une reproduction de la société dans laquelle nous vivons, et singulièrement du macronisme. L’ex-community manager de Macron en faisait d’ailleurs partie, et s’est empressé d’effacer des centaines de tweets de son compte ce week-end. Les trentenaires de la ligue sont les mêmes que ceux du boys’ club de Macron, ces petits mecs sans expérience chargés de le conseiller et de lui proposer des éléments de langage. Dans la ligue du LOL comme à l’Élysée, il s’agit de manipuler le langage afin de manipuler l’opinion, manipuler les gens jusqu’au harcèlement – faut-il encore rappeler la litanie des insultes et autres mesures de rétorsion de Macron envers les classes populaires qu’il faut empêcher d’accéder au pouvoir, comme il fallait à la ligue des ordures du journalisme empêcher des femmes, entre autres, d’accéder aux postes qu’ils se réservaient. La prétention à l’antiracisme n’est bien souvent que la façade ravalée d’un immeuble pourri – en témoignent notamment les dérapages de Macron sur le kwassa-kwassa ou le Gitan qui ne saurait parler normalement.

L’antisémitisme est un racisme, et tout racisme comprend tous les racismes. On ne peut pas être à la fois raciste et antiraciste, antisémite et antiraciste, islamophobe et antiraciste, etc. Le racisme repose sur la croyance aux races. Les racistes pensent qu’ils ne sont pas racistes si leur racisme vise les juifs, ou les musulmans, ou d’autres groupes de telle ou telle confession, telle ou telle culture qu’ils disent ne pas distinguer par leur couleur de peau mais par leur confession ou leur culture. Ce raisonnement primaire ne fait que prouver leur racisme, leur croyance au partage de l’humanité en races selon les apparences physiques. Tout racisme se justifie par de bonnes raisons, en réalité faussées ou entièrement fausses.

Contrairement à ce que croient les racistes et les sexistes, même quand on le veut on ne réduit jamais des humains à leur physique ou à leur sexe. Comme le disait le juif Jésus, les pires fautes que nous commettons sont les fautes contre l’esprit (et il avait entrepris de démolir l’élitisme présent dans sa culture, cette faute contre l’esprit). Le racisme et le sexisme sont des fautes contre l’esprit. Croire que des apparences physiques différentes seraient la marque de races ou d’humanités différentes, c’est nier que l’humanité est une, animée dans ses variations par un même esprit, et que l’humain est le semblable de l’humain. Le racisme, qu’il soit dirigé contre des traits physiques ou contre des traits culturels, crée l’élitisme, qui à son tour démultiplie les formes de racismes, dont les racismes de classe tellement à l’œuvre dans notre société, et exaltés par le macronisme.

De même qu’il existe un alcoolisme mondain, il existe un racisme mondain, dont l’antisémitisme n’est qu’une des formes de la peur de soi et de l’autre, si fréquente en particulier chez ceux et celles qu’animent des pulsions de domination, que ce soit dans les sphères privées (famille…) ou dans les sphères publiques du pouvoir. Comme en témoigne le blogueur Korben, l’une des victimes de la ligue du LOL : « La plupart de ces harceleurs sont calculateurs, manipulateurs, sans aucune empathie pour leurs victimes. Et pourtant leur visage social est joyeux, souriant, humoristique, cultivé, sympathique. Ils occupent quasiment tous de bons postes où ils peuvent dominer et il est impossible de les démasquer tant que l’on n’a pas été une de leur cible. »

L’interdit qu’ont heureusement réussi à imposer les juifs sur l’antisémitisme, dans une civilisation qui les a persécutés pendant des siècles jusqu’à tenter de les exterminer totalement, a rendu cet antisémitisme plus difficilement avouable, souvent même à soi-même ; et beaucoup l’ont remplacé par l’islamophobie, un racisme sur lequel ne pèse pas le même tabou. L’islamophobie est devenu un élément ouvertement rassembleur des Français dits de souche comme l’antisémitisme le fut ouvertement en d’autres temps. Dans La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, Shlomo Sand écrit : « Feuilleter les numéros de Charlie, de 2006 à 2015, provoque la stupéfaction. (…) L’islam est bien plus qu’un « détail » dans l’existence hebdomadaire du journal. (…) Dès qu’il s’agit de l’islam, tous les freins sont levés : les musulmans sont toujours répugnants, repoussants et même, la plupart du temps, menaçants et dangereux. Les dessinateurs de Charlie raffolaient particulièrement du postérieur de Mahomet, de ses testicules (…) Il y avait plus que de la laideur dans cette représentation méprisante et irrespectueuse de la croyance d’une minorité religieuse (…) Il est surprenant de voir combien les juifs « sémites » d’hier ressemblent au musulmans « sémites » d’aujourd’hui : même laideur du visage et même nez, long et gros. (…) Cette caricature répugnante… Ce type de dessin n’est pas dirigé contre les intégristes, ni contre les princes saoudiens, et n’a pas non plus pour objet la défense des femmes (…) Il est interdit de prôner la stigmatisation d’un groupe d’humains du fait de son origine, de son genre, de ses orientations sexuelles ou de sa religion. (…) Pourquoi plus de quatre millions de Français ont-ils défilé sous un slogan qui les identifiait à un journal islamophobe et totalement irresponsable ? » Shlomo Sand développe dans le même livre un chapitre sur la promotion médiatique inouïe faite à Houellebecq et à son islamophobie, notamment lors de la publication de son roman Soumission. Constatons que ce sont les mêmes organes de propagande qui ont porté au pouvoir Emmanuel Macron et son racisme social, entre autres. Et comprenons que la recrudescence des actes antisémites est un indicateur, telle une éruption de fièvre, de la maladie bien plus généralisée de tout un corps social.

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Merah, antisémitisme, sexisme, etc.

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Antisémitisme, racisme, sexisme, se tiennent par les pattes dans un même panier de crabes.

C’est toute la famille Merah (j’avais écrit par lapsus Perah – lapsus aisément décodable : père, patriarcat), à commencer par père et mère, qui est coupable, moralement sinon pénalement, des meurtres commis par Mohamed Merah ; et qui est coupable aussi de la mort de Mohamed Merah, leur fils et frère. C’est aussi, plus largement, le fond patriarcal de l’islam que trop de musulmans refusent de combattre, par respect de la tradition alors que le prophète de l’islam a pris tous les risques pour combattre la tradition, et notamment la tradition patriarcale, qui prône ou autorise la brutalisation des enfants et des femmes. Cet islam n’est pas l’islam, mais l’esprit des tribus qui a repris le dessus. C’est cet esprit qui se retourne contre les juifs, puis contre tous ceux qui ne font pas partie de la tribu. Ces gens-là sont retournés à la mentalité préislamique, celle où l’on discriminait à mort les filles, où les hommes avaient tout pouvoir de violence et de mort sur leurs proches et où les peuples s’entrepillaient et s’entretuaient pour des questions de richesses et de territoires. Comme ce fut le cas aussi en Europe et partout ailleurs dans le monde, comme c’est toujours le cas à une autre échelle, à une échelle qui a donné les grandes guerres mondiales du vingtième siècle et leurs atrocités, à une échelle qui continue à semer la mort dans le monde de façon souvent plus détournée mais tout aussi meurtrière.

Le journal Le Monde dénonce l’antisémitisme des banlieues. Il existe. J’ai moi-même entendu une vieille Arabe, au sortir de la mosquée, me dire qu’il ne fallait pas dire « salam » mais bien « salam aleykoum » pour ne pas risquer le rapprochement avec le « shalom » juif (bien entendu c’est ridicule, les deux langues, comme les deux peuples, sont sœurs, et la formule de salutation juive entière, « shalom aleichem » se prononce également presque comme le « salam aleykoum » arabe). J’ai vu la seule jeune femme de la maison qui ne se voilait pas (et vivait à l’extérieur), en visite dans sa famille, traitée par ses frères comme un objet avec lequel rigoler brutalement. Cet antisémitisme doublé de sexisme (car le sexisme est à la base de tous les racismes) existe, mais il n’est pas répandu partout. Dans mes classes en banlieue, dont les élèves sont d’origines très diverses, je n’ai jamais observé le moindre sursaut dénégateur chaque fois que j’ai évoqué les camps de concentration nazis ou plus généralement l’antisémitisme – ou le racisme, ou le sexisme. Que Plantu dans un dessin en une du même journal accuse les profs de ne plus parler de la Shoah en classe montre seulement que le racisme se nourrit d’ignorance. Et que le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, sont aussi ancrés chez beaucoup de journalistes et d’intellectuels prétendument éclairés. « La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) soulignait en mars la persistance des « vieux préjugés antisémites liant les juifs au pouvoir et à l’argent », écrit Le Monde. Certes, et en voici un exemple personnellement vécu : lorsque Stéphane Zagdanski et moi avons publié notre livre La Vérité nue, Josyane Savigneau, alors rédactrice en chef du Monde des Livres (et aujourd’hui opposée aux féministes qui dénoncent les viols de Polanski), écrivit dans ce vénérable journal du soir que Zagdanski et moi avions pratiqué le « prends l’argent et tire-toi », en un doublé d’antisémitisme et de sexisme très bien supporté par tout le monde puisqu’il ne venait pas de banlieue mais des beaux quartiers.

C’est ainsi que le serpent se mord la queue. Les élites de culture chrétienne ont transféré leur antisémitisme, désormais très mal considéré, de façon limpidement freudienne, dans l’islamophobie. Leur sexisme demeure, toute l’organisation de la société le clame, mais non dit, comme leur antisémitisme qui va souvent jusqu’à se déguiser en philosémitisme. La haine circule des élites blanches aux populations des banlieues, et réciproquement. Tant qu’on ne soignera pas l’ensemble, les abcès continueront à crever, libérant par moments le pus et le sang mêlés de notre société.

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joconde et peléhier soir à Paris 5e, photos Alina Reyes

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Mwasi et Nizar Kabbani. Contre la politique de la séparation

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La polémique autour du festival afroféministe Nyansapo non-mixte accueilli cette année par le collectif Mwasi est un triste symptôme d’une tendance grandissante à la ghettoïsation de notre société. Directement inspirée du modèle américain, la lutte communautaire opère toujours plus de division et de séparation dans la population. Les problèmes de racisme et de sexisme, pour plus d’efficacité dit-on, sont traités en non-mixité. S’il est vrai que des espaces et des temps dédiés uniquement à telle ou telle catégorie de personnes peuvent aider à libérer la parole, le recours rigide à une telle solution finit par s’avérer dangereux et contre-productif. Le danger est celui du repli sur soi et d’une culture de l’apartheid réactivée. Pourquoi ce festival non-mixte, dont l’essentiel est réservé aux femmes « noires » compte-t-il parmi ses organisatrices une femme non noire, Sihame Assbague, l’une des piliers de Mwasi et organisatrice du « camp d’été décolonial », également non-mixte, de l’année dernière ? Pourquoi Houria Bouteldja, du PIR, non-Noire dont elle est proche, conseille-t-elle, toujours au nom de l’antiracisme, aux Noirs de se marier entre eux, aux Noires de ne pas épouser des non-Noirs ? Pourquoi la sociologue Nacira Guénif, non-Noire elle aussi, est-elle une proche du collectif Mwasi ? Que font ces non-Noires à conseiller aux Noirs et aux Noires de rester entre eux ? Il y a dans cette pratique quelque chose d’enfoui qui n’est pas dit, qui sans doute reste inconscient, quelque chose de dévastateur qui est au fondement de l’Amérique et qui a compromis l’Europe : le trafic d’esclaves et l’esclavage. Autrement dit, il y a un moment où le combat contre le racisme replonge dans l’histoire créée par le racisme de façon très dangereusement ambiguë.

Cette affaire me rappelle celle de la Grande mosquée de Paris, où j’allais prier avant 2013, année où les femmes furent reléguées dans une salle à l’entresol parce que certaines personnes avaient protesté du fait que des femmes étaient trop bruyantes dans la grande salle de prière. En fait ce sont surtout certaines Sub-sahariennes qui étaient pointées du doigt, beaucoup d’entre elles étant peu rigides dans la pratique de la religion, mais très vivantes et animées, vêtues de magnifiques couleurs… et le plus souvent à part des croyantes d’origine maghrébine, peu enclines à se mélanger. J’ai observé et connu à la mosquée une culture de la séparation. Séparation des hommes et des femmes, d’abord manifestée par un rideau tendu entre les uns et les autres dans la grande salle de prière, puis par l’expulsion des femmes de cette salle et leur relégation à l’entresol (alors que du temps du Prophète, hommes et femmes priaient dans un même espace). Et culture d’une certaine séparation ethnique (voire nationale) – en contradiction totale avec l’enseignement de l’islam.

Comme toujours, pour décoincer les esprits engagés sur des voies de garage, il faut faire appel aux poètes.  Voici un texte du grand poète syrien Nizar Kabbani, texte que j’ai trouvé sur la page facebook d’une militante afroféministe, Ndella Paye :

 

Ne vous en déplaise,
J’entends éduquer mes enfants à ma manière; sans égard pour vos lubies ou vos états d’âme…
Ne vous en déplaise
J’apprendrai à mes enfants que la religion appartient à Dieu et non aux théologiens, aux Cheikhs ou aux êtres humains.
Ne vous en déplaise
J’apprendrai à ma petite que la religion c’est l’éthique, l’éducation et le respect d’autrui, la courtoisie, la responsabilité et la sincérité, avant de lui dire de quel pied rentrer aux toilettes ou avec quelle main manger.
Sauf votre respect,
J’apprendrai à ma fille que Dieu est amour, qu’elle peut s’adresser à lui sans intermédiaire, le questionner à satiété, lui demander ce qu’elle souhaite, loin de toute directive ou contrainte.
Sauf votre respect,
Je ne parlerai pas du châtiment de la tombe à mes enfants qui ne savent pas encore ce qu’est la mort.
Sauf votre respect,
J’enseignerai à ma fille les fondements de la religion, sa morale, son éthique et ses règles de bonne conduite avant de lui imposer un quelconque voile.
Ne vous en déplaise,
J’enseignerai à mon jeune fils que faire du mal à autrui ou le mépriser pour sa nationalité, sa couleur de peau ou sa religion est un grand pêché honni de Dieu.
Ne vous en déplaise,
Je dirai à ma fille que réviser ses leçons et s’investir dans son éducation est plus utile et plus important aux yeux d’Allah que d’apprendre par cœur des versets du Coran sans en comprendre le sens.
Ne vous en déplaise,
j’apprendrai à mon fils que prendre le prophète comme modèle commence par adopter son sens de l’honnêteté, de la droiture et de l’équité, avant d’imiter la coupe de sa barbe ou la taille de ses vêtements.
Sauf votre respect,
je rassurerai ma fille que son amie chrétienne n’est pas une mécréante, et qu’elle cesse de pleurer de crainte que celle-ci n’aille en enfer.
Sauf votre respect, je dirai qu’Allah a interdit de tuer un être humain, et que celui qui tue injustement une personne, par son acte, tue l’humanité toute entière.
Sauf votre respect,
J’apprendrai à mes enfants qu’Allah est plus grand, plus juste et plus miséricordieux que tous les théologiens de la terre réunis, que ses critères de jugement diffèrent de ceux des marchands de la foi, que ses verdicts sont autrement plus cléments et miséricordieux.
Sauf votre respect …

Nizar Kabbani

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