« À la maison » en Écosse. Par Kirsty Logan et Alan Warner

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J’ai trouvé ce livre dans le hall de la bibliothèque centrale d’Édimbourg ce matin, et c’est dans cette même bibliothèque que j’en traduis quelques phrases et que je poste cette note. Le livre a été publié et distribué gratuitement par une charity, l’une des associations de bienfaisance si nombreuses en Grande-Bretagne. La Scottish Book Trust travaille à la promotion de la littérature, de la lecture et de l’écriture. Le recueil des Scotland’s Stories of Home peut être téléchargé gratuitement (en anglais) ici sur le site. Lors de ma pause-déjeuner (exquis porridge aux fruits rouges et cappuccino) dans un café proche, j’ai commencé à lire les contributions des différents auteurs sur ce thème de la maison (le foyer). En voici quelques passages :

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« nous construirons
nous construirons une maison
de pierre
de pin
ou de glace
ou de n’importe quoi qu’ils nous auront laissé
de n’importe quoi dont ils ne veulent pas.

la chaleur entre nous
fait fondre la maison
brûle la maison.
nous nous réchaufferons
sur le sol de la forêt.
nous nous construirons
sur le sol de la forêt.

quand ils prendront tout
nous aurons ce que nous construisons. »

Kirsty Logan, Homemakers

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« La maison, selon ma vision des choses, doit être à la fois une région et un endroit particulier – et non pas un pays, ni même une communauté, quoique ces deux abstractions me tentent réellement.
(…)
Clouté d’impénétrables pierres levées, cercles et autres exceptions néolithiques, ce ruisseau secret descend d’un ravin boisé puis s’élargit dans une plaine inondable au nord est. Chaque arbre ou presque y est d’une espèce différente.
(…)
Là est mon humble Shangri-La personnel, mon chez-moi (je suis trop égoïste et jaloux pour le nommer et le partager avec vous), où la nature signale une tout autre vélocité de joie, qui s’étend au-delà de moi, dans cette vallée heureuse. »

Alan Warner, Home

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aujourd’hui à Édimbourg, photos Alina Reyes

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Que faire d’un.e imbécile ? Et Édimbourg enneigée vue du bus 100

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Faisant de nouveau la queue à l’aéroport d’Édimbourg pour obtenir un nouveau vol, et songeant à mon retour à Paris, m’est venue l’idée, comme je n’avais rien à faire, d’écrire quelques mots sur « Que faire d’un.e imbécile ? » Chacun.e de nous est l’imbécile de quelqu’un.e d’autre, dira-t-on. Certes, et nous avons nos moments d’imbécilité plus souvent que nous ne le voudrions. Mais je veux parler là du cas plus lourd de l’imbécile chronique, incurable. L’imbécile en qui l’imbécilité se conjugue avec la sottise fut comme les autres, enfant, génial.e et intelligent.e, mais dramatiquement toutes sortes de pollutions ont fait mourir et pourrir sur pied le blé en herbe qu’il ou elle était. Que faire d’un.e tel.le imbécile ?

Toute personne sensée et responsable risque de tenter de l’empêcher de propager son imbécilité, d’en polluer les autres, notamment les jeunes pousses, et de les condamner ainsi au même triste sort que le sien. Or la mort est jalouse de ses prérogatives et n’entend pas qu’on essaie de lui retirer les proies qu’elle tient ou convoite. Et l’imbécile, son instrument, se retournant contre la personne sensée, commence à la harceler, puis la diffame publiquement, et enfin, quand la personne sensée finalement s’est éloignée, quand l’imbécile comprend qu’elle ne peut plus désormais attirer son attention (qui secrètement la flatte), l’imbécile s’en va à la police porter plainte contre qui elle a abusé de son pouvoir (comme la mort, les imbéciles se débrouillent toujours pour exercer quelque pouvoir en ce bas monde). Bref, Einstein avait raison.

Que faire d’un.e imbécile ? Rien. Pas même du fumier pour le jardin (de l’aliment pour un roman).

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edinburgh from the bus 100 5aujourd’hui à Édimbourg, photos Alina Reyes

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Beauté, toujours. Héroïne, journal et haïkus du jour

edimbourg gruesToujours à Édimbourg, les vols étant annulés les uns après les autres. En profitant pour admirer par la fenêtre les brusques tourbillons de neige, les jeux des oiseaux se réunissant au chaud sur une cheminée fumante puis s’élançant, tentant de voler contre les bourrasques qui finissent par arriver à les déporter dans leur sens, écouter les chants du vent, contempler les lumières et les couleurs changeantes dans le ciel, autour des hautes grues blanches arrêtées dans le même sens pour éviter d’être arrachées par la tempête, et sortir, marcher dans les rues enneigées, dans les poudroiements denses et virevoltants des chutes de neige, dans le bonheur, trouver une épicerie ouverte, faire des courses sur les rayons qui se vident, rentrer, écrire et dessiner un peu dans mon cahier, faire la cuisine, vivre.

L’héroïne du jour ici se nomme Charmaine Laurie et elle est chauffeuse de bus. Je vous laisse admirer sa maîtrise, avant mes trois haikus d’Édimbourg.

 

 

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Neige à la fenêtre
Étendards rouges dansant
et tourbillons blancs

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Sur la cheminée
Dix pigeons dans la fumée
Au chaud dans le froid

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La ville la nuit
Le vent soulève la neige
parmi les lumières

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Édimbourg féérique, enneigée

J’aurais dû être hier après-midi à Paris, puis après annulation du vol, hier soir – mais la neige en a décidé autrement. Décidément il y a une love story entre Édimbourg et moi, voilà que nous ne pouvons plus nous quitter.  Le vol de l’après-midi a été annulé aussi, et je ne suis pas sûre que celui que je dois prendre cet après-midi, via Londres, ne sera pas annulé aussi. En attendant, dès ce matin entre huit et neuf heures j’étais dans la ville en train de l’admirer.

 edimbourg neige 1Avant-hier soir déjà, à la sortie du pub, il y avait une fine couche de neige, balayée par un vent fort et glacial. Revigorant !

edimbourg neige 2Hier matin, de la fenêtre de l’appartement, on pouvait admirer les chutes tourbillonnantes de neige

edimbourg neige 3Arrivée à l’aéroport hier après-midi, j’ai appris que, après l’annulation de mon premier vol sur Air France, mon second vol sur Flybe pour Paris via Birmingham était annulé aussi. J’ai fait deux heures et demie de queue pour pouvoir avoir un autre billet pour aujourd’hui. Tous les vols pour la France étaient annulés, mais aucune information sur le site de l’aéroport de Roissy. British Airways vient de m’informer que le vol d’aujourd’hui pourrait être annulé aussi. Le soir, du bus qui me ramenait à Édimbourg, j’ai photographié la route derrière la vitre embuée. Heureuse comme tout d’être sortie de l’aéroport dans des tourbillons de neige.

edimbourg neige 4Retour au bercail local sous une lune presque pleine, alors qu’elle était en fin croissant lors de mon arrivée

edimbourg neige 5Le Royal Mile, grande artère, au réveil ce matin

edimbourg neige 6Personne n’est encore descendu de l’immeuble

edimbourg neige 7Mais la veille au soir quelqu’un a tracé sur la terrasse des spirales

edimbourg neige 8Même les oiseaux ont froid. Mais plutôt que de se laisser saisir pour être mis à l’abri, il s’envole, donc ça va encore.

edimbourg neige 9Le Royal Mile, plutôt désert

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edimbourg neige 15Il faut filmer ça, la neige est rare ici, la télé est là

edimbourg neige 16à Édimbourg, photos Alina Reyes

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Les police box reconvertis d’Édimbourg

Autrefois utilisés comme postes de communication pour la police, ils sont tombés en désuétude avec les moyens de communication modernes. Après des années d’abandon, ils trouvent une nouvelle vie dans leurs reconversions diverses : beaucoup sont devenus des kiosques où l’on peut acheter des cafés et autres boissons, ou encore des glaces, des crêpes ou de la nourriture végane… ou bien des tickets de tourisme… et dernièrement l’un d’eux est même devenu un mini salon de coiffure, faisant aussi office de barbier et distribuant boissons chaudes et produits de toilette, pour les personnes sans abri – à l’initiative de Zakia Moulaoui, « Française avec un cœur écossais »

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edinburgh police boxà Édimbourg, photos Alina Reyes

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Let there be light

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Le vent souffle, les nuages filent, quelques fins flocons de neige tournoient, entre les masses versicolores du ciel la lumière se déplace, les grandes grues blanches au-dessus des toits étincellent. Édimbourg est toujours en travaux. Sur l’échafaudage à côté de ma fenêtre, les ouvriers malgré le froid échangent avec leur accent du pays et chantent de temps en temps en travaillant. À la bibliothèque centrale où j’ai (très bien) travaillé hier, j’ai trouvé ce journal avec cette image d’un yogi en kilt célébrant à la fois le grand poète national Robert Burns et le Nouvel an chinois au zoo de la ville, où se trouve un panda. Les Écossais n’ont peur de rien, je crois.

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edimbourg kilted yogià Édimbourg, photos Alina Reyes

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Au défi de l’art & de la nature

« L’art est à l’opposé des idées générales, ne décrit que l’individuel, ne désire que l’unique. Il ne classe pas ; il déclasse. Pour autant que cela nous occupe, nos idées générales peuvent être semblables à celles qui ont cours sur la planète Mars et trois lignes qui se coupent forment un triangle sur tous les points de l’univers. Mais regardez une feuille d’arbre, avec ses nervures capricieuses, ses teintes variées par l’ombre et le soleil, le gonflement qu’y a soulevé la chute d’une goutte de pluie, la piqûre qu’y a laissée un insecte, la trace argentée du petit escargot, la première dorure mortelle qu’y marque l’automne ; cherchez une feuille exactement semblable dans toutes les grandes forêts de la terre : je vous mets au défi.

(…)

Le peintre Hokusaï espérait parvenir, lorsqu’il aurait cent dix ans, à l’idéal de son art. À ce moment, disait-il, tout point, toute ligne tracés par son pinceau seraient vivants. Par vivants, entendez individuels. Rien de plus semblable que des points et des lignes : la géométrie se fonde sur ce postulat. L’art parfait de Hokusaï exigeait que rien ne fût plus différent. »

Marcel Schwob, préface à ses Vies imaginaires

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edinburgh arthur seat

edinburgh arthur seat pierre gravée

edinburgh from arthur seat

edinburgh, arthur seat salisbury crags

edinburgh violon kilt

edinburgh mexicain

edinburgh university

edinburgh, universityhier à Édimbourg, photos Alina Reyes

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