Trek en Lozère. 4) Pas à pas, le chemin

Nous avons évoqué dans les notes précédentes les ciels du causse Méjean ; puis son bestiaire ; puis l’architecture et l’habitat traditionnels de la Lozère. Voici pour finir un retracé de notre parcours, commencé par un grand V du nord-est au sud et du sud ou nord-ouest sur le causse au départ de Florac la première semaine, et continué du nord-ouest au nord-est le long des gorges du Tarn. Au total 100 km à pied, plus 12 km en canoë-kayak (mine de rien, c’est sportif, avec de délicieux petits rapides), et à la fin des deux semaines, pour O. qui avait loué un vélo, deux grands tours en VTT. Voici les images, commentées :

trek lozere 1-minPremier soir à Florac-Trois-Rivières (voir la note sur l’architecture, comme pour tous les autres villages mentionnés), dans un petit camping au bord de la rivière, où nous nous sommes baignés après avoir planté la tente. Ça, c’était avant les coups de soleil sur les jambes (n’ayant pas pris de crème solaire) attrapés le lendemain en montant là-haut et au-delà, 500 mètres de dénivelé en plein cagnard :
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trek lozere 3-min Arrivés là-haut, quel plaisir de se détendre et de casser la croûte sous un (maigre et rare) arbre avant de reprendre la marche !
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trek lozere 5-minLe soir venu, nous plantons notre tente sous ce beau pin et nous admirons le coucher de soleil, puis le ciel nocturne splendidement déployé, comme le jour, sur 360° d’horizon dégagé. La Voie lactée, les constellations, les étoiles filantes sont au rendez-vous, le premier croissant de lune aussi, et Vénus, et sans doute la comète Néowise mais sa chevelure n’étant plus visible nous ne pouvons que la supposer, à tel point brillant où elle est dite se trouver.
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trek lozere 7-minReprise du chemin le lendemain matin, d’abord le long de champs de blé puis à travers monts et vaux, sans suivre le GR, par de splendides paysages.
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trek lozere 9-min Nous faisons une longue halte à midi sur un col. Nous sommes les seuls sur le terrain, depuis le matin.
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trek lozere 10-minLe soir, nous arrivons en vue du chaos de Nîmes. Nous allons jusqu’au Veygalier, où la fermière nous autorise à camper dans son champ, et nous dînons à la ferme. Cette famille habite seule tout le hameau et possède 700 brebis, des vaches, des cochons, et bien sûr des poules et un potager, et cultive aussi le blé.
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trek lozere 11-minLe lendemain nous allons visiter le chaos de Nîmes, avec ses dolomies fantastiques (voir la note sur le bestiaire). Nous nous y reposons à l’ombre d’un rocher aux heures les plus chaudes du jour puis nous repartons et marchons encore quelques heures jusqu’à trouver un endroit où bivouaquer. C’est là que nous nous faisons agresser par des patous (voir également la note sur le bestiaire).
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trek lozere 12-minLe lendemain, après 20 km de marche dans la chaleur à travers des paysages époustouflants, avec une boucle passant par la Bégude blanche et le hameau Marcel, où nous nous réapprovisionnons en eau (pas d’eau sur le causse, nous devons toujours consulter la carte IGN pour repérer les rares fermes où remplir nos gourdes, car les 5 litres que nous transportons ne suffisent pas pour deux jours), nous prenons un peu de repos à Nivoliers, où nous dormons et dînons au gîte.
trek lozere 13-minLe lendemain matin, nous partons voir les chevaux de Przewalski (voir note sur le bestiaire), dont nous avons la veille traversé le vaste enclos de steppes, en escaladant les barrières.
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trek lozere 14-minAprès une deuxième nuit au gîte, nous repartons pour 15 km. Dès qu’un arbre se présente, nous profitons de son ombre pour boire ou manger. La dernière partie du trajet est une longue et très raide descente dans les gorges, par un étroit chemin dans la forêt, sur Sainte-Enimie.
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trek lozere 18-minNous nous installons dans un petit camping au bord de la rivière, où nous nous baignons, et le lendemain nous partons visiter Saint-Chély (voir la note sur l’architecture de la Lozère). Le surlendemain, en descendant le Tarn en canoë, nous passons nous tremper sous sa cascade. En attendant, nouveau bain dans la rivière.
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trek lozere 21-minLa descente en canoë se fait par des gorges somptueuses. Je fais une photo à l’arrivée, à Hauterives, et O m’y photographie dans l’eau.
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trek lozere 23-minLe lendemain, nous repartons vers l’est en longeant la rivière, tantôt au bord, tantôt dans les hauteurs. Arrivés au très beau village de Castelbouc (voir la note sur l’architecture), quel bonheur de se reposer sous les arbres dans le petit camping !
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trek lozere 25-minLe lendemain, O loue un VTT et part en faire pendant que je vais me balader à pied. Et le surlendemain, nous revoici en chemin le long de la rivière, jusqu’à Montbrun (voir la note sur l’architecture). De là nous trouvons un endroit où pique-niquer et O remonte à VTT sur le causse, à l’endroit d’où nous sommes partis voici une dizaine de jours.
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En fin d’après-midi la loueuse de VTT vient récupérer son vélo et nous avance en voiture (la seule fois où nous serons montés en voiture) jusque là où nous voulons dormir, non loin de là, au camping utopique « Le petit monde ».
trek lozere 27-minLa soirée y est toute joyeuse des chants de marins de nos voisins campeurs bretons, dont une accordéoniste, et d’autres musiciens, accordéoniste et violoniste, qui font aussi résonner la buvette proche tard dans la nuit de musique et de chansons, dont Bella ciao.
trek lozere 28-min Thibaut a conçu son éco-camping au bord de la rivière dans un esprit d’harmonie, entre les gens et entre les gens et la nature – avec zones humides, zone de compost, et tarifs doux et constants. Exactement le sens dans lequel le monde aspire à aller, loin de l’esprit « start-up nation » et envie de devenir milliardaire.
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Le lendemain nous partons pour Quézac et Ispagnac, deux villages proches que nous visitons dans la journée (voir la note sur l’architecture). Nous passons la dernière nuit de ce trek dans un petit hôtel.
trek lozere 29-min Un selfie dans l’abribus avant de prendre la navette pour Florac, puis le car pour Alès, puis le train pour Nîmes où nous passons l’après-midi en attendant la correspondance pour Paris.
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Voilà, le Ouigo nous ramène à la maison, heureux comme roi et reine !
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photos Alina Reyes

voir aussi :

les ciels du causse Méjean
le bestiaire du causse Méjean
l’architecture traditionnelle en Lozère
l’art urbain à Quézac

Ready for the country. Prêt·e·s pour la lecture ?

ready-minDemain à l’aube, nous partirons, à pied et sac au dos : car pour un billet de train à 30 euros il faut se lever très tôt, avant les premiers bus. Jusqu’à la gare, une première demi-heure de marche dans Paris pour entamer nos deux semaines de trek en Lozère, notamment sur le Causse Méjean, qu’on dit semblable à la Mongolie, et dans les gorges du Tarn. O et moi avons l’intention de bien marcher (une bonne centaine de kilomètres) mais aussi de bien prendre le temps de nous poser et de nous baigner dans la splendeur.

Nous avons préparé les sacs – c’est un art d’emporter le nécessaire et rien d’autre. Quand on voyage à pied, il faut voyager léger, c’est toujours assez lourd ! Une savonnette pour laver à la fois le corps, les cheveux et le linge suffira, mais nous emportons un carnet, un stylo, et nos liseuses.
Pour vos lectures, de vacances ou non, je vous repropose mes livres téléchargeables gratuitement ici :

Nus devant les fantômes, Franz Kafka et Milena Jesenska, mon roman-essai sur ce qu’ont traversé ces deux êtres broyés par l’histoire et courageux.

La Dameuse, mon microroman en trois v : viol, vengeance, vie… dans la nature et à la fin la Mongolie

La chute de la Maison Usher, la nouvelle fantastique d’Edgar Poe, dans ma traduction

Pendant ces deux semaines, vous pourrez sans doute me retrouver de temps en temps sur mon compte Instagram @alinareyes_authorandartist
À bientôt !

Autoportrait verso d’une yogini en pied(s)

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Après l’autoportrait de face l’autre jour, voici l’autoportrait de dos, toujours en pied, toujours photographié rapidement dans le miroir avant ma séance de yoga. En témoignage des bienfaits du yoga, qui même commencé tard (à la soixantaine pour moi, ainsi que je l’ai un peu mieux expliqué avec mon autoportrait de face), peut vous sculpter, vous assouplir, vous fortifier à merveille (dans le ressenti) le corps comme l’esprit.
Je n’ai pas fini de muscler mes jambes et mes fessiers : O et moi partons dans quelques jours pour notre trek en France, nous prévoyons de faire, sac au dos, une boucle de plus de cent kilomètres, et après ça, s’il nous reste du temps, une randonnée supplémentaire. Avec pas mal de dénivelés et beaucoup de beautés à contempler, les jours et les nuits quand nous bivouaquerons sous un ciel très pur.

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Ce matin à Paris, photos Alina Reyes

La grande vie

Hier soir nous sommes montés sur des toits pour regarder le feu d’artifice. Et aujourd’hui nous nous sommes occupés de consulter les cartes et de nous procurer le matériel nécessaire pour notre prochain départ en randonnées. Acheté des billets de train très bon marché, et, à petit prix aussi, de quoi bivouaquer. Je me sens extrêmement joyeuse et revigorée à la pensée de cette aventure, toute humble et dépouillée : là est justement le luxe, le vrai grand luxe selon mon goût : liberté, légèreté, comme aux jours de nos adolescences. Pas besoin d’argent pour de telles vacances, où se rendre vacant des contraintes et des pesanteurs ordinaires, des habitudes et du confort. Il y faut juste l’amour de la vie. Nous sommes nombreux à l’avoir, et c’est nous qui sauvons et sauverons le monde, rien qu’en vivant dans l’amour de la vie, l’amour d’autrui, l’amour de la beauté et de la liberté.

Des rêves, des oiseaux et des ouvriers

au Jardin des plantes ces jours-ci, photo Alina Reyes

au Jardin des plantes ces jours-ci, photo Alina Reyes

Beaucoup de rêves d’eaux et de traversées en ce moment. Avec des ciels couchants et levants. De l’amour et de l’esprit. D’excellents rêves, de ceux qui vous habitent ensuite au long des heures et des jours, dans la veille.

De ma fenêtre, je vois ce qui se passe avec les oiseaux dans la cour. Des palombes, des pies, des merles, des corneilles, des martinets, des mouettes. Pas tous là en même temps, mais parfois deux espèces en même temps, qui parfois se chamaillent. Comme chez les humains, il y a du bon temps et des drames dans leur vie. Je vois leurs histoires.

Dans la cour, il y a aussi des ouvriers qui font des travaux. J’en vois aussi dans bien d’autres endroits dans Paris. C’est le moment où les propriétaires ravalent les façades, entre autres. Les travaux sont durs et bruyants. On entend peu les travailleurs parler français, et ils ont tous la peau foncée ou très foncée. Les jours où je ne me réveille pas avant leur arrivée, ce sont eux qui me sortent de mes rêves. À moins qu’ils ne me les fassent faire, à arpenter ainsi leurs échafaudages, entre terre et ciel.

Autoportrait d’une yogini au sein nu

ce matin à 7 heures chez moi, photo Alina Reyes

ce matin à 7 heures chez moi, photo Alina Reyes

Je célèbre avec gratitude mes un an de yoga quotidien. Ce matin au lever, avant d’enfiler ma tenue pour ma séance, j’ai photographié rapidement mon corps dans le miroir. Mon corps de 64 ans, qui a enfanté quatre fois, qui a lutté contre deux cancers, supporté plusieurs opérations dont une mastectomie, mon corps toujours bienheureux en train d’être redessiné par le yoga. Avec mon sein tout nu, celui qui a été reconstruit joliment, dont la cicatrice est devenue presque invisible, et pour lequel j’ai choisi, plutôt que d’y faire maintenant ajouter un faux téton, d’y faire faire, dans quelques mois, un grand tatouage floral qui remontera jusqu’à l’épaule.

J’ai commencé le yoga par du kundalini en salle, fin septembre 2018. Une heure et demie par semaine, mais je n’y allais pas toujours. Deux semaines après ma dernière opération, début juillet 2019, je me suis mise au hatha yoga à la maison, en m’aidant de livres, revues, vidéos et cours en ligne. Je me suis essayée – et je continue à le faire – à différentes sortes de yoga, et sauf rares exceptions je n’ai jamais dérogé à ma pratique quotidienne, d’une bonne quarantaine de minutes en moyenne. Je m’en porte magnifiquement bien, de corps et d’esprit.

mes notes sur le kundalini yoga : ici
mes notes sur le yoga dans tous ses états :

18-7-2020 : j’ai fait aussi mon autoportrait de dos, il est

à la belle étoile

Work in progress (avec les restes de peinture, sur un calendrier de l'année dernière, d'une autre peinture en cours)

Work in progress (avec les restes de peinture, sur un calendrier de l’année dernière, d’une autre peinture en cours)

Il y a longtemps que je n’ai dormi à la belle étoile. J’y pense de temps en temps, avec nostalgie. Si bien que j’ai eu l’idée de le refaire, très bientôt. Nous projetons de partir avec petite tente et sac à dos, en camping sauvage chaque fois que possible, et dans les petits campings aux endroits où le camping sauvage est interdit. Quelles sensations plus fortes, quel plus grand luxe peut-on connaître que de vivre l’harmonie avec la nature, contempler la Voie Lactée, les constellations, les météores, écouter les bruits de la nuit, des animaux et oiseaux nocturnes, respirer l’air pur, se réveiller au matin dans la splendeur éclatante des paysages, dans leur senteur, leur lumière, aller se laver au torrent, reprendre le chemin… Éternelle jeunesse de la vie.

O déplace Madame Terre, Alina peint

Dans la chaleur, O est aujourd’hui parti en vélo avec Madame Terre à une trentaine de kilomètres de Paris, pour un endroit tout simple et tout noble, la croix qui fait souvenir du lieu où le sénéchal Pierre de Brézé est mort en 1465, lors de la bataille de Montlhéry. (Si vous n’êtes pas familier de Madame Terre, suivre le mot-clé). Voici ses images, suivies d’une photo qu’il a faite de moi il y a deux ou trois jours alors que je commençais à repeindre mon grand panneau autrefois intitulé « Apocalypse » et qui a déjà changé de nom – et je continue, tout en continuant à m’intéresser à la peinture préhistorique en écoutant cette conférence de Carole Fritz. Préhistoire et histoire continuent à cohabiter la Terre.
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Littéralement physique : Point Reyes Ligthhouse, work in progress et work in promesse

"Point Reyes Lighthouse", acrylique sur bois, 46x30 cm (d'après le phare du même nom)

« Point Reyes Lighthouse », acrylique sur bois, 46×30 cm (d’après le phare du même nom)

Excellente annonce hier, que j’attendais ardemment : la Bibliothèque nationale va rouvrir. Le 6 juillet pour les chercheur·e·s, dont je suis, le 15 pour tout le monde. Car le travail d’écriture m’appelle de plus en plus fort. Je ne peux pas écrire à la maison – pas assez d’isolement – et toutes les bibliothèques, publiques, universitaires… sont fermées depuis mars. J’en ai d’autant plus désir, un désir littéralement physique, que je vois O écrire nuit et jour depuis le déconfinement, dans un formidable élan créateur. Moi je peins sans me lasser, avec grand bonheur. En attendant donc le 6 juillet j’ai ressorti hier soir ma plus grande peinture, que j’ai commencé à repeindre, après avoir repeint toutes les autres. Je l’ai mise sur un vieux drap pour ne pas tacher le sol et voilà, réinventons ! Quand je serai de retour à mes manuscrits et recherches, je vais faire des étincelles !

work in progress-min Aussitôt fini de repeindre « Point Reyes Ligthhouse », je m’installe pour repeindre « Apocalypse » et termine « Z », petite peinture carrée réalisée avec les restes de peinture de ma palette, comme précédemment « Clock » (et j’ai couvert de Gesso un calendrier dépassé pour utiliser à mesure les restes de peinture de mon nouveau work in progress).

"Z", gouache et acrylique sur papier, 21x21 cm

« Z », gouache et acrylique sur papier, 21×21 cm

De la couleur avant toute chose

couleurs 1-minLe pied d’O sur la table et les tournesols qu’il m’a offerts en me disant : que vas-tu en faire, Vincent ?

couleurs 2-minLes roses de la roseraie, hier au Jardin des Plantes, si belles, si odorantes, si sensuelles

couleurs 3-minLes oiseaux du paradis, si éclatants qu’on les entendrait chanter, dans le même jardin
Et les arbres, la lavande, les pavots…

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Et puis les masques que je continue à fabriquer pour tout le monde autour de moi, dans des t-shirts colorés ou à motifs devenus sans usage, des leggings, des jeans (super-protection), etc. Avec un minimum de couture, ou sans couture. En avoir suffisamment permet de ne pas toujours les laver : il suffit, s’ils ne sont pas sales, de les laisser à l’air libre deux ou trois jours pour qu’ils se désinfectent d’eux-mêmes. (J’en ai acheté un à 5 euros pour voir si c’était plus confortable : pas du tout, et il n’est pas plus sûr non plus, et j’aime mieux le style de mes propres masques fantaisie, souvent hauts en couleurs. En voici quelques-uns (non repassés mais une fois sur le visage ils se défroissent d’eux-mêmes) :

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Voir aussi : ma thèse en couleurs et bien sûr mes peintures

Trajets de déconfinement dans Paris

Je continue ce « journal de déconfinement » initié en plein confinement, quand personne encore n’avait parlé, du moins publiquement, de déconfinement (mot qui n’existait pas jusque là). J’ignore jusqu’à quand et peu importe. Dépasser les confins, c’est mon truc. Briser les barreaux, que passe qui veut passer.

Hier, ayant à transporter des choses lourdes, nous avons pris le métro (nos masques maison sans couture sur la figure) plutôt que le vélo pour nous rendre du 13e au 12e arrondissement. J’en ai profité pour photographier les œuvres de street art visibles de la ligne 6, entre Italie et Austerlitz. Je les ai déjà photographiées plusieurs fois à pied, mais je leur trouve un charme particulier photographiées d’en haut et d’en mouvement.
Au retour, débarrassés de notre charge, nous sommes rentrés à pied, quelques bons kilomètres avec un détour par l’est de la BnF (nous avions un achat à faire dans un magasin de sport mais devant la file d’attente sur le trottoir nous y avons renoncé) et sur la fin une traversée de la Pitié-Salpêtrière. Voici les images.

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Hier après-midi à Paris, photos Alina Reyes
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Christ aux cheveux verts

"Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang" Acrylique sur bois (isorel) 74x42 cm

« Christ aux cheveux verts. Ceci est mon corps, ceci est mon sang » Acrylique sur bois (isorel) 74×42 cm


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En écrivant cette icône, j’ai songé que le maintien de la fermeture des parcs et jardins en Ile-de-France, malgré les demandes d’ouverture d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse, et alors que rouvrent centres commerciaux, écoles, bureaux, chantiers, transports en commun, lieux de culte avec autorisation de cérémonies…, et alors que les études montrent que la pandémie se transmet essentiellement dans les lieux clos, est une mesure de coercition de type fasciste, totalitaire : une mesure contre la vie, contre la liberté, contre le bonheur.

J’aurais pu intituler cette icône « la multiplication des pains », avec cette chair du Christ changée en myriades d’hosties. Mais ce qui est essentiel, c’est que cette figure soit encadrée de vert et d’or. En ce jour d’Ascension, une façon de s’élever pour voir d’en haut que la vie et la lumière sont nos véritables trésors, avec l’amour rendu par la libéralité du don de soi, un soi aux mesures de l’univers et en communion avec lui.

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« Le visage tourné »

"Le visage tourné", acrylique sur toile 46x37 cm

« Le visage tourné », acrylique sur toile 46×37 cm

Par la fenêtre ouverte la lumière, la douce chaleur, les couleurs des briques et des fleurs, les senteurs de la verdure montant de la cour, avec les voix du voisinage qui composent une musique du quotidien, et de temps en temps celle d’un proche ou d’un autre qui interpellent d’en bas : « Regarde, j’ai ramené le vélo », « lance-moi la clé », « L. est là, on va se promener », etc. Avec le réchauffement climatique, une ambiance de Sud à Paris. En attendant la réouverture des jardins, je me balade à vélo ou à pied dans la ville, et en attendant la réouverture des bibliothèques où travailler, je peins. Bienheureuse.

« Quatre vents », avec Orhan Pamuk. Le déconfinement révélateur

"Quatre vents", acrylique sur bois (isorel) 75x51 cm

« Quatre vents », acrylique sur bois (isorel) 75×51 cm

Je ne sais pas pourquoi, mais le fait est que nous soyons là tous les quatre à regarder me procurait un apaisement.

« Qu’y a-t-il de commun entre l’aveugle et le voyant ? » a récité Le Noir après un long silence. Faisait-il allusion, en dépit du caractère obscène de l’image, à la noblesse de cette jouissance visuelle que Dieu nous a donnée ? Cigogne, pour son compte, ne captait rien à ces choses-là, vu qu’il ne lit jamais le Coran. Je savais que ce verset était de ceux que les anciens Maîtres de Hérat citaient le plus souvent, en particulier pour répondre aux imprécations des détracteurs de la peinture, ceux qui prétendent qu’elle est contraire à notre foi et que les peintres iront en Enfer, au jour du Jugement dernier. Pourtant, avant ce jour magique, je n’avais jamais entendu Papillon parler comme il l’a fait alors, l’air de rien :

« Je voudrais peindre quelque chose qui montre que l’aveugle n’a rien de commun avec le voyant.

– Qui est aveugle ? Et qui est voyant ? a demandé Le Noir avec naïveté.

– L’aveugle et le voyant n’ont rien en commun, c’est ce que veut dire wa mâ yastawi-l’âmâ wa-l-bâsirûn, a dit Papillon, avant de réciter :

Il n’y a rien de commun
Entre lumière et ténèbres
Entre la chaleur et le frais
Entre les morts et les vivants.

Orhan Pamuk, Mon nom est Rouge, traduit du turc par Gilles Authier

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Poisson d’amour et monde d’après, maintenant

"Poisson d'amour", acrylique sur bois, 50x50 cm

« Poisson d’amour », acrylique sur bois, 50×50 cm


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Peignant ce matin mon « Poisson d’amour » à la peinture dorée, la capuche sur la tête (il faisait frais), après mon yoga et dans la paix de ma musique de méditation, j’ai songé que j’étais comme un moine en train de peindre une icône, c’est-à-dire d’écrire, les icônes étant considérées comme une forme d’écriture. En tout cas la peinture est un exercice spirituel. Plus elle l’est, plus elle peut atteindre la grandeur. Il y a de grandes peintures qui sont peu spirituelles, comme celles de Picasso, que j’aime moins depuis que j’aime mieux la grande peinture spirituelle, comme celle de Jean-Michel Basquiat. Le vingtième siècle a mieux compris l’art peu spirituel, ou n’a pas bien compris l’art spirituel, mais le vingtième siècle est derrière nous et nous pouvons le relire autrement qu’il ne l’a été par ses contemporains.

Il y a aussi des peintures spirituelles qui ne sont pas grandes d’un point de vue artistique, peut-être parce qu’elles sont comme la poésie, qui, comme le dit Yves Bonnefoy en parlant de Rimbaud, n’est pas de l’art, mais autre chose. Il est temps de passer à autre chose. J’écoute de la musique nuit et jour.

Un très beau texte de Bonnefoy sur Rimbaud, qui parle aussi bien d’aujourd’hui :

Tags de déconfinement

Ma « parole du jour » est à ces quelques tags que j’ai photographiés dans Paris depuis avant-hier, jour du déconfinement, et qui sont en effet à méditer pour déconfiner le vieux monde. (Le correcteur souligne en rouge déconfiner chaque fois que je l’écris, il ne connaît pas encore le mot, un néologisme que j’ai d’ailleurs inventé la première le 22 mars dernier – invention bien simple et qui tombait à point.
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« Trou blanc, troublant ? » Déconfinement, jour de fête

"Trou blanc, troublant ?" Acrylique sur bois, 40x69 cm

« Trou blanc, troublant ? » Acrylique sur bois, 40×69 cm

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C’est un cosmos, et je l’ai appelé « Trou blanc, troublant ? » parce qu’il s’articule autour d’un trou, un vrai trou naturel dans le bois, que j’ai peint en blanc – plutôt qu’à partir d’un trou noir. Et justement ce jour de déconfinement qui vient est un peu un trou blanc de sortie du trou noir du confinement – vous me suivez ? Un trou blanc qui engendre mille autres trous blancs, et toutes les couleurs.

Bon, je sais bien que ce n’est pas vraiment la fête, ça va être encore dur, pour ceux qui travaillent et pour ceux qui ont perdu leur travail. Mais j’aime tant la fête, je la trouve même dans des choses minuscules, j’ai bien l’intention de l’éprouver pour ma première sortie, sans doute en amoureux, à plus d’un kilomètre de la maison. Loin de moi ce qu’on a appelé la « romantisation du confinement ». À la maison tout s’est passé dans une paix et une entente parfaites, mais n’empêche, quelle lourdeur, ce confinement forcé, et quelle libération, de pouvoir en sortir ! Revoir le monde, et revoir certains proches qu’on n’a pas vus depuis deux mois !

Après avoir fini mon « Trou blanc, troublant ? » aujourd’hui, j’ai vernis mes deux précédentes toiles (celle-ci et celle-là), puis j’ai commencé un autre tableau, de nouveau une reprise d’une ancienne peinture sur bois. J’aime peindre sur bois, mieux que sur toile. Les bouts de bois sur lesquels je peins ne sont pas destinés normalement à être peints, ce sont des rebuts de coupe que j’achète au magasin de bricolage ou que je récupère dans la rue au gré de mes déambulations – ça fait partie de la philosophie de ma pratique. Oh, je vais pouvoir recommencer ! Je travaille avec la nature du bois tel qu’il se présente, ici j’ai utilisé le trou et les nœuds. Je trouve que la peinture est plus belle sur le bois, même si le bois que j’utilise a des irrégularités il y a plus de lisse que la toile, le travail des différentes couches rend mieux même s’il est peut-être plus délicat à discerner à première vue. Pour l’instant je reprends d’anciennes peintures avec la technique des points, c’est une façon de l’explorer. Ça ne veut pas dire que je m’y limiterai désormais, tout est possible, tout est ouvert, j’ai de bonnes chances d’avoir encore quelques décennies devant moi pour travailler et inventer, c’est la joie !

Lumière et cinéma du jour

« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat ; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des paraboles et Allah est Omniscient. » Coran 24-35, verset dit de la Lumière, traduit par Muhammad Hamidullah

Au bout d’un mois ou deux, le milieu de l’édition s’alarme des lourdes conséquences de la pandémie pour les auteurs, les éditeurs, les libraires. Qu’on imagine les conséquences pour un auteur empêché de publier depuis plus de dix ans, après avoir vécu de ses droits d’auteur pendant vingt ans. C’est mon cas, pour avoir, notamment en arrachant son masque à l’un de ses parrains, déplu à ce même « milieu » qui pleure maintenant. J’ai vécu dans la plus grande pauvreté jusqu’à mes 33 ans, au point d’avoir souvent faim malgré mes 43 ou 44 kilos qui ne demandaient pas beaucoup de nourriture ; puis je m’en suis sortie par mon travail mais en refusant de me soumettre au système, raison pour laquelle il a fini par m’éliminer – tant pis pour lui, il a perdu une littérature hors normes et qui pourtant se vendait bien, en France et dans le monde.

À force de postures sur les mains, j’ai un léger cal sur la partie charnue de la paume. Plus d’un mois de confinement, et je vois ce qui m’est le plus vital : non pas d’abord l’intellectuel, mais le physique et le spirituel : ce qui me permet de tenir dans cette privation de sortie ce n’est pas la lecture ni la culture, même si elles y ont leur place, très importante, mais le yoga (ou d’autres gymnastiques) et la méditation ou la contemplation, que je pratique de plus en plus assidûment à mesure que le temps passe. Et je ne dois pas être la seule à ressentir ces priorités : les exercices physiques et les exercices spirituels sont bien ce qui fonde l’humain. Là où ils manquent, manque l’humain. Dans beaucoup de sphères de notre monde, manque l’humain. Voilà ce qui est à corriger, si l’on veut bâtir un monde vivable – affirmation dangereuse parce qu’elle attire tous les charlatans et abuseurs, d’où la nécessité de faire soi-même un vrai travail sur le corps et l’esprit.

béjartMon cinéma du jour sera ce film de Marcel Schüpbach, B comme Béjart. On y suit son travail de création d’un spectacle dansé sur la Lumière, accompagné par Brel, Barbara, le Boléro de Ravel et la Messe en si de Bach, une œuvre que j’adore, ainsi que son Magnificat, que j’ai chanté dans des chœurs, adolescente et plus tard. Béjart était un amoureux de l’islam comme moi, d’où la référence implicite, dans la dernière image du spectacle, au verset coranique de la Lumière ; et peut-être ce B fait-il référence à la première lettre de la Genèse, qu’il cite aussi ? Bereshit, « Au commencement… Dieu dit : que la lumière soit ». Il n’est pas anodin non plus qu’au tout début du film il indique à une danseuse comment faire correctement la posture de la chandelle (posture que je tiens aussi tous les matins pendant plusieurs minutes). « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe… »
J’ai trouvé le film sur la plateforme du cinéma MK2 mise en place pour présenter des films pendant le confinement, « Trois couleurs ». On ne peut pas le partager et je suppose qu’il ne restera pas en ligne longtemps, c’est donc qu’il faut aller le voir. Un moment plein de joie, de grâce et de beauté.

Petit poème de la vie d’avant, d’après et de maintenant. Et grand film du jour

Mon vélo est dans la cour
Inutile d’y courir vite, courir vite
Mon vélo ne bouge pas
Mon vélo contre celui de mon homme
et en face de celui d’un de nos fils.
Lourde chaîne, lourds antivols
Ils sont attachés depuis plus d’un mois
et personne pour les monter, les faire voler à travers ville
Joyeusement, comme avant.
Il n’y a plus d’avant
L’avant s’en est allé
Notre-Dame a brûlé
Les manifs ont brûlé
Les cafés ont fermé
Comme les bureaux où on travaillait.
La vie a fermé.
Les gens sont rares sur les trottoirs
On dirait qu’on porte des aimants inversés
On s’écarte en se croisant
On rase cent invisibles murs pour s’éviter
On se tait.
Beaucoup de gens meurent dans la pandémie
et beaucoup travaillent au risque de leur vie.
Je n’ai plus de parents
Pas de regrets.
Mais que mes enfants soient loin ou près
nous sommes enfermés chacun de notre côté.
Cela, ça passera. On se reverra.
Et ils seront toujours ce qu’ils sont pour moi.
Je reverrai les tables où je travaillais.
Je reverrai les rues, les jardins où je marchais.
Je reverrai la vie, mon vélo, en bas, me le dit.
La vie d’avant s’en va, ainsi va la vie.
Et parfois ça pince le cœur, et parfois ça vaut mieux.
La vie après, comme avant, je l’aimerai.
Maintenant j’écris un poème :
la preuve que la vie est toujours belle.

Et voici pour ce jour le fantastique film d’Ariane Mnouchkine sur la vie de Molière.

Journal de déconfinement (2). Voisins et enfants

J'ai pris cette photo le 31 mars 2019 au Jardin des Plantes, où les cerisiers sont sans doute en fleur aussi ces jours-ci

J’ai pris cette photo le 31 mars 2019 au Jardin des Plantes, où les cerisiers sont sans doute en fleur aussi ces jours-ci

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Dans mon immeuble, situé entre la rue Mouffetard et la place d’Italie, entre le Quartier Latin et les grands quartiers de Street Art du XIIIe arrondissement, près du Jardin des Plantes, de la Pitié-Salpêtrière et de la Grande mosquée (comme le savent celles et ceux d’entre vous qui ont vu mes photos ici au fil des ans), les gens ne sont pas riches et tout le monde ou à peu près est resté là. En fait il s’agit de deux immeubles avec une petite cour entre les deux. Côté cour, côté rue, comme on dit à peu près au théâtre. Deux immeubles vieillots, pour ne pas dire vétustes – raison pour laquelle les loyers y sont deux fois moins chers qu’ailleurs à Paris. Depuis un ou deux ans de nouvelles familles sont arrivées, plus jeunes, d’origines plus diverses, avec des enfants. Un bonheur pour moi de voir les poussettes accumulées au bas de l’escalier, de croiser de temps en temps des enfants dans l’escalier (il n’y a pas d’ascenseur).

Maintenant que nous sommes confinés nous ne nous voyons plus (il n’y a pas de balcons) mais j’entends, de l’appartement du dessous, monter la musique africaine que ma jeune voisine écoute et les comptines qu’elle passe à son adorable fillette, les mêmes que je passais à mes enfants quand ils étaient petits. Deux sortes de sons très charmants (d’autant qu’elle veille à ne pas les mettre trop forts) et que j’aime particulièrement entendre quand je fais mon yoga, se superposer à ma propre musique d’accompagnement ou bien seuls, paisibles, joyeux et pleins de vie.

Il y a aussi, au-dessus, la vieille dame de quatre-vingt-dix ans qui monte ses quatre étages vaillamment. Depuis le confinement elle ne sort plus mais O s’est assuré auprès de sa fille qu’elle avait toujours de la visite – elle n’en manque pas. Comme nous avons eu le virus, nous ne sortons, alternativement, que rarement et précautionneusement, n’étant pas sûrs, jusqu’à ces derniers jours du moins, de ne plus risquer d’être contagieux. Mais je continue à entendre aussi la vieille dame – on entend tout dans cet immeuble, comme si les murs étaient en papier – quand elle se lève vers six heures du matin, quand elle allume la lumière (oui, dans le silence j’entends parfaitement l’interrupteur de l’appartement du dessus), quand elle marche sur le parquet… La vieille dame habite ici depuis quasiment toujours, parfois elle raconte (enfin, elle racontait, avant le confinement) la vie d’il y a longtemps dans le même lieu.

Je ne vais pas parler de chacune et chacun de mes voisins mais même si je les connais peu, même si les uns ou les autres sont parfois emmerdants (comme nous pouvons l’être parfois pour eux aussi), je les aime bien, forcément. À vivre comme ça les uns à côté, au-dessus ou au-dessous des autres. Je ne peux pas dire, comme certains, que le confinement renforce les relations de voisinage, puisque chacun plus que jamais reste chez soi, au point qu’on sursaute presque quand on entend un pas dans l’escalier. Ce qui me rappelle le temps où je vivais en ermite dans ma grange et où je filais me cacher les rares fois où j’apercevais la silhouette d’un humain dans la montagne. Sauf que c’était pour préserver ma solitude alors que là l’isolement est imposé, ce qui fait toute la différence – et je suis étonnée que tant de « romantiseurs » du confinement ne la fassent pas, comme s’ils ignoraient dans leur chair la différence entre un choix délibéré et un état contraint, entre la liberté et la servitude, fût-elle consentie comme dans le cas de ce confinement sanitaire.

Ce qui me rapproche de mes voisins, dans cette situation inédite, c’est quelque chose d’invisible. Le sentiment de notre commune condition humaine. Ce sentiment qu’ils éprouvent aussi, je le sais, même s’ils ne le disent pas non plus. Ce sentiment que nous éprouvons tous, et qui s’avère plus profond quand il s’exerce de façon sensible, envers des personnes proches, et pas seulement nos proches mais les personnes que le hasard, disons, a placées dans le lieu où nous sommes aussi, que nous les appréciions ou non. C’est beau d’avoir de grands idéaux de communauté humaine, de se sentir proche de tout être humain où qu’il soit sur la planète, mais c’est assez facile ; justement, l’éloignement rend la chose facile. Moins facile est de supporter au quotidien les gens en chair et en os plutôt qu’en idéal. Nous sommes des animaux solitaires autant que sociaux, avec des variations selon les individus, les uns ayant besoin de davantage de socialisation, d’autres de davantage de solitude. Et le confinement nous rend la fréquentation d’autrui et la séparation d’autrui plus difficiles parce que non choisies, ni même imposées par une noble cause comme par exemple la lutte pour la liberté, mais seulement pour éviter, souvent dans la peur, la propagation d’une maladie.

De temps en temps, un petit enfant descend dans la cour et y tourne en rond sur son tout petit vélo sans pédales. Tout joyeux, comme le sont malgré tout les enfants. Heureusement, moi non plus je n’ai pas perdu ma joie enfantine, et nous sommes un certain nombre d’adultes dans ce cas – les adultes graves ne nous voient pas mais notre joie chasse le mal, jour après jour, instant après instant.

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Les hommes (avec Manu Dibango et un frère de Bilal)

 

Je vois sur Internet des stars en tous genres que le coronavirus rend vaches folles – dont il révèle en fait le chaos ordinairement caché derrière leur façade lissée, et l’inanité profonde. Il y a aussi, et ce sont souvent les mêmes, celles et ceux qui profitent de la crise pour faire leur promotion, de façon plus ou moins obscène, plus ou moins habile. Il y a enfin celles et ceux qui font sincèrement de leur mieux pour partager, donner de leur présence. Et je salue celle de Manu Dibango, emporté par le virus et malgré son départ si présent, si humain, si réellement génial.

 

 

J’ai téléchargé quelques-uns des ebooks gratuits proposés par la Fnac. Notamment l’Utopie de Thomas More, la Bible et le Coran. Le Coran ayant été, de façon amusante, pourvu du nom d’auteur Allah, se trouve être le premier livre sur ma liseuse, où ils sont classés par ordre alphabétique d’auteurs. Cette nuit, avant d’entamer l’Utopie, j’ai relu la première et la dernière sourate, L’Ouvrante et Les hommes. De même que l’Odyssée commence par les mots « Dis-moi l’homme », de même que Pilate dans les évangiles présente Jésus au peuple par les mots « Voici l’homme », l’humain est la matière du Coran, dans sa faiblesse face au mal mais aussi dans son possible dépassement (en dansant, par exemple) de l’  « humain, trop humain » (je fais sans cesse référence à ce mot de Nietzsche car il est si vrai).
Screenshot_2020-03-25 Google ActualitésJe trouve émouvante cette image (je ne l’ai pas trouvée en plus grand format) de cet homme en Afrique appelant aux précautions contre l’épidémie ; on dirait Bilal faisant l’adhan.

Nous sommes tout à fait remis du passage du coronavirus chez nous et en cette troisième semaine de confinement pour nous une paix royale règne à la maison, malgré la dure privation de sortie. Je songe aux cerisiers du Jardin des Plantes, que pour la première fois lorsque je suis à Paris je ne verrai pas en fleur. Et je n’oublie pas qu’il y a bien plus grand drame dans le monde.

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Bonheur

"Bonheur", mon nouveau dessin

« Bonheur », mon nouveau dessin

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La nuit est ronde comme une orange.
Vertes, ses feuilles étincellent.

 

Dans ses feuilles étincelantes jaillit le jour.
Sèves.

 

Mes doigts qui tracez,
mes pieds qui martelez,
et vous mon cœur, mon cerveau, mon sang,
faites advenir le printemps !

 

Vous mes neurones, mes narines, mes nerfs.
Vous mes trois yeux, vous mes dix bras.
Vous mes mille et une joies, vous mes milliards d’années
riant dans l’univers à ma gorge déployée.
Vous mes rimes cryptées, mes mesures secrètes,
vous mes orteils, toi ma tête,
vous mes chevilles, toi ma lymphe,
vous mes eaux, mes feux, mes chairs, mes airs,
qui n’êtes ni moi ni autre,
moi l’autre, là même,
bonheur.

 

Le jour naît vert de mon sang chlorophile
ma caverne enphyllée tisse
poèmes nervurés autour des fleurs,
des fruits.

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